mardi 16 juillet 2019

Federico García Lorca / La femme adultère




Federico García Lorca

La femme adultère


Je la pris près de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu'elle était adultère
Ce fut la Saint-Jacques la nuit
Par rendez-vous et compromis
Quand s'éteignirent les lumières
Et s'allumèrent les cri-cri
Au coin des dernières enceintes
Je touchai ses seins endormis
Sa poitrine pour moi s'ouvrit
Comme des branches de jacinthes
Et dans mes oreilles l'empois
De ses jupes amidonnées
Crissait comme soie arrachée
Par douze couteaux à la fois
Les cimes d'arbres sans lumière
Grandissaient au bord du chemin
Et tout un horizon de chiens
Aboyait loin de la rivière

Quand nous avons franchi les ronces
Les épines et les ajoncs
Sous elle son chignon s'enfonce
Et fait un trou dans le limon
Quand ma cravate fût ôtée
Elle retira son jupon
Puis quand j'ôtai mon ceinturon
Quatre corsages d'affilée
Ni le nard ni les escargots
N'eurent jamais la peau si fine
Ni sous la lune les cristaux
N'ont de lueur plus cristalline
Ses cuisses s'enfuyaient sous moi
Comme des truites effrayées
L'une moitié toute embrasée
L'autre moitié pleine de froid
Cette nuit me vit galoper
De ma plus belle chevauchée
Sur une pouliche nacrée
Sans bride et sans étriers

Je suis homme et ne peux redire
Les choses qu'elle me disait
Le clair entendement m'inspire
De me montrer fort circonspect
Sale de baisers et de sable
Du bord de l'eau je la sortis
Les iris balançaient leur sabre
Contre les brises de la nuit
Pour agir en pleine droiture
Comme fait un loyal gitan
Je lui fis don en la quittant
D'un beau grand panier à couture
Mais sans vouloir en être épris
Parce qu'elle était adultère
Et se prétendait sans mari
Quand nous allions vers la rivière




lundi 15 juillet 2019

Federico García Lorca / Romance somnambule




Federico García Lorca



Vert et je te veux vert.
Vent vert. Vertes branches.
Le bateau sur la mer,
le cheval dans la montagne.
L'ombre autour de la ceinture,
elle rêve à son balcon,
chair verte, verts cheveux
avec des yeux d'argent froid.
Vert et je te veux vert.
Dessous la lune gitane,
toutes les choses la regardent
mais elle ne peut pas les voir.

Vert et je te veux vert.
De grandes étoiles de givre
suivent le poisson de l'ombre
qui trace à l'aube son chemin.
Le figuier frotte le vent
à la grille de ses branches
et la montagne, chat rôdeur,
hérisse ses durs agaves.
Mais qui peut venir? Et par où?
Elle est là sur son balcon,
chair verte, cheveux verts,
rêvant à la mer amère.

L'ami, je voudrais changer
mon cheval pour ta maison,
mon harnais pour ton miroir,
mon couteau pour ta couverture.
L'ami, voilà que je saigne
depuis les cols de Cabra.
Si je le pouvais, petit,
l'affaire serait déjà faite.
Mais moi je ne suis plus moi
et ma maison n'est plus la mienne.

L'ami, je voudrais mourir dans
mon lit, comme tout le monde.
Un lit d'acier, si possible,
avec des draps de hollande.
Vois-tu cette plaie qui va
de ma poitrine à ma gorge?
Il y a trois cents roses brunes
sur le blanc de ta chemise.
Ton sang fume goutte à goutte
aux flanelles de ta ceinture.
Mais moi je ne suis plus moi et
ma maison n'est plus la mienne.
Laissez-moi monter au moins
jusqu'aux balustrades hautes.
De grâce, laissez-moi monter
jusqu'aux vertes balustrades.
Jusqu'aux balcons de la lune
là-bas où résonne l'eau.

Ils montent déjà, tous les deux,
vers les balustrades hautes.
Laissant un sentier de sang.
Laissant un sentier de larmes.
Sur les toitures tremblaient
des lanternes de fer-blanc.
Mille tambourins de verre
déchiraient le petit jour.

Vert et je te veux vert,
vent vert, vertes branches.
Ils ont monté, tous les deux.
Le vent laissait dans la bouche
un étrange goût de fiel,
de basilic et de menthe.
L'ami, dis-moi, où est-elle?
Où est-elle, ta fille amère?
Que de fois elle t'attendait!
Que de fois elle a pu t'attendre,
frais visage, cheveux noirs,
à la balustrade verte!

Sur le ciel de la citerne
la gitane se berçait.
Chair verte, cheveux verts
avec ses yeux d'argent froid.
Un petit glaçon de lune
la soutient par-dessus l'eau.
La nuit devint toute menue,
intime comme une place.
Des gardes civils ivres morts
donnaient des coups dans la porte.
Vert et je te veux vert.
Vent vert. Vertes branches.
Le bateau sur la mer,
le cheval dans la montagne.



dimanche 14 juillet 2019

Sting, malade, annule tous ses concerts jusqu’à dimanche

Sting, à Paris, le 10 avril 2019.  Le Parisien/Philippe de Poulpiquet


Sting, malade, annule tous ses concerts jusqu’à dimanche

Le chanteur devait se produire mercredi à Munich, puis jeudi à Stuttgart et vendredi en République tchèque. Il avait déjà annulé une date lundi à Gand, en Belgique.

Par Ph.L. avec AFP





Il y a eu la Belgique, puis l'Allemagne et la République tchèque. Le chanteur britannique Sting, malade, a annulé tous ses concert jusqu'à dimanche, selon son site Internet, qui ne donne pas de précisions sur son état de santé. Selon nos informations, il souffre d'une infection à la gorge.
Le site de l'artiste a annoncé successivement ce mercredi, en présentant ses «regrets sincères», que les concerts prévus en Allemagne mercredi soir à Munich et jeudi à Stuttgart, puis en République tchèque, vendredi, à Slavkov u Brna, sont annulés pour les mêmes raisons.
Sting « n'est toujours pas dans son assiette et son médecin lui a conseillé de ne pas monter sur scène », explique le communiqué mis en ligne.
Les prochains concerts de sa tournée sont prévus dimanche aux Pays-Bas, à Weert, et lundi de nouveau en Allemagne, à Bonn.

Ses dates françaises maintenues

Selon nos informations, ses dates en France sont maintenues pour le moment : il doit se produire aux Nuits de Fourvière à Lyon le 17 juillet, à Marciac le 25, à Carcassonne le 26, à Vitrolles le 27 et à la foire de Colmar le 1er août.
A l'automne, sa tournée française doit passer successivement par Paris, Orléans, Lille, Bordeaux, Nantes, Lyon, Nice et Grenoble le 28 octobre, dernier concert annoncé ce mercredi.
Entre ces deux tournées en Europe, il est aussi attendu en Asie début octobre.



Le musicien aux 100 millions d'albums vendus, âgé de 67 ans, avait déjà annulé un concert lundi au festival de jazz de Gand, en Belgique, également sans fournir de détails sur son état de santé.
Star mondiale, il fut la voix du groupe Police au succès planétaire avant d'entamer en 1985 une carrière en solo qui l'a également vu enchaîner les succès.




Sting est aussi un artiste engagé au service de nombreuses causes politiques et écologiques, depuis la libération de Nelson Mandela jusqu'à la protection de la forêt amazonienne.

samedi 13 juillet 2019

«Le Roi Lion» va vous faire rugir de plaisir



L’histoire du « Roi Lion » ne diffère pratiquement pas, c’est l’effet « live » qui change tout, dans cette nouvelle version du classique de Disney. 


«Le Roi Lion» va vous faire rugir de plaisir

Nous avons vu la version avec personnages réels du célèbre dessin animé, qui sort en salles le 17 juillet. Et elle nous en a mis plein les yeux.


Le 11 juillet 2019 à 17h59





C'est fou, tout ce que l'on peut faire avec une même histoire. Celle du « Roi Lion », le dessin animé Disney de 1994, deuxième plus gros succès mondial de l'histoire pour un film d'animation (après « la Reine des neiges »), contait le parcours initiatique d'un lionceau après la mort de son père, mélangeant tendresse, émotion, humour et musique (signée Hans Zimmer et Elton John). Trois ans après, la comédie musicale du même nom « humanisait » le concept, faisant plus de place à une mise en scène spectaculaire.
Dans moins d'une semaine, viendra « le Roi Lion » version « live », que nous avons vu ce mercredi en avant-première, et c'est encore autre chose : le film de Jon Favreau, qui avait déjà réalisé une version à succès et avec personnages en chair et en os du « Livre de la jungle », donne une place incroyable aux animaux et aux paysages.
La bande-annonce
L'histoire ne change pratiquement pas, les scènes sont essentiellement les mêmes, les musiques de Zimmer et Elton John sont reprises (même si légèrement modifiées), et les personnages emblématiques - les lions Simba, Mufasa, Scar et Nala, le phacochère Pumbaa, le suricate Timon… - sont tous là. Il se trouvera donc forcément des grincheux pour juger que cette nouvelle version est un copié-collé de l'originale.
Pas nous : l'effet « live » change tout, et Jon Favreau joue sans cesse avec la nature, la lumière, les mouvements de caméra pour donner une nouvelle perspective - très africaine pourrait-on dire - au scénario. Surtout, il joue avec les animaux. On est sidéré par les rugissements des lions, leurs attitudes, leur manière de se battre ou de se faire des câlins, tout comme par l'agressivité des hyènes ou les déambulations des girafes, des éléphants, des phacochères.

Une version d'une beauté stupéfiante

Certes, ce sont des animaux qui chantent et qui parlent - doublés par de vrais acteurs - mais entre les dialogues, Favreau n'oublie jamais de revenir à leur animalité, leurs cris. Une scène emblématique montre ainsi Simba, Pumbaa et Timon en train de fredonner « Le lion est mort ce soir » comme dans une comédie musicale enlevée…
Jusqu'à ce qu'ils soient interrompus brutalement par l'attaque de la lionne Nala : nous voilà replongés subitement dans la réalité de la jungle. Mieux, la stupéfiante scène d'ouverture, où toutes les espèces de la jungle se rassemblent pour la naissance de Simba, est digne des meilleurs documentaires animaliers.
Pourtant, rien de tout ça n'est vrai : le film a intégralement été réalisé en numérique. Chaque arbre, buisson, point d'eau, oiseau, fauve… a été fabriqué sur ordinateur, avec des techniques inventées spécialement pour le film. Et le résultat s'avère totalement bluffant - presque inquiétant - tant on n'y voit que du feu. Mais cela permet au réalisateur de nous offrir une version de ce grand classique d'une beauté stupéfiante : attendez-vous à en prendre plein les yeux.
LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4/5
« Le Roi Lion », de Jon Favreau, avec les voix en V.O. de Donald Glover, Beyoncé, Seth Rogen, et en V.F. de Rayane Bensetti, Jamel Debbouze, Jean Reno… 1 h 58.

vendredi 12 juillet 2019

Negzzia / Mannequin en Iran, demandeuse d’asile et SDF à Paris

Negzzia


Negzzia, mannequin en Iran, demandeuse d’asile et SDF à Paris

Mannequin vedette à Téhéran, cette Iranienne de 29 ans demande l’asile en France après avoir été menacée d’emprisonnement et de coups de fouet dans son pays. Elle nous raconte son histoire.

« Je ne suis pas venue à Paris pour devenir une pute. »

Par Ronan Tésorière
Le 29 mai 2019 à 18h55, modifié le 30 mai 2019 à 14h45

Le regard aussi noir que déterminé, Negzzia n'a qu'un rêve : devenir mannequin à Paris. Cette Iranienne de 29 ans l'a touché du doigt quelques instants, lors d'un défilé parisien auquel elle a pu assister en octobre dernier, à peine débarquée dans la capitale. Mais depuis, sa vie tient plus du cauchemar que du conte de fées.



Pour comprendre l'histoire de la jeune femme, il faut toutefois remonter le temps… et partir à quelques milliers de kilomètres de Paris. Née à Téhéran, Negzzia -un nom de scène pour préserver son identité- est une personnalité dans son pays, une icône suivie par 116 000 personnes sur les réseaux sociaux. D'abord photographe de métier, elle est passée de l'autre côté de l'objectif. Elle est ainsi devenue un mannequin reconnu pour plusieurs grandes marques iraniennes, ce qui lui a permis de multiplier les photos publicitaires et artistiques au pays des mollahs.

Mais Neggzia, qui se vit autant artiste que top-modèle, a poussé un peu loin son art dans un pays où la nudité des femmes est un tabou absolu, en réalisant plusieurs photos dénudées. Un choix qui lui a coûté cher. Le milieu de la mode est extrêmement surveillé en Iran et est régulièrement l'objet de « descentes » contre les photographes ainsi que les mannequins qui sont alors jetés en prison sans ménagements, voire disparaissent quelques mois. La police religieuse appelée Gasht e Ershad, la « Police de la Vertu » en persan, est à la manœuvre.
En 2017, une nouvelle rafle est ordonnée par les autorités iraniennes, et dans l'une d'elles, un photographe pour qui Negzzia a travaillé est arrêté. Il dénonce alors ses photos interdites.

Menacée de prison et de coups de fouets

« J'avais fait des photos de mon tatouage de dos avec lui et à ce moment-là, il avait essayé de me violer. Après m'être échappé, j'avais prévenu les autres filles qui travaillaient avec lui via les réseaux sociaux. Il m'avait menacé de ne plus travailler dans le milieu. Il s'est vengé en me dénonçant », raconte la jeune femme. « Quelques jours plus tard, j'ai reçu un appel pour m'informer que la police voulait faire un nouveau coup de filet dans le milieu. Si le gouvernement mettait la main sur mes photos. Je risquais la prison et le fouet a minima », confie la grande brune, le regard tout à coup embué par l'émotion. « C'est mon corps, je fais ce que je veux. Montrer ce que vous portez n'est pas ce que vous êtes », rappelle la jeune femme, féministe convaincue.
Face à la menace de plus en plus imminente, celle qui avait pris la précaution de préserver le plus possible son anonymat fuit pourtant en urgence pour Istanbul avec quelques sous en poche. Son père est lui aussi obligé de fuir la capitale à la hâte. « Après deux mois là-bas, j'ai réussi à travailler. Je suis devenue free-lance et j'ai trouvé quelques agences qui ont bien voulu m'engager. Mais j'étais très seule et je pleurais très souvent », confie Negzzia. « Istanbul est un endroit formidable mais en dehors de quelques quartiers du centre, c'est un village rétrograde ! Une fois, alors que je me baladais simplement, une femme m'a mordu parce que son mari me regardait, et après, elle a appelé la police en disant que je l'avais agressé… Là encore, j'ai dû fuir », se souvient le mannequin, toujours halluciné par cet incident.

Pour l'amour de Brel

En plein spleen, sur les rivages du Bosphore, c'est une chanson de Jacques Brel, « Ne me quitte pas », qu'elle écoute depuis son enfance, qui lui donne l'idée d'une nouvelle porte de sortie : La France, et Paris, la ville lumière et surtout la capitale de la mode. Un ami lui propose même de la mettre en contact avec une agence parisienne, et lui fait miroiter un logement parisien. Elle n'a qu'à obtenir un visa, lui dit-il. Mais ce coup de main n'est pas gratuit : en échange, cet « ami » lui demande une compensation d'ordre sexuel. Negzzia refuse catégoriquement cette proposition indécente mais décide tout de même de s'envoler pour la France, croyant à l'espoir d'une nouvelle vie.
« Je n'avais aucun point de chute. Le taxi m'a amenée dans un hôtel. Je suis allé à un catwalk (défilé sur un podium, NDLR) où un homme de la sécurité m'a laissé entrer. Et là, j'ai vu ce que je voulais faire depuis tant d'années, mon rêve, souffle l'Iranienne, au bord des larmes. J'ai su immédiatement que je voulais demander l'asile ici. » Le lendemain, elle commence donc à remplir les formalités administratives pour s'installer en France. Elle découvre rapidement le parcours du combattant des demandeurs d'asile, à la préfecture de Nanterre (Hauts-de-Seine). Les heures d'attente et les petites humiliations. Mais, habitée par son désir d'avenir, elle ne baisse pas les bras. Le 13 novembre 2018, sa demande d'asile est finalement enregistrée auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

« Je ne suis pas venue à Paris pour devenir une pute »

Mais entre-temps, la situation de Negzzia est devenue plus que précaire. Les quelques économies de la jeune femme ont fondu comme neige au soleil, et elle se retrouve à la rue. Une nouvelle fois, les prédateurs ne tardent pas à arriver. Le mannequin rencontre plusieurs « amis » qui se proposent tous de l'aider mais n'en ont en réalité qu'après sa plastique. « On m'a fait rencontrer un Français qui voulait m'aider. Mais rapidement, il est devenu agressif, il voulait en fait faire de moi une strip-teaseuse ! J'ai refusé, il m'a insulté : Tu es une esclave, je te ferai pleurer, avant de me cracher au visage », raconte la jeune femme. « Je me suis enfuie. J'étais détruite par toutes ces sollicitations. J'ai même été tenté de me tuer trois fois à Paris, de me jeter sous un métro », enchaîne-t-elle. Negzzia décide de ne plus rien devoir à personne : « Je n'ai pas besoin d'aide. Je ne suis pas venue à Paris pour devenir une pute. »
Elle choisit la rue. Avec sa valise et un sac, elle dort sur des bancs, laisse parfois ses affaires dans des hôtels au personnel compatissant. Les jours passent, l'hiver est là, et le froid de la nuit parisienne de plus en plus saisissant. Certains SDF la protègent des dangers de la rue, lui offrent des couvertures, lui disant qu'elle n'a rien à faire là. La journée, elle s'attable à des terrasses chauffées pour emmagasiner un peu de chaleur, et capter un signal wi-fi pour tenter d'exister sur son compte Instagram.

« J'ai vendu mon sac pour 10 euros pour pouvoir manger »

Elle réalise bien quelques photos, mais à usage personnel seulement. Sans statut, elle ne peut pas travailler pour des agences de mannequin reconnues, qui lui ferment toutes leurs portes. Au bord du désespoir, son profil Instagram est sa seule carte de visite. Seulement, son corps commence à sérieusement souffrir de ces nuits sans sommeil et de la dureté de la vie de SDF. Sur les conseils de serveurs d'une des terrasses où elle trouve refuge, elle finit par dormir dans un parking plus sûr que la rue. Mais son calvaire n'en est pas résolu pour autant.
« Un jour, j'ai vendu mon sac avec mes robes pour 10 euros, pour pouvoir manger », confie encore la jeune femme. Avec 6,80 euros d'indemnités par jour de demandeuse d'asile, Negzzia doit rogner sur certaines dépenses. À ses repas, elle privilégie… le sport ! Pour atteindre son rêve de mannequinat parisien, elle ne peut laisser se dégrader son corps ; elle dépense donc la moitié de ses maigres revenus dans un abonnement dans une salle de sport. Elle y trouve du réconfort et de la chaleur humaine. Un jour, épuisée, amaigrie, celle qui se décrit alors comme un « zombie » s'endort sur un appareil. Ses copains de gym s'organisent alors pour lui trouver un hébergement temporaire, dans lequel elle vit depuis maintenant plusieurs semaines. Une vraie planche de salut.

Un avocat à la rescousse

Ayant eu vent de ses mésaventures, un avocat l'accompagne par ailleurs désormais dans ses démarches. Comme sa cliente, Me Sahand Saber est d'origine iranienne, même si lui est né en France, après que ses parents ont fui la Révolution islamique en 1979. Pour lui, Negzzia est un symbole. « Elle fait partie de cette multitude d'Iraniens qui nous montrent que ce peuple est loin des slogans extrémistes de ceux qui dirigent le pays, explique l'avocat au barreau de Paris. Ils doivent nous inciter à regarder dans leur direction car ils nous prouvent qu'ils aspirent à vivre librement et dans le respect de valeurs qui nous sont communes. »
Vendredi dernier, Negzzia a passé son entretien à l'Ofpra, comme n'importe quel demandeur d'asile. La récente jurisprudence de la Cour nationale des demandeurs d'asile (CNDA) fait des femmes un groupe à part entière de victimes de persécution en raison de leur condition. Cela pourrait favoriser son dossier toujours en attente d'une réponse, qui n'interviendra pas avant trois mois. Neuf mois après sa demande officielle, elle aura au moins le droit de travailler en toute légalité. Un plus qui ne suffit pas à combler le désespoir. « J'adore Paris, j'aime la France, c'est magique, c'est la ville de l'art et de la beauté. Mais pour l'instant, je n'ai rien trouvé ici et j'ai tout perdu. Je ne peux pas revenir dans mon pays sans risquer ma vie », explique Negzzia, ses yeux noisette rougis par les larmes. Avant de lâcher : « Je n'ai rien à perdre. Je préfère mourir pour mon rêve que d'attendre sans fin des papiers… » Autant un cri d'espoir que de désespoir.
Negzzia, top model en Iran, SDF à Paris
LE PARISIEN



jeudi 11 juillet 2019

Mon défi, siroter les 75 romans de Maigret

Georges Simenon


Mon défi, siroter les 75 romans de Maigret

A la faveur d’un anniversaire, une nouvelle édition de l’intégrale des enquêtes du fumeur de pipe est parue. Voici quelques raisons de (re)découvrir le policier le plus intemporel du genre
Nicolas Dufour
Publié samedi 6 juillet 2019 à 15:21, modifié lundi 8 juillet 2019 à 16:21.


Georges Simenon est mort à Lausanne il y 30 ans, en septembre 1989. En cette «année Simenon», proclamée en raison aussi de l’anniversaire de l’esquisse de Maigret en 1929, chaque semaine, notre chroniqueur rend hommage à son personnage central.
C’est un peu comme un défi Facebook (citer X romans ou films…), mais en plus costaud. Mon auto-défi estival est de plonger pleinement dans Maigret, jusqu’à la dernière miette de tabac. Septante-cinq romans, quand même (pour les nouvelles, on verra). Dans la nouvelle édition Omnibus, cela pèse neuf volumes de plus de 1100 pages chacun.

Je n'y connaissais rien

Il y a encore quelques semaines, je n’avais jamais lu Maigret. Le nom m’évoquait de fort lointains souvenirs de Jean Richard, des téléfilms vus enfant, avec la sévérité du monsieur et les nappes carrelées rouge-blanc dans les bistrots. Puis quelques bribes de Bruno Cremer, mais j’ai peu vu cette adaptation-là. Passons sur la plus récente, la catastrophe de Rowan Atkinson. 2019 est une année Simenon, les 30 ans de sa mort à Lausanne, et ainsi Maigret revient. En vue d’une interview de Pierre Assouline, expert simenonien, j’ai testé cette prose policière qui remonte déjà aux années 1930.
Et j’ai été happé. Fasciné. On a souvent souligné les atouts de Simenon, et singulièrement du cycle Maigret: la pâte humaine, la sensibilité de l’écrivain, son sens des décors et des situations…

Les stupéfiantes accélérations dans ces romans

Mais l’effet Maigret est plus fort encore. Il résulte d’un ensemble, une parfaite adéquation entre le contexte, les personnages, l’intrigue, et la manière dont l’écrivain compose, à chaque fois, un univers. Il y a des hauts et des bas, c’est évident, mais chaque Maigret encapsule son lecteur durant ses quelques heures de lecture, le propulse dans une humanité autre et si proche, le confronte aux passions primaires, si complexes, dans leurs délétères dévoilements.
En sus, on l’a moins signalé, Georges Simenon était un maître du suspense, de la rythmique narrative; à un moment, chaque roman a sa soudaine et hallucinante accélération, alors que nous avions jusqu’ici suivi le placide et bougon commissaire.
A l’heure où j’écris ces lignes, j’achève Les Vacances de Maigret – un opus cruel et grandiose. Le 28e des 75 romans. Qui me rejoint?

Un bonus pour nos internautes: la première description

J'avoue, je n'ai pas trop aimé Pietr-le-Letton, le premier Maigret – pas le premier publié. A mes yeux, Maigret rate un peu son entrée en scène. Ce roman-salmigondis, avec un escamotage d'identité un peu toc, n'augure pas vraiment la profonde expédition qui attend le curieux.
J'ai plongé avec le deuxième, Le Charretier de «La Providence», crime sur les fleuves, confrontation du commissaire avec un curieux trio de noceurs, et triangle amoureux, dont la femme est découverte morte. Une enquête qui tangue, une avant bien d'autres, fascinante dans ses oscillations.
Reste que c'est dans Pietr-le-Letton que le monde découvre Jules Maigret. On cite là la première description du commissaire, au début du deuxième chapitre.

«La présence de Maigret au Majestic avait fatalement quelque chose d’hostile. Il formait en quelque sorte un bloc que l’atmosphère se refusait à assimiler.
Non pas qu’il ressemblât aux policiers que la caricature a popularisés. Il ne portait ni moustache, ni souliers à fortes semelles. Ses vêtements étaient de laine assez fine, de bonne coupe. Enfin il se rasait chaque matin et ses mains étaient soignées.
Ma la charpente était plébéienne. Il était énorme et osseux. Des muscles durs se dessinaient sous le veston, déformaient vite ses pantalons les plus neufs.
Il avait surtout une façon bien à lui de se camper quelque part qui n’était pas sans avoir déplu à maints de ses collègues eux-mêmes.
C’était plus que de l’assurance, et pourtant ce n’était pas de l’orgueil. Il arrivait, d’un seul bloc, et dès lors il semblait que tout dû se briser contre ce bloc, soit qu’il avançât, soit qu’il restât planté sur les jambes un peu écartées.
La pipe était rivée dans la mâchoire. Il ne la retirait pas parce qu’il était au Majestic

Intégrale Maigret. Omnibus, 10 volumes, disponibles en version électronique.


mercredi 10 juillet 2019

Julio Iglesias reconnu «père biologique» d’un Espagnol de 43 ans

Javier Sanchez Santos et sa mère Maria Edite arrivent au tribunal de Valence, le 4 juillet 2019. AFP


Julio Iglesias reconnu «père biologique» d’un Espagnol de 43 ans

Un tribunal a déclaré que le quadragénaire était le fils naturel du chanteur espagnol.


Le 10 juillet 2019 à 12h54, modifié le 10 juillet 2019 à 14h02


«Un juge a accepté la demande d'un Valencien de 43 ans et déclare que Julio Iglesias est son père biologique », a annoncé le compte Twitter du tribunal de Valence. Une victoire pour Javier Sánchez Santos. Ce brun aux yeux sombres serait donc le neuvième enfant du chanteur espagnol aux 300 millions de titres vendus dans le monde.

Un juez estima la demanda de un valenciano de 43 años y declara que Julio Iglesias es su padre biológico. La sentencia, que estima la demanda de J.S.S., no es firme y puede ser recurrida ante la Audiencia Provincial de Valencia

Le chanteur de 76 ans a toujours nié et refusé de se soumettre à un test ADN. Fernando Osuna, l'avocat de Javier Sánchez Santos, avait déclaré posséder des preuves. Un détective privé aurait récupéré pour les faire analyser des mégots de cigarettes d'Iglesias et une bouteille utilisée par un de ses fils naturels, Julio Iglesias Jr. Le tribunal a cependant rejeté ces éléments, estimant que le rapport d'analyses ADN était «dépourvu de pertinence et de valeur juridique».

Plusieurs éléments concordants

Le juge a basé sa décision sur un faisceau d'indices. Les refus répétés du chanteur de faire un test de paternité et sa «ressemblance physique évidente» avec son fils présumé. «S'il est vrai qu'elle pourrait en principe être le fruit du hasard», a estimé le tribunal, «il s'agirait cependant d'une coïncidence excessive et très improbable».
Maria Edite, la mère de Sánchez, a également raconté à la cour sa liaison d'une semaine avec Julio Iglesias, à l'été 1975, soit neuf mois avant la naissance de Javier. Les propos de l'ancienne danseuse portugaise ont été appuyés par des photos d'elle en compagnie d'Iglesias à un concert le 19 juillet 1975.
Elle a détaillé leurs rencontres dans la maison d'un ami du chanteur, Pedro de Felipe, alors joueur du Real Madrid. «Où ils se trouvaient, comment était la maison et la pièce, combien de jours Julio était là...», a expliqué Osuna à ABC. «Elle n'a pas oublié ces huit ou neuf jours passés avec Iglesias, pas parce qu'ils étaient merveilleux ou passionnés, mais à cause de tout ce qui s'est passé après.»

Une longue bataille

C'est en 1992 que Maria Edite a entamé des démarches de reconnaissance de paternité. Avant de voir sa demande rejetée en 1999 par la Cour suprême espagnole. «Ils l'ont humiliée, insultée et ils ont dit qu'elle avait tout inventé», s'est ému Sánchez.
Connu pour ses ballades romantiques et les nombreuses conquêtes féminines qu'on lui prête, Julio Iglesias s'est souvent présenté lui-même comme un séducteur invétéré, avec une «obsession pour le sexe».
Marié à deux reprises, il est père de huit enfants légitimes. L'un d'eux avait déclaré à la télévision en 2018 : «Ne me demande pas combien j'ai de frères, je ne le sais pas moi-même.»

LE PARISIEN



mardi 9 juillet 2019

Une nuit à Pigalle, chez Madame Arthur



Une nuit à Pigalle, chez Madame Arthur

Le cabaret mythique a rouvert ses portes à l’automne 2015 et pris le temps de se faire une réputation, portée par une nouvelle troupe de travestis grandioses. Plongée dans l’un des endroits les plus libres et joyeux de Paris
Floriane Zaslavsky
Publié mardi 21 mai 2019 à 18:33
Modifié mardi 21 mai 2019 à 18:34.

Place Pigalle, on slalome entre des couples de touristes égarés, avant d’esquiver, boulevard de Clichy, quelques vendeurs à la sauvette. A peine a-t-on le temps de deviser sur la transformation du quartier, pied populaire de la butte Montmartre devenu en une vingtaine d’années l’épicentre d’une faune branchée, que l’on se retrouve devant la façade rouge du 75 bis de la rue des Martyrs. Dans la salle du cabaret, les gens se pressent: jeunes, vieux, bien ou mal fagotés, on se tient par la main, se tape sur l’épaule. La lumière s’éteint. Sur scène, une créature de rêve, cheveux ras et maquillage flamboyant, s’assoit au piano: Charly Voodoo, son corps élancé moulé dans une combinaison de sequins dorés, enchaîne les croches alors qu’avance une liane sur talons aiguilles, chevelure rousse et barbe taillée à la perfection. Miss Morian, tout droit sortie d’un rêve d’Almodovar, s’approche du micro: «Bienvenue chez Madame Arthur.»



Bêtes de scène

Ce jeudi, la troupe réinterprète Dalida: une idée qui ferait grincer des dents les plus snobs. Pourtant, une demi-heure après notre arrivée, force est de constater que la salle entière reprend en chœur Bambino, et nous avec. Charly Voodoo, virtuose, impressionne. Cet ancien professeur de piano passé par les bancs du conservatoire avant de s’épanouir dans le monde du burlesque a fait partie des premières recrues lorsque le cabaret a rouvert à la rentrée 2015. A ses côtés défilent des artistes aux parcours divers. Miss Morian, styliste et mannequin à la voix merveilleuse, passe avec panache d’un négligé en dentelle à un extravagant manteau de plumes vertes. Monsieur K, ancien directeur d’une troupe de théâtre, prend des allures de Monsieur Loyal gouailleur sur les planches du cabaret. Il faut le voir, sur scène, chanter la douleur d’une «femme, la nuit» tout en battant des cils grands comme des éventails!



Quatrième présence ce soir: Martin Poppins, maquillé comme la mort, créature au timbre d’or qui délaisse parfois le chant pour son instrument, l’alto. Manquent à l’appel Patachtouille, Corrine, Lola Dragoness ou encore l’Oiseau Joli à l’accordéon. «Un groupe d’amis», me confie l’un d’eux en sortie de scène, «une vraie famille», qui s’est construite au fil du temps et des représentations. Sur scène, ça s’interrompt et se houspille avec joie. Denrée rare à Paris, on trouve ici la gaieté en abondance. Le public est conquis, signe d’un pari réussi trois ans et demi après la réouverture d’un cabaret contraint de mettre la clé sous la porte en 2006.C’est en 2015 que Fabrice Laffon, directeur du lieu et de la salle voisine du Divan du Monde, décide de relancer Madame Arthur et de faire communiquer les deux espaces. Il souhaite faire du Divan une discothèque axée sur la musique française – a priori pas l’idée la plus sexy, qui s’est pourtant imposée depuis comme la signature du lieu, festif et bon enfant. Côté cabaret, la nouvelle troupe s’est forgé une solide réputation: les soirs de représentation ouvrent même désormais par un show sur la scène du Divan, la plus ancienne et la plus grande des deux salles.

Corset de plumes et sourcils pailletés

Dans les loges, un chien se faufile entre les malles blindées, au milieu des portants qui croulent sous les robes couture. Concentrés face au miroir, les artistes se préparent pour la représentation de 23h sur la scène historique de Madame Arthur, sans thème imposé, après avoir donné un premier spectacle à 21h au Divan. «Bien sûr, on connaissait le lieu et tout ce qu’il représente», commence Voodoo, occupé à lacer un corset de plumes cendrées au plus près du corps de Morian. «Plus serré, bébé!» Silhouette gracile parfaitement dessinée, la Miss prend le temps de se redresser. «C’est le jour et la nuit: il y a trois ans, on pouvait se retrouver devant cinq personnes. Aujourd’hui, au Divan, on est dans un vrai théâtre, un lieu incroyable avec une histoire: un ancien cinéma porno… On adore», glisse-t-il dans un haussement de sourcil pailleté.



Depuis son ouverture au début du XIXe siècle, le Divan a connu mille vies: brasserie, cinéma porno, la salle aurait même accueilli des combats de boxe clandestins. Son heure de gloire restera le tournant de la Belle Epoque, quand Blanche Cavelli s’y effeuille, tandis que Toulouse-Lautrec y admire la chanteuse Yvette Guilbert. C’est d’ailleurs sa chanson Madame Arthur, évoquant un «je-ne-sais-quoi» capable de rendre les hommes fous, qui vaudra son nom au cabaret voisin. Ce dernier devient célèbre pour ses numéros travestis dès l’ouverture en 1946.

Un repaire de liberté

Les premiers artistes transsexuels de Paris s’y produisent aussi, parmi lesquels Coccinelle, puis Bambi, icônes transgenres qui y mènent la revue dans les années 50 et 60. Madame Arthur s’impose alors comme un lieu de provocation joyeuse. Une idée qui tient à cœur aux nouveaux membres de la troupe. «Ici, c’est un repaire de liberté. Voilà ce qu’on veut voir à Paris. C’est de liberté qu’on a besoin», martèle Morian, avant de remonter sur scène.
On s’était juré de rentrer tôt ce soir. On se retrouve happé par ce lieu aux allures de saloon, avec son bar tout en longueur, ses escaliers cirés et son grand miroir moucheté. Jane Birkin serait passée la veille. L’occasion d’entonner Les dessous chics. Le public se tait. Bientôt minuit, Voodoo, Morian et les autres quitteront la scène pour laisser la piste de danse aux noctambules de tout poil. Bouffée de spleen. Un homme nous attrape le poignet, un pâtissier du quartier voisin de Barbès à la veille de son jour de repos: «Dites, ça ne va pas s’arrêter? Ça vous dirait qu’on reste ici pour toujours?» Couples BCBG, garçons trop maquillés, famille de touristes et jolies filles en goguette commencent à s’échauffer. La nuit est jeune, à nous d’être gais.


Infos pratiques: Madame Arthur, 75 bis, rue des Martyrs, Paris XVIIIe (Métro Pigalle).
Représentations toutes les semaines du jeudi au samedi: 21h dans la salle du Divan du Monde, 23h chez Madame Arthur.
Club de 00h à 6h.