S’en souvient-on ? Ce serait étonnant, néanmoins le grand Graham Greene s’est découvert de plus d’un fil en avril, puisqu’il est mort le 4 avril 1991. Or, en 1968, le romancier britannique d’origine indienne, V.S. Naipaul, né à Trinidad, Booker Prize en 1971 et prix Nobel de littérature en 2001, décida de faire quelque chose dont il rêvait depuis longtemps, rencontrer l’immense et prestigieux Graham Greene. Ce fut chose faite à Antibes, dans l’un des deux appartements que ce dernier possédait en France, l’autre était à Paris. Car Graham Greene était très francophile, et, à cette époque, résidait de façon permanente en France depuis deux ans. Sa francophilie était bien évidemment fondée sur sa passion pour le climat du sud, la gastronomie et les vins, mais avait également une motivation plus bassement matérielle (qu’il partageait, pour les mêmes raisons, avec les Rolling Stones, qui, eux, avaient choisi la maison d’Anita Pallenberg, Nellcôte à Villefranche-sur-mer) à savoir échapper au fisc de sa gracieuse majesté, situation que George Harrison avait dénoncée avec un humour décapant, dans la chansonTaxman des Beatles (1966) : Let me tell you how it will be, There’s one for you, nineteen for me. (Je vais t’expliquer comment ça va se passer, une livre sterling pour toi, dix-neuf pour moi, — dit l’inspecteur des impôts —).
Au printemps 1968, V.S. Naipaul est déjà romancier mais il n’a pas encore atteint l’aura internationale dont il jouira après son Booker Prize et son Nobel ensuite. A cette époque il est surtout connu comme présentateur de l’émission de la BBC, Caribbean Voices, puis comme chroniqueur de l’hebdomadaire de gauche New Statesman. Au moment de sa rencontre avec V.S. Naipaul, Graham Greene est au sommet de sa gloire, romancier au succès confirmé qui a fait partie de la short list du Nobel en 1967, sans l’obtenir, et qui a déjà publié plus de vingt romans, dont plusieurs adaptés au cinéma. Succès fondé non seulement sur son talent mais aussi sur la curiosité croissante d’un lectorat qui commençait à savoir ce qui se murmurait un peu partout, à savoir que Greene était un ex-espion au service du MI6. Le plus pittoresque est qu’il fut recruté par sa sœur, Elizabeth qui était aussi une espionne, et que son supérieur hiérarchique, en Sierra Leone, où il fut affecté, était Kim Philby, un des célèbres agents britanniques passé à l’est pendant la guerre froide. Sa double vie de romancier et d’espion était un secret de polichinelle, puisqu’en 1949, il écrivit le scénario du film d’Orson Welles, Le Troisième Homme, dont il tira un roman ensuite.
V.S. Naipaul en 1968, photo Hulton ArchiveC’est donc une sorte de monument que le jeune et timide Naipaul rencontre dans la magnifique ville d’Antibes, que l’inoubliable trompettiste de jazz Sidney Bechet n’avait pas choisie par hasard. Et grâce soit rendue au quotidien britannique The Telegraph d’avoir ressorti de ses archives ce compte rendu fait par Naipaul, en cette occasion.
Les quatre étages avalés avec le trac, la vue sur le port d’Antibes et Saint-Jean Cap-Ferrat, l’accueil chaleureux par le « maître » en veste de tweed bien évidemment, un verre d’apéritif avant le dîner pour lequel Naipaul avait été invité, l’évocation humble des difficultés à rédiger le roman en cours (il s’agissait deTravels With My Aunt, publié en 1969), l’angoisse engendrée par la situation politique internationale, puis la discussion à bâtons rompus et les confidences nombreuses et inattendues, dont certaines seraient, un quart de siècle plus tard, considérées comme politiquement incorrectes dans un monde assoiffé d’asepsie. Humour acerbe, auto-dérision, mélancolie, irritation sans oublier la difficulté passagère à déplacer la haute et longiligne carcasse (64 ans à l’époque), Naipaul n’oublie rien dans la description de son hôte d’un soir.
La décoration intrigue le jeune invité par son indigence, peu de tableaux ou de photos, l’essentiel est à Paris, dit Greene, trois tableaux seulement dont un floral offert par Fidel Castro. Le mobilier est sans âme particulière selon le visiteur, et, sans les innombrables livres qui le peuplent, serait d’une apparence internationale passe-partout. Les livres justement, il y en a deux murs complets, dont l’édition originale de The Lost Childhood (1951) en Penguin(une pépite incontournable). De nombreux manuscrits sur la table qui surplombe le port d’Antibes. Et tous les livres qui vont ouvrir la conversation.
Graham Greene dans son appartement d’Antibes, en 1968, photo Rex FeaturesL’Afrique ? the blank unexplored continent the shape of the human heart, le continent vierge inexploré qui a la forme du cœur humain, conclusion du jeune Graham à dix-neuf ans (en 1923) ancrée dans la romance victorienne. La seconde guerre mondiale ? C’est à partir de là que Greene a senti que l’Angleterre était décidément trop petite et que la politique traditionnelle et le snobisme le déprimaient. Puis considérations plus personnelles, Graham Greene déplore la disparition, dix ans plus tôt, de sa gouvernante qui le protégeait du monde extérieur en quelque sorte. Étrange confidence de la part d’un homme qui n’a guère accordé d’attention à ceux qui l’entouraient, son épouse, ses enfants et toutes les femmes qui ont rempli sa vie, ne déclarait-il pas à ce sujet, quelque temps avant sa mort, avec une froide désinvolture I think my books are my children, je pense que mes livres sont mes enfants, ce qui implique que les deux qu’il a eus avec Vivien ne font pas partie du paysage.
Il observe le monde sans espoir, lit les journaux, aime bienNice-Matin (c’est dire l’étendue de son désespoir), pense que l’Afrique aurait dû avoir un siècle supplémentaire de colonisation ! Mais une colonisation ouverte sur les droits des peuples à s’auto-gouverner, dit-il à un Naipaul alors soulagé. Et de déplorer la politique néo-colonialiste des États-Unis dans le sud-est asiatique et en Amérique du Sud. Le pouvoir c’est l’alliance d’une action positive et de l’idéalisme, « vous voyez ça chez Wilson ou Heath, vous ? » lance-t-il à son invité interloqué. Puis la conversation roule sur les Mexicains qu’il dit détester sans autre explication. Suit une phrase qui, aujourd’hui, ferait beaucoup de bruit :I went to Morocco in 1948. I hated it. I hate all those Arab countries. (Je suis allé au Maroc en 1948, j’ai détesté. Je déteste tous ces pays arabes.)
Après ce missile Graham Greene confie à son visiteur qu’il a écritBrighton Rock (1938) en six semaines grâce à la benzédrine, forme commercialisée d’amphétamine et avoue trente ans plus tard se souvenir davantage des circonstances pénibles de la rédaction que du contenu. Ces « circonstances pénibles » c’est le cœur même de la vie de l’écrivain, the long despair of doing nothing well(l’interminable désespoir de ne rien faire de bien).
Et, à ce moment de la conversation, V.S. Naipaul ose la question délicate : Are you satisfied with what you have written? Êtes-vous satisfait de ce que vous avez écrit ? La réponse est sévère, dans la première période il garderaitThe Man Within (L’Homme et lui-même, 1929), peut-être The Heart of the Matter (Le Fond du problème, 1948).
En conclusion, deux phrases lourdes et prémonitoires, avec près de cinquante ans d’avance : I am hoping, when the present spy vogue is over, to write a book in which the villain is MI5, not the Russians or the Chinese (j’espère qu’on en a fini avec l’engouement pour les histoires d’espionnage actuelles, pour que je puisse écrire un livre dans lequel les méchants seraient le MI5 et non pas les Russes ou les Chinois.) ; A writer like J.G. Ballard in The Disaster Area is writing of a horror that could be at our doors. (Un écrivain tel que J.G. Ballard décrit une horreur, dans La Région du désastre, qui pourrait arriver à nos portes).
Croyez-bien que j’en suis tout à fait désolé, mais le dernier Woody Allen, comme la grande majorité de son œuvre, est très réussi. J’aurais beaucoup aimé en dire un peu de mal, c’est fatiguant de dire toujours du bien de Woody, on manque d’inspiration pour dire, une fois encore, l’éblouissement que provoque presque chacun de ses films. Pire que tout, Cafe Society fait une certaine unanimité. Bon, on sait bien que les mêmes qui encensent le film aujourd’hui nous expliqueront l’année prochaine que Woody ne fait plus rien depuis Annie Hall / Match Point / September (oui, certains critiques aiment beaucoup faire leur intéressant, parce qu’honnêtement, September, sauf si on a joué dedans…), si maintenant on doit être cohérent avec ce que l’on a écrit…
Trad. de l'espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan Hors série Littérature, Gallimard Parution : 21-05-2015
La culture contemporaine a connu une métamorphose et plus rien, semble-t-il, ne résiste à cette dénaturation, voire à cet effacement de sa valeur. La banalisation des arts et des lettres, le triomphe de la presse people et la frivolité des politiques sont, pour Mario Vargas Llosa, les symptômes d’un mal supérieur : la sacralisation du divertissement comme but ultime de l’existence dans nos sociétés. Alors que, naguère, la culture était un outil de formation et portait une exigence de lucidité, aujourd’hui la primauté du spectacle est devenue la règle qui conduit à la distraction, au sens propre, de toute conscience morale, intellectuelle et politique. Nous vivons l’époque des fausses icônes, des denrées périssables de l’esprit, de la forfaiture morale, en un mot, de l’aveuglement. Mario Vargas Llosa, nobélisé pour avoir proposé une «cartographie des structures du pouvoir», tire la sonnette d’alarme et fait ici le procès de notre époque – futile, volage, suicidaire. Il revendique, une fois de plus, le droit à une culture autre qui, plutôt que de nous imposer de nouvelles servitudes, nous rende plus libres.
C'est un dictionnaire écrit sur le papier libre du temps qui passe et qui commence par un paradoxe: "C'est à Paris, dans les années 1960, que j'ai découvert l'Amérique latine." Mario Vargas Llosa avait débarqué en France comme un jeune homme qui vient pour sa veillée d'armes littéraire. Depuis, il n'a jamais arrêté d'écrire, de lire, de voyager, de construire une ?uvre dont la souveraineté s'est affirmée. Et le continent qui l'a vu naître n'a cessé de grandir en lui.
On trouve tout dans son Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine: une série d'instantanés sur une terre longtemps partagée entre misère et opulence, une histoire de la littérature au XXe siècle, des curiosités et des vignettes (le condor), quelques rencontres magiques (Julio Cortazar, son mentor à Paris, Cabrera Infante, son voisin à Londres, Luis Buñuel, rencontré une première fois avec Rafael Alberti, Jorge Luis Borges, qu'il lisait en secret avec le sentiment de trahir Sartre), mais aussi une succession d'autoportraits de l'auteur, à diverses périodes de sa vie, dont la mise en perspective dessine un itinéraire.
L'ensemble se lit comme une sorte de Chant général à la gloire de la littérature, et du roman en particulier. Un mélange de sérénité et de fermeté dans le jugement, la marque claire de l'auteur tiennent ce gros livre à l'écart des querelles et des enfantillages de salon qui réjouissent tant nos scribes moqueurs. Cette hauteur ne l'empêche ni de porter quelques coups de griffe (Sollers mentionné pour ses "romans mondains et érotiques") ni de dénoncer la tendance lourde qui a longtemps transformé le roman de création en France en "une branche mineure de la sémiotique ou de la linguistique"). Mais le fond de ce dictionnaire, souvent écrit à l'encre des journaux, est ailleurs, dans le catalogue des passions, toujours enchaînées à la réalité, d'une terre propice aux vertiges et à toutes les fusions.
Gabriel Garcia Marquez est le premier nom que j'y ai cherché. J'étais curieux de savoir comment Vargas Llosa avait traité ce formidable écrivain, que l'on a souvent présenté comme son seul rival sérieux, et avec qui il est fâché depuis longtemps. L'auteur a eu la sagesse de choisir à son sujet un texte écrit pour saluer la parution de Cent Ans de solitude, en 1967. Marquez est traité pour ce qu'il est: un écrivain capable de "rivaliser avec la réalité d'égal à égal" et de faire exister dans la mémoire, l'imagination ou la conduite des hommes un monde "multiple et océanique".
J'ai couru ensuite à Pablo Neruda. Mario Vargas Llosa avoue que c'est le seul écrivain "avec lequel il ne s'est jamais senti sur un pied d'égalité". Certains livres du poète chilien (Résidence sur la terre) lui donnent encore la chair de poule. Il nous fait entrer dans sa maison de l'Ile-Noire, peuplée de ses collections, et où Neruda chaque matin levait son drapeau, où figurait un poisson. Revenu sur mes pas, j'ai retrouvé Jorge Amado, mon ami brésilien, l'ami de tous ses lecteurs, et qui fut plus célèbre à Bahia que le roi Pelé.
La promenade est longue, toujours stimulante. On croise chemin faisant Fidel Castro, Che Guevara, Fernando Botero et beaucoup d'autres, mais celui qui nous attend à chaque page, c'est l'auteur lui-même, généreux dans ses admirations et optimiste, comme Camus autrefois, face à l'Histoire, où les hommes ont toujours un rôle.
«La littérature est feu» : Mario Vargas Llosa dans la bibliothèque de la Pléiade
Mes sept années parisiennes furent les plus décisives de ma vie. C’est ici, en effet, que je suis devenu écrivain, ici que j’ai découvert l’amour-passion dont parlaient tant les surréalistes et c’est ici que je fus plus heureux, ou moins malheureux, que nulle part ailleurs.
A
ffirmée avec une telle intensité en 2005 à la Sorbonne, à l’occasion de la réception de son doctorat Honoris Causa, la relation de l’écrivain Mario Vargas Llosa avec la France, sa langue et sa littérature, est en effet passionnée et fidèle : depuis sa jeunesse, à Lima, dans son Pérou natal, jusqu’à aujourd’hui, cette langue a laissé une empreinte profonde dans son œuvre. Car c’est paradoxalement à Paris qu’il a découvert l’Amérique latine et qu’il s’est découvert lui-même en tant que latino-américain.
La parution de ses romans dans la Pléiade témoigne de cette relation. C’est à partir d’une proposition d’Antoine Gallimard que Mario Vargas Llosa rejoint la prestigieuse collection et devient le premier écrivain étranger à être publié de son vivant. Seuls deux autres écrivains latino-américains y figurent également, l’argentin Jorge Luis Borges et le mexicain Octavio Paz.
Les deux volumes qui lui sont consacrés réunissent huit romans et comprennent plus de quarante ans d’écriture : de 1963, avec son premier roman, La Ville et les Chiens, à 2006, année de Tours et détours de la vilaine fille, qu’il considère comme « son premier roman d’amour ». Un choix difficile, souligne Stéphane Michaud, directeur de la publication, qui a obligé l’auteur à renoncer à toute une partie de son travail : plus de la moitié de ses romans, ses mémoires, le théâtre, les essais, ainsi que les écrits journalistiques qui ont une place importante au sein de sa production. Toutefois, comme le précise toujours Stéphane Michaud, il ne faudrait pas voir dans cette sélection un jugement de valeur, mais la volonté d’offrir aux lecteurs français un panorama de l’œuvre, et de leur permettre d’accéder à son évolution, dans toute sa complexité. Les textes retenus nous montrent en effet tour à tour son attachement au Pérou (La Ville et les Chiens, La Maison verte, Conversation à La Cathédrale), sa manière de se confronter à l’histoire, de la lire autrement grâce à une fiction mêlant ses enquêtes dans les archives, les bibliothèques et ses voyages sur le terrain (La Guerre de la fin du monde, La fête au Bouc, Le paradis un peu plus loin) ou bien des œuvres d’une écriture plus personnelle, avec des échos autobiographiques (La tante Julia et le scribouillard).
Un remarquable appareil critique accompagne en outre cette sélection, qui propose des informations d’accès difficile, grâce au travail que l’éditeur a effectué dans les archives de l’auteur déposées à l’université de Princeton, et qui pourra enrichir la lecture aussi bien du lecteur francophone que du lecteur hispanisant. Une autre particularité de cette édition résulte du travail autour de la traduction des romans, effectué notamment par Anne Picard, qui a réussi, par une relecture intégrale approfondie, à donner à la langue de l’auteur en français une continuité, une véritable unité.
La liberté, passionnément
L’œuvre de Mario Vargas Llosa porte la trace de ses nombreux combats, de ses passions littéraires et politiques, qui se révèlent être indissociables. La littérature y apparaît alors telle une critique par et dans la fiction – cette vérité par le mensonge, comme il la désigne dans un de ses livres d’essais – des relations du pouvoir, des idéologies qui mettent en danger ce qui est, selon lui, le bien humain le plus précieux : la liberté. Et c’est cette « tradition d’insoumission, libertaire et rebelle, et sa vocation universelle » qu’il retrouve, à ses débuts, dans la culture française, comme il le rappelle dans son propre avant-propos de cette édition : « La France m’a enseigné que l’universalisme, trait distinctif de la culture française depuis le Moyen Âge, loin d’être exclusif de l’enracinement d’un écrivain dans la problématique sociale et historique de son propre monde, dans sa langue et sa tradition, s’en fortifiait au contraire, et s’y chargeait de réalité. » La littérature se doit donc d’être, en toute circonstance, une façon de résister au conformisme, de semer le trouble et de subvertir les esprits.
Mario Vargas Llosa
Il s’agit là d’un défi que l’écrivain péruvien a toujours voulu relever. Ce dont témoignent ses implacables remises en question qui l’ont conduit à s’éloigner de la gauche latino-américaine – en particulier lors de sa rupture avec le régime castriste qu’il avait soutenu auparavant, car il croyait « naïvement, se remémore-t-il encore dans son avant-propos, qu’elle inaugurerait un socialisme démocratique, voire libertaire ». Il dénonce et s’oppose avec force à la répression du régime cubain et, par la suite, s’élève contre les autres dictatures du continent latino-américain.
Par des prises de position ouvertement en désaccord avec toute forme de collectivisme, forme politique portant en soi, selon lui, le germe de la barbarie, la trace de cet « esprit de tribu » qui met en danger la liberté individuelle, Mario Vargas Llosa occupe par là même une place singulière dans le paysage littéraire du monde hispanophone. C’est d’ailleurs en ce sens qu’il assume pleinement sa conviction du rôle fondamental de l’individu dans l’histoire, dans la conquête de la liberté, en un mot, sa position de libéral : « je crois, affirme-t-il à l’historien mexicain Enrique Krauze, que la civilisation est le lent cheminement tout au long de l’histoire pour que l’individu s’émancipe de ce placenta maternel qui représente la communauté, la société, le collectif ».
La littérature comme déicide
L’œuvre de Mario Vargas Llosa se fixe alors un projet que l’on est tenté de qualifier de démesuré par son ampleur : « rivaliser avec la réalité d’égal à égal » et « incorporer au roman tout ce qui existe dans la conduite, la mémoire, l’imagination ou les cauchemars des hommes » (Vargas Llosa, Pierre de touche, 1967). Il faut en effet saccager le monde, le décortiquer et le détruire afin de lui « opposer par la parole et l’imagination une image littéraire » (Vargas Llosa, cité par Stéphane Michaud, Introduction). Car ce n’est qu’en débridant l’imaginaire, en ouvrant de nouvelles voies au récit, que l’écrivain peut être présent dans la cité.
Mario Vargas Llosa
« Comment tenir le parti de la littérature dans un monde qui s’en éloigne ? » est la question à laquelle l’œuvre de Mario Vargas Llosa n’aura cessé de réfléchir, comme le souligne bien Stéphane Michaud. Et c’est peut-être dans sa foi en la littérature, en son pouvoir de transformation devant la barbarie et la mort qu’une réponse s’esquisse, dans cette dynamique de destruction et création qui anime son œuvre, ce déicide qui ouvre la possibilité, à chaque fois, de refaire le monde.
Mario Vargas Llosa, Œuvres romanesques I & II,traduction de l’espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan, Anne-Marie Casès et Bernard Lesfargues. Édition publiée sous la direction de Stéphane Michaud avec la collaboration d’Albert Bensoussan, Anne-Marie Casès, Anne Picard et Ina Salazar, Gallimard, La Pléiade, parution le 24 mars 2016 : 65 € chaque tome.
La famille royale quand elle est morte, est considérée comme Mihilagna, c’est-à-dire dans un instant elle reviendra par le biais de son esprit sur une personne possédée, donc par le truchement du possédé ou medium, elle peut parler et discuter avec les vivants que l’on appelle "Tromba".
L’enterrement est fait à Mahabo, surtout pendant la nuit et non pas pendant le jour. Il existe trois Mahabo à Nosy-Be (Mahabo Manongarivo, Mahabo Ambalarafia et Mahabo Mitsinjoarivo) et il y a un évènementiel culturel et traditionnel au moins une fois par an à chaque Mahabo de Nosy-Be dont mois de juillet à Mahabo Manongarivo, et mois de septembre à Mahabo Ambalarafia. Par definition : Mahabo est un lieu où se trouve le cimetière de la famille royale Bemihisatra. Malgré tout, Mahabo n’est pas seulement un lieu d’incarcération ou d’enterrement de la royauté Sakalava mais aussi et surtout un lieu d’habitation des médiums ou saha et des gardiens du tombeau, donc c’est un village culturel et traditionnel. Concrètement : il n’y a pas de tromba s’il n’y a pas de saha ou medium et il n’y a pas de medium s’il n’y a pas de Tromba. Alors les Tromba et les mediums se trouvent a Mahabo Manongarivo durant toute la cérémonie du Fanompoabe. Ceci étant, le Fanompoabe est un rituel permettant le rencontre entre les Tromba et les vivants afin de discuter et de se parler.
En parlant du medium polyvalent dont les différentes spécialités englobent en même temps, le chamanisme, lart divinatoire, la royauté, lastrologie, les rites dinvocation et la guérison, nous ne voulons pas succomber a la tentation de l'adventisme pour réduire et ramener tout le culte Sakalava aux rites de possession. Toutefois, cette constatation permettra de mettre en valeur tant la singularité que la complémentarité de ces différentes fonctions culturelles Sakalava. Au fond, le Tromba nest quune composante de toute larchitecture culturelle des Sakalava. C`est la raison pour laquelle nous pouvons dire que le Tromba, est une religion dans une religion. Elle comprendra deux sections: le medium en tant que ministre polyvalent de la religion traditionnelle Sakalava et le rituel du Tromba. Durant le Fanompoabe, la cérémonie du tromba est automatiquement et obligatoirement organisée.
Le Fanompoabe est un événement rituel et culturel dont le but est le nettoyage et surtout l’entretien du cimetière royal aussi bien a l’intérieur qu’a l’extérieur, c’est l’équivalent de la fête de mort. Cette année, le Fanompoabe commencera officiellement le vendredi 24 Juillet 2015 et il finira le 3 Aout 2015. Tous les travaux de nettoyage et d’entretien a l’intérieur du cimetière commenceront lundi le 27 juillet 2015 jusqu’au samedi 1 Aout 2015.
Dimanche le 2 Aout 2015 est la grande veillée ; donc c’est le jour « J » parce que c’est le jour de la fête traditionnelle avec toute sorte des danses et chansons folkloriques Sakalava, même les Tromba participent a cette cérémonie de danses. Donc ; c’est un moment très important dans ce processus cérémonial.
Lundi le 3 Aout 2015, la fin de cette cérémonie donc on procédera au nettoyage et a l’entretien a l’extérieur du cimetière et surtout faire la peinture de la clôture extérieure du tombeau royal. Apres tous les travaux finis, les Sakalava entameront la danse typique et authentique qui s’appelle « Rebika ».
Le Rebika est une danse rythmée avec une cadence typique pratiquée par les Sakalava durant la cérémonie traditionnelle comme le Fanompoabe, circoncision et le mariage. Cette danse magnifique devrait suivre le rythme du tambour qui s’appelle « Magnandria ou Hazolahy » et cette danse indique également la finition en beauté de tous les travaux effectues et aussi la fermeture de la grande porte du tombeau ou bien mifody ny varavarana ou bien tombo ny Fanompoabe. Mais le maitre d’œuvre pendant toute la cérémonie s’appelle Manantany (Ministre de l’interieur) ou Fahatelo son adjoint.
Après, celui de Mahabo Manongarivo est Mahabo Ambalarafia qui aura lieu au mois de Septembre 2015. Donc ; le Fanompoabe est un événement culturel et traditionnel qui existe à Nosy-Be une fois par an. Mais, il faut noter que tous les travaux s’arrêteront durant les jours néfastes comme mardi et jeudi.
Jacques Zeny
Jacques Zeny a été né à Hell-Ville Nosy-Be en 1961, ayant aujourd’hui 55 ans; il a fait ses études primaires à l’école publique d’Andavakotoko Hell-ville Nosy-Be, et des études secondaires au CEG de Boulevard Manceau toujours à Hell-Ville Nosy-B;, obtenu son baccalauréat série C au lycée de Diégo en 1983, ayant poursuivi ses études universitaires à la faculté des sciences économiques de Tananarive et obtenu sa maitrise en science économique en 1989 et continue ses études à l’institut des sciences comptables et d’administration d’entreprise en 1996, depuis il est cadre supérieur et chef d’entreprise jusqu’aujourd’hui. Il a suivi des études en socio-historique surtout du peuple Sakalava, la plus grande ethnie à Madagascar.
Depuis 2004, il a créé sa propre entreprise ESPACE ZENY qui gère le tourisme éco culturel de l’Arbre sacré de Mahatsinjo Nosy-Be. Il a réussi avec succès pendant tous ses cursus universitaires et il a travaillé toujours dans des grandes sociétés avant de créer sa propre société, ayant beaucoup d’expériences en matière de gestion et de management d’entreprise.
Maintenant, il est premier vice-président de l’office régional du tourisme de Nosy-Be et son entreprise marche bien dont voir ci-joint l’évolution des visiteurs étrangers du site touristique ARBRE SACRE.
À Madagascar, une source d’énergie pour les jeunes mariés
2 AVR. 2016 Par JACQUES ZENY
L’Arbre sacré de Mahatsinjo se trouve à 2,5 km de Hell-Ville Nosy-Be sur la route de l’école française Lamartine, en passant par la cité Seimad, et juste sur la descente vers le site Arbre sacré, il y a une vue panoramique et très fabuleux, donc c’est un lieu superbe pour la prise des belles photos.
Le site Arbre sacré Mahatsinjo est un lieu de culte et de prière où l’on vient pour solliciter des bénédictions de Dieu par l’intermédiaire des esprits de nos ancêtres. La fréquentation des jeunes couples fraichement mariés, surtout en voyage de noce est vivement souhaitée parce que ce lieu donne la bénédiction sur la pérennisation et la durabilité du mariage, parce que cet arbre est une source d’énergie pour les jeunes mariés, voilà le premier aspect mystique et mystérieux de l’arbre sacré.
Aussi l’Arbre sacré, parti d’un seul tronc et devenu maintenant une véritable forêt de 1 ha d’envergure et de superficie, donc c’est incroyable, mais c’est la grandiose de la nature. Ce n’est pas un arbre avec un seul tronc, mais avec plusieurs racines et troncs (en milliers), en fait ce qui est impensable les petites racines comme des lianes dès qu’elles touchent la terre deviennent après quelques temps des troncs et ensuite les troncs donnent des racines et ainsi de suite, donc c’est un cercle infernal sans fin.
Alors, aujourd’hui en moyenne de 150 à 200 personnes malgaches et étrangères par semaine viennent pour y prier dans ce lieu magique. Par contre ceux qui viennent y prier doivent obligatoirement apporter des offrandes telles que des tissus de couleur blanche et rouge; du miel, du rhum, de zebu, de l’argent et des pièces de monnaies, etc... lorsque les vœux ont des résultats positifs. Mais il ne faut surtout pas donner des offrandes pendant le moment des vœux mais après le résultat lorsque celui-ci est positif.
Dans l’opinion culturelle et philosophique Sakalava, l’arbre est roi, les plantes sont reines, disent les Sakalava. Ceci traduit bien la conception du peuple Sakalava de l’Arbre sacré. Autres proverbes relatifs aux arbres sacrés occupent d’un rôle important dans les mythes et légendes transmis de generation en generation et sont omniprésents dans la vie quotidienne et courant du peuple Sakalava.
Mais qu’est que qu’un arbre sacré ? Il n’est pas toujours aisé de lui donner une définition exacte. Il se différencie des autres arbres par son port, sa particularité qui tient à sa physionomie: taille et forme du tronc, positionnement des branches, importances des rameaux et feuilles.
A Nosy-Be, il existe plusieurs types d’arbres. Mais ce que nous voulons retenir ici, ce sont les caractéristiques le lier a l’homme : leur port, leur durée de vie, et le plus important ce qu’il représente dans la culture Sakalava : leur utilisation et leur symbolisme. Les premières caractéristiques à retenir et probablement les plus significatives touchent sa structure qui reflète certaines données cosmologiques.
C’est pour cette raison que l’arbre sacré devient « arbre de vie ou arbre de mort » qui assure la communication entre le ciel et la terre, c’est-à-dire entre les vivants et Dieu par le biais des esprits. Dans la conception culturelle Sakalava, les esprits des ancêtres ou « Razana » vivent dans l’enceinte de de l’Arbre sacré, donc les esprits sont considérés comme des intermédiaires entre Dieu et l’homme. La récompense des esprits, ce sera des offrandes : tissu rouge et blanc, miel, rhum.
L’arbre sacré est choisi délibérément par le souverains pour marquer leur pouvoir et leur autorité. Expressions du pouvoir et symbole de longévité et stabilité, c’est pourquoi ils ont choisi le ficus Religiosa de Mahatsinjo, parce que ce ficus pouvant atteindre jusqu’à plus de 10.000 ans. C’est pourquoi cet arbre fait maintenant l’objet de vénérations d’offrande et de culte. Donc les Sakalava pratiquent toujours cette tradition culturelle et encore une culture vivante...
La Maison Familiale Rurale de Nosy-Be (MFR N)
La MFR N a été créée en 2009, fruit du partenariat tripartite entre "I bambini di Manina del Madagascar" une ONG ONLUS travaillant à Nosy-Be depuis plusieurs années, Espace Zeny société privée de droit malgache œuvrant dans le domaine du tourisme culturel et environnemental et l’union de la maison familiale rurale de Madagascar (UNMFRM). Cette convention de travail a été signée en 2009 et opérationnelle depuis toujours. La MFR N devient actuellement un centre de formation professionnelle et en même temps ferme, il produit des poulets de chair et des poules pondeuses et des petits ruminants (chèvres et moutons). Et ce centre essaie également de développer la formation en éco tourisme et valorisation des patrimoines.
Jacques Zeny
Jacques Zeny a été né à Hell-Ville Nosy-Be en 1961, ayant aujourd’hui 55 ans; il a fait ses études primaires à l’école publique d’Andavakotoko Hell-ville Nosy-Be, et des études secondaires au CEG de Boulevard Manceau toujours à Hell-Ville Nosy-B;, obtenu son baccalauréat série C au lycée de Diégo en 1983, ayant poursuivi ses études universitaires à la faculté des sciences économiques de Tananarive et obtenu sa maitrise en science économique en 1989 et continue ses études à l’institut des sciences comptables et d’administration d’entreprise en 1996, depuis il est cadre supérieur et chef d’entreprise jusqu’aujourd’hui. Il a suivi des études en socio-historique surtout du peuple Sakalava, la plus grande ethnie à Madagascar.
Depuis 2004, il a créé sa propre entreprise ESPACE ZENY qui gère le tourisme éco culturel de l’Arbre sacré de Mahatsinjo Nosy-Be. Il a réussi avec succès pendant tous ses cursus universitaires et il a travaillé toujours dans des grandes sociétés avant de créer sa propre société, ayant beaucoup d’expériences en matière de gestion et de management d’entreprise.
Maintenant, il est premier vice-président de l’office régional du tourisme de Nosy-Be et son entreprise marche bien dont voir ci-joint l’évolution des visiteurs étrangers du site touristique ARBRE SACRE.