jeudi 20 juillet 2017

Isabelle Huppert / "Je me sens libre"




Isabelle Huppert : "Je me sens libre"

Par Laetitia Cénac 
Le 30 mai 2017

Fidèle à elle-même, Isabelle Huppert se livre avec conviction et enchante l’objectif de Peter Lindbergh.


Comment est-elle Isabelle, aujourd’hui ? Cheveux flamme, yeux vert-de-gris, parfum de fleurs blanches, vêtue d’un camaïeu de bleu, parme, violet, avec un sac à chaînette dorée dont le patchwork rassemble les mêmes tonalités. Une plage de temps libre s’ouvre devant elle. Il faut dire que six films sont en boîte : Madame Hyde, de Serge Bozon, Happy End, de Michael Haneke (1), Marvin, d’Anne Fontaine, Barrage, de Laura Schroeder (2), la Caméra de Claire, de Hong Sang-soo, et Eva, de Benoît Jacquot, dont deux - ceux de Haneke et de Hong Sang-soo - ont été présenté à Cannes. Et que fait-elle, Isabelle, quand elle ne tourne pas pour le cinéma ? Ou qu’elle n’arpente pas les planches d’un théâtre ?
Elle se promène des heures, comme hier dans Paris, où la lumière était si belle, prend une photo de pont, qu’elle poste sur son Instagram, et puis dialogue avec son double imaginaire… La voici, l’humeur badine, devant un café, dans le salon céladon d’un hôtel rive gauche.


Madame Figaro. - Vous n’en avez pas assez qu’on vous qualifie de « meilleure actrice française ». 
Isabelle Huppert. - Mettez-vous à ma place : il vaut mieux s’entendre dire qu’on est la meilleure que la pire ! Mais il y a aussi à Paris des gens qui ne m’aiment pas, je crois que je les agace. À l’émission « le Masque et la Plume », un soi-disant critique de cinéma a dit des choses très vulgaires, à la limite de la diffamation. Meilleure actrice, ça ne veut rien dire, c’est comme meilleure tarte Tatin. Ce que je fais quand on me filme n’a pas besoin de comparatifs ni de superlatifs.
Vous avez tourné dans plus de cent films, il y a un secret ?
Je dirais simplement que ça s’est fait comme ça. Il y a de plus grandes actrices que moi qui ont moins tourné. Greta Garbo, combien de films ? J’ai attiré ça, beaucoup de films. Attiré, voulu et accepté. Il y a un mélange de chance et de volonté, ou, pour reprendre un titre célèbre, de hasard et de nécessité… Nécessité pour moi de tourner, et hasard qui fait que je plais à certains cinéastes.



2016 était une année Huppert. 2017 en prend le chemin avec la sortie de vos six films !
Je connais les années-lumière, c’est autre chose qu’une année Huppert, même si ça rime ! En 2017, est-ce que j’irai recevoir toutes sortes de prix que j’ai reçus un peu partout comme l’année dernière grâce, souvent, à mon rôle dans le film Elle ? Le problème, c’est que ça prend un temps fou, les voyages, les cérémonies, le petit discours à préparer chaque fois, au détriment de mes projets. Le passé vous retient, le passé n’aime pas le futur. Les prix qu’on reçoit ne sont pas toujours bénéfiques ! 2017 sera une année Hong Sang-soo, Jacquot, Haneke, Schroeder, Fontaine, Bozon, avant d’être une année Huppert, croyez-moi.
Vous travaillez beaucoup, entre théâtre et cinéma. Un tel emploi du temps est-il structurant, apaisant ?
Le verbe « travailler », je n’arrive pas à y croire. C’est d’un autre ordre. Un « emploi du temps », c’est censé être apaisant, rassurant. Mais perdre son temps n’est pas mal non plus. Il y a une phrase que j’aime beaucoup : « On perd ses cheveux, on perd ses amis, on perd ses dents, mais on ne perd jamais son temps. » C’est de Prévert, je crois. À propos, vous avez vu qu’Emmanuel Macron a parlé de Prévert dans le débat de l’entre-deux-tours ? C’est bon signe ! Donc on ne perd jamais son temps. Quand on est actrice, même quand on ne fait rien, on est encore au travail. Actrice, ce n’est pas que de l’action, c’est aussi de la pensée. C’est très exigeant, parfois fatigant, de penser tout le temps et - circonstance aggravante ! - de penser tout le temps à soi et à ses rôles. C’est presque horrible ! Parfois on aimerait ne penser à rien ou à autre chose. Pour ça, la lecture est formidable, elle vous fait vous intéresser à autre chose qu’à vous, même si au bout du compte, en lisant, on se retrouve face à soi-même…
Question délicate : quel est votre objectif, votre horizon ? Y a-t-il une cible ?
Un horizon ? C’est loin, l’horizon. On peut même le voir flou. Je préfère l’instant présent. « Ici et maintenant » serait une bonne devise. La magie du moment présent : je n’attends rien d’autre du cinéma. Mais « magie » n’est pas vraiment le mot qui convient. Le moment présent se suffit à lui-même, magie ou pas, c’est ce que le cinéma capture. Il faudrait que je relise les Notes sur le cinématographe, de Robert Bresson. Vous savez que Bresson ne voulait pas filmer des acteurs professionnels. Je crois que j’aurais pu être une actrice bressonienne, un « modèle », comme il aimait dire. J’en suis même sûre !

Vous êtes une artiste…
Absolument pas ! Non et non ! Un artiste, c’est… je ne sais pas trop ce que c’est, mais aucun artiste ne peut prétendre à une telle définition. Artiste, je pense à Michel-Ange, à Mozart, à Flaubert… C’est comme philosophe : aujourd’hui ils sont tous philosophes, alors que les philosophes sont rares de Platon à Husserl !
Vous est-il arrivé de dire ou de penser : « Stop ! J’arrête » ?
Stop, j’arrêterais quoi ? Arrêter complètement, non. Comme on dit dans ces cas-là : « Je ne sais rien faire d’autre. » Avoir une autre vie, évaluer d’autres possibles, pourquoi pas ? J’ai failli mettre en scène un opéra, finalement j’ai refusé, parfois je le regrette, ce sont des questions de choix. Devoir choisir est toujours éprouvant, horrible. Choisir d’arrêter doit être un cauchemar…





Si vous preniez une année sabbatique, que feriez-vous ?
Je ne me vois pas décidant ça ! Un trimestre, peut-être. Je voyagerais différemment, sans le cinéma, avec une autre manière de rencontrer les gens, une autre vision. J’ai besoin d’une vie fictive qui m’accompagne en permanence. Débarquant dans tel endroit inconnu, je suis très capable de me demander aussitôt comment on pourrait m’y filmer…
Ne dites-vous pas que chaque rôle est une cachette ?
Oui, comme un secret qu’on garde. On peut être à la fois complètement exposée et invisible. Prenons l’autofiction dans les romans, même si le mot « autofiction » est un peu bête. Quelle est la part de soi ? La part du vrai, la part de l’invention ? Et l’invention se nourrissant du vrai ? Cette confrontation avec soi qu’impose à son tour le cinéma, je la mets en pratique exactement de la même façon qu’au théâtre. Je ne fais aucune différence entre le théâtre et le cinéma. C’est ma marque de fabrique ! Aucune différence. Aucune contrainte, aucune obligation. Je me sens tout à fait libre. Je n’imite rien, je ne ressemble qu’à moi…
C’est ce que Luc Bondy, entre autres, appréciait chez vous…
C’est ce qu’il attendait de ses interprètes, cette liberté, c’est ce qu’il leur donnait, leur permettait de faire. C’est une recherche de la vérité, de l’authenticité, qui n’empêche en rien la composition. Cocteau disait : « Il est difficile d’avoir l’air facile. » Dans Madame Hyde, le film de Serge Bozon, le personnage que j’interprète est très « composé », très construit et reconstruit, c’est une autre version de moi-même, disons plus facétieuse. C’est bien connu, nous avons tous à notre disposition un large éventail de masques en fonction des situations que nous affrontons, publiques, privées, sentimentales, sociales...
Quel serait le rôle borderline que vous n’accepteriez pas ?


Isabelle Huppert photographiée par Peter Lindbergh
<p>«J’ai besoin d’une vie fictive qui m’accompagne en permanence.»</p>
Aucun. La vraie question n’est pas ce qu’on fait mais avec qui on le fait. Ce choix est essentiel. Donc je ne vois pas de limites. Si on m’oppose des limites morales, c’est déjà caduc !
Vous qui avez peur de certaines choses dans la vie, vous n’avez peur de rien sur scène ou à l’écran ?
Non, pas du tout, à condition d’être bien accompagnée. C’est ça : je n’ai pas peur parce que je suis bien accompagnée. Personne n’a envie de se lancer seul dans une expédition dangereuse en haute montagne ou de nager seul pendant des heures. Pas moi en tout cas. J’ai une relation très forte avec tous ceux avec qui je travaille et en qui j’ai confiance. Au théâtre : Claude Régy, Bob Wilson, Warlikowski, etc. Avec eux, je ne me sens jamais utilisée ni instrumentalisée. Tout est là. Même chose au cinéma, Godard, Chabrol, Fitoussi, Mia Hansen-Løve, Haneke, Verhoeven, Jacquot, oui, tous, « toutes et tous », comme on dit maintenant.
Certains de vos rôles ne relèvent-ils pas du registre sadomaso ?
C’est ce que j’entends dire parfois, sans vraiment comprendre. Sadomaso, ça veut dire quoi ? C’est devenu un tic de langage ou une étiquette trop commode. Souffrance, jouissance de souffrir, plaisir de faire souffrir, bon, je veux bien, mais on n’est pas très avancé. Il y a aussi l’innocence, le goût de l’absolu, la fragilité. (J’aurais dû tourner avec Pasolini, il m’aurait peut-être expliqué des choses.) Laissons Sade où il est et ce qu’il est. J’ai lu des textes de lui, c’était charmant, je les ai lus à Avignon au palais des Papes - Sade, qui avait son château à quelques kilomètres d’Avignon, aurait adoré savoir qu’il était lu chez les papes, j’en suis sûre ! Je n’ai pas lu les passages les pires, bien sûr, les passages insoutenables. Je vais de nouveau lire des pages de Sade à Montpellier et aux Nuits de Fourvière, à Lyon. C’est si agréable de lire des textes, il faut être transparent, prononcer les syllabes qui font des mots qui font des phrases. J’ai lu des nouvelles de Maupassant en Italie, bientôt j’irai lire Marguerite Duras en Chine. J’ai l’impression - comment dire ? - d’être utile… Des gens sont assis et vous écoutent. C’est simple comme bonjour. Mais il n’est pas simple d’être simple !
Comme dans une lettre de motivation, pourriez-vous citer deux de vos points forts ?
Voyons voir… Je dirais l’obstination et le sens de l’humour. L’obstination, ça peut tourner à l’idée fixe. Parfois ça marche, parfois pas, et même pas du tout. Alors l’humour vient à la rescousse, ce très cher et très fidèle humour.
Et deux points faibles ?
Ah, mais c’est un examen de conscience ! Une certaine paresse. Des choses d’ordre pratique, de la vie quotidienne, que je dois faire mais que je vais laisser traîner des mois et des mois. Et puis, j’insiste, l’horreur d’avoir des choix à faire, car choisir c’est renoncer, c’est bien connu. Quand il faut décider d’aller dans tel ou tel endroit où on m’invite, ou de rencontrer quelqu’un ou pas…
Vous seriez devenue une bête de mode ?
N’exagérons pas ! Une bête de mode ! La mode me passionne. C’est un univers fascinant. Déjà, tout simplement s’habiller… Il y a des rituels dans la mode, par exemple, les défilés, dans la vie d’une actrice, les red carpets, quel plaisir, ce sont des moments qui me sont offerts comme des privilèges. Et j’aime porter des vêtements qui me surprennent parce qu’ils me vont bien et me métamorphosent. J’aime aussi qu’on me photographie.

uel conseil donneriez-vous à une jeune actrice ?
Peu importe l’âge ou la carrière, début, milieu… Soyez curieuse ! Voilà mon commandement ! Soyez curieux (c’est valable pour les acteurs, c’est valable pour tous…) Si on est curieux, c’est qu’on est en vie, à l’affût, aux aguets, attentifs, nerveux… Toujours et encore, inlassablement. Et curieux de tout.
Qu’avez-vous appris avec le temps ?
Rien que je ne savais déjà. La seule différence : avant, je ne savais pas que je savais, maintenant je le sais - ou le devine.
Quel est le plus beau compliment que vous ayez reçu ?
Les compliments… J’ai tendance à les oublier. J’aurais dû en noter quelques-uns, qui étaient beaux, indépendamment de ma petite personne. C’est revigorant, c’est roboratif, c’est de la vitamine C… Je me souviens que Chabrol avait parlé de moi en disant à peu près : «Comme elle est intelligente, elle comprend plus vite que les autres.» Qu’est-ce que vous voulez, quand on me l’a répété, ça m’a fait plaisir.
(1) Happy End, de Michael Haneke, en salles le 18 octobre. (2) Barrage, de Laura Schroeder, en salles le 19 juillet.

mercredi 19 juillet 2017

Doutzen Kroes / "Mon credo make-up ? Less is more !"

Doutzen Kroes

Doutzen Kroes : "Mon credo make-up ? Less is more !"

Par Justine Feutry | Le 20 mai 2016
Alors que Doutzen Kroes fête ses 10 ans d'égérie L'Oréal Paris cette année, rencontre avec un top à la beauté et à la simplicité renversantes.
C'est dans une suite du Martinez, hôtel qu'elle n'a presque pas quitté depuis le début du Festival de Cannes comme elle nous le confie en riant, que nous avons rencontré Doutzen Kroes. Dans un tailleur pantalon beige et chaussé de simples mocassins, le top néerlandais resplendit. Une beauté dans la simplicité dont cette maman de deux enfants a fait son credo.
Lefigaro.fr/madame. - Vous fêtez vos 10 ans au sein de la teamL’Oréal Paris. Votre meilleur souvenir ? 
Doutzen Kroes - J’ai tellement de bons souvenirs ! Je pense que les meilleurs moments que j’ai passés avec la marque restent à Cannes et pendant les séances photo. Mais le Festival est vraiment spécial et en particulier le tapis rouge : on monte les marches, on regarde par-dessus l'épaule et ce qu’on voit est incroyable. C’est un peu effrayant aussi ! C’est impressionnant, peu importe le nombre de fois qu’on l’a fait, on est toujours un peu nerveux. On se dit vraiment à chaque fois : quelle incroyable expérience à vivre ! C’est toujours la course en terme de planning, on est épuisée ensuite mais c’est tellement agréable d’être avec tout le monde ici, de partager tout ça et d’être ensemble, ce qui n’arrive pas si souvent.   
Vos meilleures alliées dans cette grande famille ?
Toutes ! Lara (Stone)Karlie (Kloss)Irina (Shayk)Bianca (Balti)… Je ne voudrais pas oublier quelqu’un (rires). En fait, c’est toutes les "Loréalistas" comme nous nous appelons entre nous. Nous sommes toujours contentes d’être réunies comme ces derniers jours et nous nous amusons beaucoup. 
Un secret de beauté à partager ?
Avoir une belle peau et un teint frais me semble très important. La journée, je mise sur un make-up très naturel même si le soir j’aime m’amuser avec un smoky eyes. Je suis une adepte du credo « Less is more » !
Que trouve-t-on dans votre sac ?
En ce moment, une palette pour les lèvres avec différentes couleurs à choisir selon mes envies et mon humeur du jour. Il m’arrive même de mixer les couleurs. Sinon un stick pour les lèvres, mon téléphone et une bouteille d’eau.


Votre moyen pour vous détendre ou décompresser ?
Juste avant de venir ici, j’ai passé quelques jours chez moi, dans le nord de la Hollande, avec mon mari et mes enfants. Mes parents étaient là aussi, tout comme ma sœur et c’est tellement agréable d’être loin de tout, dans un monde complètement différent, loin de l’effervescence cannoise. Oui, être au cœur de la nature avec mes enfants, je pense que c'est la meilleure façon de me détendre.
Vous avez eu une première expérience au cinéma en 2011 dans Nova Zembla. Comment l’avez-vous vécue ?
C’était sympa. J’ai aimé figurer dans ce film, être sur un plateau et travailler avec l’équipe. Sur un tournage, on passe beaucoup de temps avec les mêmes personnes, ça devient presque comme une second


mardi 18 juillet 2017

Marco Chamorro / La mémoire de la marimba



MARIMBA

LA MÉMOIRE DE LA MARIMBA

E
n 1553, au mois d’octobre, un navire quitta le port de Panama en direction de Lima. Il transportait des esclaves africains comme marchandise, qui étaient la propriété de l’Espagnol Alonso de Illescas. Après trente jours de navigation, le bateau passa le Cap de San Francisco, sur la côte d’Esmeraldas, en Équateur. On jeta l’ancre dans la crique de Portete pour prendre du repos et pour s’approvisionner en eau et en aliments. Les vendeurs d’esclaves firent descendre dix-sept hommes et six femmes pour qu’ils chargent les provisions.
Alors qu’ils étaient à terre, un vent fort se leva et le bateau alla percuter les récifs. Les esclaves profitèrent de la confusion pour s’échapper et se cacher dans la végétation des collines, avec pour seul désir, celui de ne plus jamais être mis en esclavage.
Par la suite, beaucoup de Noirs d’autres régions du pays s’échappaient des haciendas, se cachaient durant le jour et marchaient la nuit, pour rejoindre cet endroit où l’on pouvait être noir et vivre libre.
Amadelisa Congo m’a raconté cette histoire, lors d’un festival de musique Marimba à Esmeraldas, avant d’aller danser un Torbellino. Les froufrous de sa robe s’agitaient tellement que les fleurs paraissaient voler.
photo ID
MARCO CHAMORRO
J’ai d’abord étudié la peinture dans mon pays natal, l’Équateur, avant de suivre un master en album jeunesse à Madrid. Comme le dessin, le théâtre fait partie de ma vie depuis toujours. Auteur-illustrateur, j'ai publié plusieurs ouvrages parmi lesquels Segundo Acto (Fondo de Cultura Económica, Mexique), Mestre Wilson, (De ida y vuelta Ed.) et A ritmo endiablado de bomba, en duo avec Alice Bossut (Comoyoko Ediciones, Équateur). Notre livre Le géant du lac paraîtra en septembre 2017 aux Éditions Esperluète (Belgique).



lundi 17 juillet 2017

Elle Fanning / "Je n’ai pas l’impression d’avoir loupé mon enfance"



Elle Fanning : "Je n’ai pas l’impression d’avoir loupé mon enfance"

Par Richard Gianorio | Le 30 juin 2017


Dans la famille Fanning, on demande Elle, la sœur de Dakota. Baby star en pleine ascension, elle sera dans Les Proies de Sofia Coppola et vient de signer un contrat beauté avec L'Oréal Paris.



On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Mais à 19, si l’on vit à Los Angeles et qu’on est promis au faste du star-système, on ne prend plus les choses à la légère. Elle Fanning a été la sensation du dernier Festival de Cannes, où elle présentait deux films (Les Proies (1) et How to Talk to Girls at Parties) et affichait fièrement son nouveau statut d’égérie beauté de L’Oréal Paris, une signature qui la fait entrer dans une dream team comprenant indifféremment l’icône Julianne Mooreou la mannequin Doutzen Kroes.
Si miss Fanning est conforme aux standards d’une « all American girl » de son âge - elle rit très fort et écarquille ses grands yeux bleus avec une candeur attendrissante -, elle possède aussi un physique moins conventionnel (une grâce aérienne, un cou de cygne et une silhouette de ballerine - qu’elle faillit devenir) et ce petit supplément d’âme qui lui permet d’accéder, déjà, à des partitions plus complexes. On la compare à une Nicole Kidman en devenir - elle lui ressemble et frôle, comme elle, le mètre quatre-vingts - et, cruelle sélection naturelle des sociétés du spectacle, elle semble bien partie pour éclipser malgré elle sa glorieuse sœur aînée, Dakota, 23 ans…



Des débuts à… 18 mois

Fille du Sud née en Géorgie - où les femmes ont la réputation d’être toutes d’increvables Scarlett O’Hara -, Elle Fanning a débuté au cinéma à 18 mois. Elle a 11 ans lorsqu’on la remarque vraiment dans Somewhere, de Sofia Coppola, qui la choisit pour son physique évanescent, une de ces blondes pâles dont elle raffole depuis Virgin Suicides. L’an dernier, Elle fêtait ses 18 ans et sa première sélection à Cannes avec The Neon Demon, de Nicolas Winding Refn.
Tous les indicateurs de super célébrité sont donc au vert pour propulser la fusée Fanning dans la stratosphère. Elle est armée. Derrière son apparence de jeune et jolie Américaine rieuse, elle paraît indestructible, ayant déjà parfaitement intégré toutes les lois de l’industrie hollywoodienne et semblant pouvoir les manipuler à sa guise. Après les Proies, elle a déjà tourné dans deux films (« avec des réalisatrices », insiste-t-elle), l’un dirigé par Mélanie Laurent (Galveston), l’autre par Reed Morano (I Think We’re Alone Now). Et elle chantera dans le troisième (Teen Spirit, pensé par l’équipe de La La Land). Rencontre avec un adorable bébé requin aux dents de lait et au teint de lys.



Dans les pas de Dakota

« Je suis issue d’une famille de sportifs. Ma mère pensait que ma sœur Dakota et moi deviendrions des joueuses de tennis professionnel. Ce n’est pas arrivé. C’est ma sœur qui m’a ouvert le chemin. J’ai tourné dans mon premier film à l’âge d’un an et demi. Je jouais Dakota bébé, lors d’un flash-back, dans Sam, je suis Sam. On peut donc dire que j’ai grandi dans cette industrie, et, de fait, elle ne me fait pas peur. De plus, je vis toujours dans le cocon rassurant de la maison de mes parents, qui me soutiennent à chaque instant. Ma scolarité a été assez normale, et mes amis ne sont pas tous dans le business : non, je n’ai pas l’impression d’avoir loupé mon enfance. »

Elle Fanning, le style dans la peau





Marilyn Monroe, un modèle

« Le premier film dont je me souvienne ? Sept Ans de réflexion, avec Marilyn Monroe, qui m’a suffisamment frappée pour que cette actrice devienne une source d’inspiration. Je suis fascinée lorsque je revois ses interviews filmées : son regard déborde d’émotion, et le fait qu’elle se soit sans doute sous-estimée comme actrice me bouleverse. Ma grand-mère adorée m’a acheté, dans une vente aux enchères, un poudrier qui lui a appartenu et que je vénère. Plus tard, j’ai enquillé tous les Disney, les films de princesses, comme toutes les jeunes Américaines. Aujourd’hui, je tourne dans des films, mais je n’en vois pas suffisamment, sauf dans les avions. Ma culture cinématographique est en construction. À terme, j’aimerais devenir réalisatrice. Cette idée occupe de plus en plus mon esprit. »



Muse de Sofia Coppola

« Sofia a réussi à rester élégante malgré le succès. C’est la classe incarnée, un modèle pour nous toutes. Je lui dois beaucoup. Je n’avais que 11 ans lorsqu’elle m’a donné un rôle important dans Somewhere. Je me souviens très bien de notre premier rendez-vous : elle était très maternelle et m’a fait parler de ma vie, même si j’étais encore une petite fille. Ses tournages sont confortables, très familiaux. Sofia a un type de fille qu’elle aime particulièrement, le type Kirsten Dunst, avec qui je suis devenue très proche, d’ailleurs. Dans les Proies, qui est un film assez gothique à mes yeux, les clichés sont inversés : c’est Colin Farrell qui hérite de l’emploi le plus féminin, quand le reste du casting est composé de femmes - Nicole Kidman et Kirsten Dunst, justement - au tempérament assez macho. J’incarne une bad girl, et c’est nouveau pour moi. J’aime les challenges. Bien sûr, par la suite, j’aimerais jouer des personnages qui sont les plus éloignés possible de moi. Devenir une bonne actrice, c’est énormément de travail et d’engagement, et j’ai encore beaucoup à apprendre. Je ne travaille pas avec un coach, je préfère laisser parler mon instinct et mon imagination plutôt que d’intellectualiser les choses. Je veux garder ma part d’enfance. Les grandes actrices ont ça, je crois. Meryl Streep, notamment. »


Entrée dans la danse

« Longtemps, j’ai pensé devenir ballerine. J’ai fait de la danse classique, je passais mon temps sur les pointes. Mais j’ai pratiquement abandonné, je suis trop prise par le cinéma. Et puis, j’ai beaucoup grandi, très vite. Et dans la danse, plus on est grande, plus il faut être douée. J’ai gardé la rigueur et la discipline des danseurs, très profitables sur les tournages, et aussi la posture, le maintien, parce que tout passe par le corps : il faut chaque fois s’approprier le corps du personnage. Les vêtements aident aussi beaucoup. Dans le film de Sofia, je portais un corset, et ma façon de me tenir était radicalement différente. »


Une beauté déterminée




« J’étais heureuse et stupéfaite lorsque j’ai été approchée par L’Oréal Paris pour intégrer cette équipe d’égéries incroyables. J’adore le message véhiculé par la maison, fondé sur l’estime de soi. Je suis bien placée pour en parler : il est si difficile pour une ado d’apprendre à s’aimer ! Au lycée, j’ai connu une longue période de timidité absolue. Je voulais ressembler aux autres alors que j’étais très différente. J’ai fini par comprendre que mes défauts faisaient partie intégrante de ma personnalité et qu’ils me rendaient unique. J’ai un petit côté garçon manqué, mais, surtout, une culture girly. Je suis imbattable en maquillage. »




Naturellement féministe

« Au Festival de Cannes cette année, c’était, paraît-il, la première fois qu’il y avait douze réalisatrices sélectionnées. Au lieu de s’en émerveiller, on devrait surtout s’étonner que cela soit la première fois ! En ce qui me concerne, je vais très naturellement vers des auteurs femmes : après Sofia Coppola, j’ai enchaîné avec Mélanie Laurent et Reed Morano. Le combat des femmes sera gagné lorsqu’on n’aura plus à mentionner le sexe de l’auteur d’un film. Ce qui compte, c’est qu’il soit réussi, non ? Le chemin à parcourir est encore long. Précédemment, j’ai joué dans 20th Century Women, avec Annette Bening. Un film ouvertement féministe qui a fait polémique, à mon grand étonnement. Comme si rien n’était jamais acquis pour les femmes. »
(1) Les Proies, en salles le 23 août.


dimanche 16 juillet 2017

Chloë Sevigny /: "Quand les femmes sont exigeantes, on les étiquette comme hystériques"


Chloë Sevigny : "Quand les femmes sont exigeantes, on les étiquette comme hystériques"

Par Arièle Bonte | Le 18 mai 2016


L'actrice américaine Chloë Sevigny est venue présenter Kitty, son premier court métrage à Cannes. L'occasion d'évoquer, dans un "talk" Women In Motion, le passage de devant à derrière la caméra. 




Chloë Sevigny n'a rien d'une débutante. Repérée dans les rues de New York alors qu'elle est encore adolescente, elle commence à poser dans des magazines avant de faire son entrée dans le monde du cinéma indépendant, en 1995, avec le rôle de Jennie dans le sulfureux Kids, réalisé par Larry Clark et écrit par Harmony Korine. Une sombre histoire d'adolescents new-yorkais dont le quotidien est rythmé par le skate, la drogue et le sexe sous fond d'apparition du SIDA. 
Depuis ce film, sorti l'année de ses 20 ans, Chloë Sevigny s'est imposée comme une valeur sûre du cinéma indépendant américain. Elle a par exemple joué dans Boys Don't Cry de Kimberbly Peirce en 1999, American Psycho de Mary Harron (2000) ou encore Manderlay de Lars von Trier (2005). Après vingt ans de carrière devant la caméra, Chloë Sevigny s'essaie pour la première fois, à 41 ans, à la réalisation avec Kitty, un court métrage projeté en clôture de la Semaine de la Critique durant la 69ème édition du Festival de Cannes. L'histoire d'une petite fille d'environ sept ans, qui se tranforme en chat.


Un premier pas pour raconter des histoires de femmes

Pour l'occasion, Chloë Sevigny était invitée par Kering pour un "talk" Women In Motion, en compagnie d'Amy Emmerich, en charge des productions audiovisuelles du site Refinery 29Le site américain a lancé une série de douze vidéos, des premiers courts métrages, tous dirigés par des femmes : de Chloë Sevigny donc, à Kristen Stewart, en passant par America Ferrera. « Je suis passée assez tard à la réalisation car j'avais trop d'insécurités », explique la jeune réalisatrice. Pourtant, dès ses débuts au cinéma et à la télévision, la jeune Chloë observe le travail des réalisateurs avec lesquels elle tourne, se disant qu'elle aussi, elle aimerait faire ce travail.  


« Beaucoup de femmes souhaitent raconter des histoires, je pense qu'il est très important de pouvoir les voir et les entendre », souligne Amy Emmerich dont le site encourage et soutient les premières créations cinématographiques d'actrices. Pour Chloë Sevigny, Kitty est l'accomplissement d'un rêve.  « Je suis très fière de le présenter à Cannes », confie-t-elle lors de ce "talk". « C'est un premier pas pour réaliser et écrire des histoires de femmes qui n'ont pas besoin de trouver un homme pour réussir leur vie », ajoute-t-elle. 
Les deux invitées de Kering sont formelles :Hollywood doit sortir des clichés où les personnages féminins sont inactifs. Cette industrie doit aussi changer la perception des femmes sur les plateaux de tournage. Chloë Sevigny témoigne : « Quand les femmes sont passionnées ou exigeantes, on les étiquette comme des hystériques. Elles ont ensuite du mal à retrouver du travail. Alors que pour un homme, on ne tiendra jamais ce genre de discours ». 


Les coulisses (sexistes) des castings

Pour faire changer les choses, les langues doivent se délier, à l'image de Jennifer Lawrence ou Lena Dunham, deux actrices d'une nouvelle génération plus forte et engagée, qui ont osé parler publiquement des inégalités de salaires, expliquent Chloë et Amy.


Pour Chloë Sevigny, si ce discours arrive si tard, c'est une question de politique. « On évolue dans une culture où personne n'ose rien dire. On préfère s'exprimer sans faire de vague parce qu'on ne veut vexer personne. On ne sait jamais avec qui on va collaborer dans le futur. On veut continuer à trouver du travail », explique l'actrice et réalisatrice. Cette dernière ajoute qu'elle pense ne pas avoir été beaucoup victime de sexisme durant sa carrière. 
« Sauf pendant des castings, ce qui est vraiment un cliché ! », ajoute-t-elle avant de raconter qu'en effet, il lui est arrivé de se rendre plusieurs fois à des auditions pour des films à gros budget, financés par des studios et dirigés par d'importants réalisateurs : « Je portais une tenue sexy parce que le personnage était décrit ainsi. Ensuite, on te dit que tu devrais plus montrer ton corps, et que tu devrais aussi apparaître nue à l'écran... », se souvient l'actrice. « J'ai également eu ce genre de conversations où l'on te demande ce que tu fais après l'audition, si tu as envie d'aller faire du shopping... Là, c'est une limite à ne pas franchir », explique Chloë Sevigny, reine du cinéma indépendant. Après ces quelques explications, on comprend pourquoi elle se fait rare dans les longs métrages produits par les studios.