mercredi 2 novembre 2016

Transpositions, synesthésies / Hystérie et poésie


Fureur

Transpositions, synesthésies

Hystérie et poésie


19 SEPT. 2016
par
VERA FELICIDADE DE ALMEIDA CAMPOS



Il existe des situations où toutes les variables perçues sont polarisées sur une cible, un objectif. Dans la dramatisation du danger, l’expectative d’être attaqué par une bête féroce, un serpent venimeux ; par exemple, crée des obstacles paralysants. Dans ces moments là, ce qui se voit, ce qui se sent, ce qui se ressent, ce qui s’entend, outre le goût amer dans la bouche, est référencé dans la situation qui immobilise ; tout est polarisé sur un point qui permet les transpositions et les unifications des diverses perceptions – c’est la synesthésie. Des tensions rapides, des milliards de péripéties, des peurs, des joies débridées créent ces perceptions unidirectionnelles, unilatérales, synesthésiques.
Dans la panique, ce qui se voit, ce qui se sent, ce qui se ressent, le goût amer dans la bouche, tout est unilatéralisé dépendant du débordement, du dépassement des limites. Les expériences sont si intenses qu’elles ne sont plus supportées par les limites ni par les configurations relationnelles de ce qui est entrain de se passer. Certaines visions de cimetières, de chambres de torture, de cellules de confinement, rappellent des situations si intensément vécues qu’on sent les odeurs, qu’on entend les cris, les pleurs, qu’on a des nausées jusqu’à s’évanouir. Ce sont des situations qui rappellent des histoires dans lesquelles l’expérience était caractérisée par le mélange, la non-discrimination de ce qui arrive car ça s’est rompu en un point, ça s’est rompu en fragments et ainsi, ça s’est reconstruit ou construit en ensembles différents de ceux qui sont maintenant. Il existe des similitudes dans la littérature, dans la poésie : de « on voit le cri des perroquets » de Guimarães Rosa, on arrive au tout mélangé à ne pas identifier ce qui se mélange, on arrive à des sensations oppressantes, des perceptions du ciel de plomb, gris et lourd qui nous tombe sur la tête.
Cette transposition de formes, transposition de la perception est le résultat de la polarisation réductrice des peurs, des expériences et des attentes. La peur anticipe les perceptions et les accidents, si bien que les fantômes se matérialisent. Les endroits où on pratique la torture trainent un goût de sang et une odeur de pourriture, une odeur de saleté, enfin, dans quelques cas, ce qui quelques fois est considéré comme un symptôme d’hystérie, peut aussi être expliqué comme synesthésie générée par l’intensité des expériences déterminées par ce qui arrive. Plus l’individu est pris par les évènements, plus il a de chances de polariser et de totaliser les expériences. L’abandon de soi en tant qu’immersion est généralement questionnable en raison de ce que la perte des seuils et des limites implique, cependant, il peut exister comme résultante d’impacts. Être atteint par un événement, sans reconnaître qu’il dépasse et unifie les référentiels, indépendamment des conditions individuelles, autant que d’être absorbé, englouti par ce qui se passe sans avoir de réaction, exige une omission – la peur qui immobilise. Les dangers, les menaces, matérialisés par des guerres, par les cataclysmes quelques fois même par des agressions, sont homogénéisés, empêchent la discrimination de ce qui est entrain de se passer. Ceci explique le comportement à l’aveugle, type manade, des foules commandées par des paroles de commandement (actuellement le hashtag rempli cette fonction), regroupant des situations éparpillées sans les expliquer, sans permettre le questionnement, mais qui fonctionnent comme stimulant ou comme frein pour immobiliser ou mouvoir.
Les transpositions sont possibles et fertiles lors du maintient de l’unité à être transposée. Quand les transpositions sont effectuées par la jonction de plusieurs unités, apparaissent des structures incohérentes, sans unité logique, responsables de la création d’hybrides, véritables chimères sources d’illusion et de préjugé. Les transpositions de parties qui occupent la place du tout génèrent des idées préconçues, des erreurs et même jusqu’à des délires et des hallucinations.
Traduit du portugais par Gilda Bernard

Vera Felicidade de Almeida Campos

Vera Felicidade de Almeida Campos est une psychologue brésilienne - elle a reçu une formation en psychologie à l'Université Fédérale de Rio de Janeiro. Elle a travaillé à l’hôpital psychiatrique et travaille depuis les années soixante dans le domaine de la psychothérapie. Elle est la créatrice de la Psychothérapie Gestaltiste (Psicoterapia Gestaltista), théorie psychothérapeutique présentée et developpée dans ses livres, le premier publié en 1973 et le dernier en 2015, chacun d'entre eux porte sur le développement de sa théorie psychothérapique (elle est l'auteur de 10 livres). Ses principales influences sont la Gestalt Psychology, la Phénoménologie et le Matérialisme Dialectique. Outre son travail quotidien dans la psychothérapie clinique et l'écriture de livres, elle publie régulièrement des articles dans les magazines et les journaux (en portugais). Les livres originaux ne sont disponible qu'en portugais: “Psychothérapie Gestaltiste - Conceptualisations”, “Changement et Psychothérapie Gestaltiste”, “Individualite, Questionnement et Psychotherapie Gestaltiste”, “Relationnel - Trajectoire de l’Humain”, “Terre et Or sont Egaux - Perception en Psychotherapie Gestaltiste”, “Désespoir et Cruauté - Etudes Perceptives Relation Figure-Fond”, “La Question de l’Etre, du Soi-Même et du Je”, “Realidade da Ilusão, Ilusão da Realidade”, “Langage et Psychothérapie Gestaltiste - Comment on apprend à parler”.


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