mardi 22 novembre 2016

Mort du romancier et novelliste irlandais William Trevor


William Trevor




MORT DU ROMANCIER ET NOUVELLISTE IRLANDAIS WILLIAM TREVOR

Par Claire Devarrieux— 22 novembre 2016 à 15:20

L'écrivain muliprimé, auteur des «Splendeurs de l’Alexandra» et de «Cet été-là», est décédé. Il avait 88 ans.



William Trevor le 22 octobre 2002 à Londres.
William Trevor le 22 octobre 2002 à Londres. Photo Nicolas Asfouri. AFP

Il fut un temps, pas si lointain, où William Trevor figurait parmi les favoris pour le Nobel de littérature, les parieurs le plaçaient juste devant Mo Yan, Alice Munro, et Bob Dylan. Tous trois ont été récompensés par Stockholm, pas le vieil Irlandais émigré en Grande-Bretagne dans les années 50 : il est mort dans son sommeil, dans la nuit du 20 au 21 novembre, à 88 ans, bardé de prix mais sans la récompense suprême.
Nouvelliste hors pair, d’une délicatesse mélancolique qui lui a valu, fatalement, d’être qualifié de tchékhovien, Trevor a publié une vingtaine de recueils (six ont été traduits). Et autant de romans ou novellas. Ce dernier format lui convenait à merveille. Les Splendeurs de l’Alexandra, traduit en 1989 aux regrettées éditions Alinéa (repris dix ans plus tard par Joëlle Losfeld), condense par exemple les principaux aspects de son art d’écrivain : l’attention portée aux détails des vêtements, des intérieurs, si vivement imprimés dans les souvenirs des personnages qu’ils peuvent migrer d’une mémoire à l’autre. L’Alexandra est un cinéma désaffecté, naguère construit pour une femme, une Allemande. Morte, elle survit dans le cœur du narrateur qui l’a aimée quand il était adolescent, et ne s’en est jamais remis. Dernière page : «Je suis un vieux propriétaire de cinéma de 58 ans sans cinéma, pourtant lorsque je m’assois au milieu des sièges vides, mes souvenirs me comblent.»


Rôle choral essentiel

Le poids du malheur passé et la grâce du moment présent, ou bien la trace d’un bonheur enfui qui vient alléger la pesanteur des jours : la prose de Trevor joue sur cette tension. Dernièrement, on a pu lire deux romans, traduits chez Phébus comme tous ses livres depuis 1995. Une jeune orpheline, mariée à un brave homme de fermier, s’éprend d’un jeune photographe inconséquent : Cet été-là. Un adolescent livré à lui-même s’introduit chez les villageois de manière à se faire adopter, une manœuvre qui lui permet de colporter des secrets de son cru : les Enfants de Dynmouth. La communauté joue un rôle choral essentiel dans les intrigues de Trevor, né en 1928 de parents employés de banque, et protestants, du côté de Cork.
«Je veux simplement raconter des histoires»
En 1994, Gérard Meudal, de Libération, s’était rendu en Angleterre dans le Devon afin de rencontrer l’auteur de Ma maison en Ombrie et En lisant Tourgueniev. «Certains écrivent pour changer le monde, ou pour imposer un point de vue. Moi, je ne sais pas pourquoi j’écris. Si je connaissais la réponse, je n’écrirais pas. Je veux simplement raconter des histoires. C’est un travail très compliqué.» William Trevor avait à l’origine entamé une carrière de sculpteur. «Un jour, j’ai constaté que ma sculpture était en train de devenir abstraite. J’ai tout arrêté et me suis mis à écrire des nouvelles pour donner vie à tous les personnages qui s’étaient accumulés dans mon imagination.»
Claire Devarrieux
LIBERATION

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire