dimanche 6 novembre 2016

UN MONSTRE DE BONNE COMPAGNIE


Couverture de «Le monstre du placard existe... et je vais vous le prouver», de Bruno Salamone et Antoine Dole.
Couverture de «Le monstre du placard existe... et je vais vous le prouver»,
de Bruno Salamone et Antoine Dole.

UN MONSTRE DE BONNE COMPAGNIE


Par Johanna Luyssen— 28 octobre 2016 à 13:25

 Un monstre gentil et des carabistouilles d'enfant, à lire dès 3 ans.


Disons-le sans ambages, notre œil a d’abord été attiré par la joliesse du trait de Bruno Salamone (à ne pas confondre avec Bruno Salomone, le type qui était dans Nous Ç Nous avec Jean Dujardin à la fin des années 90). En mai, déjà, on avait remarqué le délicat coup de crayon de cet illustrateur jeunesse dans un album à la thématique elle aussi monstrueuse, le Grand Livre de tous les méchants (Milan jeunesse). Et puis voici cet album, ce grand monstre gentil et mélancolique, énorme, velu et délicat, une bête hénaurme qui nous regarde l’air de dire «c’est pas moi».
Et c’est vrai que si la thématique monstrueuse est une ressource inépuisable pour les concepteurs d’histoire pour enfants, en littérature comme au cinéma (Monstres et compagnieMax et les maximonstres, etc.), elle ne perd jamais de son potentiel de fascination. D’autant que si d’ordinaire, en littérature jeunesse, la figure du monstre est ridiculisée, ce n’est pas le cas ici ; nous avons simplement affaire à un petit garçon qui explique ses bêtises par la présence d’un monstre dans le placard. Car il est évident que s’il n’était pas là, le petit garçon serait bien sage et ne ferait aucune sottise.
Le monstre est ainsi responsable du désordre dans la chambre (il essaie tous les jouets), de la scission perpétuelle des paires de chaussettes (figurez-vous qu’il se nourrit de chaussettes sales), des inondations de la salle de bains à l’heure des ablutions (il confond baignoire et piscine). Bien entendu, tout monstre qu’il est, il a tout de même peur du noir, d’où la veilleuse dans la chambre.
On essaie de ne pas verser dans la psychanalyse de comptoir, mais enfin, cela saute aux yeux : cet album met délicatement en scène la bataille qui se joue chez l’enfant entre le ça (les pulsions) et le surmoi (les normes imposées). Si on résume l’affaire en une équation, cela donne : manger tout le chocolat = pas bien = ça tombe bien, c’est pas moi = c’est le monstre.
Le monstre est évidemment l’avatar de l’enfant, celui qui fait les bêtises, mais puisque tout être humain un tant soit peu régulé socialement est conscient qu’il ne peut pas toutes les assumer, il trouve en la personne du monstre un bouc émissaire idéal. Ainsi, l’enfant met délicieusement en scène des mensonges qui sont en fait des histoires, qu’il se raconte à lui-même, et aussi aux parents. Il va de soi que ces histoires l’aident à grandir.
Une fois cette courte et savante explication délivrée, concluons en chantant les louanges du trait monstrueux, tendre et espiègle de Bruno Salamone, ainsi du talent d’écrivain jeunesse d’Antoine Dole, qui réussit, d’une plume vive et enlevée, à nous raconter cette amusante histoire de placard à lire aux enfants dès, mettons, trois ans.
Le monstre du placard existe, et je vais vous le prouver… Texte : Antoine Dole. Illustrations : Bruno Salamone. Actes Sud Junior, 40 pages, 15 euros 90.
LIBERATION


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