
Un fou dostoïevskien
Inspiré librement de Dostoïevski, Journal d’une planète minuscule d’Agnès Clerc s’affirme comme un livre fort qui impose une voix et procure un puissant bonheur de lecture.

Inspiré librement de Dostoïevski, Journal d’une planète minuscule d’Agnès Clerc s’affirme comme un livre fort qui impose une voix et procure un puissant bonheur de lecture.

Le délicieux, avec la poésie, c’est qu’il arrive qu’on l’aime bien qu’elle demeure obscure, qu’elle consente seulement à entrouvrir sa porte pour nous donner à voir un pays-paysage d’autant plus désirable qu’il paraît interdit. Dominique Quélen paraît nous déclarer : « Je ne suis pas dans moi » ; « Je me dépose ailleurs ». Anne Malaprade, quant à elle, prend le chemin des contes dont elle emprunte la voix.

On retrouve dans Il n’y a pas de place pour la mort la plupart des thèmes habituels de Pascal Quignard, on pourrait même dire ses obsessions, ses dérives d’écriture autant que ses ruptures, ses formules comme des jets de lumière, ses affinités littéraires, ses amitiés ou ses amours, mais resserrés et fracturés, ce qui en quelque sorte les réactive, s’il en était besoin, ou en tout cas les pare d’un éclat, d’une force nouvelle.
La Dolce Vita marque un tournant dans la filmographie de Federico Fellini. Qui ne se souvient pas de la scène où Anita Ekberg s’ébat dans la fontaine de Trevi, et quand Marcello Mastroianni l’y rejoint ? Ce film, sorti en 1960 et qui remporte la Palme d’or à Cannes, annonce le propre langage cinématographique fellinien, qui deviendra irrévocablement sa marque de fabrique. Inimitable. Avec l’enchevêtrement de séquences, comme des sketches. Et pourtant, il provoqua un énorme scandale dès sa sortie, du fait de sa description d'une société italienne oisive et débauchée. Les scènes d’orgie ont choqué le public romain. Qui a sans doute oublié l’histoire de son empire décadent.
Toutes les femmes sont d’une beauté effarante. Leurs chutes de reins pour un rien vous affolent. Et cela rend la vie de Marcello Mastroianni encore plus compliquée. Comment choisir entre Anouck Aimée, Anita Ekberg et Yvonne Furneaux ? Marcello, le jeune paparazzi à l’esprit libre, se sent étouffé par la femme qui l’aime. Si bien qu’à force de chercher ailleurs, ce libertin se retrouve seul. À travers la succession d’une dizaine de séquences apparemment décousues (le scénario de la vie de Marcello est découpé en un prologue, sept épisodes principaux interrompus par un intermède, et un épilogue), Fellini nous montre que quand on a tout, on n’a rien. Son film illustre la désillusion sans fin. Et par la beauté des images, le désespoir devient sublime.
À la première vision, la longueur du film empêche le spectateur de percevoir l’articulation structurée des différentes séquences. Chaque épisode offre à Marcello une direction à explorer. Mais tous ses choix aboutissent vers une seule voie. Une voie sans issue. Si bien que du début jusqu’à la fin du film, il reste désespérément seul. Comme tout héros chez Fellini.
Voir Venise... nous plonge en plein carnaval, dans le somptueux Palazzo Erizzo, le long du Grand Canal. Toutes les femmes sont d’une vulgarité effarante. Si l’on retrouve l’aristocratie friquée et débauchée du monde fellinien, ici l’orgie tourne au vinaigre. Les drogues de synthèse prennent rapidement le dessus. Et les ébats des convives finissent en un tragique bain de sang. La violence des scènes léthales rend le désespoir de cette jeunesse désabusée plus qu’insupportable.
De simple spectatrice, une famille de classe moyenne, qui a remporté un voyage à Venise, va devenir actrice d’un horrible massacre. La drogue Flakka, joliment surnommée « Sels de bain », existe vraiment. Ses effets surpassent de loin ceux de toutes les drogues de type méthamphétamine. Mille fois supérieure à la cocaïne, sa jumelle, cette drogue de synthèse provoque une euphorie incontrôlée, rapidement dépassée par des hallucinations, des crises de paranoïa, une agressivité sans limite, et elle décuple la force physique. Elle est la cause de nombreuses crises psychotiques graves, d’accidents mortels, de suicides et de meurtres. Si bien que du début jusqu’à la fin, chaque personne ayant survécu à cette drogue reste désespérément seule. C’est le triste sort réservé aux antihéros dans le monde de Destremau.
Ghostfather nous emmène derrière la scène du rock et de la pop. Calatraba démarre ainsi son très bel opus :
Le bluesman Robert Johnson serait mort d’avoir bu du whisky à la strychnine, offert par un mari jaloux ; ou de la syphilis ; ou d’une pneumonie. On ne sait pas. Ce dont on est sûr, c’est qu’il a rejoint l’autre monde à ses vingt-sept ans.
Brian Jones, vingt-sept ans, cofondateur des Stones, a succombé dans sa piscine à un cocktail composé de somnifères, d’alcool et de mauvaises fréquentations.
Alan Wilson, le guitariste et chanteur du groupe Canned Heat, a été retrouvé dans son sac de couchage, victime d’une overdose. Son âge ? Vingt-sept ans.
Jimi Hendrix et Janis Joplin ont également décédé à vingt-sept ans d’une overdose.
Jim Morrison serait mort d’une crise cardiaque. Malgré son CV et ses vingt-sept ans, la police n’a pas ordonné d’autopsie.
Kurt Cobain s’est tué à vingt-sept ans avec un fusil. Près de lui, on a retrouvé une lettre adressée à son ami imaginaire.
Le 23 juillet 2011, Amy Winehouse, vingt-sept ans, a succombé à une surdose d’alcool.
Dans ce roman, nous voyageons de Paris à Londres. À la manière fellinienne, au travers d’un dédale de séquences et de postes d’observation. De véritables points de vue divergents qui convergent vers la solitude de l’égo. Tantôt par le regard perdu d’une guitare électrique Fender Stratocaster. Tantôt sous les yeux amoureux d’Isabelle, une jolie chanteuse à la voix sensuelle et au phrasé unique. Ou encore avec les notes de Clément, ce jeune compositeur virtuose qui va bientôt fêter ses vingt-sept ans. Sans oublier l’éclairage de sa maman qui l’adore. Et enfin, à travers les prunelles froides de Derek, une pop star sur le retour, un père fantôme que notre héros, admiratif malgré lui, pourrait aussi bien devenir. Le désespoir, même chanté, demeure.
Qui a dit que la vie était douce ?
Pour rendre hommage à Jean-Marie Gleize, disparu le 12 mars dernier, il nous a paru judicieux de rapprocher deux analyses, l’une publiée en 1995 dans La Quinzaine littérairesur Le principe de nudité intégrale. Manifestes, l’autre sur TRNC, dernier livre paru de son vivant.

Irlande, années 1980. Élevée dans l’extrême pauvreté par des parents toxicomanes, Katriona O’Sullivan a fait vaciller les probabilités : après des études supérieures, elle enseigne aujourd’hui à l’université. Dans Pauvre, son premier récit, elle nous fait partager les traumatismes et les legs de son enfance.

6 octobre 1973, Paris, jour de Kippour : une enfant comprend confusément qu’une guerre vient d’éclater. Cette petite fille, c’est Agnès Desarthe, âgée d’à peine huit ans. À la genèse de son nouvel opus, Qui se ressemble, la chanson Enta Omri d’Oum Kalsoum.
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| Joyce Carol Oates (2020) © Jean-Luc Bertini |
Joyce Carol Oates est l’une des plus grandes conteuses états-uniennes contemporaines. Celle qui écrit à une vitesse lumineuse – plus de cent ouvrages à son actif – décrypte aussi tous les pans de la psyché humaine. Dans son dernier roman, Fox, elle nous plonge dans la tête d’un pédocriminel. Mécanique, et dérangeant.

The Mastermind, film écrit et réalisé par Kelly Reichardt, se déroule dans le Massachusetts en 1970. Un menuisier au chômage décide de réaliser un vol d’œuvres d’art dans le musée de sa ville. Un vrai-faux film de casse, avec, dans le rôle principal, un Josh O’Connor aussi lâche qu’envoûtant.

Engagée volontaire pour défendre son pays contre l’envahisseur russe, Yaryna Chornohuz se bat pour libérer l’Ukraine. Caporal-chef des Forces armées, pilote de drone, médecin de guerre, elle a reçu, en 2024, le prix Taras Chevtchenko, la plus haute récompense littéraire ukrainienne, pour son recueil de poésie C’est ainsi que nous demeurons libres.

Bleue comme la rivière, de Louise Browaeys, est un livre de l’eau, après La reverdie, le livre du vert. Deux volumes qui suivent une couleur, mais peuvent se lire indépendamment. Deux volumes qui ne sont ni programmatiques ni historiques, mais noués de phrases tendres, franches et nerveuses. Si le livre vert « conduisait en état d’ivresse jusqu’au mariage », le livre bleu raconte ce qui survient ensuite, dans l’angle mort d’une littérature féminine encore peu éditée, et très précieuse. Car, à quoi ressemble l’amour après cinq ans de vie commune ?