dimanche 19 août 2018

Avec Respect, Aretha Franklin donne un hymne à la cause des femmes





Avec Respect, Aretha Franklin donne un hymne à la cause des femmes

AFP agence
Mis à jour le 17/08/2018 à 12:14
Publié le 16/08/2018 à 17:51


VIDÉO - Otis Redding avait enregistré en premier la chanson en 1965. Deux ans plus tard, avec sa propre reprise, la jeune star montante de la soul transforme le titre en manifeste féministe et politique. Le succès est immédiat et planétaire. Il reste aujourd'hui un incontournable.
«R - E - S - P - E - C - T!» Plus qu'une simple reprise d'Otis Redding, la version deRespect enregistrée en 1967 par Aretha Franklin a transformé la chanson en hymne féministe et politique et consacré son interprète comme nouvelle reine de la soul. Le magazine Rolling Stone a fait de ce tube international la cinquième chanson de «tous les temps» dans un palmarès paru en 2004. Un classement où Aretha Franklin, qui vient de mourir à l'âge de 76 ans, apparaissait comme la première femme derrière Bob Dylan, les Rolling Stones, John Lennon et Marvin Gaye.espect fut écrite et enregistrée par Otis Redding en 1965, mais c'est bien la version revue et corrigée par Aretha Franklin, 25 ans à l'époque, avec son refrain et ses arrangements imparables, qui fait entrer la chanson dans la postérité.





«Tout ce que je demande c'est un peu de respect (juste un peu)»
Respect

Chez Otis Redding, un homme clame son besoin de respect de la part de sa femme, respect qui lui est dû puisqu'il apporte l'argent au foyer... Mais Aretha Franklin, dans sa version enregistrée le jour de la Saint-Valentin 1967 à New York, bouscule ce schéma traditionnel en mettant ces mots dans la bouche d'une femme forte et énergique.

Aretha Franklin chante Respect




«Une nouvelle âme»

La chanteuse originaire de Détroit conserve les couplets mais inclut un refrain dynamisé par les chœurs, assurés par ses sœurs Erma et Carolyn, et quelques nouvelles expressions, comme ce «Sock it to me» joueur et un brin provocant, expression pouvant se traduire par «Montre-moi de quoi tu es capable»... Et pouvant à l'occasion revêtir une connotation sexuelle, même si Aretha Franklin s'en défendra. Et d'épeler ce «R-E-S-P-E-C-T», qu'elle semble non plus seulement demander mais bien exiger.
«Pour Otis, le respect avait une connotation traditionnelle, dans le sens de l'estime», assurait Jerry Wexler, le producteur d'Aretha Franklin, dans son autobiographie, citée par le magazine Rolling Stone. «La ferveur dans la voix d'Aretha exigeait ce respect, et cela impliquait aussi une attention du point de vue sexuel...»


«Montre-moi de quoi tu es capable»
«Respect»

«Elle n'a pas seulement modifié quelques paroles ou changé le point de vue, elle lui a aussi apporté une nouvelle âme», indique à l'AFP la musicologue américaine Victoria Malawey, professeure au Macalester College de Minneapolis-Saint Paul. Aretha Franklin a modifié la chanson «de façon si radicale, que j'irais jusqu'à dire qu'elle l'a réécrite», ajoute cette spécialiste de musique pop.
La chanson paraît dans l'album I Never Loved A Man The Way I Loved You , son premier chez Atlantic Records, et devient un hymne féministe mais donne aussi une voix - et quelle voix! - à la cause des Noirs en lutte pour leurs droits dans l'Amérique des années 1960.

«C'était la bonne chanson au bon moment»



«C'était la bonne chanson au bon moment»
Aretha Franklin en 2016

Respect a ensuite traversé les années et été reprise par de nombreux mouvements de revendication, souligne Victoria Malawey. «C'est quelque chose au-delà du texte et de la mélodie qui nous transporte vraiment, qui a rendu cette chanson si puissante et l'a fait durer si longtemps», explique la musicologue. «C'était la bonne chanson au bon moment», résumait pour sa part Aretha Franklin en 2016, citée dans le magazine Elle, au sujet d'une chanson qui figura deux semaines en tête des meilleures ventes à sa sortie.
Avec ce hit, elle remporte les deux premiers de ses dix-huit Grammy Awards. Et même si elle chante déjà depuis des années, Respect l'installe comme la nouvelle reine de la soul et du R'n'B et marque le début de sa carrière internationale. Ce classique de la musique américaine apparait dans une trentaine de films, commePlatoonBlues Brothers ou Forrest Gump. Il a été maintes fois repris, aux Etats-Unis par Stevie Wonder mais aussi en France, et en français, par Johnny Hallyday dans sa propre version intitulée Du respect.
Otis Redding, lui, fera contre bonne fortune bon cœur au sujet de cette chanson qu'une «bonne amie» a «emmenée loin» de lui, comme il l'avait dit en souriant sur la scène du Festival de Monterey, quelques mois avant de périr dans un accident d'avion en décembre 1967.


samedi 18 août 2018

Les funérailles d'Aretha Franklin organisées à Détroit le 31 août, après plusieurs jours d'hommages





Les funérailles d'Aretha Franklin organisées à Détroit le 31 août, après plusieurs jours d'hommages

Selon la presse locale, l'ancien président Barack Obama pourrait se joindre à la cérémonie parmi les 4.000 invités attendus. La dépouille de la diva de la soul sera auparavant exposée au musée Charles-Wright, dédié à l'histoire des noirs américains, pendant deux jours.
Les funérailles d'Aretha Franklin se dérouleront ce 31 août dans une grande église de sa ville natale de Detroit, a confirmé vendredi son agente historique Gwendolyn Quinn. La ville de Detroit, capitale de l'automobile américaine où la chanteuse s'est éteinte jeudi à 76 ans après une longue bataille contre le cancer, s'apprête à rendre à sa star un hommage sur plusieurs jours, à la hauteur de la légende qu'elle était devenue. Les 28 et 29 août, sa dépouille devrait être exposée au public de 9 heures à 21 heures au musée Charles-Wright, dédié à l'histoire des noirs américains, a confirmé à l'AFP son agente.
Les funérailles devraient avoir lieu ensuite, le 31 août, au Greater Grace Temple, grande église pentecôtiste de Detroit où furent organisées en 2005 les obsèques de Rosa Parks, la femme qui en 1955 osa défier dans l'Alabama une interdiction faite aux Noirs de s'asseoir à l'avant des bus, devenant ainsi une icône de la lutte pour les droits civiques des noirs américains.
Si le lieu peut accueillir jusqu'à 4.000 personnes, les invités devraient être triés sur le volet: membres de la famille, proches et célébrités du monde de la musique ou d'autres personnalités, comme l'ancien président Barack Obama, pourraient être conviés, indiquait vendredi le grand quotidien local, le Detroit Free Press. La chanteuse sera inhumée dans le cimetière de la ville où reposent son père et trois de ses frères et sœurs, a précisé Gwendolyn Quinn. 
En attendant, les fans de la diva, qui avait débuté comme chanteuse de gospel à neuf ans avant de démontrer son talent sur quatre octaves, du R&B à l'opéra, continuaient vendredi à lui témoigner leur admiration à la New Bethel Baptist Church, l'église de son père pasteur, située dans un quartier mal famé de la ville du Michigan.
Dès l'annonce jeudi de son décès, elle est devenue lieu de recueillement: des anonymes s'y succédaient pour déposer des messages, fleurs, ballons et ours en peluche, avec en fond sonore les grands succès d'Aretha. Ses admirateurs défilaient aussi devant le musée Motown, installé dans les anciens studios de la maison de disques du même nom, qui a prévu de diffuser sa musique tout le weekend. Si Aretha Franklin n'y a jamais enregistré de disque, sa musique a toujours été associée au son de Motown.
Ancien producteur de la Motown et chanteur de blues et de soul lui même, Smokey Robinson s'est souvenu, dans un entretien à Reuters, qu'il avait entendu pour la première fois Aretha Franklin quand elle n'était âgée que de «5 ou 6 ans», s'accompagnant elle-même au piano. «Et elle chantait déjà quasiment comme elle chantera adulte», se remémore-t-il.
«Nous sommes tous tristes et nous avons le cœur brisé»
Fred Zilian, professeur à l'université de Rhode Island venu à Detroit pour des retrouvailles d'anciens camarades de la prestigieuse école militaire de West Point, dansait avec sa femme devant le musée. «Je devrais être triste car nous avons perdu Aretha Franklin, mais il fallait que je sorte dans la rue danser», a-t-il indiqué, en se remémorant combien il avait adoré sa musique et celle des artistes noirs qui ont fait la gloire des studios Motown dans les années 1960. «Le pays se déchirait sur les questions raciales et nous, comme vous pouvez le constater nous sommes tous blancs, mais on s'en fichait, a-t-il raconté à l'AFP. Ça en dit long sur la capacité de rassembler qu'a la musique». «C'est vraiment étonnant. Évidemment, nous sommes tous tristes et nous avons le cœur brisé en pensant à sa mort, mais les gens affluent au musée», a indiqué la directrice du musée Sheila-Spencer.
De nombreuses célébrités ont également tenu à saluer cette immense artiste. «C'est difficile d'imaginer le monde sans elle. Non seulement c'était une chanteuse merveilleuse, mais son engagement en faveur des droits civiques a eu un impact indélébile sur le monde», a par exemple tweeté l'actrice et chanteuse Barbra Streisand en forme d'adieu à Aretha Franklin. La chanteuse avait été en 1987 la première femme à entrer au sein du Rock and Roll Hall of Fame. En 2010, le magazine Rolling Stone l'avait placée en tête de sa liste des 100 plus grands chanteurs de tous les temps, hommes et femmes confondus. Aretha Franklin avait chanté aux cérémonies d'investiture des présidents Bill Clinton et Barack Obama.


mercredi 8 août 2018

Wisława Szymborska / Terroriste, il regarde



Wisława Szymborska

La bombe sautera dans le bar à treize heures vingt.
Il n'est pas maintenant que treize heures seize.
Certains auront le temps de sortir.
Et d'autres d'entrer.

Le terroriste, lui, est déjà de l'autre côté de la rue.
Cette distance le préserve du mal,
Et puis quelle vue ! Comme au cinéma.

La femme en blouson jaune, elle entre.
L'homme en lunettes noires, il sort.
Les gars en jeans, ils causent.
Treize heures dix-sept et quatre secondes.
Le plus petit, le veinard, il enfourche son scooter,
Et le plus grand, il entre.

Treize heures dix-sept et quarante secondes.
La fille, elle arrive, un ruban vert dans les cheveux.
Seulement il y a un bus qui passe, et on ne la voit plus.
Treize heures dix-huit.
Plus de fille
Est-elle entrée, l'idiote, ou bien non,
On verra quand ils auront sorti les corps.

Treize heures dix-neuf.
Plus personne n'entre.
Il y a juste un gros chauve qui sort.
Mais on dirait qu'il fouille encore dans ses poches et
à treize heures vingt moins dix secondes
il revient chercher ses misérables gants.

Il est treize heures vingt.
Le temps, qu'est ce qu'il traîne.
Ca doit être maintenant.
Oui, maintenant.
La bombe, elle saute.



mardi 7 août 2018

Wisława Szymborska / Trois mots étranges







Wisława Szymborska


Trois mots étranges 



Quand je prononce le mot Avenir,

Sa première syllabe appartient déjà au passé.

Quand je prononce le mot Silence,
je le détruis.

Quand je prononce le mot Rien,
Je crée une chose qui ne tiendrait dans aucun néant.





lundi 6 août 2018

Wisława Szymborska / Certains aiment la poésie



Wisława Szymborska
Certains aiment la poésie


Certains aiment la poésie.
Certains,
Pas tout le monde.
Pas la majorité, mais une minorité.
Hormis les écoliers qui le doivent, et les poètes eux-mêmes.
Ca doit faire dans les deux sur mille.

Certains aiment.

Mais on aime aussi le potage aux vermicelles.
On aime les compliments et la couleur bleu clair.
On aime un vieux foulard.
On aime avoir raison.
On aime flatter un chien.

La poésie, mais qu’est-ce donc que la poésie ?

Plus d’une réponse brûlante a déjà été donnée.
Et moi je n’en sais rien.
Je n’en sais rien et je m’y accroche comme à une rampe de salut.


DE OTROS MUNDOS

dimanche 5 août 2018

L’Europe doit repasser à l’atelier / Tout ce qui est possible n’est pas nécessairement ni souhaitable ni permis


Martin de Vos. 'The Rape of Europa'

L’Europe doit repasser à l’atelier

Tout ce qui est possible n’est pas nécessairement ni souhaitable ni permis

29 JUIN 2018, 

« Décidément, en ces temps de crise,
le mensonge des uns et l’aliénation des autres
se portent toujours aussi bien [1] »
Depuis des décennies, l’Europe continue à jouer la cigale, tandis les fourmis laborieuses n’ont jamais cessé le travail. 2018 semble réveiller la bise hivernale sur notre continent. Mais personne ne semble encore oser le dire…
Ces lignes ne sont pas contre la « globalisation », comme voudront sans doute le prétendre ceux qui n’ont pas intérêt à voir clarifier la situation dans laquelle se trouvent aujourd’hui nos sociétés. Car cela n’a pas de sens d’être « pour » ou « contre » la globalisation. La globalisation est une donnée, conséquence des moyens technologiques au stade de développement atteint. Elles ne sont pas davantage contre le libre marché, une des formes d’organisation de l’économie qui n’est pas incompatible en soi avec les droits fondamentaux des citoyens. Mais elles sont contre la régression à l’état de nature. Face à ces deux paramètres, d’une part la globalisation qui nous est imposée par l’état de développement de l’humanité sur notre planète et de l’autre le libre marché qui depuis bientôt trois siècles fonde l’organisation de nos démocraties, il est urgent de restituer aux choix une place centrale dans le développement de notre société. Il est urgent de prendre en compte que tout ce qui est possible n’est pas nécessairement ni souhaitable ni permis.
L’homme aujourd’hui a non seulement le privilège de pouvoir choisir, mais il a aussi le devoir de le faire. En ce siècle de progrès de notre civilisation occidentale, d’économie de marché, de globalisation, nous devons choisir ce que nous en retenons, ce que nous adoptons, ce que nous rejetons, ce que nous adaptons. Nous devons choisir à quel rythme et de quelle manière nous procédons. L’objectif : maintenir la cohérence entre nos valeurs, celles que nous retenons parmi celles dont nous avons hérité, et ce qui est possible, une cohérence non seulement pour une élite mais pour l’ensemble des citoyens, égaux en droits comme le prescrit le concept même de démocratie.
Il s’agira d’éclairer les enjeux et d’identifier les défis qui se pressent à nos portes en Europe et de chercher à répondre à cet appel de Jacques Delors en 2003, il y a plus de quinze ans, lorsque se faisaient jour les premières réticences des citoyens à l’encontre de la construction européenne, un appel manifestement resté sans réponse jusqu’à ce jour : « Nos sociétés sont complexes et fragiles. Quelles sont nos forces ? Quels sont les dangers ? Comment pouvons-nous définir notre vision ? Comment agirons-nous ? Les réponses ne sont pas simples. Nos citoyens veulent comprendre et participer plus largement à la gestion des affaires du monde. Ayons le courage de dialoguer et de parler honnêtement et franchement ».
Les « Traités Européens » qui se succèdent, et les crises successives qui les emportent ont à tout le moins le mérite d’avoir réveillé le citoyen européen assoupi, alors que le monde se bouleverse sous ses yeux trop souvent indifférents. Un sommeil dont la dure réalité le réveille aujourd’hui : avec la conscience que son univers ne se contrôle plus de l’intérieur de ses frontières, que d’autres acteurs sont aujourd’hui entrés sur la scène internationale : l’immigration de l’autrefois lointain « tiers monde », l’énergie russe, les produits et à présent les capitaux chinois, indiens, …. L’européen a perdu ce beau rôle de protagoniste incontesté de la planète, même si personne n’ose encore le lui dire.
Depuis vingt ans, l’Europe sombre dans la décadence, mais personne ne semble l’avoir remarqué. Comme, en Occident, personne n’avait remarqué l’effritement de l’Union Soviétique, la montée en puissance de la Chine, le ressentiment des peuples musulmans qui pendant des décennies ont dû contempler l’Occident et le servir sans pouvoir participer à sa croissance et à son développement. Et ce jusqu’au 11 septembre 2001 : le monde, alors, a fait mine d’être surpris. On sait aujourd’hui que c’est dans nos sociétés que se nichaient les ingrédients de l’explosion. Les « terroristes » d’aujourd’hui sont, pour la plupart nés et ont grandis dans nos quartiers. Mais il était plus commode de continuer à ronronner, fort d’une superbe acquise et maintenue depuis plus de cinq cents ans.
C’est pourtant à ces défis internes qu’il aurait fallu répondre. Mais on pensa plus simple de repartir à la chasse d’un ennemi externe. Fut-ce au mépris de nos propres valeurs, celles qui qualifient notre identité et nous donnent la fierté de la défendre… Depuis lors, plus personne ne semble encore savoir ce qu’il reste à défendre. L’enseignement chavire de toutes parts. L’idée de justice se confond aujourd’hui avec des procédures qui échouent à en sauver le sens et la substance. La démocratie se mimétise en institutions faites de clientélismes et de soumission aux pouvoirs, sinon occultes, qui perdent chaque jour un peu plus de leur représentativité, se dépouillant ainsi à la fois de sens et de légitimité.
Drogues et sectes font une percée toujours plus fulgurante pour remplacer la religion judéo-chrétienne qui fonde nos valeurs. Les intégrismes de tous genres, politiques (totalitarismes de droite aujourd’hui, de gauche peut-être demain, …), économiques (totalitarisme du capitalisme sauvage) et religieux (totalitarismes islamiques qui détruisent cette civilisation millénaire, …) se développent en parallèle. Les clans se forment, des clubs se referment et explosent leur violence contre d’imaginaires ennemis, fut-ce l’équipe adverse de football ou la bande de la place de l’autre côté du coin.
Quant à l’Union Européenne, en renonçant à énoncer ses racines historiques judéo-chrétiennes, elle renonce à son histoire au risque de renoncer aussi à ses symboles. Puisque les guerres se gagnent, plus que par les armes, d’abord par la volonté de vaincre, l’Occident est aujourd’hui désarmé. Et les peuples de l’Europe, ceux qui protestent contre les textes des Traités mais vainement jusqu’à ce jour, ne sont pas dupes. Cependant, ils ne savent pas comment se faire entendre de leurs « autorités », parce que ces dernières ne sont plus « leurs représentants », mais ceux de lobbies idéologiques, économiques, nationaux, régionaux et internationaux qui n’ont que faire du citoyen qui refuse de se « ranger » sous leurs bannières contrastées mais toujours bien ordonnées. … Adieux progressifs à la liberté de pensée, d’expression, d’association, comme le démontre chaque jour davantage ce quatrième pouvoir abandonné par la presse dans la plupart de nos Etats dits « démocratiques ».
En conséquence, dépourvus de portes paroles et ne sachant comment agir, les citoyens se replient sur leur quotidien. Un quotidien toujours moins satisfaisant : moins d’argent, moins d’emplois et surtout des emplois de moindre qualité, moins de temps disponible, moins de relations humaines, moins de sécurité personnelle et existentielle. Car la peur du lendemain, la peur physique, la peur matérielle, la peur existentielle s’est introduite dans les familles.
C’est dans ce contexte qu’explosent à présent de toutes parts nationalismes et séparatismes. Si l’Union Européenne transforme en puits sans fond le déficit démocratique que depuis bientôt trente ans elle échoue à combler, si elle ne sait pas se réorganiser pour rendre compte des volontés et des intérêts de citoyens égaux en droits comme le prescrit la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales, elles est inexorablement destinée à imploser.
Un bilan accablant pour notre civilisation, et nos valeurs, occidentales, s’il ne trouve pas réponse substantielle dans les années qui viennent. En espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard. C’est donc sur cette voie, à la suite de Tocqueville, que ces lignes voudraient vous engager :
« Ayons donc de l’avenir cette crainte salutaire
qui fait veiller et combattre,
et non cette sorte de terreur molle et oisive
qui abat les cœurs et les énerve ».
L’état des lieux suivra. Cherchons à « parler honnêtement et franchement », pour stimuler la réflexion. Reste à présenter au débat un ensemble de choix pour « une Europe des citoyens et pour les citoyens », encore toute à construire.
[1] Delbovier Marc (économiste et sociologue), « La danse du scalp a commencé », La Libre Belgique, Bruxelles, 25/6/08.




samedi 4 août 2018

Le soleil décline à l’Ouest et se lève à l’Est / L’Europe doit repasser à l’atelier




Le soleil décline à l’Ouest et se lève à l’Est

L’Europe doit repasser à l’atelier

29 JUILLET 2018, 

En Europe occidentale, notre génération n’a pas connu la guerre. Elle a grandi dans ces années de progressive abondance, les années soixante avec la révolution culturelle de mai 1968, celles des soixante-dix gonflées par la force des syndicats revendiquant un bien être toujours croissant, la décennie suivante, celle des « golden boys », où tout semblait devenir possible et permis.
L’idée que demain, en Europe, nous pourrions devenir moins riches qu’aujourd’hui, que nos enfants pourraient vivre moins bien que nous avons vécu, nous semblait donc impossible. Et pourtant aujourd’hui, chacun prend peu à peu conscience que c’est non seulement tout à fait possible, mais que nos sociétés glissent sur la pente. Si on continue à gouverner l’Europe comme on le fit ces trente dernières années, la tendance deviendra irréversible : des années de déclin pour notre continent, bien que personne n’ose l’affirmer. De fait, la plupart de nos gouvernants usent de tous les moyens pour s’efforcer de le cacher.
Regardons un instant en arrière. Depuis 1960, on nous dit que le monde est en progrès constant, que la démocratie finira, grâce au libéralisme, par s’imposer partout sur la planète. On nous dit qu’avec l’ouverture des frontières, notre espace économique s’agrandira sans cesse et nous fournira les marchés nécessaires à une croissance économique qui ne s’interrompra plus.
Le choc pétrolier de 1973 ne suffit pas à ébranler le rêve. Les années’80 virent le sommet de ces croyances : avec l’argent facile des yuppies (young urban people) gagné en bourse, avec des salaires croissant à toutes voiles au rythme des déficits budgétaires des Etats, avec un exode des habitants vers les villes et les mises en jachère des campagnes désertées de leurs cultures alimentaires et industrielles au profit d’importations à coûts toujours plus bas. Bref, une croissance dopée qui a offert à l’Occident ses années d’or et l’illusion de pouvoir plier à ses volontés, et dominer ainsi encore longtemps, la scène internationale.
A la fin du deuxième millénaire, les Etats-Unis finissaient de dominer le monde en creusant de plus en plus profondément un déficit budgétaire, commercial et interne qui lentement sapait les fondements de leur empire. Ils dominaient militairement la planète. Ils apportaient quatre cinquième des ressources opérationnelles à l’OTAN et, avec elles, y emportaient le réel pouvoir de décision. Ils dominaient notre planète indirectement, de manière toujours moins occulte, via un réseau de satellites prenant souvent la forme de dictatures locales, sur l’ensemble du continent latino américain et jusqu’au cœur de l’Asie (l’Iran, et les « guerres régionales », l’Irak, l’Afghanistan …), sans négliger les frontières alors encore externes de l’Europe : la Grèce, l’Espagne, le Portugal.
En 1973, personne n’avait accordé beaucoup d’attention à l’ouvrage paru à Paris chez Fayard d’Alain Peyrefitte « Quand la Chine s’éveillera ». A cette époque, l’Inde était encore le pays de l’esclavage économique, écrasé sous la pauvreté. Après quelques tumultes, le monde arabe échangeait le droit de maintenir la dictature des plus riches en livrant un pétrole à bon marché à ses partenaires occidentaux, si hospitaliers pour leurs avoirs réfugiés dans les banques occidentales. Partenaires inoffensifs, jusqu’à ce coup de tonnerre, dans un ciel apparemment serein, que porta El Qaeda en 2001 contre les Tours Jumelles de New York, une manifestation ouverte de ces pouvoirs induits accompagnant les richesses réfugiées en ces murs.
Dans les années’80, la Russie cachait encore aux opinions publiques un empire qui craquait de toutes parts. Pendant ce temps, dans l’ombre et sous la houlette d’économistes américains bien intentionnés, des équilibres se reformaient. La nomenclatura communiste préparait, avec celles de l’Occident, son avenir personnel, au détriment de l’ensemble de ses populations. Dès 1983, sinon plus tôt encore, alors que l’empire communiste se montrait toujours des plus respectables, des oligarques prenaient accords avec des partenaires occidentaux pour organiser discrètement ce qui s’avéra un vol colossal des capitaux d’Etats, ceux qui dans leur fuite vers l’Occident feront la ruine des populations de cet empire disloqué.
Ce raz de marée de liquidités illégitimes se manifeste, et ce déjà depuis plus de trente ans, par cette infiltration dans les replis de nos économies occidentales de « forces » et de « puissances » toujours plus difficiles à identifier et dès lors à maîtriser, qui sont loin de cultiver une quelconque démocratie politique et économique.
Les guerres régionales dans les Balkans, dans le Caucase, en Afrique, le « terrorisme interne » dans nos démocraties européennes avec ses séries d’attentats meurtriers et jamais expliqués à la fin du siècle dernier (principalement mais non seulement en Italie, en Belgique, en Allemagne), et ces dernières années en Espagne, en France, en Belgique, en Grande Bretagne, en Allemagne et ailleurs, … dessinent les profils de ces nouveaux équilibres. A l’insu de tous, en Europe et ailleurs, jusqu’aujourd’hui.
Ce n’est que grâce à la magistrature italienne, qui a eu le courage de mettre en lumière les rapports de forces qui s’affrontent depuis près d’un demi siècle par des attentats faisant nombre de victimes innocentes, étrangères au conflit qui leur ôte la vie, que l’on peut commencer à donner noms et visages à ce phénomène que certains semblent, jusqu’à ce jour, trouver avantage à occulter. Les attentats « islamistes » du 22 mars 2016 à Bruxelles et cette course sans fin et sans succès pour identifier les « tueurs du Brabant Wallon » dans années’80 qui s’est réveillée ces derniers mois, démontrent à nouveau les récents soubresauts du « monstre », en Belgique, au cœur de l’Europe et des ces réseaux.
La chute de l’empire soviétique en 1989 semblait pourtant annoncer la montée en puissance de l’Europe. La Communauté Européenne s’apprêtait à célébrer ses ambitions de grand marché unique (1992), et promettait à ses citoyens une suprématie européenne pacifique qui profiterait à tous, citoyens et partenaires aux quatre coins de la planète. Un avenir souriant qui devait se fonder d’une part sur « l’attrait de la démocratie », et de l’autre sur une « avance technologique » de l’Europe sans fin prévisible.
Pour ce qui concerne l’attrait de la démocratie, il fonctionna de fait, mais à contre sens. Plutôt que de porter la démocratie dans les Etats du tiers monde, ce sont les peuples du tiers monde qui ont commencé à rejoindre les démocraties européennes. Les incitants ? D’une part, ces pillages des ressources locales dans leurs pays d’origine qui, après la décolonisation, ne firent que s’accélérer au rythme de la corruption de dirigeants locaux par les multinationales et autres puissances économiques occidentales, non sans désertifier les terres au passage. De l’autre, le développement de puissantes multinationales du crime qui suivirent les mêmes voies pour exporter cette nouvelle marchandise à bas prix que sont devenus les êtres humains abandonnés du développement. Une marchandise très appréciée pour améliorer les marges de profits et alimenter l’évasion fiscale qui découle de l’illégalité, par ces mêmes groupements économiques, petits et grands, dans des marchés de plus en plus concentrés, coalisés et en mal de concurrence.
Quant à notre suprématie technologique qui ne devait pas avoir de fin, de même que l’Occident avait ignoré le présage du choc pétrolier de 1973, au même moment, il faisait peu de cas de l’explosion économique du Japon construite à l’époque sur l’espionnage industriel. Il s’agissait alors d’un allié de quelques millions d’habitants et personne n’y vit le présage de ce qui se passerait si les deux milliards d’habitants de la Chine et de l’Inde réunies se mettaient en tête de copier un même modèle de développement. Une idée d’ailleurs inconcevable pour un européen. Personne en effet ne concevait que le développement technologique (puisse aller de pair avec une absence de démocratie. Et il allait de soi que cette dernière était un privilège qui appartenait par nature à notre Occident.
On ne sait d’ailleurs sur quoi se basait cette idée de prééminence intellectuelle. L’Occidental se pensait-il, par nature, plus intelligent que les autres humains de la planète ? Où se pensait-il seul capable d’accumuler et de concentrer les richesses indispensables à la recherche ? Au début de ce siècle, le renversement des équilibres économiques au profit des matières premières lui donnèrent tort. Se voyait-il seul détenteur des libertés propres à cette démocratie, considérée indispensable au développement technologique ? Dans ce domaine aussi, la protestation des peuples contre des gouvernants clientélistes et donc totalitaires (les miens au détriment des vôtres, même si les vôtres sont meilleurs, et d’autant plus, car ils risquent de menacer mon pouvoir) démontre que la recherche, l’innovation et la technologie ne sont plus en situation de faire la force dans nombre de nos Etats sclérosés.
Observons que l’Allemagne semble jusqu’à ce jour (mais pour encore combien de temps) s’etre attachée à faire exception à telle décadence, ce qui explique le pouvoir qu’elle en retire au sein de l’Union Européenne. L’instruction supérieure ne suffira plus pour protéger les futures générations occidentales. Indonésie, Chine, Inde … ont plus que doublé les inscriptions à l’université dans les années ’80 et ’90. De 2001 à 2006, les engagements dans le secteur de l’information aux Etats-Unis avaient par contre diminué de 17 %, et dans les secteurs de la comptabilité et de la programmation informatique, respectivement de 4 et 9%.
L’offshoring est l’exemple par excellence de la manière dont les entreprises se procurent avantages absolus, en combinant le capital et la haute technologie avec une main d’œuvre à bas prix. Elles perdent ainsi, dans un même mouvement, le pouvoir sur leur propre développement.

Docteur en Sorbonne (Paris, FR), diplomate belge en poste à Bruxelles, Paris et Sofia, Conseiller d’Ambassade à Oslo, au Département Recherche du NATO Defense College, au Centro Militare di Studi Strategici du Ministère Italien de la Défense (CEMISS), Membre suppléant du Conseil Supérieur de la Justice (Bruxelles), Membre du Laboratoire BRICS de EURISPES (IT). Membre du comité scientifique du Centro di Studi Strategici, Internazionali e Imprenditoriali (Université de Florence, IT).




vendredi 3 août 2018

Rudyard Kipling accusé de racisme et censuré dans une université anglaise





Rudyard Kipling accusé de racisme et censuré dans une université anglaise


Par Jean Talabot
Publié le 23/07/2018 à 19:11


Le poème If, l'un des plus célèbres de l'auteur du Livre de la Jungle, ornait un mur de l'Université de Manchester. Il a été recouvert par le Syndicat des étudiants, pour protester contre certains textes colonialistes de l'auteur.
«Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie / Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir / Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties / Sans un geste et sans un soupir»... Tu seras un homme, le célèbre poème de Rudyard Kipling adressé à son fils en 1895, devenu un texte pédagogique et fondateur en Angleterre, ne fait plus l'unanimité de l'autre côté de la Manche. Une petite semaine seulement après son installation dans l'établissement, le Syndicat des étudiants de l'Université de Manchester a recouvert un grand panneau représentant le texte de Kipling, pour le remplacer par le poème Still I Rise, de la poétesse noire Maya Angelou. Les étudiants entendent ainsi protester contre le «racisme» et «l'impérialisme» de l'auteur anglais.
Un tel geste est de prime abord difficile à comprendre tant les valeurs prêchées dansIf (le titre souvent attribué au poème) sont indiscutables. Tu seras un homme mon filsest même devenu le slogan de campagnes luttant contre les violences faites aux femmes. Les étudiants du Syndicat n'ont en fait rien contre ce poème en particulier, mais se sont érigés à travers cet acte contre certains textes «colonialistes» de Rudyard Kipling et autres «attitudes racistes».
«Nous croyons que Kipling représente le contraire de la libération, de l'autonomisation et des droits de l'homme - choses en quoi nous, syndicat des étudiants, croyons», avance sur Facebook l'une des responsables de ce syndicat. Il est notamment reproché à l'auteur du Livre de la Jungle un certain poème: Le Fardeau de l'homme blanc (souvent perçu comme une injonction aux Occidentaux à civiliser les peuples colonisés), et quelques autres textes, qui «cherchent à légitimer la présence de L'Empire britannique en Inde et à déshumaniser les gens de couleur».
L'étudiante conclut: «Au nom d'une réappropriation de l'histoire par ceux qui ont été opprimés par des gens comme Kipling pendant tant de siècles, et continuent à l'être aujourd'hui, nous avons remplacé ses mots par ceux de la légendaire Maya Angelou, une poétesse noire et militante des droits de l'homme. Selon The Independant, ce geste intervient alors que les étudiants réclament depuis quelques années plus d'auteurs noirs étudiés à l'université, dans l'idée globale de «décoloniser» le programme universitaire.
Depuis la publication sur Facebook, l'affaire a fait grand bruit en Angleterre, relançant le débat sur le racisme supposé de Kipling, et le lien entre les universités du pays et son passé colonialiste. Le personnel ayant installé le poème If s'est même excusé de ne pas avoir préalablement consulté les étudiants.