vendredi 22 septembre 2017

Oscar Wilde / Ne te marie jamais


Oscar Wilde

NE TE MARIE JAMAIS


Ne te marie jamais, Dorian. Les hommes se marient par lassitude et lesfemmes par curiosité. Ils sont l'un et l'autre déçus.

Oscar Wilde
Le Portrait de Dorian Gray (1891) 


Marina Hands / “j’adore ceux qui transgressent”

Marina Hands“j’adore ceux qui transgressent”

Par Viviane Chocas | Le 11 août 2007

Après «Lady Chatterley», elle incarnera Coco Chanel

Éblouissante de naturel et de sensualité dans Lady Chatterley, qui lui valut un césar, Marina Hands aime les rôles qui s’éloignent de la morale convenue. Elle sera bientôt sous les projecteurs dans la peau de Coco Chanel.
Elle est toute en lignes, Marina Hands : ligne des yeux, en amande, ligne des jambes, interminable, ligne des hanches, féline, ligne de chance, resplendissante… Cette jeune femme, à la fois légère et profonde, s’asseoit dans un fauteuil du bar du Lutetia à Paris, commande une orange pressée et nous dit d’emblée qu’elle a tout son temps. En parlant, doucement, avec ce rythme si particulier qui donne de l’éclat autant que de l’aspérité à ses mots, elle est précise, attentive. Et soudain elle s’égare dans un rire qui éclot comme s’il lui brisait la gorge avec de l’eau. Pure. Lumineuse.
« Ça fait réfléchir… » Cette phrase revient chez elle comme un refrain. Cultivée, extrêmement, ancienne cavalière aussi, presque jusqu’à l’excès, Marina Hands, après avoir si nécessairement incarné Lady Chatterley pour la réalisatrice Pascale Ferran, puis Ysé au théâtre, dans Partage de midi, de Claudel, aura un automne chargé. Un tournage, où elle deviendra Coco Chanel (pour Coco et Igor, de William Friedkin), puis la scène de la Comédie-Française à nouveau, dans les habits de Célimène, pour une reprise du Misanthrope, de Molière (en février 2008). Avant cela, Marina Hands profite de quelques jours de pause, à peine, en passant par La Baule et ses souvenirs d’enfance. Avec nous, elle parle de son amour de la vie, de ses rôles, d’un métier qui la gâte, de ses parents – la comédienne Ludmila Mikaël et le metteur en scène Terry Hands –, de son coeur qui balance entre Londres et Paris.
Madame Figaro. – Le succès de Lady Chatterley, celui de Partage de midi à la Comédie-Française, des tournages et le théâtre encore pour la rentrée… Besoin de vacances ?
Marina Hands. – Je ne pense qu’à ça, je l’avoue ! J’ai quinze jours de vacances cet été, ça va être bien. Il y a une agitation nerveuse liée au fait de jouer, à cette tension émotionnelle et physique, à cette pression qui entoure les rôles… alors oui, c’est important de se poser.
Que faites-vous quand vous ne faites rien ?
– Un rattrapage de sommeil, d’abord. Je prends le temps de voir des amis, d’aller en pleine nature, le plus possible. J’ai besoin de calme, de retraite, de retrouver le rythme du quotidien, de me lever et de me coucher tôt, de bien manger…
La plage de votre enfance, ce fut donc La Baule ?
– C’est un endroit lié à ma mère, qui aimait partir à La Baule en vacances. J’allais au club de plage l’Albatros, où je passais mon temps à faire du trampoline. Et j’aimais tant les pins…

Rencontre (II)




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Pull (Caroll), bague (Pianegonda).
Est-ce là que vous avez découvert le cheval, et une passion pour l’équitation ?
– Très vite je suis allée voir les poneys, puis les chevaux. Et mon adolescence a été marquée par ce grand rendez-vous équestre. Comme je suis très mono-maniaque, c’était chez moi une passion féroce, dévorante ! C’est un art véritable, d’ailleurs on parle d’art équestre, voilà pourquoi je crois beaucoup aux vertus thérapeutiques des chevaux, auprès des handicapés, des enfants autistes aussi. Pendant des années, l’équitation a fait partie de mon équilibre. Puis j’ai arrêté à 19-20 ans,
prise dans une spirale de compétition, de discipline, où finalement peut-être je n’étais pas à ma place.
J’ai eu alors un temps de deuil, vraiment, de difficulté.
Une mère française, un père anglais : comment avez-vous grandi entre deux langues, deux cultures ?
– Le français est ma première langue, la plus évidente, et en même temps je préfère mes origines anglaises, j’idéalise absolument tout là-bas, je ne suis pas du tout objective ! Les Anglais construisent des ponts entre le passé et le présent sans complexes.Je me sens bien à Londres, où un punk dans le métro ou au restaurant cohabite avec une dame qui ressemble à la reine d’Angleterre dans une totale simplicité. Les Anglais ont une culture de la différence. À Paris, je ressens moins d’ouverture. Je viens d’une famille où se mêlent aussi l’Espagne, la Grèce, la Russie, l’Allemagne, et je me sens
composée de tout cela, j’adore ça !
Quelles autres richesses retenez-vous d’eux ?
– Cultiver une absence totale de jugement, un regard ouvert… Cela fait partie de mon éducation. Mes parents sont partis de rien, et m’ont transmis avec beaucoup de douceur cette capacité à s’enthousiasmer qu’ils sont allés chercher en dehors de leur condition. Un rapport essentiel à la vie.
Votre corps, décidé, votre voix, claire et puissante, votre présence, la lumière que vous dégagez… À l’écran ou sur scène, tout cela crée chez vous un condensé de force, de détermination ! Où se cache votre fragilité ?
– C’est drôle ce que vous dites, je me sens tellement fragile… Je pense qu’il y a quelque chose qui relève d’une nécessité pour moi dans l’expression artistique, un tel besoin qu’il se transforme peut-être en une énergie… Mais ce besoin de dire, de montrer, d’exprimer, il part bel et bien d’une fragilité. Jouer me nourrit, me donne la sensation d’exister. Je suis dans une exaltation des sens quand je travaille ! Dans quelque chose qui est tourné vers la lumière, même quand je joue des personnages tragiques, qui sont pour moi des personnages de vie contrariée, de désir contrarié. C’est cruellement humain alors, et c’est pour ça que la tragédie m’émeut…

Rencontre (III)




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Marina Hands porte une robe Alberta Ferretti, bague (Karry’O).
Vous avez évoqué la difficulté, la pudeur à jouer des scènes physiques dans Lady Chatterley. Votre corps est-il devenu votre allié ?
– Je m’en sers beaucoup dans mon travail, j’aime décider si je compose un corps rigide ou souple pour tel ou tel personnage… Après, au niveau de l’image, mon corps n’est pas un allié, mais pas du tout ! Je n’ai pas un regard. Enfin je n’aime pas trop me voir, comme beaucoup de femmes, voilà quoi. Mais dans le travail oui, mon corps m’aide, ce qui fait que j’avale la couleuvre quand je me vois. J’aimerais… enfin il y a des actrices beaucoup plus libres par rapport à cela.
De l’amour, Claudel fait dire à Ysé, votre personnage dans Partage de midi : « Il ne faut pas comprendre, il faut perdre connaissance. » Osez-vous l’abandon ?
– Perdre connaissance… je ne sais pas si j’en suis capable. Ysé provoque tout le monde sur la question de l’amour. C’est pour cela qu’elle est tellement fascinante, intéressante.
L’amour vous tourmente-t-il ?
– Il me questionne. Éternellement! J’ai l’impression que ça s’apprend, que c’est un art ! Ce que Lawrence nous en dit est magnifique, mais c’est un idéal ! Constance Chatterley pour moi est une sorte d’héroïne presque inhumaine dans sa maturité, dans son ouverture à elle-même et au monde, même si elle a parfois l’air d’avoir quatorze ans ! Je me sens plus proche de la mauvaise foi, des contradictions, de la jalousie, bref de l’immaturité d’Ysé. Quand je ne travaille pas, je passe des heures à observer les gens au café. Et ce qui est beau, ce sont leurs aspérités, précisément. C’est pareil avec mes personnages, j’adore ceux qui transgressent une certaine morale, car ils vous obligent à réfléchir, avec une tendresse pour eux. J’ai entendu des jugements terribles sur Ysé, on m’a dit : « elle fait des choses épouvantables, elle abandonne son mari, ses enfants. » Oui… mais
elle court après son bonheur.
Et vous ?
– À 30 ans, c’est pour moi bien plus agréable qu’à 20. Je n’ai pas eu la vingtaine facile, je suis plus apaisée aujourd’hui.


jeudi 21 septembre 2017

Julien Doré et Marina Hands / La rupture




Julien Doré et Marina Hands : La rupture

07/03/2013 par EDITH

Trois ans après leur rencontre sur le tournage de « Ensemble nous allons vivre une très grande histoire d’amour » , Julien Doré et Marina Hands sont aujourd’hui séparés.
C’est la comédienne Marina Hands qui vient d’annoncer la nouvelle en se confiant au magazine Paris Match. L’actrice qui a toujours souhaité rester très discrète sur sa vie privé a dévoilé ne plus être en couple avec Julien Doré depuis déjà plusieurs mois.
Nous ne sommes plus ensemble depuis six mois. La douleur d’une rupture est valable pour les deux, peu importe celui qui est parti.
Egalement très discret, le gagnant de la « Nouvelle Star » 2007 aujourd’hui âgé de 30 ans parlait souvent de sa chérie dans les médias sans toutefois la nommer :
 Je suis en train de vivre une belle histoire. Et elle n’a rien à voir avec ce que j’ai vécu auparavant.

POTINS


mercredi 20 septembre 2017

Julien Doré et Marina Hands / Fous d’amour



Julien Doré et Marina Hands, fous d’amour

Par Valentin Portier | Le 19 novembre 2013
Une romance folle par Pascal Thomas


Pascal Thomas aime la comédie et les marivaudages. Il la filme bien aussi, en témoigne son délire amoureux porté par Julien Doré (aussi bon musicien qu’acteur) et Marina Hands. C’est enlevé et c’est absurde. Déconcertant, diront certains. Surprenant, répondrons-nous.

MADAME



mardi 19 septembre 2017

Marina Hands / Une adolescence retrouvée



Marina Hands : une adolescence retrouvée

Par Elizabeth Gouslan | Le 02 octobre 2009
Lucide et instinctive, l’actrice se livre

Elle joue Phèdre ou Lady Chatterley avec le même bonheur. DansMères et filles, élégante dissection d’une relation impossible, cette comédienne incandescente fait face à Catherine Deneuve et Marie-Josée Croze. Lucide et instinctive, Marina se livre.
L’effet Marina Hands. Longue, sculpturale, dotée d’une beauté scandinave qui aurait inspiré Ingmar Bergman ; son authenticité rayonne. C’est une fille du feu – au sens nervalien – qui doit se débarrasser de ses fantômes. Ils sont multiples : un père anglais avec lequel elle n’a pas vécu, une mère slave – l’actrice Ludmila Mikaël –, brûlante icône du théâtre français, et quelques complexes incompréhensibles en voie de guérison. À 32 ans, mademoiselle Hands affiche un C. V. d’excellence : Conservatoire, passage à la Comédie-Française, travail sur Shakespeare, Racine, Claudel, Schnitzler. Ses mentors ? Gérard Desarthe, Patrice Chéreau, Denys Arcand, Julian Schnabel. En Lady Chatterley, dénudée deux heures durant, elle décroche un César de la Meilleure Actrice en 2006 : scandaleuse et pure, surdouée et modeste, « gretagarbienne » et postmoderne.
La jeune réalisatrice Julie Lopes-Curval lui offre dans Mères et Filles,sonate d’automne pianissimo, l’un de ses plus beaux rôles. La voici donc, comédienne littéraire, flottant dans un décor rétro, égérie soudaine d’une nouvelle vague contemporaine. Avec son veston Christian Lacroix homme, ses santiags, sa dégaine de bobo de Greenwich et sa douceur pénétrante, Marina fait, lentement mais sûrement, main basse sur le cinéma…
Madame Figaro. – Vous portez cette délicate partition de la filiation mère-fille sur vos épaules. Le spectateur se sent guidé par vous, vous suscitez sa confiance…
Marina Hands. – C’est le film le plus important pour moi depuis L’Amant de lady Chatterley, de Pascale Ferran. J’adore travailler en binôme avec le metteur en scène. Je fais ce pari de suivre complètement sa ligne, ce qu’il veut et ce qu’il attend de moi, et donc je ne tombe pas toujours sur des choses qui vont m’épanouir ; mais comme je ne travaille qu’en confiance, je ne contrôle jamais rien, je ne regarde pas les rushs. Je suis dans le ressenti et j’avance comme ça.
On sent chez vous et dans vos compositions une vraie défiance vis-à-vis du narcissisme. D’où vient-elle ? De votre éducation ?
Dans mon cas, le narcissisme est plus destructeur que productif, car mon regard sur moi-même est extrêmement négatif, et je me suis rendu compte que les réalisateurs avaient une vision beaucoup plus douce et plus aimante de moi… !
À quel moment surgit-il, ce regard négatif ?
Quand il a fallu que je me définisse au moment de la crise d’identité, à partir de 16 ans. J’ai traversé des années de doute et d’errance, période de stagnation où je ne m’aimais pas. J’ai travaillé cela en thérapie, et c’est comme ça que j’ai trouvé ce métier où je me suis fuie pour mieux me retrouver par l’intermédiaire des personnages.
Fuir votre mère, Ludmila Mikaël, comédienne, et votre père, Terry Hands, metteur en scène shakespearien ?
Il y a eu une intimidation, c’est sûr. Mais quand j’ai senti que j’aimais jouer, les gens m’ont renvoyée à cette légitimité, et cela a construit ma façon de travailler, qui est toujours en rapport avec un autre. Peu à peu, je me suis dit : ah bon, alors je peux, alors j’ai le droit.

« Je n’avais pas le droit d’être médiocre »



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Le terrain maternel est tabou, en somme. Nous sommes là au cœur du film…
Oui, mais c’était complètement malgré elle, parce que s’il y a bien quelqu’un qui m’a toujours poussée dans cette voie, c’est ma mère. Moi, je me disais que je n’avais pas le droit d’embrasser cette profession et, en tout cas, pas celui d’être médiocre.
Dans Mères et Filles, il existe une violente opposition entre Audrey (que vous jouez) et Martine, sa mère, qu’interprète Catherine Deneuve…
À vrai dire, le caractère de cette mère-là est vraiment à l’opposé de la personnalité de ma propre mère.
Comment résumez-vous le personnage de Catherine Deneuve, femme traumatisée qui ne s’autorise pas à se réaliser en tant que mère de sa fille ?
Il y a chez elle une forme de distance qui peut s’apparenter à de la dureté et à une autorité, et qui crée ce problème de communication entre les deux. Audrey va casser la barrière, pour reconstruire leurs rapports sur des bases saines.
Aucune ressemblance, donc, avec votre propre histoire ?
Ma mère est complètement à l’écoute, cool, proche. Le point violent et difficile à gérer dans ma vie, c’était mon père. Ma mère est fusionnelle, elle. Ce ne sont pas nos rapports qui ont résonné en moi dans le scénario, c’est plus la transmission féminine entre générations. Ma grand-mère dans le film ressemble à ma grand-mère dans la vie. C’est une femme qui a été adoptée, et beaucoup de choses qui la constituent se retrouvent chez ma mère et chez moi. Du coup, je peux ressentir l’abandon ou l’affirmation de m’exprimer, d’exister.
Il y a dans le film une scène de tête-à-tête d’une dureté extrême entre Catherine Deneuve et vous. Les non-dits volent en éclats.
C’est bien écrit, n’est-ce pas ? Julie a choisi des actrices qui avaient toutes un rapport secret avec ce scénario. Je voyais ça dans les scènes avec Catherine et aussi avec Marie-Josée Croze (qui joue ma grand-mère, jeune, en flash-back). On avait toutes envie de travailler sur cette histoire et de réfléchir à nos propres relations mère-fille.
L’ombre de Chiara Mastroianni s’est-elle glissée dans l’aventure ?
Non, à aucun moment. D’ailleurs, je ne la connais pas. Je pense qu’il eût été impossible pour Catherine de jouer son rôle de mère avec sa propre fille. Le jeu entre enfants et parents est trop impudique.

« Catherine Deneuve n’est pas distante, elle est dans l’instant »



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Aviez-vous avec Catherine Deneuve des rapports de mère et de fille sur le tournage ?
Absolument pas. Par ailleurs, Catherine n’est pas distante, elle est dans l’instant, attentive aux autres, elle observe, elle est gourmande des gens et des personnalités. Et, en même temps, j’étais contente qu’elle ne ressemble pas à son personnage. Cela établissait une confiance entre nous. Il y avait un vrai plaisir du jeu, on libérait des choses sans qu’il y ait trop d’intensité dans nos rapports. Avec les personnalités en présence sur le plateau, on aurait pu basculer dans une grande noirceur.
Votre personnage, Audrey, enceinte, dit qu’elle n’aime que son travail de designer, qu’elle est trop affreusement égoïste pour être mère. Vous êtes-vous reconnue en elle ?
Oui, complètement, et beaucoup de copines, et ma mère aussi. C’est vrai que c’est tabou, même pour une fille de 30 ans aujourd’hui, mais, dans mon milieu, le milieu artistique, toutes ces aberrations sont normales et intégrées.
Un milieu d’égoïstes ?
D’égoïstes et de « défectueux » assumés ! On n’est pas dupes de nos défauts à nos âges, et on assume failles et contradictions. C’est ce que j’adore dans ce métier : l’antihéroïsme et la tolérance sont une bouffée d’oxygène. La singularité de chacun devient une mine d’or à explorer.
Audrey, vêtue sportswear, jamais maquillée, archidéterminée, vous ressemble-t-elle ?
Un peu. Je me suis amusée de certaines choses que j’ai enfin dépassées mais dans lesquelles je me suis longtemps empêtrée. Ces chemises larges, ces pantalons informes et l’absence absolue de coquetterie. J’étais ainsi : je souhaitais exister pour ce que j’avais dans la tête et pas pour mon apparence, je désirais sortir de l’image de l’objet sexuel, féminin. J’ai eu envie dans ma vie de contrer ça de façon extrême de 18 à 25 ans. Pas question d’être à la mode ; tout ce qui comptait, c’était l’intériorité. En fait, je rejetais l’être visible, je ne voulais pas que l’extérieur raconte quoi que ce soit.
C’était une négation de votre séduction ?
Oui, ou alors un orgueil suprême. J’avais besoin de jouer avec les codes. Tous les clichés sur ce qu’est la féminité, nier la part de masculinité chez la femme, la taxer de dominatrice dès qu’elle travaille, tout cela m’énerve terriblement. L’être humain possède deux pôles : féminin et masculin confondus. Mais c’est fini, j’ai dépassé ça en douceur. C’était un combat personnel.
Et maintenant ?
J’ai retrouvé mon adolescence, je suis retournée en arrière, je mets plus d’insouciance, plus de jeu dans les apparences. Je m’habille casual ou vamp : un fourreau noir, des robes courtes, longues, des souliers Christian Louboutin, des Jimmy Choo. Je raffole toujours des tailleurs-pantalons, des silhouettes androgynes. J’aime le mélange. Les hommes, d’ailleurs, devraient s’habiller davantage chez les femmes – Jean Paul Gaultier fait ça magnifiquement. J’adore quand, l’été, les hommes portent des paréos. Je trouve cela hypersexué, plus sexy que d’être juste le type dans son costard Hugo Boss et la fille en minirobe avec bijoux et paillettes !
De quoi vous méfiez-vous le plus chez vous ?
De ma douceur. Cette douceur peut me faire dire oui quand je veux dire non !

lundi 18 septembre 2017

En privé avec Marina Hands




En privé avec Marina Hands

Par Sophie Grassin | Le 28 janvier 2012

 Elle est l'affiche de "Sport de filles". Confidences sans fard d'une actrice trop rare
Elle traverse Sport de filles, de Patricia Mazuy, en palefrenière à la mauvaise humeur têtue qu’un entraîneur déchu (Bruno Ganz) accepte de prendre sous son aile. Confidences sans fard d’une actrice trop rare.


Madame Figaro. - D’où vient votre passion du cheval ?
Marina Hands. - De mes tours de poney au jardin des Tuileries à l’âge de 4 ans. Quand Patricia Mazuy, réalisatrice que j’adore, m’a proposé Sport de filles, j’ai aussitôt accepté. Il n’y avait pas encore de scénario. Mais l’histoire – une jeune femme au plus bas de l’échelle sociale retrouve sa dignité en découvrant le dressage de haute école – recelait quelque chose de très affectif pour moi.

Votre principal trait de caractère ?
Timide, introvertie, hypersensible...

Et celui dont vous êtes le moins fière ?
Les petites lâchetés du quotidien. J’ai toujours tendance à préférer la fuite à la confrontation.

Que changeriez-vous chez vous si vous le pouviez ?
J’essaierais de me montrer plus sociable. On me raconte souvent des dîners formidables où vingt-cinq personnes ont débattu de sujets géniaux. Je ne peux pas. Je reste à la porte.

Pour vous, l’élégance, c’est...
D’abord une attitude morale. Aller vers les autres, accepter de vivre ensemble. Si on ne possède pas ça, on n’a aucune élégance.

"Mon héroïne ? Gisèle Halimi !"

Pour vous, la vulgarité, c’est...
Ne pas avoir conscience de son voisin.
La chanson qui passe en boucle dans votre iPod ?
L’album des Fleet Foxes du même nom, un groupe folk de barbus à guitares. Il date de 2008, mais films ou disques, j’ai toujours trois ou quatre ans de retard.

Le talent que vous auriez aimé avoir ?
La chirurgie. Mais, restons modeste, je vais répondre la musique.

Le casting d’un dîner idéal chez vous ?
Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Kate Winslet et Cate Blanchett. Des comédiennes que j’admire, pour les entendre évoquer ce métier comme elles n’en parlent jamais en interview.

Votre héroïne dans la vie ?
Gisèle Halimi. Je viens de l’incarner dans Pour Djamila, un téléfilm de Caroline Huppert, bientôt diffusé sur France 3 puis sur Arte. Être actrice vous permet de rattraper des tas de choses.
Votre plus belle rencontre ?
Il y en a eu tellement. Peut-être Michel Piccoli qui m’a donné la réplique quelques minutes sur scène au Conservatoire lorsque j’avais 20 ans. Sans ce moment vertigineux, peut-être n’aurais-je jamais aspiré à tout ce que j’ai réalisé par la suite. Chaque fois que nous nous croisons, il s’en souvient, et cela me fait plaisir.

Qu’avez-vous réussi de mieux dans votre vie ?
Sans doute à accomplir ce que je voulais. La passion du jeu m’est tombée dessus très tard – je voulais être cavalière professionnelle. Se donner le temps, ça vaut le coup, non ?

La partie la plus fragile de votre corps ?
L’hémisphère gauche de mon cerveau, autrement dit la partie qui régit les émotions.

Votre truc contre le stress ?
Si vous avez des conseils à me donner... je prends. Peut-être de l’évacuer avant la somatisation : s’autoriser à rire, pleurer, crier.

L’endroit qui vous ressemble ?
Londres. Ville de la cohabitation et du mélange, où les fans de Kate et de William peuvent côtoyer les artistes incisifs et punk comme Banksy.

La phrase qui vous déstabilise ?
« Pour qui vas-tu voter à la prochaine présidentielle ? »

Qu’aimeriez-vous que l’on dise de vous ?
Rien, du moins en mon absence.



dimanche 17 septembre 2017

Harry Dean Stanton / Le fantôme surgi du désert



Le fantôme surgi du désert


Mort d’Harry Dean Stanton, 
interprète de « Paris, Texas »

L’acteur américain, que l’on verra dans « Lucky » en décembre, savait rendre ses seconds rôles inoubliables


LE MONDE | 16.09.2017 à 12h10 • Mis à jour le 16.09.2017 à 14h02 | Par Thomas Sotinel

Harry Dean Stanton à Los Angeles, en 2011. GUS RUELAS / REUTERS

En janvier à Sundance, en août à Locarno, les festivaliers ont découvert dans le film Lucky un personnage du même nom. Un nonagénaire dégingandé au visage émacié, un peu effrayant jusqu’à ce qu’un sourire irrésistible vienne l’illuminer. Il égrenait ses souvenirs – son enfance dans le Kentucky, sa guerre du Pacifique à bord d’un transport de troupe. Face à la mort, il opposait un athéisme résolu, quitte à scandaliser ses voisins. Ces bribes étaient empruntées à la vie de son interprète, Harry Dean Stanton. Une vie qui vient de s’achever à Los Angeles, le 15 septembre, à l’âge de 91 ans.

Il avait tourné dans environ 200 films et épisodes de séries télévisées, de 1954 à 2017, du western Revolt at Fort Laramie à la nouvelle saison de Twin Peaks. Son interminable début de carrière fut celui d’un obscur second rôle, mais à partir de la fin des années 1970, le public apprit à identifier Harry Dean Stanton dans Le Malin, de John Huston (1978), puis, l’année suivante, dans Alien, de Ridley Scott, et The Rose, de Mark Rydell.



Fantôme surgi du désert

Pour les spectateurs européens, il reste Travis Henderson, le fantôme surgi du désert, dans Paris, Texas, de Wim Wenders (1984), où, pour la première fois d’une carrière entamée trente ans plus tôt, il tenait un premier rôle. Pour les « millenials », Harry Dean Stanton sera toujours Roman Grant, le patriarche polygame de la série Big Love. C’était aussi un musicien. On l’entend interpréter quelques chansons de mariachis dans Lucky et l’on peut trouver sa version de Blue Bayou sur l’album Partly Fiction, bande originale d’un documentaire qui lui fut consacré.

Harry Dean Stanton est né le 14 juillet 1926 à West Irvine (Kentucky), dans une famille d’agriculteurs baptistes. Après avoir servi en tant que cuisinier dans la marine – son bateau participa à la prise d’Okinawa –, il entre à l’université du Kentucky qu’il quitte avant d’avoir obtenu son diplôme, par esprit de rébellion. Il part pour la Californie et étudie l’art dramatique au Pasadena Playhouse.




Parfait cow-boy

A cette époque – les années 1950 – son physique de grand échalas au visage inquiétant lui interdit d’aspirer aux premiers rôles. Mais il fait de lui le parfait cow-boy et Harry Dean Stanton (souvent crédité au générique sous le nom de Dean Stanton) est un habitué des westerns que la jeune télévision américaine produit en masse. On le voit dans Rawhide, Gunsmoke, Bonanza, mais aussi dans Le Fugitifou Alfred Hitchcock présente. Il se fait remarquer une première fois en codétenu mélancolique et mélomane (il chante le cantique Just a Closer Walk With Thee) de Paul Newman dans Luke la main froide (Stuart Rosenberg, 1967).

Son mode de vie anticonformiste l’oriente vers les marges d’Hollywood. Il tourne dans Macadam à deux voies, de Monte Hellman (1971) puis dans Pat Garrett et Billy The Kid, de Sam Peckinpah (1973) aux côtés de Kris Kristofferson et de Bob Dylan. Ce dernier l’invite à participer à l’aventure de Renaldo et Clara, le film que l’auteur de Mr Tambourine Man a tourné pendant la tournée Rolling Thunder Revue, en 1975. Harry Dean Stanton y croise Sam Shepard qui, huit ans plus tard, au hasard d’une rencontre dans un bar de Santa Fe, lui propose le premier rôle d’un film qu’il est en train d’écrire, Paris, Texas.

A ce moment, Harry Dean Stanton est définitivement sorti de l’anonymat. Mécanicien du vaisseau Nostromo dans Alien, chanteur de country qui détruit en une séquence l’ego de la rock star Bette Midler dans The Rose : chacun de ses rôles marque les imaginations. Bertrand Tavernier fait appel à lui pour La Mort en direct. Le critique Roger Ebert, qui règne alors sur le goût cinéphile américain, remarque : « Tout film qui compte Harry Dean Stanton ou M. Emmet Walsh [autre grand acteur de composition] dans un second rôle ne peut être tout à fait mauvais. »

Harry David Stanton et David Lynch

Cinq collaborations avec David Lynch

Mais à part Paris, Texas, la filmographie d’Harry Dean Stanton ne compte qu’un autre premier rôle, celui du recouvreur de dettes dans le film de science-fiction punk d’Alex Cox Repo Man (1984). Il est alors presque une star, invité de l’émission satirique Saturday Night Live, sujet d’un long portrait dans le New York Times Magazine.

Il est le père de Molly Ringwald dans Rose Bonbon, joue pour John Carpenter dans New York 1997 et Christine, commence une collaboration au long cours avec David Lynch, d’abord dans Sailor et Lula,puis Twin Peaks : Fire Walk With Me, Une histoire vraie, Inland Empire et récemment dans la nouvelle saison de Twin Peaks. Sur le tournage de Big Love, l’assistant personnel d’Harry Dean Stanton, Logan Sparks est fasciné par son patron au point d’écrire le scénario de Lucky. Le film, qui doit sortir le 13 décembre en France, fera la plus belle épitaphe dont pouvait rêver un acteur.