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mercredi 24 juin 2020

Carlos Ruiz Zafon / Barcelone sur le qui-vive, à l’ère du franquisme


Littérature – L'écrivain espagnol Carlos Ruiz Zafon s'est éteint ...
Carlos Ruiz Zafón

Carlos Ruiz Zafón

Barcelone sur le qui-vive, à l’ère du franquisme


Entre fantasy et thriller politique, «Le labyrinthe des esprits» clôt la tétralogie du «Cimetière des livres oubliés» de Carlos Ruiz Zafón


Isabelle Rüf
Publié jeudi 24 mai 2018 à 00:00
Modifié dimanche 27 mai 2018 à 14:26




Avec Le labyrinthe des esprits, Carlos Ruiz Zafón achève sa tétralogie du Cimetière des livres oubliés. Pour ceux qui n’auraient pas encore succombé au charme de ce feuilletoniste aguerri, sachez que ce «cimetière» est une sorte de cathédrale, cachée dans les sous-sols de Barcelone, où se réfugient les ouvrages en déshérence, en attente du lecteur prédestiné qui leur redonnera vie.
LA TRILOGIE DU CIMETIÈRE DES LIVRES OUBLIÉS - INTÉGRALE EBOOK ...Ce n’est pas dans ce temple de la littérature qu’on risque de trouver les livres de l’«auteur espagnol le plus lu au monde», traduit en plus de trente langues. Zafón, né à Barcelone en 1964, vit en Californie et, en bon scénariste, il sait se mettre en scène avec des moyens hollywoodiens. Les quatre volumes du Cimetière peuvent se lire comme une grande saga, ou séparément – des passages explicatifs renseignent les novices. L’ombre du vent (2004), Le jeu de l’ange (2009), Le prisonnier du ciel (2012) se déroulent dans la «ville des prodiges» entre les années 1920 et la fin des années 1950. L’atmosphère oscille entre le thriller politique et le genre fantasy, qui imprègne aussi les trois volumes du Cycle de la brume. Le labyrinthe des esprits se déroule pendant l’hiver 1959 – enchâssé dans deux passages situés en 1992. Ceux-ci s’intitulent «Le livre de Daniel» et «Le livre de Julián», ce qui leur prête un caractère biblique.

Livre dans le livre

Comme dans toute bonne série, on retrouve dans Le labyrinthe… les personnages des titres précédents. Les Sempere sont libraires de génération en génération. Le père, Juan Sempere, a perdu sa femme, Isabella, dans des circonstances mystérieuses dont le secret hante leur fils, Daniel. Père et fils gèrent la boutique avec Bea, la femme de Daniel. Ces deux ont un petit garçon, Julián. C’est lui qui écrira le livre de sa famille. Au début du récit, il découvre la lecture et semble obsédé par les romans d’un certain Victor Mataix, dont une saga intitulée Le labyrinthe des esprits. Il en est au tome VII. Livre dans le livre, auteur mystérieusement disparu ainsi que la plupart de ses romans, mise en abyme: Zafón met ses pièces en place.Les livres de Mataix vont jouer un rôle essentiel, à côté de ceux d’un autre écrivain disparu, Julián Carax, auteur, lui, de L’ombre du vent, et d’un troisième maudit, Daniel Martín. Toute la saga est construite sur une mythologie du livre – dangereux pour qui l’écrit et qui le lit, formateur, révélateur, salvateur. On pense à Umberto Eco, bien sûr, et plus lointainement à Borges et un peu à Harry Potter.

Alice au pays des horreurs

A la famille Sempere, il faut ajouter Fermín, personnage picaresque au langage alambiqué, amateur de Sugus, doué d’un flair infaillible pour les ouvrages de valeur et doté de nombreuses vies qu’il met volontiers en danger. Et surtout, nouvelle venue dans l’aventure, Alicia Gris. Une Mata Hari aux yeux verts, qui a survécu par miracle aux bombes de la guerre civile et en garde des cicatrices douloureuses. Cette orpheline a connu une enfance à la Dickens – pensionnat inhumain, puis délinquance de rue dans une bande de voyous. Elle devient agent secret sous la houlette d’un haut fonctionnaire, un certain Leandro, un dandy raffiné et pervers qui l’a tirée de la rue.
Chaque livre, chaque tome que tu vois a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et ont rêvé avec lui. Toutes les fois qu’un livre change de main, toutes les fois que quelqu’un parcourt ses pages, son esprit grandit et devient plus fort 
Nouvelle Alice au pays des horreurs, Alicia enquête selon des méthodes peu orthodoxes, manque mourir souvent, ressuscite facilement et n’hésite pas à liquider ceux qu’elle ne parvient pas à circonvenir avec son charme et sa ruse. On lui impose un policier désespéré – ce sont les meilleurs –, un nommé Vargas, avec lequel elle finit par faire une fine équipe.

Enfants volés

Le récit tourne autour de la disparition de Mauricio Valls. Ancien directeur de la prison de Montjuich, il occupe désormais un poste ministériel important. Exécutions sommaires, assassinats politiques, empoisonnements, affaires d’argent, vengeances: les raisons d’en vouloir à Valls ne manquent pas et il paiera ses exactions au prix fort. Il y aura beaucoup de morts, des méchants et des bons aussi. Des vies brisées, des histoires d’amour éternel, des trahisons et des loyautés.
Le récit vogue entre les époques par coups de théâtre ou de chance. Zafón tire ses fils avec une telle habileté qu’on glisse par-dessus quelques incohérences. On finit par en oublier le trou noir tapi au cœur du récit: le scandale des enfants volés sous le franquisme. Des opposants politiques de tout bord, d’autres qui faisaient obstacle aux affaires prometteuses ont été exécutés par le régime jusque dans les années 1980, leurs enfants ont été vendus par milliers à de riches familles. Cette affaire, qui préfigure les vols d’enfants pendant les dictatures militaires en Argentine, au Chili et en Uruguay, est un sombre héritage encore en cours de liquidation en Espagne.
Le cimetière des livres oubliés T.4:Le labyrinthe 3 CD mp3(28h32 ...

Thriller haletant

Zafón, qui a grandi dans l’atmosphère délétère du franquisme avant de s’exiler aux Etats-Unis, thématise cet épisode mais sans vraiment s’y attacher: le côté thriller domine le politique. Et ça marche: ces «mystères de Barcelone» à la Eugène Sue réussissent à captiver pendant un bon moment. Même si Zafón est très bavard, qu’il manifeste un goût excessif des détails, qu’il ne craint pas de répéter les motifs – la résurrection de ceux qu’on croyait morts, par exemple – et qu’il s’égare trop souvent dans des digressions philosophico-sentimentales ou égrillardes faciles. Des images en noir et blanc, œuvres de grands photographes espagnols ou tirées des archives, ajoutent à l’atmosphère d’une Barcelone crépusculaire.

«Le labyrinthe des esprits», Carlos Ruiz Zafón, traduit de l’espagnol par Marie Vila Casas
Actes Sud, 848 pages.

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lundi 22 juin 2020

Carlos Ruiz Zafon / «L'Ombre du vent» / L'homme qui brûlait les livres


L'ombre du vent (Best-sellers): Amazon.es: Carlos Ruiz Zafón ...

Carlos Ruiz Zafón

«L'Ombre du vent»

L'homme qui brûlait les livres


C'est encore Barcelone qui inspire «L'Ombre du vent», excellent roman sur une trame policière et fantastique zigzagant de 1933 à 1966.

Carlos Ruiz Zafón
L'Ombre du vent.
Trad. de François Maspero.
Grasset, 526 p.

Par Jean-Charles Gateau
Publié samedi 1 mai 2004 à 02:08



Carlos Ruiz Zafón — Wikipédia
Carlos Ruiz Zafón
«L'ombre du vent» (La Sombra del viento, 2001): encore un de ces romans inespérés qui déboulent de Catalogne, comme pour démontrer que Madrid n'est plus la capitale intellectuelle de l'Espagne, tout au plus une sorte de Canberra d'où l'on gouverne. De Carlos Ruiz Zafón, inconnu jusqu'ici en France, on nous dit qu'il a 40 ans, qu'il vit à Los Angeles, et que ce roman a obtenu le Prix Planeta. Prix mérité, parce que c'est un excellent roman barcelonais où, sur une trame policière et fantastique qui zigzague de 1933 à 1966, l'observation aiguë du quotidien se marie à la fertilité de l'imagination.
Le livre s'ouvre sur une idée borgésienne: il y aurait à Barcelone un lieu connu d'un tout petit nombre d'initiés bibliophiles le Cimetière des livres oubliés, un labyrinthe d'escaliers, de corridors et de rayonnages sans aucun classement, croulants de livres oubliés attendant qu'un lecteur vienne les ressusciter. Au cours de l'été 1945, le libraire d'anciens et d'occasions Sempere père y emmène son fils Daniel, bientôt
10 ans. La coutume permet, à la première visite, d'emporter et de garder un livre. Le gamin finit par choisir L'Ombre du vent, de Julián Carax, (Cabestany Ed., Barcelone déc. 1935). Il le dévore toute la nuit avec fièvre, et se promet de lire tous les livres de cet auteur.
Son père, qui ignore tout de Carax, emmène Daniel chez un collègue plus huppé et plus savant, Barceló, qui feint l'indifférence mais fait plusieurs offres que le gamin décline, puis lui donne rendez-vous: il lui révèle que c'est l'unique exemplaire survivant, tous les autres ont brûlé. Et il lui présente sa nièce Clara,
20 ans, aveugle et délicieuse, comme l'unique spécialiste de Carax. Clara a lu La Maison rouge de Carax en France où son père l'avait mise à l'abri au début de la guerre civile, et cherché vainement à en savoir plus sur l'auteur et son œuvre. Ce qu'elle sait, c'est qu'un étrange individu recherche, achète et brûle les livres de Carax.
Daniel se propose pour faire la lecture à Clara, s'en éprend. Pour ses 16 ans, il invite les Barceló, mais ils ne viennent pas. Furieux, l'adolescent sort marcher dans la nuit. Un homme l'aborde; lui propose de racheter son Carax… Pour le brûler. A la lueur d'un briquet Daniel découvre avec épouvante que l'inconnu n'a ni nez, ni lèvres, ni paupières: une face carbonisée, toute en cicatrices.
Daniel enquête toujours et apprend beaucoup sur Carax; fils du chapelier Fortuny et de Mme née Carax. Protégé par l'industriel Aldaya qui a découvert ses dons et lui a payé d'excellentes études, Julián s'était épris de Penelope, la fille d'Aldaya, ils devaient fuir par le même train pour Paris – mais elle avait manqué le train. Seul à Paris, Carax publie quelques romans. En 1936, on trouve à Barcelone son cadavre avec en poche l'une de ses œuvres et son passeport, porteur du tampon frontalier. Mais est-ce vraiment Carax? Ce n'est pas l'avis du sinistre Fumero, un tueur sadique, qui se retrouvera dans la police franquiste et traquera Carax. Fumero connaîtra le sort qu'il mérite.
Ce roman prolixe défie le résumé dans sa foule de personnages, de coups de théâtre, d'intrigues emboîtées, de tiroirs qui ouvrent sur d'autres tiroirs. Il fait songer à Eugène Sue, au Fantôme de l'opéra de Gaston Leroux, au Maître et Marguerite de Boulgakov. On doit s'y prendre à plusieurs reprises et dans les deux sens pour le lire. Au dénouement, Daniel est un libraire de 30 ans qui a épousé Bea et emmène leur fils de 10 ans, baptisé Julián, au Cimetière des livres oubliés. La boucle est-elle bouclée? Non. A son retour, Daniel découvre un colis qui sent l'encre fraîche: L'Ange de brume, posté de Paris avec une dédicace pour lui et Bea. Il sait alors que Carax, qui s'était défiguré pour détruire tous ses livres dans l'incendie des entrepôts Capestany, est sorti de sa folie autodestructrice et a retrouvé le goût d'écrire.
LE TEMPS





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samedi 20 juin 2020

L’écrivain espagnol Carlos Ruiz Zafon, auteur de «L’Ombre du vent», est décédé

Carlos Ruiz Zafon


L’écrivain espagnol Carlos Ruiz Zafon, auteur de «L’Ombre du vent», est décédé


Carlos Ruiz Zafon s’était rendu célèbre principalement par sa tétralogie «Le Cimetière des livres oubliés», dont le volet «L’Ombre du vent», traduit dans une cinquantaine de langues, fait partie des romans espagnols les plus vendus de ces dernières décennies

AFP
Publié vendredi 19 juin 2020 à 14:56
Modifié vendredi 19 juin 2020 à 14:58


L’écrivain espagnol Carlos Ruiz Zafon, célèbre mondialement pour son roman «L’Ombre du vent», est mort à 55 ans d’un cancer, a annoncé vendredi sa maison d’édition, Planeta.
«L’écrivain Carlos Ruiz Zafon est décédé aujourd’hui, 19 juin 2020, à 55 ans, dans sa résidence de Los Angeles, Etats-Unis, d’un cancer», a indiqué le groupe dans un communiqué.
«L’un des meilleurs romanciers contemporains nous a quittés, mais il restera très vivant parmi nous à travers ses livres», ajoute l’éditeur, qui publiait depuis vingt ans les romans de Ruiz Zafon, en particulier sa tétralogie «Le Cimetière des livres oubliés».
Publiée entre 2001 et 2016, elle comprend «L’Ombre du vent», «Le Jeu de l’ange», «Le Prisonnier du ciel» et «Le Labyrinthe des esprits».
Carlos Ruiz Zafon

Un auteur star

La maison d’édition cite dans son communiqué une phrase du père de Daniel Sempere, personnage principal de «L’Ombre du vent», livre le plus connu de l’auteur et l’un des romans espagnols les plus vendus de ces dernières décennies. «Chaque livre, chaque tome que tu vois, a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit, et l’âme de ceux qui l’ont lu et ont vécu et ont rêvé avec lui», dit ce personnage en faisant découvrir à son fils le mystérieux «Cimetière des livres oubliés», une bibliothèque secrète et magique labyrinthique, autour de laquelle tourne toute la saga.
Dans ce roman à suspense qui se déroule à Barcelone après la Guerre civile espagnole (1936-1939), le jeune Daniel Sempere tente de percer le mystère entourant l’écrivain Julian Carax.
Carlos Ruiz Zafon
Le roman publié en 2001 est vite devenu un énorme succès d’édition, traduit dans une cinquantaine de langues et vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde, faisant une star de son auteur, qui s’était jusque-là consacré à la littérature jeunesse.
Né à Barcelone en 1964, Carlos Ruiz Zafon, éduqué dans une institution religieuse et diplômé en communication, avait d’abord fait carrière dans la publicité avant de publier son premier roman à presque 30 ans.
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