samedi 10 septembre 2022

Avec Muriel Pic, sur les sentiers de l’affranchissement



LES 50 MEILLEURS 

LIVRES 

DE 2020


Avec Muriel Pic, sur les sentiers de l’affranchissement

En s’attachant à faire revivre son grand-oncle Jim, rendu difforme par le mal de Pott, Muriel Pic propose une précieuse expérience de lecture, un bol de liberté dont on savoure chaque goutte


Lisbeth Koutchoumoff Arman 
Publié vendredi 27 novembre 2020 à 00:00
Modifié samedi 28 novembre 2020 à 16:39

Camarades lectrices et lecteurs, laissez au vestiaire vos lunettes ou tout autre instrument de navigation. Oubliez aussi les étiquettes usuelles de «récit», «roman», «poésie», «archives», «documentaire». Laissez de côté les cartes et les itinéraires balisés. En s’élançant dans Affranchissements de Muriel Pic, il s’agit de se laisser porter, d’accepter de quitter l’autoroute pour prendre un chemin de terre, à demi caché par les broussailles. Plus on chemine dans la lecture, plus on se félicite d’avoir pris la main de Muriel Pic, et plus on pense l’accompagner dans une errance, inspirée et libre, fluide comme le sont les rêves, sur mille et un sujets (la culture des fraises, les timbres, le tourisme de masse, la Riviera française avant la Première Guerre mondiale), avec pour fil rouge la figure d’un grand-oncle disparu en 2001, Jim, rendu bossu par une forme osseuse de la tuberculose, jardinier solitaire du parc de l’université à Londres et philatéliste amateur.


Muriel Pic vient de recevoir pour «Affranchissements» la mention spéciale du jury du Prix Wepler à Paris. — © Emmanuelle Marchadour.

Ouvrir les yeux

Puis survient le moment, à mi-parcours, où se dessinent, derrière le désordre apparent, par-delà les digressions, les bifurcations du souvenir et de la pensée, l’architecture du livre que l’on tient dans les mains, le projet poétique lui-même, magnifique, gonflé. En redonnant vie, par éclats, en pointillé, à Jim, «petit bossu» qui a vécu hors des cadres, hors des attentes sociales, qui a mené, presque en transparence, une vie de peu, les yeux ouverts sur les fleurs, les plantes, le vivant, Muriel Pic propose une lecture qui est elle-même affranchie des codes, qui ne cesse de bifurquer là où on ne l’attend pas et qui, délicatement, sans fanfare, conduit à ouvrir les yeux sur les détails du monde, à se libérer par instants des conventions du regard, à percevoir les aliénations quotidiennes, si banales qu’on ne les voit plus.

Lire aussi: A Venise avec Cees Nooteboom

Langue neuve

Affranchissements vient d’être salué au début de cette semaine par le jury du Prix Wepler-Fondation La Poste, à Paris, un prix littéraire qui distingue, depuis 1998, les auteurs et autrices «qui prennent le risque d’une langue neuve». Professeure à l’Institut de langue et de littérature françaises de l’Université de Berne, Muriel Pic puise, pour ses recherches et son œuvre d’écrivaine, dans les archives, à l’écoute des vibrations qui s’élèvent des photographies, des éditions anciennes, des cartes postales, des articles de journaux, des publicités, des notes glissées dans les livres. Elle aime mettre ensemble textes et images et observer ce qui en naît. A côté de ses ouvrages de critique sur W. G. Sebald, Walter Benjamin, Henri Michaux, elle a publié Les Désordres de la bibliothèque: photomontages (Filigranes, 2011), Elégies documentaires (Macula, 2016) et En regardant le sang des bêtes suivi de Notes sur le montage documentaire (Trente-trois morceaux, 2017).

Lumière et pluie

Affranchissements débute par un souvenir ou plutôt la remémoration, baignée de lumière et de pluie, de ce souvenir. Printemps 2000, Muriel Pic, jeune étudiante, est à Londres pour une semaine. Elle doit écrire sa thèse, «faire de l’anglais et un peu de tourisme, c’est-à-dire aller aux musées». Elle a rendez-vous avec Jim, «oncle Jimmy», devant la librairie de Bloomsbury, «soit dehors, soit dedans, en fonction du temps difficile à prévoir». Ils ont convenu d’aller ensuite ensemble au marché aux timbres.

Collection de timbres

Depuis ses 8 ans, Muriel Pic collectionne les timbres et son oncle de Londres lui en envoie chaque mois. En ce printemps de l’an 2000, cela fait longtemps que la jeune femme a délaissé sa collection mais elle n’a pas le courage de l’avouer à Jim. En l’attendant pour ce qui sera leur dernière entrevue, elle furète dans les rayonnages de la librairie et tombe sur un recueil du poète américain William Carlos Williams, Spring and All (1923): «Quand j’ai vu Jim pour la dernière fois, je voulais lui offrir le livre de Williams. C’est en pensant à lui que je l’avais acheté, lui qui aimait par-dessus tout le printemps, ses lumières changeantes, sa boue et ses floraisons. Mais par un obscur fétichisme, une prémonition bizarre, je l’ai gardé, comme si je savais déjà qu’il me faudrait par la suite pratiquer une sorte de bibliomancie pour faire apparaître Jim, ouvrir au hasard et rituellement le livre pour retrouver sa présence.»

Le printemps et le reste

Presque tout le projet d’Affranchissements est contenu dans cette scène d’ouverture, petite pelote d’émotions dont on ne peut pas soupçonner à ce stade que les fils feront leur chemin jusque dans l’humus de la forêt, la voie lactée, le cabinet du médecin qu’était aussi William Carlos Williams, les débuts du mouvement dada, Menton et son palace Bellevue (disparu) où Jim a grandi, le sanatorium des enfants à Leysin où il a fait une cure et tant d’autres ramifications encore.

Cette scène d’ouverture, où la jeune Muriel Pic ouvre Spring and All, ce recueil où le poète espère «presser l’instant pour en extraire le flux d’images qu’il contient», tandis que nous, lecteurs, ouvrons Affranchissements sans savoir encore à quoi nous allons nous ouvrir, ce sentiment de basculer loin des chemins balisés mais si proche de nous-mêmes, c’est peut-être ce que Muriel Pic appelle le poème du monde, c’est un état, oui, une ouverture.

LE TEMPS



vendredi 9 septembre 2022

Patrick Modiano, chasseur d’ombres


Patrick Modiano




Patrick Modiano, chasseur d’ombres

Patrick Modiano écrit des romans en forme d’enquête sur le temps qui file. «L’Horizon» poursuit la traque dans les rues de Paris et Lausanne


Lisbeth Koutchoumoff Arman
Publié vendredi 12 mars 2010 à 19:38

Rue Bonaparte, à Paris. On note avec une émotion particulière l’adresse de ­Patrick Modiano, écrivain qui, depuis ­quarante ans, piste les processus de la mémoire. Ses romans sont peuplés de personnages flottants, sans famille, sans assise, qui s’accrochent aux noms de rues comme à des balises en pleine tempête; qui s’acharnent à noter dans des cahiers les avenues, les impasses, les boulevards, les passages empruntés pour se convaincre de la réalité d’existences enfuies. De Place de l’Etoile, Prix Roger Nimier 1968, à L’Horizon, qui paraît ces jours-ci, les adresses servent de phares dans la nuit des souvenirs.

Rue Bonaparte donc. Au premier étage. Un vrai premier étage, précise la maison d’édition. Au jour dit du rendez-vous avec le romancier, on se trompe. Qu’est-ce qu’un vrai premier étage? Se méfiant du premier, qui ne peut être vrai, on a filé au deuxième, qui n’est pas le bon. Et on a sonné chez un monsieur très âgé et surpris. «C’est compliqué», lance d’emblée ­Patrick Modiano en ouvrant la porte, empathique à l’extrême, confus voire un peu accablé par la mésaventure. Il est vrai que, dans ses livres, on peut se perdre dans un escalier comme dans une rue. S’effondrer, disparaître même, les très mauvais jours. Dans l’entrée de son appartement aux plafonds de cathédrale, Patrick Modiano a l’air d’envisager en une seconde toutes les possibilités d’égarement et de dissolution.

Lutter contre le chaos. De la ville, de l’enfance, de la vie. Patrick Modiano écrit depuis le cœur du typhon. En sort-il vraiment de cette zone kaléidoscopique qui lui donne ce calme apparent, cette légère distance, comme traversé par d’autres rythmes temporels? De roman en roman, chacun suivi par une large brassée de lecteurs, 100 000 en moyenne, il retourne puiser à ce feu lové dans les strates de l’enfance. Chaque livre ne représente qu’une porte d’entrée différente sur un même paysage sensoriel énigmatique, épuré, ramassé sur l’essentiel.

Dans son bureau, deux tables, des bibliothèques qui mangent les murs de quatre mètres de haut. Et un lit-divan rouge où l’on s’assoit tout au bord. Patrick Modiano cherche en parlant: «J’écris dans un demi-sommeil. Quand j’entame un roman, j’oublie les précédents. Je deviens amnésique. Avec le recul, je me sens un peu comme un peintre qui revient sans cesse sur la même toile.»

Jean Bosmans, le héros de L’Horizon, a 65 ans comme Patrick Modiano. Il recherche une femme aimée à 20 ans et perdue depuis. Le narrateur se fait enquêteur de ses propres souvenirs, historiographe de son passé, rassembleur de traces, preuves de la réalité d’une vie: inscription dans une boîte d’intérim, rendez-vous griffonné sur une ordonnance de médecin, photos d’identité. Patrick Modiano sonde sans cesse l’épaisseur du temps. «Cette fois-ci, il faut traverser quarante ans de vie. Plus on vieillit, plus cet arrière-fond de bribes visuelles, sonores, de conversations inabouties, de visages entraperçus, plus cette matière, sans suite, déconnectée, s’accroît. Et plus les temps se superposent. Plus les couches du millefeuille s’affinent. C’est cette porosité que j’essaye de traduire.»

D’où vient cette récurrence du narrateur-détective, de l’enquête, de l’énigme à percer qui donne à ses romans des allures de polars émotionnels?

«J’ai eu une enfance sans aucun tracé logique. Plus que le fait d’être malheureuse, c’est son aspect chaotique qui m’a marqué. J’étais livré à moi-même. Propulsé dans des lieux, confronté à des gens que je ne connaissais pas et que je ne comprenais pas. J’ai très vite pris le pli de me poser des questions. Qui sont ces gens? Que font-ils? Sans doute tout cela n’était-il pas aussi mystérieux que ce que je ressentais enfant. Plus on vit entouré d’énigmes, plus on ressent le besoin de s’accrocher aux bribes éparpillées ça et là. Et chacune de ces bribes ne fait que renforcer l’énigme. Un peu comme une forte lumière dans un coin accentue la pénombre alentour.»

L’enfance et l’adolescence. ­Patrick Modiano s’en est défait, en suffoquant presque, dans Un Pedigree (Gallimard, 2005), une autobiographie écrite dans ce même style qui fait la musique immédiatement reconnaissable de ses romans, d’une sobriété tranchante, aveuglante presque tant on écarquille les yeux parfois pour comprendre comment ces simples mots-là font sourdre autant d’émotions.

Un père d’origine juive italienne, trafiquant en tout genre à Paris, sous l’Occupation, «bizarre», mot fétiche de l’auteur qu’il prononce en faisant une grimace. Une mère d’Anvers, «jolie fille au cœur sec», comédienne et très absente. Enfant, Patrick Modiano et son petit frère Rudy sont placés chez des connaissances à Paris, à Biarritz. Après la mort du frère à l’âge de 10 ans, chagrin à vif (il dédiera ses huit premiers romans au disparu), le futur écrivain sera mis dans un pensionnat religieux à Annecy. «Ces années-là, je rendais visite à mon père à Genève et Lausanne où il s’employait à des affaires diverses. C’était les deux dernières années de la guerre d’Algérie. Je me souviens de cette atmosphère étrange de contrôle et de troubles qui régnait à Paris mais aussi à Genève dans les hôtels où l’on voyait des Algériens discuter le soir. Quelque chose fait que je dois retourner régulièrement à Genève, à Lausanne, aujourd’hui encore.»

Grand lecteur tous azimuts malgré la censure imposée par les pères, Patrick Modiano se voit vite écrivain. «Ecrire était un recours pour moi. Je n’avais pas fait d’études. Je n’avais pas de cercle familial, ni de centre de gravité. Je ne voyais pas quoi faire d’autre.» Sa mère et l’épouse de Raymond Queneau se fréquentent. L’écrivain prend ­Patrick Modiano sous son aile. «C’était par pure gentillesse de sa part. J’avais 14 ans. Il a dû sentir que j’étais livré à moi-même. Et être touché aussi par mes lectures assidues.» Raymond Queneau présentera le manuscrit de son premier roman à Gallimard en 1967. Place de l’Etoile se situe sous l’Occupation. «C’était un peu surprenant de voir un jeune homme de 23 ans écrire sur une telle période. Un peu déstabilisant aussi pour la génération précédente. Il faudra attendre un an avant que le livre soit imprimé.»

Comme ses personnages, ­Patrick Modiano a marché inlassablement dans Paris, dès 12 ans, connaisant là de rares bouffées de bonheur. Il ne le fait plus aujourd’hui. «Je n’ai plus besoin de retourner sur les lieux pour écrire. J’ai été impressionné au sens photographique du terme par des rues, des lumières, des sons, entre 12 et 25 ans. Je marchais toujours avec un sentiment de clandestinité, de danger. Je ne pouvais pas être là, dans ces quartiers, tout seul.»

Les phrases de Patrick Modiano paraissent avoir été trempées dans une solution spéciale, puis égouttées, essorées même, afin que chaque mot résonne et agisse. A l’os, les phrases ne comprennent ni adjectifs ni incidentes. L’écrivain écrit toujours à la main, pour garder une certaine distance, puis fait taper ses manuscrits, les corrige, les refait taper. Cinq à six allers-retours sont nécessaires parfois. «J’essaye de glisser des brèches de silence entre les phrases. De provoquer un écho de vibration à la fin de chacune d’elle. Comme en acupuncture, je pique à certains endroits précis pour que la sensation se propage. En tant que lecteur, j’aime les styles plus virtuoses et plus oratoires que le mien. Mais le risque alors est d’étouffer le ­lecteur, de l’étourdir. Je préfère suggérer les choses, en laissant des ombres. Au cinéma, l’œil se pose instinctivement vers les zones de pénombre pour mieux voir.»

A la question des maîtres qui auraient compté pour lui, Patrick Modiano aligne des noms de poètes. «Je suis sûr que si l’on pouvait radiographier mes romans, les rayons X tomberaient sur des vers d’Apollinaire ou de Maeterlinck. Ils m’échappent parfois sans que je m’en aperçoive.»

Une image, nette comme un film, déclenche l’écriture. «Je n’ai pas de plan. J’avance en me disant que je fais fausse route. La rêverie de départ retombe très vite. C’est ce qui est difficile avec l’écriture. Or il faut trouver le stimulant pour continuer. Un peu comme les acteurs qui doivent répéter trois fois une même scène d’amour. C’est compliqué, oui, compliqué.»

«Je n’ai plus besoin de me rendre sur les lieux»

LE TEMPS

mercredi 7 septembre 2022

Nick Hunt / Un palmier en Arctique / Promenades en milieux fragiles

 


Un palmier en Arctique, de Nick Hunt : l'Europe sauvage


Promenades en milieux fragiles

par Claude Grimal
7 septembre 2022

Nick Hunt, marcheur et écrivain, applique imagination et esprit de système à ses randonnées. Dans son dernier livre, Un palmier en Arctique (dont le titre anglais est Outlandish : Walking Europe’s Unlikely Landscapes), il se rend dans quatre endroits en Europe qui « ne devraient pas se trouver là »: une parcelle d’Arctique en Écosse, un « vestige de forêt vierge » entre Pologne et Biélorussie, un désert en Espagne, et la steppe en Hongrie. 

Nick Hunt, Un palmier en Arctique. Voyages imaginaires à travers l’Europe. Trad. de l’anglais (Royaume-Uni) par Alexandra Maillard. Gallimard, 336 p., 24 € 

Dans Walking the Woods and the Water (2014, non traduit), il avait suivi les traces du plus célèbre des écrivains voyageurs anglo-saxons, Patrick Leigh Fermor ; avec Où vont les vents sauvages, il s’était lancé à la découverte de quelques vents mythiques européens. Cette fois-ci, avec Un palmier en Arctique, Nick Hunt raconte comment il est parti à la recherche d’anomalies géographiques et les a découvertes près de chez lui, à portée de train et de mollet ; il les a parcourues rêveur, observateur et courbaturé.

Un palmier en Arctique, de Nick Hunt : l'Europe sauvage

Dans le désert de Tabernas (Espagne) © CC3.0/Colin C Wheeler

Elles lui ont offert les émerveillements de la beauté ou de l’étrangeté, elles lui ont fait rencontrer les rares hommes et femmes qui y vivent ou les traversent, elles lui ont donné des sueurs froides (lorsqu’il a été pris dans le blizzard des Cairngorms) ou brûlantes (lorsqu’il crapahutait en plein désert de Tabernas)… Dans la forêt de Bialowieza, il a guetté les loups, vu les derniers bisons européens (sous forme de carcasses dévorées par des prédateurs). Par moments, c’est la météorologie ou la géologie qui lui ont permis de mieux sentir et voir ; à d’autres, les mythologies locales ou des informations sur les événements des siècles passés. 

Un pas après l’autre, de nuits à la belle étoile en nuits dans des bothies perdus, Hunt médite, savant et sensible, et rend tout passionnant ; une grotte paléolithique, les troupeaux de rennes en liberté à Glen More, les dieux slaves de la forêt, les éco-activistes, des archers à cheval, les éboulis rocheux…

Il se montre un merveilleux guide de ces extraordinaires confettis sauvages que l’Europe cache dans ses replis et dont nous n’avions aucune idée. Mais la belle et agréable surprise qu’il nous procure en nous les présentant s’accompagne d’une douloureuse contrepartie, l’angoisse qu’il crée en suggérant, sans pathos, tout ce que nous allons perdre. Il n’est pas le premier écrivain de la nature et du voyage à nous le rappeler mais il est l’un des meilleurs parce qu’il choisit des exemples frappants, parce qu’il a la voix qu’il faut pour dire ce qui, sur la planète, a déjà été irrémédiablement saccagé, et pour laisser entendre ce qui va l’être encore, c’est-à-dire presque tout de ce qu’il y a de « wild and free » (et donc de « plus beau » pour Hunt comme pour Thoreau, un auteur qu’il ne cite pas mais qui bien sûr l’inspire). Adieu aux animaux, glaciers, forêts, steppes herbeuses…

Alors, comment faire face à la détresse écologique qui nous étreint ? L’appeler « solastalgie », comme Hunt signale qu’on l’a récemment baptisée, par goût désolant de l’étiquetage ? Ou se trouver des rituels de deuils ? L’auteur nous apprend, en effet, que, faute de pouvoir arrêter l’extinction générale du « sauvage et beau », certains ont décidé de pleurer sa disparition (et sans doute aussi, soyons juste, de manifester sur le plan éco-politique). Ainsi existe-t-il aujourd’hui une cérémonie de deuil pour les glaciers. Un coup d’œil sur le net nous informe que la première s’est déroulée en Islande en 2019 pour l’Okjökull, déclaré « mort » suivant des critères glaciologiques précis. Sa disparition « officielle » donna lieu à une veillée en présence d’une centaine de personnes dont la Première ministre de l’époque et s’accompagna de discours, de lectures de poèmes ainsi que de la pose d’une plaque commémorative. Depuis, de par le monde, bien d’autres offices des ténèbres ont été célébrés…

Un palmier en Arctique, de Nick Hunt : l'Europe sauvage

Les Cairngorms, dans les Highlands (Écosse) © CC3.0/Oliver Arend

Hunt, à la dernière page du livre, trouve un petit motif de réjouissance. Le Sphinx des Cairngorms, minuscule plaque de glace et unique reliquat gelé permanent de toutes les îles britanniques, serait réapparu, contrairement aux prévisions des observatoires de montagnes écossais qui gardent depuis des décennies l’œil sur sa décroissance. Comme il est content, notre Hunt ! Las, sa remarque date de 2018. Il est plus que probable que le Sphinx (qui ne faisait plus à l’été 2017 que quelques mètres carrés de surface) n’aura pas résisté aux dernières canicules. Reste à savoir si Nicola Sturgeon se rendra à ses obsèques (avec Liz Truss).

EN ATTENDANT NADEAU




Salinger / A Perfect Day for Bananafish

 

Illustration by Johnny Ruzzo


J.D. Salinger
A PERFECT DAY FOR BANANAFISH
Illustrations


Illustration by Johnny Ruzzo

dimanche 4 septembre 2022

Oona O’Neill, la femme qui quitta Salinger et épousa Chaplin

 

oona chaplin
Oona O'Neill et Charles Chaplin


Oona O’Neill, la femme qui quitta Salinger et épousa Chaplin

    Le grand amour de deux génies

    Quand ils se fiancent en 1943, le célèbre acteur Charlie Chaplin a 54 ans et Oona O’Neill … 36 de moins !
    Des débuts répréhensibles pour une histoire sur laquelle personne n’aurait parié … Et surtout pas J.D. Salinger, futur célèbre écrivain qu’elle quitta pour se marier.

    Retour sur l’histoire d’amour entre un vieux râleur et une jeune désabusée, qui contribua à la naissance d’un auteur torturé.

    Oona, la première it girl

    Avant de rencontrer Chaplin, Oona est déjà une célébrité.
    Son nom de famille lui a ouvert les portes de la haute société new-yorkaise.

    Une enfance malheureuse

    Son père est Eugene O’Neill (1888-1953), un dramaturge américain d’origine irlandaise, ayant gagné le Prix Pulitzer 1920 et le Prix Nobel de littérature 1936.
    Malgré ces récompenses prestigieuses, sa vie est à l’image de son théâtre : une succession de drames et de désillusions. Autour de lui, que des drogués, des dépressifs et des alcooliques.

    En 1918, Eugene O’Neill a épousé en deuxièmes noces l’écrivaine Agnes Boulton, avec qui il a un garçon Shane en 1919, puis une fille Oona, en 1925.
    À peine trois ans plus tard, il abandonne femme et enfants pour sa maîtresse.

    Agnes Boulton sombre dans l’alcool.
    Eugene, qui déclare que ses vrais enfants sont ses personnages, reste fidèle à lui-même et se contente d’envoyer des instructions et des chèques.
    La jeune Oona ne revoit pratiquement plus son père et passe d’école en internat, avant d’intégrer la Brearley School dans l‘Upper East Side.

    Bienvenue dans l’élite

    Oona découvre alors le New York branché de l’entre-deux guerres, qui la remarque rapidement.
    L’adolescente, en plus d’être une « fille de », possède une vraie beauté.

    Oona O’Neill se met à fréquenter les clubs nocturnes avec ses meilleurs amis : les futurs auteurs à succès Truman Capote (1924-1984) et Carol Grace (1924-2003), ainsi que Gloria Vanderbilt (1924-2019), une riche mais bohème héritière.

    Cette bande d’adolescents vit d’insouciance et de plaisir.
    Argent, mondanités, privilèges et presse à scandale … Voilà ce que désire cette génération née après la Première Guerre mondiale.
    Malgré un tempérament inquiet, Oona s’en contente. Elle veut devenir actrice et ses multiples photos dans les médias à la mode sont un tremplin pour y parvenir.

    C’est aussi une occasion d’attirer l’attention d’Eugène O’Neill, toujours aussi distant malgré de déchirants « Papa je t’aime, ne m’oublie pas ».
    Lorsqu’elle est élue « The Number One Debutante » au Storks Club, l’un des plus exclusifs de New York, il lui répond :

    « Toute cette publicité que tu as eue est de mauvaise qualité, sauf si ton ambition est d’être une actrice de seconde zone, le genre qui a sa photo dans les journaux pendant deux ans et puis retourne dans l’obscurité de sa stupide vie sans talent. »

    Faute de recevoir l’amour de son père, Oona se nourrit de séduction et de l’attention que lui accordent les hommes.

    L’obsession de J.D. Salinger

    Parmi les nombreux prétendants d’Oona, se trouve Jerome David Salinger, dit Jerry, pas encore J.D, un étudiant en écriture à peine plus âgé qu’elle.

    Ils se rencontrent, en 1942, au Storks Club.
    Car avant d’être un ermite mondialement célèbre, Salinger fréquente le gratin, sans toutefois le supporter.

    L’ambitieux taciturne, fils d’un artisan fromager, tombe fou amoureux de la frivole et célèbre it-girl.

    Oona et Jerry sortent ensemble, à la mode des années 40 : chastement !
    Mais s’il est frustré, c’est surtout parce qu’elle ne l’aime pas vraiment.
    Il veut l’épouser, elle refuse se disant trop jeune.
    Certes, elle admire son talent d’auteur, qui a déjà publié une nouvelle dans le New Yorker, et apprécie sa compagnie. Mais dans le fond, rien de plus.

    La Seconde Guerre mondiale vient mettre un point final à cette histoire déjà sans lendemain.
    Salinger est appelé sous les drapeaux et s’en-va-t-en-guerre qui empire son irritabilité naturelle.
    Il participera notamment au carnage qu’est le débarquement en Normandie.

    Depuis une Europe ensanglantée, il écrit sans cesse à Oona, de longues lettres désespérées d’amour qu’elle ne partage plus du tout.
    C’est aussi à distance et par la presse qu’il apprend le mariage de sa belle … avec un vieux !

    Une déception pour Salinger, qui marque son oeuvre littéraire.
    Notamment L’Attrape-Cœurs, publié en 1951, qui décrit un jeune homme nihiliste qui déteste les clubs et le cinéma !

    Charlie Chaplin, le tombeur

    Le « vieux » qu’Oona épouse à 18 ans, c’est lui !

    Pendant que Jerry est à la guerre, Oona O’Neill est partie tenter sa chance à Hollywood.
    Elle a rapidement trouvé un agent, court les castings et tombe sur Orson Welles qui la propulse, sans doute pour la séduire, dans son cercle.
    C’est pour obtenir un rôle dans Shadow and Substance (une pièce de théâtre qui ne sera finalement pas adaptée au cinéma) qu’elle contacte Charlie Chaplin.

    En 1943, le réalisateur est déjà une légende vivante : il incarne son personnage culte, le tendre vagabond Charlot, depuis deux décennies.


    Cependant, on le connaît aussi pour sa tapageuse vie privée.
    Ses trois divorces ont fait la une. Procès, accords aux sommes faramineuses, accusations de « désirs sexuels pervers » allègrement repris par le FBI …
    Des scandales à répétition qui font suite à des unions problématiques.
    Ses ex-femmes sont toutes beaucoup plus jeunes que lui, les deux premières étant carrément mineures lors des noces.

    C’est aussi la jeunesse d’Oona O’Neill qui plaît d’abord à Charlie Chaplin.
    Elle passe outre sa mauvaise réputation, son caractère despotique, les esclandres et les procès, même celui en cours pour reconnaissance de paternité.
    Elle tombe éperdument amoureuse de cet homme qui pourrait être son père …
    Et tant pis si Eugene la renie publiquement, Oona épouse Chaplin le 16 juin 1943.

    Oona et Chaplin, un mariage qui dure

    Personne n’aurait alors imaginé que leur union tiendrait 34 ans.

    À peine mariée, Oona abandonne son projet d’être actrice et se dévoue corps et âme à son homme, qui multiplie dans la presse les louanges au sujet de son « épouse idéale ».
    L’artiste peut se montrer tyrannique, elle supporte sans broncher et surtout, sans que son amour pour lui ne diminue.

    Oona le met même en valeur. Pour lui, elle reprend ses habitudes new-yorkaises et reçoit le Tout-Hollywood : Greta Garbo, Olivia de Havilland, Joan Fontaine, Fred Astaire …

    La famille s’agrandit avec huit enfants : Geraldine (1944), Michael (1946), Josephine (1949), Victoria (1951), Eugène (1953), Jane (1957), Annette (1959), Christopher (1962).
    Oona et Charlie goûtent au bonheur familial, qu’aucun des deux n’avait vécu auparavant.

    Cependant, la relation de Chaplin avec le FBI s’envenime.
    Son directeur J.Edgar Hoover le soupçonne d’être communiste et le sénateur Joseph McCarthy veut le faire expulser des États-Unis.

    Leur opportunité se présente en 1952, alors que les Chaplin sont à Londres pour la présentation des Feux de la Rampe.
    C’est là que Charlie apprend qu’il est interdit de retour.
    Critiqué, descendu par l’opinion publique, le réalisateur ne bronche pas, mais renonce à sa nationalité américaine.
    Tout comme Oona, qui avant ça, s’occupe d’aller chercher leur argent, qu’elle emporte, caché sur elle, vers Corsier-sur-Vevey en Suisse, où la famille s’intalle.

    Le couple ne revient ensemble aux États-Unis qu’en 1972, pour recevoir un Oscar d’honneur enfin attribué à Charlot.

    Oona après Chaplin

    C’est le jour de Noël 1977 que Charlie Chaplin succombe à un AVC dans son sommeil.
    Oona se retrouve veuve après 34 ans de mariage.

    À 52 ans, Oona aurait pu se remarier avec un des ses amants occasionnels.
    Mais comment remplacer Charlie ?

    Elle retourne un temps vivre à New York dans un vain effort de revivre son passé.
    Elle y retrouve la 42e Rue, Park Avenue, ses amis de toujours Truman Capote et Carol Grace, et son goût immodéré pour l’alcool.
    Mais pas le bonheur.

    Une anecdote significative.
    Pour son soixantième anniversaire, elle organise une grande fête dans son duplex, mais passe la plupart de la soirée, à descendre les magnums de champagne, enfermée dans sa chambre.
    Quand elle en sort enfin, Oona déclare à ses nombreux invités :

    « Voici ce que je veux dire, et que je peux enfin dire, en ce soixantième anniversaire :
    je hais mon père, Eugene O’Neill ! »

    Lorsqu’elle sature de New York, Oona traîne son désespoir en Suisse où rien ne la comble.
    Même pas sa famille.

    « On avait la sensation qu’elle n’était pas très heureuse de nous voir.
    Mais c’était faux. (…)
    Quand nous étions là, elle souhaitait que nous partions, mais quand nous nous étions évaporés, elle voulait que nous revenions. »

    – Annie Chapin

    Oona meurt à 66 ans, au matin du 27 septembre 1991, des suites d’un cancer du pancréas.
    Quatorze ans après Chaplin.
    Dix-neuf ans avant Salinger.

    oona chaplin


    LES CULTIVORES


     DRAGON

    DE OTROS MUNDOS






    vendredi 2 septembre 2022

    Sophie Ehrsam / Les bizarreries picaresques et surréalistes d’Angela Carter

     

    Angela Carter

    Angela Carter © British Library 

    Les bizarreries picaresques et surréalistes 

    d’Angela Carter

    par Sophie Ehrsam
    4 mai 2016

    Les Machines à désir infernales du Docteur Hoffman, roman d’Angela Carter, considéré comme une œuvre surréaliste majeure, est enfin traduit en français. C’est un voyage étourdissant dans la pensée humaine et une réflexion sur l’écriture.


    Angela Carter, Les Machines à désir infernales du Docteur Hoffman
    . Traduit de l’anglais par Maxime Berrée, Éditions de l’Ogre, 356 p., 23 €.

    Le narrateur, Desiderio, écrit son autobiographie, qu’il présente comme « un voyage dans l’espace et dans le temps » et « un roman d’aventures picaresque, voire héroïque ». S’ensuivent huit chapitres qui font déferler sur le lecteur des visions toutes plus baroques les unes que les autres. La ville où habite Desiderio subit les assauts du docteur Hoffman, qui fait basculer l’ordre établi en créant des illusions. Le Ministre charge donc le héros d’infiltrer le camp adverse, via un obscur peep-show, pour neutraliser Hoffman. Ce faisant, Desiderio rencontre non seulement le propriétaire paradoxalement aveugle du peep-show, mais un étrange peuple vivant sur des barques, des monstres de foire, un noble dépravé, un chef cannibale et même des centaures. Sa quête le pousse toujours plus loin à la recherche du docteur, mais aussi de sa fille Albertina, figure obsédante sans cesse dérobée à son étreinte.

    L’autre titre du roman est La Guerre des rêves parce que deux camps s’affrontent : d’un côté, celui du Ministre, de l’ordre et de la raison ; de l’autre, celui du docteur Hoffman, du chaos et de la passion. La guerre se joue jusque dans les choix stylistiques : tantôt des descriptions dantesques, fantastiques, dignes de Lautréamont, tantôt un ton d’anthropologue examinant les mœurs d’un groupe humain de façon presque clinique. Le docteur fait s’incarner les rêves dans le réel alors que le Ministre tient à ce que la fiction ne vienne pas bousculer la réalité. Mais comment savoir ce qui est réel ou fictif dans un roman, a fortiori surréaliste ? Des figures peintes sortant de leurs tableaux, des acrobates de cirque jonglant avec leurs yeux, tout paraît improbable. Dans le chapitre où Desiderio fuit avec le comte un colosse noir violent que ce dernier voit comme son double, le domestique Lafleur dit à son maître: « Vous ne saviez pas si ce monstre était dans votre rêve ou si vous étiez le rêve du monstre. » La phrase semble tout droit sortie d’un livre plein d’absurde logique comme De l’autre côté du miroir.

    Desiderio est à sa manière l’Alice de Lewis Carroll, mais aussi le Candide de Voltaire, le Gulliver de Swift. L’objet de son désir, Albertina, la fille du docteur Hoffman (qui sert d’appât, comme dans un conte d’Hoffmann), est la figure la plus protéiforme du roman, « une série de formes merveilleuses s’épanouissant au hasard dans le kaléidoscope du désir ». Avec un nom proustien, un physique androgyne, tantôt domestique, tantôt « généralissimo », elle cultive une séduction et une inaccessibilité qui amènent le héros jusqu’au château du docteur Hoffman 

    Que sont les personnages étranges et les visions fantastiques de l’odyssée de Desiderio sinon des projections de l’esprit humain ? Angela Carter ne se contente pas de références aux mythes et d’allusions littéraires ; elle revisite Freud, Hegel et des philosophes chinois comme Hu Shi. Mettant en scène les fantasmes occidentaux qui attribuent aux autres peuples cannibalisme, débauche et cruauté, ainsi que les exemples, fantasmés ou non, de domination sexuelle de l’homme sur la femme, elle interroge en fait le prisme de l’homme blanc. Le chapitre sur les centaures n’est-il pas l’occasion de moquer ces mêmes Occidentaux, une civilisation du cheval qui s’est voulue conquérante dans le Nouveau Monde, une société longtemps très patriarcale et dont la ferveur religieuse a parfois confiné au fanatisme ?

    La critique anglo-saxonne a pu déceler dans ce roman des accents « post-coloniaux », mais aussi féministes. Albertina est l’initiatrice de Desiderio ; éternelle désirée, elle n’en est pas moins désirante, et plus active que le héros lui-même, qui semble se laisser porter de Charybde en Scylla jusqu’au chapitre final, où il tue le docteur, plus ou moins par accident, et Albertina, plus ou moins par autodéfense. Les visions hallucinées sont le produit des désirs du comte (jusqu’à sa mort, du moins), de Desiderio et aussi d’Albertina. Il est possible de voir la mort de cette dernière comme un suicide par amour, motif récurrent au début du roman.

    Le moteur du roman est le désir entre Albertina et Desiderio, si puissant que le docteur cherche à l’exploiter pour alimenter ses machines, n’hésitant pas à instrumentaliser sa fille dans l’affaire. La structure du roman est complexe, pleine d’échos, le temps et l’espace malléables permettent toutes les fantaisies. Comme le dit le propriétaire du peep-show : « Quand le monde sensuel aura capitulé sans condition devant la mutabilité et la discontinuité, l’homme sera libéré pour toujours de la tyrannie d’un présent unique. Et nous vivrons dans autant de couches de conscience que possible, toutes en même temps. » Le roman est un kaléidoscope et un palimpseste.

    Albertina et Desiderio sont-ils les amants complémentaires du mythique androgyne évoqué par Platon ? Des figures du métissage (Desiderio mentionne à plusieurs reprises sa mère prostituée et son sang indien) ? Leur histoire n’est certes pas un conte de fées sucré à fin heureuse, mais elle permet d’explorer la tension entre réalité et fiction, entre philosophie et poésie, sous-jacente à toute écriture littéraire et plus largement à toute œuvre d’art. C’est là que le monstrueux et le merveilleux existent.

    EN ATTENDANT NADEAU



    mercredi 31 août 2022

    Joël Dicker quitte les Editions de Fallois pour créer sa propre structure

    Jöel Dicker

     


    Joël Dicker quitte les Editions de Fallois pour créer sa propre structure


    L’écrivain créera sa propre maison d’édition, très probablement en Suisse romande, au 1er janvier 2022

    Lisbeth Koutchoumoff Arman
    Publié mercredi 3 mars 2021 à 10:33
    Modifié mercredi 3 mars 2021 à 16:03

    Joël Dicker l’a annoncé à ses lecteurs par une vidéo sur Instagram: il quitte la maison d’édition Bernard de Fallois à la fin de l’année et créera sa propre structure éditoriale au 1er janvier 2022. En 2012, Bernard de Fallois avait été le seul éditeur à percevoir le potentiel de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert et avait mis toute son énergie et son savoir-faire pour le publier à la rentrée littéraire cette année-là. Le coup de dé s’est révélé un coup de maître: à la surprise générale, le jeune auteur genevois est devenu un phénomène éditorial, combinant succès public et prix littéraire. L’éditeur est décédé en janvier 2018.

    Sa propre maison

    Joël Dicker a toujours affirmé sa reconnaissance et son attachement indéfectible à son éditeur. «Vous vous en doutez, c’est une décision qui a été difficile à prendre […]. Mais j’avais le sentiment, depuis quelques années, depuis la disparition de Bernard de Fallois, qu’il allait falloir que je prenne un nouveau chemin et en même temps j’ai toujours dit qu’après Bernard il n’y aurait personne d’autre. J’ai donc décidé d’ouvrir ma propre maison d’édition», explique-t-il.

    Marché suisse

    La nouvelle structure éditoriale verra le jour en janvier 2022 et sera diffusée en Suisse par  Interforum Suisse, filiale du groupe Editis basée à Givisiez (FR). L’écrivain ne donne pas plus d’informations et son service de presse ne précise pas pour le moment le lieu d’implantation de la nouvelle maison. Des sources proches du dossier évoquent toutefois une installation en Suisse. L'écrivain précise par ailleurs qu'il a acquis les droits de ses romans publiés chez de Fallois. Outre le lieu d'implantation de la future maison, reste à savoir si Joël Dicker entend lancer une enseigne éditoriale, c'est-à-dire développer un catalogue et éditer d'autres écrivains que lui. Ou s'il s'agira avant tout de s'éditer lui-même.

    LE TEMPS