dimanche 16 octobre 2016

Bob Dylan / Un Nobel dans le texte


Bob Dylan
Un Nobel dans le texte


Par Jean Talabot  et Alice Develey
Mis à jour le 14/10/2016 à 09:24
Publié le 13/10/2016 à 17:44



Le chanteur de 75 ans a reçu ce jeudi 13 octobre la récompense littéraire suprême.Le Figaro revient sur les paroles les plus marquantes de ce poète, chantre de la liberté et de la jeunesse. Une prose qui a inspiré de nombreux artistes.
C'est donc l'une des plus grandes icônes du rock'n'roll, qui succède à la Biélorusse Svetlana Alexievitch. Bob Dylan s'est vu attribuer ce jeudi 13 octobre à 13h le Prix Nobel de littérature. Récompensé, selon Sarah Danius, secrétaire générale de l'Académie, pour «avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d'expression poétique».
Il est vrai que ce grand lecteur et admirateur d'Arthur Rimbaud (à qui il s'identifie dans la chanson Series Of Dreams), a souvent déclaré se sentir plus poète que chanteur à succès. Sa quarantaine d'albums regorge de textes merveilleux, entre slogans révolutionnaires pour la jeunesse des années 60 et poésie pure.
Le Figaro a sélectionné les textes les plus emblématiques de son art.

● Knockin' On Heaven's Door, hymne international

«It's gettin' dark, too dark for me to see / (Il fait de plus en plus sombre, pour moi trop sombre pour voir) / I feel like I'm knockin' on heaven's door / (J'ai envie de frapper aux portes du Paradis)».
Le titre, peut être le plus célèbre de l'artiste, raconte la mort du shérif dans le filmPat Garrett and Billy the Kid. Depuis, «frapper aux portes du Paradis» est devenu un leitmotiv du rock'n'roll, autant repris par les plus grands musiciens de l'époque que par tout guitariste débutant. Les Gun's N'Roses, notamment, en firent en 1991 une version hard rock restée célèbre.

● Mr Tambourine Man, voyage psychédélique

«Though you might hear laughin', spinnin' (Bien que tu puisses entendre des gens rire, tournoyer) / Swingin' madly across the sun (Se balancer furieusement au-delà du soleil) / It's not aimed at anyone (Ce n'est dirigé contre personne) / It's just escapin' on the run (C'est seulement une échappatoire en fuite) / And but for the sky there are no fences facin' (Et à part le ciel il n'y a aucune barrière à affronter)».
Mr Tambourine Man, pour beaucoup, décrit un trip sous psychotropes, à une époque où le LSD était particulièrement à la mode. Dylan réclame à l'étrange Homme au tambourin: «Take me on a trip upon your magic swirlin' ship» (Emmène moi voyager sur ton magique bateau tournoyant). Ce dernier, dealer, chaman, ou poète, initie le chanteur à ce voyage psychédélique.

● Blowin' in the Wind, l'art du «protest song»

«How many roads must a man walk down (Combien de routes un homme doit-il parcourir) / Before you call him a man? (Avant que vous ne l'appeliez un homme?) / Yes, ‘n' how many seas must a white dove sail (Oui, et combien de mers une colombe blanche doit-elle traverser) / Before she sleeps in the sand? / (Avant de s'endormir sur le sable?)».
Porte-étendard du mouvement des droits civiques, Bob Dylan pose une série de questions censées interpeller la jeunesse. La réponse est maintenant connue depuis plus d'un demi-siècle: «Mon ami, elle flotte dans le vent».

 Sad Eyed Lady of the Lowlands, un poème amoureux

«Sad-eyed lady of the lowlands (Dame aux yeux tristes des terres basses) / Where the sad-eyed prophet says that no man comes (Où le prophète aux yeux tristes dit que pas un homme ne vient) / My warehouse eyes, my Arabian drums (Mes yeux dans le magasin, mes tambours arabes) / Should I leave them by your gate (Devrais-je les laisser près de ta porte) / Or, sad-eyed lady, should I wait? (Ou, dame aux yeux tristes, devrais-je attendre?)».
Dernière chanson de l'album mythique de 1966, Blonde on Blonde, ce titre est aussi connu pour être l'un des plus «écrit» du chanteur. Enregistré en une prise par un Bob Dylan drogué, selon la légende, il s'adresse à Sara Lownds, la «dame aux yeux tristes» avec qui le poète se mariera quelques semaines plus tard.

●  I Want You, chant du désir

«The guilty undertaker sighs (Le croque-mort coupable soupire) / The lonesome organ grinder cries (Le joueur d'orgue de barbarie solitaire pleure) / The silver saxophones say I should refuse you (Les saxophones d'argent me conseillent de te refuser) / The cracked bells and washed-out horns (Les cloches brisées et les cors délavés) / Blow into my face with scorn (Me soufflent leur mépris au visage)».
Également paru dans Blonde on BlondeI Want You rend hommage, non seulement à sa première muse, mais de façon générale aux femmes de sa vie. Influencé, encore une fois, par sa future épouse Sara Lownds, et la déesse de Warhol, Edie Sedgwick, Dylan composera l'une de ses plus entraînantes sérénades. Un hymne à l'amour à l'américaine.

 Jokerman, portrait d'un Surhomme

«Jokerman dance to the nightingale tune (Jokerman danse au son du rossignol) / Bird fly high by the light of the moon (L'oiseau vole haut au clair de lune) […] You're a man of the mountains, you can walk on the clouds (Tu es un homme des montagnes, tu peux marcher sur les nuages) / Manipulator of crowds, you're a dream twister (Manipulateur des foules, tu es une tornade de rêve)».
De L'Ode au rossignol de Keats au mythe herculéen, Jockerman brasse les références et dessine progressivement la figure d'un étrange dieu nietzschéen, mi-homme mi-serpent, dont la danse libératoire, «par-delà le bien et le mal», évoque celle de Zarathoustra. Les fulgurances du surréalisme et les illuminations rimbaldiennes inspirent un texte qui se plaît à créer des rapprochements incongrus, plongeant la chanson dans une atmosphère onirique.

 Forever Young, conseil à la jeunesse

«May you grow up to be true (Puisses-tu grandir et rester tel que tu es) / May you always know the truth (Puisses-tu toujours connaître la vérité)», entonne Bob Dylan dans ce titre à l'air élégiaque.
Comme un sage, contemplatif sur sa vie passée, il intime à son auditeur de profiter de son présent et de son innocence. Un carpe diem acoustique dans la digne lignée du parolier qui enjoignait déjà son public, dans sa chanson The Times they are changin', à suivre le mouvement des temps qui changent, à prendre le chemin des «nouvelles routes». Bob Dylan, jeune à jamais et désormais nobélisé.

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