lundi 19 janvier 2015
dimanche 18 janvier 2015
La Dolce Vita / Décès de l’iconique actrice Anita Ekberg
La Dolce Vita : décès de l’iconique actrice Anita Ekberg
Par Constance Bloch
Le dimanche 11 janvier s’est éteinte Anita Ekberg, l’une des comédiennes les plus iconiques des années 60 rendue immortelle grâce à une scène de film de Federico Fellini. Retour sur la carrière d’un sex-symbol.
Le cinéma italien est en deuil. Au lendemain de la mort du réalisateur Francesco Rosi, l’actrice Anita Ekberg, icône incontournable de La Dolce Vita est décédée à l’âge de 83 ans ce dimanche 11 janvier à Rocca di Papa, près de Rome. C’est dans les années 60 que le monde est tombé amoureux de la comédienne suédoise après son inoubliable bain de minuit dans la fontaine de Trevi devant la caméra de Federico Fellini.

Anita Ekberg dans “La Dolce Vita” de Federico Fellini
Frank Sinatra la surnommait “l’iceberg”. Pour ses origines nordiques mais surtout pour sa capacité à faire fondre les hommes. Née à Malmö en Suède le 29 septembre 1931, Anita Ekberg est la sixième d’une fratrie de huit. Elle s’est tout d’abord fait connaitre grâce à sa beauté et une plastique hors normes. À l’âge de 19 ans, elle embrasse une carrière de mannequin aux États-Unis après avoir remporté la couronne de Miss Suède, un peu par hasard.
En effet, de passage à Paris en 1967, elle expliquait :
En sortant de l’école [...] seule la mode m’intéressait et je suis entrée comme mannequin dans une maison de couture suédoise. Un jour, des amis, par boutade, m’ont conseillée de me présenter à l’élection de Miss Suède.
Si au début des années 50 elle traverse l’Atlantique, ce n’est pas parce qu’elle rêve de cinéma mais pour concourir au titre de Miss Univers. Même s’il lui échappe de peu, elle finit dans les six finalistes. Mais sa blondeur et ses courbes vertigineuses ne tardent pas à taper dans l’œil d’Hollywood, à commencer par celui de l’immense John Wayne qui lui offre son tout premier rôle.
Après cinq années à tourner et une série de rôle mineurs, elle décroche le Golden Globe du meilleur espoir féminin en 1955 pour L’année sanglante (avec John Wayne et Lauren Bacall). L’année suivante elle tourne avec King Vidor dans Guerre et Paix aux côtés d’Audrey Hepburn et Henry Fonda.
Icône du cinéma italien
Mais la consécration du talent de l’actrice arrive en 1960, alors qu’elle est choisie par Federico Fellini pour donner la réplique à Marcello Mastroianni dans ce qui sera l’unique Palme d’Or cannoise du réalisateur italien (et un tournant dans sa carrière) : La Dolce Vita.
Et parmi les sublimes tableaux qui composent le film, l’un est resté gravé à jamais dans la mémoire des cinéphiles : celui d’Anita Ekberg vêtue d’une longue robe bustier noire se baignant sensuellement à la lueur des étoiles dans la mythique fontaine de Trevi, bientôt rejointe par Marcello, transcendé par tant de beauté.
Une muse que Federico Fellini décrivait en ces mots :
Sa beauté de petite fille déesse était éblouissante. La couleur lunaire de la peau, le bleu clair glacé du regard, l’éclat doré des cheveux, l’exubérance, la joie de vivre, faisaient d’elle une créature grandiose, extraterrestre et en même temps émouvante, irrésistible.
Alors définitivement adoptée par l’Italie, elle continue de tourner avec des réalisateurs comme Dino Risi (A Porte Chiuse, 1961), Alberto Sordi (Scusi, Lei è Favorevole o Contrario ?, 1966), Vittorio De Sica (Sept fois femme, 1967) et bien sûr de nouveau Fellini dans Les Clowns (1970) et beaucoup plus tard dansIntervista (1987). N’arrivant pas à percer à Hollywood, elle se fait de plus en plus rare à l’écran à partir des années 70. Sa dernière apparition au cinéma date de 1998 dans Le Nain rouge de Yvan Le Moine.
Malgré sa carrière d’actrice entre l’Italie et Hollywood, Anita Ekberg a connu une fin de vie bien loin du glamour et des paillettes qui entouraient son statut de sex-symbol. Depuis des années, elle vivait dans une maison de retraite aux abords de Rome, sa ville d’adoption, et disait se sentir “un peu seule”. Star d’un seul film, elle ne sera pourtant jamais vraiment éteinte, rendue immortelle grâce à une baignade nocturne inoubliable dans un film majeur de l’histoire du cinéma.
samedi 17 janvier 2015
Mort d'Anita Ekberg, ses obsèques / Dernier adieu à l'icône de La Dolce Vita
Le vicaire suédois Per Edler -
Obsèques de Anita Ekberg en présence de sa famille et ses proches
en l'église évangélique allemande à Rome, le 14 janvier 2015.
Mort d'Anita Ekberg, ses obsèques
Dernier adieu à l'icône de La Dolce Vita
C'est à Rome le 14 janvier, en l'église évangélique allemande de la capitale italienne, que ce sont déroulées les obsèques de l'actrice suédoise Anita Ekberg, décédée le 11 janvier à 83 ans. Ses funérailles se déroulent non loin de la fontaine de Trevi qui l'a rendue si célèbre, dans La Dolce Vita de Federico Fellini, avec Marcello Mastroianni . Pour ce triste événement qui avait rassemblé une foule importante, on pouvait remarquer la présente de Marie, une amie de la comédienne et de sa nièce Christina Ekberg, non loin du vicaire suédois Per Edler.
Elue Miss Suède 1950, elle brigue aux Etats-Unis la couronne de Miss Univers. Celle-ci lui échappe mais John Wayne lui offre un premier rôle : en effet, après cinq années à Hollywood, elle reçoit le Golden Globe 1955 du meilleur espoir féminin pour son rôle dans L'Allée sanglante("Blood Alley" de William A. Wellman) et jouera notamment dans Guerre et Paix (1956, de King Vidor). Devenue une star après La Dolce Vita, elle pose en novembre 1961 pour le magazine de charme Playboy.
En 2011, on découvrait que l'actrice voluptueuse et inoubliable de La Dolce Vita menait une vie solitaire, alors qu'elle était hospitalisée à Rome pour un long séjour. Elle a ensuite avoué être dans une grande difficulté financière. Elle était logée dans une résidence pour pour personnes âgées près de Rome, la ville où se trouve la fameuse fontaine qui l'a rendue célèbre. "Les journées sont d'une longueur infinie," disait-elle au Corriere della Serra. Dans une situation précaire, elle s'était cassé le col du fémur et avait fait un malaise en 2009. Elle avait dû quitter son domicile après un incendie provoqué par des cambrioleurs.
Anita Ekberg a été mariée avec l'acteur britannique Anthony Steel de 1956 à 1959. Son ex-mari épousera ensuite Hannerl Melcher (Miss Autriche 1957). La comédienne suédoise refera sa vie avec Rik Van Nutter en 1963 mais divorcera officiellement en 1975.
Anita Ekberg a été mariée avec l'acteur britannique Anthony Steel de 1956 à 1959. Son ex-mari épousera ensuite Hannerl Melcher (Miss Autriche 1957). La comédienne suédoise refera sa vie avec Rik Van Nutter en 1963 mais divorcera officiellement en 1975.
vendredi 16 janvier 2015
Hervé Boggio / Libre comme Werth
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| León Werth |
Libre comme Werth
Par Hervé BOGGIO
Le Républicain Lorrain
Le 06/01/2013 à 05:00
LE REPUBLICAIN LORRAIN
Le Républicain Lorrain
Le 06/01/2013 à 05:00
Le Vosgien Léon Werth aurait à jamais disparu des écrans radars de la littérature française sans l’éditrice Viviane Hamy. Une injustice évitée de justesse pour cet écrivain qui fut avant tout un homme libre.
Léon Werth ne reste célèbre que par la grâce de Saint-Ex et de son Petit Prince , lequel lui est dédicacé. Une notoriété par procuration, en quelque sorte. Un cadeau de Pique-la-Lune – surnom d’Antoine de Saint-Exupéry – en témoignage d’une indéfectible amitié : « À Léon Werth. Je demande pardon aux enfants d’avoir dédié ce livre à une grande personne. J’ai une excuse sérieuse : cette grande personne est le meilleur ami que j’ai au monde. […] Si toutes ces excuses ne suffisent pas, je veux bien dédier ce livre à l’enfant qu’a été autrefois cette grande personne. Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent.) Je corrige donc ma dédicace : À Léon Werth quand il était petit garçon ».
Ce petit garçon, né à Remiremont dans les Vosges en 1878, a eu son heure de gloire littéraire. Il fut aussi une de ces figures singulières, libres, inclassables, et pour tout dire rares, du paysage intellectuel français d’avant la Seconde Guerre mondiale. Léon Werth a d’abord été un surdoué – grand prix de philosophie au concours général – et un révolté, abandonnant les brillantes études auxquelles il était promis pour mener une vie de bohème qu’il gagne comme critique d’art, activité qu’il poursuivra jusqu’à sa mort. En 1913, avec son roman La Maison blanche, il est finaliste pour le Goncourt face à Alain-Fournier. Tous deux verront le prix leur échapper au treizième tour de scrutin, au bénéfice d’un certain Marc Elder qui sombrera dans l’oubli.
Comme tous les hommes de sa génération, Werth est confronté, quinze mois durant, à l’horreur des tranchées. Un trauma, mais aussi l’occasion d’exercer avec éclat la liberté qu’il revendique en mettant sa plume au service de deux ouvrages décapants : Clavel soldat et Clavel chez les majors . Ces deux récits sont « parmi les plus lucides sur la peur et l’ennui, le dégoût du bourrage de crâne et des foules qui s’y plient », souligne Gilles Heuré, biographe de l’écrivain. Jean Norton Cru lui-même, auteur du monumental Témoins , rend hommage à la « vérité » de Werth même s’il est par ailleurs critique. Une vérité qui déplaira fortement pourtant, au-delà des clivages partisans. Ce qui participe d’une certaine logique puisque l’auteur n’a jamais fait, et ne fera jamais, allégeance à aucune chapelle. « Léon Werth était un homme libre. Trop peut-être et c’est sans doute ce qu’il a payé ! », estime Gilles Heuré.
Pourtant, la pression est forte dans les années vingt et trente. À la suite du congrès de Tours en 1920, les communistes lui font de l’œil. Il regarde ailleurs… En 1928, lorsqu’il publie Cochinchine , dénonçant avec vingt ans d’avance le « régime d’arbitraire et d’oppression » de la colonie, il prend encore tout le monde à rebrousse-poil. À l’aube des années 1930, il est de ces rares consciences qui apportent leur soutien aux prisonniers du régime soviétique et notamment à l’écrivain Victor Serge. Le tout en restant farouchement antifasciste : de quoi faire l’unanimité contre soi.
Sa soif de liberté n’en est pas moins sourcilleuse, intransigeante. Et l’homme est, de surcroît, capable de colères noires : « Son caractère ombrageux et sa plume souvent assassine n’ont pas aidé à sa notoriété, malgré l’appartenance à des réseaux qui passent un temps par la revue Monde ou la puissante NRF . Mais à chaque fois, il finit par se fâcher avec ses soutiens », explique encore son biographe.
Juif, de gauche, Werth fuit Paris en 1940 pour se réfugier à Saint-Amour, dans le Jura, où il possède une propriété. Là, il rédige durant quatre années une sorte de journal qui sera publié en 1946 sous le titre Déposition . Une œuvre d’une singulière lucidité sur l’Occupation et la réalité du régime de Vichy dont il saisit presque instantanément la nature. L’ouvrage sera salué, par Lucien Febvre notamment, fondateur avec Marc Bloch de l’école historique des Annales . Puis il sera oublié. Tout comme l’aurait été Werth lui-même après sa mort en 1955, malgré une œuvre critique et littéraire considérable, si l’éditrice Viviane Hamy n’était allée y voir de plus près. Celle-ci l’a sorti de la « cohorte talentueuse des écrivains de "second rayon" » où il était noyé, affirme Gilles Heuré. Le voilà rendu à la place singulière qu’il méritait.
L’Insoumis , Léon Werth (1878-1955)
par Gilles Heuré (Viviane Hamy ).
De Léon Werth (notamment) :
- Clavel soldat
- Clavel chez les majors
- Caserne 1900
- Voyage avec ma pipe
- Cochinchine
- La Mais on blanche
- Déposition
- 33 jours
- Le Promeneur d’art
- Saint-Exupéry tel que je l’ai connu.
Tous ces ouvrages sont publiés aux éditions Viviane Ham y .
« Tout ce que j’ai vu, je l’ai dit. Et quand j’étais indigné, j’ai fait effort pour ne conter que les faits et non pas mon indignation. » ( Cochinchine , Léon Werth)
LE REPUBLICAIN LORRAIN
jeudi 15 janvier 2015
Michel Houellebecq / Subversif et irresponsable comme jamais

Michel Houellebecq, subversif et irresponsable comme jamais
Donc, Houellebecq. Impossible de le contourner, de faire l’impasse ou de passer par-dessus. Quoi qu’on pense de lui ou de ses livres, il est là, occupe le terrain et domine la scène littéraire française depuis près de vingt ans. A l’étranger, il est « le » romancier français par excellence, le plus traduit, le plus commenté, fût-ce souvent pour de mauvaises raisons, étant celui par qui le scandale arrive. Précédé par sa légende, chacun de ses romans est un événement avant même d’être publié, phénomène qui lui vaut le statut de phénomène de société. Soit, mais ce qui compte, c’est le texte –et à la rigueur, ce que l’auteur veut en dire par ailleurs.
Soumission (320 pages, 21 euros, Flammarion), roman de politique fiction et de légère anticipation qui sera mercredi en librairie mais qui est déjà disponible gratuitement depuis une semaine en téléchargement illégal sur différents sites, se situe dans la France de 2022. François, le narrateur, est un universitaire de 44 ans, maître de conférence de littérature du XIXème siècle à Paris III puis professeur des universités, auteur d’une thèse en Sorbonne sur « Joris-Karl Huysmans, ou la sortie du tunnel » exalté en naturaliste chrétien. Il n’aime pas les jeunes, estime avec Nabokov que la somme de ses livres suffit à retracer la biographie intellectuelle d’un écrivain, perd des points sur son permis et met onze jours à se remettre d’une rencontre avec une jolie jeune fille qui réussissait à fantasmer sur Jean-François Copé. Il fait souvent l’amour mais sans fatigue et sans plaisir, las même quand il encule. Sa petite amie, de plus en plus mal à l’aise dans une société où la parole antisémite se banalise, le quitte pour émigrer en Israël, ce qui le rend très triste et esseulé : « Il n’y a pas d’Israël pour moi » lui avoue-t-il après un dernier baiser d’adieu, et c’est probablement l’une des phrases-clés du roman.
Il crève de solitude. Sa vie d’homme est structurée par l’assurance maladie et les services fiscaux. Il n’a pas vu ses parents depuis des années. Lorsqu’il apprend la mort de son père, il se rend compte qu’ils ne se sont jamais parlés ; à l’annonce de celle de sa mère, il découvre qu’elle est promise au carré des indigents ; on n’est pas plus misérable. Il touche le fond à Rocamadour, et c’est une scène-clé du roman, lorsqu’il rejoint le parking de la chapelle Notre-Dame avec un sentiment d’abandon spirituel après avoir prié en vain la Vierge noire : il avait échoué à s’incorporer à un rite, lui qui aurait tant voulu appartenir. Lorsqu’il ne navigue pas du côté de Péguy, ses références sont toujours dignes d’une beauf franchouillard, qu’elles héroïsent Thierry Lhermitte dans Les Bronzés, David Pujadas dans le Journal télévisé, Stéphane Bern en ses palais, jusqu’à François Bayrou, ridiculisé en collabo en chef. Mais à travers des détails minuscules, l’auteur a le don d’esquisser des comparaisons d’une drôlerie inattendue mais toujours dans le réel et sans pathos. 

Mohammed Ben Abbes (X, Ena promotion Mandela) est président de la République Française. Le gouvernement est constitué de l’ alliance d’un parti de centre-droit et de la Fraternité musulmane, les deux s’étant ligués lors de la campagne électorale pour faire barrage à l’extrême-droite. Celui-ci ne considère par la France comme une terre d’impiété, contrairement aux salafistes, mais comme faisant potentiellement partir du Dar-al-Islam. Magnanimes, les grands vainqueurs abandonnent volontiers les portefeuilles régaliens aux centristes afin de mieux conserver entre leurs mains le nerf de la guerre : le ministère de l’Education nationale. Car c’est bien là que ça se passe, et non plus du côté de l’Economie ; c’est là l’essentiel avec les questions démographiques. Ce qui est bien vu : qui contrôle la transmission des valeurs façonne les esprits avant de contrôler les âmes. Islamisé, l’enseignement renvoie les filles à la maison (tâches ménagères, mariage) et demeure réservé aux garçons. Cantine halal, programme adapté aux enseignements du Coran, cinq prières quotidiennes, des pantalons à la place des jupes. Ce qui devrait passer sans problème dès lors que tout enseignant se doit d’être musulman, par la naissance ou la conversion. Résultat : baisse de la délinquance, fin du chômage etc
De toute façon, dans ce pays-là à ce moment-là, les catholiques ont pratiquement disparu. Ils sont réduits au statut inférieur de dhimmi, citoyens de seconde zone, comme tous les gens du Livre (ahl-al-kitab, juifs et chrétiens) depuis des siècles en terre arabe où la religion musulmane figure dans la Constitution. Mais l’ennemi des nouveaux princes, ce ne sont ni les uns ni les autres : c’est la laïcité, le sécularisme, les sans-Dieu militants. Autrement dit la libre pensée. Le président de la République, qui a l’habileté de passer pour modéré, est animé d’une vaste ambition portée par un grand projet historique : convertir tout ce monde à l’Islam. Il se verrait bien premier président musulman de l’Europe, accréditant pour le coup les prémonitions de l’essayiste britannique Bat Ye’or qui n’a de cesse de dénonce « le complot Eurabie ». A ceci près que, dans l’esprit de son auteur, Soumission n’est pas le roman du « suicide français » mais celui de la résistance française au suicide européen. Peut-être, n’empêche qu’à la fin, le héros se convertit à l’Islam, ce qui est de sa part la forme la plus achevée de la résignation.
La résistance s’incarne dans un mouvement baptisé « Les Indigènes européens »., premiers habitants du vieux continent, qui se regroupent pour faire front contre la colonisation musulmane. C’est peu dire qu’ils se préparent à la guerre civile (des bureaux de vote sont pris d’assaut par des bandes armées). Ils forment le camp des Blancs (à côté, le Camp des saints,roman pour lequel Jean Raspail fut voué aux gémonies en 1973, et tout autant lors de sa réédition augmentée de la préface Big Other en 2011, semble une bluette). Par leur activisme, ils opposent un cinglant démenti au narrateur qui s’était convaincu que les Français étaient résignés et apathiques, à son image.
Soumission a tout d’un page turner à l’américaine. Entendez qu’il se lit bien, qu’il est très bien fait, qu’on ne le lâche pas, même si l’on est progressivement envahi par un certain malaise face au monde qui s’y dessine page après page. Qui en France peut avoir envie d’une telle France ? La réponse du narrateur est claire : les musulmans. Fi des modérés, des éclairés, des nuancés ! Ils sont essentialisés en un bloc homogène par l’auteur. Et celui-ci, qu’en pense-t-il ? On n’en saura rien. La fiction est un paravent bien commode et en l’espèce, vu le contexte crispé qui se développe dans notre pays sur les questions identitaires, assez lâche. Michel Houellebecq se veut décalé, insaisissable, impassible face à la catastrophe annoncée, comme si elle ne le concernait pas. Il observe passer les cadavres au loin sur le fleuve, tirant sur sa clope d’un air goguenard, secoué d’un ricanement même pas nerveux. De cette attitude il tire une puissance comique et littéraire qui fait la singularité de sa signature. C’est pourtant au final un livre dont on émerge triste, sombre, désenchanté, du moins si l’on consent à le prendre au sérieux, en tout cas nettement moins heureux qu’à la sortie de l’Athénée-Louis Jouvet où se donne actuellement une formidable Grande Duchesse d’Offenbach.
De son propre aveu, il ne faut pas y voir la moindre provocation, non plus que dans la situation exposée par Soumission.Observateur aigu, choqué de constater combien la France avait changé en revenant y vivre après ses séjours irlandais et catalan, il se dit simplement accélérateur de particules historiques, condensant ce qui doit advenir (on lira ici avec profit la seule interview qu’il ait accordée à ce jour à Sylvain Bourmeau, ici dans son intégralité en anglais ou là en résumé en français). Ce qui ne l’empêche pas de jouer avec les peurs des Français au mépris des conséquences que le succès de son livre, effrayante extension du domaine de l’Islam, pourrait avoir sur les esprits. Un roman ! dira-t-ton. En effet, Les versets sataniques aussi. Puissance de la fiction. C’est un comique basé sur un humour froid, détaché, euphémistique, dépourvu de la moindre générosité contrairement à celui de Huysmans. Certaines pages sont d’un comique irrésistible, digne de ses récentes performances d’acteur de cinéma. On le voir et on l’entend lorsqu’il écrit :« Les hommes de Cro-Magnon chassaient le mammouth et le renne ; ceux d’aujourd’hui avaient le choix entre un Auchan et un Leclerc, tous deux situés à Souillac ».
Rien à sauver de son nihilisme. On en a connu et on en connaît d’autres parmi les créateurs ; mais un Serge Gainsbourg était sauvé par sa tendresse, et une Virginie Despentes l’est par son empathie pour ses personnages. Lui, rien d’autre qu’une misanthropie revendiquée, avec une misogyne de plus en plus marquée :
« Une femme est certes humaine mais représente un type légèrement différent d’humanité, elle apporte à la vie un certain parfum d’exotisme ».
C’est plus éclatant encore dans Soumission que dans ses précédents livres. Au fond, il ne prend même pas partie, se réfugiant dans une neutralité que l’on croirait héritée de la charte de Wikipédia. Il fait preuve d’une étonnante capacité à se payer la tête de ses contemporains, tous sans exception à commencer par ses thuriféraires habituels. A les lire ou les écouter ces jours-ci, on les sent gênés aux entournures tant ils ont du mal cette fois à le cerner, si préoccupés qu’ils sont de le mettre à distance de toute zemmouritude : est-il dans tel personnage ou tel personnage, encore tout simplement dans celui de Huysmans ? A moins qu’il y soit partout et nulle part tant il s’en fout, plus habile comme jamais, avant tout soucieux d’adresser un grand bras d’honneur crypté à la France et à la société.
Houellebecq se montre en parfait dégoûté de l’humanité. Mais il a fait d’indéniables progrès depuis l’époque (septembre 2001) où il décrétait que « la religion la plus con, c’est quand même l’islam… quand on lit le Coran, on est effondré… effondré!” Son discours est désormais plus articulé : la soumission, qui donne son titre au roman et on ne peut oublier qu’elle se dit islam en arabe, lui procure une certaine jouissance car c’est un sommet du bonheur humain : celle de l’homme à Dieu, celle de la femme à l’homme, celle de plusieurs femmes à un même homme. Le tout badigeonné de nietzchéisme à la sauce Michel pour dire combien l’Europe dégénérée, en décomposition pour avoir renié ses valeurs fondamentales, se retrouve désormais dans la situation d’agonie de l’Empire romain vers 476. Foin des précautions de langage : ce n’est pas d’islamisme mais bien de l’Islam qu’il s’agit. L’expression « grand remplacement » chère à Renaud Camus n’y est pas, mais bien l’idée, la notion, le principe. A la fin du roman, après la France, la Belgique tombe puis d’autres pays d’Europe sont promis à la douce férule de la charia.
Les pages sur J.K. Huysmans sont fortes ; elles révèlent un ancien et intime commerce avec l’auteur d’En route, d’En ménage et d’A rebours (si au moins cela pouvait inspirer un volume aux responsables de la Pléiade…). Il s’identifie avec cet esprit hanté par le catholicisme, mais il le fait en athée prompt à récupérer des parcelles de spirituel à des fins politiques. Car il ne faut pas s’y tromper : Soumission est moins un roman à thèse qu’un livre politique, et des plus subversifs, bien davantage que La Carte et le territoire, où il s’était gardé de toute radicalité afin de ne pas effrayer le jury Goncourt. Cette fois, c’est du lourd. Avec des pages de pure géopolitique à la clé ou de mythologie grecque pour expliquer la signification du mythe de Cassandre, non sans lourdeur par leur côté pédagogique.
Il y en aura pour s’interroger sur sa sincérité, d’autres pour dénoncer son esprit calculateur et opportuniste. Quant à son désespoir, accentué par une vraie mélancolie et une physique de plus en plus délabré (quand on pense qu’il est né en 1958…), on ne sait pas si c’est du lard ou du cochon. A croire qu’il cultive une certaine ressemblance avec Antonin Artaud qui, lui, avait l’excuse des électrochocs. Michel Houellebecq se fiche pas mal du style. Traiterait-on le sien de relâché, de familier, ou de digne du cardinal de Retz que cela lui serait équilatéral. On peut compter sur les houellebecquiens canal historique qui ne manquent pas dans les médias, ceux-là même dont l’auteur moque la cécité idéologique, pour trouver du génie à ce qui serait impardonnable sous toute autre plume : « un regard brutalement inquisiteur » etc A ses yeux, un écrivain n’a qu’un devoir : être présent dans ses livres. Lui l’est bien, et à toutes les pages. Et qu’on ne lui parle pas de sa responsabilité, la sienne propre comme celle de tout écrivain, il revendiquera aussitôt l’irresponsabilité de tout artiste. Qu’y a-t-il de plus irresponsable que de jouer avec le feu sur le fantasme de la guerre civile dans la France d’aujourd’hui ?
Et s’il advient qu’Eric Zemmour et Michel Houellebecq soient bientôt voisins de palier, les deux en tête des listes des meilleures ventes chacun dans sa catégorie, l’un en fiction l’autre en documents, y en aura-t-il encore pour n’y voir qu’une coïncidence insignifiante et nier qu’ils ont le mérite de présenter un saisissant reflet des peurs, des fantasmes, des haines, des lâchetés, des dénis et du désarroi de la société française ?
mercredi 14 janvier 2015
Michel Houellebecq nie toute "provocation"
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| Michel Houellebecq |
Michel Houellebecq nie toute "provocation"
Face à la polémique suscitée par son livre Soumission, Michel Houellebecq répond samedi dans une interview à la revue Paris Review. L'auteur, qui imagine une France dirigée par un parti musulman, se défend de toute "provocation" mais assure procéder "à une accélération de l'Histoire".
Il s'agit de son premier entretien accordé au sujet de Soumission,son 6e roman à paraître mercredi chez Flammarion. Dans une longue interview parue samedi en anglais dans la revue littéraire trimestrielle américaine Paris Review, Michel Houellebecq avoue "utiliser le fait de faire peur" dans son livre. Mais il se se défend de toute "provocation" ou "satire".
Car l’œuvre de l'auteur des Particules élémentaires fait déjà polémique. Dans cette politique-fiction, Michel Houellebecq dresse le portrait d'une France dirigée par un parti musulman en 2022. L'histoire débute à la fin du second mandat de François Hollande, dans une France fracturée où le Front National est aux portes du pouvoir et la rue en ébullition. La Fraternité musulmane, inventée par l'auteur, bat la présidente du FN, Marine Le Pen, au second tour de la présidentielle grâce à une alliance avec le parti socialiste (PS, gauche), l'Union pour un mouvement populaire (UMP, droite) et l'Union des démocrates et indépendants (UDI, centre). Le titreSoumission se réfère à la traduction du mot "Islam" qui signifie allégeance (à Dieu).
"On ne sait pas bien de quoi on a peur, si c'est des identitaires ou des musulmans"
"Je procède à une accélération de l'Histoire mais, non, je ne peux pas dire que c'est une provocation dans la mesure où je ne dis pas de choses que je pense foncièrement fausses, juste pour énerver. Je condense une évolution à mon avis vraisemblable", assure Michel Houellebecq. A supposer que "les musulmans réussissent à s'entendre entre eux (...), cela prendrait certainement des dizaines d'années" pour qu'ils accèdent au pouvoir en France, concède l'auteur.
Ayant longtemps vécu en Irlande, Houellebecq se dit frappé "des énormes changements" constatés en France et en Occident. "C'est l'une des raisons qui m'ont conduit à écrire" ce livre, explique-t-il. Ce livre est-il une satire? "Non. Très partiellement, c'est une satire des journalistes politiques tout au plus, un petit peu des hommes politiques aussi à vrai dire. Les personnages principaux, non." Pour autant, Houellebecq reconnaît jouer sur la peur : "J'utilise le fait de faire peur. En fait, on ne sait pas bien de quoi on a peur, si c'est des identitaires ou des musulmans. Tout reste dans l'ombre."
"Je ne défends aucun régime"
"J'ai essayé de me mettre à la place d'un musulman, et je me suis rendu compte qu'ils étaient en réalité dans une situation totalement schizophrénique", poursuit Houellebecq. "Que peut bien faire un musulman qui veut voter? Il n'est pas représenté du tout. Il serait faux de dire que c'est une religion qui n'a pas de conséquences politiques", estime-t-il. Avant de conclure : "Donc, à mon avis un parti musulman est une idée qui s'impose."
Au début, explique-t-il, "le titre était La Conversion". Le narrateur, un prof d'université spécialiste de Huysmans qui se convertira à l'Islam pour conserver son poste et pour l'attrait érotique de la polygamie, "se convertissait au catholicisme". "Le Coran est mieux que je ne le pensais, maintenant que je l'ai lu", ajoute Houellebecq, concluant que "les djihadistes sont de mauvais musulmans". "Je ne suis pas un intellectuel. Je ne prends pas parti. Je ne défends aucun régime", dit-il encore, estimant que "l'islamophobie n'est pas une sorte de racisme".
Dans le roman, le président Ben Abbes est présenté comme un musulman modéré "qui défend des valeurs". Ce sera, dans le livre, le patriarcat, la polygamie, le port du voile, le retour des femmes à la maison, la fin de la liberté de conscience et la conversion à l'islam...
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