mercredi 15 avril 2026

Shakira / Il y a une place spéciale en enfer

 


Shakira
Il y a une place spéciale en enfer 

En pleine tournée mondiale, Shakira a glissé une phrase entre deux chansons qui mérite qu'on s'y arrête : "Il y a une place spéciale en enfer pour les femmes qui n'aident pas les autres femmes".

Le segment s'appelle "The 10 Commandments of a She-Wolf". Et ce n'est pas un détail : en codifiant la sororité comme un commandement, elle dit quelque chose d'important sur ce qu'on attend (ou n'attend pas)des femmes entre elles. On ne naît pas solidaire. On le choisit. Dans un système qui a longtemps mis les femmes en compétition pour les mêmes miettes de pouvoir, d'attention, de légitimité, choisir de soutenir plutôt que de concurrencer devient un acte politique. Las Mujeres Ya No Lloran, c'est l'album de l'après. L'après rupture, l'après effondrement, l'après regard du monde. Et cette tournée en est le prolongement scénique : pas juste une performance, une reconstruction publique qu'elle a assumé.

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mardi 14 avril 2026

Jean Nouvel et le Louvre d’Abu Dhabi

 

La ville d'Abu Dhabi vue depuis le Louvre, à l’extrémité de l’île de Saadiyat
La ville d'Abu Dhabi vue depuis le Louvre, à l’extrémité de l’île de Saadiyat


Jean Nouvel et le Louvre d’Abu Dhabi

Un lieu mythique où la culture cimente la paix dans le monde et où se construit la tolérance parmi toutes les religions

9 FÉVRIER 2026, 


Le Louvre Abu Dhabi est le premier musée universel du monde arabe. Il fut conçu par l’architecte Jean Nouvel comme une « ville-musée » sur la mer. Ce chef-d'œuvre architectural fusionne les traditions arabes et la modernité. Inspiré par l'environnement local (le sable, la mer et le ciel), Jean Nouvel associe le béton, l’eau et les jeux de lumière sous un dôme d’aluminium et d’acier inoxydable, qui forme un espace universel et qui symbolise le pont culturel entre l'Orient et l'Occident. Associant Abu Dhabi au nom du Louvre, ce lieu incontournable, inauguré en 2017, nous permet de voir dialoguer des œuvres d’intérêt historique, culturel et sociologique distincts. Quelles soient anciennes ou contemporaines, elles proviennent du monde entier.

dimanche 12 avril 2026

Agnès Clerc / Journal d’une planète minuscule / Un fou dostoïevskien


« Le pessimiste », Felix Nussbaum (1930) 


Un fou dostoïevskien

Inspiré librement de Dostoïevski,  Journal d’une planète minuscule d’Agnès Clerc s’affirme comme un livre fort qui impose une voix et procure un puissant bonheur de lecture.

samedi 11 avril 2026

Marie Étienne / Corps encombrants

 

« Tyr et Fenrir » John Bauer (1911) (détail) © CC0/WikiCommons


Corps encombrants

Le délicieux, avec la poésie, c’est qu’il arrive qu’on l’aime bien qu’elle demeure obscure, qu’elle consente seulement à entrouvrir sa porte pour nous donner à voir un pays-paysage d’autant plus désirable qu’il paraît interdit. Dominique Quélen paraît nous déclarer : « Je ne suis pas dans moi » ; « Je me dépose ailleurs ». Anne Malaprade, quant à elle, prend le chemin des contes dont elle emprunte la voix.

vendredi 10 avril 2026

Pascal Quignard / Le bonheur de l’adieu

 

Pascal Quignard, Il n’y a pas de place pour la mort
Pascal Quignard © Jean-Luc Bertini


Le bonheur de l’adieu

On retrouve dans Il n’y a pas de place pour la mort la plupart des thèmes habituels de Pascal Quignard, on pourrait même dire ses obsessions, ses dérives d’écriture autant que ses ruptures, ses formules comme des jets de lumière, ses affinités littéraires, ses amitiés ou ses amours, mais resserrés et fracturés, ce qui en quelque sorte les réactive, s’il en était besoin, ou en tout cas les pare d’un éclat, d’une force nouvelle.

jeudi 9 avril 2026

La Dolce Vita s’en va voir Venise, Paris et Londres

 

Image tirée du film La Dolce Vita de Federico Fellini. Marcello Mastroianni et Anita Ekberg dans la fontaine de Trevi, à Rome
Image tirée du film La Dolce Vita de Federico Fellini. Marcello Mastroianni et Anita Ekberg dans la fontaine de Trevi, à Rome


La Dolce Vita s’en va voir Venise, Paris et Londres

Soixante-six ans séparent les mondes de Federico Fellini et ceux de Lionel Destremau et d’Eric Calatraba 

9 MARS 2026, 


La Dolce Vita marque un tournant dans la filmographie de Federico Fellini. Qui ne se souvient pas de la scène où Anita Ekberg s’ébat dans la fontaine de Trevi, et quand Marcello Mastroianni l’y rejoint ? Ce film, sorti en 1960 et qui remporte la Palme d’or à Cannes, annonce le propre langage cinématographique fellinien, qui deviendra irrévocablement sa marque de fabrique. Inimitable. Avec l’enchevêtrement de séquences, comme des sketches. Et pourtant, il provoqua un énorme scandale dès sa sortie, du fait de sa description d'une société italienne oisive et débauchée. Les scènes d’orgie ont choqué le public romain. Qui a sans doute oublié l’histoire de son empire décadent. 

lundi 6 avril 2026

Jean-Marie Gleize / « Écrire à mort »

 



« Écrire à mort »

Pour rendre hommage à Jean-Marie Gleize, disparu le 12 mars dernier, il nous a paru judicieux de rapprocher deux analyses, l’une publiée en 1995 dans La Quinzaine littérairesur Le principe de nudité intégrale. Manifestes, l’autre sur TRNC, dernier livre paru de son vivant.

mercredi 1 avril 2026

Katriona O’Sullivan / Pauvre / Faire mieux !

 

Bouteilles d’héroïne © CC BY 2.0/Karen Neoh/Flickr


Faire mieux !

Irlande, années 1980. Élevée dans l’extrême pauvreté par des parents toxicomanes, Katriona O’Sullivan a fait vaciller les probabilités : après des études supérieures, elle enseigne aujourd’hui à l’université. Dans Pauvre, son premier récit, elle nous fait partager les traumatismes et les legs de son enfance.

dimanche 29 mars 2026

Agnès Desarthe / Qui se ressemble / Portraits en chants croisés

 

Collage dans le musée « Oum Kalthoum » (Manial, Le Caire) © CC BY-SA 4.0/Passantadnan/WikiCommons

Portraits en chants croisés

6 octobre 1973, Paris, jour de Kippour : une enfant comprend confusément qu’une guerre vient d’éclater. Cette petite fille, c’est Agnès Desarthe, âgée d’à peine huit ans. À la genèse de son nouvel opus, Qui se ressemble, la chanson Enta Omri d’Oum Kalsoum.

samedi 28 mars 2026

Joyce Carol Oates / Fox / M. Fox, Gros Nounours et M. Langue

Joyce Carol Oates, Fox,
Joyce Carol Oates (2020) © Jean-Luc Bertini

M. Fox, Gros Nounours et M. Langue

Joyce Carol Oates est l’une des plus grandes conteuses états-uniennes contemporaines. Celle qui écrit à une vitesse lumineuse – plus de cent ouvrages à son actif – décrypte aussi tous les pans de la psyché humaine. Dans son dernier roman, Fox, elle nous plonge dans la tête d’un pédocriminel. Mécanique, et dérangeant.

vendredi 27 mars 2026

Kelly Reichardt / The Mastermind / Toutes lignes brisées

 

"The Mastermind", Kelly Reichardt (2026) © Condor films
« The Mastermind », Kelly Reichardt (2026) © Condor films


Toutes lignes brisées

The Mastermind, film écrit et réalisé par Kelly Reichardt, se déroule dans le Massachusetts en 1970. Un menuisier au chômage décide de réaliser un vol d’œuvres d’art dans le musée de sa ville. Un vrai-faux film de casse, avec, dans le rôle principal, un Josh O’Connor aussi lâche qu’envoûtant.

jeudi 26 mars 2026

Yaryna Chornohuz / « Aucun de nous ne déposera les armes »

 

Yaryna Chornohuz, C'est ainsi que nous demeurons libres
Yaryna Chornohuz © D.R.

« Aucun de nous ne déposera les armes »

Engagée volontaire pour défendre son pays contre l’envahisseur russe, Yaryna Chornohuz se bat pour libérer l’Ukraine. Caporal-chef des Forces armées, pilote de drone, médecin de guerre, elle a reçu, en 2024, le prix Taras Chevtchenko, la plus haute récompense littéraire ukrainienne, pour son recueil de poésie C’est ainsi que nous demeurons libres.

dimanche 22 mars 2026

Louise Browaeys / Bleue comme la rivière / Promener sa chienne intérieure


« Paysage. Lac de Genève », Alexej von Jawlensky (1915) © CC0/WikiCommons

Promener sa chienne intérieure

Bleue comme la rivière, de Louise Browaeys, est un livre de l’eau, après La reverdie, le livre du vert. Deux volumes qui suivent une couleur, mais peuvent se lire indépendamment. Deux volumes qui ne sont ni programmatiques ni historiques, mais noués de phrases tendres, franches et nerveuses. Si le livre vert « conduisait en état d’ivresse jusqu’au mariage », le livre bleu raconte ce qui survient ensuite, dans l’angle mort d’une littérature féminine encore peu éditée, et très précieuse. Car, à quoi ressemble l’amour après cinq ans de vie commune ?

vendredi 20 mars 2026

Fanny Taillandier / Sicario bébé / « Ça part de là »


Fanny Taillandier, Sicario bébé,
Tablette d’Ecstasy © CC0/WikiCommons


« Ça part de là »

Deux jeunes amoureux, Blaise et Djen, un bébé à venir que personne n’attendait, un ami cher qui est aussi un peu magicien, Bobby, une Tatie, un cousin du foyer et la ville de V., qui pourrait être n’importe quelle ville moyenne en France, mais aussi une ZAD, une ville portuaire, la route : le décor de Sicario bébé est planté. Le nouveau roman de Fanny Taillandier est un roman noir dont les trois héros sont remplis d’envie de vivre et d’aimer mais se heurtent à une société qui ne leur propose rien d’autre que l’exclusion et la criminalité.

jeudi 19 mars 2026

Andrea Bajani / L’anniversaire / Destruction d’une famille


Andrea Bajani  L'anniversaire
Andrea Bajani © Adolfo Frediani 


Destruction d’une famille

L’anniversaire d’Andrea Bajani se présente comme le récit minutieux, et glaçant, du fonctionnement tyrannique d’une famille dont le narrateur a réussi à se libérer. L’écrivain, qui vit depuis quelques années aux États-Unis, où il enseigne l’écriture créative, décortique, du point de vue du fils désormais adulte, le fonctionnement impitoyable d’une famille nucléaire, un père, une mère et deux enfants, un fils et une fille, dans un quartier périphérique de Turin.

mercredi 18 mars 2026

Marie-Hélène Lafon / Hors champ / Le seul fils


Marie-Hélène Lafon, Hors champ,
Marie-Hélène Lafon (2025) © Jean-Luc Bertini


Le seul fils

Comment raconter le hors-champ ? Gilles, le frère de Claire, est au cœur du nouveau récit de Marie-Hélène Lafon, ce frère pétri de silence et de souffrance qui affleure, sous les mots toujours tus, les gestes mécaniques, ce frère qui est là déjà dans Les sources (2023) mais comme en filigrane, ou tout simplement en « hors champ », et dont la présence nous marque malgré tout et nous intrigue. C’est une présence comme en creux, qui échappe et semble recouvrir un secret inavouable, que l’écriture de Marie-Hélène Lafon tente d’incarner dans ce récit, ce qu’elle commence à faire déjà dans Vie de Gilles, paru en 2025, en collaboration avec l’artiste Denis Laget. Peut-on faire entrer Gilles dans le champ ?