Affichage des articles dont le libellé est Santiago Artozqui. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Santiago Artozqui. Afficher tous les articles

jeudi 12 janvier 2023

Santiago Artozqui / Traduire Svetlana Alexievitch

 

Svetlana Alexievitch


Traduire Svetlana Alexievitch

par Santiago Artozqui
11 janvier 2016

 

Traductrice de Boris Pasternak, Boris Pilniak, Nadejda Mandelstam et de bien d’autres auteurs en langue russe, Sophie Benech a vu son travail distingué à plusieurs reprises, notamment par le prix Laure Bataillon classique. Elle a également fondé les Éditions Interférences sur un coup de cœur littéraire, en 1992, mais c’est en tant que traductrice de deux des livres de Svetlana Alexievitch – Ensorcelés par la mort et La Fin de l’homme rouge – qu’elle nous rencontre aujourd’hui.

 

Svetlana Alexievitch ©Jean-Luc Bertini

 Svetlana Alexievitch a construit son œuvre sur des témoignages qu’elle a recueillis pendant des années. Quelles difficultés cette oralité pose-t-elle au traducteur ?

Les livres de Svetlana Alexievitch s’inscrivent dans une forme littéraire qui demande, au vu des sujets qu’elle aborde, une grande rigueur intellectuelle, de l’honnêteté et de l’intégrité, de sa part comme de celle du traducteur. À partir des paroles qu’elle a entendues, son problème, en tant qu’écrivain, c’est de rendre tout ce qui n’est pas écrit dans la transcription, mais qui est véhiculé par autre chose, par la voix, par l’attitude de la personne : tout cela, Alexievitch le restitue par le travail littéraire qu’elle fait sur son texte, les phrases qu’elle sélectionne, la manière dont elle les articule… C’est ainsi qu’elle transpose l’ambiance et l’intonation, et qu’elle construit sa narration. Comme dans toute traduction, notre rôle consiste à capter ce rythme, cette ambiance, et à les rendre en français. Cela passe par le style. Tout passe par le style.

Avez-vous rencontré des problèmes de registre de langue pour traduire ces témoignages ?

Le dernier livre de Svetlana Alexievitch que j’ai traduit, La Fin de l’homme rouge, contient des témoignages, mais aussi des propos qu’elle appelle : « bruits de la rue, conversations de cuisine ». Des rumeurs. Des gens qui parlent. Ce ne sont pas des dialogues, simplement la juxtaposition de beaucoup de répliques, et donc une oralité qui pose le problème de la transposition du langage parlé. Il faut rendre un texte qui soit naturel en français. Ce qui me frappe, quand j’écoute des émissions de radio ou de télé des années 1950 et 1960, c’est qu’à l’époque, les Français s’exprimaient bien plus correctement qu’aujourd’hui, ils avaient un vocabulaire plus riche. Je trouve que beaucoup de Russes ont un langage qui ressemble à celui que nous avions alors, probablement parce que l’instruction dispensée dans les écoles d’Union soviétique était d’un très bon niveau. Et la langue qu’ils parlent se prête bien à la forme littéraire.

Par ailleurs, Svletana affirme que lorsqu’on a une conversation profonde avec quelqu’un, lorsqu’on touche à des sujets vitaux, les gens trouvent des paroles beaucoup plus poétiques, des images plus vivantes et plus fortes. Je crois qu’elle a raison… Et je pense également aux contes populaires, des textes où l’on trouve des phrases très poétiques et qui circulent depuis longtemps sans qu’on en connaisse l’auteur. La qualité de la langue parlée en Russie résulte peut-être aussi de ce fonds commun.

En tant que russophone et traductrice, où situez-vous l’écriture d’Alexievitch dans le paysage littéraire russe ?

Avant elle, quelques précurseurs de cette littérature documentaire ont employé cette technique, par exemple des gens qui ont recueilli des témoignages pendant la guerre de 14-18. Moi, elle me fait penser à Chalamov, un des plus grands écrivains russes à avoir écrit sur le Goulag. Il a passé dix-sept ans à la Kolyma, dans les mines d’or, et a laissé les plus beaux récits de la littérature russe sur les camps. Dans cinq cents ans, Chalamov sera encore là. Il a beaucoup réfléchi sur le sens à donner au fait d’écrire à propos d’expériences extrêmes, ainsi que sur la question : « a-t-on le droit de faire de la littérature sur les camps ? » D’après lui, la littérature de l’avenir, c’est le document, le document va l’emporter sur le roman. Alexievitch dit à peu près la même chose lorsqu’elle affirme que le prix Nobel constitue la reconnaissance d’une sorte de littérature fondée sur le document, mais qui ne se réduit pas à cela et qui devient de plus en plus importante, sans pour autant tuer le roman, bien sûr.

Vous avez travaillé sur cet auteur pendant une période de vingt ans. Quelles différences avez-vous ressenties entre la Svetlana de 1994 et celle de 2013 ?

D’après Svetlana Alexievitch elle-même, le premier livre que j’ai traduit, Ensorcelés par la mort, est une sorte d’embryon du dernier, La Fin de l’homme rouge. Dans les années 1990, il y a eu une vague de suicides en Russie à la suite de la chute de l’Union soviétique ; Alexievitch a recueilli des témoignages de personnes qui avaient survécu à leur tentative de suicide, ou de proches de suicidés, et elle a fait ce premier livre. Puis, lorsqu’elle l’a terminé, elle s’est rendu compte qu’elle voulait prendre une autre direction. Elle l’a donc mis de côté et a écrit La Fin de l’homme rouge, qui en reprend quelques extraits, mais agencés différemment. Une différence qui ne relève pas tant du style que de la façon dont elle a utilisé ces témoignages pour mieux les recentrer sur ce qu’elle voulait dire. Évidemment, c’est subjectif. Le choix des phrases, des passages… Quand elle écrit, elle a une idée vers laquelle elle progresse et qui s’affine au fur et à mesure. Dans chaque livre, elle essaie de poser une question. D’après moi, ce qui a changé en vingt ans, ce n’est pas tant sa méthode de travail que la question qu’elle s’est posée.

Quand vous traduisez, vous interagissez beaucoup avec elle ?

Non, pas tant que ça. Avec le temps, je me suis rendu compte qu’il valait mieux poser des questions aux collègues. Très souvent, sauf quand il s’agit d’éclaircir un point purement factuel, nos questions sont mal comprises par les auteurs, qui ont tendance à ne pas voir quel est le problème, surtout s’ils ne connaissent pas la langue cible. Cela dit, j’aime beaucoup Svletana, nous avons des rapports amicaux, et c’est important dans le sens où on est sur le même plan. Quand on parle de certaines choses, on s’aperçoit qu’on les comprend de la même manière, et lorsqu’un traducteur se dit : « je comprends la personne, je sens ce qui l’intéresse chez les gens, le niveau de profondeur auquel elle se trouve », je pense que ça peut l’aider dans sa traduction. J’espère que je la traduis mieux que si je ne la comprenais pas, ou que si je n’avais aucun atome crochu avec elle. C’est plutôt ça… J’ai l’impression de ressentir les choses comme elle a pu les ressentir. Pour moi, quand on traduit, il est important d’aimer l’auteur qu’on traduit.

On sait que le choix des titres relève souvent de l’éditeur et non du traducteur. Les cercueils de zinc, en russe, c’est Les Garçons de zinc, et La SupplicationLa prière de Tchernobyl. Que pensez-vous des traductions de ces titres ?

Le titre d’un livre, c’est très important, et Alexievitch dit qu’elle ne comprend vraiment la direction qu’elle veut donner aux siens que lorsqu’elle l’a trouvé. La Fin de l’homme rouge ne s’appelle pas comme ça. En russe, c’est L’Époque de seconde main. Pourtant, ce titre est essentiel pour Alexievitch. En français, on aurait pu dire “Le temps du recyclage” : le recyclage des idées, des idéologies, mais également de ce que les Russes vont récupérer en Occident. Pendant les années 1990, on recyclait sur les marchés russes tout ce qui venait de l’Ouest, les vêtements, les médicaments… mais aussi les idées. Cet aspect-là, fondamental, est absent du titre français. Cela dit, les éditeurs ont leurs raisons, et il est vrai qu’un mauvais titre peut également tuer un livre.

Svetlana Alexievitch affirme que La Supplication est son livre le plus important. Diriez-vous la même chose et pourquoi ?

Ce qu’elle dit, c’est que La Supplication est le livre qui l’a le plus marquée, car il traite d’un événement inédit. Quand elle essayait de faire parler les gens, elle s’apercevait que c’était la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’une telle chose se produisait, et donc qu’il n’existait aucune littérature, aucun discours préalable sur ce sujet. C’est cela qui l’a marquée. Les guerres, l’écroulement d’un empire, il y a des précédents, même si tout n’est pas comparable. Tchernobyl, c’est autre chose. Une chose pour laquelle on n’avait pas de mots. Svetlana Alexievitch a donc essayé de mettre des mots sur cette chose-là.

Par ailleurs, elle dit aussi que le livre qui l’a fait changer, qui lui a fait prendre conscience du mensonge soviétique dans lequel elle avait grandi, c’est Les cercueils de zinc, quand elle est allée en Afghanistan et qu’elle s’est aperçue que tout ce dans quoi elle avait grandi était faux. Les Russes étaient haïs par les Afghans, alors qu’en URSS, tout le monde pensait qu’ils avaient été accueillis là-bas en libérateurs. Elle a compris le fossé qui existait entre ce qu’on leur répétait depuis leur enfance et la réalité. Cependant, elle considère que ces cinq livres, que ce cycle de chroniques sur l’Union soviétique est terminé. Vivre pendant tant d’années avec ces témoignages si déchirants a été dur, d’autant que pour les écrire elle les a fait passer à travers elle. Maintenant, elle a envie d’écrire sur l’amour, la vieillesse et la mort, mais au terme de vies qui ne sont pas nécessairement tragiques.

Pour conclure, quelle est votre actualité ?

Je viens de traduire pour Gallimard La Mouette au sang bleu, de Iouri Bouïda, un auteur contemporain avec un univers à la Faulkner, l’histoire d’une actrice folle de Tchekhov. Son premier livre, Le Train zéro, était un tout petit récit, mais très beau, une parabole sur un train qui passe toujours et qui ne s’arrête jamais. Rien à voir avec Alexievitch, donc, mais tout aussi passionnant. Par ailleurs, je commence les Notes sur Akhmatova, de Lydia Tchoukovskaïa, avec les éditions Le Bruit du temps, qui ont publié les Œuvres complètes d’Isaac Babel.

Propos recueillis par Santiago Artozqui

EN ATTENDANT NADEAU


mardi 27 décembre 2022

La poésie bilingue

 

Nicanor Parra



La poésie bilingue

par Santiago Artozqui
15 août 2017

L’édition bilingue de recueils de poésie est une pratique répandue dans le paysage éditorial français, en vertu du principe, essentiel en traduction, selon lequel l’original fait référence. Mais peut-on mettre de tels livres entre toutes les mains ?

Traduire un poème est l’une des activités les plus intéressantes et les plus difficiles qui soient, parce qu’elle implique de restituer autant de caractéristiques du texte original que possible. Tout compte : le sens, le son, le rythme, la graphie, les assonances, la densité, les références… Pour le traducteur, la tâche est extrêmement ardue : il doit faire plus de choix que d’habitude, et la note, cette espèce de stigmate judéo-chrétien où il bat sa coulpe et confesse ses errements, ne lui est d’aucun secours. Elle brise cela même qu’elle veut préserver, car il en va des poèmes comme des histoires drôles : quand on doit les expliquer, ça ne fonctionne plus. Pourtant, ces choix, il faut les faire, car, sans eux, pas de traduction. Alors, comment permettre au lecteur de « perdre » un peu moins de substance ? Nombreux sont les éditeurs de poésie qui ont répondu à cette question en publiant dans le même ouvrage les originaux et leur traduction ; en bilingue, donc.

Traduction poésie bilingue

À première vue, c’est une bonne idée, qu’on peut mettre en pratique de deux façons, en présentant les textes en vis-à-vis ou consécutivement, et qui dans les deux cas présente des avantages, que l’on comprenne ou non la langue d’origine. Par exemple, En attendant Nadeau a publié la traduction d’un poème de Ko Un, « Un temps avec les poètes morts », suivi de l’original. Remarquons que l’on peut ne rien connaître au coréen et néanmoins apprécier la beauté graphique du poème, la régularité des signes, leur symétrie… On peut même aller plus loin et noter que les septième et huitième vers du deuxième paragraphe, que Ye Young Chung a traduits par « Je suis plus que moi-même / Tu es plus que toi-même », ne diffèrent que par le premier et le troisième idéogramme… En observant cette graphie étrangère, on « analyse », on fantasme un peu, mais d’une certaine façon on a l’impression de mieux approcher la culture de l’autre. Le choix de la présentation en consécutif est également celui des « Cahiers de poésie bilingue » édités par les Presses Sorbonne Nouvelle, qui publient de la poésie contemporaine – Konstantin Pavlov, traduit du bulgare par Marie Vrinat-Nilolov, ou Maria Tsoutsoura, trad. du grec par Stéphane Sawas –, mais aussi des classiques comme ces Poèmes de l’Inde ancienne, traduits par Nalini Balbir, écrits entre le IIIe et le Ve siècle de notre ère. Néanmoins, toute médaille a son revers. La consultation de l’une et l’autre versions oblige à tourner sans cesse les pages. On peut rapidement se perdre et surtout perdre de vue le poème : en effet, devant le texte magnifique et poignant de Ko Un qui chante la présence des âmes des poètes morts en chacun d’entre nous, il serait dommage de se contenter de deviner comment s’écrit « toi-même » en coréen.

Cette dérive de l’attention est encore plus flagrante quand on présente les traductions en juxtalinéaire. Car, en consécutif, on aura tendance à lire le texte dans son ensemble et à se laisser aller vers lui plutôt qu’à faire des va-et-vient systématiques entre les deux versions. Mais lorsqu’on dispose l’original sur la page de gauche (aussi nommée « fausse page » dans le jargon éditorial) et sa traduction française sur celle de droite (la « belle page », qu’on réserve traditionnellement à notre « belle langue » dans les éditions de poésie bilingue), on incite le lecteur à comparer l’original et la traduction. Est-ce une bonne idée ? Cela dépend. Pour celui qui n’a jamais lu le poème, plutôt non, car cette mise en page, au lieu d’ajouter du sens, va créer un filtre supplémentaire (la tentation de la comparaison) entre le lecteur et le texte. Quand on veut découvrir un auteur, c’est le meilleur moyen de passer à côté. À moins d’être doté d’une volonté de fer ou d’une totale absence de curiosité (caractéristiques qu’on n’associe pas nécessairement au lecteur de poésie), il est difficile d’empêcher l’œil de glisser sur la fausse page et le cerveau de sortir du texte. Pour qui connaît déjà l’œuvre, c’est différent. Une relecture s’accommode en effet fort bien de la présentation juxtalinéaire, laquelle permet de creuser plus loin dans le texte et ouvre des pistes, des perspectives. On peut ainsi, quand on connaît la langue de l’original, tenter de comprendre tel ou tel choix de traduction, la mise en avant de telle facette plutôt que de telle autre (comme l’explique Jacques Darras dans « Le traducteur traduit » à propos du mot « pas », selon qu’on l’interprète comme une négation ou comme le fait de marcher).

Lorsqu’on dispose de plusieurs traductions d’un même texte, cela devient passionnant, parce qu’on est en mesure de comparer les lectures, les approches et la visée de chaque version. On trouvera par exemple qu’une traduction rend mieux le souffle, qu’une autre est plus précise, qu’une troisième réunit les qualités des deux premières, mais au détriment de la métrique… Tout cela met au jour des aspects d’un texte très utiles à qui étudie la traduction ou en a fait son métier, mais qu’un lecteur lambda peut également apprécier, parce qu’il en retirera une compréhension plus profonde de l’œuvre. D’ailleurs, les lectures les plus « exotiques » révèlent souvent des aspects jusque-là ignorés d’un texte. J’en veux pour preuve l’excellentissime recueil que l’éditeur manceau Les doigts dans la prose a publié il y a trois ou quatre ans, une édition quadrilingue des Vingt sonnets à Marie Stuart de Joseph Brodsky, qui présentait les versions de telle sorte qu’on pouvait lire en vis-à-vis les traductions françaises de Claude Ernoult (1987) et d’André Markowicz (2013), et constater à quel point elles diffèrent. Sans aller chercher les exemples les plus extrêmes, citons simplement les vers 3 et 4 du sonnet XIX :

« Six heures, c’est l’instant où s’interrompt la vie

sans qu’au cadran solaire un arrêt soit marqué. »   (Ernoult)

« La vie s’arrête à 6 P.M. de soir

en soir sans déranger le char solaire. »        (Markowicz)

Subitement, Brodsky semble moins hugolien !

Traduction poésie bilingue

Joseph Brodsky

Toutefois, dans certains contextes, l’original et sa traduction ne suffisent pas. C’est le cas de la Fable de Polyphème et Galatée, de Luis de Góngora, publiée l’automne dernier chez Gallimard dans une traduction de Jacques Ancet (lequel a en outre rédigé une préface aussi érudite que passionnante sur l’auteur, la poésie du Siècle d’or espagnol, la nécessité de la retraduction et les raisons qui ont motivé ses choix : un véritable essai qui mériterait une recension à lui seul). Luis de Góngora est un poète hermétique, notamment en ce qu’il suppose que son lecteur connaît déjà l’histoire qu’il va lui raconter. C’était vrai à l’époque, ça ne l’est plus aujourd’hui. Chaque binôme poème/traduction est donc assorti d’un troisième texte, une version en prose qui « aide le lecteur à s’orienter dans le labyrinthe syntaxique ou la concentration souvent très elliptique de l’écriture de Góngora, ainsi que dans le tissu d’allusions mythologiques que suppose la lecture de la fable ». La nécessité de ce triptyque confirme qu’on traduit dans le temps aussi bien que dans l’espace, et que la langue d’un auteur n’est pas qu’un lexique assorti d’une syntaxe et d’usages, mais bien la partie émergée du contexte culturel et social dans lequel il écrit (phénomène qui n’est une surprise pour personne, mais que la Fable de Góngora illustre parfaitement).

 

Traduction poésie bilingue

Luis de Góngora par Diego Velasquez

Reste le cas le plus fréquent, la traduction bilingue en juxtalinéaire, comme décrite plus haut. Citons quelques exemples classiques : Emily Dickinson, Poésies complètes, traduit par Françoise Delphy (Flammarion) ; Paris, d’E. E. Cummings, traduit par Jacques Demarcq (Seghers) ; ou encore le magnifique pavé de Nicanor Parra dont a parlé En attendant Nadeau, traduit par Bernard Pautrat avec la collaboration de Felipe Tupper (Seuil). Le Parra, 700 pages, 1 027 grammes ; le Dickinson, 1 472 pages, 1 215 grammes. À l’évidence, des ouvrages plutôt destinés aux tables des bibliothèques qu’aux guéridons des terrasses estivales. Et pour les avoir longuement consultés ces derniers temps, notamment en vue de la rédaction de cet article, j’ai constaté que « l’expérience de lecture », comme disent les Anglo-Saxons, était effectivement modifiée par la présence de l’original en vis-à-vis de sa traduction, pour les raisons citées plus haut. Alors, peut-on mettre ces ouvrages entre toutes les mains ? Oui, bien sûr, ce n’était d’ailleurs qu’une question rhétorique. Lire de la poésie en bilingue, ce n’est ni mieux ni moins bien que d’en lire en version originale ou en version française, c’est simplement différent (et un peu plus fatigant, parce qu’en moyenne les bouquins sont deux fois plus lourds).


Retrouvez tous les articles de notre dossier consacré à la traduction en suivant ce lien.


EN ATTENDANT NADEAU