![]() |
| Dustin Hoffman |
Affichage des articles dont le libellé est Jeanne Moreau. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jeanne Moreau. Afficher tous les articles
mardi 23 juillet 2024
vendredi 30 août 2019
Helen Hessel racontée par ses Jules
![]() |
| Scène du film «Jules et Jim» de Truffaut, sorti en 1962. |
HELEN HESSEL RACONTÉE PAR SES JULES
Par Anne Diatkin
20 août 2019 à 18:56
STAR INCONNUE. De la journaliste allemande, on retient le personnage de Kathe dans le livre «Jules et Jim», écrit par son amant Henri-Pierre Roché, et l’interprétation qu’en fait Jeanne Moreau dans le film de Truffaut. Ajoutés à ses écrits et à ses saillies politiques, ils dessinent le portrait d’une femme libre et engagée.
Et vous, Helen Hessel, vous préférez la rencontrer comment ? A travers Jules et Jim, le roman de Henri-Pierre Roché - publié sans grand succès chez Gallimard en 1953 -, élégant, irénique, au style elliptique, concis, et dont chacune des phrases fait mouche, où elle tourbillonne sous le personnage de Kathe, et qui reprend, transfiguré selon la mémoire de l’auteur protagoniste, l’histoire «d’un pur amour à trois» dans les années 20, comme le qualifiait son éditeur puis, à sa suite, François Truffaut ? Ou l’imaginez-vous sous les traits, les gestes, et la voix de Jeanne Moreau dans l’adaptation qu’en fit le cinéaste, âgé d’à peine un quart de siècle lorsqu’il découvrit alors qu’il n’est pas encore réalisateur ce «premier roman d’un vieillard de 74 ans», par hasard, chez un bouquiniste ? A moins que vous choisissiez de la deviner à travers l’œuvre fictionnelle de l’homme qu’elle épousa deux fois, Franz Hessel, ami de Walter Benjamin, traducteur de Proust, où elle surgit, scintillante, notamment dans Romance parisienne, en 1920 ?
Mais Helen Hessel est également l’auteure d’un journal écrit en trois langues - l’allemand, le français, l’anglais -, traduit et paru en 1992, après sa mort, aux éditions André Dimanche, épuisé aujourd’hui. Quand on dit «je» et qu’on restitue ce qui semble être la plus brûlante immédiateté, est-on plus proche d’atteindre la vérité d’un moment, fût-elle subjective ? Le journal tout cru est une commande de son amant, Henri-Pierre Roché, qui souhaitait écrire leur histoire d’amour et d’amitié sous les angles et points de vue de tous les protagonistes. On écrit «amant», «mari», on regrette la pauvreté de la langue, tant ce que tenta d’inventer le trio dans les années 20 n’a rien à voir avec le vaudeville bourgeois que connotent ces termes.
Couvrant les années 1920 et 1921, le journal est donc rédigé après coup à l’intention de Henri-Pierre Roché et lu à Franz Hessel, et les mots sont pris dans le filet de leurs relations. Impressions du narrateur de Jules et Jim, quand Jim découvre le journal que leur lit Kathe : «C’était fouillé comme un temple hindou, un labyrinthe où l’on se perdait aisément.»Proposition de Jules, personnage de la fiction, qui reprend à son compte le vœu de l’auteur : «Si vous écriviez tous les deux, séparément et à fond votre histoire, chacun avec son point de vue irréductible, et si vous les publiiez simultanément, cela ferait une œuvre singulière.» Le narrateur y revient à la toute fin du roman, après la mort de Kathe et de Jim, dans la dernière phrase du livre, en italique après un espace, ce qui la fait ressembler à une épitaphe : «Le journal intime de Kathe a été retrouvé et paraîtra peut-être un jour.» Manière radicale pour Henri-Pierre Roché de répéter à qui veut l’entendre qu’il souhaitait l’exhumation du journal d’Helen même s’il y apparaît sous des facettes qui ne lui sont pas toujours favorables.
Autre possibilité d’en savoir un peu plus sur Helen Hessel : la chercher du côté de la biographie que lui a consacrée Marie-Françoise Peteuil en 2011, sous le titre séduisant : Helen Hessel, la femme qui aima Jules et Jim (éditions Grasset). Biographie elle aussi passionnée, à charge contre Henri-Pierre Roché qui apparaît comme déloyal et menteur et qui s’oppose à «l’aconflictualité» si attractive du roman pour montrer une Helen Hessel qui souffre au moins autant qu’elle fait souffrir.
Lors de leur rupture en 1935, Helen frôle le dérèglement mental au point de risquer sa vie et de tenter de tuer son amant.
Détestation du livre, louanges du film
Le fils cadet d’Helen, Stéphane Hessel, résistant, grand diplomate, ambassadeur de France, et auteur du fascicule au succès international paru en 2010 Indignez-vous, a confié à Serge July, dans le documentaire Il était une fois… Jules et Jim réalisé par Thierry Tripod : «Ma mère n’était pas amorale, mais elle avait une morale à elle aussi impérieuse que celle de la bourgeoisie. Elle reconnaissait et elle savait que Henri-Pierre Rochédevait avoir d’autres intérêts amoureux qu’elle. Elle aussi aimait les diversités érotiques. Mais il fallait être franc. Elle en parlait ouvertement alors que lui, les cachait. Le jour où elle a su que Henri-Pierre avait un fils et qu’il était marié depuis sept ans, elle a interdit à mon père de continuer de le voir. Personne n’est mort comme dans le film, mais c’est presque pareil. C’était la mort de l’amitié.» Dans un autre entretien, à Télérama, Stéphane Hessel confie que sa mère lui a demandé de provoquer Roché en duel. Elle a alors 49 ans.
Helen Hessel accueillit par le silence Jules et Jim qu’Henri-Pierre Roché commença dès 1941 après la mort de Franz Hessel, et qu’il lui envoya, tremblant, allant jusqu’à faire écrire l’adresse par son épouse pour qu’elle ne reconnaisse pas son écriture sur l’enveloppe. Mais elle fit savoir des années plus tard qu’elle n’appréciait pas de retrouver au mot près certains de ses propos et des extraits de son journal.
Pourtant, elle adouba le film de Truffaut dont la voix off est largement constituée du texte de Roché, et elle s’identifia à l’interprétation de Jeanne Moreau, comme elle l’écrivit au cinéaste d’une plume alerte : «Assise dans la salle obscure, appréhendant des ressemblances déguisées, des parallèles plus ou moins irritants, j’ai été très vite emportée, saisie par le pouvoir magique, le vôtre et celui de Jeanne Moreau de ressusciter ce qui avait été vécu aveuglément […] Quelle disposition en vous, quelle affinité a pu vous éclairer au point de rendre sensible l’essentiel de mes émotions intimes ?» Dans une autre lettre, Helen Hessel confirme son adhésion au film de Truffaut : «Oui, j’étais cette jeune fille qui a sauté dans la Seine par dépit, qui a manqué le rendez-vous [avec Roché], et qui est passée par les extases et les désastres d’un amour éperdu et perdu. Oui, elle a même tiré sur son Jim. Tout cela est vrai et vécu et même le pyjama blanc qui je l’avoue n’est pas inventé.»
A la fin de sa vie, donc, Helen Hessel s’est réconciliée avec le mythe engendré par les œuvres qu’elle inspirait. Miracle de revivre sa jeunesse à travers le monument de grâce Moreau. La comédienne incarne sa fantaisie et son impétuosité au centuple, et alors même que François Truffaut et les spectateurs confondent l’actrice - dont tout le monde était amoureux sur le tournage, dixit les témoins - et son personnage : cette femme fatale «aux yeux d’opale» qui chante le Tourbillon de la vie, devenu le symbole du film.
Fille de ferme en Poméranie
Disparaît-on lorsqu’on surgit sous de multiples angles et œuvres qui se diffractent et se reflètent ? Ou au contraire devient-on une star au sens propre c’est-à-dire une pure surface de projection qui miroite et envoie de la lumière sans jamais s’éteindre complètement ? Où saisir la vérité de la vie de celle qui naquit Grund, Berlinoise, en 1886, et mourut à Paris quatre-vingt-seize ans plus tard, et qui sidère par l’ampleur de son audace ? On sait qu’Helen Grund apprit la peinture à Montparnasse, dans l’atelier de Maurice Denis, que c’est là qu’elle rencontra Franz Hessel, qui lui avait promis de ne pas «être possessif» s’ils se mariaient. On sait aussi qu’elle fut journaliste de mode et qu’Adorno aussi bien que Walter Benjamin adoraient ses chroniques où elle saisissait le rien de la vie, les femmes qui se coupent les cheveux, le clic des portes du métro parisien, la couleur des bancs dans le jardin du Luxembourg.
Grâce à des photos prises par Henri-Pierre Roché et développées par Man Ray, on peut la voir dans les années 20 sauter nue dans la Baltique où elle se fit construire une maison. Ce qui frappe sur les portraits photographiques, c’est qu’ils sont le plus souvent flous quel que soit le savoir-faire du photographe, comme si elle s’évadait du cadrage. On peut voir qu’elle portait des jeans à une époque où cette tenue était extravagante dans un milieu bourgeois fût-il artiste, et que lorsqu’elle marche sur la route, elle semble danser.
Une lecture attentive de Jules et Jim nous apprend qu’elle largua un jour mari et enfants pour être embauchée comme fille de ferme en Poméranie avant de les retrouver un an plus tard, ce que corrobore la biographie.
Mais Helen Hessel, c’est aussi une série d’engagements politiques. Elle rédige avec Aldous Huxley, dès 1939, un appel aux femmes allemandes les exhortant à quitter immédiatement l’Allemagne avec leurs enfants, aide et soutien à l’appui. Sa clairvoyance sauvera son mari juif allemand Franz Hessel, dont elle est séparée, et qui refusait de quitter Berlin. En France, elle multiplia les actes de résistance, tandis que son fils, Stéphane Hessel, qui a rejoint De Gaulle en 1941 à Londres, déporté à Buchenwald, put s’évader lors d’un transfert en prenant l’identité d’un mort. Après guerre, elle vécut dans la misère. Plus tard, entre autres activités, à 73 ans, elle traduisit Lolita en allemand, et Noa Noa de Gauguin, le récit de sa découverte de Tahiti. Quand, aux Etats-Unis, Stéphane Hessel poursuit sa brillante carrière de diplomate, plutôt que de se faire entretenir par son fils tout en s’occupant de ses petits-enfants, Helen Hessel choisit de devenir sur le tard gouvernante, dame de compagnie, bonne à tout faire. Un accident de voiture met fin à sa carrière de chauffeure.
C’est bien beau, les éléments biographiques, mais ça ne permet pas de comprendre l’origine de sa liberté, notamment amoureuse. Bien sûr, on peut se pencher sur son enfance, dire que sa mère supportait mal d’être délaissée par son mari banquier, et fut internée pour dépression et folie, alors qu’Helen était toute petite. Elle-même, dans son journal, évoque les gouffres qui l’attirent. Elle et Henri-Pierre Roché veulent un bébé. Mais à chaque fois qu’elle est enceinte, il prend peur, disparaît. Elle est obligée d’avorter, et elle se sert du certificat de mauvaise santé mentale de sa mère qu’elle brandit au médecin pour justifier la nécessité d’interrompre la grossesse. C’est plus court et moins tragique dans le roman. Un passage pris au hasard : «C’est beau de n’avoir ni contrats ni promesses et de ne s’appuyer au jour le jour que sur son bel amour. Mais si le doute souffle, on tombe dans le vide.»
dimanche 13 août 2017
Jeanne Moreau / Les hommes de sa vie
![]() |
| Jeanne Moreau |
Jeanne Moreau : les hommes de sa vie
Paris Match||Mis à jour le
Jeanne Moreau s'est éteinte après 89 ans de vie et 65 ans de carrière. Paris Match revient sur les hommes de sa vie.
«J'ai séduit beaucoup d'hommes», reconnaissait Jeanne Moreau dans une interview accordée à «Télé Obs» en 2012. L'actrice française à la beauté racée et à la séduction débridée a «toujours été vers des hommes qui avaient du talent», dit-elle. Des idylles aux longues relations, l'amour s'est toujours mêlé à ses projets artistiques. «Je n'ai pas eu des amants pour avoir des amants», concluait-elle.
Jeanne Moreau a été mariée deux fois. D'abord au réalisateur Jean-Louis Richard qui l'a fait jouer dans le film «Mata Hari», conte d'une histoire d'amour où elle apparaît très sensuelle aux côtés de Jean-Louis Trintignant avec qui elle vit une relation amoureuse quelques années plus tard. Puis, elle se marie avec un autre réalisateur, américain cette fois, William Friedkin.
Des chanteurs aux créateurs
L'actrice césarisée et oscarisée n'a pas seulement connu des histoires d'amour avec des gens du cinéma. Elle a côtoyé l'espace de quelques mois Sacha Distel. Il avait raconté cette rencontre qui l'avait marqué à jamais dans son autobiographie «Les Pendules à l'heure»: «Un jour j’enchaînais les morceaux, tête dans les cordes comme pour mieux oublier mes soucis et lorsque j’ai relevé la tête, une superbe brune était là et m’a jeté un regard assassin. Le tout avant de sortir, sans un mot, au bras d’un type avec lequel elle avait l’air de s’ennuyer sec. "C’est Jeanne Moreau", m’a glissé le barman. J’ai trouvé son numéro (grâce à tonton Raymond) que je formais aussitôt sur mon cadran. Elle m’accueillit par cette phrase : "J’attendais votre appel." J’ai craqué dès le premier soir. Il y avait de quoi. Jeanne était une sorte de tornade, l’amoureuse dont tout jeune homme rêve», écrivait-il.
Un amour absolu, je ne l'ai jamais connu
Puis, François Truffaut, Louis Malle «l'un de ses plus grands amours», Tony Richardson, Georges Moustaki et Marcello Mastroiani ont croisé sa route. Au début des années 60, elle tombe amoureuse de Pierre Cardin que Coco Chanel lui a présenté. Ils vivent quatre ans d'amour, veulent même un enfant. Mais la chanteuse souffre d'un cancer. Seul moyen de survie: une opération lui enlevant toute chance d'avoir un enfant. Leur relation s'éteint avec leurs espoirs de devenir parents.
En éternelle jeune femme effrontée et sauvage, elle se faisait appeler «Mademoiselle Moreau». Et pour prouver une fois de plus son indépendance à toute épreuve, elle confiait chez Thierry Ardisson lors d'un bilan de vie: «On est amoureux, on est profondément attaché, on repousse violemment. Mais l'amour [...] ce que j'appelle l'alliance c'est-à-dire un échange profond, désintéressé, un amour absolu, moi, je ne l'ai pas connu».
samedi 12 août 2017
Jeanne Moreau, son partenaire à l'écran le devenait souvent dans la vie
![]() |
| Jeanne Moreau |
Jeanne Moreau, son partenaire à l'écran le devenait souvent dans la vie
Paris Match|
Jeanne Moreau à Venise en 1958, pour la Mostra. Elle reçoit un prix d’interprétation pour « Les amants » de Louis Malle.Georges MENAGER/PARISMATCH/SCOOP
Jeanne Moreau était, certes, une croqueuse d’hommes, mais à chaque fois elle se donnait vraiment
Jeanne était une sorte de tornade, l’amoureuse dont tout jeune homme rêve. » C’est Sacha Distel qui parle. Très bel homme au sourire à fossettes, aux yeux bleus irrésistibles, il les fait toutes succomber en ces années 1960, de Gréco à Bardot et même Audrey Hepburn. Mais Jeanne… Jeanne est hors norme. Musicien de jazz, il vient de se faire plaquer par Juliette Gréco, raptée par le producteur Darryl Zanuck, et promène son spleen sur le boulevard Saint-Germain à Paris. Tout sauf envie de draguer. Sauf que le regard de Jeanne… Electrisé, il se renseigne : Ray Ventura lui apprend que c’est une actrice, il l’a même coproduite. Elle a cinq ans de plus que Sacha. Et dix ans de réputation au compteur. Emoustillé, le jazzman arrache son numéro de téléphone. Il n’en dort plus. Tôt le matin, il lui passe un coup de fil. Elle décroche. Voix rauque : « J’attendais votre appel ! » Une alchimie. Ils se retrouvent, foncent se cacher au Grand Hôtel de Cabourg. Il y a urgence. Ç’aurait pu être Aubervilliers. Enfermés tout le week-end dans la chambre. Très occupés. Six mois de frénésie charnelle. Mais pas seulement. Elle va le pousser à lire les auteurs. Quand elle lui annonce un jour, sans explications, que c’est fini, il est sonné. Ça se passe comme ça, avec Jeanne. « Oui, j’ai vécu comme un garçon, confiera-t-elle. J’ai eu des aventures, des amants, et je pars quand j’en ai envie. » On se perd dans le décompte de ses boyfriends. Et des autres, fous d’elle, mais qu’elle n’a pas choisis. Orson Welles, par exemple : « Tu n’as rien vu », lui reprochera-t-il.
La première vraie scène d'amour du cinéma
Celui qu’elle n’a pas raté, en revanche, c’est le cinéaste Louis Malle. « Une grande passion », dira-t-elle. Pour lui, elle jouera la première vraie scène d’amour du cinéma. Qui apparaît pudique aujourd’hui, mais, à l’époque, cette séquence de baisers parachève l’aura sensuelle de l’actrice. Est-ce sa bouche, pulpeuse comme un fruit mûr ? Ses regards coulés entre ses longs cils ? Sa voix tantôt profonde et suave, tantôt vive et autoritaire ? Ou son corps, fin, nullement la volupté affichée des starlettes de l’époque ? Pierre Cardin se souvient : « Elle était menue, les hanches très étroites, pas du tout la silhouette des autres vedettes. » Un grand amour, lui aussi, et qui dura plus longtemps que les autres, cinq ans, en dépit de son homosexualité. « J’avais vu “Les amants”, confiait Pierre à Henry-Jean Servat dans Paris Match en 2001. Tout le monde était amoureux de Jeanne Moreau dans ce film. Je l’ai désirée. » Oui, entre le jeune couturier homo déclaré et la croqueuse d’hommes, ce fut aussi une affaire sexuelle.
La vigoureuse Jeanne n’était pas du genre à sublimer la relation dans une communion mentale. « Je suis d’abord tombée amoureuse de Pierre à travers ses robes, sans le connaître », insistera-t-elle. Mais quand elle le voit apparaître à la fin du défilé… « Alors là, quelle allure ! Je l’ai immédiatement trouvé magnifique ! Ce qui m’a plu, ce sont ses mains. Des mains d’artisan. » Il rectifie : « De travailleur ! » Deux autodidactes animés par leurs passions. Il est fils d’agriculteurs vénitiens précipités dans la misère par la Première Guerre mondiale, qui ont émigré en France en 1920. Il commencera comme apprenti chez un tailleur. Elle, Jeanne : fille d’un gérant de resto de nuit à Paris, A la cloche d’or, qui existe toujours rue Mansart, et d’une danseuse anglaise des Folies-Bergère. Comme Cardin, elle s’est faite toute seule, auditrice à la Comédie-Française, puis passant le concours du Conservatoire en cachette de ses parents.
La ville des amoureux sera le théâtre de leur rupture. Louis Malle et Jeanne Moreau se quitteront bons amis en 1958.© Georges MENAGER/PARISMATCH/SCOOP
Sa grande culture, son ouverture intellectuelle, elle les a acquises seule, dotée d’une excellente mémoire. « A Pierre, je racontais mes lectures. Il me transmettait, lui, sa vision du monde, sa connaissance des lieux. L’Italie, Venise. J’adorais sa finesse et son raffinement. » Elle a aussi adoré son physique, nullement rebutée par les commentaires. « Il est homo, tu n’arriveras à rien ! » Mais ce que Jeanne veut… « Je l’ai littéralement poursuivi. Je cherchais à savoir en permanence où il allait, ce qu’il faisait. Je remuais ciel et terre ! » Un jour, en partance pour le festival shakespearien de Stratford-on-Avon, il tombe sur elle à l’aéroport d’Orly. Après avoir réservé sur tous les vols, elle réussit à embarquer sur le même que lui ! Elle en riait : « A l’hôtel, je me suis débrouillée pour avoir la chambre voisine de la sienne. Et… à peine posé ma valise sur le lit, j’ai fait le premier pas ! » Ont-ils eu le temps d’aller voir jouer Shakespeare ? Au fil du temps, ils ne seront jamais très loin l’un de l’autre. Des années plus tard, il évoquera le fait qu’ils auraient pu avoir un enfant. Elle l’a dit : « Je n’ai pas la fibre maternelle. Je n’aurais pas dû avoir d’enfant. » En 1949, elle a eu un garçon de son premier mariage avec le cinéaste Jean-Louis Richard. « J’ai accouché en deux heures. Et sans péridurale, à l’époque ! » Elle tourne la page bien vite et reprend le chemin des plateaux moins de trois semaines après.
Une maman comme les autres
« Jeanne ne fait pas penser au flirt mais à l’amour », disait François Truffaut, ici avec l’actrice entre deux scènes de « Jules et Jim ».© SEDIF/FILMS DU CARROSSE
Entre sa grand-mère et ses nounous, le petit Jérôme Richard mettra longtemps à se faire à l’idée que sa mère n’est pas une maman comme les autres. En proie à de multiples addictions, il a fini par évacuer ses frustrations dans la peinture. Et là, maman s’avoue très fière. « Il s’est nourri de ses souffrances, c’est la preuve que c’est un créateur ! » s’enthousiasme-t-elle, bien plus à l’aise avec l’artiste adulte qu’avec l’enfant qu’il était. Jérôme a pourtant failli mourir, vers 10-12 ans. Accident de voiture pendant un tournage, avec Belmondo au volant. Treize jours de coma pendant lesquels Jeanne, affolée, ne décolle plus de son petit lit d’hôpital. Il y a mille façons d’aimer. Le garçon va s’en sortir. Et elle, reprendre le tourbillon de sa vie. A propos de Belmondo, justement, avec lequel elle joue « Moderato cantabile », un photographe témoigne, hilare : « On était à l’hôtel, on jouait au poker en bas. Elle se penchait par-dessus la balustrade : “Tu viens bientôt ?” » Pour Jeanne, le désir n’attend pas. Une femme libre, à l’écoute de ses pulsions. Mastroianni – qui a bien connu, lui aussi, sa « gourmandise » – analysait : « Elle était tout le temps à la recherche de l’amour. Et ensuite, elle laissait ses victimes sur le bord de la route. » Romantique Marcello. A sa manière, elle est fidèle. Et ne supportera pas les inconstances de Georges Moustaki, grand amoureux des femmes devant l’Eternel.
Avec Georges Moustaki, après un concert à Bobino, le 26 janvier 1970.© Yves LE ROUX/GAMMA-RAPHO
Il en est un qui a failli vaincre cette séductrice au bel appétit. C’est son deuxième mari, épousé en 1977, William Friedkin, le réalisateur américain de « L’exorciste ». Lui à New York, elle à Paris, ç’aurait pu être la relation idéale. Mais non. Il est d’une possessivité maladive : « Il ne voulait pas que je travaille, sauf à me faire appeler Jeanne Friedkin ! Il m’avait mis un chauffeur à disposition, en réalité un malabar qui me surveillait. Et quand Bill a senti que j’allais partir, il m’a fait voler mon passeport ! » Avec son emprise diabolique, ce pervers a failli la détruire : « J’ai mis sept ans à me reconstruire. J’avais pris treize kilos », confiait-elle à l’écrivaine Madeleine Chapsal dans Match. Elle a fini par s’en sortir grâce au théâtre. Jeanne Moreau était, certes, une croqueuse d’hommes, mais à chaque fois elle se donnait vraiment.
En 1964, face à l’un des plus convoités, Jean-Louis Trintignant, elle joue Mata Hari devant… et derrière la caméra ! Imperturbable, son ex-mari cinéaste, Jean-Louis Richard, enchaîne les scènes. Il connaît sa Jeanne !
Ingénue, elle observe : « Avec mes yeux cernés, ma bouche tombante, je ne me suis jamais prise pour une beauté. Je ne faisais rien pour attirer les regards… » Enfin, ça dépend. Avec Tony Richardson, c’est vrai, elle n’avait rien demandé. Elle a pourtant bel et bien « volé » le mari (bisexuel !) de Vanessa Redgrave. Il va quitter sa femme, attiré par la sulfureuse héroïne de « Jules et Jim », en 1967. Ensuite, cette diablesse de Française l’abandonnera pour un jeune marin de treize ans son cadet !
En 1964, face à l’un des plus convoités, Jean-Louis Trintignant, elle joue Mata Hari devant… et derrière la caméra ! Imperturbable, son ex-mari cinéaste, Jean-Louis Richard, enchaîne les scènes. Il connaît sa Jeanne !
Ingénue, elle observe : « Avec mes yeux cernés, ma bouche tombante, je ne me suis jamais prise pour une beauté. Je ne faisais rien pour attirer les regards… » Enfin, ça dépend. Avec Tony Richardson, c’est vrai, elle n’avait rien demandé. Elle a pourtant bel et bien « volé » le mari (bisexuel !) de Vanessa Redgrave. Il va quitter sa femme, attiré par la sulfureuse héroïne de « Jules et Jim », en 1967. Ensuite, cette diablesse de Française l’abandonnera pour un jeune marin de treize ans son cadet !
Avec Marcello Mastroianni sur le tournage de « La nuit », d’Antonioni, en octobre 1960.© akg / MONDADORI PORTFOLIO/Walter Mori
Les jeunes gens, elle n’a jamais dit non. Elle qui, à la suite d’un cancer de l’utérus, s’est retrouvée ménopausée à la trentaine, vieillie prématurément, eh bien, elle ne cache pas son âge. « J’ai trop vu dans ma jeunesse des actrices auxquelles on donnait dix ans de plus. Alors moi, je dis mon âge, c’est plus clair. » Et certains jeunes hommes craquent, comme l’acteur Pierre-Loup Rajot en 1987. Il a la trentaine ; elle, la cinquantaine. Sa copine Marguerite Duras est bien en couple avec Yann Andréa, une trentaine d’années de moins. Des pionnières qui assument. A Aurélie Raya, pour Paris Match, Jeanne Moreau racontait ses virées alcoolisées avec « Margot ». Elles finissaient dans les bars de routiers aux portes de Paris. Une jouisseuse. Elle savait boire. Mais aussi cuisiner. Au chroniqueur gastronomique François Simon, elle confiait une de ses dernières recettes, un potage aux petits pois : « Je fais cuire les cosses et je les passe au mixeur avec une pointe de gingembre. C’est divin. » En connaisseuse, cette piquante ajoutait : « J’ai une prédilection pour les poivres. »
Inscription à :
Articles (Atom)









