mardi 10 mai 2016

Helena Almeida / Corpus

Helena Almeida, Saída negra [Black Exit], 1995 Photographie noir et blanc (5 éléments), 71 × 48 cm (chaque) Coll. Norlinda and José Lima, long-term loan to Núcleo de Arte da Oliva Creative Factory, S. João da Madeira. Photo Aníbal Lemos, courtesy Núcleo de Arte da Oliva Creative Factory, S. João da Madeira

Helena Almeida

Corpus

9 févr. — 22 mai 2016 au Jeu de Paume à Paris



L’exposition « Corpus » présente un ensemble d’oeuvres – peinture, photographie, vidéo et dessin – réalisées par l’artiste des années 1960 à nos jours dans lesquelles le corps enregistre, occupe et définit l’espace. L’exposition a une dimension rétrospective, parcourant les différentes phases du travail de l’artiste, depuis ses premières oeuvres datant du milieu des années 1960 jusqu’à ses productions les plus récentes.

Après ses premières oeuvres tridimensionnelles, l’artiste trouve dans la photographie un moyen de combattre l’extériorité de la peinture et de faire coïncider sur un même support l’être et le faire, « comme si je ne cessais d’affirmer constamment: ma peinture est mon corps, mon oeuvre est mon corps ». Au-delà des lectures poétiques et métaphoriques que ces oeuvres peuvent inspirer, elles sont des tentatives d’atténuation des limites des médiums, telles celles de la photographie, de la performance et de la sculpture.

Ces corps deviennent simultanément forme sculpturale et espace, objet et sujet, signifiant et signifié. Le travail d’Helena Almeida est un condensé, un acte soigneusement scénographié et hautement poétique. Les représentations de ces événements montrent également le contexte dans lequel l’artiste s’inscrit. Lors d’interviews, elle réfute que ses images soient des autoportraits. C’est toujours son corps qu’elle représente, mais c’est un corps universel.

Vêtue de noir, Helena Almeida intègre dans ses photos des éléments de son atelier. Elle prend des positions qu’elle a minutieusement chorégraphiées afin de créer des compositions complexes, souvent organisées en série. En 1969, pour la première fois, Helena Almeida se fait photographier par son mari, l‘architecte Artur Rosa, collaborant à son oeuvre en tant qu’auteur du registre photographique sous-jacent à cette forme médiatisée d’autoreprésentation, qui devient dès lors une caractéristique de son travail.

Contrairement à d’autres artistes contemporains qui ont recours à l’autoportrait et à l’autoreprésentation pour mettre en scène des personnages grâce à des décors et des poses élaborées – comme, par exemple, Cindy Sherman –, ici, le point de départ est toujours le corps de l’artiste. À travers la photographie, Helena Almeida crée une forte relation entre la représentation (l’acte de peindre ou de dessiner) et la présentation (de son propre corps en tant que « support » de cet acte). « Le corps concret et physique de l’artiste sera constamment égaré, défiguré, occulté par la tâche qui tantôt le prolonge, tantôt le recouvre, qui entre ou sort (vers ou depuis) l’intérieur de ce corps. »

Les oeuvres présentées par Helena Almeida à la Biennale de Venise (en 2005 pour le Portugal) dans l’exposition « Intus », sont des exemples de ses travaux récents, caractérisés par la relation du corps de l’artiste à l’espace (et non plus désormais au dessin ou à la peinture) et par le recours à la photographie (récurrente dans les oeuvres composées de séries) pour retracer une performance de l’artiste au sein de l’espace privé de son atelier.

Pourtant, la même question ne cesse d’habiter l’ensemble du travail d’Helena Almeida : comment un corps et le mouvement d’un corps (toujours celui de l’artiste) parviennent-ils à faire oeuvre d’art ? L’intransigeance avec laquelle Helena Almeida traite ce sujet fait de son oeuvre, comme le dit Isabel Carlos, « l’une des plus radicalement cohérentes de l’art portugais de la seconde moitié du XXe siècle ».

Helena Almeida est une artiste portugaise, connue pour ses oeuvres photographiques, mais aussi pour ses performances, peintures et dessins. Née en 1934 à Lisbonne, où elle vit et travaille, Helena Almeida a achevé un cursus en peinture au département des Beaux-Arts de l’Université de Lisbonne en 1955, exposant régulièrement depuis la fin des années 1960. Son père, le sculpteur Leopoldo de Almeida, la fait participer à ses séances de travail.

Après son mariage avec l’architecte Artur Rosa, Helena Almeida obtient une bourse et part à Paris. Sa première exposition a lieu en 1967. Les premiers travaux de l’artiste, en trois dimensions, révèlent ses influences diverses et renversent la conception traditionnelle de la peinture. À partir de 1969, Helena Almeida commence à travailler sur la notion d’autoreprésentation. Selon elle, il n’y a pas de frontières entre l’oeuvre et le corps de l’artiste. Ses oeuvres ne sont pas des autoportraits, mais se situent à la limite entre la performance, en capturant un instant, et le body art, lorsque son corps est le sujet de l’oeuvre. Au début des années 1970, Helena Almeida revient au dessin et aux oeuvres en trois dimensions, avec l’utilisation de crin de cheval, pour créer une impression de mouvement dans l’oeuvre.

À partir de 1975, Helena Almeida rassemble trois disciplines – la photographie, la peinture et le dessin – utilisant alternativement du crin de cheval ou de la peinture bleue, rouge ou des pigments noirs sur ses photographies. Ses expositions en de multiples lieux et pays – Kettle’s Yard à Cambridge (2009), Fundación Telefónica à Madrid (2008), The Drawing Center à New York (2004), Biennale de Sydney (2004) et Centre galicien d’art contemporain à Saint-Jacques-de-Compostelle (2000) – ont contribué à faire reconnaître, bien au-delà de son pays natal, la place éminente qu’elle occupe sur la scène artistique internationale. Helena Almeida représente le Portugal à la Biennale de Venise, successivement en 1982 puis en 2005.

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