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jeudi 18 septembre 2025

Odile Hounoult / Le monde en Mandelstam



Voyage en Arménie, d'Ossip Mandelstam : le monde en Mandelstam

Ossip Mandelstam (1935)


Le monde en Mandelstam

par Odile Hunoult
30 juillet 2021
6 mn
En 1930, au pire moment du scandale orchestré autour de lui à la suite d’une accusation de plagiat, Ossip Mandelstam décroche, grâce à son ami et protecteur Nikolaï Boukharine, éjecté du Politburo mais encore influent, un voyage en Arménie. Il en tira un texte de notes et de souvenirs, que voici extrait des magistrales Œuvres complètes traduites par Jean-Claude Schneider en 2018.
Ossip Mandelstam, Voyage en Arménie. Traduction du russe et avant-propos de Jean-Claude Schneider. Postface de Serena Vitale. Le Bruit du temps, 144 p., 9 €

mercredi 10 juillet 2024

Ossip Mandelstam / Ulysse est de retour

 

Ossip Mandelstam, Œuvres complètes


Ulysse est de retour

par Odile Hunoult
19 mai 2018

Dans l’imaginaire contemporain, Mandelstam est devenu au fil des vingt dernières années le poète-David qui défia Staline jusqu’à ce que mort s’ensuive : un mythe dont on prononce le nom sans nécessairement le lire, un peu comme Rimbaud qui, lui, bénéficie des études secondaires.


Ossip Mandelstam, Œuvres complètes. Le Bruit du temps/La Dogana, 2 vol. en coffret, 1 414 p., 59 €

Œuvres poétiques. Édition bilingue établie et présentée par Jean-Claude Schneider. Trad. du russe par Jean-Claude Schneider. Introduction, notes et commentaires par Anastasia de La Fortelle.

Œuvres en prose. Édition établie et présentée par Jean-Claude Schneider. Trad. du russe par Jean-Claude Schneider. Chronologie, dictionnaire des écrivains russes et bibliographie par Jean-Claude Schneider et Anastasia de La Fortelle.


Le mythe a une réalité, celle de la célèbre « Épigramme à Staline », huit distiques, composés mentalement [1] et chuchotés à quelques personnes – dont un mouchard :

« Ses doigts, épais, sont gras comme vers de terre,

ses mots, infaillibles comme des poids d’un pound […]

L’entoure une racaille de chefs au cou frêle,

sous-hommes dont il use comme de jouets.

Un qui siffle, un autre qui miaule, un qui pleurniche,

lui seul s’amuse en père fouettard et tutoie.

Il forge comme fer à cheval, ses oukases –

frappe, qui à l’aine, qui au front, qui à l’œil.. » (1933)

Cependant, ce coup de poing, pour stupéfiant qu’il soit, n’est qu’un moment de l’œuvre – et Staline en fin de compte n’en est qu’un donné extérieur : « Le ciel, bleu de nuit, de la peste [2] ». D’autant que Mandelstam ne posait pas au héros, ne cherchait pas l’affrontement, il aurait probablement préféré qu’on l’oubliât [3]. Mais son tempérament irrépressiblement joueur l’a toujours emporté :

« Grande est mon envie de faire des farces,

bavarder, énoncer des vérités,

jeter mon cafard au brouillard, au diable,

prendre n’importe qui par la main, dire :

sois tendre, ensemble faisons le chemin… »

(juillet-septembre 1931)

Même conscient qu’il avait signé son arrêt de mort, Mandelstam ne demandait qu’à vivre encore, et à rire. « En 1938, Mandelstam inventa même un appareil à empêcher les plaisanteries car les plaisanteries étaient choses dangereuses » (Nadejda Mandelstam). On ne rit pas avec les tyrans, on ne se défile pas. C’est à ça même qu’on les reconnaît. Mais « il n’y a que deux puissances au monde : le sabre et l’esprit. À la longue, le sabre est toujours battu par l’esprit » (Napoléon). Le « siècle chien-loup » n’est pas devenu le siècle de Staline, il est en passe de devenir le siècle de Mandelstam.

Ossip Mandelstam, Œuvres complètes

Cantonner Mandelstam à une fonction – pourfendeur du tyran, ou plus largement témoin véridique d’un temps de plomb – serait passer à côté d’une œuvre époustouflante et d’un seul tenant, qui projette dans l’espace et le temps des architectures arachnéennes où tout se répond, se correspond, où tout est toujours inattendu. C’est ce que met en évidence le monumental travail de traduction de Jean-Claude Schneider, travail d’une vie, offrant en deux volumes la quasi-totalité de l’œuvre (hors la correspondance). Les métaphores, analogies, vaticinations, « fusées » mandelstamiennes s’éclairent les unes les autres dans le va-et-vient entre proses et poésie, allumant des connexions et des circuits, comme il en existe entre neurones ou atomes. Les mêmes motifs se retrouvent, les métaphores de la prose sont souvent reprises dans les poèmes, plus abruptes, plus dégagées, plus immédiates. Ce qui en fait la somptuosité et sans doute la difficulté : comme un peintre propose sa vision dépouillée de toute explication – au spectateur de voir et de comprendre. On se meut à l’intérieur de ces deux volumes dans toutes les directions, en infinis zigzags. Boîte crânienne, cosmogonie mandelstamienne, où l’on plonge et chaque coup de filet ramène des phosphorescences, toutes tressaillantes encore d’une vitalité qu’un siècle écoulé n’a pu éteindre. D’autant que l’édition de Jean-Claude Schneider (qui a travaillé sur deux récentes éditions russes [4] en plus de la « classique » Struve-Filipoff [5]) donne les brouillons et des fragments inédits, regorgeant de pépites. Dans une improvisation magistrale sur l’élan créateur, Mandelstam écrit à propos des brouillons de Dante : « La pérennité des brouillons, c’est la loi de conservation de l’énergie en matière d’œuvre [6] » : ces fragments que l’on découvre, c’est bien Mandelstam à l’état bouillonnant. On ne résiste pas à en extraire cet autoportrait (Mandelstam qui voit et écrit en peintre sait être aussi caricaturiste) : « Est-ce que je n’ai pas l’air d’un polisson dont les mains agitent un miroir de poche pour diriger là où il ne faut pas des reflets de soleil ? [7] »

Un brouillon, c’est aussi comme les vestibules d’une œuvre, où l’auteur déposerait à la va-vite un vêtement plein de son odeur, de son terrestre quotidien : « Je vis présentement mal. Je vis sans m’accomplir, exprimant hors de ma personne des sortes de rejets, de déchets. Cette phrase m’a été arrachée à l’improviste un soir, après une horrible journée incohérente, à la place de toute prétendue ‟création” [8] ». Paragraphe assorti d’une note de Jean-Claude Schneider : « dans le tapuscrit du frère de Mandelstam, cette séquence est précédée de ‟Pour Nad” » ; il faut entendre : pour Nadejda, sa femme.

On ne va pas dans le cadre de cette recension impatienter le lecteur avec le bref survol biographique d’usage. « Jacques naquit, souffrit et mourut », dirait Mandelstam lui-même. On renvoie à la tendre biographie de Ralph Dutli, tout abreuvée au lait de l’œuvre. Car, dépassant la légende, l’œuvre est étourdissante de fraîcheur, de vitalité, de puissance dramatique aussi. On est suffoqué par sa vivacité, ses virevoltes de la tendresse à l’ironie, ses incises (dans les adresses soudaines à son lecteur, Mandelstam a quelque chose de la camaraderie stendhalienne), ses raccourcis de peintre, et ses saisissantes métaphores, si ajustées, si précises, qu’elles carbonisent les clichés et fondent sur le lecteur, violemment, comme un milan sur un passereau. Reste bien sûr que Mandelstam est difficile, sans compter que le temps a enterré à demi les clés historiques, dégradé les joints. Cette beauté est-elle accessible encore dans nos temps de platitude littéraire ? Un lecteur à qui le nom de Mandelstam n’est connu que par sa légende voudra-t-il aborder son œuvre centenaire ? « Qui saura […] de son sang souder le rachis du siècle // aux vertèbres du précédent ? [9] »; « Courage cœur des hommes ! [10] ». S’il le fait, il se passera un phénomène que connaissent les lecteurs de Proust (impossible cependant de trouver deux écrivains plus différents) : qui y plonge s’y engloutit et s’y transforme.

Mandelstam-rossignol, Mandelstam-hirondelle, Mandelstam-peintre, Mandelstam-architecte, Mandelstam-espiègle, essayiste, critique, pamphlétaire, Mandelstam-voyageur, et toujours enchanteur, somptueux… Ces deux tomes pleins à ras bord évoquent de façon saisissante « la barque funéraire égyptienne, chargée de tout ce qu’il faut » où le mort poursuivra sa pérégrination, et à laquelle Mandelstam, par deux fois dans l’essai De la poésie (1928), compare un poème. La barque funéraire est en soi un des sublimes paradoxes de la tendresse humaine : on y dépose celui dont on parle déjà à l’imparfait, et qu’on appareille pour son futur. Et ce paradoxe est celui-là même du poète, arrimé dans son présent, bon gré mal gré, mais qui ne peut être entendu que longtemps après. « Non, de personne jamais je ne fus le contemporain… », écrit Mandelstam, mais aussi : « Au siècle essayez donc de m’arracher ! – je vous mets au défi, vous vous casserez le cou ! [11]». Un grand poète, c’est toujours une bouteille à la mer. C’est la règle. Mais aussi, tout se ligue pour que la voix ne se perde, et la force de la poésie, c’est qu’elle émerge du passé, comme les ossements sortent du sol et témoignent de ce qui fut. Les avancées techniques et scientifiques les plus pointues portent les savants à fouiller la terre et le ciel vers le passé de plus en plus lointain. Et c’est le passé qui est toujours devant nous.

« Aujourd’hui, en 2018… », répète-t-on à l’envi (le cliché est valable pour tous les domaines artistiques, et l’année se modifie tous les ans), « aujourd’hui, en 2018, on ne passerait pas à côté de… Dickinson… Van Gogh… Rimbaud… Mandelstam… » Eh bien, si. Trop fragile est ce murmure pris dans « le bruit du temps » [12], ici porté par le souffle d’un poète cardiaque, interdit de publier dès 1931, broyé dans l’acier des purges. Aujourd’hui comme hier, les poètes sont bien cachés, ou ils se cachent bien, et c’est le temps qui les découvrira en se retirant, comme la marée ses laisses de mer.

Il s’est passé quatre-vingts ans depuis la mort de Mandelstam. Pour que ce murmure nous parvienne, pour que Mandelstam devienne une légende, il a fallu d’abord l’obstination de Nadejda, sa femme, arc-boutée « contre tout espoir » à sa préservation. Il a fallu la passion de Gleb Struve et de B. A. Filipoff qui éditent aux États-Unis, d’abord dans les années cinquante, puis entre 1967 et 1971, les premières œuvres complètes en russe d’un poète alors inaudible en son pays – et pour y être trop audible ! En France, depuis quatre-vingts ans, pierre à pierre, tout bas dans « le bruit du temps », l’édifice mandelstamien se rassemble. Dès 1930, du vivant même de Mandelstam, Georges Limbour et D. S. Mirsky traduisaient pour la revue Commerce Le Timbre égyptien, cet aérolithe, tout juste paru en Russie (1928) ; l’œuvre commence à rayonner, des éditeurs y puisent leur vocation, des traducteurs y consacrent leur vie. Souvent ce sont eux-mêmes des poètes, comme Paul Celan en allemand, en français Georges LimbourAndré du Bouchet, Philippe Jaccottet ou Jean-Claude Schneider. Pour traduire Mandelstam, certains apprennent le russe : récemment, un jeune Italien me disait en avoir le projet. Car, paradoxe suprême, cette œuvre chatoyante, illuminatrice, est une œuvre traduite – un « apocryphe », écrit Schneider – c’est dire la puissance évocatrice de l’écriture mandelstamienne, capable de passer la barrière des langues. Mais quel travail ! Il faut lire la préface de Jean-Claude Schneider : « Traduire la poésie. Les poètes ne se confronteraient pas à cette tâche désespérante s’ils la croyaient possible… »


  1. Il n’aurait été « écrit » par Mandelstam qu’à la prison de la Loubianka, sur l’ordre de ses interrogateurs.
  2. 1931, Poèmes non rassemblés en recueil ou non publiés, Œuvres poétiques.
  3. cf. la biographie de Ralph Dutli, Mandelstam, mon temps, mon fauve, aux mêmes éditions Le Bruit du temps/La Dogana (2012).
  4. En particulier, celle d’Alexandre Mets, 2009-2011.
  5. Inter-Language Literary Associates, Washington.
  6. Entretien sur Dante, 1933 (Œuvres en prose).
  7. « Brouillons du Voyage en Arménie », 1931 (Œuvres en prose).
  8. id.
  9. Le Siècle, Poèmes de 1928 (Œuvres poétiques).
  10. « Le Crépuscule de la liberté », Tristia, 1918 (Œuvres poétiques).
  11. « Minuit dans Moscou », mai-juin 1932, Poèmes non rassemblés en recueil ou non publiés, Œuvres poétiques.
  12. Titre du recueil de proses autobiographiques paru en 1925 – d’où est tiré le nom de la maison d’édition d’Antoine Jaccottet.




lundi 24 juin 2019

Six Russes célèbres qui ont été envoyés au Goulag

Alexandre Soljenitsyne

Six Russes célèbres qui ont été envoyés au Goulag

Comme le fait remarquer l’historien Viktor Zemskov, 5,4 millions de personnes étaient emprisonnées au cours de la seule année de 1953 (année de la mort de Staline), de sorte que le nombre total de personnes qui y ont été envoyées au Goulag sous l’ensemble du règne de Staline (1924-1953) est bien plus élevé. Parmi les centaines de milliers de victimes, nous avons choisi six personnes connues non seulement pour leur destin sinistre, mais aussi en raison de leur carrière exceptionnelle.

1. Alexandre Soljenitsyne (1918 - 2008)


Le capitaine Soljenitsyne a été arrêté pour avoir critiqué Staline dans des lettres privées en 1945, alors qu'il servait dans l'Armée rouge. Au départ mathématicien, il travaillait dans les charachkas, des laboratoires secrets où les conditions étaient relativement supportables. Cependant, il été rapidement envoyé dans les camps de travail du Kazakhstan, où il a été témoin d'injustices et de violences hors-norme.
Après que le successeur de Staline, Nikita Khrouchtchev, a dénoncé le culte de la personnalité de Staline en 1956 et divulgué la vérité sur la répression, Soljenitsyne a été réhabilité. En 1962, il a réussi à publier la toute première histoire d'un prisonnier d’un camp en URSS : Une journée d'Ivan Denissovitch qui a choqué le monde et a fini par rapporter le prix Nobel de littérature à Soljenitsyne en 1970.
L’auteur a poursuivi ses efforts visant à révéler la vérité en préparant un ouvrage géant sur les récits et la réalité des camps, L’Archipel du Goulag. Après des années d'oppression, les autorités l'ont forcé à quitter l'URSS en 1974. Il n'est revenu que vingt ans plus tard.

2. Varlam Chalamov (1907 - 1982)


Un autre écrivain survivant des camps, qui a décrit la nature inhumaine du Goulag. Chalamov a dépeint des mondes encore plus sombres que Soljenitsyne. Il a passé 14 ans dans le système du Goulag, ayant été condamné à trois reprises pour appartenance à une organisation trotskiste. Il a purgé la majeure partie de sa peine dans la Kolyma, une région reculée de l'Extrême-Orient, réputée pour ses camps aux conditions terribles où les prisonniers devaient extraire de l'or et d'autres métaux dans un climat très rude avec des hivers où le mercure chute à -40°C.
Les Récits de la Kolyma, son recueil de nouvelles sur la vie dans les camps, reste l’un des ouvrages les plus terrifiants de la littérature russe, montrant la vie réduite à la survie à tout prix, la dégradation de toute moralité, les hommes transformés en animaux à cause du froid, de la faim et d’un travail d'esclave. « Les camps sont à tous égards des écoles du négatif. Personne ne recevra jamais rien d’utile ou de nécessaire de leur part », conclut Chalamov.

3. Ossip Mandelstam (1891 - 1938)


Lorsque Mandelstam, l’un des plus célèbres poètes du début du XXe siècle, a écrit L’Epigramme de Staline en 1933, son compatriote poète Boris Pasternak a qualifié cette démarche d’« acte suicidaire ». En effet, écrire tels vers dans les années 1930, alors que Staline est devenu tout-puissant, semblaient pour le moins suicidaire :
Nous vivons sans sentir sous nos pieds le pays,
Nos paroles à dix pas ne sont même plus ouïes,
Et là où s’engage un début d’entretien, —
Là on se rappelle le montagnard du Kremlin …
Or, de décret en décret, comme des fers, il forge —
À qui au ventre, au front, à qui à l’œil, au sourcil.
Pour lui, ce qui n’est pas une exécution, est une fête.
Ainsi comme elle est large la poitrine de l’Ossète.
(Traduction d'Élisabeth Mouradian et Serge Venturini)
Le « montagnard du Kremlin » a bien reçu le message. De 1934 à 1937, Mandelstam a été exilé à Voronej (500 km au sud de Moscou), puis est rentré à Moscou mais a été à nouveau arrêté. Il a été condamné à cinq ans d'emprisonnement dans des camps de travail en Extrême-Orient pour « propagande antisoviétique » et est mort du typhus sur le chemin, complètement épuisé.

4. Sergueï Korolev (1907 - 1966)


Le scientifique Korolev est une icône pour tous les Russes travaillant dans l’industrie spatiale. C'était lui qui était responsable du programme spatial soviétique, qui a fait de l'URSS une superpuissance spatiale, lançant le premier satellite artificiel en orbite puis envoyant le premier humain dans l'espace en 1961. Tout cela ne serait pas arrivé si Korolev était mort au Goulag, où il avait été envoyé plusieurs années auparavant.
En 1938, les autorités ont arrêté Korolev et l'ont condamné à dix ans (plus tard, à huit ans) dans les camps pour « sabotage ». Il a passé un an dans la Kolyma, où il a survécu à la torture et où seul le pur hasard l’a sauvé de la mort. En 1940, il a été transféré dans un laboratoire secret avec d’autres scientifiques privés de leurs droits. Korolev a travaillé sur des projets de missiles et spatiaux au cours des années 1950, mais ce n’est qu’en 1957 qu’il a été complètement réhabilité.

5. Nikolaï Vavilov (1887 - 1943)


Généticien et botaniste ayant parcouru le monde entier (à l’exception de l’Australie et de l’Antarctique), Vavilov a étudié les plantes et leurs caractéristiques, puis a travaillé à l’Institut d’industrie des plantes pour améliorer les cultures - blé, maïs et autres - et se consacrer à la science et à la technologie pour la gloire de l’URSS. Néanmoins, cela ne l’a pas sauvé de la Grande terreur des années 1930. La génétique qu’il défendait était considérée par Staline comme une « pseudoscience », aussi la punition n’était-elle pas loin.
Vavilov a été arrêté en 1940 et une longue série d’interrogatoires et de tortures a commencé. Il a été forcé de s’avouer non seulement coupable de sabotage, mais également de la création d’un Parti paysan travailliste secret (qui n’existait pas). Condamné à mort, Vavilov a par la suite bénéficié d’une certaine « miséricorde » en 1942 : le Présidium du Soviet suprême de l’URSS a commué la peine de mort en peine de 20 ans dans des camps de travail. L’année suivante, Vavilov  est mort en prison - il a été complètement « réhabilité » à titre posthume en 1954. Ses recherches « anti-scientifiques » ont finalement grandement contribué aux progrès de la génétique.

6. Gueorgui Jjonov (1915 - 2005)


Avant de devenir un acteur soviétique célèbre, Jjonov a passé 14 ans dans les prisons, les camps et en exil, dont six dans la tristement célèbre Kolyma, où il a failli perdre la vie. « Je n'avais aucune illusion, aucune foi en la justice ou en la loi… c'était une lutte de chaque heure pour la survie, la survie physique », s’est-il souvenu lors d'entretiens. Quel était son « crime »? Lors d'un voyage de travail, Jjonov, âgé de 23 ans, avait rencontré un diplomate américain et lui avait parlé pendant une demi-heure.
Étant donné que son frère aîné, Boris, avait été arrêté pour « activités antisoviétiques », Jjonov avait peu de chance de bénéficier d’un procès équitable. Il a été condamné pour « espionnage » et envoyé au Goulag. Il a réussi à y survivre et a construit une carrière réussie dans le cinéma après sa réhabilitation. Mais il n'a jamais pardonné à Staline et à son régime cruel.