jeudi 15 octobre 2026

À propos du travail de John Tenniel sur Alice

 

La crèche Alice", John Tenniel Lewis Caroll
« La crèche Alice », John Tenniel (1890) © CC0/British Library


À propos du travail de John Tenniel sur Alice

par Sergio Aquindo
25 novembre 2025

Sergio Aquindo, dessinateur, graveur et écrivain (auteur notamment d’un Atlas des monstres connus et inconnus), se penche ici sur la part prise par les images de John Tenniel dans l’œuvre de Lewis Carroll, et plus généralement sur les aventures heureuses ou malheureuses d’Alice avec ses divers illustrateurs.


Bien que dotée d’un cahier d’images et de notices sur différents illustrateurs, cette édition ne s’attarde guère sur les dessins de John Tenniel, ni sur leur importance dans la postérité d’Alice au pays des merveilles. On peut même regretter des erreurs flagrantes : on affirme que Tenniel « grava quarante-deux bois » pour Alice, alors qu’il se limita en réalité aux dessins au crayon ou à la plume. La gravure sur bois est due aux frères Dalziel, dont la signature est d’ailleurs bien visible aux côtés de celle de Tenniel.

Cette place faite à l’illustrateur n’est pas exceptionnelle : dans The Annotated Alice de Martin Gardner, qui sert de référence à beaucoup de spécialistes de Carroll, John Tenniel n’est gratifié que de deux ou trois paragraphes factuels. Le dessinateur est vu comme un simple « décorateur » du texte. Si Tenniel n’est certainement pas à égalité avec Lewis Carroll dans la création d’Alice, son travail mérite sûrement plus d’attention. Il était en son temps un dessinateur satirique très populaire du magazine Punch, et un illustrateur de livres reconnu.

John Tenniel réalise quarante-deux illustrations pour le Pays des merveilles et cinquante pour À travers le miroir. S’il accepte volontiers la première commande, il rechigne pour la seconde (Carroll cherche d’ailleurs à le remplacer) et ne s’y consacre qu’à « ses heures perdues », comme le regrette Lewis Carroll. Tenniel soumet d’abord des propositions écrites. Il s’inspire parfois des dessins de Carroll lui-même, dans le manuscrit du premier Alice offert à Alice Liddell en 1864. Il apprécie différemment les chapitres qui composent le texte et se trouve parfois à court d’idées, ce qui motive par exemple la suppression d’un chapitre (« Le frelon emperruqué »). Il propose ensuite à l’auteur des croquis ; habitué aux délais de la presse hebdomadaire, Tenniel se contente souvent d’esquisses rapides (quoique déjà assez précises).

Parmi les croquis conservés dans les musées britanniques, certains cas exceptionnels montrent un dessin plus poussé, où la composition, les habits des personnages et l’étude des ombres et des lumières sont détaillés. Une fois les croquis validés par l’auteur (et Carroll, un « control freak » d’après les spécialistes, les approuvait rarement en l’état), Tenniel les passe sur papier calque. Il apporte alors de nouvelles modifications, non pas en fonction du texte, mais de la force ou du dynamisme de la scène illustrée. Il retourne ensuite le croquis et le transfère sur une planche en bois, en le repassant à l’aide d’un brunissoir.Si Tenniel peut graver ses propres dessins pour Punch (Carroll le considère comme son « graveur sur bois préféré »), la charge de travail que le projet Alice représente amène Carroll et Tenniel à s’accorder pour confier la gravure aux frères Dalziel, dont l’atelier est l’un des plus réputés de Londres. Ces maîtres graveurs, responsables de la reproduction d’œuvres d’artistes tels que Dante Gabriel Rossetti ou John Everett Millais, gravent alors fidèlement à la gouge le croquis sur la planche de bois. Cette matrice, pas assez résistante pour une impression à grande échelle, est transformée en matrice métallique grâce au procédé de l’électrolyse, appelée aussi galvanotypie (electrotype). Seulement alors le livre peut aller sous presse.

Entre les premières idées de Tenniel et les illustrations présentes dans le livre, il y a donc plusieurs étapes (trop pour l’impatient Lewis Carroll), mais pas énormément de temps : Tenniel accepte la commande des illustrations le 5 avril, le livre est mis en vente début novembre. Ce processus, courant à l’époque, a son importance quand on compare certains dessins à la plume de Tenniel, plus frais et légers, plus gracieux, et leur version gravée sur bois par les frères Dalziel, souvent plus raide et plus sèche.

Contribuez à l’indépendance de notre espace critique

« Tenniel est le seul artiste qui ait dessiné pour moi et qui ait catégoriquement refusé d’utiliser un modèle, déclarant qu’il n’en avait pas plus besoin que moi d’une table de multiplication pour résoudre un problème mathématique ! J’ose penser qu’il avait tort et que, faute de modèle, il a dessiné plusieurs images d’Alice complètement disproportionnées, avec une tête nettement trop grande et des pieds nettement trop petits. » Voilà ce que dira Carroll bien après la publication des deux premiers livres d’Alice.

Il envoie au dessinateur une photographie d’une de ses « child-friends », Mary Hilton Badcock. Mais le dessinateur, de douze ans son aîné, ne semble pas partager sa fascination pour les fillettes : l’Alice de Tenniel est très éloignée des archétypes virginaux qui enivraient le révérend Dodgson. C’est une silhouette, une jeune fille de contes pour enfants, dont le profil tient plus à sa tenue ou sa coiffure qu’aux traits de son visage. Certains regrettent encore le « manque de grâce » de cette première Alice, son visage « sec », « inexpressif », son « absence de malice », voire ses airs « dépressifs ». En dépit des modes et des nombreux artistes, les Alice qui lui succéderont seront tout aussi « ordinaires » et « ennuyeusement sages », que la première.

John Tenniel est avant tout un dessinateur satirique. Il a l’habitude du grotesque et du mordant, mais semble quelque peu étranger à la poésie du nonsense. Il n’a pas l’air chez lui dans l’univers de Carroll : il le traduit en images rassurantes. Mais il ne faut pas oublier la mission dont Lewis Carroll et les éditeurs l’ont investi : se faire le représentant du lecteur, rendre le monde d’Alice compréhensible aux enfants.

Lewis Carroll avait minutieusement conçu la place des dessins dans la première édition des Aventures d’Alice… La présente édition ne s’intéresse guère à cet aspect fondamental. « Le travail de mise en page d’Alice n’a pas d’équivalent à l’époque », soulignait Lawrence Gasquet en 2019 dans « La compagnie des auteurs » sur France Culture. Elle donnait un exemple : l’Alice dite « télescopique », au début du chapitre II. Le dessin montre Alice dont le corps et le cou s’allongent. Dans l’édition originale, le dessin de sa bouche apparaît à côté des mots prononcés par Alice, le célèbre « curiouser and curiouser », et en face du dessin de ses pieds le mot « feet ». Dans De l’autre côté du miroir, les dessins d’Alice d’un côté puis de l’autre côté du miroir au chapitre I sont imprimés sur une page en recto verso, donnant l’impression au lecteur qu’en tournant une page il passe lui aussi de l’autre côté. Le dialogue entre texte et image s’est rapidement perdu lors des éditions successives. Le livre est devenu un succès dans le marché standardisé des livres jeunesse, et les illustrations de simples images décoratives.

La crèche Alice", John Tenniel Lewis Caroll
llustration de John Tenniel pour « De l’autre côté du miroir » de Lewis Carroll (1870) © CC0/WikiCommons

Carroll accorde-t-il davantage de liberté à Tenniel pour la seconde Alice ? On remarque en tout cas une différence sensible. Les illustrations du Miroir sont bien plus élaborées (voir par exemple la scène avec la Reine rouge, celle du Jabberwock, ou de Queen Alice), et on a l’impression que Tenniel est plus à l’aise (ou moins pressé). L’arrière-plan des scènes est plus fouillé, l’ambiance des scènes plus suggestive et mystérieuse, le trait s’humidifie, s’affine, tout comme les gravures sur bois des frères Dalziel. Alice persiste cependant dans son inexpressivité caractéristique. Elle apparaît toujours aussi « absente » dans les dessins.

À travers les différentes versions illustrées d’Alice, on voit passer les modes, de l’Art nouveau au réalisme publicitaire américain, et une myriade d’illustrateurs et illustratrices s’emploient à assagir, voire à rendre niais l’univers subversif du livre. On le scinde en deux : au texte le jeu et le nonsense, aux images la douceur et la gentillesse. De manière générale (les éditeurs y sont sûrement pour quelque chose), on a l’impression qu’ils s’emploient constamment à réduire l’imaginaire d’Alice aux standards du livre jeunesse : le lapin blanc se fait de plus en plus mignon, la Duchesse moins repoussante, le Jabberwock subit l’influence de Disney, ou disparaît… Rares sont les artistes qui vont puiser dans le texte original une inspiration nouvelle ; rares sont ceux qui, cent cinquante ans plus tard, osent sortir du cadre posé par Tenniel et Carroll dans la première édition.

L’extraordinaire finesse des aquarelles de l’illustrateur anglais Arthur Rackham (1867-1939), par exemple, n’efface pas totalement la sensation de se trouver dans un Pays des merveilles bien terne et mélancolique, comme figé dans une sorte d’ennui automnal so british. Son Alice est plus élancée et gracieuse que celle de Tenniel, mais toujours aussi sage. Le dessinateur anglais Ralph Steadman (né en 1936) refuse, lui, d’illustrer sagement le texte et revient à la tradition satirique anglaise, glissant peut-être quelque chose des bouleversements des années 1970. Son Pays des merveilles est bien plus acide et chaotique que les précédents. Si le portrait d’Alice était souvent adouci par rapport aux autres personnages, plus grotesques ou effrayants, chez Ralph Steadman le difforme est partout. La jeune Alice semble tout aussi dérangée que les personnages de l’autre côté du miroir. Le mordant du magazine Punch hante de nouveau l’imaginaire d’Alice.

EN ATTENDANT NADEAU




mercredi 14 octobre 2026

L’œuvre mobile d’Anne Carson


Anne Carson © Éditions Corti
Anne Carson © Éditions Corti


L’œuvre mobile d’Anne Carson

par Claude Grimal
13 octobre 2026
Poète et essayiste, la Canadienne Anne Carson, née en 1950, vient de recevoir le prix Nobel de littérature. Déjà lauréate de nombreuses récompenses dans le monde anglophone, elle est connue pour une œuvre savante et « confessionnelle », qu’elle a fait connaître, outre par les livres, par ses conférences et ses collaborations régulières à des magazines comme la London Review of Books, par exemple. Son œuvre, mal connue en France, demande à ce qu’on s’y plonge pour y découvrir l’originalité et l’ouverture.
Anne Carson a établi sa réputation avec Eros the Bittersweet (non traduit, 1986), un essai en partie tiré de sa thèse sur Sapho – Carson est helléniste – qui développe une réflexion assez classique sur le désir amoureux comme manque. Il contient les grands traits de son œuvre à venir, tant dans la forme (le choix de l’hétérogénéité), les lignes de force de la pensée (l’Antiquité comme prisme pour la perception du monde moderne) que les registres (le lyrisme, l’ironie).
Les œuvres qui ont suivi ont fait une place essentielle au monde d’aujourd’hui, avec ses aspects de culture « de masse », tout en restant en grande proximité avec l’univers classique ; et les deux univers se côtoient ou se mélangent grâce à des techniques de montage et de juxtaposition, ou grâce à différents types de « fusions ». Ainsi l’Antiquité classique – grecque le plus souvent, mais aussi romaine – apparaît-elle comme « la marque de fabrique » de presque toute son œuvre : elle sert de prisme pour regarder notre époque mais avec autant d’effets d’accroissement de l’acuité que de déformation.

Dans une interview donnée peu après le prix Nobel, Anne Carson a, une fois encore, rappelé : « Ce qui est fascinant chez les Grecs ce sont les petits moments de ressemblance qu’ils offrent avec nous, enchâssés dans une altérité incroyable, à l’intérieur d’un immense paysage d’étranges croyances sur le monde. » Ainsi, certaines œuvres plus que d’autres sont, chez elle, marquées par la présence classique. Lisons Autobiographie du rouge (1998, traduit par Vanasay Khamphommala, L’Arche, 2020) Les hommes à leurs heures perdues (2000, traduit par Fabienne Durand-Bogaert, L’Arche, 2020), Norma Jeane Baker de Troie (2019, traduit par Édouard Louis, L’Arche, 2021)…

Un des grands succès éditoriaux de poésie contemporaine, son Autobiographie du rouge, est un roman en vers qu’Alice Munro, Michael Ondaatje et Susan Sontag saluèrent à sa sortie avec enthousiasme. Il raconte l’amour fou de Géryon, monstre ailé rouge, pour Héraclès, leur rupture, leurs retrouvailles inattendues… Le livre installe ainsi un cadre antique pour des passions modernes, et Géryon est non seulement le personnage de Stésichore, le poète grec, mais un jeune Américain, épris de photographie, consumé par son désir pour ce « dragueur » d’Héraclès.  

Cette « biographie » de Géryon exprime une des pensées fondamentales de Carson sur l’identité, présente depuis Eros the Bittersweet. Exister, un état toujours incompréhensible, ne saurait être approché par les événements d’une vie, car c’est bien plutôt une dynamique de passions, d’affects, de relations intenses, de façons individuelles de sentir et de voir. L’existence, la nôtre comme celle d’autrui, ne peut ainsi être saisie que comme une série de fragments disparates, discontinus et hétérogènes. 

Le recueil de prose et poésie Verre, ironie et Dieu (1995 traduit par Claire Malroux, Corti, 2004), Plainwater (1995, non traduit), The Beauty of the Husband (2001, non traduit) et surtout la grande élégie à son frère mort, Nox (2010, non traduit), mettent en écriture le fragmentaire que revendique l’auteure comme notion et comme forme littéraire. 

Nox est peut-être l’œuvre qui met en place morcellement et disparité de la manière la plus spectaculaire. Le « livre » se présente comme une petite boîte (un tombeau ?) contenant un leporello (un « accordéon ») de 26 m de papier sur lequel, en parallèle avec l’étude d’une élégie de Catulle, sont rassemblés les éléments que l’écrivaine « possède » concernant l’existence de son frère mort au Danemark en 2020 après une disparition de plus de deux décennies ; des souvenirs de moments du passé, de conversations, des photographies toujours déchirées ou surlignées, des dessins, des réflexions…

Dans Nox, outre le succès d’un travail de la forme fragmentée, moderne mais traditionnel depuis le XXe siècle, frappent le côté touchant de la déploration et la volontaire labilité de certaines affirmations mimant la non-fixité des choses : « Je voulais remplir mon élégie de toutes sortes de lumières, mais la mort nous rend avares. On ne peut rien dire de plus, pensons-nous, il est mort. L’amour ne peut pas toujours changer les choses. Les mots ne peuvent rien ajouter. Quoi que je fasse pour évoquer le garçon solaire qu’il était, cela reste une histoire banalement étrange. Et donc je me suis mise à penser à l’histoire ».

La présentation distanciée de son intimité, triste ou ironique, est un aspect séduisant de Nox comme d’autres recueils, mais elle compte peut-être moins, pour certains lecteurs, que les positions féministes de Carson, exprimées, sotto voce ou non, dans Autobiographie du rouge, « L’essai de verre » et « Le genre du son » de Verre, ironie et Dieu, « Short Talks » de Plainwater, Norma Jeane Baker de Troie, Antigonick (2012, traduit par Édouard Louis, L’Arche, 2019)… Le refus de l’essentialisation, le goût de la fluidité, l’opposition aux normes s’y font entendre.

Et pour s’opposer à toute imposition extérieure et autoritaire, quoi de mieux que de vivre avec la littérature. Anne Carson, qui ne se laisse pas plus enfermer dans le politique, l’intime, que dans l’érudition… ou quoi que ce soit, qui est  toujours ici quand on l’attend là, a choisi d’écrire en compagnie des auteurs du monde antique, mais aussi, et cette compagnie est nombreuse et diverse, d’une kyrielle de grands ou moins grands auteurs de tous les siècles – Zeami Motokiyo, Emily Brontë, Gertrude Stein, Marcel Proust, Émile Nelligan…– qui laissent élégamment dans ses pages de pénétrantes traces.  

Quelle belle compagnie ! Et, comme on dit en anglais, « you are the company you keep ».

EN ATTENDANT NADEAU




lundi 12 octobre 2026

Anne Carson

 





Anne Carson

Anne Carson, M.C., poète, essayiste, chercheuse et professeure, est née le 21 juin 1950 à Toronto, en Ontario.

dimanche 11 octobre 2026

Anne Carson / Autobiographie du rouige






Anne Carson
Autobiographie du rogue


Anne Carson, poétesse, essayiste, traductrice du grec ancien et professeure de renommée mondiale, échappe à toutes les étiquettes : aucun de ces mots, à lui seul, ne parvient à contenir la singularité de son art.

samedi 10 octobre 2026

Anne Carson / L’Anthropologie de l’eau

 

Anne Carson


Anne Carson
L’Anthropologie de l’eau


Je me suis réveillée avant l’aube.
La lumière était une fine lame de nickel
posée sur le bord du monde.

On ne possède rien.
Pas même ce moment de passage,
où l’eau de la rivière devient l’eau de la mer,
où le sel commence à mordre la douceur.

La mémoire est une fatigue des yeux.
Elle cherche une forme là où il n’y a que du mouvement.
Elle cherche une rive là où tout est dérive.


vendredi 9 octobre 2026

Le Nobel de littérature 2026 attribué à la poétesse canadienne Anne Carson

 

Anne Carson


Le Nobel 

de littérature 2026 

attribué à 

la poétesse 

canadienne

Anne Carson

Également professeure d’histoire à l’université McGill de Montréal, l’écrivaine de 76 ans succède au Hongrois László Krasznahorkai.

Par  Nathalie Crom 

Publié le 08 octobre 2026 à 14h27
Mis à jour le 08 octobre 2026 à 15h21

Il est des rencontres et des émotions qui décident d’une vie. Récompensée ce jeudi 8 octobre par le prix Nobel de littérature 2026, la poétesse et écrivaine canadienne Anne Carson (née le 21 juin 1950 à Toronto) a raconté les circonstances dans lesquelles la culture grecque ancienne est entrée dans sa vie : en 1965, alors qu’elle était adolescente et qu’elle feuilletait des ouvrages au hasard dans une librairie de la ville de Hamilton, en Ontario, lui tomba entre les mains une édition bilingue de la poésie de Sappho. « Ça semblait si fascinant que je me suis dit que je devais apprendre cette langue. » Ce qu’elle fit. Quelques années plus tard, après avoir étudié les lettres classiques à l’université de Toronto, puis le grec ancien à l’université de St Andrews en Écosse, c’est à Sappho qu’elle consacra sa thèse de doctorat, dont elle tira en 1986 son tout premier ouvrage, Eros the Bittersweet (Eros doux-amer) — « un traité dense et concis sur la place centrale du manque dans le désir », écrit The Paris Review à propos de ce livre dont la première traduction en France est annoncée le 6 novembre prochain, aux éditions de L’Arche.

jeudi 8 octobre 2026

Anne Carson, Albertine et nous

Anne Carson


Anne, Albertine et nous

par Claude Grimal
21 novembre 2017

 

Avant une lecture publique de son Atelier Albertine, la poète canadienne Anne Carson confia à son auditoire qu’ayant un jour décidé de lire À la recherche du temps perdu de bout en bout, elle y avait consacré une demi-heure chaque matin pendant sept ans. « Les plus belles années de ma vie », ajoutait-elle, signalant qu’elle s’était ensuite trouvée dans « le désert d’Après-Proust » et que, pour en sortir, elle s’était tournée vers les critiques (« chose inutile »), puis avait choisi d’écrire le petit livre que nous tenons aujourd’hui entre les mains (publié dans sa version anglaise en 2014).

samedi 3 octobre 2026

Mémoires de guerre d’Algérie




Mascare. Le crédit à indiquer est Teresa Suarez.
Mascare © Teresa Suarez

Mémoires de guerre d’Algérie

par Jean-Yves Potel
19 mai 2026

Généralement douloureuses, les mémoires en France de la guerre d’Algérie demeurent discrètes sinon oublieuses et pourtant elles ressurgissent régulièrement. Il faut entendre ainsi le cri de Mascare, petite-fille de harki, artiste multiforme, membre d’un cabaret autogéré, qui publie Belgazou. Et se plonger, dans un tout autre genre, dans l’enquête de Lorraine Rossignol, journaliste à Télérama, qui revient sur la réalité occultée des « camps de regroupement » de millions de « musulmans », organisés par l’armée française durant toute la guerre. Deux regards et deux voix d’une même génération dissemblables et utiles.

vendredi 2 octobre 2026

Une rencontre qui n’a pas lieu / Entretien avec Gabriela Adamesteanu

 

Gabriela Adamesteanu © Jean-Luc Bertini


Une rencontre qui n’a pas lieu : entretien avec Gabriela Adamesteanu 


par Jean-Yves Potel
26 mai 2026


Grande voix européenne, Gabriela Adamesteanu publie La rencontre, un roman écrit en Roumanie du temps de Ceausescu, puis partiellement remanié, paru en 2008. Elle aborde la question centrale de la communication entre les êtres au sein d’une société soumise à un régime totalitaire. Comment établir des liens authentiques avec des membres de sa famille ou de simples Roumains, émigrés ou exilés ? Que faire lorsque ces rencontres sont surveillées par la police politique du régime, la sinistre Securitate ?

Jean-Yves Potel
26 de mayo de 2026

jeudi 1 octobre 2026

L’œil de Cocteau

 

Écrits sur l'art : l'œil de Jean Cocteau
Jean Cocteau (1923) 


L’œil de Cocteau

par Odile Hunoult
25 mai 2022
Né en 1889, poète, écrivain, cinéaste, dramaturge, mais aussi peintre, dessinateur, céramiste, Cocteau est partie prenante dès sa première jeunesse des luttes de l’avant-garde, à un moment où le monde de l’art se reconstruit, bouillonne, s’affronte : fauvisme, dadaïsme, cubisme, surréalisme… Pour ces Écrits sur l’art, David Gullentops a compilé et trié un important corpus ; il nous offre un dictionnaire alphabétique des artistes vus par Cocteau – ses contemporains en majorité, mais pas seulement –, peintres, sculpteurs, photographes… Coco Chanel a son entrée. Beaucoup, bien sûr, sont ses amis.

lundi 28 septembre 2026

Avignon, l’écriture et la sexualité


A Noiva e o Boa Noite Cinderela, Capítulo 1 de Trilogia Cadela Força / Carolina Bianchi et Cara de Cavalo © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Avignon, l’écriture 

et la sexualité

par Jean-Yves Potel
1 août 2026
Au-delà des sempiternels débats sur l’état du théâtre, le renouvellement de ses formes ou son atonie, il faut se recentrer sur les spectacles qui nous bouleversent, nous bousculent. Malgré leur difficulté, il faut plonger dans la Trilogie des chiennes de la Brésilienne Carolina Bianchi et dans le HOW ROMANTIC de Katerina Andreou. 

dimanche 27 septembre 2026

Avignon, les douleurs de l’amour


Che dolore terribile e l’amore d’après Han Kang, mise en scène par Daria Deflorian © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Avignon, les douleurs 

de l’amour

par Jean-Yves Potel
8 août 2026

Pour la première fois, ce sont des artistes et des textes venus de Corée que le Festival d’Avignon met à l’honneur pour cette édition 2026. L’occasion de belles découvertes et d’inventions pour dire à la fois l’intime, le singulier et les histoires complexes, les mémoires, les dominations de tous ordres.