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samedi 10 septembre 2022

Avec Muriel Pic, sur les sentiers de l’affranchissement



LES 50 MEILLEURS 

LIVRES 

DE 2020


Avec Muriel Pic, sur les sentiers de l’affranchissement

En s’attachant à faire revivre son grand-oncle Jim, rendu difforme par le mal de Pott, Muriel Pic propose une précieuse expérience de lecture, un bol de liberté dont on savoure chaque goutte


Lisbeth Koutchoumoff Arman 
Publié vendredi 27 novembre 2020 à 00:00
Modifié samedi 28 novembre 2020 à 16:39

Camarades lectrices et lecteurs, laissez au vestiaire vos lunettes ou tout autre instrument de navigation. Oubliez aussi les étiquettes usuelles de «récit», «roman», «poésie», «archives», «documentaire». Laissez de côté les cartes et les itinéraires balisés. En s’élançant dans Affranchissements de Muriel Pic, il s’agit de se laisser porter, d’accepter de quitter l’autoroute pour prendre un chemin de terre, à demi caché par les broussailles. Plus on chemine dans la lecture, plus on se félicite d’avoir pris la main de Muriel Pic, et plus on pense l’accompagner dans une errance, inspirée et libre, fluide comme le sont les rêves, sur mille et un sujets (la culture des fraises, les timbres, le tourisme de masse, la Riviera française avant la Première Guerre mondiale), avec pour fil rouge la figure d’un grand-oncle disparu en 2001, Jim, rendu bossu par une forme osseuse de la tuberculose, jardinier solitaire du parc de l’université à Londres et philatéliste amateur.


Muriel Pic vient de recevoir pour «Affranchissements» la mention spéciale du jury du Prix Wepler à Paris. — © Emmanuelle Marchadour.

Ouvrir les yeux

Puis survient le moment, à mi-parcours, où se dessinent, derrière le désordre apparent, par-delà les digressions, les bifurcations du souvenir et de la pensée, l’architecture du livre que l’on tient dans les mains, le projet poétique lui-même, magnifique, gonflé. En redonnant vie, par éclats, en pointillé, à Jim, «petit bossu» qui a vécu hors des cadres, hors des attentes sociales, qui a mené, presque en transparence, une vie de peu, les yeux ouverts sur les fleurs, les plantes, le vivant, Muriel Pic propose une lecture qui est elle-même affranchie des codes, qui ne cesse de bifurquer là où on ne l’attend pas et qui, délicatement, sans fanfare, conduit à ouvrir les yeux sur les détails du monde, à se libérer par instants des conventions du regard, à percevoir les aliénations quotidiennes, si banales qu’on ne les voit plus.

Lire aussi: A Venise avec Cees Nooteboom

Langue neuve

Affranchissements vient d’être salué au début de cette semaine par le jury du Prix Wepler-Fondation La Poste, à Paris, un prix littéraire qui distingue, depuis 1998, les auteurs et autrices «qui prennent le risque d’une langue neuve». Professeure à l’Institut de langue et de littérature françaises de l’Université de Berne, Muriel Pic puise, pour ses recherches et son œuvre d’écrivaine, dans les archives, à l’écoute des vibrations qui s’élèvent des photographies, des éditions anciennes, des cartes postales, des articles de journaux, des publicités, des notes glissées dans les livres. Elle aime mettre ensemble textes et images et observer ce qui en naît. A côté de ses ouvrages de critique sur W. G. Sebald, Walter Benjamin, Henri Michaux, elle a publié Les Désordres de la bibliothèque: photomontages (Filigranes, 2011), Elégies documentaires (Macula, 2016) et En regardant le sang des bêtes suivi de Notes sur le montage documentaire (Trente-trois morceaux, 2017).

Lumière et pluie

Affranchissements débute par un souvenir ou plutôt la remémoration, baignée de lumière et de pluie, de ce souvenir. Printemps 2000, Muriel Pic, jeune étudiante, est à Londres pour une semaine. Elle doit écrire sa thèse, «faire de l’anglais et un peu de tourisme, c’est-à-dire aller aux musées». Elle a rendez-vous avec Jim, «oncle Jimmy», devant la librairie de Bloomsbury, «soit dehors, soit dedans, en fonction du temps difficile à prévoir». Ils ont convenu d’aller ensuite ensemble au marché aux timbres.

Collection de timbres

Depuis ses 8 ans, Muriel Pic collectionne les timbres et son oncle de Londres lui en envoie chaque mois. En ce printemps de l’an 2000, cela fait longtemps que la jeune femme a délaissé sa collection mais elle n’a pas le courage de l’avouer à Jim. En l’attendant pour ce qui sera leur dernière entrevue, elle furète dans les rayonnages de la librairie et tombe sur un recueil du poète américain William Carlos Williams, Spring and All (1923): «Quand j’ai vu Jim pour la dernière fois, je voulais lui offrir le livre de Williams. C’est en pensant à lui que je l’avais acheté, lui qui aimait par-dessus tout le printemps, ses lumières changeantes, sa boue et ses floraisons. Mais par un obscur fétichisme, une prémonition bizarre, je l’ai gardé, comme si je savais déjà qu’il me faudrait par la suite pratiquer une sorte de bibliomancie pour faire apparaître Jim, ouvrir au hasard et rituellement le livre pour retrouver sa présence.»

Le printemps et le reste

Presque tout le projet d’Affranchissements est contenu dans cette scène d’ouverture, petite pelote d’émotions dont on ne peut pas soupçonner à ce stade que les fils feront leur chemin jusque dans l’humus de la forêt, la voie lactée, le cabinet du médecin qu’était aussi William Carlos Williams, les débuts du mouvement dada, Menton et son palace Bellevue (disparu) où Jim a grandi, le sanatorium des enfants à Leysin où il a fait une cure et tant d’autres ramifications encore.

Cette scène d’ouverture, où la jeune Muriel Pic ouvre Spring and All, ce recueil où le poète espère «presser l’instant pour en extraire le flux d’images qu’il contient», tandis que nous, lecteurs, ouvrons Affranchissements sans savoir encore à quoi nous allons nous ouvrir, ce sentiment de basculer loin des chemins balisés mais si proche de nous-mêmes, c’est peut-être ce que Muriel Pic appelle le poème du monde, c’est un état, oui, une ouverture.

LE TEMPS



vendredi 9 septembre 2022

Patrick Modiano, chasseur d’ombres


Patrick Modiano




Patrick Modiano, chasseur d’ombres

Patrick Modiano écrit des romans en forme d’enquête sur le temps qui file. «L’Horizon» poursuit la traque dans les rues de Paris et Lausanne


Lisbeth Koutchoumoff Arman
Publié vendredi 12 mars 2010 à 19:38

Rue Bonaparte, à Paris. On note avec une émotion particulière l’adresse de ­Patrick Modiano, écrivain qui, depuis ­quarante ans, piste les processus de la mémoire. Ses romans sont peuplés de personnages flottants, sans famille, sans assise, qui s’accrochent aux noms de rues comme à des balises en pleine tempête; qui s’acharnent à noter dans des cahiers les avenues, les impasses, les boulevards, les passages empruntés pour se convaincre de la réalité d’existences enfuies. De Place de l’Etoile, Prix Roger Nimier 1968, à L’Horizon, qui paraît ces jours-ci, les adresses servent de phares dans la nuit des souvenirs.

Rue Bonaparte donc. Au premier étage. Un vrai premier étage, précise la maison d’édition. Au jour dit du rendez-vous avec le romancier, on se trompe. Qu’est-ce qu’un vrai premier étage? Se méfiant du premier, qui ne peut être vrai, on a filé au deuxième, qui n’est pas le bon. Et on a sonné chez un monsieur très âgé et surpris. «C’est compliqué», lance d’emblée ­Patrick Modiano en ouvrant la porte, empathique à l’extrême, confus voire un peu accablé par la mésaventure. Il est vrai que, dans ses livres, on peut se perdre dans un escalier comme dans une rue. S’effondrer, disparaître même, les très mauvais jours. Dans l’entrée de son appartement aux plafonds de cathédrale, Patrick Modiano a l’air d’envisager en une seconde toutes les possibilités d’égarement et de dissolution.

Lutter contre le chaos. De la ville, de l’enfance, de la vie. Patrick Modiano écrit depuis le cœur du typhon. En sort-il vraiment de cette zone kaléidoscopique qui lui donne ce calme apparent, cette légère distance, comme traversé par d’autres rythmes temporels? De roman en roman, chacun suivi par une large brassée de lecteurs, 100 000 en moyenne, il retourne puiser à ce feu lové dans les strates de l’enfance. Chaque livre ne représente qu’une porte d’entrée différente sur un même paysage sensoriel énigmatique, épuré, ramassé sur l’essentiel.

Dans son bureau, deux tables, des bibliothèques qui mangent les murs de quatre mètres de haut. Et un lit-divan rouge où l’on s’assoit tout au bord. Patrick Modiano cherche en parlant: «J’écris dans un demi-sommeil. Quand j’entame un roman, j’oublie les précédents. Je deviens amnésique. Avec le recul, je me sens un peu comme un peintre qui revient sans cesse sur la même toile.»

Jean Bosmans, le héros de L’Horizon, a 65 ans comme Patrick Modiano. Il recherche une femme aimée à 20 ans et perdue depuis. Le narrateur se fait enquêteur de ses propres souvenirs, historiographe de son passé, rassembleur de traces, preuves de la réalité d’une vie: inscription dans une boîte d’intérim, rendez-vous griffonné sur une ordonnance de médecin, photos d’identité. Patrick Modiano sonde sans cesse l’épaisseur du temps. «Cette fois-ci, il faut traverser quarante ans de vie. Plus on vieillit, plus cet arrière-fond de bribes visuelles, sonores, de conversations inabouties, de visages entraperçus, plus cette matière, sans suite, déconnectée, s’accroît. Et plus les temps se superposent. Plus les couches du millefeuille s’affinent. C’est cette porosité que j’essaye de traduire.»

D’où vient cette récurrence du narrateur-détective, de l’enquête, de l’énigme à percer qui donne à ses romans des allures de polars émotionnels?

«J’ai eu une enfance sans aucun tracé logique. Plus que le fait d’être malheureuse, c’est son aspect chaotique qui m’a marqué. J’étais livré à moi-même. Propulsé dans des lieux, confronté à des gens que je ne connaissais pas et que je ne comprenais pas. J’ai très vite pris le pli de me poser des questions. Qui sont ces gens? Que font-ils? Sans doute tout cela n’était-il pas aussi mystérieux que ce que je ressentais enfant. Plus on vit entouré d’énigmes, plus on ressent le besoin de s’accrocher aux bribes éparpillées ça et là. Et chacune de ces bribes ne fait que renforcer l’énigme. Un peu comme une forte lumière dans un coin accentue la pénombre alentour.»

L’enfance et l’adolescence. ­Patrick Modiano s’en est défait, en suffoquant presque, dans Un Pedigree (Gallimard, 2005), une autobiographie écrite dans ce même style qui fait la musique immédiatement reconnaissable de ses romans, d’une sobriété tranchante, aveuglante presque tant on écarquille les yeux parfois pour comprendre comment ces simples mots-là font sourdre autant d’émotions.

Un père d’origine juive italienne, trafiquant en tout genre à Paris, sous l’Occupation, «bizarre», mot fétiche de l’auteur qu’il prononce en faisant une grimace. Une mère d’Anvers, «jolie fille au cœur sec», comédienne et très absente. Enfant, Patrick Modiano et son petit frère Rudy sont placés chez des connaissances à Paris, à Biarritz. Après la mort du frère à l’âge de 10 ans, chagrin à vif (il dédiera ses huit premiers romans au disparu), le futur écrivain sera mis dans un pensionnat religieux à Annecy. «Ces années-là, je rendais visite à mon père à Genève et Lausanne où il s’employait à des affaires diverses. C’était les deux dernières années de la guerre d’Algérie. Je me souviens de cette atmosphère étrange de contrôle et de troubles qui régnait à Paris mais aussi à Genève dans les hôtels où l’on voyait des Algériens discuter le soir. Quelque chose fait que je dois retourner régulièrement à Genève, à Lausanne, aujourd’hui encore.»

Grand lecteur tous azimuts malgré la censure imposée par les pères, Patrick Modiano se voit vite écrivain. «Ecrire était un recours pour moi. Je n’avais pas fait d’études. Je n’avais pas de cercle familial, ni de centre de gravité. Je ne voyais pas quoi faire d’autre.» Sa mère et l’épouse de Raymond Queneau se fréquentent. L’écrivain prend ­Patrick Modiano sous son aile. «C’était par pure gentillesse de sa part. J’avais 14 ans. Il a dû sentir que j’étais livré à moi-même. Et être touché aussi par mes lectures assidues.» Raymond Queneau présentera le manuscrit de son premier roman à Gallimard en 1967. Place de l’Etoile se situe sous l’Occupation. «C’était un peu surprenant de voir un jeune homme de 23 ans écrire sur une telle période. Un peu déstabilisant aussi pour la génération précédente. Il faudra attendre un an avant que le livre soit imprimé.»

Comme ses personnages, ­Patrick Modiano a marché inlassablement dans Paris, dès 12 ans, connaisant là de rares bouffées de bonheur. Il ne le fait plus aujourd’hui. «Je n’ai plus besoin de retourner sur les lieux pour écrire. J’ai été impressionné au sens photographique du terme par des rues, des lumières, des sons, entre 12 et 25 ans. Je marchais toujours avec un sentiment de clandestinité, de danger. Je ne pouvais pas être là, dans ces quartiers, tout seul.»

Les phrases de Patrick Modiano paraissent avoir été trempées dans une solution spéciale, puis égouttées, essorées même, afin que chaque mot résonne et agisse. A l’os, les phrases ne comprennent ni adjectifs ni incidentes. L’écrivain écrit toujours à la main, pour garder une certaine distance, puis fait taper ses manuscrits, les corrige, les refait taper. Cinq à six allers-retours sont nécessaires parfois. «J’essaye de glisser des brèches de silence entre les phrases. De provoquer un écho de vibration à la fin de chacune d’elle. Comme en acupuncture, je pique à certains endroits précis pour que la sensation se propage. En tant que lecteur, j’aime les styles plus virtuoses et plus oratoires que le mien. Mais le risque alors est d’étouffer le ­lecteur, de l’étourdir. Je préfère suggérer les choses, en laissant des ombres. Au cinéma, l’œil se pose instinctivement vers les zones de pénombre pour mieux voir.»

A la question des maîtres qui auraient compté pour lui, Patrick Modiano aligne des noms de poètes. «Je suis sûr que si l’on pouvait radiographier mes romans, les rayons X tomberaient sur des vers d’Apollinaire ou de Maeterlinck. Ils m’échappent parfois sans que je m’en aperçoive.»

Une image, nette comme un film, déclenche l’écriture. «Je n’ai pas de plan. J’avance en me disant que je fais fausse route. La rêverie de départ retombe très vite. C’est ce qui est difficile avec l’écriture. Or il faut trouver le stimulant pour continuer. Un peu comme les acteurs qui doivent répéter trois fois une même scène d’amour. C’est compliqué, oui, compliqué.»

«Je n’ai plus besoin de me rendre sur les lieux»

LE TEMPS

mercredi 31 août 2022

Joël Dicker quitte les Editions de Fallois pour créer sa propre structure

Jöel Dicker

 


Joël Dicker quitte les Editions de Fallois pour créer sa propre structure


L’écrivain créera sa propre maison d’édition, très probablement en Suisse romande, au 1er janvier 2022

Lisbeth Koutchoumoff Arman
Publié mercredi 3 mars 2021 à 10:33
Modifié mercredi 3 mars 2021 à 16:03

Joël Dicker l’a annoncé à ses lecteurs par une vidéo sur Instagram: il quitte la maison d’édition Bernard de Fallois à la fin de l’année et créera sa propre structure éditoriale au 1er janvier 2022. En 2012, Bernard de Fallois avait été le seul éditeur à percevoir le potentiel de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert et avait mis toute son énergie et son savoir-faire pour le publier à la rentrée littéraire cette année-là. Le coup de dé s’est révélé un coup de maître: à la surprise générale, le jeune auteur genevois est devenu un phénomène éditorial, combinant succès public et prix littéraire. L’éditeur est décédé en janvier 2018.

Sa propre maison

Joël Dicker a toujours affirmé sa reconnaissance et son attachement indéfectible à son éditeur. «Vous vous en doutez, c’est une décision qui a été difficile à prendre […]. Mais j’avais le sentiment, depuis quelques années, depuis la disparition de Bernard de Fallois, qu’il allait falloir que je prenne un nouveau chemin et en même temps j’ai toujours dit qu’après Bernard il n’y aurait personne d’autre. J’ai donc décidé d’ouvrir ma propre maison d’édition», explique-t-il.

Marché suisse

La nouvelle structure éditoriale verra le jour en janvier 2022 et sera diffusée en Suisse par  Interforum Suisse, filiale du groupe Editis basée à Givisiez (FR). L’écrivain ne donne pas plus d’informations et son service de presse ne précise pas pour le moment le lieu d’implantation de la nouvelle maison. Des sources proches du dossier évoquent toutefois une installation en Suisse. L'écrivain précise par ailleurs qu'il a acquis les droits de ses romans publiés chez de Fallois. Outre le lieu d'implantation de la future maison, reste à savoir si Joël Dicker entend lancer une enseigne éditoriale, c'est-à-dire développer un catalogue et éditer d'autres écrivains que lui. Ou s'il s'agira avant tout de s'éditer lui-même.

LE TEMPS

lundi 29 août 2022

Joël Dicker / Un nouveau roman qui arrive à point nommé


Joël Dicker à Paris
Novembre 2018
Joel Saget


Joël Dicker: un nouveau roman qui arrive à point nommé

En vente dès aujourd’hui, «L’Enigme de la chambre 622» accompagne le déconfinement des lecteurs et des libraires


Lisbeth Koutchoumoff Arman
Publié mardi 19 mai 2020 à 14:02
Modifié mardi 19 mai 2020 à 14:03

Cinquième roman de Joël Dicker, L’Enigme de la chambre 622 devait initialement paraître le 17 mars. Pandémie oblige, et comme des centaines d’autres titres, il a dû patienter, et les fans de l’auteur genevois aussi. Le voici dès aujourd’hui dans les rayons des librairies, à point nommé pour participer à l’élan du déconfinement. Le retour à la normale n’ayant pas encore complètement sonné, il n’y aura pas de dédicaces publiques, moments clés pour la relation que Joël Dicker a nouée avec son public. Pour ce printemps 2020, il a fallu imaginer des dédicaces «à distance». Les lecteurs envoient par e-mail les mots qu’ils souhaitent. «Nous avons posé une limite au nombre de dédicaces, autrement Joël Dicker aurait pu rester plusieurs jours enfermé dans un bureau à signer ses livres», sourit Bénédicte Kuchcinski, gérante de Payot Pépinet.

Proche des lecteurs

La responsable constate que la parution d’un «nouveau Dicker» suscite une émotion particulière chez les clients: «Du jeune écrivain inconnu à la star internationale, ils l’ont vu grandir. Et surtout, Joël Dicker est resté disponible et proche des lecteurs.» Un lectorat qui frappe par sa diversité: «On ne peut pas dresser de portrait type du lecteur de Joël Dicker; il touche à la fois les dévoreurs de livres et ceux qui lisent peu, de tous les âges», constate Bénédicte Kuchcinski.

Depuis 2012, année de son premier succès, Joël Dicker a ouvert la voie du thriller à d’autres écrivains romands comme Marc Voltenauer ou Nicolas Feuz, qui sort également un nouveau titre ces jours-ci. Et c’est une Romande, Christine Pompéï, autrice jeunesse, qui a été numéro un des ventes la semaine dernière, et qui cultive aussi une forte relation de proximité avec ses lecteurs.

Genève et Verbier

L’Enigme de la chambre 622 suscite une attente particulière puisque le roman se déroule en Suisse. Pour la première fois, Joël Dicker quitte le décor des Etats-Unis et situe son intrigue entre Genève et Verbier. Autre élément porteur: l’écrivain se met lui-même en scène. Comme dans La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, on retrouve le procédé d’un narrateur écrivain en train d’écrire le livre que le lecteur tient dans ses mains. Mais cette fois-ci, le narrateur Joël Dicker a pris de la bouteille, il est véritablement devenu un écrivain à succès. Et il pleure son mentor, l’éditeur Bernard de Fallois, décédé en janvier 2018, à qui il doit, écrit-il, son succès et sa notoriété: «Lorsque je l’avais rencontré, j’étais un auteur même pas publié: il avait fait de moi un écrivain lu dans le monde entier.»

Jeune poulain

Le roman tresse deux mystères: l’un, fictif évidemment, qui a lieu dès la première page, un meurtre découvert dans la chambre du palace de Verbier (fictif aussi); et l’autre, la façon dont l’éditeur Bernard de Fallois, grand spécialiste de Marcel Proust, éminence de la scène éditoriale française, s’y est pris pour lancer son jeune poulain avec la réussite que l’on sait. Pour la partie fictive, on retrouve le rythme de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert avec des éléments du soap familial du Livre des Baltimore, surtout pour la relation père-fils, au cœur du drame, ici aussi.

Banque privée

C’est le milieu, fertile en intrigues, de la banque privée genevoise qui sert de cadre à la saga. On ne peut s’empêcher de chercher des ressemblances avec des personnages réels mais le roman n’est pas à clé. L’Enigme de la chambre 622 n’est pas un roman noir non plus, pas de questionnement ou de critique de la société. Joël Dicker affirme sa ligne: divertir et donc tenir à distance le poids du monde et les sujets qui fâchent. Les coups de théâtre, chausse-trapes et révélations s’inspirent de la pantomime et du feuilleton populaire, c’est aussi le côté vintage, assumé, de l’auteur. Les fans recherchent justement le côté évasion, loin, très loin de toutes les pandémies possibles. Les autres restent sur leur faim, tant pis pour eux.

Avec l’hommage rendu à l’éditeur Bernard de Fallois, Joël Dicker livre beaucoup de lui-même et de ses débuts. Une cartographie de la Genève de son enfance se dessine, avec le parc Bertrand en pôle important. Le dosage entre part personnelle et intrigue à multiples couches est équilibré. L’Enigme de la chambre 622 est indéniablement un bon cru.

LE TEMPS




jeudi 25 août 2022

De Leïla Slimani à Pierre Lemaitre, la saga se porte bien

Leïla Slimani


De Leïla Slimani à Pierre Lemaitre, la saga se porte bien

L’écrivaine marocaine publie «Regardez-nous danser», deuxième volet de son feuilleton familial débuté en 2020. Et Pierre Lemaitre, avec «Le Grand Monde», entame un nouveau cycle d’aventures consacré aux Trente Glorieuses


Lisbeth Koutchoumoff Arman
Publié jeudi 3 février 2022 à 12:55
Modifié jeudi 3 février 2022 à 14:58

Leïla Slimani s’est fait un nom avec des romans tendus comme des peaux de percussion, des intrigues resserrées sur l’intimité de quelques personnages à peine, dans un Paris contemporain et dur. Après Chanson douce, Prix Goncourt 2016, inspiré d’un double infanticide commis par une nounou, l’écrivaine s’est lancée dans une fresque romanesque, Le Pays des autres, à large spectre historique: le Maroc, de la fin des années 1940 à aujourd’hui, vu par les yeux d’une famille, fortement inspirée par celle de la romancière et en particulier par le couple hors norme que formaient ses grands-parents maternels.

Après le premier volet intitulé La guerre, la guerre, la guerre, paru en mars 2020, voici le tome 2, Regardez-nous danser, en librairie dès le 3 février. On retrouve le couple formé par Mathilde, Alsacienne, et Amine Belhadj, né à Meknès au Maroc et engagé pendant la Seconde Guerre mondiale dans un régiment de spahis. Après leur mariage en Alsace, ils s’installent au Maroc, sur les terres familiales. Le projet d’Amine est de créer une exploitation agricole modèle. Les obstacles à la réalisation de son projet sont nombreux dans un pays encore sous le joug colonial. La plus grande partie du premier tome était consacrée aux années sanglantes qui ont précédé la fin du protectorat français en 1956 et aux déchirements que la période a provoqués au sein de la famille d’Amine.

Soif de liberté

Regardez-nous danser débute en 1968, dans un Maroc indépendant où la famille Belhadj, grâce à son exploitation désormais florissante, a fait son entrée dans une bourgeoisie à peine déstabilisée par la fin du pouvoir colonial. Entre soif de liberté, quête d’identité et pouvoir autoritaire, les personnages devront faire des choix difficiles.

Trafics ignobles


Autre nouveauté très attendue, autre saga familiale, celle que Pierre Lemaitre débute avec Le Grand Monde. Après avoir écrit des romans policiers et des romans noirs qui ont marqué les annales du genre (Travail soigné, Alex, etc.), Pierre Lemaitre a marqué tout autant les esprits avec Au revoir là-haut (Goncourt 2013), roman sur les lendemains de la Grande Guerre en France, avec ses trafics ignobles, le tout servi par des personnages inoubliables d’anciens poilus, immortalisés en 2017 au cinéma par Albert Dupontel.

Au revoir là-haut était en fait la première pierre d’un édifice romanesque ambitieux et ample là encore: une traversée du XXe siècle, en neuf romans d’aventures, divisés en trois feuilletons ou sagas familiales. La première, intitulée Les Enfants du désastre, centrée sur la famille Péricourt, s’est conclue par Miroir de nos peines et la débâcle de 1940. C’est la famille Pelletier qui se déploie maintenant dans Le Grand Monde et qui ouvre une nouvelle trilogie consacrée aux Trente Glorieuses. La guerre d’Indochine est cette fois dans le viseur du romancier qui excelle dans la description des réseaux de corruption, des trafics et des compromissions qui constituent les coulisses de l’histoire et nourrissent la trame des meilleures fictions.

LE TEMPS

lundi 21 décembre 2020

Camus, le virus et nous


Camus, le virus et nous


CHRONIQUE. Si pour la plupart «La Peste» remonte aux années d’adolescence, il vaut la peine de s’y replonger aujourd’hui tant on y trouve d’échos à la vague épidémique qui déferle

Lisbeth Koutchoumoff Arman
Publié dimanche 15 mars 2020 à 13:03
Modifié dimanche 15 mars 2020 à 13:34

Au tout début de La Peste de Camus, le docteur Rieux bute sur un rat mort sur le palier de son appartement. Le concierge, averti, est catégorique: il n’y a pas de rats dans la maison, ce ne peut être qu’une farce. Le docteur se rend ensuite en ville, à Oran, au chevet de plusieurs malades. Plus il progresse dans ses visites, plus le nombre de rats, vivants ou morts, augmente, au détour des rues. «Qu’est-ce que c’est que cette histoire de rats?» demande la femme de Rieux, le lendemain. «Je ne sais pas, c’est bizarre. Mais cela passera», lui répond-il.

Le concierge, quant à lui, a décidé de faire le guet pour débusquer les plaisantins qui déposent des rats sanguinolents dans les couloirs. Peu de temps après, il sera la première victime (le patient zéro) de la peste qui s’est emparée de la ville.

La réalité en face

Début janvier déjà, alors que le Covid-19 semblait encore loin de l’Europe, les ventes du chef-d’œuvre d’Albert Camus ont bondi. Fin janvier, le nombre d’exemplaires était multiplié par quatre en France et par trois en Italie. Mouvement spontané conjugué aux conseils des professeurs dans les écoles, des libraires aussi qui le mettent en avant en Suisse aussi? En tous les cas, si pour la plupart cette lecture remonte aux années d’adolescence, il vaut la peine de s’y replonger aujourd’hui tant on y trouve d’échos à la vague épidémique qui déferle: les autorités qui tardent à regarder la réalité en face, les mesures de confinement, les différentes façons de réagir face au mal, par le déni, le dédain, la magouille, la panique, la fuite. Ou l’engagement, incarné par le docteur Rieux.

En 1947, à la parution de La Peste, les lecteurs y ont lu, et c’était le souhait de l’auteur, une fable sur la résistance face au nazisme. Mais la pestilence peut prendre d’autres couleurs, d’autres noms. Camus a écrit de façon à ce que son livre puisse être lu «sur plusieurs portées».

Comme tous les classiques, chaque génération s’y retrouve, chaque actualité s’y reflète. Succès immédiat en France et à l’étranger, traduit dans une dizaine de langues, La Peste demeure aujourd’hui le 3e plus grand succès de Gallimard après Le Petit Prince de Saint-Exupéry et L’Etranger de Camus.

Criants de vérité

Autre lecture d’actualité, parue celle-là en janvier et qui frappe par son côté prémonitoire: le premier volume de La Chute, de Jared Muralt, dessinateur et auteur de BD bernois. Lors d’un été caniculaire, une grippe sévit et tue. Le virus s’ajoute à la sécheresse et à la crise migratoire.

L’armée est appelée pour faire respecter les mesures de confinement et n’hésite pas à tirer. Les denrées alimentaires manquent, les gangs règnent, la faim aussi. Dans ce monde qui s’écroule, un homme pleure sa femme atteinte du virus et tente de survivre avec ses deux jeunes ados. Il est sonné. Nous le sommes tous.

LE TEMPS



mercredi 26 août 2020

Françoise Sagan / Une passion de trois jours pendant l’été 1940

Un Matin Pour La Vie Et Autres Musiques Scene (Biblio) (French ...

Une passion de trois jours pendant l’été 1940

Françoise Sagan traque les sentiments sous l’apparat des convenances

Lisbeth Koutchoumoff Arman
Publié vendredi 6 juillet 2012 à 19:52

L’été, la saison de Françoise Sagan. Campari, olives vertes, décapotables et morsures en tous genres. Grande croqueuse des us et coutumes des castes et sous-castes de la société française, en particulier de la bourgeoisie riche et lasse, Françoise Sagan a écrit vingt romans, de Bonjour tristesse (1954) à Miroir égaré (1976), avec cette fluidité du style, cet humour, cette empathie pour les faiblesses de ses contemporains. A la nouvelle, elle s’y met relativement tard, dans les années 1970, quand elle a déjà une dizaine de romans derrière elle. Ces bijoux de drôlerie, qui se lisent comme on savoure des amuse-gueules en terrasse, se déroulent souvent en été ou en vacances, cadre idéal aux démonstrations sociales et aux parades amoureuses.
Sagan signe en tout cinq recueils de nouvelles. Musiques de scène paraît en 1981 chez Flammarion. En 2011, Stock y ajoute quatre nouvelles inédites (écrites pour des magazines comme Elle ou Playboy ) et ressort le volume sous le titre Un Matin pour la vie et autres musiques de scènes . Parmi la quinzaine de textes, «Une Partie de campagne» se déroule un certain été 1940.
Il cogne, il fait presque mal cet été-là. Sous un soleil franc, des colonnes de fuyards s’éloignent face à l’avancée des troupes allemandes. La chaleur assomme alors qu’il faut aller vite. La touffeur anesthésie les corps tandis que la peur aiguise les nerfs. Françoise Sagan plante là une Rolls, coincée parmi la foule par toute une série de quiproquos et de malentendus. A l’intérieur, une baronne de Popincourt qui égrène un chapelet, Hélène Dureau, une épouse d’entrepreneur qui s’ennuie, et Bruno, son amant, un gigolo tout à fait satisfait de son état. Que va-t-il se passer quand les stukas vont bombarder voitures et marcheurs? «Une Partie de campagne» fait le récit savoureux d’une passion solaire et improbable de trois jours. Si la langueur est souvent, à tort, attachée au style de Sagan, les nouvelles sont là pour démontrer sa capacité de vitesse virtuose.
Des nouvelles à lire sous les arbres, avant la sieste, au soleil ou à l’ombre, parce qu’elles sont courtes et qu’elles condensent le talent d’un auteur…

Françoise Sagan
«Un Matin pour la vie»
«Elle sentit le corps dur tressaillir et, pour ne pas crier, elle appuya sa bouche sur un bras musclé et couvert de poils blonds. «Il a une odeur d’herbe», songea-t-elle vaguement, tandis que les battements de son cœur lui revenaient peu à peu aux oreilles»

LE TEMPS


vendredi 21 août 2020

Le petit-fils d'Oscar Wilde rejoue le procès qui a brisé son aïeul


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Oscar Wilde

Le petit-fils d'Oscar Wilde rejoue le procès qui a brisé son aïeul
Petit-fils de l'auteur du «Portrait de Dorian Gray», Merlin Holland lira jeudi au tribunal de Montbenon à Lausanne le compte-rendu des audiences.

Lisbeth Koutchoumoff Arman

Publié mercredi 3 septembre 2008

Petit-fils, ce n'est pas une profession. Mais lorsque le grand-père est célèbre, sujet à débats, exégèses et vieux scandales, l'engagement peu devenir plus prenant. Merlin Holland, 63 ans, a pour grand-père Oscar Wilde, l'écrivain irlandais qui poussa l'art de la repartie fine jusqu'à son sommet et ne s'embarrassa jamais du carcan victorien pour vivre ses passions homosexuelles. Merlin Holland déjeune pour l'heure au buffet de la gare de Lausanne. Il descend tout juste du train qu'il l'a conduit de la Bourgogne où il vit. Invité de la Faculté de droit et des sciences criminelles de Lausanne, il va faire revivre jeudi, au tribunal de Montbenon, le fameux procès qui, en 1895, fit passer Oscar Wilde du statut de star des lettres acclamée et vedette des mondanités à celui de paria. Les journaux de l'époque et le public de Londres à New York suivent l'événement avec fièvre. Condamné pour homosexualité, l'écrivain subira deux ans de travaux forcés et ne s'en remettra jamais. Il mourut peu de temps après, à Paris, à l'âge de 46 ans.
Merlin Holland se sent tenu de venir en aide à son aïeul. Pour rétablir les faits. Contrer des biographes qui réduisent l'auteur du Portrait de Dorian Gray à un insatiable croqueur de jeunes hommes. «Ma motivation? La même que mon grand-père je pense. J'aime piquer la bourgeoisie bien-pensante et les gens trop sûrs d'eux en général.» Il est donc devenu un spécialiste incontesté de la vie et de l'œuvre de son aïeul. En est au cinquième livre, des références. Le prochain aura pour titre Après Oscar. Les échos d'un scandale.
L'onde de choc du procès fit exploser la vie familiale de l'écrivain. Sa femme Constance envoya leurs deux fils, Cyril, 10 ans à l'époque, et Vyvyan, 8 ans, le père de Merlin Holland, à Glion près de Montreux.
Cyril l'aîné sait de quoi on accuse son père. A Londres déjà, il a lu les placards des tabloïds. Son petit frère restera dans l'ignorance jusqu'à ses dix-neuf ans. Leur mère les rejoints en Suisse puis choisit l'Italie et puis l'Allemagne. Elle ne survivra pas deux ans à la tragédie familiale. Cyril passera sa vie a prouver au monde qu'il n'est pas efféminé en s'abîmant dans des prouesses physiques extrêmes. Il mourra lors de la Première Guerre mondiale «très certainement en s'exposant bêtement pour prouver sa force», glisse Merlin Holland.
Vyvyan aura tardivement Merlin d'un deuxième mariage. «Lorsque j'avais 15 ans, il m'a emmené un matin très tôt dans le quartier de Chelsea à Londres, tout près de là où nous habitions. Il m'a montré la maison du bonheur de son enfance où il avait vécu avec ses parents et son frère avant que tout n'explose, les parcs où il jouait... Et puis au moment de rentrer, il m'a tendu son autobiographie qu'il avait écrite sept ans plus tôt. C'est comme cela que j'ai découvert l'homosexualité de mon grand-père. Il faut se rendre compte que l'homosexualité était considérée comme criminelle en Angleterre jusqu'en 1967...» rappelle Merlin Holland.
Après le procès, l'œuvre d'Oscar Wilde a continué à être jouée deci delà en Angleterre. Le Continent, comme disent les Anglais, sera beaucoup plus accueillant. Mais il faut attendre les années 70 pour que la modernité de ses pièces et de ses essais soient pleinement redécouvertes. Pour Merlin Holland, la parution de la correspondance de l'auteur a beaucoup compté pour briser l'image de dandy arrogant et superficiel. «Ces lettres ont mis son âme à nu.»
Au point que le petit-fils se dit aujourd'hui que son grand-père n'a plus besoin d'assistance. «Je peux quitter le nid et écrire pour moi, je crois.» Ce sera un roman situé en Bourgogne.


dimanche 16 août 2020

«Le Portrait de Dorian Gray», livre sodomite?

Le Portrait de Dorian Gray: A38485 (Folio): Amazon.es: Wilde,Oscar ...

«Le Portrait de Dorian Gray», livre sodomite?

Lors de son procès, Oscar Wilde a défendu sa liberté d'écrivain.

Lisbeth Koutchoumoff Arman

Publié mercredi 3 septembre 2008 à 02:01

C'est Oscar Wilde lui-même qui a enclenché la machine judiciaire qui allait conduire à sa perte. Il sortait depuis déjà de longs mois avec le jeune lord Alfred Douglas lorsque le père de ce dernier, le marquis de Queensbury, lui écrit un mot où il le traite de sodomite. L'écrivain l'attaque alors en diffamation. Pourquoi Oscar Wilde a-t-il pris le risque de voir son homosexualité révélée au grand jour et d'écoper d'une peine de prison?
Pour Merlin Holland, l'une des explications réside dans les arguments avancés par Queensbury pour étayer son attaque. Outre les jeunes prostitués qui pouvaient témoigner, c'est Le Portrait de Dorian Gray, seul roman d'Oscar Wilde, qui est avancé comme preuve, le livre mettant en scène un amour homosexuel. «Oscar Wilde voulait défendre sa liberté d'écrivain. Il avait en tête les exemples de Baudelaire, de Flaubert et de Zola. L'écrivain doit pouvoir choisir ses sujets où bon lui semble dans la société sans entraves morales aucunes.»
Oscar Wilde perdra son procès. Le soir même de ce premier verdict, l'Etat l'attaque pour homosexualité. Sa maison est vidée de tous ses biens.
Oscar Wilde sera condamné à 2 ans de travaux forcés.