samedi 19 mars 2016

Semaine de la langue française / Hommage à ces chers mots disparus





Semaine de la langue française : hommage à ces chers mots disparus...

MIS À JOUR : 14-03-2016 20:08
-CRÉÉ : 14-03-2016 09:00

ADIEU - Ils ne sont plus parlés ni écrits. Les mots les plus désuets du français ont été supprimés du dictionnaire de l’Académie française. Non pas pour faire de la place, mais pour se mettre au goût du jour. Explications.

Abuseur, masticatoire, dépopulariser… Dites adieu à ces mots, ils ne font plus partie du dictionnaire de l’Académie française. Leur tort ? Etre des termes vieillis, transparents, ou des "fantômes" que l’on ne trouve plus dans la littérature. "Le dictionnaire de l’Académie est patrimonial, il doit permettre de lire des textes anciens. On ne proposera jamais de supprimer un mot qu’on rencontre chez Victor Hugo ou Stendhal", précise toutefois à Metronews Florence Monier, rédactrice du service dictionnaire.
Dans la liste des mots supprimés, disponibles sur le site de l'Académie française, figurent des adverbes, des termes scientifiques anciens, des mots familiers désuets ou issus de la mythologie. Comme Morphée, la divinité des rêves. "Il fait partie des mots dont on propose la suppression car c’est un nom propre. Or le dictionnaire de l’Académie est un dictionnaire de noms communs", explique la rédactrice. Il faudra alors chercher à "Bras" pour trouver le sens de l’expression "être dans les bras de Morphée".
200 mots supprimés et 28.000 introduits
Mais la suppression de mots reste très marginale, surtout au regard du nombre de ceux qui y font leur entrée : alors que 200 mots ont été supprimés, dans la même période, quelque 28.000 ont eux été introduits. "C’est vraiment rare qu’on propose la suppression, car supprimer un mot c’est éventuellement condamner le lecteur", insiste Florence Monier. Et, à la différence du Robert ou du Larousse, ces disparitions ne résultent pas d’une contrainte commerciale. "Le nombre de mots n’est pas conditionné par un quelconque contrat avec un éditeur", ajoute-elle.
Il n’est donc pas question de faire de la place aux nouveaux mots. Certains termes supprimés sont même indiqués dans les entrées qui les remplacent, comme "philatéliste" à "philatélie". "On le mentionne pour renseigner sa disparition. C’est une solution pour qu’on ne l’oublie pas." Pas de regret à avoir donc pour ces mots obsolètes. Bien que l’Académie française se mette au goût du jour, elle garde le souci de la tradition.
Dix mots supprimés du dictionnaire de l’Académie française :
  • Aliénisme. n. m. Science qui étudie l’aliénation mentale.
  • Baliverner. v. intr. S’occuper de balivernes. Ne faire que baliverner.
  • Courte-botte. n. m. Petit homme.
  • Dépopulariser. v. tr. Priver de la popularité.
  • Finet, -ette. adj. Qui a une certaine finesse d’esprit.
  • Imbrisable. adj. des deux genres. Qui ne peut pas être brisé.
  • Morphée. n. m. Le dieu du sommeil (mythologie). Ce nom s’emploie dans quelques locutions figurées et en manière de plaisanterie : Être dans les bras de Morphée, Être endormi
  • Non avenu, ue. adj. Qui n’est pas arrivé.
  • Opulemment. adv. Avec opulence.
  • Picoreur. n. m. Celui qui picore.


METRONEWS




vendredi 18 mars 2016

Semaine de la Langue française / Les expressions belges préférées de Philippe Geluck

Philippe Geluck expose son Chat et diverses œuvres d'art au Musée en Herbe, à Paris.

Semaine de la Langue française : les expressions belges préférées de Philippe Geluck


MIS À JOUR : 14-03-2016 20:06-CRÉÉ : 12-03-2016 12:04

PATRIMOINE – La Semaine de la Langue française et de la francophonie se déroulera du 12 au 20 mars, date de la Journée internationale de la Francophonie. L'édition 2016 propose de partir à la découverte du français tel qu'on le parle dans différentes pays francophones. De Bruxelles au Québec en passant par la Suisse et la Côte d'Ivoire, Metronews a demandé à des auteurs francophones de nous faire partager leurs expressions locales préférées.


Le dessinateur et humoriste Philippe Geluck n'est pas le dernier à aimer les jeux de mots. C'est d'ailleurs le point fort de son Chat, le personnage philosophe qu'il a créé en 1983 et décliné à travers une trentaine d'albums. Actuellement à l'honneur au Musée en Herbe, Philippe Geluck a parlé à Metronews du français tel qu'il l'aime dans son pays natal, la Belgique.
Quels sont vos mots et/ou expressions préférés, parmi ceux qu'on utilise en Belgique ?
J’aime la sonorité de "snul" (imbécile) ou "pauvre klette" ("snul" en pire), mais ma tendresse va à une expression qui n’existe pas en français et qui désigne une porte qui n’est ni ouverte, ni fermée, ni même entrouverte : lorsque la porte touche le chambranle sans y être enfoncée, on dit que "la porte est contre".
Et quels sont ceux qui vous agacent ?
Ça m’énerve quand un de mes collaborateurs me dit : "tu sais me passer le numéro de Machin ?" A Bruxelles, beaucoup de gens font l’erreur entre savoir et pouvoir, la confusion vient du flamand.
Y a-t-il une faute de français que vous faites encore malgré vous ?
L’autre jour, pendant le montage de l’exposition L’art et Le Chat" au Musée en Herbe, j’ai demandé à l’éclairagiste de me passer l’escabelle. Il n’a pas compris que je lui parlais de cet objet plus grand que l’escabeau mais plus petit que la petite échelle. Quand je le lui ai expliqué, il a trouvé la nuance tout à fait opportune.
Si vous deviez réformer l'orthographe d'un seul mot, lequel choisirez-vous ?
Je n’y changerais plus rien, j’ai tro d’autres choses à fer !



mercredi 16 mars 2016

Semaine de la langue française / Marguerite Abouet propose de spprimer "pute" et "salope" du dictionnaire



Semaine de la langue française : les expressions ivoiriennes préférées de Marguerite Abouet



Marguerite Abouet propose de spprimer "pute" et "salope" du dictionnaire

MIS À JOUR : 15-03-2016 10:03-CRÉÉ : 14-03-2016 13:21

PATRIMOINE – La Semaine de la Langue française et de la francophonie se déroulera du 12 au 20 mars, date de la Journée internationale de la Francophonie. L'édition 2016 propose de partir à la découverte du français tel qu'on le parle dans différentes pays francophones. De Bruxelles au Québec en passant par la Suisse et la Côte d'Ivoire, Metronews a demandé à des auteurs francophones de nous faire partager leurs expressions locales préférées.

Marraine de l'édition 2016, Marguerite Abouet est l'auteur de nombreuses séries de BD, dont les six volumes d'Aya de Yopougon, illustrés par Clément Oubrerie, dont ils ont tiré un film d'animation en 2013, et la série pour enfants Akissi, dont le tome 6 est paru en novembre dernier. Marguerite Abouet a également fondé une association, Des livres pour tous, afin de rendre les livres plus accessibles aux enfants d’Afrique en y créant des maisons de quartier-bibliothèques.
Quels sont vos mots et/ou expressions préférés, parmi ceux qu'on utilise en Côte d'Ivoire ?
J’en ai plusieurs, comme “j'ai cassé son cou” (rompre avec son amoureux(se)), un “entré-couché” (un studio), un “deuxième bureau” (une maîtresse), “elle a les arguments” (être pulpeuse), “s’enjailler” (être heureux, s'amuser), “s’affairer” (s'informer), “tu es trop esprit” (tu es intelligent)... “Akwabaté” signifie l'étranger mais dans le bon sens du terme, "akwaba" désigne la bienvenue et "té" désigne l'étranger. Il y en a bien d'autres aussi qu'on utilise en Côte d'Ivoire mais qui viennent du Québec, comme “ton chien est mort” (pas la peine de lutter), “manger une valise” (se faire tabasser), “il est bête” (il fait la gueule)...
Quels sont ceux qui vous agacent ?
Tous les mots qui désignent l’étranger, qui s’adressent à une sorte d’étrangers, ceux et celles qui ne sont pas des expatriés, des aventuriers, des vacanciers, des curieux, mais plutôt comme des “sans papier”, “clandestin”, “immigré”. Il y a aussi et surtout tous les mots dégradants pour les femmes. En Côte d’Ivoire, il y en a énormément, comme “djandjou”, “toutou”, “painhou”, “Adjoua” (un prénom) : tous veulent dire prostituée... pour ne citer que ceux-là.
Y a-t-il une faute de français que vous faites encore malgré vous ?
Depuis que mon fils est à l'école primaire, et que je révise avec lui tous mes classiques, je fais beaucoup moins de coquilles. Mais j’ai une petite préférence pour “et bien” et “eh bien”, ou encore, “de manière à ce que vous soyez” et “de manière que vous soyez”.
Si vous deviez réformer l'orthographe d'un mot, lequel choisiriez-vous ?
Sans hésitation : pute, salope.
Pendant la Semaine de la Langue française, on ne fait pas que causer ! On joue avec les mots, sous toutes ses formes, dans toute leur diversité. Cette manifestation partagée par plus de 70 pays organise 1 500 événements pour savourer les variantes du français tel qu'on le parle dans le monde : expositions, ateliers d'écriture, spectacles, dictées... Tout le programme sur www.dismoidixmots.culture.fr.


METRONEWS





mardi 15 mars 2016

Femmes / Chrissy Teigen



FEMMES
Chrissy Teigen 





Semaine de la langue française / Les expressions suisses préférées de Joël Dicker

Joël Dicker

Semaine de la langue française : les expressions suisses préférées de Joël Dicker


MIS À JOUR : 15-03-2016 10:01-CRÉÉ : 14-03-2016 11:26


PATRIMOINE – La ''Semaine de la langue française et de la francophonie'' se déroulera du 12 au 20 mars, date de la Journée internationale de la Francophonie. L'édition 2016 propose de partir à la découverte du français tel qu'on le parle dans différentes pays francophones. De Bruxelles au Québec en passant par la Suisse et la Côte d'Ivoire, Metronews a demandé à des auteurs francophones de nous faire partager leurs expressions locales préférées.


En 2012, le deuxième roman d’un jeune Suisse inconnu allait donner un grand courant d’air frais à la littérature francophone. La vérité sur l’affaire Harry Québert, de Joël Dicker, fait partie de ces best-sellers primés à juste titre (Goncourt des lycéens, Grand prix de l’Académie française) qu’on a voulu faire partager à ses amis, avant de se rendre compte qu’ils l’avaient déjà tous lu. Joël Dicker a sorti Le Livre des Baltimore trois ans après, avec le même talent pour transporter ses lecteurs dans une Côte Est américaine très cinématographique.
Quels sont vos mots et/ou expressions préférés, parmi ceux qu'on utilise en Suisse ?
Il y a une expression que j'aime beaucoup : "tout de bon". On l'utilise en principe quand on quitte quelqu'un, ou qu'une conversation se termine. On dit alors : "tout de bon", ce qui peut signifier : "tout le meilleur" ou "portez-vous bien". J'emploie souvent cette expression, je la trouve belle. Elle a quelque chose de très vrai, qui montre un réel intérêt pour la personne, beaucoup plus que dans le "ça va ?" qui débute immanquablement beaucoup de nos conversations sans même que l'on écoute la réponse.

Et quels sont ceux qui vous agacent ?
Je ne crois pas qu'il y ait un mot en particulier qui m'agace. Mais je suis amusé lorsque parfois je parle en français et qu'on ne me comprend pas. Récemment en France, à l'hôtel, j'appelle la réception pour demander des "linges". Il m'a fallu du temps pour comprendre que le réceptionniste ne comprenait pas de quoi que je parlais. En fait il s’agissait de serviettes de bain. Il y a eu un moment de flottement assez amusant.

Y a-t-il une faute de français que vous faites encore malgré vous ?
Pour une raison que j'ignore, depuis que je suis petit, quand je veux dire "or" (conjonction) j'écris "hors". C'est comme si j'avais mal gravé un mot dans mon esprit et que j'avais de la peine à le réapprendre. 
Si vous deviez réformer l'orthographe d'un seul mot, lequel choisirez-vous ?
Je suis personnellement opposé à la réforme de l'orthographe.


Pendant la Semaine de la Langue française, on ne fait pas que causer ! On joue avec les mots, sous toutes ses formes, dans toute leur diversité. Cette manifestation partagée par plus de 70 pays organise 1 500 événements pour savourer les variantes du français tel qu'on le parle dans le monde : expositions, ateliers d'écriture, spectacles, dictées... Tout le programme sur www.dismoidixmots.culture.fr


METRONEWS



jeudi 10 mars 2016

Marc Levy à New York / "La France n'est pas du tout un pays laïc"




Marc Levy à New York : "La France n'est pas du tout un pays laïc"

CRÉÉ : 13-02-2016 12:02

BEST-SELLER – "L'horizon à l'envers" (Robert Laffont), le 17e roman de Marc Levy, est sorti jeudi 11 février. L'auteur français le plus lu à l'étranger, qui attend l'arrivée imminente d'une petite fille, a reçu Metronews dans le quartier de West Village, à New York, où il vit. Conversation à bâtons rompus sur les primaires américaines et le malaise de la société française.



Que pensez-vous des primaires américaines ? Les Républicains font très peur cette année...
C'est très inquiétant. Imaginez un monde où il y aurait Trump aux Etats-Unis, avec déjà Poutine en Russie, il n'y aurait plus qu'à rappeler Berlusconi... En même temps, ça dresse un constat du vide politique, le choix qui est offert aujourd'hui aux Américains est désespérant. Le populisme ne prend qu'à partir du moment où l'on ne croit plus en la classe politique. On se retrouve avec qui, Cruz, Trump, Clinton ou Sanders ? Sanders, franchement, je n'ai rien contre son âge, mais si c'est lui qui doit devenir l'homme le plus puissant du monde... Hilary Clinton, c'est le summum de l'appareil politique ; Cruz, je n'en parle même pas tellement il fait peur... Où sont les grands chefs d'Etat ?

Et en France, où sont-ils ?
Je n'ai pas de légitimité à parler de la politique française puisque je n'y vis plus depuis 21 ans, mais je constate que les éléphants, en captant le pouvoir politique, empêchent le renouvellement et le rajeunissement de la démocratie. Le poids de l'appareillage politique est monstrueux. S'il y a encore une primaire à gauche, ça va être encore Martine Aubry contre Hollande ? Où sont les hommes d'Etat capables de sortir du carcan de l'idéologie de leur parti, pour regarder la société telle qu'elle est, dans toute sa diversité ? On ne peut pas la faire prospérer tant qu'on est prisonnier de ses idéologies.

"En France, les éléphants empêchent le renouvellement et le rajeunissement de la démocratie."

Qu'est-ce qui vous a marqué en France, vu de New York ?
J'ai eu du mal à comprendre qu'autant d'énergie ait été mobilisée contre le Mariage pour tous, contre des gens qui s'aiment alors qu'on vit dans un monde de haine. Le jour de la démission de Taubira, j'ai entendu quelqu'un dire : 'ah, je suis contente qu'elle ait démissionné, j'espère qu'on reviendra sur cette loi !' Moi, je n'ai pas eu l'impression que les 4 000 personnes qui se sont mariées ont mis l'humanité en péril, ni fondu la République... Ces gens me terrorisent, ils sont noyés dans la violence du monde et ils sont un million dans la rue pour défiler contre des gens qui s'aiment ! C'est ça, leur foi ? Elle est là, leur charité ?

La France est censée être un pays laïc...
La France n'est pas du tout un pays laïc. Dire le contraire est l'une des plus grandes hypocrisies de la société française. Un pays dont 80 % des jours fériés sont des jours chrétiens, n'est pas laïc par définition. C'est bien de vouloir interdire tout signe de religion, mais à ce moment-là, que la Pentecôte, l'Ascension et Noël ne soient plus des jours fériés ! Au contraire, la France est un pays extrêmement religieux : à chaque fois qu'il y a eu des films un peu provocateurs sur le Christ, on a vu la réaction de mouvements ultra-religieux.

"Dire que la France est un pays laïc est l'une des plus grandes hypocrisies de la société française."
Il est encore plus difficile d'échapper à la religion aux Etats-Unis...
C'est vrai, l'Amérique est un pays profondément religieux, mais au moins il l'assume. Sur les dollars, il est écrit "In God we trust", il n'y a pas un président qui n'ait prêté serment devant Dieu. Ce qui est gênant en France, ce qui explique le malaise de la société, c'est l'hypocrisie. Ici, aux Etats-Unis, c'est cash, personne ne vous trompe sur la marchandise.

L'échelle d'un pays influe-t-elle réellement son gouvernement ?
En Europe, on a du mal à comprendre la répartition géographique des Etats-Unis. Il y a l'Amérique des grandes villes, celle des villes pauvres, et tout le centre, où c'est toujours le far-west. Les gens qui y vivent ont choisi d'être loin de l'Etat. Il ne faut pas oublier qu'il y a ici autant de diversité qu'il y en a sur tout le continent européen. Si on essayait d'élire en Europe un seul président, les primaires en Ukraine ne seraient pas représentatives des primaires en Angleterre, ou en Italie ! Or cette diversité existe en Amérique. Il faut aussi comprendre que les modes de pensée ne sont pas les mêmes que les nôtres. Si je suis accro à la série The Good Wife, c'est parce que non seulement elle est merveilleusement bien écrite, mais aussi parce qu'elle apprend beaucoup de choses sur le fonctionnement de l'Amérique et sa mentalité.






vendredi 4 mars 2016

Adam Thirlwell / "J'avais dans la tête l'idée d'un paragraphe infini"

Adam Thirlwell

Adam Thirlwell

"J'avais dans la tête l'idée d'un paragraphe infini"



CRÉÉ : 22-02-2016 13:59

PORTRAIT - "Candide et lubrique" (éditions de l'Olivier), le nouveau roman d'Adam Thirlwell, confirme une fois encore les espoirs que ses pairs ont porté en lui depuis ses débuts à l'âge de 24 ans. L'écrivain britannique, qui aime jouer sur le fond et la forme de ses livres, s'amuse à innover et expérimenter en s'inspirant également du design et de l'art contemporain. Rencontre.


En 2004, un jeune Londonien de 24 ans perçait dans les lettres avec un premier roman insolent, Politique. Sans attendre, le magazine Granta l'a inclus dans sa liste des "meilleurs romanciers britanniques de moins de 40 ans". Douze ans après, Adam Thirlwell a gardé sa bouille de gamin espiègle et confirmé les espoirs que portaient cette étiquette d'enfant prodige qui ne le lâche plus. 

"Ça pose toujours un problème quand on commence très jeune !", s'amuse-t-il dans un français parfait. "Mais j'essaie de grandir un peu depuis... Quand j'étais plus jeune, je voulais vraiment créer mon propre style. Après l'avoir fait, il m'a fallu encore en changer. Je ne pouvais pas continuer comme dans Politique, mais ça vient aussi du sujet du livre, il faut toujours trouver la bonne narration pour la bonne histoire."

L'auteur de Virgin Suicides est l'un de ses plus grands fans

Adam Thirlwell ne s'est certes pas reposé sur ses lauriers. Il a publié un autre roman,L'Evasion, un essai sur la traduction, un livre-objet très design (Kapow !, non traduit), des articles pour le New Yorker... Et aujourd'hui, ce Candide et lubrique qui porte sa griffe tout en innovant encore. "Je vois des connexions entre Politique et Candide et lubrique, il s'agit toujours de la peur de l'ennui, du temps qui ne passe pas, et de la recherche du désir, de l'excitation." On y suit un narrateur sans nom et sans histoire, qui se réveille un matin auprès d'une femme qui n'est pas la sienne. Tout ça ne lui ressemble tellement pas qu'il va se lancer dans d'autres folies, dont des braquages au pistolet à eau, avec son ami Hiro, aussi immature et déjanté que lui. 

Jeffrey Eugenides a qualifié de roman de "fou" et d'"hilarant", mais quand on fait remarquer à Thirlwell qu'il est tout autant mélancolique, il acquiesce : "Je pense qu'on peut dire la même chose de tous mes livres. Celui-ci est vraiment hanté par le temps, peut-être parce que je suis plus âgé maintenant. Avant, j'écrivais des 'livres jeunes' ! J'étais très intéressé par les trentenaires car c'est un âge de transition. Mon héros veut essayer de repousser le passage à l'âge adulte mais c'est impossible. Le moteur du roman, c'était de montrer un personnage à la fois responsable et innocent, dans une banlieue ordinaire qui pourrait être n'importe laquelle."

Alors Thirlwell s'amuse. Il joue sur le monologue intérieur de son personnage, les registres de langue, les références, parfois jusqu'au délire. "Avant, mes romans étaient conçus comme des collages de petits morceaux, alors qu'ici c'est beaucoup plus fluide. J'avais dans la tête l'idée d'un paragraphe infini. J'ai un grand souci de la construction, mais avec ce roman il y avait quelque chose qui m'a un peu dépassé." Il faut dire que Thirlwell aime les expériences littéraires transversales, comme le prouvent ses participations aux projets de ses amis plasticiens : "Le monde de l'art m'intéresse beaucoup, reconnaît-il, il y a une énergie intellectuelle qui m'attire. Avec Philippe Parreno que je connais bien, nous allons donner une conférence ensemble à la Serpentine Gallery à Londres, en avril, sur l'art du montage vidéo. A côté de certains artistes, je trouve quelquefois que le roman est un peu démodé. Alors j'essaie petit à petit de le rendre plus contemporain."

METRONEWS




jeudi 3 mars 2016

Adam Thirlwell / Candide et Lubrique, roman burger





Adam Thirlwell : Candide et Lubrique, roman burger

Christine Marcandier 
12 février 2016 

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andide et Lubrique : les deux adjectifs qui forment le titre du dernier roman d’Adam Thirlwell ne sont pas seulement des qualificatifs ; ils ont pour fonction d’introduire à des catégories morales et esthétiques, non conciliables, deux possibles du roman ou d’un personnage en quelque sorte, deux routes a prioriantithétiques qu’il s’agira pourtant de faire converger. Tout le récit est dans ce « et », l’entrave, voire l’aporie romanesque qu’il suppose et permet de dépasser.

mercredi 2 mars 2016

Adam Thirlwell / Candide et lubrique / Very bad trip



Candide et lubrique, d'Adam Thirlwell: very bad trip


LA CHRONIQUE D'ÉRIC NEUHOFF 

Avec un humour corrosif, l'auteur de Politique met en scène un antihéros pathétique dans un cauchemar éveillé.


Qu'est-ce qu'elles lui trouvent? Il n'a rien pour lui. À trente ans et des poussières, il vit encore chez ses parents (avec sa femme). Il est arrogant, paresseux, sans emploi (sa femme travaille). Le narrateur n'a rien pour lui. Sauf d'être un héros d'Adam Thirlwell: cela veut dire qu'il coupe les cheveux en quatre, a de l'humour à revendre et un don très sûr pour se fourrer dans des situations impossibles. 


Adam Thirlwell



RENCONTRE AVEC ADAM THIRLWELL, DE RETOUR AVEC UN LIVRE DES PLUS CORROSIFS


Par Sylvain Bourmeau 15 févr. 2016 - 12h48

LONDRES EST EN FLAMMES : SON PRODIGE LITTÉRAIRE, ADAM THIRLWELL, EST DE RETOUR, AVEC UN LIVRE CORROSIF COMME JAMAIS. SOUS SADRÔLERIE, "CANDIDE ET LUBRIQUE" DÉSHABILLE LE MONDE. RENCONTRE.



Adam Thirlwell fait partie de ces précoces qui percent en agaçant certains autant qu'ils réjouissent les autres. Et pour ces écrivains-là, les choses ne s'arrangent pas avec le temps car ce sont bien souvent de vrais auteurs, architectes d'oeuvres authentiques - le contraire des météorites littéraires. On peut penser, dans les générations précédentes, à un Martin Amis ou à un David Foster Wallace. Adam Thirlwell avait fait sensation à 24 ans, en 2003, avec Politique, un premier roman faussement naïf et vraiment postmoderne pour lequel il avait laissé exprès l'échafaudage apparent. Après quoi, il signait en 2009 L'Evasion, deuxième roman à la fois comique, philosophique et érotique. Il revient ces jours-ci avec un troisième opus dont les ingrédients sont brandis dès le titre : Candide et lubrique, ou l'histoire déjantée d'un drôle de héros anonyme à prétention universelle. Un Tintin moderne, pervers et/ou naïf, lancé dans des aventures en terra incognita globalisée, le tout sous la forme d'un faux roman noir classique mais logorrhéique, rapidement délirant et animé d'une grande joie sexuelle. A moins qu'il ne s'agisse d'un Very Bad Trip.
Grazia - D'où vient ce personnage ambivalent, aussi fascinant que détestable ?
Adam Thirlwell : Oh, il m'est venu d'une certaine manière de parler que j'entendais de plus en plus autour de moi. Je veux dire : cette façon qu'ont les gens de se sentir coupables des malheurs des autres (les pauvres, les animaux...), tout en conservant leur innocence de base. Et nous sommes, bien entendu, tous coupables dans notre monde bourgeois ! Cette contradiction se retrouve dans le mot "cute" que j'ai mis dans le titre original : Lurid & Cute. Cette voix est l'esprit de notre époque ! Un héros pour notre temps ! Et il est sans doute important de préciser quece personnage n'a pas de nom. Qu'il peut donc être de manière terrible et injuste confondu avec moi, le romancier innocent...
- Une nouvelle fois, l'un de vos romans offre un alliage détonnant de comique et de sérieux. C'est un prisme pour mieux voir le monde ?
C'est ainsi que je perçois notre condition cosmique. Pour moi, l'alliage n'est peut-être pas si détonnant : le comique n'est qu'un autre aspect du sérieux. Et il s'agit là d'une position philosophique, pas simplement technique. Démontrer à quel point sont vides nos prétentions au sérieux : voilà une belle ambition pour le roman. C'est pourquoi mon narrateur maintient toujours sa perfection morale, y compris lorsque les événements qu'il décrit se mettent à ressembler à un délire hollywoodien (partouzes, drogues et armes à feu). Ce décalage est certainement une tentative pour voir le monde de manière plus précise et pour perturber le lecteur en lui faisant partager ce genre de vision. C'est en tout cas mon espoir. Ce mot "détestable" indique combien la question de ce qui est "aimable", de ce qu'on peut "liker" est décisive dans notre esthétique numérique. Et l'une des manières de réduire l'écart entre lecteur et auteur, entre romancier et narrateur, c'est d'employer des tonalités inattendues.
- L'utopie vers laquelle tend ce nouveau roman n'est pas sans rapport avec celle du bien titré Politique : comment vivre ensemble libres ? C'est une philosophie de vie personnelle ?
Eh bien, "contre Sainte-Beuve", j'insiste absolument sur la séparation entre le moi qui écrit et le moi qui vit. J'ai toujours été attiré par des personnages utopistes. Et vivre en totale sincérité est une forme d'utopie. Mais comme nous vivons au quotidien assaillis par de nouvelles loyautés et tentations, il est très difficile de préserver cette sincérité. Mais ce mot d'utopie m'obsède. Tous les romans sont des mondes miniatures, et l'une des choses essentielles à explorer, c'est précisément la manière dont nous passons notre temps à imaginer d'autres mondes à l'intérieur du nôtre. Et puis l'autre aspect de la liberté concerne celle du lecteur à l'égard du romancier. Démasquer la construction d'un roman, voilà encore un bel exemple de pensée utopique.

CANDIDE ET LUBRIQUE d'Adam Thirlwell (L'Olivier, 396 pages).