mercredi 31 janvier 2018

Voldemort Origins / Les fans prennent la relève de J. K. Rowling



Voldemort Origins : les fans prennent la relève de J. K. Rowling


Par  Léa Dubois
Mis à jour le 16/01/2018 à 23:38
Publié le 15/01/2018 à 15:48


VIDÉO - Posté sur YouTube le soir du 13 janvier, Voldemort: Origins of the Heirest le film à succès du moment. Sa particularité : il s'agit d'un «fanfilm», production gratuite faite par et pour des fans. Une tendance qui prend de plus en plus d'ampleur, et élargit l'univers des sagas sans l'avis de leurs créateurs.
On le sait, Internet regorge de communautés en tout genre. Ce week-end, c'est celle des «fanfilms» qui fait parler d'elle, avec la sortie sur YouTube d'une production cinématographique inspirée de l'univers de J.K. Rowling, dont l'accès est complètement gratuit. En 52 minutes, Voldemort: Origins of the Heir explore la jeunesse de Tom Jedusor et ce qui le poussera à devenir Lord Voldemort, l'ennemi juré d'Harry Potter.
Voldemort: Origins of the Heir se définit comme un «fanfilm non officiel». Il s'agit d'un film produit et réalisé par des fans, pour des fans. Les fanfilms sont des films hybrides plus ou moins longs, à mi-chemin entre l'adaptation et la création originale. L'histoire racontée se base généralement sur un univers déjà créé, à partir duquel les fans élaborent des théories et aventures pouvant apporter des éléments complémentaires à l'œuvre originale.

Élargir un univers

Ici, les fans se sont basés sur les livres écrits par J.K. Rowling et leurs adaptations au cinéma pour explorer le passé du grand méchant de la saga Harry Potter, trop peu détaillé à leurs goûts. Ils reprennent donc les personnages de l'histoire, en inventent également des nouveaux, et mettent en scène leur théorie sur l'histoire de Voldemort.
Tryangle, l'équipe de production italienne à l'origine du film, le dit: ni J.K. Rowling, ni Warner Bros ne sont en lien avec le projet. Pour financer ce métrage de 52 minutes, Tryangle a lancé une levée de fond qui lui a permis de récolter 15.000 euros. C'est donc aussi pour une question de droits d'auteur que les fanfilms sont gratuits et libres d'accès au public.

Une histoire qui ne date pas d'hier

Voldemort Origins n'est pourtant pas le premier film de fans à cartonner sur le net. Avant lui, le film The Hero of Time , inspiré de l'univers Zelda, a connu un fort succès en 2009, mais a vite été retiré du Web après une plainte de Nintendo. Plus vieux encore, The Green Goblin's Last Stand , inspiré des comics Spider-Man et réalisé par Dan Pool en 1992, recevait l'approbation de Stan Lee, co-créateur de l'homme-araignée.
Désormais, des dizaines de films existent pour chaque grande saga. Born of Hope, production britannique, est l'une des plus populaire avec plus de 40 millions de vues et s'inspire du Seigneur des Anneaux. Superman a lui aussi droit à son fanfilm à succès avec Superman: Requiem et ses 29 millions de vues. Enfin, du côté Star Wars, c'est une production française qui a le plus conquis les fans avec 15 millions de vues pour Darth Maul ; Apprenti .
Si les fanfilms attirent de plus en plus d'audience grâce aux réseaux sociaux, ils demeurent malgré tout moins (re)connus du grand public que les fanfictions (récits écrits par les fans), dont les plus populaires sont éditées voire même adaptées sur grand écran.
Mais compte tenu de son succès, Voldemort Origins pourrait bel et bien changer la donne, et d'un coup de baguette, donner leur chance aux cinéastes amateurs. Ou peut-être même obtenir de Rowling un préquel sur Jedusor, qui sait?


mardi 30 janvier 2018

Un manuscrit de J. K. Rowling révèle les coulisses de la création d'Harry Potter




Un manuscrit de J. K. Rowling révèle les coulisses de la création d'Harry Potter

Il y a de quoi se demander comment l'écrivaine fait pour ne pas s'emmêler les pinceaux. Ou plutôt les plumes. La réponse n'est pourtant pas si compliquée. Pas de potion magique ni de sorcellerie pour .Joanne Rowling, plus connue sous le pseudonyme de J. K. Rowling pour avoir créé l'univers fantastique du jeune sorcier.rvices
Grâce à la parution sur le Net d'un manuscrit d'Harry Potter et l'Ordre du Phénix, chacun peut constater qu'avec de bonnes idées, une feuille, un stylo et de l'organisation suffisent pour créer tout un univers.

Les principales trames du cinquième tome des aventures d'Harry Potter sont organisées chronologiquement dans cette grille d'écriture utilisée par Rowling.
Ce manuscrit, posté par l'écrivaine elle-même, décrit la trame du 13e au 21e chapitre du cinquième tome de la saga Harry Potter. Sur cette feuille, les intrigues de l'œuvre sont développées dans une grille savamment constituée. À gauche, le numéro du chapitre et le mois durant lequel l'histoire se déroule. Puis viennent le nom du chapitre et le développement de l'intrigue qu'il va raconter.
Viennent ensuite les points clés de l'histoire que Rowling veut garder en tête. On remarque donc, entre les quelques ratures, des colonnes dédiées à la prophétie, qui est l'intrigue centrale du cinquième tome, aux amourettes du héros avec Cho et Ginny, l'Armée de Dumbledore, l'Ordre du Phénix, les relations tortueuses de Rogue et Harry, ainsi que les affaires de Hagrid avec Graup.
Le but est donc de classer de manière chronologique chacune de ces histoires qui se croisent afin que tous les éléments coïncident pour rythmer les aventures du jeune Potter, même si certains détails se développent dans l'ombre sans forcément apparaître dans le chapitre final.
La romancière n'est pas la seule à utiliser cette technique d'écriture. Joseph Heller en a fait de même pour venir à bout de son roman Catch 22 , publié dans les années 1960, qui raconte l'histoire d'une escadrille d'aviateurs basée sur la petite île italienne de Pianosa pendant la Seconde Guerre mondiale.
Rien ne permet de le vérifier, mais si l'on considère la richesse de l'univers Harry Potter ainsi que le travail conséquent de Heller, il va sans dire que d'autres colonnes pourraient exister en plus de celle déjà révélées par Rowling. Comme celle des Horcruxes, par exemple, éléments majeurs du dernier tome dont on ne sait toujours pas si la romancière avait cette idée en tête dès le début des aventures du garçon à la cicatrice en forme d'éclair.
Après les aventures d'Harry Potter, J.K. Rowling est désormais lancée sur celles de Norbert Dragonneau. Si celles-ci se rendent directement au cinéma sans passer par la case librairie, une organisation tout aussi précise sera nécessaire à l'auteure. Surtout si les cinq films prévus doivent constituer un solide préquel à sa série d'origine.


dimanche 28 janvier 2018

Ursulla Le Guin / Citations


Ursula Le Guin



URSULA LE GUIN A DIT...
 CITATIONS

“La divinité de l'homme réside dans sa singularité.”

La main gauche de la nuit 


“Le mystère est le meilleur artisan du merveilleux.”

La Main gauche de la nuit


“L'inconnu, ce qui n'est pas prédit, ce qui n'est pas prouvé, voilà sur quoi la vie est assise. ”
La main gauche de la nuit 




“Le sage n'a pas besoin de demander, mais l'idiot demande en vain.”

Terremer


“Un homme peut aussi facilement détruire que régner.”
Terremer

“Pour entendre il faut être silencieux.”
Terremer

“Il est peut-être agréable qu’un voyage prenne fin mais, finalement, c’est le voyage qui compte.”

“S'opposer à quelque chose, c'est contribuer à son maintien.”
La Main gauche de la nuit


“Quelle personne, saine de corps et d’esprit, pourrait vivre dans ce monde sans devenir folle ?”


samedi 27 janvier 2018

Mort d'Ursula K. Le Guin, papesse de la SF américaine




Mort d'Ursula K. Le Guin, papesse de la SF américaine

La romancière, auteur en 1969 de La main gauche de la nuit et du cycle médiéval fantastique en six volumes, Terremer, s'est éteinte lundi à l'âge de 88 ans dans sa ville de Portland dans l'Oregon.
La romancière américaine Ursula K. Le Guin, considérée comme l'un des plus importants auteurs de science-fiction, est décédée lundi à 88 ans dans la ville de Portland (Oregon), a annoncé mardi sa famille via son compte officiel sur Twitter. Écrivain prolifique, elle a publié des recueils de nouvelles, de poésie ainsi que plusieurs livres pour enfants mais ce sont ses ouvrages de «fantasy» qui lui ont valu sa renommée et la vente de millions d'exemplaires de ses écrits. Et notamment Terremer, son cycle de médiéval fantastique composé de six volumes publiés entre 1964 à 2001. L'histoire d'un monde inspiré de l'âge du bronze où la magie est largement présente et se fonde sur la connaissance du «vrai nom» des personnes et des choses.
L'écrivain américain Stephen King a salué sur Twitter un auteur «parmi les grands». Pour lui, Ursula K. Le Guin n'était «pas seulement un écrivain de science-fiction» mais «une icône de la littérature». Née à Berkeley (Californie) le 21 octobre 1929, mariée à un historien français du nom de Charles Le Guin rencontré à Paris, elle s'est très tôt intéressée à la science-fiction avant de délaisser le genre, estimant qu'il était trop masculin et stéréotypé.
L'une des premières éditions <br/>de «La main gauche de la nuit».
Elle y reviendra finalement au milieu des années 1960 et publiera La main gauche de la nuit , devenu depuis un classique de la science-fiction qui lui a ouvert la porte du succès.
En tout, elle a écrit vingt romans qui explorent la nature humaine en plaçant l'homme dans des situations et des univers différents. Toute sa vie, elle s'est battue pour que la science-fiction ne soit pas considérée comme un genre mineur. Ces dernières années, elle a plusieurs fois été mentionnée parmi les possibles lauréats au prix Nobel de littérature. 
Elle aura aussi marqué par son engagement politique, très ancré à gauche. En février 2017, dans une lettre au quotidien The Oregonian, elle s'en prenait à la comparaison entre les «faits alternatifs», terme utilisé par la conseillère de Donald Trump, Kellyanne Conway et la science-fiction. «Nous, auteurs de fiction, inventons des choses, écrivait-elle. Nous pouvons appeler cela une histoire alternative ou un univers alternatif, mais nous ne prétendons pas que nos histoires soient des ‘‘faits alternatifs''». Rare femme à écrire de la science-fiction, Ursula K. Le Guin aura marqué son temps en s'imposant dans un style littéraire pour lequel le public retient le plus souvent les noms d'Isaac Asimov ou Philip K. Dick.

vendredi 26 janvier 2018

Chronique Livre / Après et avant Dieu d'Octavio Escobar Giraldo



Publié par Dance Flore le 11/01/2018

L'auteur

Octavio Escobar Giraldo est né à Manizales (Colombie) en 1962. Après des études de médecine, il se consacre à la littérature qu’il enseigne, à présent, à la faculté de Caldas. Il est l’auteur d’une dizaine de romans et de nombreux recueils de nouvelles et de poèmes qui lui ont valu les plus hautes distinctions dans son pays et notamment le Prix national du roman 2016 pour Après et avant Dieu.

En bref

« … le Greco est sinistre et ses couleurs ont dû naître de péchés jamais pardonnés. Il était grec. »
La Colombie. Dans la vaste demeure bourgeoise où vivent désormais la mère et la fille, secondées par une servante indienne, soudain, un drame. La fille larde la mère de plusieurs coups de couteau sous les yeux de Dieu en personne qui va avoir un mal de chien à accorder de nouveau sa confiance à sa brebis très égarée, après ce test si abominablement raté.
Surtout qu'il y avait déjà le père mort, homosexuel tardif, les comptes de l'agence immobilière, complètement véreux, la baisse conséquente du capital et la découverte par la fille maintenant matricide de l'amour charnel dans les bras de la bonne. Ça fait pas mal de petites cases infernales cochées, ça, dites-moi.
Heureusement, il y a la cavale... et la prière.

Un peu, pour voir

«  Quand je revins dans la chambre, le blanc avait redonné à ma mère son apparence virginale. En dépit des traces de sang sur le dessus-de-lit, de l'expression douloureuse de sa bouche, de la saleté de ses plantes de pied, c'était à nouveau la femme que tout le monde admirait et aimait, celle qui donnait à chaque acte de nos vies une touche de distinction et de beauté. Je m'approchai pour embrasser ses lèvres encore tièdes. Un moment je crus qu'elle allait ouvrir les yeux. C'était la première fois que je l'embrassais sur la bouche. Je glissai le crucifix entre ses doigts. Son alliance était incrustée dans son index gauche. Bibiana m'observait, droite dans sa robe aux couleurs délavées qui lui tombait un peu plus bas que les genoux. Son visage avait pris tout à coup l'apparence de ces masques résignés qui remplissent nos livres d'histoire et nos musées. Heureusement, sa jeunesse était plus forte que ses traits indigènes et son expression pieuse me donna envie de pleurer.
- Apportez l'autre chandelier. Nous allons la veiller.
- Pauvre Madame Carmelita, dit-elle.
J’acquiesçai, consciente de ma culpabilité.
- Nous allons beaucoup prier. Nous allons beaucoup prier pour elle et aussi pour nous.
Il était neuf heures du matin du premier dimanche de janvier. » ( p. 10 et 11)

Ce que j'en dis

Manizales : sa feria, sa ligue fasciste, son prêtre véreux, ses clubs dispendieux où se réunit la fine fleur de la haute bourgeoisie, ou qui feint encore de l'être après des placements illicites fort dangereux, sa bonne société qui se masse à la messe, égraine les rosaires et ne se mélange pas aux Indiens, quelle idée enfin voyons.
À la mort de son père, quinze ans auparavant, un père qui, soit dit en passant, s'est découvert, sur le tard une passion plutôt pour les hommes, la mère, Mme Carmelita, et sa fille – narratrice dont nous ne saurons jamais le prénom -, décident de continuer à s'ocuper des affaires de la grande agence immobilière ayant pignon sur rue à Manizales. Mais voilà, l'héritage est moins conséquent que prévu... D'ailleurs tout, dans cette bonne société colombienne, n'est qu'apparence, et la réalité est nettement moins belle qu'elle n'y paraît.
Pour se renflouer vite fait, la narratrice, à l'insu de sa mère qui a décidé, finalement, de se consacrer à de grandes entreprises de charité qui coûtent tout l'argent qu'elles n'ont pas mais donnent l'illusion qu'elles en ont, - élément de subtilité !!! - prend des risques financiers avec l'aval des banquiers dont le sourire s'est vite effacé au vu des résultats catastrophiques. Afin d'enrayer la débâcle financière, elle accepte d'investir dans le plan, qui s'avèrera une escroquerie, bien sûr, proposé par le prêtre de sa paroisse, Daniel Ardila, un homme très sensuel, beau et à la voix de baryton qui lui permet avec la même aisance de chanter à la messe ou « un air romantique à ses heures moins pieuses ».
Il la convainc d'aider d'autres bonnes familles pieuses plutôt désargentées, un service à se rendre entre gens de la même classe sociale, en fait. L'archevêque lui-même va apporter sa bénédiction à l'opération, c'est dire avec quelle facilité Ardila emporte l'adhésion de la narratrice, qui a un impérieux besoin d'argent, maintenant que sa mère s'est mise en tête de dépenser des sommes faramineuses pour acheter son salut dans l'au-delà. Un investissement, celui-ci, dont elle va avoir tout intérêt, et plus rapidement que prévu, à ce qu'il ne soit pas une vaste arnaque.
Madame Carmelita, une femme jadis très belle, entretient des rapports complexes avec sa fille avec qui elle dit le rosaire tous les jours à heure fixe mais qu'elle accuse, à cause de sa laideur, d'être la raison de la défection de son père... il faut dire que la narratrice est très laide, souffre d'hirsutisme en plus d'avoir un corps malgracieux et masculin.
Elle est peu amène, mal à l'aise en général avec les autres qu'elle soupçonne d'être prévenus contre elle à cause de son apparence peu flatteuse. Elle a une amie, sa comptable, Albita, une camarade de collège qui couvre ses agissements délictueux. La narratrice se débat en cachette de sa mère dans la situation désespérée dans laquelle elle s'est bêtement mise, avalant force pilules contre l'acidité gastrique et faisant bonne figure à l'agence comme à la maison. Cependant, voilà que sa mère découvre tout. Bien entendu, s'ensuit une algarade et tout d'un coup, le meurtre. Un matricide, rien de moins. Quatre ou cinq bons coups de couteau dans le dos, et voilà, le tout est joué. Certes, ça fait taire la mère, mais le regard de Dieu, pour silencieux qu'il soit, n'en reste pas moins pesant. Il pardonne à tous, mais il faut en être digne.
Avec l'aide de la bonne, Bibiana, une jolie fille indienne venue d'un patelin rural faire le ménage chez les riches, elle couche Madame Carmelita sur son lit, lui passe une robe blanche et la veille en priant.
Mais il faut agir vite, car, bien que ce soit la feria, il ne se passera que peu de temps avant que l'on comprenne ce qui s'est passé. Les tantes fouineuses et envahissantes appelleront vite la police et tout sera découvert très vite.
Elle a un plan tout simple : fuir et se cacher dans le logement inoccupé d'un client de son agence immobilière, un type fou de Rommel. C'est une simple cabane en préfabriqué, au milieu de rien, personne n'ira la chercher là. Ensuite ? Dieu y pourvoiera certainement.
Enfin LES chercher là. Car il faut compter avec Bibiana...
Elle est bien jolie Bibiana, et délurée aussi, elle n'aime pas les hommes assure-t-elle à la narratrice au cours d'un goûter pris chez elle, dans son petit logis minable, avec une lueur indiscutable dans les yeux...
Donc, je résume : matricide et désargentée, bien qu'extrêmement pieuse, formant un couple désassorti avec sa bonne, la narratrice va chercher à se cacher le temps que les choses se tassent dans une petite cabane appartenant à un de ses clients professeur d'histoire et dingue d'un haut dignitaire nazi.
Elle a réussi à emporter une bible avec elle, ses bijoux ainsi que l'argent qu'elle a trouvé sous le matelas où sa mère l'avait caché, sans aucun doute pour le soustraire à sa fille et le consacrer à Dieu...
Tout se passe à peu près comme prévu, la cabane est immonde, mais supportable. Comme la région est sous le contrôle d'un groupe paramilitaire financé par les éleveurs pour les protéger de la guérilla, elles sont bien tranquilles et s'ennuient avec plus ou moins d'entrain, la grande bourgeoise hommasse pieuse et la petite indienne amoureuse exhibitionniste.
On n'est jamais trahi que par les siens, c'est pas Jésus qui va dire le contraire, et l'oncle Annibal, le frère de son père défunt, avec l'aide de ses sbires dont les plus fiables sont muets, forcément, va les retrouver, et prendre les choses sérieusement en main.
Quel roman ! Quelle verve ! Tout le monde en prend pour son grade, Giraldo n'épargne rien ni personne ! Les bourgeois corrompus jusqu'à l'os, avides de fric, tout pétris de religion pour la galerie mais inscrits aux ligues fascistes, maintenant les apparences pour ne pas déchoir de leur rang ! Le prêtre, qu'on devine sensibles aux charmes féminins, prête la main aux arnaques, sa parole mielleuse déguise ses intentions coupables. Les propriétaires terriens paient des milices pour les protéger de la guérilla. La société est infiniment inégalitaire et raciste et les Indiens sont méprisés. Au sein même des grandes familles bourgeoises, sous des dehors puritains, les mœurs sont loin d'être chastes ni véritablement charitables, les apparences toujours. L'oncle Annibal est le personnage le plus effrayant de tous, totalement au-dessus des lois, arrosant qui il faut pour obtenir ce qu'il souhaite, les rouages habituels de la corruption généralisée et lubrifiant habituel.
La narratrice est particulièrement intéressante, toujours en négociation avec elle-même et avec ce Dieu qui tarde à se manifester, sauf par des tests toujours plus pénibles. Elle est tour à tour ironique et candide, de mauvaise foi et touchante, souvent leurrée croyant leurrer. Son duo avec Bibia est drôle et tendre, la narratrice ne baissant jamais véritablement sa garde, les apparences toujours...
Un voyage en Colombie drôle et farfelu teinté de noir bien sombre.

La musique

Principalement de Miguel Bosé puisqu'outre les deux titres ci-dessous, vous trouverez Linda et Amiga dans le roman.
Miguel Bosé - Morir de amor
Miguel Bosé - Creo en ti
Deep Purple - Burn

APRÈS ET AVANT DIEU - Octavio Escobar Giraldo – Éditions Actes Sud – 192 p. novembre 2017
Traduit de l'espagnol (Colombie) par Anne Proenza



RIMBAUD
Octavio Escobar / Après et avant Dieu


jeudi 25 janvier 2018

Saint-Pétersbourg / Octobre 1878, la nuit blanche de Dostoïevski



Saint-Pétersbourg: octobre 1878, la nuit blanche de Dostoïevski

WEBSÉRIE 4/9 - Aliocha… L'auteur de Crime et Châtiment pleure la mort de son enfant, emporté par une crise d'épilepsie. Face aux ténèbres, Dieu est son seul secours.
Octobre 1878. Debout devant la fenêtre de son cabinet de travail, Fiodor Mikhaïlovitch regarde les coupoles de l'église Notre-Dame-de-Vladimir où fut célébré en 1828 l'office des morts pour la nourrice de Pouchkine. Alexandre pleurait sa niania. Elle l'avait aimé bien plus que sa propre mère qui le trouvait laid avec ses cheveux trop frisés et son teint mat. Pourquoi penser à Pouchkine? Quelle consolation Dostoïevski cherche-t-il dans cette évocation? Alexandre Sergueïevitch fut un être solaire, implanté par miracle sur le sol russe. Alexis, le fils de Dostoïevski, ressemblait à un ange. Il est mort il y a cinq mois d'une crise d'épilepsie. Aliocha n'avait que trois ans, mais il avait hérité du mal de son père. L'écrivain se sent toujours coupable.
Dostoïevski allume une cigarette, passe sa veste défraîchie et sort. Il veut aller prier devant l'iconostase de Notre-Dame-de-Vladimir, puis parcourir la ville que Pouchkine aimait tant mais que lui-même n'est jamais parvenu à chérir. Fiodor n'avait que quinze ans lorsqu'il est arrivé à Saint-Pétersbourg pour intégrer l'école supérieure d'élèves officiers du génie. Elle était installée dans le château Saint-Michel que le tsar Paul Ier avait fait construire et où il avait été assassiné. Son fils Alexandre faisait partie du complot, mais nul ne sait s'il avait consenti à la mort de son père ou bien s'il avait eu la légèreté de croire que le souverain accepterait de signer son abdication.
Fiodor s'est agenouillé devant les icônes. Il se signe tandis que des larmes inondent son visage parcheminé. Il se souvient de son arrestation pour avoir fréquenté le cercle de Petrachevski, qui réunissait tous les vendredis libéraux et fouriéristes. Condamné à mort puis gracié quelques minutes seulement avant l'exécution, Dostoïevski a trouvé la foi au bagne. Elle est depuis chevillée à son âme. La mort d'Aliocha l'a fait vaciller et Fiodor demande au Seigneur de ne pas l'abandonner aux ténèbres.

Dostoïevski reprend le même chemin pour regagner son appartement, son bureau, ses feuillets... Il écrit l'histoire des frères Karamazov. Le plus jeune s'appelle Aliocha. Comme son fils.
Irina de Chikoff

Plus d'une fois, il en a senti l'emprise. Quand il partait jouer comme un fou à la roulette et rentrait chez lui, les yeux ivres. Quand il ne parvenait pas à échapper à ses créditeurs et méditait un crime. Quand son frère aîné et sa première épouse sont morts en 1864. Quand en 1869 Serge Netchaïev, membre de l'organisation terroriste Narodnaïa Volia, a assassiné un étudiant pour insubordination. Dostoïevski, qui se trouvait à Dresde, a compris la portée tragique de ce meurtre. Le temps des Démons - il travaillait déjà à ce roman - s'ouvrait, tel un abîme, devant la Russie. Un jour, le pays tout entier s'y engloutirait. Les deux premières parties des Démons ont paru en feuilleton dans Le Messager russe avant son retour à Saint-Pétersbourg au mois de juillet 1871. Le succès a été foudroyant et Dostoïevski passe depuis pour un voyant, un prophète.
En sortant de Notre-Dame-de-Vladimir, Fiodor longe la Fontanka puis rejoint la perspective Nevski. Il hait les somptueux hôtels particuliers, les restaurants, les magasins de luxe qui la bordent et qui sont une offense à tous les humiliés des faubourgs populeux. Comme toujours, une force inconnue l'attire vers la place du Sénat où les nouveaux temps des troubles ont commencé par le soulèvement des décembristes. Le sang a coulé. Les mutins ont été arrêtés, déportés ou exécutés. Leurs idées ont cependant continué à cheminer. Malgré les réformes engagées sous le règne d'Alexandre II, elles se sont radicalisées jusqu'au nihilisme.
Dostoïevski s'est arrêté devant Le Cavalier de bronze. La statue équestre de Pierre est nimbée d'une légère brume qui monte de la Neva. Pour Fiodor, le créateur de Saint-Pétersbourg est le premier des nihilistes. Car il a rabaissé l'Église orthodoxe qui était le principal rempart de l'esprit national russe. Il a également creusé un fossé entre le peuple et les gens de culture qui se sont tournés vers l'Occident. Pour l'imiter. Et courir à leur propre perte.
Dostoïevski reprend le même chemin pour regagner son appartement, son bureau, ses feuillets épars sur sa table. Il écrit l'histoire des quatre frères Karamazov. Le plus jeune s'appelle Aliocha. Comme son fils. Mais avant de se remettre au travail, Fiodor a décidé de se rendre au monastère d'Optina. Pour y rencontrer le père Ambroise qui passe pour un saint homme. Lui confier sa peine. Lui demander son aide. Ses prières. Non seulement pour lui. Mais pour toute la Russie. Elle lui paraît promise au martyre.


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