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jeudi 16 décembre 2021

Le château des Milandes, le troisième amour de Joséphine Baker



Le château des Milandes, 

le troisième amour de Joséphine Baker 


Elle aimait déjà son pays et Paris ; elle tombera amoureuse du château des Milandes, en Dordogne. Dans cette bâtisse, qui accueille aujourd’hui un musée en sa mémoire, Joséphine Baker – qui sera panthéonisée le 30 novembre – vivra pendant plus de trente ans et élèvera les douze enfants adoptifs de sa « tribu arc-en-ciel ».
Par Gabriel Bertrand
Novembre 24, 2021

L’arrivée au château, dans le Périgord noir, inspire une drôle d’impression. Le petit matin n’a pas encore dissipé les nappes de brume qui enveloppent les hautes tours de cette architecture de style Renaissance et gothique datée du XVe siècle. Les gargouilles nous observent de leurs yeux moqueurs et de la volière, située aux pieds du château, s’échappent les hululements lugubres des hiboux grands-ducs. Soudain, le soleil et le vent se lèvent et chassent ce brouillard de campagne, découvrant une vue splendide sur la vallée de la Dordogne. Les fenêtres s’ouvrent et l’on entend un enregistrement de la voix veloutée de Joséphine Baker, chantant ses deux amours. Elle semble nous dire : « Entrez et soyez les bienvenus ! »




En 1936, Joséphine Baker, superstar du music-hall en France, achève une tournée d’un an aux Etats-Unis. a bord du Normandie, le célèbre paquebot de luxe qui la ramène dans son pays d’adoption, elle rencontre les anciens propriétaires des Milandes. Elle visite et tombe instantanément amoureuse de ce château et, souhaitant s’éloigner du tumulte parisien, en fait l’acquisition un an plus tard. Elle passera trente-deux ans dans ce lieu qu’elle surnomme « le château de la Belle au Bois dormant » puis « le village du monde ».

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Joséphine Baker au château des Milandes, en 1964. © Keystone-France/Gamma-Rapho
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Joséphine Baker avec son quatrième mari, le meneur d’orchestre français Jo Bouillon, et leurs enfants adoptés.


Costumes de scène et archives personnelles


La propriété propose aujourd’hui plusieurs activités : spectacle de rapaces, atelier d’ornithologie, balade dans le jardin orné de magnolias à grandes fleurs… Mais c’est bien le musée consacré à Joséphine Baker qui attire les visiteurs. Dans chacune des pièces du château, on découvre un nouvel aspect de sa personnalité. La visite démarre avec sa facette la plus connue : l’artiste sensuelle et subversive qui faisait swinger son pagne de bananes au rythme du charleston dans la Revue nègre à Paris. Cette fameuse ceinture (« le costume le plus célèbre du show-business », selon le panneau descriptif) est là, comme une relique dans sa vitrine. Les tenues suivantes racontent les Années folles de Joséphine Baker. On s’extasie devant cette courte robe blanche à bretelles, ornée de pétales de tulle blanc, à la vue de ce diadème à plumes de paon ou devant ce kimono en taffetas de soie rouge corail. Sans oublier les nombreux objets qui témoignent de l’engouement pour « la perle noire» : coupures de presse, affiches de spectacles et produits dérivés («le Bakerskin, lotion qui brunit la peau ! »).

Que serait une richissime star sans une extravagante salle de bains ? Joséphine Baker a voulu la sienne à l’image de la boîte de son parfum préféré : Arpège de Lanvin. Plafond peint à la feuille d’or, mosaïque en pâte de verre de Murano, robinetterie en plaqué or. Dessinée et conçue en 1950, la salle de bains reprend les lignes du mouvement Art déco, si cher à l’artiste. Déjà, l’on pressent la ruine à venir : mauvaise gestionnaire et trop généreuse, elle aurait payé trois fois les artisans peu scrupuleux. Nous voici maintenant dans la salle de la Résistance, sous une imposante charpente de chêne qui remonte au XVe siècle. Au fil des archives exposées, on découvre l’implication de Joséphine Baker aux côtés des Alliés lors de la Seconde Guerre mondiale. Loin d’être une simple résistante d’opérette, dès 1940, elle cache dans les caves de son château des armes pour les maquisards périgourdins.

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La salle à manger du château. © Jac'Phot/Château des Milandes
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La chambre d’Akio Bouillon, le fils aîné de Joséphine Baker. © Jean-Michel Le Saux/Château des Milandes
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Joséphine Baker et sa « tribu arc-en-ciel » dans la cuisine du château, en 1964. © Keystone-France/Gamma-Rapho

Mère d’une « tribu arc-en-ciel »

Derrière la danseuse, la résistante et la militante antiraciste, il y a une mère aimante. C’est ce que l’on découvre dans les chambres de ses enfants. Après plusieurs fausses couches et souhaitant prouver au monde qu’il n’existe qu’une seule race, la race humaine, elle adopte avec son mari, le Français Jo Bouillon, douze enfants de nationalités et de religions différentes. C’est l’aspect le moins connu de sa vie. Des photographies d’époque nous plongent dans l’intimité de cette famille insolite et montrent l’amour de Joséphine Baker. On la disait proche des paysans du coin, aimant s’occuper de son potager et de ses enfants, attentive à leur éducation. Pour les conduire à l’école publique, elle crée un service de ramassage scolaire, dont elle fait bénéficier tous les enfants de la vallée. Chaque membre de la tribu a aussi un précepteur qui l’instruit sur la culture de son pays d’origine.

La grande cuisine du château, capable d’accueillir dix-huit personnes à table, raconte la triste fin des Milandes : la ruine, la dissolution de la famille «arc-en-ciel » et la longue bataille juridique pour la garde des enfants et enfin la mise aux enchères du domaine, vendu pour une fraction de sa valeur. Une large photo montre Joséphine Baker expulsée en 1969, assise sur les marches du perron, refusant obstinément de quitter sa demeure. C’est la seule image sur laquelle on ne la voit pas sourire.



Article publié dans le numéro de novembre 2021 de France-Amérique.

GABRIEL BERTRAND

Après des études supérieures en journalisme à Montréal et une licence en journalisme à Paris, Gabriel Bertrand est basé dans la capitale française. Passionné de terrain, il sillonne la France qu'il raconte dans une série de voyages illustrés à l'aquarelle. Il anime aussi la rubrique FrenchFluencers consacrée aux Instagrameurs américains installés en France.
FRANCE-AMÉRIQUE




jeudi 9 décembre 2021

À New York, l'Empire State Building s'allume pour Joséphine Baker

 

Joséphine Baker

À New York, l'Empire State Building s'allume pour Joséphine Baker

Sous le regard du basketteur français Evan Fournier, l'emblématique gratte-ciel new-yorkais, l'Empire State Building, s'est allumé aux couleurs de la France lundi 29 novembre au soir pour honorer Joséphine Baker, à la veille de l'entrée au Panthéon de l'artiste noire née aux États-Unis. Dès la tombée de la nuit et pour toute la soirée, la partie supérieure et la pointe de cet immeuble art déco de 102 étages ont scintillé de bleu, blanc et rouge, «en hommage à l'artiste et icône des droits civils Joséphine Baker, première femme noire intronisée au Panthéon», selon le compte Twitter du légendaire édifice de Manhattan.

Au 86e étage, face aux lumières de la ville, l'arrière français des New York Knicks, Evan Fournier, a rendu hommage au «courage» de celle qui fut une héroïne de la Résistance et une militante antiraciste chevronnée. «Quand on regarde ce qui s'est passé l'année dernière ou il y a deux ans», lorsque des manifestations massives avaient secoué les États-Unis après la mort de l'Afro-Américain George Floyd, «elle était en avance sur son temps», a salué le basketteur, qui participait à la cérémonie avec l'un des acteurs de la série Emily in Paris, le Français William Abadie, et le consul général de France à New York, Jérémie Robert.

Présent aussi, Jari Bouillon-Baker, l'un des douze enfants adoptés aux quatre coins du monde par la vedette franco-américaine pour affirmer son attachement à l'universalisme, sa «tribu arc-en-ciel». Aujourd'hui âgé de 68 ans, résident new-yorkais, l'homme a surtout voulu rendre hommage à «notre maman» et à «l'amour qu'elle avait pour nous». Née dans une famille pauvre aux États-Unis, à Saint-Louis (Missouri), Joséphine Baker avait tenté de percer à New York, avant de choisir Paris et la France, devenue sa patrie d'adoption.

De retour aux États-Unis, elle subissait encore la ségrégation qui frappait les personnes noires, comme lorsque des hôtels new-yorkais refusaient de la loger en 1948, ou encore lorsqu'elle avait forcé un club huppé de Miami Beach, le Copa City, à ouvrir ses portes aux Afro-Américains sous peine de ne pas s'y produire. À New York, le restaurant «Chez Joséphine», fondé par celui qui fut considéré comme son treizième enfant adopté, Jean-Claude Baker, lui rend toujours hommage.

LE FIGARO


lundi 6 décembre 2021

«Joséphine Baker est à la hauteur d'une héroïne» / L'autre combat de Régis Debray

 

«Nous devons saluer une irrégulière qui est rentrée dans la légende. C'est faire entrer la danse, le rythme, le jazz, au Panthéon. Nous ferons honneur à ce qu'il y a de plus singulier et de plus dynamique», estime Régis Debray. 


«Joséphine Baker est à la hauteur d'une héroïne» : l'autre combat de Régis Debray

Huit ans qu'il bataillait pour la voir entrer au Panthéon. Régis Debray compte parmi les plus fervents promoteurs de l'idée et celle-ci se réalise ce 30 novembre 2021. Bien aidé par les près de 40.000 signatures apposées au bas d'une pétition lancée par l'essayiste Laurent Kupferman et intitulée «Osez Joséphine», Joséphine Baker entre au Panthéon ce mardi. En juin, Régis Debray affirmait encore au micro de France Culture qu'«Joséphine Baker mérite les honneurs du Panthéon, elle est à la hauteur d'une héroïne». «Je crois que la France s'honorerait à la panthéoniser. (...)Je pense à la militante de l'humanité, mais aussi à la militante de l'héroïsme français», poursuivait-il.


L'écrivain s'enthousiasmait aussi sur l'aspect inédit d'une telle nomination. Celle de la première femme noire au Panthéon, et d'une artiste d'un genre nouveau. «Nous devons saluer une irrégulière qui est rentrée dans la légende. C'est faire entrer la danse, le rythme, le jazz, au Panthéon. Nous ferons honneur à ce qu'il y a de plus singulier et de plus dynamique», expliquait alors Régis Debray.

Des Folies-Bergère au suprême sanctuaire ? De la ceinture de bananes à la couronne de lauriers ? Profanation ! Le Front national accusera. Le burgrave gémira. La vertu hoquettera.

Le 22 août, le président Macron annonçait officiellement la panthéonisation de Joséphine Baker. La fin de plusieurs années de bataille médiatique pour Régis Debray. C'est lui qui avait pour la première fois évoqué le nom de la chanteuse et danseuse, dans une tribune publiée dans Le Monde en décembre 2013. «Des Folies-Bergère au suprême sanctuaire ? De la ceinture de bananes à la couronne de lauriers ? Profanation ! Le Front national accusera. Le burgrave gémira. La vertu hoquettera. Si le kitsch consiste, comme le dit Kundera, à “se regarder dans le miroir du mensonge embellissant et s'y reconnaître avec une satisfaction émue”, rien ne serait plus dépaysant, moins hypocrite et narcissique, que de hisser cette Américaine naturalisée en 1937, libertaire et gaulliste, croix de guerre et médaille de la Résistance, au cœur de la nation. Elle est à hauteur d'homme», plaidait alors le philosophe.

L'écrivain y voyait aussi l'occasion de dépoussiérer l'image du Panthéon, et d'honorer une héroïne quelque peu oubliée. «Voir reposer côte à côte la chair et la science, la fantasque et le supplicié, Orphée et Jean Moulin, ne serait pas la pire façon de faire remonter de la vie au sommet de la colline, de fermer les portes de la guerre et d'accorder la République aux temps nouveaux, polyphoniques, frondeurs et bon enfant.»

LE FIGARO

dimanche 5 décembre 2021

Joséphine Baker / Ouverture gratuite du Panthéon les 4 et 5 décembre

L'artiste franco-américaine, meneuse de revue et militante antiraciste,
«entrera» le 30 novembre dans le mausolée républicain.
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Joséphine Baker: ouverture gratuite du Panthéon les 4 et 5 décembre



Par Le Figaro avec AFP
Publié le 19/11/2021 à 11:56

Le Panthéon à Paris ouvrira gratuitement ses portes au grand public les 4 et 5 décembre à l'occasion de l'entrée dans ses murs de Joséphine Baker, a annoncé vendredi le Centre des monuments nationaux (CMN). L'artiste franco-américaine, meneuse de revue et militante antiraciste, née en 1906, «entrera» le 30 novembre dans le mausolée républicain dédié aux personnages ayant marqué l'Histoire de France.

Elle sera la première femme noire à y être honorée et la sixième femme seulement, Simone Veil ayant été la dernière à y faire son entrée en 2018. Cette «entrée» féminine se concrétisera par un cénotaphe (une statue ou plaque funéraire sans le corps du défunt, NDLR). Son corps restera à Monaco où elle est enterrée depuis 1975, date de son décès, au cimetière marin. «Afin de préparer la cérémonie, le Panthéon sera fermé du lundi 22 novembre au vendredi 3 décembre inclus», précise le CMN, dans un communiqué.


LE FIGARO





mercredi 27 octobre 2021

Les Mémoires de Joséphine Baker

Les Mémoires de Joséphine BAKER illustrées par Paul COLIN

Les Mémoires de Joséphine BAKER illustrées par Paul COLIN

Par Bruno Leclercq
Les Mémoires de Joséphine Baker. Recueillis et adaptés par Marcel Sauvage, avec 30 dessins Paul Colin. Kra, 1927.
Marcel Sauvage découvre le spectacle de la Revue nègre par un article de Pierre de Régnier, dans Candide, il en donne de larges extraits, qui nous permettent de goûter un peu de la folie des fameuses Roaring Twenties, et de la stupéfaction du journaliste devant ce spectacle révolutionnaire.

dimanche 26 février 2017

Biographie / Joséphine Baker



Joséphine Baker

Par Sébastien Michel

Jacques Pessis nous conte le merveilleux destin de cette cendrillon créole qu'est Joséphine Baker. Cette fille de blanchisseuse noire naît en 1906 à Saint Louis. Elle a contre mauvaise fortune le spectacle en adoration et dés sa plus tendre enfance, Miss Baker adore se mettre en scène...

A 13 ans, elle quitte tout pour suivre son rêve au cours d'une tournée pendant laquelle, sous le nom de Tumpie, la danseuse révèle son talent et son comique. C'est le début d'une ascnsion fulgurante : en 1924, elle fait son entrée à Broadway, en 1925 l'étoile montante est à Paris, vedette de la Revue Nègre et l'année suivante, elle est le meneuse de Revue des Folies Bergères. La pinkie incarne à elle seule les années folles et son image fait bientôt le tour du monde au cours d'une tournée qui déclenche tout à la fois le scandale et la gloire. La femme aux deux amours n'a pas seulement distrait les foules avec ses plumes, son rythme, ses mimiques et ses bananes en ceinturon, au cours de spectacles désormais mythiques, elle a aussi fait bouger les esprits et prouver maintes fois son grand coeur. A Cuba, elle s'improvise Joséphina, militante de la fraternité humaine et s'investit dans le combat contre le racisme. Preuve en est de son engagement : elle adopte douze enfants de multiples origines. Cette femme, amoureuse d'une France libre, chante sur la ligne Maginot en 1939 et s'engage dans les services de renseigement des Forces françaises. Elle traverse ainsi le siècle avec une incroyable fougue, se relevant à chaque fois dignement de ses souffrances, et fêtera ses cinquante ans de carrière à Paris en 1975. Un destin époustouflant à lire d'une trotte comme un roman qui vous entraînera derrière une étoile créole aux quatre coins du monde et de l'art de notre siècle.

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