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| Anne Carson |
Anne, Albertine et nous
par Claude Grimal21 novembre 2017
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| Anne Carson |
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| Marcel Proust |
Une édition originale de Proust vient d’être vendue par Sotheby’s pour 1,51 million d’euros. Il s’agit d’un exemplaire très rare, portant le numéro 1, du tout premier tirage du volume initial de la Recherche, Du côté de chez Swann (publié en 1913). Quel rapport avec la psychanalyse, me direz-vous ? Entre Freud et Proust, il n’y a pas de rapport…, mais il y a des parallèles remarquables. C’est ce que montre Jean-Yves Tadié dans son très bel essai intitulé Le Lac inconnu. Entre Proust et Freud 1 . Jean-Yves Tadié – qui a dirigé l’édition de Proust dans la prestigieuse collection de La Pléiade – commence par s’étonner que ces deux génies, Freud et Proust, ne se soient jamais lus ni rencontrés. Dans des visées différentes, tous les deux se sont intéressés de très près à la sexualité, au sommeil et aux rêves, à la mémoire et à l’oubli. « Le lac inconnu », c’est la formule par laquelle Marcel Proust désignait cet espace d’où surgissent des propos et des actes qui nous dépassent, les lapsus et les actes manqués. À propos de l’oubli des noms propres, un sujet qui intéressait beaucoup Freud, il y a dans Sodome et Gomorrhe trois pages admirables où Proust décrit en détail ce qui se passe quand on a un nom sur le bout de la langue.
Tous les deux sont juifs et athées, tous les deux ont une démarche de chercheur, ils sont à la recherche d’une compréhension des complications inhérentes à la parole, à la sexualité et à l’amour. Et c’est d’abord la sexualité infantile qui les intéresse tous les deux. Freud y trouve les coordonnées des rêves et des symptômes ; et chez Proust, déjà dans Du côté de chez Swann, il y a la question de la masturbation, et cette vision d’une petite fille faisant des gestes obscènes au fond d’une allée : Gilberte Swann ; et puis il y a le baiser du soir, entre le narrateur enfant et sa mère, la scène fondatrice d’ À la recherche du temps perdu, LA scène proustienne, qui est aussi une scène freudienne.
À ce propos : un vieux lecteur de Charlie vient d’écrire au journal pour dire qu’il ne digère pas l’arrêt du rébus de la Recherche. (Pour ceux qui viennent d’arriver, rappelons que l’ami Vuillemin a dessiné pendant près de deux ans, chaque semaine, jusqu’à l’été dernier, une traduction en rébus des premières phrases du grand oeuvre de Proust – mais Vuillemin a calculé qu’il lui aurait fallu sept cent cinquante ans pour venir à bout des sept volumes.)
Je suis d’accord avec toi, cher lecteur en colère : entre Freud et Proust, il y a Vuillemin.
Oui, Vuillemin a généralisé la théorie lacanienne du signifiant : avec son rébus déjanté, il a montré mieux que tout le monde comment le signifiant prime sur le signifié – les rêves, les symptômes et les actes manqués sont comme des rébus, on peut en trouver une lecture si on laisse le sens de côté et si l’on écoute leur énonciation. Il y a même un fan qui sur YouTube lit à voix haute et en continu ce Proust hyper freudien dessiné par Vuillemin.
Le rébus de la Recherche me manque aussi ; et comme je ne peux pas me payer une édition originale de Swann, je vais m’acheter une des planches originales du fameux rébus, que Vuillemin a exposées à la galerie Huberty & Breyne 2 . Il faut se dépêcher pour acquérir ce trésor postlacanien : quand Sotheby’s s’occupera de le vendre, il sera déjà trop tard pour nous autres de la classe moyenne et laborieuse.
1. Le Lac inconnu. Entre Proust et Freud, de Jean-Yves Tadié (Gallimard).
2. 91, rue Saint-Honoré, Paris 1 er .
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| Virginia Woolf, 1917 Roger Fry |
Parmi les nouveautés, chaque samedi à 11 h, Philippe Vasset et Pierre Gastineau, qui ont dirigé la publication Intelligence Online, nous plongent dans l’univers des services de renseignement (Conversations secrètes, le monde des espions).
Le dimanche à midi, Jacques Attali et Zoé Sfez imaginent ce que sera le monde en 2037 pour les enfants qui naissent en 2019 (Dans 18 ans), et Erik Orsenna narre les mille vies de Beaumarchais (Beaumarchais ou l’aventure de la liberté), qui fut tour à tour « horloger, financier, industriels, agent immobilier… » et fit « des pièces nulles, mais deux chefs d’œuvre » selon l’académicien.
Les Grandes traversées, du lundi au vendredi de 9 heures à 11 heures, seront successivement consacrées à Louis-Ferdinand Céline (Christine Lecerf explorera le génie et la noirceur du personnage), à Virginia Woolf (que Simonetta Greggio fera redécouvrir, « en lui donnant chair et sensualité »), à Céleste Albaret, la gouvernante de Proust (et aussi sa voix ?, s’interrogera Philippe Garbit, à partir de 49 heures d’enregistrements retrouvées à la BNF), à Walt Disney (cinq méditations sur sa puissance par Mathilde Wagman et enfin à Léonard de Vinci (dont Adéle Van Reeth et Emmanuel Laurentin tenteront de « saisir l’insaisissable »).
Autre rendez-vous fort de l’été, l’émission Avoir raison avec, désormais diffusée le dimanche à 11 heures, et dont La Croix est partenaire, revisitera et interrogera la pertinence de la pensée de Paul Ricœur, Antonio Gramsci, Francis Fukuyama, d’Henry David Thoreau (apôtre de la conscience écologique et de la désobéissance civile), de Fernand Braudel et Gilbert Simondon (sur la technique et la révolution numérique).
Citons aussi une nouvelle session de Masterclass, comprenant aussi de grands entretiens de dessinateurs (Plantu, Riad Sattouf, Jul), ou les 33e Rencontres de Pétrarque (du 1er au 5 juillet) consacrées au « Retour de la Rue » et le France Culture au Festival d’Avignon, du 11 au 20 juillet, sur le thème de « Nos odyssées de l’espace et de l’esprit ».
Marcel Proust est un écrivain français, célèbre pour son oeuvre en sept tomes "À la recherche du temps perdu". Né en 1871 dans une famille aisée, il grandit avec des troubles respiratoires. Très jeune, il côtoie écrivains et autres artistes dans les salons aristocratiques, ce qui éveille en lui un grand intérêt pour l'écriture. En 1894, il publie un recueil de poèmes, "Les Plaisirs et les Jours".
C'est en 1907 que le jeune écrivain commence la rédaction de son oeuvre romanesque. Le premier tome, intitulé "Du côté de chez Swann", est publié en 1913. En 1919, Marcel Proust obtient le prix Goncourt pour "À l'ombre des jeunes filles en fleurs". Les cinq autres tomes sont publiés entre 1919 et 1927 : "Le Côté de Guermantes", "Sodome et Gomorrhe", "La Prisonnière", "Albertine disparue" et enfin "Le Temps retrouvé".
"À la recherche du temps perdu" est une sorte de théâtre social où se mêlent réflexions sentimentales et mémoire affective. Marcel Proust est l'un des premiers grands romanciers européens à traiter le thème de l'homosexualité dans ses oeuvres. À travers les descriptions des salons parisiens, souvent accompagnées d'une pointe d'ironie, il peint le tableau de son époque en s'inspirant très souvent pour ses personnages de personnes réelles. L'écriture proustienne se caractérise par de longues phrases qui cherchent sans cesse à atteindre une réalité qui semble s'échapper.
Marcel Proust décède le 18 novembre 1922 à la suite d'une bronchite. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
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| À la Recherche du Temps Perdu Marcel Proust |
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| Marcel Proust |
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| MARCEL PROUST À ILLIERS-COMBRAY, FRANCE EN 1895. PHOTO CORBIS |

Gallimard
proposera un document fascinant, le fac-similé des épreuves de Combray,
la première partie de Du côté de chez Swann truffée de corrections
manuscrites de Proust (attention, tirage limité à 1200 exemplaires au
prix de 219 euros!) et une curiosité, la correspondance inédite du
romancier avec l'une de ses voisines. De son côté, Grasset publie un
Proust contre Cocteau, sur les rapports ambivalents entre "Marcel" et
son virevoltant cadet, signé Claude Arnaud, ainsi que la réédition de
Souvenirs sur Marcel Proust, de Robert Dreyfus. 
Les
exégèses de l'oeuvre fleuriront aussi: les Enthoven père&fils
-Jean-Paul et Raphaël- livrent un volumineux Dictionnaire amoureux de
Proust (Plon), tandis que François Bon publie un plus expérimental
Proust est une fiction (Seuil). Enfin, pour ceux qui ne se couchent pas
de bonne heure, signalons Chambres de Proust (Flammarion), d'Olivier
Wickers, et La Lampe de Proust et autres objets de littérature (Payot),
de Serge Sanchez. ![]() |
| PHOTO BERNARD ANNEBICQUE |


