mercredi 28 mars 2018
Mort de Stéphane Audran, la muse de Claude Chabrol
Mort de Stéphane Audran, la muse de Claude Chabrol
DISPARITION - La comédienne, épouse et actrice fétiche du réalisateur Des Biches ou du Boucher vient de s'éteindre à l'âge de 85 ans des suites d'une longue maladie. Une artiste au très long parcours revivifié par Le Festin de Babette, tourné il y a trente ans.
Elle n'avait jamais été mondaine. Mais on ne la voyait plus depuis bien des saisons. Stéphane Audran est décédée ce mardi 27 mars des suites d'une longue maladie, comme vient de l'annoncer son fils, Thomas Chabrol. Elle avait eu 85 ans le 8 novembre dernier.
Si son image demeure attachée aux films qu'elle a tournés avec celui qui fut son deuxième mari, dès l'orée des années 1960, Claude Chabrol, l'étendue de sa filmographie est remarquable.
Stéphane Audran était une femme réfléchie, très spirituelle, qui apportait à chacun des personnages qu'elle incarnait un supplément de gravité, de mystère. Elle était belle, avec un visage au bel ovale, de très grands yeux, une silhouette fine et déliée. Elle n'avait pas succombé à la mode de la blondeur et de la sensualité. Elle avait su conserver, de rôle en rôle et dès sa jeunesse, quelque chose de réservé, qui intimidait.
Elle se nommait Colette Dacheville et c'est sous ce nom qu'elle avait connu son premier mari au cours d'art dramatique: Jean-Louis Trintignant. Ils s'étaient mariés en 1954, mais lui avait été happé par une histoire d'amour sincère et prenante avec Brigitte Bardot...
Sur la crête de la Nouvelle Vague
Stéphane Audran était née à Versailles le 8 novembre 1932. Son père, médecin, était mort alors qu'elle n'avait que six ans et elle avait été élevée par une mère aimante et angoissée qui avait vu avec inquiétude la petite fille prendre le goût du déguisement et la jeune fille suivre des cours d'art dramatique chez Dullin, Balachova, Michel Vitold et René Simon.
Elle avait débuté au théâtre, comme ses camarades, Seyrig, Terzieff, Lonsdale et Trintignant, mais elle n'était pas heureuse, trop timide sans doute. Elle joue pourtant dans Macbeth au Théâtre Montansier de Versailles dans une mise en scène de... Claude Chabrol. Un spectacle qui n'est pas demeuré dans les annales.
Très vite le cinéma va la happer et elle ne quittera guère les plateaux de tournage pendant plus de trente ans. Dès les années cinquante elle débute dans un court-métrage de Daniel Costelle, Le Jeu de la nuit. Et enchaîne avec des films de Hervé Bromberger, Jacques Becker, Éric Rohmer (Le Signe du lion, 1959).
La même année elle tourne son premier film avec Claude Chabrol, Les Cousins. Elle est sur la crête de la Nouvelle Vague! Avec Chabrol, qu'elle soit tête d'affiche ou qu'elle ait des partitions de complément, elle tournera plus de vingt films! Et même deux fois des téléfilms, en 81, le très beau Les Affinités électives puis en 88, L'Escargot noir dans la série «les dossiers de l'inspecteur Lavardin».
Mais c'est évidemment au cinéma et avec lui qu'elle peut déployer toutes les facettes d'un art précis et fin. Citons-les: Les Bonnes femmes en 60, Les Godelureaux en 61, L'Œil du malin en 62, Landru en 63, Le Tigre aime la chair fraîche en 64 (scène coupée, en tout cas elle n'est pas créditée!), la Muette dans Paris vu par en 65 et la même année Marie-Chantal contre Docteur Kha.
Elle est dans la plénitude de sa beauté, de sa jeunesse, de son épanouissement. Elle peut avoir des rôles graves, dramatiques, Stéphane Audran s'amuse. Ainsi se succèdent: La Ligne de démarcation en 1966, Le Scandale en 67, Les Biches avec Jacqueline Bisset, en 68 qui lui vaut l'Ours d'argent de la meilleure actrice à Berlin, La Femme infidèle en 69.
Le charme discret de la bourgeoisie
On n'a peut-être plus idée aujourd'hui de l'importance de ces films. Chabrol ne cessait jamais de travailler, elle non plus. Elle est la femme fidèle à un univers. Elle inspire son cinéaste préféré!
Si dans la décennie des années 1960, elle travaille presque exclusivement avec lui, mais dans les années 1970, elle prend l'air, elle est appelée par d'autres grands réalisateurs.
Avec Claude Chabrol elle tourne Le Boucher. C'est elle qui a l'idée de Jean Yanne et elle reçoit le prix d'interprétation féminine à San Sebastian. Elle est encore au cœur de La Rupture, Juste avant la nuit, plus tard les Folies bourgeoises et Les Liens du sang et jusqu'au Violette Nozière avec Isabelle Huppert en 1978 qui lui vaut le César de la meilleure actrice dans un second rôle.
Mais son cercle s'élargit jusqu'à Orson Welles (elle tourne dans ce film inachevé qu'est The other side of the wind , passe par Litvack, Labro, Rossif, Périer et jusqu'à Luis Bunuel pour Le Charme discret de la bourgeoisie en 72 et plus tard Samuel Fuller, qui la rappelle pour The Big Red One en 80 et Les Voleurs de la nuit en 84.
Elle tourne également avec Claude Sautet, Georges Lautner, Bertrand Tavernier et élargit encore ses engagements tandis qu'elle divorce d'avec Claude Chabrol (en 1980). Ils se retrouvent pour Le Sang des autres» et Poulet au vinaigre, en 85.
À plus de cinquante ans, Stéphane Audran est une femme accomplie, très photogénique, très drôle toujours.
En 1987, Le Festin de Babette marque une sorte de sommet dans sa brillante carrière. Babettes goestebud du Danois Gabriel Axel est pour elle l'occasion d'échapper enfin aux belles bourgeoises glacées ou glaçantes...
C'est un conte de Karen Blixen qui est à la source du scénario. En 1871, une Française chassée par la Commune s'est réfugiée au Danemark, dans un petit village très religieux. Babette est simple servante dans une famille... Au bout de quatorze années lisses et fluides, elle compose «son» festin pour dire au revoir.
Ensuite, elle tournera encore, bien sûr. Mais dans la lumière du bord de mer, dans la lumière du Nord, elle demeure ce cœur simple et riche, le cœur de Babette, un personnage à la Flaubert.
lundi 26 mars 2018
Seven Seconds / Pourquoi il faut regarder cette série Netflix entre The Killing, The Wire et The Night of
Seven Seconds : pourquoi il faut regarder cette série Netflix entre The Killing, The Wire et The Night of
Mise à jour : 24/03/2018 16:31 - Créé : 2 mars 2018 - Alexandre Janowiak

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Après avoir mis en ligne Altered Carbon et Everything Sucks !, Netflix a dévoile une troisième série inédite en ce mois de février 2018 avec Seven Seconds. Une enquête policière sur fond de tension communautaire, injustice sociale et ancrée dans l'actualité américaine. Que vaut cette première saison ?
ATTENTION QUELQUES SPOILERS !
SANS ARME, AVEC HAINE, AVEC VIOLENCE
Tout commence par ce joli générique porté par la magnifique chanson Love & Hate de Michael Kiwanuka (son Cold Little Heart avait déjà été utilisé pour le générique de la non moins excellente série Big Little Lies). Les paysages paisibles et relaxants de la région New-Yorkaise se mêlent alors aux scènes de violences ou d’altercations entre les autorités et la communauté afro-américaine, le tout sous l’œil d’une justice arbitre de ce conflit social.
Puis, après ce rapide générique, une voiture apparait. Un homme, Peter Jablonski (Beau Knapp et sosie non-officiel de Pablo Schreiber) se rend à l’hôpital pour rejoindre sa femme hospitalisée. Alors qu’il quitte la route des yeux un instant pour regarder son téléphone, il percute quelque chose : un vélo et sans doute un enfant. Quelques minutes plus tard, ses collègues arrivent sur place et le chef DiAngelo constate le désastre. Ensemble, ils font tout pour cacher les preuves de cet accident, laissent le jeune pour mort dans un fossé et quittent les lieux.
Plus tard, le pilote nous révèle que la victime est un adolescent noir. Pire, contrairement à ce qu'avait affirmé DiAngelo (excellent David Lyons), il n'est pas mort. En fait, le jeune adolescent afro-américain, du nom de Brenton Butler, a agonisé pendant près de 12 heures dans le froid glacial du parc de Jersey City avant d'être secouru par des passants et transporté à l'hôpital.
Une enquête est donc lancée par les autorités d'un côté, quand la famille de la victime va tout faire pour comprendre les raisons de cet acte ignoble. Au-delà, l'accident déclenche un soulèvement progressif de la communauté afro-américaine de Jersey City contre les autorités.
Regina King, la mère, et Clare-Hope Ashitey, la substitute du procureurQUE JUSTICE SOIT FAITE
La série vient à peine de commencer que les enjeux majeurs de Seven Seconds sont déjà mis en place. En quelques minutes, le show de Veena Sud (créatrice de Cold case : Affaires classées et showrunneuse de The Killing US) dévoile tout ce qui fera le cœur de la série.
Bien évidemment d’un côté, ce sera une enquête policière menée par la substitute du procureur alcoolique KJ Harper (Clare-Hope Ashitey vu dans Les Fils de l’homme) et l’inspecteur Joe "Fish" Rinaldi (Michael Mosley) pour savoir qui a percuté cet adolescent afro-américain et l’a laissé mourir derrière une bute. Cependant, grâce à l’ouverture, les enjeux de Seven Seconds sont ailleurs pour le spectateur puisque nous savons tout de l'accident, du coupable aux circonstances.
Seven Seconds ne veut pas être une simple série policière comme on en a vu des milliers par le passé. A l’heure de la présidence Trump, elle préfère se concentrer sur des thématiques qui fracturent actuellement le pays. Ainsi, loin d'être une série à enquête ou un simple drame familial, la série de Veena Sud s'attache plutôt à comprendre les conflits raciaux, les tensions communautaires ou les heurts entre la police et la communauté afro-américaine.
Bien au-delà, elle remet surtout en cause les institutions même des Etats-Unis, notamment la justice américaine, la corruption des autorités et pose de nombreuses questions sur la morale et l'intégrité du système dans sa globalité. Certes, on pourra reprocher à la série de trop jouer sur les symboles à certains moments : ce plan de la Statue de la liberté qui tourne le dos à la communauté noire défavorisée comme message subliminal d'une nation qui ignore une partie de soi. Mais globalement Seven Seconds réussit à faire passer des messages forts et à interpeller le spectateur sur des sujets importants.
UN TEMPS DE RETARD ?
Techniquement parlant, on ne pourra pas non plus reprocher grand chose à Seven Seconds. Entre l'excellent pilote réalisé par Gavin O'Connor, un deuxième épisode signé Jonathan Demme (quelques semaines avant son décès) et ceux réalisés par les anciens de The Wire : Dan Attias, Ernest R. Dickerson ou Ed Bianchi - la série offre une mise en scène léchée et dotée d'une magnifique photographie.
Chaque plan permet d'ailleurs à l'excellent casting de s'exprimer de bien bel manière : Clare-Hope Ashitey, Regina King, Michael Mosley et David Lyons en tête de cortège, mais aussi les plus discrets Raul Castillo et Russell Hornsby.
Côté scénario en revanche, si Veena Sud sait parfaitement gérer son intrigue, l'étaler sur dix épisodes de 50 minutes à 1h20 était sans doute une mauvaise idée. La longueur des épisodes permet évidemment de construire correctement les personnages et de les rendre attachants, malheureusement elle provoque dans le même temps quelques pertes de rythme dommageables.
Enfin, et c'est sûrement le plus gros problème de Seven Seconds finalement : la série peine à trouver sa propre identité. Veena Sud offre une réflexion intéressante sur de nombreux sujets mais tout au long de cette première saison, on a la sensation qu'ils ont déjà été étudiés de manière plus frontale et plus profonde dans d'autres séries.
Ainsi, le système judicaire américain et ses injustices ont été remarquablement critiqué récémment dans les séries The Night Of ou American Crime. La corruption policière et les conflits police/afro-américain ont été plus qu'analysés par The Wire. Puis en tant que pure série d'enquête, The Killing de cette même Veena Sud était bien plus solide et dynamique. A bien des niveaux, il y a donc le sentiment que Seven Seconds arrive avec un peu de retard.
Seven Seconds manque parfois de rythme et ressasse sans doute des sujets mieux étudiés par le passé par The Wire, American Crime ou The Night of. Cependant, avec sa galerie de personnages attachants et bien caractérisés, une réalisation inspirée, un casting impeccable, un récit bien mené et un propos sur l'Amérique toujours pertinent, le nouveau show de Netflix reste une belle réussite.
Seven Seconds est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 23 février.
dimanche 25 mars 2018
The Defenders saison 1 / Quand Netflix saborde les super-héros Marvel
The Defenders saison 1 : quand Netflix saborde les super-héros Marvel
Mise à jour : 24/03/2018 00:44 - Créé : 21 août 2017 - Jacques-Henry Poucave

FIGHT CLUB MED
Il avait fallu patienter plus de trois heures pour avoir droit à une scène d’action vite expédiée, dans un décor aussi pauvre que désincarné. Une fois son quatuor réuni, le show de Netflix a au moins la politesse de leur offrir de bonnes doses de castagne. Un changement qui provoque logiquement une accélération du rythme et favorise un tempo plus rapide.
Qui n'a jamais rêvé de se bastonner dans les toilettes d'un Ikéa ?
The Defenders ne se mue pas d’un épisode à l’autre en récit effréné, loin de là, mais les personnages doivent désormais continuellement faire leurs preuves à coups de poings, pieds et autres objets contondants. Hélas, ces joutes physiques font terriblement peine à voir. Si on se souvient des échanges brutaux et chorégraphiés de Daredevil, la disparité des capacités physiques amène ici des combats simplifiés à l’extrême, victimes d’un montage abrupt et d’une conception souvent simpliste.
On peine à voir à quoi peut bien servir Jessica Jones (qui paraît le plus souvent totalement dénuée de super-pouvoir), tandis que Luke Cage apparaît ici et là curieusement sensible à la douleur et que ce pauvre Iron Fist fait son possible pour dissimuler combien il est plus lent et imprécis que le premier cascadeur venu. Ajoutons à cela que Daredevil étant le seul gugusse totalement investi par son rôle et l’unique héros à se trimballer en costume, la mauvaise troupe est beaucoup trop hétérogène pour recueillir notre sympathie ou pour assurer le show.
"Bah voilà, je suis encore tout seul à mettre un costume. Z'êtes pas cool hein."
GAME OF DRAGON
Avec seulement 8 épisodes, on espérait que Netflix mettrait les petits plats dans les grands pour donner à la première guerre totale contre La Main un véritable cachet cinématographique. Manque de pot, quelqu’un du côté du département artistique doit vraiment être passionné de parkings sous-terrain et autres ensembles suburbains, tant les épisodes multiplient les lieux anonymes et génériques.
Le Hell’s Kitchen crapoteux de Daredevil et les rues malfamées de Jessica Jones ont perdu de leur caractère, tandis que la photographie poisseuse se fait elle aussi plus commune. Le résultat est ainsi tiraillé entre une charte naturaliste désormais banale et une orientation ouvertement fantastique bien trop artificielle.
"Un menu B12, et que ça saute !"
Par exemple, alors que La Main est censée n’avoir jamais été aussi puissante, elle apparaît étonnamment médiocre et surtout franchement inoffensive. Exception faite d’Elektra, tous les Ninja ont disparus, remplacés par des hommes de mains génériques, incapables de faire trois pas sans se faire péter les rotules. Des hordes de VRP en costard, qui ne représentent jamais une menace ni n’impressionnent la rétine. Il faut dire que leur plan, soit-disant diabolique, se révèle si éminemment couillon et capillotracté qu’il n’intéresse jamais vraiment (en gros provoquer l’écroulement de New York, qui a été bâtie sur les restes d’un dragon, dont les os doivent être utilisés pour créer une poudre d’immortalité).
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| Kristen Ritter / Jessica Jones |
BEEN THERE DONE THAT
Alors que The Defenders se montre incapable d’être à la hauteur des précédentes réussites de son association avec Marvel sur le plan du pur spectacle, comme dans on orientation esthétique. Il en va hélas de même en matière de scénario. Si les personnages secondaires étaient sympathiques dans les séries solo, les retrouver tous concentrés dans cette réunion a un effet d’empilement très désagréable.
Elektra, seule antagoniste digne de ce nom
Ils alourdissent un rythme déjà bien faiblard, quand ils ne doivent pas assumer des sous-intrigues totalement ratées, à l’image de celle qui fait d’Iron Fist un abruti au bord de la lobotomie, manipulable à souhait. Heureusement, certains dialogues tendent à s’améliorer au fur et à mesure que l’intrigue progresse, et par endroit Jessica Jones parvient même à nous arracher un sourire, quand elle ne participe à des bastons embarrassantes.
Enfin, ce qui achève de ruiner cette kermesse héroïque, c’est la volonté de Netflix de dupliquer encore une fois une recette pas déplaisante, mais beaucoup trop systématique. À ce titre, le traitement de Sigourney Weaver est rageant. Elle a beau être lal plus charismatique de cette hétéroclite distribution, nombreux sont ceux qui vont s’agacer de voir son traitement dans la seconde moitié de la saison. On remercie les scénaristes de vouloir nous réserver des semblants de twists, mais ils ont manifestement oublié que depuis la première saison de Daredevil, c’est la même construction en tiroir qui préside à chaque aventure solo de nos héros, et qu’elle est donc devenue totalement transparente.
Le quotidien des super-héros
Devant ce ratage, souvent ridicule, toujours ennuyeux, on en viendrait presque à se demander si le divorce annoncé entre Netflix et Disney n’a pas à voir ce piteux résultat. On sait depuis quelques jours que le studio propriétaire de Marvel met fin à cette collaboration pour se lancer seul dans l’aventure du streaming. Conscient de la tournure que prenait l’alliance, Netflix aurait-il baissé les bras en cours de route plutôt que de continuer sur la très prometteuse lancée de ses aventures solo ? On en aurait presque l’impression.
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