dimanche 30 novembre 2025
samedi 29 novembre 2025
mercredi 26 novembre 2025
Louise Chennevière / «L’imaginaire de la jeune fille, que je cherche à démonter, a imposé une violence réelle à nos corps »

Louise Chennevière : «L’imaginaire de la jeune fille, que je cherche à démonter, a imposé une violence réelle à nos corps » (Pour Britney)
- Simona Crippa
- 2 sept. 2024
Dernière mise à jour : 17 sept. 2024

Après les remarquables Comme la chienne et Mausolée, Louise Chennevière nous offre à lire un récit bouleversant d’émancipation. Ce récit qui entrecroise les vies éclatées de Britney Spears et de Nelly Arcan revient sur les images que la société patriarcale nous a donné à voir d’elles et par ricochet, de nous-mêmes. Redéfinir les expériences de l’être femme(s), voici un beau projet qui sonne comme un cri, celui que l’on entend se libérer depuis le titre : Pour Britney.
mardi 25 novembre 2025
Une famille new-yorkaise et le monde / Entretien avec Jess Row

Une famille new-yorkaise et le monde : entretien avec Jess Row
Un monde nouveau de Jess Row est le cinquième livre de l’auteur, professeur à l’université de New York, plus connu pour ses nouvelles et ses essais que pour ses romans. Celui-ci suit l’histoire d’une famille juive new-yorkaise sur cinquante ans, avec leurs engagements – le climat, la Palestine – et leurs tragédies. L’auteur a accordé un entretien à EaN lors de son passage à Paris.
samedi 15 novembre 2025
Quelle était l’ambition d’Alain Robbe-Grillet ?

Quelle était l’ambition d’Alain Robbe-Grillet ?
Plus de dix ans après la mort d’Alain Robbe-Grillet, en 2008, ces deux ouvrages de Benoît Peeters, auteur, entre autres travaux, de merveilleux scénarios de bande dessinée, d’une exceptionnelle créativité (Les cités obscures, avec François Schuiten, Casterman), font le point sur l’écrivain qui a le mieux représenté le dernier mouvement littéraire français du XXe siècle et porté son rayonnement à l’international.
Alain Robbe-Grillet et Benoît Peeters, Réinventer le roman. Entretiens inédits. Flammarion, coll. « Champs », 320 p., 12 €
Benoît Peeters, Robbe-Grillet. L’aventure du Nouveau Roman. Flammarion, 384 p., 22,90
vendredi 14 novembre 2025
Maurice Mourier / Le nageur empoissonné

Affiche de Jules Chéret (1876) © Gallica/BnF
Le nageur empoissonné
Maurice Mourier explore les activités aquatiques sous leurs angles théologique et sportif, à partir d’une mystérieuse sentence latine.
Lecteur passionné de Lucius Caecilius Firmianus Lactantius qui écrivit, à l’époque du regretté Constantin (272-337), de volumineux ouvrages sur le dieu unique, j’ai longtemps médité sur une de ses plus énigmatiques sentences, qui figure en exergue au De ira Dei. La voici dans toute la rigueur mais aussi la rudesse de sa langue latine : « Adeo frigida aqua cocti sunt ut pisces facti sint. » (« Ils ont été cuits dans une eau si froide qu’ils furent changés en poissons. »)
jeudi 13 novembre 2025
Anton Beraber / Un superbe personnage

Anton Beraber © Francesca Mantovani/Gallimard
Un superbe personnage
Ici, plus rien de l’épopée. Mais, dans Braves d’après, un récit de couleur naturaliste et un anti-héros cherchant à comprendre un obscur conflit qui a opposé, du temps de son grand-père dont il vient d’hériter une maison décatie, ce personnage haut en couleur – mais strictement locale – à un ouvrier agricole polonais. Il s’agit d’un accident de chasse banal où l’immigré a perdu un œil, à moins qu’en réalité l’affaire ne dissimule quelque vengeance. Décor : la grande banlieue parisienne, ses terres agricoles argileuses, lourdes, riches, ses personnages taiseux, renfermés sur leurs secrets. Époque : aujourd’hui, mais aussi le passé proche, celui de la Seconde Guerre mondiale, de l’Occupation, d’après 1945.Pourtant, au-delà de l’anecdote traitée avec une belle rigueur documentaire (les Yvelines de Beraber sont criantes de vérité observée et me rappellent mon propre Vexin français), l’essentiel est ailleurs. Car l’anti-héros, l’héritier d’une propriété à l’abandon qu’il ne songe qu’à fuir et dont il se fait le chroniqueur, capte toute l’attention de la voix narrative. Dépeint comme une sorte de raté congénital, velléitaire, incapable de savoir s’il doit bazarder son héritage et laisser derrière lui un environnement mi-chèvre mi-chou, ni ouvrier ni paysan, ou plutôt s’y incruster et faire revivre une culture régionale en friche, émiettée, pleine de fantômes dans les placards et d’histoires en marge de la légalité, c’est un superbe personnage nihiliste et ingénu, mal dans sa peau et agité d’espoirs grandioses.
Les gens qu’il côtoie sont les descendants de « braves », réels ou supposés, qui ont vécu les années accablantes et exaltantes de la France stoppée dans son élan vers la modernité par la défaite de 1940 et n’en émergeant peu à peu (surplus américains, combines) qu’« après ». Lui-même, plus jeune, arrive encore après cet après et il est complètement hors-jeu, sans autre avenir que celui du vague regret, de la ratiocination, du rêve aux ailes coupées par la réalité plate.

Dans un tel marais, le curieux jeune homme sans qualités, étrangement solitaire, est montré ruminant sa rancœur, dans une langue absolument littéraire en ce qu’elle constitue un mixte à peu près inédit de différents jargons contemporains qui doivent beaucoup à un terroir peuplé moins de paysans traditionnels (qu’on rencontre aujourd’hui seulement dans la France profonde) que d’ouvriers agricoles immigrés dans les années 1920 puis fixés, ou de « Français de souche » retraités et retournés à la terre. Mais cette parlure composite qui trouve sa place naturelle dans le récit à la troisième personne y est fréquemment bousculée par un usage tout poétique, et même de tendance symboliste, d’inversions syntaxiques qui appartiennent au « beau langage » du classicisme, ou de mots du vocabulaire le plus relevé. Affectation de « parler supérieur », comme disait notre maître Georges Gougenheim dans son cours de linguistique de la Sorbonne vers 1960 ? On pourrait le croire, la dimension drolatique du livre n’étant pas négligeable. Je préfère y voir un souci purement esthétique, celui de fabriquer un instrument stylistique tout à fait original, puisant dans toutes les strates historiques de notre langue.
Cette interprétation me semble corroborée par Celles d’Hébert, portrait d’une tendre drôlerie d’un de ces zigues improbables qui traînent en arrière-plan dans la faune pseudo rurale de Braves d’après. C’est en effet le même contexte de survie précaire, d’histoires pas nettes, de débrouillardise et de dèche que dans le premier livre, mais le point de vue surplombant du « Il » est ici remplacé par celui d’un « Je » narrateur qui, en quelque sorte, effectue un zoom sur l’un des figurants potentiels de la chronique villageoise. Un de ces formidables emmerdeurs que nous avons aussi bien connus à la campagne, dans le décor boueux et néanmoins charmant d’une quelconque grande banlieue : il s’invite dans votre environnement, vous abreuve de ses aventures à dormir debout, vous saoule de la saga ininterrompue de ses conquêtes.

Tel est Hébert, un « type », pas vraiment un brave type car il traficote, joue au chat et à la souris avec la maréchaussée, manque assez nettement de scrupules et considère que les « nanas », quelles qu’elles soient, incapables de résister à sa tchatche, n’attendent toutes que ça. Hébert ne vit (et il le fait intensément) que par son langage, à la fois inculte et orné, prolixe et parfois profond, saisi à la racine même de son élocution bâtarde par une capacité de mimétisme littéraire qui rappelle les plus grandes réussites d’un romancier aussi important – et injustement oublié – que Marcel Aymé. Capable comme lui de recréer la verve d’un prolo insupportable et touchant, l’auteur de Celles d’Hébert (il s’agit de « ses » femmes, bien sûr) fait non seulement preuve d’une maîtrise rare dans la captation d’un personnage, mais il réussit à le faire voir sans description précise et à restituer, en deçà des apparences assez peu sympathiques du mec, le fond de tristesse et de conscience de l’échec qui lui donne toute son authenticité d’homme.
Hébert est un pauvre diable, et cela d’abord parce qu’il est effectivement un pauvre, acharné par la parole à se constituer, contre les coups durs et la vacherie générale de l’existence, une armure de respectabilité, de dignité. Que cela émane du texte sans pathos, c’est un des mérites du romancier. Mais il nous séduit surtout par l’invention d’une langue, de différentes langues étrangères «
donnant un sens plus pur aux mots de la tribu », ou, sinon plus pur, au moins tout autre. À cette faculté de création, et à elle seule, on reconnaît le véritable écrivain.
mercredi 12 novembre 2025
Henri Michaux / Donc c’est non.
Il n’y a pas de camarades du Non
mardi 11 novembre 2025
Artistes, témoins de leur temps ? / Le message derrière l’œuvre
| Christian Boltanski. Chance, 2014 © By Carriageworks - Own work, CC BY-SA 3.0 |
Artistes, témoins de leur temps ?
Le message derrière l’œuvre
L’art doit il témoigner ? Raconter ? Délivrer un message ? L’artiste doit-il être engagé ? S’agit-il d’un choix de la part des uns ou des autres ou sont-ils tous soumis à leur époque ? Il pourrait y avoir autant de réponses que d’artistes, seulement, ils accouchent tous bien d’une œuvre qui appartient à son temps.
lundi 10 novembre 2025
Rencontre avec l’artiste Aurélien Hild
| Aurélien Hild et sa création "Masque" |
Rencontre avec l’artiste Aurélien Hild
Passeur d’art, son travail singulier s’inscrit à la croisée des chemins entre l’art ancestral et les expressions contemporaines
L’art contemporain est un vaste territoire d’explorations où les artistes, à travers une diversité de médiums et de techniques, questionnent le monde et ses multiples facettes.
dimanche 9 novembre 2025
Le tourisme macabre / Ou Dark tourism, un centre d'intérêt étrange de la modernité
| Camp d'Auschwitz. Concernant le site d’Auschwitz l’assimilation au « Dark Tourisme » est plus dérangeante © Maria/Twitter |
Le tourisme macabre
Ou Dark tourism, un centre d'intérêt étrange de la modernité
8 JANVIER 2024,Le « dark tourism » est un terme défini par John J.Lennon, professeur anglais qui a conceptualisé cette notion au sein d’un ouvrage « Dark tourism : the attraction of death and disaster », publié en 2000. Il a été repris par Philip R. Stone, directeur de « l’Institute for Dark Tourism Research », en 2006, comme étant « l'acte de se rendre sur des sites associés à la mort, à la souffrance et à ce qui semble macabre ».
samedi 8 novembre 2025
László Krasznahorkai Un vrai Nobel de littérature

Un vrai Nobel de littérature
« Tant crie-l’on Noël qu’il vient », clame Villon en refrain de sa « Ballade des proverbes » pour tenter de retrouver la faveur de son mécène, l’immense poète Charles d’Orléans. Ainsi l’amateur de littérature salue-t-il un Nobel attribué à László Krasznahorkai, un prix qui porte enfin clairement son nom.









