vendredi 24 février 2017

José Fort / Donald Trump est-il fou ?

Donald Trump est-il fou ?

MARDI, 21 FÉVRIER, 2017
HUMANITE.FR
Photo : Joe Raedle/AFP
Photo : Joe Raedle/AFP
Une tribune de José Fort. « Qu’on ne s’y trompe pas : Donald Trump, requin du monde des affaires, a un projet de société : celui d’une Amérique nostalgique, blanche, patriarcale, fermée sur elle-même, quasi auto-suffisante. »
Cinglé, le président des Etats-Unis? Des psychiatres nord-américains posent publiquement la question. Plusieurs journaux, à l’instar du New York Times laissent entendre que l’homme serait dérangé. Il faut bien reconnaître que le personnage prête à ce genre d’interrogations : comportements étranges, approximations permanentes, sorties médiatiques souvent incompréhensibles, et un entourage recruté dans les mouvements sectaires. Trump, fou ? Telle n’est pas mon opinion.
Donald Trump n’est pas fou. Il est plutôt le reflet d’une partie de la société nord-américaine, celle de l’argent, du racisme, du sexisme, de la vulgarité, de l’ignorance, bref celle de la bêtise, comme celle que chantait Jacques Brel dont je retiens…
« Salut à toi dame bêtise,
Toi dont le règne est méconnu
Salut à toi dame bêtise
Mais dis-le moi comment fais tu
Pour avoir tant d’amants et tant de fiancés
Tant de représentants et tant de prisonniers
Pour tisser de tes mains tant de malentendus
Et faire croire au crétin que nous sommes vaincus. »
Qu’on ne s’y trompe pas : Donald Trump, requin du monde des affaires, a un projet de société : celui d’une Amérique nostalgique, blanche, patriarcale, fermée sur elle-même, quasi auto-suffisante.  Un projet accueilli favorablement par une partie des classes populaires qui rejettent pêle-mêle le multiculturalisme, les élites intellectuelles, politiques et économiques, jugées responsables de leur déclassement social et culturel. Les deux tiers des Américains blancs sans diplôme n’ont-ils pas voté pour lui ?
La perspective Trump, c’est aussi celle d’une vision conservatrice sur les mœurs et surtout très libérale en économie saluée il y a quelques jours par la Bourse à New York lorsque le Down Jones a franchi la barre historique des 20.000 points.
Trump n’est pas fou. Il s’attaque à l’étranger avec papier ou pas, aux droits des femmes, aux homosexuels, à la presse. Il flatte les plus bas instincts. Il y a chez lui comme une combinaison des pires caractéristiques de Silvio Berlusconi et de Marine Le Pen.
Sans aucun doute, il est mégalo. La Trump Tower, le steak Trump, le parfum Trump, le jeu de société Trump, l’empire immobilier Trump, les casinos Trump… L’amour de Trump pour son nom est incommensurable. Mais on a vu d’autres originaux à la Maison Blanche. Le trait de personnalité y est si commun que des psychologues ont classé en 2013 les présidents en fonction de leur trouble narcissique.
A défaut d’être considérés comme fous, de nombreux présidents peuvent au moins être qualifiés d’excentriques. Exemples : Herbert Hoover (président de 1929 à 1933) avait deux alligators en guise d’animaux de compagnie. Son prédécesseur, Calvin Coolidge (de 1923 à 1929) occupait la Maison Blanche avec deux lions, un raton laveur domestiqué et Billy, son hippopotame pygmée. Trump, lui, a ses évangélistes et ses voyants illuminés.
On va vite s’apercevoir que la vision de Trump et de son équipe c’est comme un puzzle qu’ils mélangent et dont risque de sortir le pire. Car il y a une logique dans les tweets et les interviews de Trump. Cette logique ne se limite pas aux attaques contre la presse. Elle vise surtout le financement de la santé, les services publics, en préservant les impôts des plus riches. Bref, une logique de violente politique de classe à la manière de la mafia : en tirant sur tout ce qui peut résister à l’entreprise Trump. On voit pour l’instant le dessus de l’iceberg alors qu’il s’agit d’un projet dont on ne connaît pour le moment… que le brouillon.

L´HUMANITÉ

José Fort
José Fort est un internationaliste passionné du monde, journaliste, ancien chef du service monde de l’Humanité.





mercredi 22 février 2017

Sophie Loubière / Black Coffee


« Black Coffee » 

de Sophie Loubière


En juillet 1966, un homme tue sauvagement une petite fille et sa tante. La mère est blessée, traumatisée. Le grand frère s’en sort.
En 2011, Desmond est un journaliste spécialisé dans les affaires criminelle et vit avec le souvenir de sa soeur assassinée. Le coupable n’a jamais été appréhendé.
Alors que son père, ancien représentant de commerce itinérant, a peu à peu coupé les ponts avec sa famille, il lui laisse à sa mort sa maison en Arizona. Là où les souvenirs du passé vont resurgir.
Dans le même temps, une française, Lola, parcourt les Etats-Unis avec ses deux enfants. Son mari a disparu du jour au lendemain trois ans plus tôt et elle essaie de le retrouver en suivant une piste qu’il lui a mystérieusement laissée. Il aurait recueilli le témoignage d’un tueur en série qui a sévi sur la route 66 sans jamais avoir été appréhendé. Et celui-ci serait le tueur de la famille de Desmond…
Mi road-movie, mi-enquête, Black Coffee fait converger les destins des différents protagonistes. Tous cherchent d’une manière ou d’une autre à connaître l’identité du tueur, si tant est qu’il est réellement existé, pour des raisons différentes.
L’intrigue avance à un rythme soutenu et pourtant les zones d’ombre ont du mal à s’éclaircir. Cela ressemble à un gigantesque puzzle : on récupère pas mal de pièces au fur et à mesure mais au bout du compte, on peine à les assembler. Ce n’est pas déroutant pour autant, au contraire, c’est ce qui fait le charme de l’histoire. On échafaude des hypothèses, on voit juste, ou alors on se plante royalement. Jusqu’à ce que le tableau final soit révélé et réponde à notre attente (en tous les cas la mienne, je n’ai pas été déçue).
Sophie Loubière a bien dépeint l’atmosphère américaine, avec de nombreux détails de la vie quotidienne qui donnent du crédit à son histoire. La lecture n’en est que plus agréable.
Toutefois, je regrette l’amourette entre Lola et Desmond (aucun scoop, on la voit pointer à des kilomètres) qui est un ressort vu revu et rerevu.
Au final j’ai quand même passé un très bon moment avec ce livre !
Merci à Agnès et aux éditions Pocket.



jeudi 16 février 2017

Christine Masson / «Aller au cinéma ou faire l'amour»



Christine Masson, auteur de "Aller au cinéma ou faire l'amour".CHRISTOPHE ABRAMOWITZ
Le cinéma se livre(s)
Paris Match| Publié le 10/02/2017 à 07h51
Alain Spira

Deux livres courts, mais serrés prennent le cinéma par un autre bout de la lorgnette pour nous entraîner, chacun à sa manière, de l'autre côté des décors. 
Travelling sur Berlin

Initiée par Edouard Dor, la collection «Ciné voyage» propose aux voyageurs cinéphiles des balades labyrinthiques dans des villes ayant servi de cadre et de muses à de grands cinéastes au fil des décennies. Après Tokyo, Rome, New York, Marseille..., c'est au tour de Berlin d'être «mise en scène» par la plume de Camille Larbey. Avec de la pellicule pour fil d'Ariane, l'auteur nous guide de façon chronologique, à travers les strates et les soubressauts de l'Histoire qui, du muet à nos jours, ont façonné la capitale allemande jusqu'à en faire le carrefour européen de l'avant-garde. La nuit venue, vous aurez peut-être la chance de croiser l'ombre de M le Maudit traversant l'Alexanderplatz. Cette même place inspira Alfred Döblin dont le roman «Berlin Alexandederplatz» fut porté à l'écran par Werner Fassbinder. Happé par le tourbillon de la guerre, la ville nazifiée devient un «Cabaret» tragique où chanteront des Lili Marleen jusqu'à «La Chute» finale incarnée magistralement par un Bruno Ganz en Führer. Puis, le grand couteau de l'après-guerre s'abattra au milieu de la cité teutonne, la scindant en deux parts d'un gâteau que les blocs de l'Est et de l'Ouest vont se partager. Cette schizophrénie va se répercuter dans un grand nombre d'oeuvres que l'auteur passe en revue en exégète accompli. Guide, mais aussi aide-mémoire, «Berlin mis en scènes» fait défiler les époques au rythme de 24 images par seconde. Des secondes qui peuvent durer une éternité ou un éclair, tant le temps devient relatif dans les salles obscures transpercées par les faisceaux des projecteurs. Et lorsque vous refermerez ce livre, vous serez en 2415. Et Berlin sera toujours Berlin...

«Berlin mis en scène» de Camille Larbey, collection Ciné Voyage, éd. Espaces&Signes, prix: 12 euros.

7ième Art ou 7ième ciel?



Féminin jusqu'au bout des onglets grâce aux illustrations glamours de Yann Legendre, «Aller au cinéma ou faire l'amour» est un joli bouquin-bouquet de pages, un délicat carnet intime ouvert à tous. Entrée en cinéma comme en religion, Christine Masson partage sa foi avec les auditeurs de France Inter tous les samedis matin dans «On aura tout vu», l'émission qu'elle anime avec Laurent Delmas. On savait que cette journaliste était une grande voix de la radio, on découvre qu'elle est aussi une bien belle plume, vive et colorée en noir & blanc et en technicolor. Comme le cinoche...Son métier l'a amenée à interviewer tant de cinéastes, d'acteurs et d'actrices, que son carnet d'adresse n'a rien à envier à l'index d'une encyclopédie du cinéma. Parmi toutes ces rencontres, elle a cueillies les plus marquantes, celles dont le parfum continue d'enivrer sa mémoire, mais aussi celles dont les épines l'ont égratignée. N'est-ce pas Maurice Pialat? Elle comprendra ce que veut dire être "Sous le soleil de Satan" quand elle se retrouvera face à ce diable d'homme. Sauvée par Depardieu le généreux, voyageuse temporelle avec Wim Wenders, sous le charme de Youssef Chahine, elle connaîtra un retentissant fiasco en chef de chorale improvisée près de la table de Francis Ford Coppola... Spielberg, Herzog, De Niro, Malkovitch, Sharon Stone, Tilda Swinton, la liste des étoiles qui sont passées dans le ciel "Massonique" nous laissent, chacune, un peu de leur éclat. A travers ses rencontres et ses émois cinéphiliques, c'est aussi Christine Masson qui se dévoile en s'effeuillant l’âme, page après page, sur l'écran blanc de ses feuillets. Et, au bout de cette projection d’elle-même, le lecteur-spectateur ému est persuadé d’une chose : la vraie star du générique, c'est elle…
«Aller au cinéma ou faire l'amour» de Christine Masson - éd. Textuel - 144 pages - 19,90 euros.


mercredi 15 février 2017

Luigi Critone / Je, François Villon


Luigi Critone
Je, François Villon

François Villon fait la rencontre de Colin de Cayeux, chef des Coquillards, brigands pervers et sanguinaires. Pour être initié, Villon doit réaliser trois chefs-d'oeuvre : un vol scandaleux, un crime écoeurant et un présent abominable. Ainsi, il volera une femme qui enterre son enfant, égorgera une pauvre prostituée et, sur demande de Colin, il offrira sa femme... Bienvenue parmi les ignobles !















mardi 14 février 2017

« Je, François Villon », de Luigi Critone d’après Jean Teulé




« Je, François Villon », 

de Luigi Critone d’après Jean Teulé


J’ai eu la chance de gagner cette bande dessinée lors d’un concours organisé par Actualitté autour de l’oeuvre de François Villon. Villon était un poète du 15è siècle, dont le texte le plus célèbre est La ballade des pendus. Il a mené une vie dissolue malgré l’éducation religieuse dont il a bénéficié, car très tôt le Père Guillaume Villon l’a pris sous son aile, après que ses parents ont été exécutés. Son crédo : la liberté. Sans foi ni loi.
Luigi Critone s’est appuyé sur le roman de Jean Teulé pour réaliser cette bande dessinée, dont le premier tome s’intitule Mais où sont les neiges d’antan ? D’habitude je préfère rédiger moi-même les résumés, mais je trouve la quatrième de couverture parfaite et me permets donc de la restituer.
Résumé :  Il est peut-être né le jour de la mort de Jeanne d’Arc. On a pendu son père et supplicié sa mère. Il a étudié à l’université de Paris. Il a joui, menti, volé dès son plus jeune âge. Il a fréquenté les miséreux et les nantis, les curés, les assassins, les poètes et les rois. Aucun sentiment humain ne lui était étranger. Des plus sublimes aux plus atroces, il a commis tous les actes qu’un homme peut commettre. Il a traversé comme un météore trente années de l’histoire de son temps.

Mon avis : il est toujours intéressant de se pencher sur les destins qui ont marqué l’histoire, ou qui ont une place majeure dans le patrimoine culturel. Cinq siècles plus tard, cet homme que tout destinait à être oublié survit dans nos mémoires grâce à ses poèmes. Il est né le jour où Jeanne d’Arc a été brûlée, le jour où son père est mort pendu, pour avoir volé. Sa mère est morte enterrée vivante, pour vol, elle aussi. Heureusement, Guillaume Villon l’a recueilli et le destinait à devenir clerc. François a bel et bien suivi ses études mais en cumulant les bêtises à côté, et pas de moindres.
Ce premier tome aborde les jeunes années de Villon, jusqu’à ses 21 ans. Joyeux ripailleur, il entraîne ses amis dans des soirées de beuverie et de débauche. On découvre un jeune homme épris de liberté, de libre-arbitre, avec une insolence immodérée. Ce boute-en-train est toujours motivé pour faire enrager les soldats défendant les intérêts des bourgeois. Comme le dit Jean Teulé, François Villon était « infréquentable ».
L’histoire est donc passionnante et instructive. Qu’en est-il des dessins ? Ils sont très beaux, à la fois simples et travaillés : sans trop de détails mais ce qui est dessiné l’est avec finesse. Les couleurs pastels sont très bien exploitées, l’ensemble est doux, très agréable à lire. Même les scènes de sexe restent assez pudiques finalement.
J’ai vraiment beaucoup aimé, j’ai appris pas mal de choses sur ce grand poète, et la vie de l’époque est superbement rendue. Je me procurerai le deuxième tome dès sa sortie, j’ai hâte de connaître la suite de son destin.
Jean Teulé et Luigi Critone sont venus parler de la BD sur France Culture. La partie qui nous intéresse commence à 18 minutes.


lundi 13 février 2017

François Villon / Dernier opus d’une vie dessinée

François Villon, 

dernier opus d’une vie dessinée


PIERRE SERNA
JEUDI, 9 FÉVRIER, 2017
L'HUMANITÉ
Je, François Villon, tome 3, de Luigi Critone, d’après Jean teulé. Éditions Delcourt, 72 pages, 15,50 euros.
Oyez bonnes gens, gueux, pauvres, SDF, réfugiés, mal-aimés de la police et poètes maudits, une bonne nouvelle arrive, le dernier opus de la biographie en bande dessinée de François de Montcorbier, plus connu sous le nom de Villon, est paru. Ce troisième volet est aussi beau, aussi fort dans ses choix esthétiques et narratifs que les deux premiers. Point de fioriture, ou de réinvention d’un Moyen Âge violent de façon inutile, pas de fascination à peine masquée pour une aristocratie féodale nourrissant l’imaginaire. Sobres, poignantes, et vraisemblables dans leur dénuement, nous sont racontées les deux dernières années de la vie du poète, de l’avènement de Louis XI en 1461 et de sa rencontre improbable mais si forte avec le roi, à Meung-sur-Loire, jusqu’à son bannissement de Paris et sa disparition en 1463, peu après l’écriture de son Testament et de sa Ballade des pendus. Les planches sont dignes d’un poème de Villon à lire et à relire. Merci à Critone et Teulé !



dimanche 12 février 2017

John Berger / Pour eux

John Berger : pour eux

JEUDI, 14 OCTOBRE, 1999
L'HUMANITÉ
King, dernier titre de John Berger, roman aboyé à la face du monde. Fable terrible, histoire d'hommes et de femmes jetés loin de tout, puis oubliés. Une littérature qui redonne à voir.
Il est un romancier en colère. Qui expose les faits et dénonce les situations. Chacun de ses livres est un objet rude, brut, dur. John Berger, né en 1926 à Londres, vit aujourd'hui dans un petit village de Haute-Savoie. Sa vie est un mélange de coups d'éclat (en 1972, il offre la moitié du montant de son Booker Prize aux Black Panthers) et de coups de cour (à partir des années quatre-vingt, il écrit une trilogie consacrée aux paysans de la montagne). " Est-ce qu'on sait jamais dire avec des mots ce que l'on croit ? ", interroge l'un des personnages de King. John Berger est à la fois écrivain, critique d'art, peintre, scénariste. Il s'agit d'emprunter mille chemins pour arriver à un seul et même endroit. Celui où l'on parle au plus près de l'homme. Ses beautés, ses laideurs. Et sa capacité meurtrière à oublier d'où il vient.
" C'est pas si mal, non, d'avoir survécu une nouvelle fois à l'hiver ? " King raconte vingt-quatre heures de la vie d'une dizaine de SDF. Qui sont sur le point d'être expulsés de leur terrain vague par un promoteur immobilier. Car c'est l'un des paradoxes de notre société actuelle : ceux qui ont tout veulent tout. L'histoire de ces hommes et femmes, confrontés à un monde dont ils sont de plus en plus exclus, est racontée par King. Tout le roman est bâti sur cette ambivalence. Car King est à la fois un chien (seul un animal peut flairer la détresse humaine) et un homme (la détresse humaine fait de tout être un animal). Mais nous, comment considère-t-on ces hommes et femmes croisés régulièrement dans la rue ?
King est une fable réaliste à la beauté poignante. Magnifique scène finale sur un groupe d'hommes transformé en une meute de chiens sauvages. Le livre est composé de paragraphes coupants et courts. Comme un bloc de pierre dont il ne resterait plus que des morceaux épars. Il y a, tout au long de ces pages consacrées aux SDF, le combat de l'amour et l'évidence de l'amitié. Car la pauvreté soude et sépare en même temps. Leur vie semble avancer pas à pas. Faite d'un terreau sur lequel les rêves se meurent un à un. " D'où vient le courage ? " De la folie et de la nécessité. Nécessité de s'oublier soi-même et folie de croire en la vie. Et l'on se souvient de l'histoire de l'hirondelle racontée par King. L'oiseau s'engouffre, par erreur, dans une pièce fermée. Il ne trouve plus la fenêtre par laquelle il est entré. Ne cesse de se blesser sur une vitre. Mais, épuisé, il se trompe enfin de fenêtre. Et, par erreur, se retrouve dehors dans les airs.
John Berger est un romancier à la fois mystique et politique. Il pourrait faire sienne la phrase de King : " Je m'empare de celui qui souffre, et je grogne si quelqu'un s'en approche. " Car il faut batailler sans larmes et sans cris. Être dans la dénonciation et non dans l'apitoiement. John Berger a refusé que son nom apparaisse sur la couverture du livre. King est un roman entièrement dédié aux sans-domicile-fixe. Il plonge ses racines dans la réalité quotidienne afin de faire bouger concrètement la situation. La situation économique (scandales des opérations immobilières menées avec brutalité) et la situation morale (notre regard de passant ne leur offre aucune humanité mais leur ôte toute intimité). L'un des personnages de l'histoire possède un anneau à l'intérieur duquel est gravée une phrase : " Ne m'oublie pas. " À la lecture du roman, se fait jour un sentiment à la fois émouvant et dérangeant : King est un livre pour eux et contre nous.
King, de John Berger ; traduction, Kayta Andreadakis-Berger. Éditions de l'Olivier. 224 pages.
Photocopies, de John Berger. Traduction, Élisabeth Motsch. Éditions de l'Olivier. 192 pages.

samedi 11 février 2017

Scorsee / Silence / La critique




Silence - la critique Pour et la critique Contre




Par Alain Spira et Yannick Vely
Paris Match
Publié le 07/02/2017 à 23h00 
Mis à jour le 08/02/2017 à 11h29

Adaptation d'un roman japonais, le nouveau film de Martin Scorsese a divisé la rédaction. 

Le synopsis

XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.

La critique

Pour, par Yannick Vely ****
Il le répète en interview. «Silence» est son film le plus personnel, une oeuvre dont le sujet le hante depuis qu'il a découvert le roman de Shūsaku Endō. Rarement le réalisateur du «Loup de Wall Street» ne se sera autant confié à coeur ouvert, sur ses doutes en tant que catholique, sur cette foi qui commande aussi sûrement son existence que le cinéma. Si Martin Scorsese a déjà filmé l'expérience religieuse à deux reprises avec «La Dernière tentation du Christ» et «Kundun», il n'avait jamais été aussi clairement LE sujet du film, lui qui voulait être séminariste dans sa jeunesse.
Le Père Sebastião Rodrigues (Andrew Garfield, comme possédé par le rôle) est son évident double de fiction, qui attend fébrilement que Dieu réponde à ses prières sur la conduite à suivre devant la violence des hommes. D'une beauté formelle de tous les plans - Rodrigo Prieto est nommé pour l'Oscar de la meilleure photographie - «Silence» est un film exigeant, dans le sens où il requiert un profond recueillement pour ressentir le dilemme intérieur du héros.
Martin Scorsese filme le chemin de croix des deux prêtes jésuites avec une rare économie d'effets - pas de musique, peu de mouvements d'appareil -, ce qui sublime la Nature, l'autre sujet du film (qui a été tourné à Taïwan, Ndlr), comme une confrontation entre deux manières de penser la religion - la transcendance catholique, l'animisme shintoïsme - symbolisée par ce dialogue sur la vénération du soleil. Si le rythme de «Silence» risque de désorienter les fans du Martin Scorsese des «Affranchis», surtout dans un deuxième acte très répétitif, le «décrochage» narratif du dernier tiers, sa puissance d'évocation vous mettra à genou, prêt à attendre la confession du cinéaste. Et de réfléchir longuement au sort des minorités religieuses, chrétiennes ou autres, contraintes encore aujourd'hui d'abjurer leur Dieu sous la contrainte. 

Contre, par Alain Spira **

Deux jeunes jésuites lancés à la recherche d’un missionnaire disparu au Japon, vont se heurter aux persécutions des chrétiens par l’inquisiteur de l’empereur… Quel beau sujet que la tentative d’implantation du christianisme en terre bouddhiste au XVIIe siècle. Hélas, le grand Scorsese passe à côté et nous impose un film interminable, servi par des stars incapables de rendre crédibles leurs personnages. Même l’accumulation de tortures ne nous arrache pas la moindre émotion. Quant à la fin, elle est grotesque. Mais bon, restons zen… 




vendredi 10 février 2017

Scorsese : “Silence est mon film le plus personnel”






Scorsese : “Silence est mon film le plus personnel”

Paris Match| Publié le 02/02/2017 à 21h47 
Mis à jour le 02/02/2017 à 21h57


Il est l’un des derniers maîtres d’Hollywood. Martin Scorsese était à Paris pour la présentation de «Silence», son dernier et magnifique long métrage. Il a répondu à nos questions.


Sa parole est d’or et son «Silence» une œuvre qui restera essentielle à ses yeux. Martin Scorsese a présenté son dernier film dans le cadre prestigieux Musée Guimet à Paris, le 12 janvier dernier. A 74 ans, le cinéaste des «Affranchis» et du «Loup de Wall Street» a éprouvé le besoin viscéral de parler de son rapport à la foi dans un film passionnant sur la campagne d’évangélisation menée par deux prêtres jésuites dans le Japon féodal du XVIIe siècle. Et le réalisation de «La Dernière tentation du Christ» de s’interroger sur le sens même de l’engagement religieux, lui qui voulait devenir séminariste dans sa jeunesse.

Magnifiquement filmé – le chef opérateur Rodrigo Prieto est nommé aux Oscars qui se dérouleront le dimanche 26 février prochain pour son travail – «Silence» est une œuvre rare, exigeante, qui creuse son propre sillon jusqu’au cœur du spectateur, qu’il soit croyant ou non. A l’heure où des communautés musulmanes ou chrétiennes sont persécutées, en Orient ou en Birmanie, son discours est d’une profonde actualité. Pour Martin Scorsese, il s’agit de son film le plus personnel, dont le sujet le hante depuis qu’il a découvert le roman de Shusaku Endo.


PARIS MATCH




jeudi 9 février 2017

Le grand retour de Jack Nicholson au cinéma

Jack Nicholson

Le grand retour de Jack Nicholson au cinéma

Paris Match||Mis à jour le 
Absent des plateaux depuis 2010, Jack Nicholson pourrait faire son grand retour au cinéma dans un remake américain de «Toni Erdmann» de Maren Ade.
Aucun doute : le rôle lui irait comme un gant. Selon «The Hollywood Reporter», Jack Nicholson devrait reprendre le rôle du père de famille qui se déguise en «Toni Erdmann» pour renouer le contact avec sa fille dans le remake de la tragicomédie de Maren Ade. Hit du dernier Festival de Cannes bien qu'il ne figure pas au palmarès de George Miller, «Toni Erdmann» est le favori de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Jack Nicholson n'a plus arpenté les plateaux de cinéma depuis 2010 et le film «Comment savoir» de James L. Brooks.

Kristen Wiig

Kristen Wiig lui donnera la réplique

Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, c'est l'excellente actrice américaine Kristen Wiig («Mes meilleures ennemies») qui interprètera le rôle de la fille, «working girl» qui a perdu son sens de l'humour. Le remake sera produit par le duo Adam McKay et Will Ferrell. Si le premier est également réalisateur -il a reçu une nomination aux Oscars pour la mise en scène de «The Big Short - le casse du siècle»-, le nom du cinéaste attaché au projet n'a pas été communiqué. La réalisatrice Maren Ade sera productrice exécutive, ce qui est une excellente nouvelle, quant à l'ambition artistique du film.