mercredi 22 novembre 2017

Pour Dolce & Gabbana, Emilia Clarke dévore des spaghettis et Kit Harington fait danser l'Italie



Pour Dolce & Gabbana, Emilia Clarke dévore des spaghettis et Kit Harington fait danser l'Italie

Par Adèle Chivet | Le 04 septembre 2017

Après Scarlett Johansson et Matthew McConaughey, c’est au tour d’Emilia Clarke et de Kit Harrington d’incarner la ligne de parfum The One, de Dolce & Gabbana.



La griffe fondée par Domenico Dolce et Stefano Gabbana avait annoncé en mars 2017 que les deux stars de la série Game of Thrones rejoignaient son cercle d’égéries. Emilia Clarke et Kit Harington incarnent en effet les nouveaux visages des parfums féminins et masculins The One. Le duo le plus bankable du moment remplace le précédent couple glamour formé alors par Scarlett Johansson et Matthew McConaughey.

Une nouvelle histoire d'amour ?

Il était excitant d’imaginer les deux acteurs – connus sous les traits de Daenerys Targaryen et Jon Snow dans la série Game of Thrones – réunis ici pour nous vendre le rêve du parfum The One, dans une love story. D'ailleurs, au vu des derniers épisodes de la saison 7 de la saga diffusée sur HBO, on pouvait s'attendre à ce qu'il soit aussi question de romance au sein du spot publicitaire de la griffe milanaise. Cependant, c’est séparément qu’on les découvre dans les deux courts-métrages réalisés par Matteo Garrone, le cinéaste de Gomorra et Tale of the Tales. Sur une bande-originale très années 1950, emportée par Tu vuò fa’ l’Americano, de Renato Carosone, Emilia Clarke d’un côté, Kit Haringtonde l’autre nous font découvrir les joies de la liesse populaire dans les rues napolitaines. Ils déambulent, embrassent des mammas, sentent le parfum des fruits frais et mangent des spaghettis avec appétit.
Il semble évident que la marque, avec ce nouveau film, souhaite faire évoluer l’image du parfum The One, en alliant glamour hollywoodien et joie de vivre à l'italienne. On se recentre ici sur la quintessence de Dolce & Gabbana, ce qui inspire les défilés de la griffe depuis de nombreuses années : la dolce vita.
Si pour l'instant il n'y a pas de campagne commune aux deux acteurs, on peut espérer que la marque italienne ne tardera pas à les réunir, comme elle a pu le faire avec le duo Johansson-McConaughey.




mardi 21 novembre 2017

Emilia Clarke / Pourquoi Daenerys dans "Game of Thrones" tresse ses cheveux



Emilia Clarke

Emilia Clarke

Pourquoi Daenerys dans "Game of Thrones" tresse ses cheveux

Des fans ont trouvé une signification particulière  plus que plausible

Par Adèle Chivet | Le 24 octobre 2017

Décidément, rien dans la série Game of Thrones n'est laissé au hasard : une nouvelle découverte des fans attribue aux coiffures de Daenerys Targaryen une explication plus que plausible.

La diffusion de la saison 7 (et dernière) de Game of Thrones a pris fin il y a deux mois à peine, mais il faut croire qu’il était trop difficile de ne plus y penser. Et dans la foulée de ne pas échafauder une nouvelle théorie sur les coiffures des personnages. Rappelons en effet que rien dans la production d’HBO n’est laissé au hasard, comme nous l’avait démontré la talentueuse chef des costumes Michele Clapton.
Après les cheveux courts de Cersei Lannister et les coiffures toujours plus élaborées de Sansa Stark, c’est donc au tour des nattes de Daenerys Targaryen de passer au scanner des fans. Ces derniers ont ressorti des tréfonds de la saison 1 une explication au fait que la mère des dragons complexifie au fil de l'histoire les tresses qui structurent sa chevelure blond polaire.

Dialogue capillaire entre Daenerys et Viserys

Flash-back : l’innocente Daenerys nous apparaît dans les premiers épisodes cheveux lâchés, sans la moindre coiffure. Une fois mariée à Khal Drogo, elle se pare de cuir et de bijoux et projette d’offrir à son frère Viserys un de leurs fameux gilets en peau. Avec la délicatesse qu’on lui connaît, ce dernier lui reproche alors de trop s’acclimater à la culture Dothraki et de trahir la sienne :
- «Tu voudrais que je devienne l'un d'entre eux n'est-ce pas ? Bientôt tu me demanderas de tresser mes cheveux !
- Une tresse se mérite par des victoires au combat. Tu n'en as aucune que je sache !».
Et soudain, tout s’éclaire : en fin de saison 1, la Khaleesi (comme son nouveau peuple la surnomme) arbore en permanence une première tresse, qu’elle souligne d’une deuxième dans la saison 3 après ses victoires à Astapor et Yunkaï. Les nattes s’accumulent ensuite jusqu’à ressembler dans la saison 7 à des sculptures complexes. Si cette théorie – dévoilée sur le compte Instagram @gameofthroness._ le 20 septembre dernier – n'a a priori pas été confirmée par les membres de la série, elle apparaît plus que plausible. Ce détail subtil témoigne en effet de l'ascension fulgurante de ce personnage, femme et souveraine d'exception. Qui pourrait bien parvenir à ses fins, à savoir : régner sur le royaume des Sept Couronnes.





dimanche 19 novembre 2017

Isabelle Adjani / "Quand on est actrice, l’effet que vous produisez ne vous appartient pas



Isabelle Adjani : "Quand on est actrice, l’effet que vous produisez ne vous appartient pas"

Par Richard Gianorio | Le 03 novembre 2017
Légère, intense, rayonnante, "Adjani" est de retour. En phase avec l’époque, elle porte la parole des femmes avec sa belle énergie. Comme actrice, on la verra bientôt dans un thriller décalé de Romain Gavras.
Selon un rituel immuable, Isabelle Adjani a fixé le rendez-vous par SMS ; selon un rituel immuable, on la retrouve - elle est en avance — seule à une table de l’hôtel Le Meurice. Elle n’a plus besoin de ses lunettes noires - un signe qui ne trompe pas. Elle regarde enfin le monde, elle consent à ce que le monde la regarde. Isabelle Adjani n’y peut rien : elle est née pour être admirée (comment se détacher de ce visage ?), née pour être filmée. Scrutée aussi.
Elle est de retour. On la verra l’an prochain dans un thriller décalé de Romain Gavras, le Monde ou rien, avec Vincent Cassel. Une « nouvelle » Adjani - elle déteste le terme. Elle a récupéré son corps (taille 36) et, un autre après-midi, on la revoit moulée dans un mini-tailleur Chanel en cuir irisé dont la couleur semble répondre à celle de ses yeux. Drôle, délicate, requinquée. Elle se disait réconciliée, là voilà libre, enfin, d’une liberté non négociable. C’est une excellente nouvelle. Interview.
Madame Figaro. - Que vous inspire l’affaire Weinstein, ce fait divers à tiroirs ?






Smoking en gabardine de laine et escarpins vernis, Saint Laurent par Anthony Vaccarello.

Isabelle Adjani. - D’abord, il faut systématiquement la décentrer : cela n’arrive pas que dans le milieu du cinéma. Mais, dans ce cas précis, la caricature est mise en place : la belle pépée qu’on peut sauter, le gros producteur qui est décrit le pénis en érection. S’ajoute à cela une sorte de fascination pour un Hollywood babylonien. Harvey Weinstein, qui ne l’a pas croisé en n’étant pas tout à fait à l’aise ? D’ailleurs, comment se sentir à l’aise quand on ressent une petite culpabilité personnelle : le rendre coupable d’un délit de sale gueule. Une actrice devient facilement un enfant protecteur face à un parent déviant. Pourquoi ? Parce que souvent le trauma n’est pas loin chez elle et suscite de l’abus de pouvoir émotionnel.
Les réalisateurs, eux, connaissent Weinstein à travers un certain processus de domination castrateur. Pour distribuer un film sur le territoire américain - ce qu’il a fait avec Patrice Chéreau pour la Reine Margot, par exemple -, il imposait des coupes souvent non négociables. Parfois, artistiquement, il n’avait pas tort, il a même contribué à l’avancée du cinéma français en Amérique - là n’est pas la question -, parfois, c’était juste pour faire plier l’échine des réalisateurs français. Pour revenir aux femmes, j’ai quelques amies, qui pourraient être mes filles, qui se sont entendu dire des choses qui devaient glorifier son affiliation imaginaire à un Louis B. Mayer, un Jack Warner ou un Howard Hughes : "Si tu ne fais pas ce que je veux, je détruis ta carrière aux États-Unis." De Hollywood à Paris, la profession semble avoir été vassalisée par ce pouvoir-là et cette terreur muette. À l’approche des oscars pointait la certitude, dans les habitudes comportementales des uns et des autres, qu’on ne pouvait pas échapper au monopole Weinstein : ce beau monde était à sa merci, et pas seulement sexuellement. Par ailleurs, il n’y a aucun jugement moralisateur de ma part concernant les actrices qui ont pu être volontairement complaisantes. Ça ne se juge pas. Et puis toute la force d’un prédateur n’est-elle pas de savoir rendre sa victime consentante malgré elle, condamnée à être à la fois Justine et Juliette, acceptant les malheurs de la vertu et la prospérité du vice… En revanche, si le consentement est absent, qu’on se retrouve piégée dans un projet prédateur, c’est non seulement insupportable, mais aussi catégoriquement condamnable.
Avez-vous des souvenirs de castings périlleux ?
Une fois, il y a très longtemps, je me suis rendue à Rome pour rencontrer un réalisateur italien dont j’ai oublié le nom - je vous jure que c’est vrai, j’ai effacé son nom. Les black-out et le silence, ça marche la main dans la main, vous savez ! Là, on m’a apporté une nuisette transparente afin que je la passe pour un bout d’essai. J’étais mineure, je me sentais déshonorée. J’ai dû supplier pour qu’on me ramène à l’aéroport. C’est peut-être pour ça qu’inconsciemment je ne me suis pas rapprochée du cinéma italien. Voilà le genre de traumatisme initial et les conséquences que ça peut produire sur une carrière. C’est peut-être idiot, mais c’est comme ça. (Elle rit.)
Avez-vous déjà été harcelée ?
Oh ! (Hésitant longuement.) Les années passent, je n’ai pas de rancune. On finit par penser : "Pauvre type." Mais j’ai connu ça au théâtre, un acteur avec une vraie violence physique. Il a même cassé le bras d’une actrice plus tard et s’est fait traîner en justice par une autre encore. Lui échapper était devenu tellement obsédant pour moi que je suis tombée malade. J’ai dû arrêter la pièce. Tout le monde m’était tombé dessus comme si c’était ma faute. Ça marque… Je n’en ai jamais parlé explicitement, parce que j’avais honte. Pourquoi ? Parce que j’ai été élevée dans la honte avec un père qui m’exhortait à baisser les yeux si le regard d’un homme se posait sur moi. Je n’ai donc développé aucun réflexe de défense face à un homme, encore moins s’il avait entrepris de m’agresser. Mon réflexe de survie a toujours été le même depuis l’enfance : ne pas me montrer, me cacher, m’enfuir. Et puis, il y a eu un autre symptôme, le dimorphisme : ne plus se montrer telle qu’on est vraiment pour être à l’abri. L’autoprotection peut passer par une sorte d’autosabotage…



Blouson et jupe en cuir imprimé métallisé, Chanel. Collant Wolford, escarpins Dior.
Photo Marcel Hartmann





Le sabotage du corps ?
Saboter son apparence pour avoir la paix. Souvent, pour une fille, ça commence par le père, bien sûr, et parfois, hélas, par la mère. Il y a aussi des relations amoureuses où on peut se retrouver attaquée dans son intégrité physique. Au lieu de se débarrasser de ça comme on se débarrasserait d’un truc toxique, on s’en prend à soi. En ce qui me concerne, la rumeur n’a pas aidé non plus (en 1987, après neuf mois d’acharnement médiatique, on l’annonce morte du sida, NDLR). Pas du tout aidé ! Ça m’a énormément déstabilisée. Au lieu de faire une dépression psychique, c’est comme si j’avais fait une congestion physique à répétition au cours des années : quelque chose s’est détraqué à ce moment-là. C’est comme si mon corps et ma tête s’étaient dissociés. Plus tard, j’ai découvert aussi par le biais de l’analyse freudienne et de mon cheminement personnel que, à certains moments, appréhender cette chose, embrasser ce handicap, pourrait avoir la vertu salutaire de m’aider à me débarrasser du symptôme. Alors, c’est passé ensuite par l’acceptation de rôles qui ne mettaient pas à l’honneur le physique, comme c’est le cas de la Journée de la jupe et de Carole Matthieu. Il m’est aussi arrivé de m’en ficher, d’envoyer balader les diktats. Je me souviens de ma dernière venue au Festival de Cannes, à un de ces moments où j’étais physiquement au pire, comme la sublime Indienne Aishwarya Rai, ou récemment Rihanna à l’Élysée, l’une et l’autre démolies parce qu’elles n’étaient plus les sylphides attendues ! Oui, c’est d’une naïveté délirante de croire que ceux qui vous aiment « canon », comme on dit, ne vont pas vous faire payer cher de ne pas correspondre momentanément à leurs fantasmes ou à l’image fixée qu’ils ont de vous. Quand on est actrice, l’effet que vous produisez ne vous appartient pas. Assumer de se montrer, c’est finalement prendre conscience de ne pas être libre et en accepter certaines conséquences, comme la malveillance sur les réseaux sociaux. Mais tout cela démontre, au fond, que je suis une femme, une vraie femme, une femme solidaire des autres dans ce dédale de contradictions en forme de saut d’obstacles. Il m’a fallu du courage, de l’endurance et de la thérapie à gogo pour affronter seule ce genre d’épreuves, sans personne à mes côtés.
Toujours seule ?
La ligne la plus visible à lire dans ma main serait la ligne de la solitude. Une solitude recherchée pour ne pas subir.
Pourtant, on vous connaît de longues histoires d’amour…
Il y a une solitude en moi. Je suis une solitaire. Une solitaire solidaire, avec le sens inné d’une énorme responsabilité collective : les autres prennent une place énorme dans ma vie. Mais là, j’ai pris l’habitude de vivre seule : où installerais-je aujourd’hui cet éventuel amoureux ? (Elle rit.) Je vais bien, je me sens bien dans mon corps, le bonheur m’arrive de l’intérieur.
Aimeriez-vous vivre à nouveau en couple ?
Il faudrait qu’on m’en donne envie. Mais je ne me pose pas cette question. Je ne suis pas dans le déni, mais dans les voyages et le travail. Je vis autrement. Je suis enfin libre. Complètement libre. Les choses qui ont pu me heurter ou me blesser, maladresse, indélicatesse, jalousie ou jugement, je les balaie. Sans pour autant tolérer les agressions masquées des passifs-agressifs. Refouler pour protéger ceux qui ne vous veulent pas du bien, ça n’a plus sa place chez moi.
Vous avez retrouvé la silhouette que vous aviez dans l’Été meurtrier. De plus, vous avez demandé que votre visage et votre silhouette ne soient pas retouchés sur les photos de cette séance mode…



Manteau long en cuir et boots zippées en veau velours, Azzedine Alaïa. Coupe et coiffure Cédric Chami. Coloriste Christophe Robin. Maquillage Laurence Azouvy pour Givenchy Le Makeup. Manucure Institut Carlota. Photos réalisées avec l’aimable collaboration de l’hôtel Le Meurice (Paris). www.dorchestercollection.com
Oui, puisque je trouve que, là, je n’en avais pas besoin, même si je n’ai rien contre les retouches, absolument rien, quand elles peuvent vous arranger. Dire le contraire est hypocrite. D’ailleurs, pas besoin d’être mannequin ou actrice pour vouloir être mieux en photo : il y a des applications Photoshop pour tous sur tous les portables, n’est-ce pas ? (Elle rit.) Pour en revenir au corps, quand il devient trop lourd pour les os, pour la tête, pour le cœur, il faut faire la peau aux traumas qui ont stigmatisé votre vie et retrouver un équilibre qui s’appelle « s’aimer ». J’ai récupéré une bonne fois pour toutes la liberté de ma relation à mon corps. Depuis un an et demi, à mon rythme, je m’accompagne du regard, le mien, pas celui des autres. Abandonner son physique par lassitude, par épuisement et peut-être aussi par fierté pour contrer des diktats sexistes qui vous cataloguent dans une image diminuante, c’est ce qui est souvent réservé aux femmes. Un autre diktat, après celui de l’apparence, celui du temps. Après 50 ans, une actrice ne travaillerait plus. Ni Julianne Moore ni plus aucune d’entre nous ne peut être d’accord. On ne va peut-être pas réformer les goûts d’un public adolescent, mais il est peut-être temps de lui redonner le goût de l’humain et des vraies histoires avant l’avènement de l’intelligence artificielle, qu’on nous prédit dans vingt ans, telle l’apocalypse. Les changements dans la vie d’une femme ne doivent plus être synonymes de perte de séduction, d’amoindrissement, de défaite du corps.
Quelle est votre relation avec le temps qui passe, justement ?
Tout dépend de la manière dont on s’y prend pour le supporter et aussi supporter ceux qui vous emmerdent avec ça. (Elle rit.) Le temps qui passe ? Regardez Ines de la FressangeSophie Marceau et d’autres. Et Monica Bellucci qui, de manière très fine, a commencé à dire, il y a déjà un bail, que la beauté est éphémère - mais ces femmes-là garderont toujours leur splendeur. C’est une façon d’énoncer : "Je suis au courant, merci, mais ne me tirez pas dessus." Marilyn Monroe est morte à 36 ans et elle se croyait super vieille. Françoise Dorléac se trouvait « tapée » à 25 ans. Aujourd’hui, nous, les femmes, avons gagné au moins vingt ans. L’idée n’est évidemment pas de devenir une vieille petite fille mais de préserver tout ce qu’il y a de désir de vie en nous, de curiosité, de juvénilité, cette joie intérieure, surtout pour avoir plus de chances de ne pas tomber malade. Bien sûr que je n’en reviens pas du temps qui a passé, bien sûr que je sais que le temps qui va passer est encore plus court que le temps qui est déjà passé. Il n’y a pas un jour où je ne me dis pas que je vais mourir, je le sais, je n’ai pas besoin qu’on me le rappelle, je m’en charge, merci… (Elle rit.)

samedi 18 novembre 2017

Aheda Zanetti / J’ai créé le burkini pour libérer les femmes, pas pour enlever leur liberté


Femmes en burkini, Cronulla plage, Sydney, Australie: ‘Je voulais trouver quelque chose qui permettrait à ma nièce de s’adapter au mode de vie australien, tout en respectant les exigences d’une jeune fille musulmane.’ Photograph: Aheda Zanetti



J’ai créé le burkini pour libérer les femmes, pas pour enlever leur liberté



Le burkini, ce n’est pas un symbole d’Islam: c’est un symbole de plaisir, de joie, de sport, de santé. Alors, qui est pire, les taliban ou les politiciens français? 


Friday 26 August 2016 14.27 BST

Q
uand j’ai inventé le burkini au début de l’année 2004, je ne cherchais pas à enlever leur liberté aux femmes, je voulais les libérer. Ma nièce voulait jouer au netball, mais nous avions du mal à lui trouver une équipe parce qu’elle portait un hijab. Ma sœur a dû se battre pour défendre le droit de sa fille à jouer. Elle a demandé: pourquoi empêcher cette fille de jouer uniquement parce qu’elle souhaite être modeste?

Une fois qu’elle a finalement été autorisée à joindre l’équipe, nous sommes tous allées la voir jouer pour l’appuyer, et nous avons constaté que sa tenue était complètement inappropriée pour le sport: un polo à manches longues, un pantalon de jogging et son hijab – un ensemble vraiment pas pratique pour le sport. Elle était rouge comme une tomate tellement elle avait chaud!
Une fois rentrée à la maison, j’ai commencé à chercher des tenues plus pratiques pour elle, des tenues de sports pour filles musulmanes et je n’ai rien trouvé. Je savais que je ne trouverais rien en Australie. Cela m’a fait réfléchir, quand j’étais à l’école j’ai raté tout les sports parce que j’avais choisi d’être modeste, mais je voulais trouver quelque chose qui permettrait à ma nièce de s’adapter au mode de vie australien et aux vêtements occidentaux, tout en respectant les exigences d’une jeune fille musulmane.
Je me suis assise sur le sol de mon salon et j’ai crée quelque chose. J’ai observé le voile et j’ai enlevé l’excédent de tissu, ce qui m’a rendue un peu nerveuse: ma communauté islamique accepterait-elle cela? Le voile est censé couvrir vos cheveux et votre forme, rien ne doit dévoiler les formes du corps. Ceci marquais la forme du cou. Puis je me suis dit, cela montre la forme du cou, c’est juste un cou, cela n’a pas d’importance.
Avant de lancer la nouvelle tenue, j’ai fabriqué un échantillon et un questionnaire pour savoir ce que les femmes en pensait: le porteriez-vous? Est-ce que cela vous encouragerais à être plus active A jouer plus de sport? A nager? De nombreux membres de ma communauté n’étaient pas trop convaincus, mais j’ai développé le modèle et cela a été une réussite commerciale.

Le burkini a attiré l’attention du grand public quand Surf Lifesaving Australia à introduit un programme visant à intégrer les filles et les garçons musulmans dans les activités de sauvetage sur plage suite aux émeutes de Cronulla; une jeune fille musulmane voulait participer à un événement de la compétition. Elle portait un burkini.
Après le 11 Septembre, les émeutes de Cronulla, l’interdiction du voile en France, et les répercussions internationales que cela a eu – nous avons été stigmatisés comme étant des mauvaises personnes à cause de quelques criminels qui ne représentent pas les musulmans – je ne voulais surtout pas que les gens marginalisent les filles qui portent cette tenue. Il s’agit juste de jeunes filles qui souhaitent être modestes.
Pour elles il s’agissait d’une volonté d’intégration, d’acceptation et d’égalité, et pas de marginalisation. C’était difficile pour nous à l’époque, la communauté musulmane avait peur de se faire remarquer. Nous avions peur de nous rendre dans les piscines publiques ou à la plage et ainsi de suite, mais je voulais que les filles aient suffisamment confiance en elles-mêmes pour se créer des bonnes vies. Le sport est important, nous sommes australiens! Je voulais créer quelque chose de positif, quelque chose que toutes les femmes peuvent porter qu’elles soient chrétiennes, juives ou hindous. C’est juste un vêtement pour une personne qui souhaite être modeste, ou pour quelqu’un qui souffre d’un cancer de la peau, ou pour une nouvelle maman qui ne veux pas porter un bikini: cela ne symbolise pas l’Islam.

Fadila Chafic, australienne et musulmane, et une instructrice de natation, dans une piscine à Sydney. Photograph: Jason Reed/Reuters


Quand je l’ai nommé burkini, je ne le voyais pas comme une burqa pour la plage. La burqa, c’était juste un mot pour moi; j’ai passé toute ma vie en Australie, j’avais conçu ce costume de bain et j’avais besoin de lui donner un nom tout de suite. C’était une combinaison de deux cultures; nous sommes australiens mais aussi musulmans par choix. La burqa ne symbolise rien ici, elle n’est pas mentionnée dans le Coran, et notre religion ne nous demande pas de nous couvrir le visage, c’est un choix personnel. La burqa n’est mentionnée nulle part dans les textes islamiques. J’ai dû rechercher le mot et il était défini comme une sorte de manteau couvrant: à l’autre bout de la gamme il y avait le bikini, alors j’ai combiné les deux.
Toute cette négativité que l’on voit partout en ce moment et ce qui se passe en France me rend triste. J’espère qu’il ne s’agit pas de racisme. Je pense qu’ils ont mal interprété un vêtement qui est complètement positif, il symbolise le loisir et la joie, les bons moments, le sport et la santé, et maintenant on demande aux femmes de quitter la plage et de retourner dans leurs cuisines?
Ce vêtement est un outil de liberté pour les femmes, et ils veulent leur prendre leur liberté? Alors qui est pire, le Taliban ou le politicien français? Ils sont aussi mauvais l’un que l’autre.

Je pense que les hommes n’ont pas à décider de ce que les femmes doivent porter; personne ne nous force, c’est à chaque femme de décider. Ce que vous voyez, c’est notre choix. Est-ce que je me considère comme une féministe? Oui, peut-être. J’aime me tenir derrière mon mari, mais le moteur c’est moi et c’est mon choix. Je veux qu’il reçoive tous les honneurs, mais moi je suis la réussite silencieuse.
J’aimerais être en France pour dire que vous n’avez rien compris. Et n’y a-t-il pas suffisamment de problèmes dans le monde, faut-il en vraiment en créer de nouveaux? Vous avez pris un produit qui signifie la joie, le plaisir et l’activité physique et vous en avez fait un objet de haine.
Quelles sont les valeurs françaises alors? Qu’est-ce que vous voulez dire quand vous dites que le burkini n’est pas compatible avec les valeurs françaises? Liberté? Vous nous décidez ce que nous devons porter. En nous disant ce que nous ne devons pas faire, vous allez faire renvoyer les femmes à la maison, que voulez-vous que nous fassions alors? Il y aura des répercussions. Si vous divisez la nation, si vous n’écoutez pas les voix des autres et si vous ne tentez pas de trouver des solutions, il y a des gens qui vont se mettre en colère. Repousser les gens et les isoler, ce n’est pas une bonne politique pour un politicien ou pour un pays.

Je me souviens de la première fois que j’ai essayé le burkini. Je l’ai d’abord essayé dans ma baignoire, il fallait que je sois sûre qu’il marche. Puis j’ai dû l’essayer en plongeant, alors je suis allée à la piscine locale pour tester si le bandeau restait bien en place. Je me suis rendue à la piscine Roselands Pool, je me souviens que tout le monde me regardait, mais qu’est-ce qu’elle porte? Je suis allée tout droit jusqu’au bout de la piscine, je suis montée sur le plongeoir et j’ai sauté. Le bandeau est bien resté en place, et j’ai pensée, merveille! Parfait!
C’est la première fois de ma vie que j’ai nagé en public, et c’était absolument merveilleux. Je me souviens parfaitement de la sensation. Je me suis senti libre, je me suis senti émancipée, je sentais que la piscine m’appartenait. J’ai marché jusqu’au bout de la piscine avec les épaules bien droites.
Plonger dans l’eau est une des sensations les plus fantastiques. Et vous savez quoi? Je porte un bikini sous mon burkini. J’ai le meilleur des deux mondes.



vendredi 17 novembre 2017

Léa Seydoux / 'J’ai dû me défendre': la nuit où Harvey Weinstein s'est jeté sur moi

Léa Seydoux


'J’ai dû me défendre': la nuit où Harvey Weinstein s'est jeté sur moi


Tout au long de la soirée, il m’a regardé comme si j’étais un morceau de viande. Puis il a perdu tout contrôle, écrit Léa Seydoux




J
e rencontre des hommes comme Harvey Weinstein tout le temps. Le cinéma est ma vie: j’ai joué dans de nombreux films au cours des 10 dernières années. Je connais donc toutes les façons par lesquelles l’industrie du film traite les femmes avec mépris.

Quand j’ai rencontré Harvey Weinstein pour la première fois, ça ne m’a pas pris beaucoup de temps pour deviner qui il était vraiment. Nous étions à un défilé de mode. Il était charmant, drôle, intelligent – mais très dominateur. Il voulait me rencontrer pour prendre un verre et a insisté pour prendre rendez-vous le soir même. Ce n’était pas un rendez-vous d’affaire. Il avait d’autres intentions – je le voyais très clairement.
Nous nous sommes rencontrés dans le hall de son hôtel. Son assistante, une jeune femme, était là. Tout au long de la soirée, il a flirté et m’a regardé comme si j’étais un morceau de viande. Il a agi comme s’il me considérait pour un rôle. Mais je savais que c’étaient des foutaises. Je le savais, parce que je pouvais le voir dans ses yeux. Il avait un air lubrique. Il utilisait son pouvoir à des fins personnelles, il pensait pouvoir coucher avec moi.
Il m’a invité à venir boire un verre dans sa chambre d’hôtel. C’est difficile de lui dire non, toutes les filles ont peur de lui. Nous sommes montés ensemble. Bientôt, son assistante est partie et c’était juste nous deux. C’est le moment où il a commencé à perdre tout contrôle.
Nous parlions sur le canapé quand il a soudainement sauté sur moi et a essayé de m’embrasser. J’ai dû me défendre. Il est grand, et gros, alors j’ai dû résister vigoureusement. Je suis partie, complètement dégoûtée, mais je n’ai cependant jamais eu peur de lui car je savais dès le début à qui j’avais affaire.
Après cette nuit dans sa chambre d’hôtel, je l’ai vu à maintes reprises. Nous sommes dans la même industrie, donc c’est impossible de l’éviter. J’ai vu comment il fonctionne, la façon dont il cherche une brèche, la façon dont il teste les femmes pour voir ce qu’il peut faire avec elles.

D’ailleurs, il n’accepte pas d’entendre “non”. Une fois, je suis allé avec lui dans un restaurant et quand il n’a pas pu obtenir une table, il s’est fâché et a dit: “Savez-vous qui je suis? Je suis Harvey Weinstein!” C’est le genre d’homme qu’il est.
J’ai assisté à des dîners où il s’est vanté ouvertement de coucher avec des actrices d’Hollywood. Il m’a aussi dit des choses misogynes au fil des ans. Un jour, il m’a dit: “Vous seriez mieux si vous perdiez du poids”. Ce commentaire m’a choqué.
Une nuit, je l’ai vu à Londres pour les BAFTA, où il a passé la soirée à draguer ouvertement une jeune femme. Une autre fois, au bal Met Life, je l’ai vu essayer de convaincre une jeune femme de coucher avec lui. Tout le monde pouvait voir ce qu’il faisait.
C’est la chose la plus dégoûtante dans cette histoire: tout le monde savait ce que Harvey faisait et personne n’a rien fait. Il est incroyable qu’il ait pu agir comme ça pendant des décennies et garder sa carrière. C’est seulement possible parce qu’il a énormément de pouvoir.
Dans ce milieu,, il est très fréquent de rencontrer des réalisateurs qui abusent de leur position. Ils sont très influents, c’est comme ça qu’ils s’en sortent. Avec Harvey, c’était des abus physiques. Avec d’autres, ce sont juste des mots. Il faut être très forte pour être une femme dans l’industrie du cinéma.
La première fois qu’un réalisateur m’a fait une remarque déplacée, j’avais environ 25 ans. Je respectais beaucoup son travail. Nous étions seuls et il m’a dit: “J’aimerais pouvoir faire l’amour avec toi. J’aimerais pouvoir te baiser.”
Il a dit cela d’une manière d’une manière mi-enjouée, mi-sérieuse. J’étais très en colère: j’essayais de faire mon travail et il m’a rendu très mal à l’aise. Il avait eu des relations sexuelles avec toutes les actrices qu’il avait filmées.
Un autre réalisateur avec qui j’ai travaillé filmait de très longues scènes de sexe qui duraient des jours. Il rejouait les scènes encore et encore dans une sorte de stupeur. C’était très grossier.
Un autre réalisateur a essayé de m’embrasser. Comme Weinstein, j’ai dû le repousser physiquement. Il a agi comme un fou, hors de lui car je ne voulais pas avoir de relations sexuelles avec lui.
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Si vous êtes une femme travaillant dans ce milieu, vous devez vous battre parce que c’est un monde très misogyne. Pourquoi les salaires sont-ils si inégaux? Pourquoi les hommes gagnent-ils plus que les femmes? Il n’y a aucune raison pour que ce soit ainsi.
Hollywood est un monde incroyablement exigeant envers les femmes. Pensez aux diktats de beauté: toutes les actrices font des séances de botox à 30 ans, elles doivent être parfaites. C’est une image des femmes qui est bizarre et qui finit par nous contrôler.
Ce métier est basé sur l’apparence. Vous devez être désirable et aimée. Mais tous les désirs ne peuvent pas être assouvis, même si les hommes dans le milieu du cinéma croient le contraire.
Je pense – et j’espère – que nous allons enfin voir du changement. Seule la vérité et la justice peuvent nous faire avancer.
 This article was amended on 13 October 2017 to more accurately translate some remarks.




jeudi 16 novembre 2017

Karl Lagerfeld / "Généralement, je déteste être photographié"





Karl Lagerfeld : "Généralement, je déteste être photographié"

Par Richard Gianorio | Le 31 octobre 2017

Photographe éclairé, le couturier est l’invité d’honneur de Paris Photo. Interview et confidences d’un esprit libre, subtil et visionnaire.


L’œil de Karl Lagerfeld. Celui du couturier, bien sûr, mais aussi celui du photographe. Un œil qui regarde et considère les autres, un œil vif, rapide, concentré, qui guette et qui saisit. « La photo est question et réponse », disait Cartier-Bresson. Pour Lagerfeld, c’est également une évidence qu’elle soit photo de mode - son premier « choc » visuel a été la découverte des images d’Irving Penn -, photo classique - il aime Steichen, Stieglitz ou Kertész - ou photo contemporaine - avec une prédilection pour l’abstraction.

Si l’image a toujours fait partie intégrante de sa vie, Karl Lagerfeld est véritablement devenu photographe à la fin des années 1980, en réalisant des campagnes pour Chanel, dont il est le directeur artistique. Depuis, il alterne photos de mode publicitaires et travaux personnels avec la créativité et l’énergie débordante qu’on lui connaît. Curieux de tout, explorateur sans préjugés, il a expérimenté des procédés d’impression inédits et abordé à peu près tous les genres sans jamais intellectualiser sa démarche : chez Karl Lagerfeld, c’est la beauté qui a toujours le dernier mot.
Photographe reconnu, il est l’invité exceptionnel de Paris Photo, première foire mondiale de la photographie, qui partage une centaine de ses coups de cœur parmi les milliers d’œuvres exposées sous la nef du Grand Palais, le long d’un parcours balisé prolongé dans un album à paraître chez Steidl.

En exclusivité, Karl Lagerfeld nous a reçus dans son antre de la rue de Lille, galerie, studio photo, bibliothèque et laboratoire d’idées. Comme à chaque fois, sa parole est éclairée, sa délicatesse remarquable, grand seigneur espiègle, généreux de son temps et de ses bons mots.

Madame Figaro. - Comment la photographie est-elle entrée dans votre vie ? Est-ce une chose de l’enfance ?
Karl Lagerfeld. 
-De l’enfance, je ne crois pas. Les photos étaient rangées dans des albums de famille, et seules ma mère et mes cousines disposaient d’un appareil photo. J’ai eu le mien à 16 ans : un Minox - je l’adorais. Je me souviens aussi de la première image de mode qui m’ait vraiment frappé : c’était dans un Vogue que ma mère avait rapporté d’Amérique, la série était signée Irving Penn et figurait sa femme, la mannequin Lisa Fonssagrives. Mon premier portrait, c’était celui de la mannequin Victoire Doutreleau, très jolie en Espagnole avec une mantille. La qualité imprimée était impeccable. Mais je me suis vraiment intéressé à la photographie plus tard, par le biais de Francine Crescent, du Vogue français, qui faisait travailler Guy Bourdin et Helmut Newton, qui sont devenus mes amis. Aujourd’hui, leurs photos sont considérées comme de l’art sacré, mais à l’époque on était violemment contre. J’ai rencontré Newton à l’occasion d’une publicité pour Patou, où je travaillais. Il photographiait une it girl anglaise, Tania Mallet - je me souviens de son nom -, dont j’avais dessiné la robe. Cela a été le début d’une longue amitié. Je possède les droits de trente-cinq portraits que Helmut a faits de moi, lui qui ne photographiait jamais les hommes. J’adorais la façon qu’il avait de faire des photos : il arrivait avec son appareil et ses films dans un sac plastique, et ça durait cinq minutes. Aujourd’hui, la moindre séance prend des siècles, ils font trois mille photos avec vingt-cinq assistants. Moi, j’aime que cela aille vite, je sais ce que je veux et je ne suis pas là à compter sur le hasard. C’est souvent la première ou la deuxième photo la meilleure.

Quel genre de modèle étiez-vous pour Newton ?
Quand on posait pour Newton, on devenait un Newton, on se sentait fondu dans la vision de quelqu’un d’autre - quelqu’un avec un talent fou. Généralement, je déteste être photographié, exception faite pour Helmut Newton, Irving Penn, que j’adore, et Richard Avedon.
Les photos de mode ont longtemps été sous-estimées avant de devenir des trésors convoités dans les salles des ventes…
Il faut relativiser : la photo de mode s’est ennoblie avant la Première Guerre mondiale. Il y a eu le baron de Meyer, Steichen et Stieglitz, que j’adore. Hoyningen-Huene n’était pas mal non plus. Mais pour moi, le vrai départ, c’est Irving Penn dans les années 1950. Sans parler d’Avedon : ses photos avec Suzy Parker, ce n’était pas rien.
C’est quoi, une photo réussie ?
C’est un choc visuel dont on se souvient. C’est un œil, c’est une ambiance. Il ne faut pas expliquer les choses. Voltaire disait : « Toute chose qui a besoin d’explication ne la vaut pas. »


Dans quel genre, Karl Lagerfeld est-il le plus à l’aise ?
Je suis à l’aise et balaise partout car je ne veux pas avoir de genre, justement. Je trouve cela très ennuyeux les photographes qui font toujours la même photo : je ne vais pas vous donner de noms ! J’aime expérimenter et je valorise la liberté créative plutôt que de me cramponner à un prétendu style qui serait le mien.
Avez-vous des modèles de prédilection ?
Non, je n’aime pas la routine. Mais j’adore photographier les architectures : la villa Noailles, la villa Malaparte, les fontaines de Rome ou, bientôt, la villa Savoye.
Y a-t-il une sensibilité allemande ?
Oui, je suis schleu à fond, un schleu de Weimar au goût du jour. C’est dans mes gènes et je ne me gêne pas. Et ce n’est pas parce que Mme Merkel fait des bêtises que je vais renoncer à être allemand. Je suis contre la double nationalité : il faut assumer ce que l’on est. Disons que cela fait partie de mon petit folklore personnel. Pourtant, j’ai très peu vécu en Allemagne et mes références sont des gens que je n’ai pas connus, et que personne ne connaît, d’ailleurs : Harry Kessler ou Walter Rathenau. Sans parler de Goethe, bien sûr.
Le prochain défilé des Métiers d’Art Chanel se déroulera en décembre à Hambourg, la ville où vous êtes né. Une démarche émotionnelle ?
Émotionnelle, c’est exagéré, c’est un boulot aussi. Il ne faut pas donner une trop grande dimension sentimentale à une chose professionnelle. Les émotions, il vaut mieux ne pas les formuler. Une émotion que vous galvaudez n’est plus une émotion mais un truc de communication…