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lundi 13 avril 2020

En Suisse, le nombre de nouveaux cas continue d'augmenter


Une femme fait du sport à Genève, le 12 avril 2020.

En Suisse, le nombre de nouveaux cas continue d'augmenter


Malgré un bon respect des mesures sanitaires, les infections continuent de croître en Suisse. L'Espagne tente de relancer une économie encore fragile. Les Etats-Unis restent le pays le plus touché par l'épidémie. Notre suivi de la journée du lundi 13 avril


Le Temps avec les agences
Publié lundi 13 avril 2020 à 09:14
Modifié lundi 13 avril 2020 à 13:02

L'essentiel

Alors que la question de la discipline de confinement a été mise en avant comme enjeu du week-end pascal, les polices cantonales constatent un bon respect des mesures sanitaires.
Pays le plus touché, les Etats-Unis recensent dimanche soir 1514 nouveaux décès dus au coronavirus en 24 heures. Un chiffre en repli pour le deuxième jour consécutif.
Dans son discours du dimanche de Pâques, le pape François a appelé à réduire, voire d'annuler la dette des pays les plus pauvres.

En Suisse, le nombre de nouveaux cas continue d'augmenter

La Suisse enregistre un total de 25 580 cas, soit 280 cas supplémentaires en un jour. Un ralentissement des nouvelles contaminations est toutefois observé. Dimanche, le pays comptait 400 nouveaux cas. Samedi, ce chiffre s'élevait à 592. «Le nombre de cas est soumis à une fluctuation hebdomadaire avec des nombres plus faibles le week-end», précise l'Office fédéral de la santé dans un rapport publié ce lundi. La Suisse comptabilise 885 décès depuis le début de la crise.

L'Espagne parie sur la reprise du travail

Malgré un rebond dimanche du nombre de morts causés par la pandémie du coronavirus, l'Espagne va faire lundi le pari de l'optimisme, en autorisant une reprise partielle du travail. Les Espagnols seront autorisés à reprendre, dans une certaine mesure, le chemin des usines, des chantiers et des bureaux. «Nous restons loin de la victoire, du moment où nous retrouverons cette normalité dans nos vies», a déclaré dimanche le chef du gouvernement Pedro Sanchez.
Pour tenter de relancer une économie encore fragile tout en évitant un rebond des contagions, les autorités espagnoles ont annoncé la distribution, dans les métros et les gares, de dix millions de masques aux personnes obligées d'emprunter les transports en commun.

Un couple de globe-trotteurs bloqué sur un parking de Floride

«Nous attendrons, comme tout le monde.» Cela fait quatre ans qu'ils parcourent le monde, visitant cinquante pays sur cinq continents. Mais à cause de la pandémie, ce couple est bloqué en Floride et vit depuis deux semaines sur un parking près de Miami, avec des visas sur le point d'expirer. «Nous avions un rêve, et ce rêve était de traverser le monde en voiture», raconte l'Italien Aldo Giaquinto, 38 ans, qui voyage avec son épouse Vera Kozlovskaia, une Moldave de 35 ans.
Aldo Giaquinto prépare son petit-déjeuner sur un parking de Miami, le 10 avril 2020.AFP

Bloqué, le couple se sent nerveux. Ils ont demandé à prolonger leur visa de touristes mais ils n'ont pas encore obtenu de réponse. «Nous savons qu'il y a des gens dont la situation est bien pire, nous sommes reconnaissants pour tout ce que nous avons», confie Vera Kozlovskaia.

Moscou lance un laissez-passer électronique

Un système de laissez-passer électronique voit le jour à Moscou. Objectif: renforcer le contrôle du confinement dans la capitale russe, épicentre de l'épidémie dans le pays avec des services de santé surchargés. Ce laissez-passer concerne les déplacements en voiture ou en transports en commun pour aller, par exemple, au travail, chez le médecin ou à sa maison de campagne.
Les Moscovites pourront encore se déplacer librement à pied pour aller au supermarché ou promener leur chien. Mais la mairie a prévenu qu'elle pourrait élargir le système à ces déplacements piétons dans son quartier.

En Suisse, les mesures sanitaires sont globalement respectées

Le week-end de Pâques a fait craindre un relâchement de la population. Mais selon les polices cantonales, les mesures de confinement sont globalement respectées. Si quelques personnes ont visité des lieux touristiques fermés, le nombre d’amendes comptabilisé reste dans la moyenne, indique la RTS. La circulation routière est fluide dans le pays, à l'image du Gothard où le trafic a jusqu'ici été calme.

L'espoir d'un ralentissement aux Etats-Unis

«C'est une peste comme notre pays n'en a jamais vu, mais nous gagnons la bataille, nous gagnons la guerre», affirme le président Donald Trump dans un message vidéo de Pâques sur Twitter. Les Etats-Unis recensent dimanche soir 1514 nouveaux décès dus au coronavirus en 24 heures, selon un décompte quotidien de l'université Johns Hopkins. Ce chiffre est en repli pour le second jour consécutif.
L'université américaine de médecine, dont les bilans font référence, avait recensé 1920 nouveaux morts samedi et 2108 vendredi. Les Etats-Unis sont le pays le plus touché par le Covid-19 avec au moins 22 020 décès et plus de 555 000 cas confirmés à ce jour.
La situation est particulièrement grave dans l'Etat de New York, épicentre de la maladie avec plus de 9000 morts, dont près de 7000 dans la seule ville de New York. «On ne voit pas de baisse importante, c'est juste une stabilisation», a nuancé dimanche le gouverneur de l'Etat, Andrew Cuomo. Donald Trump et son administration ont été avertis à plusieurs reprises de la menace que le virus pouvait représenter pour la vie et l'économie du pays. «Une action plus précoce aurait pu freiner la propagation»,

dimanche 24 avril 2016

Ugo Rondinone / "La nature est ma religion"


Ugo Rondinone : "La nature est ma religion"

Par Shirine Saad 
Le 29 mars 2016


Les inspirations poétiques du plasticien suisse nous emportent dans un voyage à travers le temps et l’imaginaire. Portrait d’un artiste rock qui rêve en couleur.

Ugo Rondinone a redonné vie à l’église baptiste Mount Moriah à Harlem ; longtemps abandonnée, elle a été transformée en studio-résidence. Dans la grandiose entrée où les mosaïques originales ont été restaurées, un colosse de pierre siège sur son socle. Plus loin, derrière les lourdes portes de bois, le studio de l’artiste est rempli de clowns à taille humaine, que son équipe habille pour une nouvelle exposition. Des horloges de verre teinté suspendues au plafond rappellent les vitraux intacts de la bâtisse originale. Au milieu de ce décor spectaculaire, de grands arbres noirs. Au mur, des canevas découpés en forme de nuages attendent d’être recouverts d’aérosol bleu ciel. Dans un studio adjacent, un joyeux groupe d’assistants perfectionne des sculptures en pierre peinte de couleur fluorescente, qui seront prochainement exposées dans le désert du Nevada (1). Les espaces privés regorgent aussi d’œuvres d’art (Urs Fischer, Sarah Lucas) que l’artiste collectionne. Le poète new-yorkais John Giorno, qui partage la vie de Rondinone depuis vingt ans, y a installé son studio. Voici l’univers bariolé, fantasque et onirique d’Ugo Rondinone.
Né en 1964 à Brunnen, en Suisse, l’artiste lance sa carrière à Vienne à la fin des années 1980, avec des dessins monochromes de paysages romantiques. Il crée ensuite ses fameuses cibles-mandalas, cercles colorés peints à l’aérosol sur des canevas blancs aux lignes floues. Il multiplie les styles et les références, bâtissant des murs et des portes sans maison, modifiant des photographies de mode, créant des arcs-en-ciel pop géants, des nus de cire mélancoliques, des chevaux et des oiseaux de bronze, des sculptures de pierre...
Chaque nouvelle série contraste avec la précédente pour raconter l’artiste dans une œuvre d’art totale en plusieurs temps, aussi magiquement cathartique qu’universelle. Rondinone crée des associations lyriques et candides, qui font allusion à des thématiques éternelles : l’absurde, le désir, la nature, la société de consommation, la vie, la mort.


Lenteur

La question du temps obsède l’artiste depuis le début de sa carrière. Aussi, il titre ses œuvres de dates biographiques mystérieuses. Au cours de l’élaboration d’une œuvre, il crée un journal intime marqué par l’existentialisme et fait l’éloge de la lenteur comme démarche métaphysique. Ainsi, avec ses montres sans cadran, ses fenêtres bloquées ou ses scènes de cirque figées, le temps ralentit pour créer un univers parallèle propice à la contemplation : c’est l’anti-Hollywood. « La lenteur est un thème important pour moi, puisque je pense que la valeur de l’art est dans sa lenteur inhérente. Je ne cherche pas à entrer en concurrence avec une industrie où la rapidité est la force principale. Au contraire, la lenteur me permet de trouver ma propre voie. Je crois en la créativité individuelle. Je crée mes propres règles et mon temps. Un artiste doit rester indépendant et solitaire. » L’œuvre de Rondinone est marquée par une dualité intrinsèque entre cette lenteur et une qualité industrielle, inexorable après les ready-mades de Duchamp. Les sculptures de pierre semblent précaires, mais exigent de rigoureuses techniques d’architecture. Pour l’artiste, ces contrastes témoignent de la frontière factice entre réalité et fiction, nature et culture, art et entertainment.


L’absurde

La pensée de Samuel Beckett imprègne l’œuvre de Rondinone, qui refuse d’offrir un projet de vie et propose plutôt des moments d’existence mélancoliques. Pour Rondinone, artiste prestigieux mais notoirement timide, l’artiste est l’anti-entertainer, l’anti-intellectuel public, l’antistar. « L’art ne doit avoir aucune proposition, mais n’existe que pour nourrir l’âme et pour se trouver. L’art est l’extension de mon être. Et, bien entendu, la vie est absurde. Elle n’a aucun sens. Comme le dit le titre de l’une de mes expositions (à Shanghai) Breathe, Walk, Die (“respire, marche, meurs”), c’est une répétition éternelle. La frontière entre le sérieux et l’absurde est si fine que l’on peut aisément la traverser. Nous devons inventer nos propres valeurs puisque celles de la société n’ont aucun sens. »


La poésie

« Comme l’art, la poésie n’est pas logique. Comme l’art, elle vous oblige à ralentir, à ne pas essayer de comprendre puisqu’il faut sentir un poème tout comme il faut sentir une œuvre d’art. Il faut s’ouvrir aux sons du monde. » L’expérience poétique est essentielle à l’œuvre de Rondinone, qui présente des images immédiates, simples, naïves, enfantines, subtilement manipulées, cherchant à provoquer des réactions plutôt émotives que cérébrales. Par ailleurs, il aime juxtaposer des mots et des phrases à connotation personnelle à ses œuvres sans créer de lien descriptif évident. Un monstre de bronze repeint en argent est titré Sunrise. Un olivier en aluminium :Feel, You Feel, We Feel Through Each Other Into Ourselves. Une fenêtre masquée de Plexiglas rouge : The Stillness. De ces associations libres, réminiscences des cadavres exquis des surréalistes, importante influence pour Rondinone, émerge un mystère dont seul l’artiste a la clé. « J’aime la simplicité du langage, quand le mot devient une image, une icône. J’utilise le langage pour renforcer l’émotion de l’œuvre d’art. »


La mélancolie

Pour Rondinone, l’art permet de provoquer un état de mélancolie, à l’écart de l’agitation de la vie quotidienne, permettant de rêver d’un horizon imaginaire. « La mélancolie, ce n’est pas la tristesse, explique l’artiste. C’est un désir pour quelque chose dont on pense manquer sans savoir exactement ce qu’il est. C’est imaginer une fin heureuse au bout de l’horizon. La mélancolie me motive puisque le sentiment de ne pas être comblé doit être comblé. » Comme ses clowns apathiques, contemplant une réalité parallèle, il cherche à maintenir un état de passivité par rapport à la société hypermédiatisée. « C’est à ce moment-là que l’on s’ouvre et que l’on accueille tout ce qui se passe en soi. Rothko par exemple aurait été inimaginable dans un rôle actif. »

La nature

Les premiers dessins à l’encre, traçant les lignes sinueuses d’arbres et de forêts, ont établi le thème essentiel de son œuvre : la nature. Depuis, l’artiste crée des lithographies de ciels étoilés, des nuages peints à l’aérosol, des séries d’arbres métalliques, des sculptures de pierre évoquant des « montagnes magiques »… Tel le promeneur romantique, Rondinone retourne à la nature consolatrice au fil de sa vie. « La nature est ma religion et les arbres sont mes amis. C’est elle qui me donne toutes mes idées. Tout existe déjà dans la nature. La nature, c’est aussi cette notion d’horizon infini, cette notion romantique de méditation et de recherche de soi. » Lors de ses explorations dans son village natal en Suisse, Rondinone se met à mouler les oliviers anciens, qu’il recrée en aluminium, telles des « capsules de temps ». Il les repeint en blanc pour donner l’illusion de fantômes d’arbres, « les fantômes du temps qui passe ».


Gesamtkunstwerk (Œuvre d'art totale)

Les expositions de Rondinone ne présentent pas les œuvres comme des entités indépendantes, mais plutôt comme un tout formant un univers multimédia, souvent isolé du monde extérieur. Rondinone construit des thématiques qui se répètent et se complètent, des références à l’histoire de l’art (du romantisme au surréalisme en passant par le pop art et le minimalisme). Il crée une œuvre d’art totale, à l’image des opéras romantiques de Wagner. « Ma génération est la première qui n’a eu aucun autre choix que de créer un Gesamtkunstwerk. Avant les années 1980, l’avant-garde existait. Mais depuis, il n’y a plus de mouvements. Nous recyclons l’histoire de l’art. Nous créons notre style à travers ceux d’autres artistes. Dans une œuvre d’art totale, on peut aligner des images et des moments et voir une impression de votre vie. Tout est connecté. » Contrastant ses paysages avec les cibles, les sculptures de pierre avec les clowns mous, les arbres fantômes avec les nuages artificiels, Rondinone invente un monde de son propre imaginaire où tous les éléments reflètent les émotions et les phases de l’existence. 
(1) Seven Magic Mountains, Art Production Fund & Nevada Museum of Art, jusqu’en 2018 dans le désert du Nevada (viaartfund.org). À voir aussi : Ugo Rondinone, Vocabulary of SolitudeMuseum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam, jusqu’au 29 mai. Ugo Rondinone, Becoming SoilCarré d’Art, Nîmes, du 14 avril au 18 septembre .