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vendredi 19 novembre 2021

vendredi 4 décembre 2020

Jo Nesbø / Le écrivain norvégien qui fait frissonner les lecteurs de romans noirs

Jo Nesbø

Jo Nesbo, écrivain norvégien


Jo Nesbø est né à Oslo en 1960. Les dix volumes des aventures de l'Inspecteur Harry Hole - de L'homme chauve-souris à Police -, traduits en près de quarante langues et vendus à plus de vingt-trois millions d'exemplaires à travers le monde, ont fait de lui un auteur incontournable pour tout amateur de roman noir.Son nouveau roman intitulé Le Fils vient de paraitre dans la collection de «La Série Noire» chez Gallimard.

Jo Nesbo, le Norvégien qui fait frissonner les lecteurs de romans noirs

Paris - Voir le monde à travers les yeux d'une femme est "toujours plus inquiétant", affirme l'écrivain star de polars Jo Nesbo, de retour avec un nouveau thriller "La soif" (Gallimard), dans lequel des femmes inscrites sur des sites de rencontres meurent dans d'atroces circonstances.


Jo Nesbø


Le Norvégien qui a vendu plus de 34 millions de livres dans le monde ne veut pas faire des femmes systématiquement des victimes. "Mais, comme je dis dans le roman, si les hommes risquent plus d'être assassinés, ce sont toutefois les femmes qui se sentent le plus vulnérables sur le plan émotionnel", souligne-t-il lors d'un entretien à l'AFP à Paris. 

"En tant qu'homme, quand vous marchez derrière une femme dans un parc et qu'elle hâte le pas, vous vous rendez compte qu'elle a peur de vous. Je trouve ça épouvantable qu'une femme puisse être effrayée en marchant dans un parc." 

Pour ce nouveau polar, Joe Nesbo se lance sur les traces d'un vampire des temps modernes et retrouve pour la 11e fois son personnage fétiche, l'inspecteur Harry Hole, incarné à l'écran par Michael Fassbender dans "Le bonhomme de neige", sorti récemment aux Etats-Unis et en salles fin novembre en France. 

Fait rare: dans "La soif", l'homme semble libéré de ses démons et coule des jours heureux auprès de sa compagne Rakel. "Il n'a pas beaucoup d'expérience en la matière", plaisante Nesbo. La parenthèse enchantée ne va bien sûr pas durer. 


Contrairement à d'autres auteurs nordiques de romans noirs, le Norvégien ne cherche pas le réalisme à tout prix et se montre moins politique que le Suédois Stieg Larsson ("Millenium") ou son compatriote Henning Mankell. Son obsession est la question du bien et du mal.  


"Le roman noir me permet de m'interroger sur l'existence du mal et sur la moralité", pointe l'écrivain à succès, qui a été successivement footballeur, journaliste, trader et donne désormais des conférences à l'école de police à Oslo.  

Il est également connu dans son pays pour son groupe de rock Di Derre, en vogue dans les années 90. 

C'est seulement à l'âge de 37 ans qu'il donne naissance à Harry Hole, personnage alcoolique, obsessionnel et vulnérable, dont il a l'idée lors d'un vol longue distance vers l'Australie.  

A peine débarqué, il s'enferme dans sa chambre d'hôtel et écrit "L'homme chauve-souris" (1997) sur le meurtre sauvage d'une Norvégienne à Sydney. 



L'inspecteur Harry Hole, de la police d'Oslo, est envoyé sur place pour participer à l'enquête sur ce meurtre qui s'avère le premier d'une longue série. Il va découvrir les dessous de la capitale australienne et se pencher sur ses propres obsessions. 

Pour Nesbo, sa vocation et son goût pour les histoires noires remontent à son enfance quand sa mère l'envoyait à la cave chercher des pommes de terre. 

"Je savais que je pouvais le faire en 20 secondes mais pendant ce laps de temps, plongé dans le noir, j'avais plus ou moins le temps, dans ma tête, d'écrire une histoire." 

"J'ai été attiré très tôt par ces histoires", indique celui qui se dit incapable de regarder un film d'horreur. "Probablement car ce que j'ai en tête pour des romans est bien pire que ce que l'on voit à l'écran." A bon entendeur ! 

L' EXPRESS






jeudi 3 décembre 2020

Jo Nesbø / «Le Bonhomme de neige» / Efficace

 

«Le Bonhomme de neige», thriller britannico-américano-suédois de Tomas Alfredson.
Avec Michael Fassbender, Rebecca Ferguson, Charlotte Gainsbourg... 1 h 59. Interdit - 12 ans


Jo Nesbø
«Le Bonhomme de neige» : efficace

Par C.B.
Le 29 novembre 2017 à 12h23

Alors que les polars de Jo Nesbo sont d'une redoutable finesse, cette adaptation du « Bonhomme de neige » ne fait pas dans la dentelle, et la mise en scène frise parfois la parodie. Malgré ces grosses ficelles, l'intrigue reste efficace : Harry Hole, détective alcoolique, enquête sur une disparition lors des premières neiges et craint qu'elle ne soit l'oeuvre d'un tueur en série... Au final, on se laisse prendre par le suspense et charmer par Michael Fassbender, qui réussit la prouesse de rester sobre tout au long du film.


https://www.youtube.com/watch?v=T0qtGMUObBs

LE BONHOMME DE NEIGE Bande Annonce VF (2017)


«Le Bonhomme de neige», thriller britannico-américano-suédois de Tomas Alfredson. Avec Michael Fassbender, Rebecca Ferguson, Charlotte Gainsbourg... 1 h 59. Interdit - 12 ans.

LE PARISIEN



mercredi 2 décembre 2020

«Macbeth» de Jo Nesbø / Un polar brillant et captivant

 

«Macbeth» de Jo Nesbo : un polar brillant et captivant

Le Norvégien Jo Nesbo a transposé la pièce de Shakespeare dans une ville écossaise des années 1970.

Le 16 septembre 2018 à 10h02

Il faut être sacrément gonflé pour intituler un roman « Macbeth » en 2018. Ça tombe bien : Jo Nesbo ne manque pas de culot. Maître du polar norvégien, père du flic Harry Hole, dont les aventures ont été adaptées plusieurs fois au cinéma, notamment dans « le Bonhomme de neige » l'an dernier, l'écrivain a relevé un défi titanesque pour signer cet ouvrage brillant*.

Celui qui fut aussi journaliste économique et chanteur d'un groupe de pop n'a pas emprunté à Shakespeare le titre de sa pièce par hasard : son « Macbeth » est une transposition de l'œuvre du tragédien dans les années 1970 et dans une ville écossaise gangrenée par le chômage, la drogue, la pollution et la corruption des politiciens et des policiers.

Ici, il est toujours question de pouvoir, de meurtres, d'amour et de folie. Les personnages portent les mêmes noms que ceux inventés de William Shakespeare au XVIe siècle : Macbeth et Lady, mais aussi Duncan, Malcolm, Banquo, Fleance, Hécate, Macduff… Leurs relations sont calquées sur celles des protagonistes de la pièce originelle.

Cependant, le Macbeth de Nesbo ne veut pas devenir roi, il vise le poste de préfet de police. Les prophéties des sorcières de Shakespeare sont remplacées par les ragots de prostituées. Inverness n'est pas le château de Macbeth, mais le casino de Lady, sa compagne. Et le personnage principal ne souffre pas d'hallucinations, il est sous l'effet d'une drogue puissante appelée « le bouillon ».

L’écrivain Jo Nesbo signe un « Macbeth » sombre, universel et passionnant 
dans son interrogation sur la frontière entre le bien et le mal.
 EPA/MAXPPP/Andreu Dalmau


Une nouvelle aventure avec Harry Hole en 2019

Sombre, universel, passionnant dans son interrogation sur la frontière entre le bien et le mal, ce « Macbeth » version 2018 témoigne une fois de plus de la virtuosité de Nesbo pour imaginer des personnages complexes et agencer les pièces d'une intrigue saisissante pendant 624 pages. « D'habitude, je travaille sur un synopsis de 50 à 70 pages pendant un long moment avant d'écrire, confie le Scandinave de 58 ans. Là, quelqu'un avait déjà fait le boulot pour moi -un certain William- quatre cents ans plus tôt. Et j'ai construit cette histoire à partir de là, scène par scène, acte par acte, de la même façon que je le fais avec mes propres synopsis. »

Ce n'est pas Nesbo lui-même qui a eu l'idée d'adapter Shakespeare. « Mon éditeur anglais m'a demandé de participer à un projet réunissant des écrivains s'inspirant de ses pièces, raconte l'auteur. Normalement, je n'aime pas les exercices imposés, mais là, c'était l'occasion d'écrire à propos de Macbeth. Je suis fasciné par ce personnage comme par celui de Lady Macbeth depuis mon enfance. » Comme les autres Norvégiens, Nesbo a étudié à l'école l'œuvre d'Ibsen, le dramaturge national, mais il a découvert le tragédien anglais à l'adolescence grâce au « Macbeth » réalisé par Polanski en 1971.

« Le personnage de Macbeth a été une source d'inspiration pour créer Harry Hole », avoue même Jo Nesbo. Et l'écrivain de souligner les points communs entre le héros shakespearien et son flic aux méthodes peu orthodoxes, alcoolique, parfois drogué. « Les deux avancent vers leur côté obscur, souligne-t-il. C'est d'ailleurs très perturbant de réaliser le degré de violence, de péché et de mal que vous êtes prêt à excuser de la part du protagoniste que vous avez choisi. Bien sûr, Macbeth bascule vers le mal dès le début du roman alors qu'Harry reste -plutôt- du bon côté de la ligne entre héros et méchant… » Depuis « Macbeth », Nesbo est repassé du « bon côté » : le Norvégien travaille actuellement sur une nouvelle aventure d'Harry Hole, qui sortira l'an prochain et s'intitulera « Couteau ».

NOTE DE LA RÉDACTION : 5/5

« Macbeth », de Jo Nesbo, Ed. Gallimard, collection Série noire, 624 p., 21 €.

REPÈRES


29 mars 1960 : naissance de Jo à Oslo.

1993-1998 : auteur, compositeur et interprète du groupe de pop Di Derre, l’un des plus célèbres de Norvège.

1997 : après avoir quitté son poste de journaliste économique, il publie son premier roman policier. « L’Homme chauve-souris » connaît très vite un succès public et critique. C’est la naissance de son héros Harry Hole, flic bourru, alcoolique et rebelle à l’autorité.

2011 : son roman « Chasseurs de têtes » est adapté au cinéma et en série télévisée. Trois autres seront transposés au cinéma, dont « le Bonhomme de neige » avec Michael Fassbender.

2015 : crée la série télé « Occupied », thriller politique qui met en scène l’occupation de la Norvège par la Russie.

2017 : publie « la Soif », son onzième polar mettant en scène Harry Hole.





lundi 7 septembre 2020

La douce musique de Jo Nesbo

Jo Nesbo à Hambourg, le 28 octobre 2017. — © Lars Berg/laiflaif

La douce musique de Jo Nesbo

Rencontre au long cours avec le légendaire écrivain norvégien chez lui, à Olso. Pour évoquer la noirceur et la construction de ses romans, mais aussi l’autre passion de sa vie: la musique


Philippe Chassepot
Oslo, vendredi 7 août 2020

Deux hommes qui ne se connaissent pas, s’assoient l’un en face de l’autre pour une toute première soirée à parler sports, musiques et alcools. Avec un pinot noir d’Alsace pour rythmer la conversation, ou la débrider quand elle file dans une impasse. Une ambiance certes très «boomer», on le concède, mais une recette toujours gagnante pour quinquas un peu nostalgiques. Et qui se transforme en rendez-vous idéal quand Jo Nesbo est de la partie.
Authentique star du polar scandinave, l’écrivain norvégien a vendu 45 millions d’exemplaires des aventures de l’inspecteur Harry Hole à travers le monde, et ses livres sont traduits dans une cinquantaine de langues. La noirceur de son héros reflète celle de l’âme humaine, et ses balades dans les bas-fonds d’Oslo agissent comme un révélateur des hommes: leurs bons côtés, à l’occasion, mais surtout des lâchetés, de l’égoïsme, et une focale grande ouverte sur le tragique de l’existence et le courage qu’il faut, parfois, pour simplement continuer à vivre. On est ici loin des romans de gare d’un Harlan Coben, aussi prenants soient-ils, ou d’intrigues minimalistes pondues à la chaîne. Jo Nesbo est un homme d’une plume foudroyante et d’une intelligence chirurgicale.

Accords en place

Il goûte très moyennement les tournées promotionnelles, et ça tombe bien, il n’a rien à vendre ce soir-là. Il rentre tout juste de Thaïlande où il a enchaîné les séances d’escalade, l’une de ses passions. Il est détendu, content de parler de tout et de rien, mais on le ramène quand même à son métier. Parce qu’il s’est passé beaucoup de choses dans Le Couteau (Gallimard), pavé de 600 pages sorti en août dernier, d’une densité délectable, qu’il a mis deux ans et demi à fignoler. Il s’agit ici du douzième épisode d’une série inaugurée en 1997 avec L’Homme chauve-souris. Jo Nesbo n’avance pas à l’aveugle. Il a un plan et un destin pour tous ses personnages, depuis toujours. Cette fois, il a décidé de tuer Rakel (ce n’est pas un spoiler, on l’apprend très vite), la compagne de Harry Hole, celle dont l’amour le maintient hors de l’eau depuis des années. Ce n’est pas seulement l’univers affectif de son héros qui s’effondre, mais sa seule raison de vivre.
A-t-il hésité avant de commettre l’irréparable? Ou avait-il vraiment le choix? «Non, ça faisait partie de l’histoire dans sa globalité, celle que j’ai imaginée voilà longtemps déjà. Quand vous écrivez une chanson, il y a des accords qui se mettent en place malgré vous. Eh bien c’est pareil pour un livre: je suis responsable des personnages, mais seulement jusqu’à un certain point. Il y a des directions dans la narration auxquelles on ne peut échapper. On pourrait lutter contre, mais ce serait sans effet. Si je n’avais pas tué Rakel, je serais allé contre la logique de l’histoire», explique-t-il.

Prix à payer

La Thaïlande, il y file pour se régénérer. Il dit qu’il a toujours su séparer sa vie personnelle de celle de Harry Hole, mais qu’il est malgré tout épuisant de naviguer dans un univers de meurtres en séries, de tortures et d’absence totale d’empathie. Il est bien trop impliqué pour échapper aux effets secondaires: «Je dois quand même aller fouiller au plus profond de moi quand j’écris les scènes les plus dures. J’ai perdu mon frère, mort d’un cancer. J’ai perdu d’autres proches, aussi. Donc la scène où Harry Hole rentre chez lui pour aller reconnaître le corps de celle qu’il aime… Quand j’ai fini un roman, je suis totalement épuisé, j’ai besoin de couper, longtemps. Même si je ne veux pas exagérer: je suis écrivain, c’est moi qui décide jusqu’à quel point l’univers est sombre ou le temps que je dois y passer. Je suis loin de vivre la même chose que ceux qui se lèvent tous les jours pour aller travailler dans ces ambiances-là. Mais il y a un prix à payer, oui.»
Le destin a dû se montrer cruel pour offrir aux lecteurs du monde entier un Jo Nesbo écrivain. Junior le plus prometteur de sa génération, il aurait dû devenir footballeur professionnel. Mais ses deux genoux l’ont lâché, et il a vite accepté le verdict pour basculer dans d’autres mondes. D’abord journaliste économique, puis musicien au sein de Di Derre. Un groupe formé comme une blague dans les années 1990: «On était juste une bande de copains qui jouaient dans les pubs, on devait même payer nos consommations. Jusqu’à ce que des représentants d’une maison de disques nous repèrent par hasard et nous proposent de signer dans la foulée», se souvient-il.
Suivront quatre albums perchés au sommet des charts, une vie de tournées qu’il n’avait jamais voulue et que personne n’avait imaginée pour lui: «Tous mes potes jouaient dans des groupes à leur post-adolescence, mais moi non. Et quand je m’y suis mis et que j’ai eu du succès, ils étaient là: «Mais comment c’est possible? Il ne sait pas chanter, il ne sait pas jouer! C’est totalement injuste!» Et je ne pouvais qu’être d’accord avec eux (rires). Et ces mêmes potes, quand je leur ai annoncé la publication de mon premier roman, ils m’ont tous dit: «Ben évidemment. Pourquoi tu as attendu aussi longtemps? On savait tous que tu avais ça en toi.»

Art émotif

C’est pourtant la musique qui reste le fil conducteur de sa vie, lui qui a été élevé aux Beatles grâce à son grand frère. Elle est omniprésente dans Le Couteau, et pas seulement parce qu’elle est une pièce essentielle de l’intrigue. On y trouve des hommages répétés aux vrais routards du rock’n’roll, comme Motörhead ou les Ramones. A des choses plus modernes, comme Father John Misty (ce qui se fait de mieux dans le monde indé ces temps-ci).
Il est aussi question d’attaquer en justice un gérant de bar parce qu’il passe de la musique pourrie; gérant qui se prend une claque, bien méritée selon l’auteur, parce qu’il passe des disques de David Gray, («ce putain de David Gray», dans le texte). Jo Nesbo est parfois à fleur de peau quand il parle d’accords essentiels: «Parce que des tas d’événements de votre vie sont reliés à la musique, c’est ça qui la rend si émouvante. C’est un art bien plus «émotif» que la littérature, le cinéma ou n’importe quel autre. Je n’ai aucune forme de défense contre une bonne chanson, ça me fait pleurer malgré moi. A chaque fois que je réécoute les Beatles ou une chanson qui me touche au coeur, j’ai à nouveau 15 ans.»
Il y aura d’autres références musicales dans le prochain Harry Hole, à coup sûr. Un personnage envahissant qui, jure-t-il, le laisse tranquille pendant ses plages de repos. Mais qui finit par l’appeler et le hanter, tôt ou tard. Il a déjà prévu sa fin. Quand? On ne le sait pas encore. Comment? Elle sera violente, à n’en pas douter, vu le profil de l’inspecteur. Jo Nesbo se veut moins léger quand il évoque ses livres: «Je suis très conscient de mes défauts en tant que musicien, je ne faisais ça que pour le fun. Mais j’essaie de dire des choses à travers mes romans. Même si ce n’est pas toujours évident à capter, j’essaie vraiment de faire passer des messages sur la condition humaine, la morale, sur la liberté qu’on a ou pas de faire certains choix.» C’est une évidence: Harry Hole, à travers la voix de son maître, n’a pas fini d’agir aux limites de la morale, loin, très loin du politiquement correct.