Affichage des articles dont le libellé est Écrivain italien. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Écrivain italien. Afficher tous les articles

mardi 25 mars 2025

Roberto Saviano / Giovanni Falcone / Seul le courage…

 



Roberto Saviano,  Giovanni Falcone,
Roberto Saviano © Jean-Luc Bertini

Seul le courage…

par Claude Grimal
25 mars 2025
Numéro 217

Le 23 mai 1992, le juge Giovanni Falcone, son épouse et trois de leurs gardes du corps périrent sur l’A29 près de Palerme dans l’explosion de leurs voitures : 500 kg de TNT avaient été placés dans un tunnel d’évacuation des eaux situé sous l’autoroute. L’attentat, signé Cosa nostra, fut un tournant dans les guerres que menait alors la mafia contre quiconque s’avisait de se mêler de ses affaires. C’est cette histoire et celle de ses différents protagonistes que raconte Roberto Saviano dans Giovanni Falcone, livre qui est à la fois un document et un roman. 



 

Roberto Saviano | Giovanni Falcone. Trad. de l’italien par Laura Brignon. Gallimard, coll. « Du monde entier », 608 p., 25 € 

 

Saviano sait de quoi il parle. Il est l’un des grands spécialistes du crime organisé italien (il y a consacré de nombreuses études, dont le célèbre Gomorra, Gallimard, 2007). Il est aussi l’une de ses cibles et vit sous protection policière depuis 2006 ; il ne peut donc qu’être fasciné par le juge Giovanni Falcone, suivant un schéma d’identification qui, hélas, n’est pas que le fruit de son imagination.   
Saviano raconte ainsi la lutte contre la mafia et la guerre des clans entre eux, telles qu’elles se déroulèrent pendant les décennies 1970, 1980 et 1990 en Sicile, et s’interroge en même temps sur la personnalité de ce magistrat sicilien qui mena le combat antimafia malgré la solitude, la peur, les menaces, les attaques de la presse, l’absence presque totale de soutien de sa hiérarchie, de ses collègues et des politiques. L’accès imaginaire à son « espace intime » et à sa vie de tous les jours, principale stratégie romanesque du livre effectuée à partir de documents, conduit à un portrait intrigant de cet homme ordinaire et extraordinaire.  
Le juge Falcone n’est cependant pas le seul à être mis en scène : des magistrats, policiers, politiques également engagés dans ce combat où ils perdirent la vie apparaissent aussi : Cesare Terranova, Rocco Chinnici, Gaetano Costa (« un homme dont on ne pouvait rien acheter sauf la mort »), Boris Giuliano, le général Carlo Alberto dalla Chiesa, Ninni Cassarà, Paolo Borsellino ami de Falcone… Des êtres d’une grande bravoure, à la place sociale élevée ou modeste qu’ils occupaient… tandis que, tant aux échelons supérieurs qu’inférieurs, ils furent nombreux à se défiler quand le devoir de leur fonction les appelait. 
Mais le livre ne veut pas seulement rendre hommage à des hommes courageux, il veut montrer que cette lutte contre le crime organisé fut une affaire collective qui s’inventa au fil des années. Chacun dans les rangs des anti-mafieux avait accepté le fait qu’il « devait faire un petit bout de chemin, puis passer ses informations à un autre avant d’aller retrouver son Créateur ». C’est dans cette perspective d’ailleurs que Rocco Chinnicci, chef du Bureau d’instruction de Palerme, mort ensuite dans un attentat à la voiture piégée, organisa le premier « pool » antimafia dont Falcone et Borsellino faisaient partie. Un « pool » de braves parmi les braves car, comme le remarque laconiquement Saviano : « Au moment d’accepter un travail, certains calculent le nombre de kilomètres entre le bureau et la maison, et d’autres calculent le nombre de morts qui les ont précédés. Et dans chaque fauteuil ne s’assied qu’un homme suffisamment patient et scrupuleux pour balayer les cadavres qui s’y sont assis avant lui. » Et Falcone possédait bien toutes les qualités que ce travail demandait.  
Saviano, pour le présenter en humain faillible et déterminé aux prises avec son temps, a choisi d’écrire un livre hybride qui associe fidélité à la réalité des faits et complexité de l’émotion. Si l’histoire est bien sûr « vraie » (une annexe présente les références des abondantes sources qu’il a consultées), c’est la fiction qui restitue le mieux l’atmosphère de cette époque plongée dans l’effroi. 
En amateur des mouvements de l’âme, le lecteur suit les tourments et les joies des personnages ; en amateur d’investigation historique, il suit le dévoilement de la mécanique du système criminel organisé. Il découvre, avec les enquêteurs et les juges, les liens des familles mafieuses entre elles, leur pénétration dans les différentes strates de l’État et de la société, les pistes financières, les ramifications à l’étranger, les rites et les codes, les prête-noms…  Il assiste à la difficile élaboration d’une législation ad hoc : délit « d’association mafieuse » (seul existait celui « d’association de malfaiteurs »), statut de collaborateur de justice (« repenti », dans le langage courant), mise à l’isolement carcéral des chefs de clans, confiscation des biens mafieux… lesquels permettront d’instruire des dossiers et d’obtenir de formidables victoires pénales. Des victoires provisoires, toutefois, comme le maxi-procès de Palerme de 1986-1987 avec ses 475 accusés, ses 19 condamnations à perpétuité et ses milliers d’années de réclusion, un procès dont Falcone, avec Borsellino, fut l’instigateur.  
Mais Cosa nostra, la Camorra, la ‘Ndrangheta, la Sacra Corana… semblent avoir encore de beaux jours devant elles. Pourtant, avec un détachement surhumain, Falcone aimait à répéter : « La mafia est un phénomène humain et, en tant que tel, elle a eu un début, elle a une évolution et elle aura donc aussi une fin ». Certes, mais, comme le dit le titre italien du livre, « Solo è il coraggio » (« Seul est le courage ») ; une phrase qui peut se réécrire de manière plus énigmatique, ouverte et combative par « Solo il coraggio… » (« Seul le courage… »). Giovanni Falcone aurait été d’accord.


EN ATTENDANT NADEAU




lundi 11 avril 2022

Roberto Saviano / La Beauté et l’Enfer

 


Roberto Saviano : La Beauté et l’Enfer


Katalin
6 mai 2018

Après la parution de son livre Gomorra, en 2006, le journaliste d’investigation Roberto Saviano vit menacé de mort par la Mafia et sous protection permanente. Exil, solitude, menaces, mais aussi reconnaissance mondiale, celui qui « dérange » jusqu’à Berlusconi et qui a brisé l’omerta napolitaine a accepté son sort et décidé de remercier ses lecteurs en leur dédiant un chef d’œuvre. La pépite, parue en 2010, s’intitule « La Beauté et l’Enfer ». Elle est un recueil d’articles publiés entre 2004 et 2009 dans les journaux du monde entier et expose avec profondeur et émotion ce que sont, aux yeux de l’auteur, l’oppression et la résistance.

Beaucoup plus qu’un travail, écrire a coïncidé avec ma vie même. Ceux qui pensaient m’obliger au silence en me faisant vivre dans des conditions impossibles se sont trompés. Ce que j’avais à dire, je ne l’ai pas tu, je ne l’ai pas perdu. Mais ça été une vraie lutte, quotidienne, un corps à corps silencieux, comme un combat fantôme. Ecrire, ne pas me taire, c’était ne pas me perdre. Ne pas m’avouer vaincu. Ne pas désespérer.

Les lignes dépassent la forme journalistique. Elles rejoignent l’art total d’un roman : intenses, crues, poétiques, violentes, nécessaires. Pour Roberto Saviano, le monde est profondément noir et les mots doivent le changer, parce que, eux, ne s’endorment pas sur eux-mêmes, ni sur les serpents ni sur les oiseaux. Ils sont la conséquence de « voir » mais peuvent aussi en être la cause. Alors, l’auteur dévoile des cauchemars bien éveillés à un monde mal réveillé et s’en explique :

C’est ma question, comment cette terre se voit-elle, quelle représentation a-t-elle d’elle-même, quelle image ? Et vous, quelle image avez-vous de votre terre, de votre pays ? Comment vous sentez-vous quand vous allez au travail, quand vous vous promenez, quand vous faites l’amour ? Est-ce que vous vous posez au moins la question, ou vous suffit-il de dire : « ça a toujours été ainsi et ce sera toujours ainsi » Vous suffit-il vraiment de croire que rien de ce qui arrive ne dépend de votre engagement ou de votre indignation ? Que tout le monde, au fond, s’en sort, alors autant vivre son petit quotidien et voilà tout ? Cela vous suffit-il pour aller de l’avant ? Vous suffit-il de dire : « Je ne fais rien de mal, je suis quelqu’un d’honnête » pour vous sentir innocent ? Pour que ce que vous apprenez glisse sur votre peau et votre âme ?

Mais « Chacun ne grandit que s’il est rêvé » écrit Danilo Dolci. Et Roberto Saviano dresse, avec tendresse et ferveur, des portraits d’hommes et de femmes qu’il a croisé, de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, assassinée parce qu’elle dérangeait le pouvoir de Poutine, en passant par Myriam Makeba, qui a « enseigné la rage de la dignité », jusqu’à Michel Petrucciani. Dès lors, les lumières, ainsi décrites par Saviano, percent l’enfer. Plus rageuses encore que lui, elles dressent leurs poings désespérés entre chaque ligne. Au bout de chacune d’elle : la beauté.

Des gens sont incapables de comprendre le mécanisme de la beauté. La beauté ne tient pas seulement à la physionomie, à l’élégance, au rayonnement, au charme. C’est aussi la capacité de faire apparaître à l’extérieur ce qu’on est à l’intérieur. De ressembler à ce que l’on imagine, de montrer qui l’ont est vraiment. Chaque fois que je m’interroge sur la beauté, je pense à Michel Petrucciani.

Dans « La Beauté et l’Enfer », l’auteur reprends des forces et en donne également. Certes, le livre raconte comment la mafia est en train de pourrir un monde entier de l’intérieur et  balance même les noms parce que « “Les responsables ont des noms. Ils ont des visages. Peut-être même une âme. Ou peut-être pas », mais il parle surtout de ce qu’il faut en soi pour être dans cette démarche de « creuser » puis de « révéler ». Etre celui là qui a « encore ouvert sa grande gueule » et qu’on essaye de faire taire. A travers son histoire et celles de quelques autres, il parle de son métier et de ceux qui s’y consacrent avec une passion certaine pour les autres et pour la vie, qu’on n’écoute pas mais qu’on condamne tout de même à l’isolement, bien loin des médias de masse qui désinforment, eux, en toute sérénité.

Et c’est au nom de la force de la dénonciation, unie à la faiblesse de la personne humaine, qu’il faudra trouver les outils pour faire renaître un nouveau journalisme d’investigation, plus diffus et plus efficace. Pour ne pas contraindre à un combat héroïque et solitaire quelques journalistes locaux, que personne n’écoute.

Voilà. Il y a des livres dangereux, où des écritures sans compromis soulèvent des couvercles de silence et donnent à voir au monde ce qui grouille dans son ventre. Ceux qui écrivent ces livres là ont fouillé les mots et les faits avant de savoir ce qu’ils allaient en faire. Ils ont décidé de placer la vérité avant leur existence, jusqu’à ce que l’une et l’autre ne fasse plus qu’une. Et plus dangereux encore, ils sont lus. Avec eux, les vérités appartiennent à tout le monde. Ils dérangent l’ordre établi. Roberto Saviano est de cette trempe là. Et quand une plume vous rappelle à ce point ce qu’est le courage, la chose à faire en tant que lecteur, c’est de la lire.

Roberto Saviano
La Beauté et l’Enfer
Editions Robert Laffont, 2010
319 pages







UNDERNIERLIVRE



jeudi 11 mars 2021

Curzio Malaparte / Le Bal au Kremlin

 

Curzio Malaparte


Le Bal au Kremlin, Curzio Malaparte

Curzio Malaparte est , au moins, connu pour être l’auteur du chef-d’oeuvre Kaputt, 1944, qui relate son expérience de journaliste correspondant de guerre suivant les troupes allemandes sur le front russe. De père allemand et de mère toscane,   Kurt-Erich Suckert (1898-1957) son vrai nom  , fit de brillantes études qu’il interrompit pour se battre aux côtés des Français , malgré son jeune âge , 16 ans, en 1914. Suivra une carrière d’officier, décoré de La Croix de Guerre avec palme et interrompue après avoir été gazé au  tristement célèbre Chemin des Dames .

Le Bal au Kremlin n’est pas un roman puisque le narrateur est Malaparte. C’est un livre qui relate son séjour à Moscou sous le règne de Staline. Et , bien qu’inachevé il est de toute première importance par son sujet , le Moscou bolchévique et artistique, et par l’analyse critique et acerbe, avec cette pointe d’ironie cruelle, d’humour presque cynique, propre à l’auteur. Malaparte rencontre les plus prestigieux intellectuels du moments Boulgakov, Maïakovski, entre autres.

Les sept tableaux présentés sont impitoyables pour leurs acteurs, dépeints dans le style magistral de  l’auteur de La Peau . Comme le précise l’éditeur, si ce livre avait été publié, il aurait été attaqué de toutes parts. Les exactions dénoncées par Malaparte, dont la terreur que Staline fait régner sur chaque personne, les assassinats, les grands aristocrates réduits à la mendicité dans les rues de Moscou, la religion interdite, soulignent la décomposition de l’URSS en un régime totalitaire. Aucun intellectuel « marxiste français,( et ils furent nombreux !) ne peut se dédouaner d’avoir soutenu le communisme, par ignorance de ce qui se passait en URSS. Ils savaient car le témoignage de Malaparte n’est pas le seul. Ils se sont tus par lâcheté, cautionnant des millions de morts….

J’ai beaucoup aimé ce livre. Comme tous ceux de Malaparte que je considère comme un des plus grands écrivains italiens que sa lucidité, son expérience des terrains de guerre, sa connaissance des hommes , posent en moraliste. Les très belles pages sur la mort , la liberté, la religion, les références permanentes à l’art,  posent une réflexion spirituelle d’une grande profondeur.

Au sujet du suicide de Maïakovski:  » La beauté et l’intelligence sont des qualités contre-révolutionnaires dans une société marxiste. »

En évoquant les révolutions qui ne servent qu’à substituer une classe à une autre, toujours au détriment du peuple : » Ce qui avait changé, ce n’était point le joyau mais l’étui. »

C’est une lecture stimulante. Témoignage de première main , questions existentielles sur le pouvoir, la mort, mais toujours abordées avec légèreté, humour et ironie.

Enfin, et totalement hors-sujet, je voudrais évoquer la belle villa de Malaparte sur l’île de Capri qui fut construite en 1937 par l’architecte Adalberto Libera . C’est une réalisation qui s’intègre totalement au paysage et qui, personnellement me fait rêver. Elle servit, sert peut-être encore, à de nombreux décors de films.

UN BALCON EN FORÊT




lundi 8 mars 2021

Le Bal au Kremlin, de Malaparte / Aristocratie communiste décadente

 


Le Bal au Kremlin, 

de Curzio Malaparte: 

aristocratie communiste décadente

RUDY LE COURS
LA PRESSE
Publié le 3 janvier 2014 à 16h13 Mis à jour à 16h13


      
  •  

Écrivain toscan narcissique au style cruel et étincelant, aux idées baroques, outrancières et contradictoires, Malaparte a été correspondant et diplomate.


Cela lui a permis d'observer les grands de ce monde, depuis son point de vue grinçant, fascisant bien qu'antinazi. Ce roman inachevé, réédité pour une rare fois, s'ouvre sur une scène à grand déploiement qui décrit ce qu'il appelle l'aristocratie communiste décadente, au cours d'un bal offert par l'ambassade anglaise, à Moscou. Malaparte met en lumière avec mépris la vulgarité de cette nouvelle caste en comparaison avec la vraie aristocratie européenne, son goût du luxe et du toc. Il soutient aussi que le prolétariat russe n'a rien de révolutionnaire: il aimerait bien un retour à la société d'avant la révolution d'Octobre, survenue une douzaine d'années plus tôt, à condition qu'elle ne soit plus dirigée par les Romanov. Cette chronique romancée est prétexte à de longues digressions parfois confuses sur la mort d'un point de vue communiste, sur la poésie puisque Malaparte fréquentait Maïakovski à l'époque de son suicide, sur la nordicité aussi. Le tout est émaillé d'innombrables allusions à la peinture et à la littérature françaises qui témoignent de la grande érudition de l'auteur de La peau et de Kaputt, ces deux romans modèles d'une condamnation de la guerre.

__________________

Le Bal au Kremlin, de Curzio Malaparte

* * *

L'imaginaire Gallimard 178 pages

LA PRESSE






mercredi 30 octobre 2019

Paolo Giordano / Dévorer le ciel

Paolo Giordano

Dévorer le ciel


Dix ans après La Solitude des nombres premiers, un adieu à la jeunesse, un bouleversant roman d’amour et d’amitié.
Chaque été, Teresa passe ses vacances chez sa grand-mère, dans les Pouilles. Une nuit, elle voit par la fenêtre de sa chambre trois garçons se baigner nus dans la piscine de la villa. Ils s’appellent Nicola, Bern et Tommaso, ce sont « ceux de la ferme » d’à côté, jeunes, purs et vibrants de désirs.
Teresa l’ignore encore, mais cette rencontre va faire basculer sa vie en l’unissant à ces trois « frères » pour les vingt années à venir, entre amours et rivalités, aspirations et désillusions. Fascinée par Bern, personnage emblématique et tourmenté, viscéralement attaché à la terre somptueuse où il a grandi, elle n’hésitera pas, malgré l’opposition de sa famille, à épouser ses idéaux au sein d’une communauté fondée sur le respect de la nature et le refus du monde matérialiste, à l’image de la génération des années quatre-vingt-dix, tiraillée entre le besoin de transgression et la soif d’appartenance, mais entièrement tendue vers l’avenir, avide de tout, y compris du ciel.
Né en 1982 à Turin, Paolo Giordano est docteur en physique théorique. À l’âge de 26 ans, avec son premier roman, La Solitude des nombres premiers, il est le plus jeune auteur à obtenir le prestigieux prix Strega : deux millions d'exemplaires vendus, une trentaine de traductions dans le monde. Il confirme ensuite son talent dans Le Corps humain et Les Humeurs insolubles.
Nathalie Bauer a publié plusieurs romans et traduit plus de cent ouvrages italiens, dont des œuvres de Mario Soldati, Primo Levi, Natalia Ginzburg, Marcello Fois et Michela Murgia.
« Paolo Giordano possède une écriture attentive et sensible qui va au cœur des choses sans craindre de décrire un sentiment aussi universel que l’amour et qui fait de Dévorer le ciel un livre extraordinaire. »
Huffington Post
« Un écrivain qui n’a pas peur de partir à la recherche de l’absolu. Et qui nous pousse à regarder au-delà des apparences. »
Io Donna
« Une suite à la hauteur de La Solitude des nombres premiers. Giordano parvient à créer un groupe de personnages complexes qui marqueront profondément le lecteur. »
Trouw
« Une réflexion captivante sur les rêves utopiques. »
Frankfurter Allgemeine Zeitung




jeudi 25 juillet 2019

Noli me Tangere d’ Andrea Camilleri


NOLI ME TANGERE 

d’ Andrea Camilleri 

Traduction : Serge Quadruppani
19 juin 2018
On ne présente plus Camilleri, écrivain italien prolifique de romans policiers, romans noirs, romans historiques…  Il sait tout écrire, dans tous les styles et une fois de plus nous offre un véritable petit bijou, inspiré de la vie d’une de ses amies.
«Laura, belle et brillante épouse d’un grand écrivain, disparaît alors qu’elle était sur le point de finir son premier roman. Son mari s’inquiète, la presse s’emballe et toute une ribambelle d’amants en profitent pour dire tout le mal qu’ils pensent d’elle.
Mais Laura est-elle cette séductrice cruelle et sans cervelle, cette femme calculatrice et superficielle, ce monstre d’égoïsme que décrivent ses amants ? Ou bien un être tourmenté et absolu, avide de spiritualité, chroniquement affligé de crises de mélancolie, de ghibli, comme elle dit, qui l’obligent à se retrancher du monde et des hommes ? »
A la demande du mari qui souhaite la plus grande discrétion, le commissaire Maurizio enquête sur cette disparition qui défraye la chronique. Discret, subtil et ironique, il est vite intrigué par cette femme fascinante et bien décidé à mener cette enquête jusqu’au bout sans se soucier des thèses faciles avancées par sa hiérarchie ou la presse.
Andrea Camilleri construit son roman avec les éléments que l’enquêteur rassemble : témoignages, lettres, articles de journaux… autant d’éclairages différents et pour le moins contrastés sur Laura. Peu à peu, il dévoile la vie de Laura, dessine le portrait magnifique d’une femme en quête d’absolu qui ne peut se contenter de bonheurs communs et en très peu de pages, il réussit à nous captiver. On ne peut pas en dire vraiment plus sans en dire trop…
Un roman court mais fort.
Raccoon.


mardi 23 juillet 2019

Rencontre Andrea Camilleri, conteur hors pair de la Sicile


Andrea Camilleri

RENCONTRE Andrea Camilleri, 

conteur hors pair de la Sicile




  • LEBEDEL Pierre, 
  • le 15/04/1999 à 00:00 



  • Andrea Camilleri, ami de Leonardo Sciascia, a été découvert par le romancier français Serge Quadruppani, qui est devenu en même temps son traducteur. Cet écrivain sicilien, dont trois romans figurent parmi les six premiers au box-office du quotidien La Repubblica, a attendu l'âge de 57 ans pour écrire. « Je faisais trop de cinéma, de télévision et de radio. J'étais trop pris par ce métier et, pour bien l'exercer, il fallait s'y donner complètement », précise-t-il.
    Alors, un beau jour, il nous a entraînés dans une ville imaginaire, Vigata, pas trop éloignée de Palerme, avec un héros : le commissaire Montalbano, dont le nom est un clin d'oeil discret à l'écrivain catalan Vasquez Montalban. Avec stupéfaction, il s'est aperçu que son personnage avait un homonyme bien réel en la personne d'un policier, Salverio Montalbano, qui a mené des opérations contre la Mafia. « Lorsque les journalistes interrogeaient ce dernier, raconte Andrea Camilleri, il se mettait en colère et répondait : j'ai deux enfants et pas de droits d'auteur. » Et Camilleri de rétorquer : « Mais vous avez la reconnaissance de tous les Italiens pour ce tout ce que vous avez fait. »
    A travers deux de ses romans, La Forme de l'eau et Chien de faïences (1), il dresse un réquisitoire sévère contre la politique menée à l'égard de la Mafia, reprochant aux Américains d'avoir joué la carte de la « Pieuvre » entre 1942 et 1944, et d'avoir placé des hommes à elle dans 56 municipalités sur 68 dans la région de Palerme, détruisant par là même toutes les forces novatrices siciliennes. Il n'empêche que son héros ne s'en laisse pas compter. S'il glisse _ non sans humour _ sur les petits délits, il est sans pitié pour les truands de haut vol.
    Dans son troisième roman, L'Opéra de Vigata (2), il nous plonge dans le Vigata de la fin du XIXe siècle. Un préfet venu du nord de l'Italie veut imposer à la population la représentation d'un obscur opéra : Le Brasseur de Preston. Cela commence doucement puis, peu à peu, les passions se déchaînent. Heureusement que le délégué Puglisi _ qui pourrait être l'arrière-grand-père du commissaire Montalbano _, qui connaît admirablement sa ville et ses habitants, peut mettre fin au scandale.
    Comme l'écrit à juste titre Serge Quadruppani : « Andrea Camilleri est un conteur hors pair... qui restitue les saveurs fortes d'une terre, la Sicile. » En attendant, il travaille à un nouveau roman mettant en scène un autre policier dans le Royaume de Naples et des deux Siciles, en 1734. Réjouissons-nous d'avance.
    Pierre LEBEDEL
    (1) La Forme de l'eau, Fleuve noir, 224 p., 52 F et Chien de faïences, Fleuve noir, 228 p., 52 F.
    (2) L'Opéra de Vigata, Métaillé, 228 p., 100 F.
    Les trois romans sont superbement traduits par Serge Quadruppani.




    dimanche 21 juillet 2019

    Andrea Camilleri / La pension Eva



    Andrea Camilleri
    LA PENSION EVA

    Philippe Leuckx
    27.06.2018

    Pour ses quatre-vingts ans, le romancier sicilien d’Agrigente s’inventa une enfance en plein conflit mondial. Le livre paru en français en 2007 est réédité pour notre plus grand bonheur. Ici s’allient humour, truculence, joie de raconter, découvertes propres à l’adolescence, éveil à la sensualité, à la sexualité…

    Nené – double sans doute du romancier – et ses copains Ciccio et Jacolino, pour qui la maison de passe « Pension Eva » devient un terrain de jeu, traversent cette période troublée – on gagne souvent les abris – à l’ombre des jeunes femmes et filles en fleurs. La Pension change de filles comme de chemises : tous les quinze jours, dans les belles semaines et beaux jours, une nouvelle « fournée » et ça fait le bonheur des locaux, des militaires, des jeunes oisifs, vitelloni siciliens, futurs étudiants palermitains.
    À force de récits, d’histoires entrelardées dans ces pages où Camilleri joue de nous en jouant comme un fou – avec subtilité, force références, humour tapageur, langage fleuri, mi-sicilien mi-italien que la plume du traducteur restitue à coups de néologismes (« c’était quelque chose de mieux qu’une auberge» ou « Nené se trouva dans un très vaste salon garni »), le lecteur est englué dans une atmosphère tout à la fois très réaliste et étrange, comme si le temps retracé tissait entre elles enfance merveilleuse et troubles du temps présent. Le grand art de Camilleri est de nous hisser sans pousser du col dans ces chambres interdites, parfois si étroites, et de nous guider dans cet univers de la prostitution, parfois plein de pépites insoupçonnées.

    Du néoréalisme de haut teint (Morante, Pavese, Vittorini, Brancati, Pasolini des « Ragazzi », Fenoglio, Cassola…), le romancier a conservé les atouts les plus vibrants, cette prégnance des lieux et des usages, ce langage pittoresque, ces repas partagés à la Pension dans l’esprit des « cena » à même la rue de Fellini-Roma.

    La guerre, les privations, les risques de bombardements, la peur sont des compagnes du récit sombre et enjoué : on suit peu à peu les événements qui ont été à l’aube de la reconquête de toute la Péninsule par les forces alliées. En filigrane, l’histoire pointe ses drapeaux, et l’œil vif de l’écrivain en dresse un tableau de fond très aigu, très dense et très plausible.

    On rit. On suit avec ravissement les escapades des « héros ». On s’enflamme. On prend peur.