dimanche 19 août 2018

Avec Respect, Aretha Franklin donne un hymne à la cause des femmes





Avec Respect, Aretha Franklin donne un hymne à la cause des femmes

AFP agence
Mis à jour le 17/08/2018 à 12:14
Publié le 16/08/2018 à 17:51


VIDÉO - Otis Redding avait enregistré en premier la chanson en 1965. Deux ans plus tard, avec sa propre reprise, la jeune star montante de la soul transforme le titre en manifeste féministe et politique. Le succès est immédiat et planétaire. Il reste aujourd'hui un incontournable.
«R - E - S - P - E - C - T!» Plus qu'une simple reprise d'Otis Redding, la version deRespect enregistrée en 1967 par Aretha Franklin a transformé la chanson en hymne féministe et politique et consacré son interprète comme nouvelle reine de la soul. Le magazine Rolling Stone a fait de ce tube international la cinquième chanson de «tous les temps» dans un palmarès paru en 2004. Un classement où Aretha Franklin, qui vient de mourir à l'âge de 76 ans, apparaissait comme la première femme derrière Bob Dylan, les Rolling Stones, John Lennon et Marvin Gaye.espect fut écrite et enregistrée par Otis Redding en 1965, mais c'est bien la version revue et corrigée par Aretha Franklin, 25 ans à l'époque, avec son refrain et ses arrangements imparables, qui fait entrer la chanson dans la postérité.





«Tout ce que je demande c'est un peu de respect (juste un peu)»
Respect

Chez Otis Redding, un homme clame son besoin de respect de la part de sa femme, respect qui lui est dû puisqu'il apporte l'argent au foyer... Mais Aretha Franklin, dans sa version enregistrée le jour de la Saint-Valentin 1967 à New York, bouscule ce schéma traditionnel en mettant ces mots dans la bouche d'une femme forte et énergique.

Aretha Franklin chante Respect




«Une nouvelle âme»

La chanteuse originaire de Détroit conserve les couplets mais inclut un refrain dynamisé par les chœurs, assurés par ses sœurs Erma et Carolyn, et quelques nouvelles expressions, comme ce «Sock it to me» joueur et un brin provocant, expression pouvant se traduire par «Montre-moi de quoi tu es capable»... Et pouvant à l'occasion revêtir une connotation sexuelle, même si Aretha Franklin s'en défendra. Et d'épeler ce «R-E-S-P-E-C-T», qu'elle semble non plus seulement demander mais bien exiger.
«Pour Otis, le respect avait une connotation traditionnelle, dans le sens de l'estime», assurait Jerry Wexler, le producteur d'Aretha Franklin, dans son autobiographie, citée par le magazine Rolling Stone. «La ferveur dans la voix d'Aretha exigeait ce respect, et cela impliquait aussi une attention du point de vue sexuel...»


«Montre-moi de quoi tu es capable»
«Respect»

«Elle n'a pas seulement modifié quelques paroles ou changé le point de vue, elle lui a aussi apporté une nouvelle âme», indique à l'AFP la musicologue américaine Victoria Malawey, professeure au Macalester College de Minneapolis-Saint Paul. Aretha Franklin a modifié la chanson «de façon si radicale, que j'irais jusqu'à dire qu'elle l'a réécrite», ajoute cette spécialiste de musique pop.
La chanson paraît dans l'album I Never Loved A Man The Way I Loved You , son premier chez Atlantic Records, et devient un hymne féministe mais donne aussi une voix - et quelle voix! - à la cause des Noirs en lutte pour leurs droits dans l'Amérique des années 1960.

«C'était la bonne chanson au bon moment»



«C'était la bonne chanson au bon moment»
Aretha Franklin en 2016

Respect a ensuite traversé les années et été reprise par de nombreux mouvements de revendication, souligne Victoria Malawey. «C'est quelque chose au-delà du texte et de la mélodie qui nous transporte vraiment, qui a rendu cette chanson si puissante et l'a fait durer si longtemps», explique la musicologue. «C'était la bonne chanson au bon moment», résumait pour sa part Aretha Franklin en 2016, citée dans le magazine Elle, au sujet d'une chanson qui figura deux semaines en tête des meilleures ventes à sa sortie.
Avec ce hit, elle remporte les deux premiers de ses dix-huit Grammy Awards. Et même si elle chante déjà depuis des années, Respect l'installe comme la nouvelle reine de la soul et du R'n'B et marque le début de sa carrière internationale. Ce classique de la musique américaine apparait dans une trentaine de films, commePlatoon, Blues Brothers ou Forrest Gump. Il a été maintes fois repris, aux Etats-Unis par Stevie Wonder mais aussi en France, et en français, par Johnny Hallyday dans sa propre version intitulée Du respect.
Otis Redding, lui, fera contre bonne fortune bon cœur au sujet de cette chanson qu'une «bonne amie» a «emmenée loin» de lui, comme il l'avait dit en souriant sur la scène du Festival de Monterey, quelques mois avant de périr dans un accident d'avion en décembre 1967.


samedi 18 août 2018

Les funérailles d'Aretha Franklin organisées à Détroit le 31 août, après plusieurs jours d'hommages





Les funérailles d'Aretha Franklin organisées à Détroit le 31 août, après plusieurs jours d'hommages

Selon la presse locale, l'ancien président Barack Obama pourrait se joindre à la cérémonie parmi les 4.000 invités attendus. La dépouille de la diva de la soul sera auparavant exposée au musée Charles-Wright, dédié à l'histoire des noirs américains, pendant deux jours.
Les funérailles d'Aretha Franklin se dérouleront ce 31 août dans une grande église de sa ville natale de Detroit, a confirmé vendredi son agente historique Gwendolyn Quinn. La ville de Detroit, capitale de l'automobile américaine où la chanteuse s'est éteinte jeudi à 76 ans après une longue bataille contre le cancer, s'apprête à rendre à sa star un hommage sur plusieurs jours, à la hauteur de la légende qu'elle était devenue. Les 28 et 29 août, sa dépouille devrait être exposée au public de 9 heures à 21 heures au musée Charles-Wright, dédié à l'histoire des noirs américains, a confirmé à l'AFP son agente.
Les funérailles devraient avoir lieu ensuite, le 31 août, au Greater Grace Temple, grande église pentecôtiste de Detroit où furent organisées en 2005 les obsèques de Rosa Parks, la femme qui en 1955 osa défier dans l'Alabama une interdiction faite aux Noirs de s'asseoir à l'avant des bus, devenant ainsi une icône de la lutte pour les droits civiques des noirs américains.
Si le lieu peut accueillir jusqu'à 4.000 personnes, les invités devraient être triés sur le volet: membres de la famille, proches et célébrités du monde de la musique ou d'autres personnalités, comme l'ancien président Barack Obama, pourraient être conviés, indiquait vendredi le grand quotidien local, le Detroit Free Press. La chanteuse sera inhumée dans le cimetière de la ville où reposent son père et trois de ses frères et sœurs, a précisé Gwendolyn Quinn. 
En attendant, les fans de la diva, qui avait débuté comme chanteuse de gospel à neuf ans avant de démontrer son talent sur quatre octaves, du R&B à l'opéra, continuaient vendredi à lui témoigner leur admiration à la New Bethel Baptist Church, l'église de son père pasteur, située dans un quartier mal famé de la ville du Michigan.
Dès l'annonce jeudi de son décès, elle est devenue lieu de recueillement: des anonymes s'y succédaient pour déposer des messages, fleurs, ballons et ours en peluche, avec en fond sonore les grands succès d'Aretha. Ses admirateurs défilaient aussi devant le musée Motown, installé dans les anciens studios de la maison de disques du même nom, qui a prévu de diffuser sa musique tout le weekend. Si Aretha Franklin n'y a jamais enregistré de disque, sa musique a toujours été associée au son de Motown.
Ancien producteur de la Motown et chanteur de blues et de soul lui même, Smokey Robinson s'est souvenu, dans un entretien à Reuters, qu'il avait entendu pour la première fois Aretha Franklin quand elle n'était âgée que de «5 ou 6 ans», s'accompagnant elle-même au piano. «Et elle chantait déjà quasiment comme elle chantera adulte», se remémore-t-il.
«Nous sommes tous tristes et nous avons le cœur brisé»
Fred Zilian, professeur à l'université de Rhode Island venu à Detroit pour des retrouvailles d'anciens camarades de la prestigieuse école militaire de West Point, dansait avec sa femme devant le musée. «Je devrais être triste car nous avons perdu Aretha Franklin, mais il fallait que je sorte dans la rue danser», a-t-il indiqué, en se remémorant combien il avait adoré sa musique et celle des artistes noirs qui ont fait la gloire des studios Motown dans les années 1960. «Le pays se déchirait sur les questions raciales et nous, comme vous pouvez le constater nous sommes tous blancs, mais on s'en fichait, a-t-il raconté à l'AFP. Ça en dit long sur la capacité de rassembler qu'a la musique». «C'est vraiment étonnant. Évidemment, nous sommes tous tristes et nous avons le cœur brisé en pensant à sa mort, mais les gens affluent au musée», a indiqué la directrice du musée Sheila-Spencer.
De nombreuses célébrités ont également tenu à saluer cette immense artiste. «C'est difficile d'imaginer le monde sans elle. Non seulement c'était une chanteuse merveilleuse, mais son engagement en faveur des droits civiques a eu un impact indélébile sur le monde», a par exemple tweeté l'actrice et chanteuse Barbra Streisand en forme d'adieu à Aretha Franklin. La chanteuse avait été en 1987 la première femme à entrer au sein du Rock and Roll Hall of Fame. En 2010, le magazine Rolling Stone l'avait placée en tête de sa liste des 100 plus grands chanteurs de tous les temps, hommes et femmes confondus. Aretha Franklin avait chanté aux cérémonies d'investiture des présidents Bill Clinton et Barack Obama.