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jeudi 6 octobre 2022

Annie Ernaux / « Passion simple » / Sensuel et sans suite

 


« Passion simple » – Sensuel et sans suite

Diane Lestage
24 AOÛT 2021

En adaptant le court livre d’ Annie Ernaux, Passion simple, la réalisatrice Danielle Arbid réussit à retranscrire cinématographiquement l’écriture brut et authentique de l’autrice. Charnel et incarné, Passion simple est l’histoire d’une femme qui attend un homme.

Le visage de Laetitia Dosch. Ses yeux embués. La caméra tournoie autour d’elle. On peut lire dans les yeux de son personnage la tristesse et la résignation. Cette femme se raconte. Pendant plusieurs mois, toute sa vie quotidienne a tourné autour d’un homme, rythmée par la sonnerie du téléphone, et le bruit de moteur de sa voiture annonçant son arrivée. Très vite, la confidence littéraire laisse place à la jouissance. Danielle Arbid fait glisser son objectif entre les peaux qui s’agrippent, effleurant les chairs. Tandis que, les gémissements de plaisir se mêlent aux souffles des amants. Le temps est arrêté, seul compte ces corps imbriqués.

Par cette scène de sexe inaugurale, la réalisatrice installe le décor narratif et temporel du film. Une temporalité égoïste donnée par le personnage d’Hélène, professeure à l’Université et mère divorcée. La cinéaste décortique à l’image les étapes de la passion amoureuse qui embrase le corps et le cœur de la protagoniste jusqu’à l’obsession. Le diplomate russe marié (incarné par le danseur Sergei Polunin) qui lui fait perdre la tête, devient l’objet et l’instigateur des habitudes d’Hélène. Passion simple se découpe en deux espaces, le physique et le mental. D’abord celui amenant la présence de l’homme : téléphone, cérémonial de préparation, arrivée, sexe, et départ. Et le temps de l’absence où il vient s’infiltrer dans la vie réelle occupant la moindre pensée et le plus petit geste de la vie banale.

« À partir du mois de septembre de l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi. »

Passion simple, Annie Ernaux, Gallimard

Corps à cœur

La cinéaste capture en alternance le tourbillon de l’ivresse fiévreuse à la solitude obsessionnelle. L’état des lieux amoureux disséqué par l’écriture brute et factuelle d’Annie Ernaux est ici directement incarné par Laetitia Dosch, marqué sur son corps, lisible dans son regard. En diapason plusieurs chansons d’amour parsèment le long-métrage marquant les étapes de l’évolution sentimentale et l’agitation perpétuelle d’Hélène. De « C’est merveilleux l’amour » de Gilbert Bécaud à « If You Go Away » de Rod McKuenen passant par « I Want You » de Bob Dylan. Cette bande-son retranscrit ces vertiges de l’amour, apparaissant ici comme des chorégraphies sensuelles.

Aimer déraisonnablement sans explication dans cette lumière de fin d’après-midi captée par la pellicule. C’est de ça dont il est question dans cette adaptation, sixième long-métrage de Danielle Arbid où pour la première fois, elle n’évoque pas ses racines libanaises mais poursuit son exploration érotique et sensorielle au cinéma, filmant comme rarement un corps d’homme désiré.

Passion simple apparait finalement comme une traduction filmique et contemporaine de la très célèbre citation d’Alfred de Musset, dans On ne badine pas avec l’amour : « On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

LIRE AUSSI : PASSION SIMPLE – DÉCRIRE LA VIE.

Auteur·rice

  • Diane Lestage
  • J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.
  • MAZE

mercredi 12 janvier 2022

« Le cinéma que je fais » / Duras cinéaste par Duras

 

Marguerite Duras


« Le cinéma que je fais » – Duras cinéaste par Duras

Diane Lestage
14 DÉCEMBRE 2021


Sous-titré « Écrits et entretiens », Le cinéma que je fais, paru en octobre dernier aux éditions P.O.L. est un corpus de textes de Marguerite Duras consacrés à son cinéma. Ces écrits recueillis par François Bovier et Serge Margel traversent la filmographie de Duras.

« C’est parce que je n’ai pas la force de ne m’occuper à rien que je fais des films. » écrit Marguerite Duras. Celle qui ne s’arrêtait jamais d’écrire : romans, pièces de théâtre, scénarios, etc. entreprit dans les années 1960 de passer derrière la caméra car qui mieux que Duras pouvait adapter Duras  ? Alors elle poursuit son écriture en faisant des ponts entre ses différents textes à travers ses scénarios. Les personnages durassiens traversent toute son oeuvre littéraire, tandis qu’elle transforme au cinéma son écriture en traduction cinématographique.

Les images de Marguerite Duras s’offrent en contemplation et poésie à l’image de tous ses écrits. L’ouvrage d’environ 500 pages navigue de films en films parmi les dix-neuf qu’elle a réalisée. Certains comme La Musica ou India Song sont des adaptations d’elle-même. D’autres sont des oeuvres filmées originales écrites pour le cinéma à l’instar de Nathalie Granger, Le Camion ou L’ Homme Atlantique.

Une démarche teintée de radicalité

«  Elle est toujours au bord de ne pas écrire, elle est toujours sur le point de tout quitter, et les mots et la vie. Et cependant non. Elle vit. Elle écrit. Elle aime. Tout.  »

Cet amour-là de Yann Andréa

De 1967 à 1988, de La Musica à Varia, l’autrice raconte vingt ans de réalisations cinématographiques à travers des notes d’intentions, notes aux acteurs, extraits de scénario, lettres, longs entretiens publiés dans Les Cahiers du cinéma. Chaque archive – dont certaines sont complètement inédites – permet de mieux comprendre le cinéma si particulier de Duras, qui ne ressemble à aucun autre. Par ailleurs, elle y dissèque sa manière de travailler, sa vision du septième art, la radicalité de sa démarche. Chacune de ses phrases, chacune de ses réponses d’interview est écriture durassienne. Et c’est ce qui fait la beauté du Cinéma que je fais : lire Duras.

Le cinéma que je fais de Marguerite Duras, éditions P.O.L, 24 euros.

© P.O.L.

Auteur·rice

jeudi 24 août 2017

Robert Redford fête ses 81 ans

Robert Redford fête ses 81 ans

Par Diane Lestage
Mis à jour le 18/08/2017 à 09:32
Publié le 18/08/2017 à 06:00


VIDÉOS - L'acteur iconique célèbre son anniversaire ce vendredi. Il sera prochainement à l'affiche d'un film Netflix, Our souls at night avec Jane Fonda. Le Figaro revient sur les dix rôles les plus marquants de sa carrière.
Joyeux anniversaire Robert Redford ! L'acteur américain fête ses 81 ans ce vendredi 18 août. Il s'est fait connaître au milieu des années 1960 avant de s'imposer comme un des plus grands comédiens des années 1970. Après un début de carrière au théâtre et à la télévision, le jeune Robert Redford né en 1936, se lance sur le grand écran. En 1966, le cinéaste Arthur Penn réalise La Poursuite impitoyable avec Marlon Brando et Jane Fonda et c'est là qu'apparaît le blondinet pour la toute première fois, poursuivi par le géant du cinéma.
Robert Redford va alors enchaîner les longs-métrages sur un rythme effréné durant les années 1970. On le retrouve essentiellement dans les films de Sydney Pollack et de George Roy Hill. Le comédien va ensuite lever un peu le pied pour passer à la réalisation avec le film Des Gens comme les autres en 1980 qui lui offre l'Oscar du meilleur réalisateur en 1981.
À la fin du mois de septembre prochain, il retrouvera Jane Fonda dans un film produit par Netflix, Our souls at night. En attendant, Le Figaro rend hommage à sa carrière de comédien ses dix rôles les plus emblématiques au cinéma.
● Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill (1969)
Butch Cassidy et Le Kid auraient pu être interprétés par Steve Mc Queen et Dustin Hoffman, mais ce sont bien Paul Newman et Robert Redford qui ont rendu culte ce western de George Roy Hill. Les deux compères sont des pilleurs de banques et de trains qui sévissaient à la fin du XIXe siècle. Ils vont être traqués par des détectives pendant plusieurs jours afin de mettre fin à leurs hold-up répétitifs. Ces deux acolytes magnifiques sont attachants, drôles et lié par une amitié que rien ne peut atteindre. Et si le film est une réussite sur de nombreux plans, ce sont ses deux interprètes qui crèvent totalement l'écran au point de devenir sans aucun doute un des meilleurs duos du cinéma.
● Nos plus belles années de Sydney Pollack (1973)
Elle (Barbara Streisand) est militante communiste, Lui (Robert Redford) préfère les filles à la politique. Ils se rencontrent à l'Université et vont tomber amoureux. Alors qu'ils semblent mener une vie idyllique, mariés et vivant à Hollywood, le maccarthysme va s'abattre sur l'Amérique d'après-guerre. Deux philosophies, deux manières de voir le monde et deux êtres qui s'aiment pourtant malgré leurs oppositions et «la chasse aux sorcières» qui sévit. Avec Nos plus belles années, Sydney Pollack place son acteur phare au centre d'une jolie fresque très romanesque. Robert Redford interprète parfaitement ce personnage à la fois beau et complètement passif.
● L'Arnaque de George Roy Hill (1973)
Quatre ans après Butch Cassidy et le Kid, Robert Redford retrouve George Roy Hill et Paul Newman pour un nouveau long-métrage et un sacré bond dans le temps. Dans L'Arnaque, le célèbre duo va être réuni pour monter une grande escroquerie afin de se venger de la mort de l'ami du personnage de Robert Redford. L'histoire se déroule dans l'Amérique des années 1930 pendant la grande Dépression. Ce film qui a remporté 7 oscars l'année de sa sortie fait évoluer ces deux personnages dont il se dégage une classe et un charisme incroyables. L'Arnaquen'a jamais pris une seule ride.
● Gatsby le Magnifique de Jack Clayton (1974)
En 1974, Jack Clayton s'inspire du roman culte de F. Scott Fitzgerald et réalise Gatsby le Magnifique avec un scénario écrit par Francis Ford Copppola. Le personnage de Jay Gatsby est bien entendu incarné par Robert Redford alors que Mia Farrow se glisse dans la peau de l'objet de ses pensées, la belle Daisy. Dans l'Amérique des années folles, le millionnaire est obsédé par la jeune femme et va tout faire pour la conquérir. Le film est fidèle à l'œuvre de Fitzgerald et donc mis en scène de manière très académique mais la beauté et le jeu impeccable de l'acteur donne beaucoup de charme à cette adaptation.
● Les Trois jours du condor de Sydney Pollack (1975)
Dans Les Trois jours du condor, Robert Redford se retrouve de nouveau dans un long-métrage de Sydney Pollack, mais cette fois aux côtés de Faye Dunaway dans un thrilller d'espionnage. Le comédien y interprète un chercheur de la CIA qui retrouve ses collègues assassinés. Menacé lui aussi par son supérieur, il va passer le film à tenter de retrouver les meurtriers et de comprendre ce qu'il se passe à la CIA. Ce film est un succès de plus dans la cinématographie de l'acteur qui s'impose dans le cinéma américain. Il est parfait dans ce rôle d'homme ordinaire pris dans une toile d'araignée et se méfiant de tous les autres personnages.
● Les Hommes du président d'Alan J. Pakula (1976)
Les Hommes du président est adapté du livre de Bob Wood Ward et Carl Bernstein, les deux journalistes qui ont enquêté sur le scandale du Watergate pour le Washington Post. Robert Redford et Dustin Hoffman y interprètent les deux hommes et forment un duo attachant qui fonctionne aussi à merveille. Cette adaptation d'Alan J. Pakula est sûrement une des pièces maîtresse du comédien de 81 ans aujourd'hui. Il est également conseillé de regarder le film mashup de Dominnique Mézerette et Michel Hazavanicius, La Classe américaine: le Grand Détournement dont le film et les personnages de Robert Redford et Dustin Hoffman servent de base au détournement.
● Le Meilleur de Barry Levinson (1984)
Nous quittons les années 1970. Robert Redford incarne un joueur de baseball dans Le Meilleur de Barry Levinson sorti en 1984. Blessé par balle dans sa jeunesse, celui-ci avait dû mettre fin à une possible carrière. Quinze ans après, alors qu'il n'a plus vraiment l'âge de jouer, il parvient à se faire recruter par un club et va peu à peu prouver à tout le monde qu'il est le meilleur. Dans un rôle et un registre très différents de ces précédents films et s'il reste peu connu en France, Robert Redford y partage l'affiche avec Robert Duvall.
● Out of Africa de Sydney Pollack (1985)
Sydney Pollack collabore encore et encore avec le comédien pour une des plus belles histoires d'amour. Robert Redford vit romance avec Meryl Streep dans cette adaptation du roman autobiographique de Karen Blixen, La Ferme africaine publié en 1937. Il y incarne un chasseur qui va s'éprendre d'une jeune baronne qui vient d'arriver au Kenya. Les deux amants vivent leur passion sur la musique de John Barry et tout semble beau dans ce long-métrage, de la lumière aux paysages, du scénario aux couples d'interprètes.
● L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux de Robert Redford (1998)
Pour L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, Robert Redford est à la fois derrière et devant la caméra ainsi que producteur. Il adapte le roman éponyme de Nicholas Evans. L'histoire raconte comment après un accident à cheval une jeune fille est traumatisée et perd goût à la vie. Sa mère va alors partir à la recherche d'un dresseur et découvrir ce mystérieux personnage qui chuchote à l'oreille des chevaux. Le comédien réussit plutôt bien son pari et livre un film très touchant.
● All I lost de J. C. Chandor (2013)
Pourtant habitué aux films en duo, Robert Redford se retrouve tout seul dans All I lost de J.C. Chandor. Le personnage qu'il interprète part en voyage sur l'Océan Indien mais va très vite s'apercevoir que son voilier a été percé et malgré ses efforts pour le remettre en état, la tempête et la mort rôdent autour de lui. Il fallait finir cette liste par ce film où Robert Redford, qui n'est déjà plus tout jeune prouve,1h46 durant, toute l'étendue de son talent.

 

LE FIGARO

mardi 22 août 2017

La Passion Van Gogh / Nouvelle bande-annonce du film peint à la main




La Passion Van Gogh : nouvelle bande-annonce du film peint à la main


Par Diane Lestage
Publié le 17/08/2017 à 06:00


VIDÉO - Le long-métrage d'animation réalisé par Dorota Kobiela et Hugh Welchman a été peint par 90 artistes. Prix du public au dernier Festival d'Annecy, il donnera vie à plus de 120 œuvres de l'artiste, le 11 octobre en salles.
S'immerger dans les tableaux et la vie de Van Gogh. C'est ce que nous proposent les réalisateurs Dorota Kobiela et Hugh Welchman dans leur long-métrage d'animation La Passion Van Gogh. Les plans du film ont été peints à la main par 90 artistes du monde entier. Ce sont donc les toiles de l'artiste à l'oreille coupée qui nous racontent les derniers jours de la vie de celui-ci. En juin dernier, le film avait été acclamé pendant sa projection au Festival d'Annecy où il a d'ailleurs remporté Le Prix du public.
Le long-métrage se sert de 800 lettres de Van Gogh comme base pour construire l'histoire. Un an après le décès de célèbre artiste, le fils de Joseph Roulin (ami de Van Gogh) doit remettre en mains propres une lettre à Théo Van Gogh, le frère de Vincent. Mais le personnage apprend rapidement que le frère du peintre est également décédé. Afin de mieux comprendre Van Gogh et son suicide, il va se rendre à Auvers-sur-Oise, le village où le peintre a passé ses derniers mois. Il va ainsi découvrir la vie passionnante et mystérieuse qu'il a menée.

Et la vie et l'œuvre de Van Gogh s'animèrent

La bande-annonce divulgue déjà la couleur d'un film fascinant par sa forme. Alors que le jeune héros part sur les traces du peintre, il nous plonge dans un tourbillon de toiles plus célèbres les unes que les autres. De la couleur au noir et blanc, de la peinture à l'huile au vivant, les réalisateurs parviennent à captiver nos yeux. Ce ne sont pas seulement les œuvres du peintre qui vivent, c'est Van Gogh lui-même qui renaît à l'écran.
De véritables comédiens interprètent les personnages, ils ont joué sur des fonds verts auxquels on a ajouté par composting les toiles de Van Gogh avant de les animer en infographie. Il a fallu un an aux dessinateurs du film pour reproduire les œuvres de l'artiste de manière cinématographique. Saoirse Ronan, Douglas Booth, Chris O'Dowd, Aidan Turner et Helen McCrory se partagent donc l'affiche de La Passion Van Gogh alors que Pierre Niney a donné sa voix au personnage principal dans la version française du film qui sortira le 11 octobre.