vendredi 3 octobre 2014

"Limonov" / Le prix Renaudot couronne Carrère

"Limonov": Le prix Renaudot couronne Carrère

"LIMONOV" 

LE PRIX RENAUDOT COURONNE CARRÈRE

Il était l’un des grands favoris pour le prix Goncourt avant que son nom ne disparaisse des prétendants à l’automne. Pour le portrait d’un Russe de son temps, l’écrivain sulfureux Edward Limonov, Emmanuel Carrère a obtenu le prix Renaudot 2011.

Par YANNICK VELY

Paris Match

Le 02 novembre 2011 | Mise à jour le 02 novembre 2011

Ceci n’est pas un prix de consolation, écrivait-on après l’attribution du prix Renaudot 2010 à Virginie Despentes et son «Apocalypse bébé».  Cette année, le constat est légèrement différent, tant le «Limonov» d’Emmanuel Carrère, avant même sa sortie en librairie était attendu pour la récompense suprême des prix littéraires, le fameux prix Goncourt finalement décerné à Alexis Jenni pour «L’Art français de la guerre». On ne saura jamais si les dix critiques et écrivains qui composent le jury avaient prévu de récompenser le premier roman du Lyonnais, si jamais l’Académie lui avait préféré l’un des quatre finalistes, mais qu’importe. En célébrant l’écriture au scalpel de l’auteur de «D’autres vies que la mienne», J-M-G Le Clézio, Franz-Olivier Giesbert et leurs amis du Renaudot ont touché juste sur le plan littéraire et couronnent l’une des plus belles plumes françaises de notre temps.
Né en 1957 à Paris, fils de l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse, diplômé de Sciences-Po, Emmanuel Carrère aurait tout du romancier-bobo si son écriture n’était pas teintée d’une mélancolie lucide et d’un questionnement permanent sur son propre rapport au monde. Critique de cinéma pour «Télérama» et «Positif», notre homme débute par une monographie consacrée au réalisateur Werner Herzog, déjà un illuminé, et des premiers romans entre fantastique du quotidien – «Bravoure», «La Moustache» et uchronie – «Le Détroit de Behring». En 1993, sa biographie romancée de Philip K. Dick fait date, comme celle de H.P Lovecraft signé par un certain Michel Houellebecq. Pour l’étudiant amoureux d’«Ubik», Emmanuel Carrère devient LE romancier à suivre, tant il avait su retranscrire le trouble schizophrénique de l’auteur du «Maître du Haut-château». «La Classe de neige» en 1995, Prix Fémina, et «L’Adversaire », en 2000, sur l’affaire Jean-Claude Romand installe l’auteur au sommet des ventes. Suivra une parenthèse de sept ans, où il se consacre pleinement à sa passion cinéphile. Un reportage pour «Envoyé spécial», «Le Soldat perdu», un documentaire, «Retour à Kotelnitch» et un film de fiction plus tard, «La Moustache», adapté d’un roman des années 80, Emmanuel Carrère se lance dans l’écriture de son plus beau livre à ce jour, le sublime «Un Roman russe», dans lequel il revenait déjà sur ses origines et ce sang slave qui coule dans ses veines.
Avec «Limonov», l’écrivain à succès dresse le portrait d’un homme gargantuesque  qui mène d’autres vies que la sienne, pour paraphraser le titre de son roman précédent. Si Emmanuel Carrère explore une  nouvelle fois les tréfonds de la Russie d’aujourd’hui, pays-monde plongé dans la dictature du Poutinisme-triomphant, il dresse surtout le portrait d’un homme qu’il n’est pas, punk décadent aussi insaisissable et électrique qu’une anguille, devenu l’un des principaux opposants au pouvoir du Kremlin.

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