jeudi 21 février 2019

Karl Lagerfeld par Carla Bruni / “J’ai tout aimé, tout goûté, tout été”


Karl Lagerfeld
Poster par T.A.

Karl Lagerfeld par Carla Bruni : “J’ai tout aimé, tout goûté, tout été”


Richard Gianorio
Le 19 février 2019

À l’occasion de la sortie de Lagerfeld confidentiel en 2007, nous avons confié à Carla Bruni la mission d’interviewer le couturier. Entre cocasserie et gravité, le maître de l’esquive nous laissait entrevoir quelques parcelles de son intimité. Karl, c'était phénoménal…


Cet article initialement publié le 6 octobre 2007 a fait l'objet d'une mise à jour.
Un hôtel particulier cossu du VIIe arrondissement, celui de Karl Lagerfeld, qu’il est en train de quitter. Les volumes immenses sont à moitié désertés, le grand escalier de l’entrée, orné d’un néon blanc, conduit vers des appartements mystérieux. On serait presque dans «l’Année dernière à Marienbad», si Esther, employée de maison, ne vous offrait aimablement du jus de pomme dans des verres en cristal.
Carla Bruni, longue et joyeuse, arrive la première. À l’occasion de la sortie d’un documentaire signé Rodolphe Marconi, Lagerfeld confidentielMadame Figaro lui a proposé d’interviewer Karl Lagerfeld. Karl et Carla, Carl et Karla, l’association s’imposait. Ils se connaissent depuis une quinzaine d’années, depuis l‘époque où la chanteuse italienne était encore top model. Chacun dans leur genre, «extra-ordinaires» dans la jungle de la mode, indestructibles, elle, la séductrice impénitente impertinente, lui, l’ultra-créatif génial.
Il finit par survenir, une apparition, littéralement, coulé dans sa panoplie-signature, une épure de noir et de blanc, mitaines zippées, flèche-bijou traversant la cravate étroite. Karl et Carla, l’irréel et la charnelle, improbables compagnons.

Les muses de Karl Lagerfeld

Ils s’installent dans une salle à manger lumineuse – avec vue sur le mini-parc. L’antre d’un collectionneur esthète. Superbe mobilier mi-Werkbund allemand, mi-Art déco américain. Des affiches publicitaires du début du XXe siècle tapissent le mur, de l’argenterie de Jensen orne la cheminée, une sculpture polonaise, une tête, surplombe la table de jeu où le maître s’assied avec Carla Bruni. Témoin marmoréen, elle est baptisée Sérénité.
Karl se raconte à haut débit, frivole et grave, délicieusement féroce, parsemant sa conversation de cocasses aphorismes de son cru (ses précieux garde-fous), et de références littéraires (Léautaud, Proust, Balzac) ou mondaines (Meg de Saint-Marceaux). Au passage, on apprend que son look postmoderne lui a été inspiré par deux dandys du Weimar des années 20 (Walther Rathenau et Harry Kessler, à vos dictionnaires).
Face au maître, Carla, visiblement intimidée, redevient la jeune fille de bonne famille qu’elle n’a jamais vraiment cessé d‘être, délicate, bien droite sur sa chaise, tirant avec élégance sur ses fines cigarettes. Que le spectacle commence !...

Les dix phrases marquantes de Karl Lagerfeld

Les dix phrases marquantes de Karl Lagerfeld
Karl Lagerfeld était connu pour ses propos parfois drôles, choquants ou farfelus sur le monde de la mode et sur lui-même. Petit florilège de phrases prononcées par ce personnage hors du commun.

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Carla Bruni. – Dans le documentaire qui vous est consacré, on voit des photos de vous, très beau gosse. Y a-t-il des choses que vous regrettez, cette première jeunesse par exemple…
Karl Lagerfeld. – Non, rien, si on regrette le passé, on est foutu : cela fait de votre présent un truc de second ordre. Il n’y a rien de pire que d‘évoquer le «bon vieux temps», à mes yeux, c’est un constat d‘échec sans appel. Par ailleurs, il y a un temps pour tout. La jeunesse est en location : ceux qui l’ont aujourd’hui vont la perdre demain. Je n’ai aucun regret parce que je l’ai eue et que je l’ai pleinement vécue.
La mère de tous les crimes, c’est la frustration, et je ne suis pas frustré du tout. C’est pour ça que je suis si relax avec les autres et que je ne me compare jamais à personne : premièrement par prétention, deuxièmement parce qu’il n’y a rien à comparer, puisque chaque parcours est atypique. Et puis aussi, je suis dans un meilleur état que beaucoup de gens de ma génération parce que je suis un puritain involontaire, ce qui fait que je ne bois pas, je ne fume pas, je ne me suis jamais drogué.
Pourtant, j’aime les gens qui sont tout le contraire de moi, je ressens même une certaine admiration pour ceux qui se foutent en l’air même si ce n’est pas drôle. Oui, j’ai plus d’estime pour les gens qui se perdent que pour ceux qui, comme moi, sont bardés de bouées et se sauvent…
Jamais de glissement..
Jamais, jamais, jamais. Je n’ai aucune pitié pour moi, je ne me cède rien. Il existe des principes et des barrières infranchissables même si ça ne se voit pas, car je ne suis pas exactement une leçon de morale ambulante. Je glisse, je ris de moi-même et, surtout, je ne me cramponne à rien. L’essentiel reste. Il ne faut pas s’encombrer de choses passagères, inutiles, secondaires. Je suis contre la possession matérielle.
Vous disiez ne pas aimer l‘évocation du «bon vieux temps». Mais moi, ce «bon vieux temps» me ramène à avant mes 30 ans, une période où personne dans ma vie n‘était mort. Ma mère a vu mourir son fils…
– Il faut vivre avec les morts comme avec les vivants. Vous sortez de cette pièce ou vous êtes morte, Carla, c’est pareil, vous n‘êtes plus là. Dès qu’un être s’absente physiquement, il ne reviendra peut-être pas, non ? Il faut garder une sorte de communication imaginaire avec les absents. Des morts, dans ma vie, il y en a…, c’est le prix de la vie. Voilà, le sens de la vie, c’est la vie, et rien d’autre.
Je suis pour la méthode des Esquimaux : quand le grand-père est gaga ou malade, on l’emmène mourir au loin dans les glaces. Je pense qu’on ne doit pas devenir un fardeau pour les autres, il vaut mieux s‘évanouir dans l’oubli. À ce titre, le suicide – et je n’ai aucune intention de me suicider – est un acte de liberté suprême. Si j’ai une maladie horrible ou un Alzheimer, j’espère qu’il me restera assez de lucidité pour me dire : «Mon vieux, tu es bon pour la poubelle.» Il y a un temps pour tout le monde…
Je vois chez vous un bel équilibre…
Je suis un trapéziste avec un filet très épais. La vulnérabilité me touche mais elle m’est étrangère. Mes principes s’opposent violemment à ça, j’ai un instinct de conservation tragique. C’est ma nature. Et puis, il y a autre chose. Vous savez quoi, Carla ? J’ai un grand problème dans la vie : c’est l’indifférence. Quelquefois, je donne des coups de pied dans le derrière contre ça… Mais elle ne m‘épargne pas non plus : je ne suis jamais complaisant avec moi-même. En même temps, il n’y a guère de raisons de se plaindre, non ? Nous possédons, vous et moi, quelques privilèges qui font que notre réalité est différente de la moyenne. Nous ne sommes pas des randonneurs du quotidien. Nos vies sont stylisées…
J’ai l’impression que votre équilibre vient de votre enfance. Vous avez été très aimé...
Oui, d’une façon presque pas nette : j’avais des sœurs et des demi-sœurs mais mes parents n’aimaient que moi. J‘étais le centre du monde, c‘était génial. Mes sœurs étaient dans des pensionnats, moi, je faisais ce que je voulais. Pourtant, je haïssais l’enfance et je n’avais qu’une idée en tête : la quitter et devenir adulte. À 6 ans, je parlais allemand, français et anglais. Mes parents me paraissaient idéaux, ce sont les parents des autres qui ne me rassuraient pas. Pourtant, les gens disaient que ma mère était cruelle ; mais elle était bien pire : elle était ironique.
Était-elle belle ?
Elle trouvait qu’elle était la plus belle femme du monde. Elle avait quelque chose que personne n’avait, elle était arrogante et rigolote à la fois, odieuse, mais ça plaisait beaucoup. Elle ne faisait jamais rien pour personne, je ne l’ai jamais entendue dire merci, mais elle possédait le charme de pouvoir transformer n’importe qui en esclave. On luttait pour lui plaire. C’est pour ça que je parle si vite. Elle me répétait : «Pour les conneries que tu as à dire, parle plus vite, on n’a pas de temps à perdre.» De la même façon, quand je racontais une histoire – j‘étais bavard -, il fallait que je termine avant qu’elle ne gagne la porte puisqu’elle ne voulait pas m‘écouter. C’est ainsi que mon débit s’est tellement accéléré.
J’imagine que ses méthodes auraient pu en traumatiser d’autres, pas moi. Ma sœur, ma mère la trouvait mignonne enfant ; un jour, elle a dû la trouver tarte et ne s’est plus intéressée à elle. Elle vit en Amérique avec plein d’enfants, je ne la vois presque jamais. Une autre est morte. Née sous une mauvaise étoile, tout ce qu’elle touchait ratait, cinq maris dont quatre de trop…
Aujourd’hui, je vois ma mère très proche de mon petit garçon. Mais lorsque nous étions enfants, mes parents étaient incroyablement occupés et ne se souciaient pas de nous… Ce qui n’est pas si mal puisqu’il a fallu puiser ailleurs…
Votre mère est d’une génération et d’un milieu où on ne s’occupait pas trop des enfants et c’est une bonne chose. Moi, c’est ma nature puritaine qui me tient, cela a peu à voir avec mon éducation mais beaucoup avec ma colonne vertébrale prussienne : on ne peut pas sauter par-dessus sa propre ombre…

Freud appelle ça le surmoi.
C’est un grand mot.

Sartre, dans Les Mots, découvre qu’il n’a pas de surmoi et qu’il est libre…
Ce livre est un chef-d‘œuvre, un des livres français que je préfère…

Autre chose, je pensais à nos prénoms, Karl et Carla, et à leurs cousins, Caroline ou Charlotte. Connaissez-vous leur étymologie ? Ils veulent dire «force virile»...
En ce qui concerne les femmes, je crois au matriarcat. Ma mère, encore elle, disait : «On peut faire un enfant avec n’importe quel homme. Il ne faut donc pas exagérer leur importance.» On ne disait pas des choses comme ça à l‘époque. Pareil lorsque je l’ai questionnée sur l’homosexualité, elle m’a dit : «Ce n’est pas grave. C’est comme une couleur de cheveux. Il y a des blonds et des bruns, comme il y a des homosexuels.» Elle avait vécu à Berlin dans les années 20, elle en avait vu d’autres…
Il y a une question que je souhaitais vous poser depuis longtemps : avez-vous déjà eu un chagrin d’amour ?
Le grand chagrin d’amour, c’est quand la mort s’en mêle, autrement non, pour le reste, rien ne s’est jamais trop mal passé. Je n’ai pas souffert de ça, toujours mon instinct de survie. Ça s’est passé, puis c‘était dépassé. Trente ans après, on se dit : «Comment ai-je pu ?»

Moi, j’ai du mal avec la passion ; c’est très douloureux pour moi. Je n’aime pas les relations passionnelles, ni dans l’amitié ni dans l’amour. Je n’aime pas perdre la tête…
Perdre le contrôle, c’est horrible, je déteste ça, c’est des conneries. Vous savez, ces gens-là, ce sont ceux qui ont le moins aimé en fait. Pour s’attacher, il faut qu’il y ait un peu de résistance. Sinon, on est dans la victimisation. Mais je ne vous vois pas du tout avec une tête de victime, ma pauvre Carla…

La garde rapprochée de Karl Lagerfeld

Non, mais cela peut rendre malheureuse…
Je vais encore citer ma fameuse mère : «Il faut d’abord penser à soi, ce qui permet aux autres de s’occuper des autres.» Parce qu‘à force de se sacrifier, il n’y a plus rien à demander, on devient juste bon à être jeté.
Je pense que les sentiments peuvent être tendres dans la modération. Est-ce une absence de grande sensualité ? Je pense a contrario à certaines filles qui disent : «Cet homme, je l’ai dans la peau…»
Qu’elles aillent consulter un dermatologue ! C’est Piaf, c’est Mon homme, ce sont des conneries. Je veux bien admettre que cela existe mais quand même, restons lucides ! Je déteste aussi cette expression : l’amour rend aveugle. Il y a des lunettes pour ça…

Le mot de la fin ?
Quand on est honnête, on connaît la question et la réponse, comme disait encore ma mère. Je pourrais aussi reprendre à mon compte une phrase de Paul Klee : «J’ai tout aimé, tout goûté, tout été, et maintenant je suis astre glacé...»
(1) Lagerfeld confidentiel, de Rodolphe Marconi, sortie le 10 octobre 2007.



Le couturier Karl Lagerfeld est mort


Karl Lagerfeld




Le couturier Karl Lagerfeld est mort

Marie-Caroline Bougère
  |  Le 19 février 2019
Le créateur le plus connu au monde, directeur artistique de la maison Chanel et figure légendaire devenue logo, est mort ce mardi 19 février 2019, à l’âge de 85 ans. Retour sur une icône.


Enfant précoce, grand couturier, créateur, photographe, designer, dessinateur hors pair, homme logo... Difficile de réduire Karl Lagerfeldà un seul costume. Nous avons appris la disparation ce mardi 19 février 2019 de celui qui avait ceint sa vie d'une aura de mystère. Une information confirmée par la maison Chanel. «Au-delà du grand créateur auquel j’ai donné carte blanche au début des années 80 pour réinventer la marque, c’est un véritable ami et complice que je perds aujourd’hui» a déclaré Alain Wertheimer PDG de Chanel.

 «Le plus grand hommage que l’on puisse lui rendre aujourd’hui est de suivre la voie qu’il a tracée en - je le cite- « continuant à embrasser le présent et à inventer le futur » ajoute Bruno Pavlovsky, président des activités mode de la maison de la rue Cambon. Le PDG du groupe de luxe LVMH, propriétaire de Fendi, s'est dit «infiniment attristé» par cette nouvelle et a salué le «génie créatif» d'un «ami très cher».



Du jour de sa naissance, que nombreux se sont accordés à définir au 10 septembre 1933, à sa vie intime, de nombreux secrets l'entouraient. Fils d'un entrepreneur allemand et d'une mère vendeuse de lingerie berlinoise, il a abandonné la banlieue de Hambourg pour Paris au milieu de l'adolescence afin de terminer l'école secondaire au lycée Montaigne, dans le VIe arrondissement. Il ne quittera plus la capitale française.

L'amitié avec Yves

Résident de la rive gauche, Karl Lagerfeld devient assistant chez Pierre Balmain où il apprend le savoir-faire qui fera des étincelles tout au long de sa carrière. Étudiant à l'École de la Chambre syndicale de la couture parisienne, il y rencontre Yves Saint Laurent avec lequel il se lie d'amitié. Mais l'année 1954 divisera les jeunes talents. Ils gagnent tous deux les premiers prix du Concours du Secrétariat international de la laine – Yves pour une robe, Karl pour un manteau. Sourd alors une rivalité qui durera quarante-quatre ans, passant de l'affection à l'amertume, lorsque le compagnon de Karl, le dandy Jacques de Bascher, devint l'amant de Saint Laurent. L'idylle reste à ce jour le conflit le plus légendaire de la mode.

En 1962, Karl Lagerfeld quitte Pierre Balmain pour rejoindre la maison Jean Patou. Mais c'est en 1964 qu'il décroche le premier poste important de sa carrière en entrant chez Chloé auprès de Gaby Aghion, la fondatrice de la maison parisienne. Il fait de la griffe un grand nom de la création, aux mythiques robes nude inspirées des étudiantes du Quartier latin qu'il fréquente. Il réalise aussi les célèbres publicités de la marque en collaboration avec le grand photographe Helmut Newton. Mais c'est surtout chez Chanel que Karl Lagerfeld va se révéler en directeur artistique.


mercredi 20 février 2019

"Vice" / Amy Adams / "Sa femme a hissé Dick Cheney au sommet"




"Vice" - Amy Adams : "Sa femme a hissé Dick Cheney au sommet"


Les "assassinats secrets" de Dick Cheney
Paris Match |
Amy Adams, qui interprète Lynne Cheney, évoque la personnalité paradoxale de l'épouse du vice-président de George W. Bush.
Paris Match. Epouse modèle ou militante politique : le personnage de Lynne Cheney est si complexe qu’il en devient énigmatique… 
Amy Adams. Elle est une combattante et même une résiliente. Elle ne plie jamais. Dès le début de leur union, quand Cheney est encore un homme sans ambition, alcoolique, elle impose son choix de vie. Dick sera le vecteur de ses ambitions. Elle va le façonner, le pousser dans ce sens. La jeune fille sans le sou, perdue en plein Wyoming, très peu pour elle… Dans son autobiographie, elle ne fait jamais fi de son ambition.

Cette ultraconservatrice, égérie de la défense des valeurs familiales, va pourtant faire accepter l’homosexualité de sa fille…
Et à une époque où l’administration Bush était clairement opposée au mariage homosexuel !… Je pense que nous avons tous un moteur émotionnel, un vécu ou quoi que ce soit d’autre qui forge un caractère et explique un parcours. Chez Lynne, il y a tout d’abord son érudition peu courante. Elle a étudié l’histoire, elle s’est passionnée pour les questions d’éducation avec un goût de la transmission mais aussi du pouvoir.
L’avez-vous rencontrée pour préparer votre rôle ?
Non, car Adam McKay, le réalisateur, ne le souhaitait pas. Christian Bale n’a pas non plus rencontré Dick Cheney. Seul Tyler Perry a pu s’entretenir avec Colin Powell. J’ai composé ma Lynne Cheney en lisant. Puis j’ai eu un déclic. Je me suis rendu compte qu’elle avait beaucoup de points communs avec ma grand-mère. Elles viennent de la même région, elles ont vécu cette même enfance à la dure.
Pourquoi une actrice à succès comme vous accepte-t-elle un film qui est d’abord un pamphlet contre la politique de la période Bush-Cheney ?
Sans fausse naïveté, je pense que “Vice” n’est pas un film partisan mais un film très documenté, qui provoque beaucoup de réactions. Susciter le débat, c’est aussi le rôle du cinéma.
“Vice” serait-il également un film féministe ?
Adam McKay m’a dit, un jour, que Lynne Cheney a toujours détesté l’idée qu’on puisse la croire féministe. Mais, dans son envie de devenir une femme de pouvoir, elle l’est.


mardi 19 février 2019

Les "assassinats secrets" de Dick Cheney


Dick Cheney a été vice-président des Etats-Unis de 2001 à 2008.Larry Downing/Reuters

Les "assassinats secrets" de Dick Cheney

Paris Match |Yannick VelyLe vice-président de George W.Bush au centre d'un nouveau scandale. Dick Cheney aurait mis en place un programme d'assassinats secrets des membres d'Al-Qaïda.
«C'était comme dans les films, sur le mode: "Tuons-les tous !"». Le commentaire d’un ancien responsable du renseignement américain, cité par le Wall Street Journal, donne une idée de l’ampleur de l’opération secrète mise en place par la CIA à la demande de Dick Cheney, le vice-président des Etats-Unis. Sur le modèle de la riposte d’Israël à l’attentat des Jeux Olympiques de Munich en 1972, les services secrets américains ont mis en place des commandos afin d’assassiner et d’enlever des leaders d’Al-Qaïda, l’organisation terroriste dirigée par Ossama Ben Laden et ce après les attentats du 11 septembre 2001. Et Dick Cheney aurait insisté pour que l'opération reste secrète.

Les démocrates réclament une enquête

Selon le New York Times, l’actuel patron de la CIA, Leon Edward Panetta, nommé le 5 janvier dernier par Barack Obama, a averti des parlementaires démocrates de ce projet secret mais non opérationnel. La sénatrice démocrate et présidente de la commission sur le renseignement Dianne Feinstein, l’a d’ailleurs reconnu sur la chaîne Fox News. Des élus démocrates demandent donc des comptes et l’ouverture d’une enquête, d’autant que la loi exige que les commissions de renseignement des deux chambres soient pleinement et régulièrement informées des activités de renseignement des Etats-Unis, y compris de toute activité future. A la notable exception des dossiers "exceptionnellement sensibles". Dans ce cas-là, la communication des faits se limite au Groupe des Huit, soit les patrons du groupe républicain et démocrate des deux chambres du Congrès, ainsi que des Commissions du renseignement du Sénat et de la Chambre des représentants.

Dick Cheney dans la tourmente

Vice-président de George W. Bush de 2001 à 2009, Richard Bruce Cheney, dit Dick Cheney, cristallise les dérives de l'administration Bush aux yeux de nombreux démocrates. Le natif de Lincoln, dans le Nebraska, a notamment été mis en cause dans l'affaire de l'agent secret Valerie Plame et pour ses liens avec Halliburton, un conglomérat pétrolier qu'il a dirigé de 1995 à 2000. Egalement montré du doigt dans un rapport sur des écoutes illégales car sans mandat judiciaire, Dick Cheney pourrait donc avoir à répondre de ses agissements et de ses petits arrangements avec la loi. Le nouveau secrétaire d'Etat à la justice, Eric Holder, envisage également d'enquêter sur les méthodes d’interrogatoire prônées par les faucons de George W.Bush.
Dick Cheney était d'ailleurs monté au créneau en avril dernier pour défendre le bilan des années Bush. Il avait justifié la torture par la nécessité de lutter par tous les moyens possibles contre le terrorisme. «Je trouve un peu dérangeant qu'ils n'aient pas dévoilé les mémos prouvant le succès de cette entreprise. Il y a des rapports qui montrent précisément ce que nous avons obtenu comme résultats dans cette activité», avait-t-il déclaré alors sur Fox News. Nul doute qu'il agitera de nouveau les étendards de la légitime défense et de la fin qui justifie les moyens.

lundi 18 février 2019

L'acteur suisse Bruno Ganz est mort à 77 ans

Bruno Ganz


L'acteur suisse Bruno Ganz est mort à 77 ans

Paris Match ||Mis à jour le 



Bruno Ganz en 2014 recevant sa Golden Camera à Berlin.BRITTA PEDERSEN / POOL / AFP
L'acteur suisse Bruno Ganz est mort à l'âge de 77 ans des suites d'un cancer.
Il avait interprété Adolf Hitler dans «La Chute». L'acteur suisse Bruno Ganz est mort dans la nuit de vendredi à samedi à l'âge de 77 ans. Son agent, Patricia Baumbauer, a confirmé qu'il était décédé «dans les premières heures de la journée». «Il avait un cancer», a-t-elle précisé.
Bruno Ganz avait enchaîné les rôles au théâtre et à l'écran, avant d'accepter de jouer dans le film «La Chute» d'Oliver Hirschbiegel, sorti en 2004, qui relate les derniers jours d'Hitler dans son bunker. Son rôle le plus célèbre auparavant avait été celui de l'ange Damiel dans «Les Ailes du Désir» (1987) de Wim Wenders. Pour beaucoup de critiques, son interprétation nuancée du dictateur nazi, traversé par des accès de colère mais aussi de profonde déprime, est restée inégalée.


"Le fait de ne pas être Allemand m'a aidé"


Hitler est un personnage que les acteurs de langue allemande ont toujours refusé d'interpréter mais Bruno Ganz, né à Zurich, avait reconnu que le fait d'être Suisse permettait d'avoir la distance nécessaire. «Le fait de ne pas être Allemand m'a aidé, car je pouvais mettre mon passeport entre Hitler et moi», confiait-il au site The Arts Desk en 2005.


Mais Bruno Ganz s'était également attiré des critiques pour avoir montré un Hitler à la personnalité complexe -- hors de lui et tremblant lorsqu'il réprimandait ses généraux après une défaite, mais capable aussi de montrer de la tendresse à l'égard d'un assistant effrayé. Il avait dit au site The Arts Desk qu'il était amusé d'entendre des reproches pour avoir «humanisé» le dictateur nazi au lieu d'en faire une caricature du mal.
Les gens «ont besoin d'avoir une icône intacte du mal lui-même», avait-il expliqué. «Mais je ne sais pas ce qu'est vraiment le mal.» Lorsqu'on lui demandait s'il avait préparé ce rôle en se persuadant qu'après tout, Hitler était un être humain, il répondait: «Bien sûr qu'il l'est. Qu'est-ce qu'il pourrait être d'autre?»


samedi 16 février 2019

Pulp Fiction / L’odyssée sanglante



PULP FICTION 

(1994) 

L’odyssée sanglante

★★★★☆

Synopsis : L’odyssée sanglante et burlesque de petits malfrats dans la jungle de Hollywood à travers trois histoires qui s’entremêlent.
Origine du film : États-Unis
Réalisateur : Quentin Tarantino
Scénariste : Quentin Tarantino
Acteurs : John Travolta, Samuel L. Jackson, Uma Thurman, Harvey Keitel, Tim Roth, Amanda Plummer, Maria de Medeiros, Ving Rhames, Eric Stoltz, Rosanna Arquette, Christopher Walken, Bruce Willis
Musique : Rolf Johnson
Genre : Action, Comédie, Drame
Durée : 2 heures et 34 minutes
Date de sortie : 26 octobre 1994 (France)
Année de production : 1994
Sociétés de production : A Band Apart, Jersey Film
Distribué par : Miramax Films
Titre original : Pulp Fiction
Notre note : ★★★★☆
Notre commentaire : « Pulp Fiction » une comédie noire mêlant action et criminalité, datant de 1994, écrite et réalisée par Quentin Tarantino. Les acteurs principaux sont John Travolta, qu’on a pu voir dans « The Punisher » (2004), Samuel L. Jackson, qu’on a pu voir dans « Kong: Skull Island » (2017), Uma Thurman, qu’on a pu voir dans « Bienvenue à Gattaca » (1997), Harvey Keitel, qu’on a pu voir dans « The Grand Budapest Hotel » (2014), Tim Roth, qu’on a pu voir dans « Les Huit Salopards » (2015)Ving Rhames, qu’on a pu voir dans « Mission: Impossible – Rogue Nation » (2015), Christopher Walken, qu’on a pu voir dans « Arrête-Moi si tu peux » (2002), et Bruce Willis, qu’on a pu voir dans « Retour en Enfer » (2007).
« Pulp Fiction » est réalisé d’une manière très stylisée, reliant des récits de gangsters de Los Angeles, de marginaux, de criminels sans envergure, ainsi qu’une mallette mystérieuse. Le titre du film se réfère aux magazines de la presse écrite et aux romans policiers durs au milieu du 20e siècle, connus pour leur violence graphique et leur dialogue punchy.
Le scénario de « Pulp Fiction » a été écrit entre 1992 et 1993, et comportait certaines scènes écrites à l’origine par Roger Avary pour « True Romance » (1993). Son intrigue, comme dans plusieurs des autres œuvres de Quentin Tarantino, est présentée en dehors d’une ligne chronologique. Ce qui forcément peut s’avérer déstabilisant, mais cependant, l’ensemble garde une certaine fluidité. Un nombre considérable de scènes est consacré aux monologues et à des conversations désinvoltes avec un dialogue éclectique révélant les perspectives de chaque personnage sur divers sujets. Le métrage présente une combinaison ironique d’humour et une forte violence. Le script de « Pulp Fiction » aurait été rejeté par Columbia TriStar, le jugeant trop démentiel. En revanche, le coprésident de Miramax, Harvey Weinstein, fut instantanément fasciné, et le film est devenu le premier que la société Miramax a entièrement financé.
« Pulp Fiction » a remporté la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1994 et fut un succès critique et commercial majeur lors de sa sortie américaine. Il a revitalisé les carrières de John Travolta, qui a obtenu une nomination aux Oscars, de Samuel L. Jackson et d’Uma Thurman. Il a également été nommé pour sept Oscars, y compris dans la catégorie du Meilleur Film. Quentin Tarantino et Roger Avary ont gagné la statuette dans la catégorie Meilleur Scénario Original. La nature de son développement, son marketing, sa distribution ainsi que sa rentabilité conséquente, ont eu un effet ravageur dans le domaine du cinéma indépendant.
Que peut-on écrire sur « Pulp Fiction » qui n’ait déjà été écrit ? Certainement rien. L’histoire n’est pas vraiment une histoire, c’est une succession de scénettes qui viennent s’emboîter les unes dans les autres par l’intermédiaire d’un certain nombre de personnages qui font le pont offrant ainsi quelque chose de nouveau, de novateur. C’est très bien écrit avec un aspect débraillé, peu soigné. C’est inventif. 
La marque Quentin Tarantino se dessine clairement, son style, son emprunte, allant jusqu’à s’octroyer un petit rôle, comme apposer encore un peu plus sa marque de fabrique. C’est lent, ça discute, ça détaille, puis ça explose, ça part dans tous les sens, souvent dans un déferlement de violence. Le tout servi par une excellente distribution, dont certains seront à plusieurs reprises au casting de Quentin Tarantino, comme Samuel L. Jackson, Uma Thurman, Harvey Keitel, ou encore Tim Roth.
John Travolta n’était pas le premier choix de Quentin Tarantino pour le rôle de Vincent Vega. Il s’est tourné vers lui, car Michael Madsen, qui avait joué dans « Reservoir Dogs » (1992), aura préféré jouer dans « Wyatt Earp » (1994) de Kevin Costner, qui se tournait à la même époque. Ce dernier a depuis exprimé son regret pour cette décision. John Travolta a accepté de jouer dans le film pour un faible salaire à l’époque, soit aux alentours de 100.000 dollars. Mais le succès du film et sa nomination aux Oscars ont reboosté sa carrière. 
La société Miramax aurait préféré avoir Holly Hunter ou Meg Ryan pour le rôle de Mia Wallace, mais Quentin Tarantino a préféré Uma Thurman après l’avoir rencontrée. Elle a participé à une grande partie de la promotion du film. Elle a été nominée pour l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Elle va retravailler avec le réalisateur pour les deux Kill Bill (2003 et 2004). 
Bruce Willis était une vedette de premier plan à cette époque, mais la plupart de ses films récents avaient été des déceptions au box-office. Jouer dans un film disposant d’un faible budget était une prise de risque pour l’acteur, car cela signifiait qu’il fallait abaisser son salaire et risquer son statut de star, mais la stratégie a été payante. « Pulp Fiction » a ,non seulement apporté à Bruce Willis un nouveau respect en tant qu’acteur, mais lui a également valu plusieurs millions de dollars en raison de son contrat particulier lui offrant des revenus supplémentaires en fonction du nombre d’entrées. 
« Pulp Fiction » a fait l’objet d’une édition en DVD ainsi qu’en Blu-ray, paru le 5 mars 2009 chez Universal Pictures Vidéo (France). Pour de plus amples renseignements, n’hésitez pas à consulter la fiche du film sur le site DVD.Fr.
En conclusion, « Pulp Fiction » est un film charnière dans la carrière de Quentin Tarantino, mais également pour la carrière d’un certain nombre d’acteurs y ayant participé. On pourrait même aller jusqu’à dire qu’il fait figure de charnière dans le cinéma hollywoodien. L’histoire part dans différentes directions d’une manière qui peut apparaître comme chaotique et absurde. Le rythme est lent pour exploser violemment sans prévenir. La bande originale est absolument excellente et créer une atmosphère particulière. Un métrage qui combine malicieusement l’humour et la violence. C’est culte !