Novembre 24, 2021
Article publié dans le numéro de novembre 2021 de France-Amérique.





Article publié dans le numéro de novembre 2021 de France-Amérique.
Sous le regard du basketteur français Evan Fournier, l'emblématique gratte-ciel new-yorkais, l'Empire State Building, s'est allumé aux couleurs de la France lundi 29 novembre au soir pour honorer Joséphine Baker, à la veille de l'entrée au Panthéon de l'artiste noire née aux États-Unis. Dès la tombée de la nuit et pour toute la soirée, la partie supérieure et la pointe de cet immeuble art déco de 102 étages ont scintillé de bleu, blanc et rouge, «en hommage à l'artiste et icône des droits civils Joséphine Baker, première femme noire intronisée au Panthéon», selon le compte Twitter du légendaire édifice de Manhattan.
Au 86e étage, face aux lumières de la ville, l'arrière français des New York Knicks, Evan Fournier, a rendu hommage au «courage» de celle qui fut une héroïne de la Résistance et une militante antiraciste chevronnée. «Quand on regarde ce qui s'est passé l'année dernière ou il y a deux ans», lorsque des manifestations massives avaient secoué les États-Unis après la mort de l'Afro-Américain George Floyd, «elle était en avance sur son temps», a salué le basketteur, qui participait à la cérémonie avec l'un des acteurs de la série Emily in Paris, le Français William Abadie, et le consul général de France à New York, Jérémie Robert.
Présent aussi, Jari Bouillon-Baker, l'un des douze enfants adoptés aux quatre coins du monde par la vedette franco-américaine pour affirmer son attachement à l'universalisme, sa «tribu arc-en-ciel». Aujourd'hui âgé de 68 ans, résident new-yorkais, l'homme a surtout voulu rendre hommage à «notre maman» et à «l'amour qu'elle avait pour nous». Née dans une famille pauvre aux États-Unis, à Saint-Louis (Missouri), Joséphine Baker avait tenté de percer à New York, avant de choisir Paris et la France, devenue sa patrie d'adoption.
De retour aux États-Unis, elle subissait encore la ségrégation qui frappait les personnes noires, comme lorsque des hôtels new-yorkais refusaient de la loger en 1948, ou encore lorsqu'elle avait forcé un club huppé de Miami Beach, le Copa City, à ouvrir ses portes aux Afro-Américains sous peine de ne pas s'y produire. À New York, le restaurant «Chez Joséphine», fondé par celui qui fut considéré comme son treizième enfant adopté, Jean-Claude Baker, lui rend toujours hommage.
Huit ans qu'il bataillait pour la voir entrer au Panthéon. Régis Debray compte parmi les plus fervents promoteurs de l'idée et celle-ci se réalise ce 30 novembre 2021. Bien aidé par les près de 40.000 signatures apposées au bas d'une pétition lancée par l'essayiste Laurent Kupferman et intitulée «Osez Joséphine», Joséphine Baker entre au Panthéon ce mardi. En juin, Régis Debray affirmait encore au micro de France Culture qu'«Joséphine Baker mérite les honneurs du Panthéon, elle est à la hauteur d'une héroïne». «Je crois que la France s'honorerait à la panthéoniser. (...)Je pense à la militante de l'humanité, mais aussi à la militante de l'héroïsme français», poursuivait-il.
L'écrivain s'enthousiasmait aussi sur l'aspect inédit d'une telle nomination. Celle de la première femme noire au Panthéon, et d'une artiste d'un genre nouveau. «Nous devons saluer une irrégulière qui est rentrée dans la légende. C'est faire entrer la danse, le rythme, le jazz, au Panthéon. Nous ferons honneur à ce qu'il y a de plus singulier et de plus dynamique», expliquait alors Régis Debray.
Des Folies-Bergère au suprême sanctuaire ? De la ceinture de bananes à la couronne de lauriers ? Profanation ! Le Front national accusera. Le burgrave gémira. La vertu hoquettera.
Le 22 août, le président Macron annonçait officiellement la panthéonisation de Joséphine Baker. La fin de plusieurs années de bataille médiatique pour Régis Debray. C'est lui qui avait pour la première fois évoqué le nom de la chanteuse et danseuse, dans une tribune publiée dans Le Monde en décembre 2013. «Des Folies-Bergère au suprême sanctuaire ? De la ceinture de bananes à la couronne de lauriers ? Profanation ! Le Front national accusera. Le burgrave gémira. La vertu hoquettera. Si le kitsch consiste, comme le dit Kundera, à “se regarder dans le miroir du mensonge embellissant et s'y reconnaître avec une satisfaction émue”, rien ne serait plus dépaysant, moins hypocrite et narcissique, que de hisser cette Américaine naturalisée en 1937, libertaire et gaulliste, croix de guerre et médaille de la Résistance, au cœur de la nation. Elle est à hauteur d'homme», plaidait alors le philosophe.
L'écrivain y voyait aussi l'occasion de dépoussiérer l'image du Panthéon, et d'honorer une héroïne quelque peu oubliée. «Voir reposer côte à côte la chair et la science, la fantasque et le supplicié, Orphée et Jean Moulin, ne serait pas la pire façon de faire remonter de la vie au sommet de la colline, de fermer les portes de la guerre et d'accorder la République aux temps nouveaux, polyphoniques, frondeurs et bon enfant.»
LE FIGARO![]() |
| L'artiste franco-américaine, meneuse de revue et militante antiraciste, «entrera» le 30 novembre dans le mausolée républicain. - |
L'artiste sera la première femme noire à être ainsi honorée par la République avec l'installation d'un cénotaphe le 30 novembre.
Par Le Figaro avec AFP
Publié le 19/11/2021 à 11:56
Le Panthéon à Paris ouvrira gratuitement ses portes au grand public les 4 et 5 décembre à l'occasion de l'entrée dans ses murs de Joséphine Baker, a annoncé vendredi le Centre des monuments nationaux (CMN). L'artiste franco-américaine, meneuse de revue et militante antiraciste, née en 1906, «entrera» le 30 novembre dans le mausolée républicain dédié aux personnages ayant marqué l'Histoire de France.
Elle sera la première femme noire à y être honorée et la sixième femme seulement, Simone Veil ayant été la dernière à y faire son entrée en 2018. Cette «entrée» féminine se concrétisera par un cénotaphe (une statue ou plaque funéraire sans le corps du défunt, NDLR). Son corps restera à Monaco où elle est enterrée depuis 1975, date de son décès, au cimetière marin. «Afin de préparer la cérémonie, le Panthéon sera fermé du lundi 22 novembre au vendredi 3 décembre inclus», précise le CMN, dans un communiqué.