Nouveau roman d’Olivier Cadiot, Love Supreme revient sur des thématiques chères à l’écrivain parmi lesquelles figure le désir quasi démiurgique d’un ailleurs qui paradoxalement s’ancre profondément dans notre contemporain.
« Vue sur la mer Baltique », Caspar David Friedrich (1820-1825)
Actualité de Siegfried Lenz
par Jean-Luc Tiesset
16 juin 2026
À l’occasion du centenaire de la naissance de Siegfried Lenz (1926-2014), les éditions Robert Laffont republient La leçon d’allemand, roman qui fit sa célébrité, ainsi que deux de ses nouvelles moins connues en France : Le bateau-feu et Fin de guerre. Écrites à vingt ans d’intervalle, elles ont toutes deux pour cadre la mer Baltique, véritable couloir stratégique entre le nord et l’est de l’Europe.
La Villa et ses jardins sont ouverts du 25 avril au 1er novembre 2026.
Avec un titre inspiré du hit provocateur de Serge Gainsbourg, cette exposition nous emporte dans le fantasme d’une virée en bord de mer, à une époque où la révolution sexuelle bouleversait les codes, où les mœurs se transformaient, où tout semblait possible… A la Fondation Carmignac, loin des villes et de la pollution, dans la lumière, les couleurs et les parfums méditerranéens de l’île de Porquerolles, le Pop Art révèle des facettes inédites. Il ne se nourrit plus d’objets du quotidien, d’icônes médiatiques ou de réclames urbaines nées de la société de consommation, mais de motifs d’une autre dimension : le ciel, le soleil, la mer et les vacances.
Il est toujours jubilatoire, lorsque l’exercice est réussi, de lire un livre qui associe littérature et musique. C’est ce que propose dans son nouveau roman, Comment habiller un garçon, Cyrille Martinez, avec de surcroît une proposition de refaire sa garde-robe.
Pourquoi, dans ce temps d’ombre misérable, des poètes ?
par Valentin Hiegel
12 juin 2026
6mn
Un an après sa parution en anglais, le dernier récit autobiographique de Patti Smith, Le pain des anges, est traduit en français. Depuis au moins Just Kids, la chanteuse, qui insiste sur sa vocation et sa qualité première d’écrivaine et de poétesse, nous y reviendrons, construit avec minutie ce qu’il faut bien appeler une œuvre littéraire.
Par son écriture douce, Maria Navarro Skaranger entend Emily et sa grossesse qui réveille mille évènements. Entre la future grand-mère et Pedro, le fiancé que l’on cherche désespérément dans la banlieue d’Oslo, Emily cherche un chemin. Comment lui faire signer un acte de reconnaissance de paternité ? Et l’autrice de Celle qu’on appelle Emily de s’adresser directement au lecteur.
Après l’impact des deux premiers textes si forts de Benoit Colboc, on pouvait se demander que faire et qu’écrire… Eh bien la réponse est très simple, on publie peu à peur, un recueil d’une force et d’une lucidité qui interrogent le fondement de nos vies et ce que la poésie peut nous en dire ou, même, en changer.
Isabelle Garron présente son livre, le poème tangent, une geste, comme ayant été composé à la suite d’entretiens menés auprès de dix-sept artistes visuelles (elle n’écrit pas « de plasticiennes »). Ces dernières font partie d’un groupe, « la tangente », constitué lors des évènements de Nuit debout en 2016. L’autrice les rejoint deux ans plus tard et entame auprès d’elles une enquête destinée à déterminer ce qui motive leur création, indépendamment de leur sexe, de leur âge et de leur mode de subsistance.
Accouchements, fausses couches, avortements dissimulés, confessions au coin des dortoirs surgissent dans La graine de Jacqueline Manicom, sous-titré Journal d’une sage-femme. Elle y fixe, sans artifice, ces moments critiques dans un hôpital parisien, en 1973, un an avant la loi Veil autorisant l’IVG. Souffrance des femmes, violences gynécologiques, corps abîmés, racisme à chaque coin de lèvres, paternalisme du « grand patron », sont retranscrits sans fard. Un témoignage saisissant.
Simon Paré-Poupart, éboueur à Montréal durant vingt ans, publie Ordures ! Journal d’un vidangeur, un superbe récit de ses tournées d’hiver, 25 km par jour, sacs poubelle en main et en colère contre notre surconsommation et les regards de travers des passants. Sébastien Jacquot et Marie Morelle, dans Mécaniciens de rue, suivent des migrants qui réparent, désossent, remontent de vieilles voitures à la sauvette pour des clients désargentés. Entre sale boulot et boulot sale, entre travail de rue et entrepôts, rencontre au cœur des banlieues.
Les êtres, de même que les revues ou les familles littéraires, sont mortels, et leurs disparitions, comme nous allons le voir avec Anouchka Vasak (Le lieu du bleu), François Bordes (À plat) et la revue Java, peuvent revêtir, avant de s’accomplir, des couleurs (ou douleurs ?) différentes.
Anouchka Vasak | Le lieu du bleu. Enquête sur un ciel de Provence. Anamosa, 202 p., 20 €
François Bordes | À plat. L’Atelier contemporain, 146 p., 20 €
Le lieu du bleu tient de l’enquête – ainsi que l’indique son sous-titre – comme du poème (enquête-t-on sur un ciel ?), de l’essai littéraire, de la réflexion scientifique… tout cela à la fois. Anouchka Vasak se situe au croisement de la science, de l’esthétique et de la littérature, elle est maîtresse de conférences en littérature française, dix-huitiémiste, codirige le réseau Perception du climat, hébergé à l’ENS, et la collection « MétéoS » aux éditions Hermann. L’ouvrage, tout de bleu vêtu (couverture, pages de titre intérieures, caractères), se lit comme une enquête, avec grand intérêt et le désir de savoir le fin mot de l’énigme, et aussi grand plaisir : l’écriture en est belle.
Kristian David est un artiste dont la trajectoire se construit à partir du déplacement, de l'expérience directe et d'une relation profonde avec la matière picturale. Né dans le sud du Chili, il s'est formé entre Temuco et Santiago ; ses pérégrinations l'ont mené en Europe, où il a élargi sa pratique en tant que peintre décorateur pour l'opéra, le théâtre et la danse contemporaine en Italie et en France.
Pour la sortie de son livre autobiographique Les souvenirs viennent à ma rencontre, nous avons pu parler longuement avec Edgar Morin. Ce fut l’occasion de revenir sur les points saillants de sa pensée et d’évoquer les lignes d’une vie tissée avec les fils de l’histoire du XXesiècle. Le temps donne bien sa forme au livre, mais pas seulement : d’autres logiques, celles des lieux, des rencontres, président au récit d’une vie. Ce livre de souvenirs présente une structure tantôt linéaire, tantôt circulaire, une forme qui fait sa force.
Edgar Morin est un homme sympathique, chaleureux, ouvert et généreux. Son œuvre est à son image : vaste, plurielle, ambitieuse, riche. Comme le dit Régis Debray dans l’un des nombreux hommages qui composent ce Cahier, seuls les sectaires peuvent lui reprocher d’aimer être aimé. Pourtant, n’aurait-il pas gagné à être un peu plus sectaire ?