mercredi 12 septembre 2018

Matsuo Bashô / Haiku



Matsuo Bashô 

1644-1694
HAIKU

Devant l'éclair -
sublime est celui
qui ne sait rien !

Aux admirateurs de lune
les nuages parfois
offrent une pause 


Haiku
Trad. Corinne Atlan et Zéno Bianu
Paris, Gallimard, 2002, p. 127


mardi 11 septembre 2018

Balthus / Une censure peut en cacher une autre


Thérèse rêvant 1938
Balthus
Photo de Triunfo Arciniegs
Nueva York, 2012


Balthus: une censure peut en cacher une autre

Le capitalisme achève de ravager la planète et de détruire les vieilles solidarités sans vraiment rencontrer de résistances. Chez nous, pendant que la présidente fait un discours fleuve sur un bébé panda, les premiers SDF meurent de froid dans la rue, comme d’habitude.

La « perversion » est une diversion

Evidemment, le capitalisme ne veut pas qu’on en parle, de tout ça, qu’on s’y intéresse de trop près. Alors le capitalisme a une diversion bien pratique. C’est l’Ordre Moral. L’Ordre Moral dit ce qu’on peut lire, voir, aimer et ce qu’on ne peut pas. Comme, dans la France macronisée, le capitalisme sauvage est en pleine forme, l’Ordre Moral aussi. Ces deux-là marchent la main dans la main. Ces jours-ci, où nous sommes en train de devenir des Américains comme les autres, l’Ordre Moral a pris pour compliquer les choses l’allure a priori progressiste d’un néo-féminisme post-weinsteinien qui, au nom des violences faites au femmes (assez peu néanmoins dans le domaine salarial), étend sa croisade désormais au domaine de l’art: littérature, cinéma, peinture.

La petite cuillère n’existe pas

Non seulement l’art qui se fait aujourd’hui mais aussi l’art qui s’est fait hier. Dernier épisode en date, à New-York, mais ça ne saurait tarder par ici, une Ordeuse Morale a initié une pétition pour que le MOMA cesse d’exposer Thérèse rêvant de Balthus à cause « de ce que ce tableau insinue ». Mais il insinue ce que vous y voyez madame Mia Merrill, vous qui dites vous inscrire dans le sillage de #metoo et ce que vous y voyez n’a pas (encore) force de loi mais dit beaucoup de votre rapport au sens, à la beauté, à la liberté.
Ne rigolez pas, Nabokov et Proust, votre tour arrive… Le sursis, c’est parce que la littérature, ça demande des efforts: il faut lire les livres, tout de même.
Après, malgré tout, ce que je trouve paradoxal, magnifique et tragique dans cette histoire, c’est que finalement l’Ordre Moral prend l’Art au sérieux. On s’apercevra ainsi de ce qu’on perd au fur et à mesure qu’il l’effacera de nos mémoires.

CAUSEUR





lundi 10 septembre 2018

Balthus / Au cinema


Thérèse on a Bench Seat
Balthus

Balthus
AU CINEMA

Dans le film de François Truffaut Domicile conjugal (1970 ; scène reprise in extenso dans L'Amour en fuite, 1979), les deux personnages principaux, Antoine Doinel (interprété par Jean-Pierre Léaud) et sa femme Christine (Claude Jade), se sont disputés et vivent séparément. À un moment donné, Christine décroche du mur un petit dessin d'environ 25 × 25 cm et le tend à son mari qui est venu voir leur enfant, Alphonse :

« Christine : – Tiens, prends le petit Balthus.

Antoine : – Ah, le petit Balthus, je te l'ai offert, il est à toi, garde-le. »
Ce dessin présente au premier plan un personnage sombre (peut-être de dos), dans une allée avec des arbres sur la gauche. Il ne ressemble à rien de ce que Balthus aurait dessiné et ne figure pas dans le catalogue raisonné, mais les recherches continuent pour l'identifier. 
Dans Péril en la demeure de Michel Deville, les allusions à Balthus font partie de la trame même du film. Celui-ci baigne dans un érotisme cérébral directement inspiré de l'œuvre du peintre, la reproduction d'un tableau de Balthus, représentant une demeure, y est aperçue à plusieurs moments-clés de l'intrigue, dont le personnage principal donne des leçons de guitare à une adolescente aguicheuse, qu'il rejoindra dans la scène finale.





dimanche 9 septembre 2018

Burt Reynolds / 1936-2018


Burt Reynolds
(1936-2018)

Né d'un père cherokee et d'une mère italienne, Burt Reynolds grandit à Palm Beach, en Floride, et entame une carrière de footballeur professionnel que vient interrompre brutalement un grave accident de voiture. Se tournant vers le métier de cascadeur puis de comédien, il interprète quelques séries télévisées comme Gunsmoke (1962-1965) et Hawk(1966), avant de s'illustrer au cinéma dans les westerns Navajo Joe (1966) et Les Cent fusils (1969).

Mais c'est en incarnant en 1972 un Américain de classe moyenne qui s'improvise aventurier et archer dans Délivrance que l'acteur à la carrure athlétique accède à la célébrité. Il se spécialise dès lors dans les rôles de macho et d'homme fort, renouant avec ses premières amours, le football américain, pour s'en prendre plein la gueule dans la comédie de Robert Aldrich. Après avoir fondé avec ce dernier la société de production Roburt Company en 1975, il se lance dans la réalisation, se mettant ainsi en scène dans Gator (1976), un thriller où un ancien cambrioleur est chargé de provoquer la chute d'un politicien corrompu, et L'Anti-gang (1981), l'histoire d'un flic de la brigade des moeurs enquêtant sur une affaire d'assassinat.

Passionné de vitesse et de course automobile, Burt Reynolds interprète sous la houlette de Hal Needham deux personnages récurrents, dont l'un, Bandit, passe son temps à narguer les shérifs (Cours après moi shérif en 1977 et Tu fais pas le poids shérif ! en 1980) et l'autre, J.J. McClure, concourt pour le Cannonball (L'Equipée du cannonball en 1981 et Cannonball 2 en 1984). Ayant tourné sous la direction de réalisateurs aussi talentueux que Peter Bogdanovich (Nickelodeon), Alan J. Pakula (Merci d'avoir été ma femme) et Don Siegel (Le Lion sort ses griffes), le comédien moustachu se retrouve malgré tout cantonné, dans les années 80, à des rôles de flics violents comme en témoignent ses prestations dans les polars Haut les flingues ! (1984), Malone (1987) et Preuve à l'appui (1988).

Ne craignant pas l'autodérision, quitte à sombrer dans la "beaufitude", Burt Reynolds balade sa silhouette de dur à cuire vieillissant dans des comédies peu convaincantes comme Un flic et demi (1993) et Striptease (1996), où il campe un politicien véreux et libidineux. Sa carrière trouve un nouveau souffle en 1997 avec Boogie nights, et la critique internationale salue sa performance de réalisateur de films X dans ce long métrage de Paul Thomas Anderson inspiré de la vie de l'acteur porno John Holmes. Mais ses films suivants -Mystery, AlaskaStringer et The Crew- ne remportant pas le succès escompté, l'acteur doit se contenter de rôles secondaires sous forme de clins d'oeil comme dans Jusqu'au cou (2005), où son personnage d'ermite excentrique fait référence à Délivrance, et Mi-temps au mitard (id.), remake de Plein la gueule.

Malgré son âge relativement avancé, Burt Reynolds continue d'être actif devant les caméras. Il est ainsi à l'affiche de plusieurs films (pour la plupart inédits en France) dans des registres allant de la comédie (Shérif, fais-moi peurForget About ItCloud 9) au thriller (End GameHollow Creek) en passant par le fantastique (King Rising - Au nom du Roi) et le drame (Dog Years). Parallèlement, l'acteur participe à plusieurs téléfilms (Un coeur à l'hameçonAu coeur de la tempête) et séries télévisées (EarlAmerican Dad ! et "Archer Hitting the Breaks").