dimanche 24 avril 2016

Ugo Rondinone / "La nature est ma religion"


Ugo Rondinone : "La nature est ma religion"

Par Shirine Saad 
Le 29 mars 2016


Les inspirations poétiques du plasticien suisse nous emportent dans un voyage à travers le temps et l’imaginaire. Portrait d’un artiste rock qui rêve en couleur.

Ugo Rondinone a redonné vie à l’église baptiste Mount Moriah à Harlem ; longtemps abandonnée, elle a été transformée en studio-résidence. Dans la grandiose entrée où les mosaïques originales ont été restaurées, un colosse de pierre siège sur son socle. Plus loin, derrière les lourdes portes de bois, le studio de l’artiste est rempli de clowns à taille humaine, que son équipe habille pour une nouvelle exposition. Des horloges de verre teinté suspendues au plafond rappellent les vitraux intacts de la bâtisse originale. Au milieu de ce décor spectaculaire, de grands arbres noirs. Au mur, des canevas découpés en forme de nuages attendent d’être recouverts d’aérosol bleu ciel. Dans un studio adjacent, un joyeux groupe d’assistants perfectionne des sculptures en pierre peinte de couleur fluorescente, qui seront prochainement exposées dans le désert du Nevada (1). Les espaces privés regorgent aussi d’œuvres d’art (Urs Fischer, Sarah Lucas) que l’artiste collectionne. Le poète new-yorkais John Giorno, qui partage la vie de Rondinone depuis vingt ans, y a installé son studio. Voici l’univers bariolé, fantasque et onirique d’Ugo Rondinone.
Né en 1964 à Brunnen, en Suisse, l’artiste lance sa carrière à Vienne à la fin des années 1980, avec des dessins monochromes de paysages romantiques. Il crée ensuite ses fameuses cibles-mandalas, cercles colorés peints à l’aérosol sur des canevas blancs aux lignes floues. Il multiplie les styles et les références, bâtissant des murs et des portes sans maison, modifiant des photographies de mode, créant des arcs-en-ciel pop géants, des nus de cire mélancoliques, des chevaux et des oiseaux de bronze, des sculptures de pierre...
Chaque nouvelle série contraste avec la précédente pour raconter l’artiste dans une œuvre d’art totale en plusieurs temps, aussi magiquement cathartique qu’universelle. Rondinone crée des associations lyriques et candides, qui font allusion à des thématiques éternelles : l’absurde, le désir, la nature, la société de consommation, la vie, la mort.


Lenteur

La question du temps obsède l’artiste depuis le début de sa carrière. Aussi, il titre ses œuvres de dates biographiques mystérieuses. Au cours de l’élaboration d’une œuvre, il crée un journal intime marqué par l’existentialisme et fait l’éloge de la lenteur comme démarche métaphysique. Ainsi, avec ses montres sans cadran, ses fenêtres bloquées ou ses scènes de cirque figées, le temps ralentit pour créer un univers parallèle propice à la contemplation : c’est l’anti-Hollywood. « La lenteur est un thème important pour moi, puisque je pense que la valeur de l’art est dans sa lenteur inhérente. Je ne cherche pas à entrer en concurrence avec une industrie où la rapidité est la force principale. Au contraire, la lenteur me permet de trouver ma propre voie. Je crois en la créativité individuelle. Je crée mes propres règles et mon temps. Un artiste doit rester indépendant et solitaire. » L’œuvre de Rondinone est marquée par une dualité intrinsèque entre cette lenteur et une qualité industrielle, inexorable après les ready-mades de Duchamp. Les sculptures de pierre semblent précaires, mais exigent de rigoureuses techniques d’architecture. Pour l’artiste, ces contrastes témoignent de la frontière factice entre réalité et fiction, nature et culture, art et entertainment.


L’absurde

La pensée de Samuel Beckett imprègne l’œuvre de Rondinone, qui refuse d’offrir un projet de vie et propose plutôt des moments d’existence mélancoliques. Pour Rondinone, artiste prestigieux mais notoirement timide, l’artiste est l’anti-entertainer, l’anti-intellectuel public, l’antistar. « L’art ne doit avoir aucune proposition, mais n’existe que pour nourrir l’âme et pour se trouver. L’art est l’extension de mon être. Et, bien entendu, la vie est absurde. Elle n’a aucun sens. Comme le dit le titre de l’une de mes expositions (à Shanghai) Breathe, Walk, Die (“respire, marche, meurs”), c’est une répétition éternelle. La frontière entre le sérieux et l’absurde est si fine que l’on peut aisément la traverser. Nous devons inventer nos propres valeurs puisque celles de la société n’ont aucun sens. »


La poésie

« Comme l’art, la poésie n’est pas logique. Comme l’art, elle vous oblige à ralentir, à ne pas essayer de comprendre puisqu’il faut sentir un poème tout comme il faut sentir une œuvre d’art. Il faut s’ouvrir aux sons du monde. » L’expérience poétique est essentielle à l’œuvre de Rondinone, qui présente des images immédiates, simples, naïves, enfantines, subtilement manipulées, cherchant à provoquer des réactions plutôt émotives que cérébrales. Par ailleurs, il aime juxtaposer des mots et des phrases à connotation personnelle à ses œuvres sans créer de lien descriptif évident. Un monstre de bronze repeint en argent est titré Sunrise. Un olivier en aluminium :Feel, You Feel, We Feel Through Each Other Into Ourselves. Une fenêtre masquée de Plexiglas rouge : The Stillness. De ces associations libres, réminiscences des cadavres exquis des surréalistes, importante influence pour Rondinone, émerge un mystère dont seul l’artiste a la clé. « J’aime la simplicité du langage, quand le mot devient une image, une icône. J’utilise le langage pour renforcer l’émotion de l’œuvre d’art. »


La mélancolie

Pour Rondinone, l’art permet de provoquer un état de mélancolie, à l’écart de l’agitation de la vie quotidienne, permettant de rêver d’un horizon imaginaire. « La mélancolie, ce n’est pas la tristesse, explique l’artiste. C’est un désir pour quelque chose dont on pense manquer sans savoir exactement ce qu’il est. C’est imaginer une fin heureuse au bout de l’horizon. La mélancolie me motive puisque le sentiment de ne pas être comblé doit être comblé. » Comme ses clowns apathiques, contemplant une réalité parallèle, il cherche à maintenir un état de passivité par rapport à la société hypermédiatisée. « C’est à ce moment-là que l’on s’ouvre et que l’on accueille tout ce qui se passe en soi. Rothko par exemple aurait été inimaginable dans un rôle actif. »

La nature

Les premiers dessins à l’encre, traçant les lignes sinueuses d’arbres et de forêts, ont établi le thème essentiel de son œuvre : la nature. Depuis, l’artiste crée des lithographies de ciels étoilés, des nuages peints à l’aérosol, des séries d’arbres métalliques, des sculptures de pierre évoquant des « montagnes magiques »… Tel le promeneur romantique, Rondinone retourne à la nature consolatrice au fil de sa vie. « La nature est ma religion et les arbres sont mes amis. C’est elle qui me donne toutes mes idées. Tout existe déjà dans la nature. La nature, c’est aussi cette notion d’horizon infini, cette notion romantique de méditation et de recherche de soi. » Lors de ses explorations dans son village natal en Suisse, Rondinone se met à mouler les oliviers anciens, qu’il recrée en aluminium, telles des « capsules de temps ». Il les repeint en blanc pour donner l’illusion de fantômes d’arbres, « les fantômes du temps qui passe ».


Gesamtkunstwerk (Œuvre d'art totale)

Les expositions de Rondinone ne présentent pas les œuvres comme des entités indépendantes, mais plutôt comme un tout formant un univers multimédia, souvent isolé du monde extérieur. Rondinone construit des thématiques qui se répètent et se complètent, des références à l’histoire de l’art (du romantisme au surréalisme en passant par le pop art et le minimalisme). Il crée une œuvre d’art totale, à l’image des opéras romantiques de Wagner. « Ma génération est la première qui n’a eu aucun autre choix que de créer un Gesamtkunstwerk. Avant les années 1980, l’avant-garde existait. Mais depuis, il n’y a plus de mouvements. Nous recyclons l’histoire de l’art. Nous créons notre style à travers ceux d’autres artistes. Dans une œuvre d’art totale, on peut aligner des images et des moments et voir une impression de votre vie. Tout est connecté. » Contrastant ses paysages avec les cibles, les sculptures de pierre avec les clowns mous, les arbres fantômes avec les nuages artificiels, Rondinone invente un monde de son propre imaginaire où tous les éléments reflètent les émotions et les phases de l’existence. 
(1) Seven Magic Mountains, Art Production Fund & Nevada Museum of Art, jusqu’en 2018 dans le désert du Nevada (viaartfund.org). À voir aussi : Ugo Rondinone, Vocabulary of Solitude, Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam, jusqu’au 29 mai. Ugo Rondinone, Becoming Soil, Carré d’Art, Nîmes, du 14 avril au 18 septembre .





samedi 23 avril 2016

Olga Papadopoulou / La beauté féminine à travers le temps

The Fragant Iris
Guillaume Seignac


La beauté féminine à travers le temps


L’influence des différences culturelle et sociales

10 AOÛT 2014 
par 
“Aucune grâce extérieure nʼest complète si la beauté intérieure ne la vivifie. La beauté de lʼâme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps”. ‒ (Victor Hugo)
On pourrait dire quʼon vit à l’époque de lʼimage. On constate que l’apparence extérieure est aujourdʼhui très importante pour la première opinion qu’on fait pour les autres et qu’en générale on garde tout au long de notre connaissance.
Les sociétés et les différents groups des hommes créent des modèles de beauté qui se différencient au cours des années et changent avec les sociétés et les habitudes.
En général, il y a des modèles de beauté pour tous les deux genres mais les choses sont beaucoup plus difficiles pour les femmes, qui subissent tous les changements de la société à leur apparence. Les cheveux, le maquillage, les vêtements, les bijoux se deviennent des témoins des changements sociaux, historiques et culturels.
Le modèle de la beauté féminine change au cours des siècles.
Les canons esthétiques ont toujours existé, quelle que soit lʼépoque ou la civilisation. Les critères de beauté imposent une certaine dictature sur le corps et le visage et en même temps créent des stéréotypes sociales, qui de leur côté provoque lʼexclusion de ceux qui ne vont ensemble avec ses modèles.
On constate que le modèle de beauté a beaucoup changé et que nous ne sommes pas capables d’apprécier les modèles de beauté des siècles précédents. Cʼest très intéressant d’observer les changements au modèle féminin. Lʼart et, plus précisément, les représentations des statues, pourraient donner une image claire de modèles féminins.
Les premières représentations connues de la femme sont quelques statuettes de lʼépoque paléolithique. Des caractères généraux peuvent être dégagés. Partie centrale du corps: seins, ventre, fesses, cuisse et sexe sont toujours surreprésentés. Les mains, les pieds et les membres supérieurs sont négligés. Les traits du visage ne sont pas représentés sauf deux exceptions: la dame de Brassempouy et la tête de Dolní Věstonice. Leur aspect pourrait faire penser quʼil sʼagissait dʼidoles de la fécondité. Beauté et survie sont étroitement associées dans les premières représentations de lʼidéal féminin.
Un autre modèle très fameux est le modèle de beauté égyptien. Sont des femmes dʼune beauté presque africaine, dʼun corps élancé, mince et musclé, aux jambes longues et aux fesses rebondies, aux seins menus et à la taille large. Elles sont vêtues dʼune robe de lin transparente laissant paraître leurs formes. Les coiffures étaient complexes et le visage pâle, presque jaune.
La fameuse beauté grecque ancienne veut la femme presque masculine. Les femmes de la période archaïque ont des corps athlétiques et elles les laissent deviner. En effet, à cette époque, la beauté réside dans l’harmonie du corps. L’exercice physique tient une place majeure. Ce n’est qu’à partir du 5ème siècle que la femme obtient la dimension dʼune vraie personne et pas dʼun idéal de beauté. Une chose représentée à travers lʼart aussi.
Le modèle de la femme du Moyen Âge change totalement. Pâle, sans aucune féminité, sans trace de maquillage, ventre rebondi, petits épaules, la femme du Moyen Âge est un modèle de pureté et de noblesse.
La féminité retourne pendant la Renaissance. Le corps sʼarrondisse, les cheveux deviennent dʼor, la peau jaune devient rose, manifestation de santé et de noblesse. Une beauté de marbre mais en même temps naturelle, cou long, épaules tombantes, poitrines lourdes, cuisses dodues…
La délicatesse retourne pendant le siècle classique. Le modèles des femmes deviennent plus minces, plus fines, plus délicates. Elles sont dʼune taille fin, dʼun corps parfait, dʼun visage bien maquillé, dʼun comportement noble presque froid.
Le modèle de la femme change aussi pendant la période de lʼémancipation, où la femme change son mode de vêtir et de comportement. Elle sʼémancipe et devient plus dynamique et plus consciente de ses droits. Ça reflète aussi à son apparence extérieure.
Peu à peu, à travers des changements sociaux et culturels, on arrive à la femme dʼaujourdʼhui. Une femme simple, de modèle corporal très mince. Une femme qui obéit aux règles de la vie moderne et de changement des rôles des deux genres. La femme moderne, comme exactement la femme du passé, obéit aux règles de la société qui change tout le temps…

Olga Papadopoulou
Olga est née à Athènes et vit au Pirée. Elle a fait des études de traduction à lʼUniversité Ionienne de Corfu. Au cadre des ses études elle a suit un semestre à l'Université Paul Valery III de Montpellier, où elle a fait des cours de littérature grecque et française, de traduction bilingue et de linguistique. Elle a participé à un cours estival pour apprendre lʼitalien à lʼUniversité de Siena. Elle parle lʼanglais, le français et lʼitalien. Elle a étudié, aussi, la théorie et l'harmonie de la musique et joue du piano.
Aujourdʼhui, elle fait un master dʼinterprétation des conférences et suit des cours de la langue des signes grecque.
Elle sʼoccupe de la traduction, écrite et orale, elle fait des léçons des langues étrangères aux enfants et aux adultes et sʼoccupe volontairement de la traduction et du sous-titrage au festival international dʼanimation “Bethere! Corfu Animation Festival”.
Elle aime bien le théâtre, le cinéma, la musique, et la littérature. Les voyages et la connaissance des cultures, des cuisines et des civilisations différentes font partie importante de sa vie. Elle cherche, aussi, à sélectionner des objets vieux et des disques vinyle.





mardi 19 avril 2016

Maddie Ziegler, 13 ans, danseuse prodige et ovni à Hollywood

Maddie Ziegler, 13 ans, danseuse prodige et ovni à Hollywood

Par Marion Galy-Ramounot | Le 26 mars 2016
Dans les clips de Sia, elle porte des perruques à frange blondes platine et des justaucorps couleur chair. À Hollywood, elle est devenue la danseuse la plus demandée du circuit et un must-have sur les tapis rouges. C'est l'heure du point Maddie.




À 13 ans, on aime normalement la télé-réalité, Taylor Swift et les photos d'animaux. Il se trouve qu'à 13 ans, Maddie a déjà tourné dans le TV show « Dance Moms », a carrément un selfie avec Taylor sur son compte Instagram et est une pro du sauté-titubé-oscillé de danse contemporaine. Parce que oui, Maddie Ziegler a 13 ans, mais aussi une carrière. 
Une carrière qui débute en 2014, quand la chanteuse australienne Sia la fait danser dans son premier clip, Chandelier. Sa performance hallucinée, extrême, fait le tour du monde digital. Time Magazine parle de « la meilleure chorégraphie de l'année ». Ellen DeGeneres et Jimmy Kimmel l'invitent sur leurs saints plateaux, elle se produit, confiante, sur la scène des Grammy Awards 2015. Comble de la gloire : Lena Dunham et Jim Carrey ont parodié ses ébouriffantes pirouettes. 
Depuis, elle a dansé avec Shia Labeouf dans le polémique Elastic Heart, elle a joué avec sa main dans l'autocentré Big Girls Cry et confirmé son talent dans Cheap Thrills. Tous des clips de Sia, dont elle est devenue la protégée, la mascotte, l'idole. Tous des clips à plusieurs centaines de millions de vidéos vues.

Une carrière lancée en un tweet

Que ce soit clair, Maddie Ziegler ne se souvient pas du temps où elle ne dansait pas. « J'avais deux ans pour mon premier récital de danse, une adaptation de Casse-Noisette», confiait-elle au Telegraph en mai 2015. Quand je suis sortie de scène, je pleurais. Et ma mère qui s'inquiète "Pourquoi tu pleures ?", et moi qui répond "Parce que je veux y retourner" ! »
Ni une ni deux, sa mère l'envoie dans le studio de danse d'Abby Lee Miller, professeure ultraprisé de Los Angeles, et terreur de « Dance Moms », émission dans laquelle elle fait peur aux apprenties danseuses et à leurs mamans. Très vite, Maddie Ziegler passe du programme bébé au menu enfant, et du menu enfant au statut de favorite de la célèbre professeure. Elle danse tous les week-ends et enchaîne les compétitions loin de chez elle, où l'accompagne sa mère, infailliblement. En 2011, ses parents ne vivent plus dans le même monde et se séparent – son père clamera plus tard que « la danse a ruiné (son) mariage ». 


Maddie a alors 9 ans et peu de choses l'écartent de ses existentiels objectifs. Danser, oui, ne plus faire de maths, aussi ; manger du poulet grillé, regarder sa série préférée,Pretty Little Liars. Partie à 7h30 le matin (après son bol de Captain Crunch), rentrée pour le dîner – ou plus tard – le soir. Alors quand en 2014, Sia la tweete : « @maddieziegler hey maddie, tu veux danser dans le clip de mon premier single ? », c'est le coup de grâce.

Danseuse, modeuse, actrice

Le risque quand on rentre par une porte à Hollywood, c'est d'avoir une irrépressible envie de pousser toutes les autres. Alors voilà, maintenant, la danseuse Maggie se verrait bien actrice. « Pas une actrice de télé-réalité, non, une "véritable" actrice de cinéma, précisait-elle au Telegraph, toujours en avril 2015. La danse est ma priorité numéro 1 mais je sais aussi chanter et jouer la comédie. Je veux définitivement être une fille à trois têtes. » 


Quatre têtes, si l'on compte sa nouvelle casquette de modeuse. Oui, Maddie est aussi l'égérie de plusieurs marques pour adolescentes, dont Sally Miller et les bijoux Glitzy Girl. En octobre 2014, elle s'essayait avec sa petite sœur Mackenzie dans une collection de vêtements pour la marque Mod Angel, sobrement intitulée Maddie & Mackenzie Collection. Sur son compte Instagram, suivi par 5,4 millions d'abonnés quand même, elle se montre en crop tops et jeans taille haute, en pull Forever 21 ou H&M, ses deux marques préférées, et parfois en ensemble Christian Siriano, avec pochette Valentino. Pour les grands soirs, ceux des tapis rouge, ceux où elle croise Naomi Watts ou Zac Efron. Pétrifiée par les grands de Hollywood, notre danseuse ? Que nenni. « Ma mère est du genre à dire "Oh mon dieu, allons parler à Ariana Grande", alors je lui réponds "Non maman, je suis une professionnelle, je ne veux pas que l'on pense que je suis une groupie". Je suis parmi ceux qui comptent maintenant. Je ne suis pas une danseuse d'arrière plan, je suis LA danseuse. »




lundi 18 avril 2016

Peut-on trouver l’amour durable sur le Net ?

Peut-on trouver l’amour durable sur le Net ?

Par Ophélie Ostermann | Le 10 novembre 2014

Aux États-Unis, déjà 30% des couples mariés depuis 2005 sont issus des sites de rencontres. Mais si les candidats à l’amour 3.0 sont nombreux, une récente étude américaine ne donne pourtant pas cher de leur avenir. Ils seraient moins solides que ceux dont les chemins se sont croisés dans la vraie vie. Enquête.


Des millions de personnes sont maintenant inscrites sur les sites de rencontre. Même les plus réticents finissent par tenter l’expérience pour s'amuser ou par curiosité, disent-ils... Une chose est sûre, ce nouveau marché de l’amour en ligne multiplie les occasions. Mais qu’advient-il de ces couples qui se sont repérés sur la Toile ?
Certains les croient solides. Après tout, les sites permettent de cibler dès le départ des critères décisifs pour éviter les erreurs et gagner du temps. D’autres sont moins séduits par le concept. Comment établir une relation durable quand nous voulons tout contrôler de notre destin en déterminant le profil de l’aimé comme on achète un canapé.
Publié dans la revue américaine Cyberpsychology, Behavior and Social Networking, le verdict des scientifiques est tombé. Un couple formé sur Internet a moins de chances de durer dans le temps. Environ 8 % des couples américains, mariés et issus des sites de rencontre, sont séparés ou divorcés après trois ans. Du côté des unions qui se sont forgées de manière plus classique (via les amis, le travail, etc.), elles ne sont que 2%. La différence n'est pas immense, toutefois elle interroge. Ces couples du Web ne résisteraient pas en effet à la tentation de retourner sur les sites. Le large panel de partenaires véhiculerait l’idée qu’ils peuvent toujours trouver mieux. À cette profusion d’histoires possibles, s’ajoute une intimité artificielle, selon les chercheurs.  Des résultats à relativiser puisque l’année dernière, une autre étude avançait l’exact contraire en constatant que les rencontres digitales donnaient des unions plus durables. Alors qu’en est-il réellement ?
Tandis que les rendez-vous virtuels se banalisent, ils deviennent une façon presque comme une autre d’aborder quelqu’un. «  C’est une modalité d’entrée en contact. Cela n’empêche pas les bonnes choses ou les problèmes d’arriver », assure Juliette Allais, psychothérapeute et auteure de Amour, le sens de nos rencontres(Éd. Eyrolles). La magie de l’amour s’exercerait donc sur le Net comme ailleurs... Vraiment?

Les gens qui jouent le jeu se livrent beaucoup plus que dans la vie réelle


Le piège du fantasme

Mais le virtuel, parce qu’il permet de se façonner un personnage, de s’embellir et parce qu’il recule le moment angoissant de la rencontre physique, souvent décisive, prolonge parfois le fantasme et les sentiments. Grave erreur… Derrière son écran, privé du contact de la peau, des regards et de la voix, on enjolive l’histoire sans que les cinq sens ne nous alertent. Avec un amoureux virtuel, on se livre parfois plus facilement même, comme délivré de la timidité. « Je crois que les gens qui jouent vraiment le jeu se livrent beaucoup plus que dans la vie réelle, explique Pascal Couderc, psychanalyste et auteur de L’amour au coin de l’écran, du fantasme à la réalité (Éd. Albin Michel). Il y a une vraie connaissance de l’autre car il est plus facile de se révéler et de parler sans être vu. » En somme, les barrières sautent, la pudeur avec.
Mais si l’intimité existe, elle n’en reste pas moins virtuelle et ouvre un boulevard au fantasme. Si ce dernier enflamme les échanges au début, il s'avère surtout nocif pour les relations made in Web. Un enthousiasme qui monte en flèche, une photo irréaliste, un humour exacerbé à l’écrit mais en berne à l’oral… La déception n’est jamais loin. La psychosociologue et coach de vie, Patricia Delahaie (1), est catégorique. Pour éviter le piège, une seule solution : « Il faut se rencontrer très vite, pas plus d’un mois après le premier échange. » Dans la pratique, le psychanalyste Pascal Couderc confirme : « Je reçois de plus en plus de couples issus d’Internet qui viennent consulter tôt pour surmonter l’écart entre le fantasme et la réalité. Il y a un vrai travail à faire pour s’adapter. » « Tout ce qu’on a dit doit être validé par un contact physique. Via le numérique, on se crée plus facilement un personnage. Le challenge finalement c’est d’être honnête », indique-t-il. Car si l’angoisse de la rencontre est grande, la tentation d’idéaliser le potentiel partenaire l’est d’autant plus et annonce des déboires. Comment ce futur partenaire pourrait-il exister au côté d'un modèle pré-créé ?

Ce qu'on vaut sur le marché de l'amour

Dans le fond, la suite de la rencontre virtuelle dépend de nous, de l’état d’esprit des inscrits sur ces sites. Certains viennent manifestement pour se réconforter, évaluer ce qu’ils valent sur le marché de l’amour. Pour d’autres, l'objectif n'a rien de reluisant. Ils collectionnent les conquêtes et les bernent pour parvenir à leurs fins. Mais beaucoup pensent sincèrement trouver quelqu'un. Ils optent pour le Web par timidité, manque de temps, d’expérience. Pour trouver des partenaires de leur âge et disponibles. Difficile de découvrir quelqu'un quand on a passé des décennies avec la même personne et que l'on est entouré de couples... Mais certains font aussi leur premier clic par facilité. Après tout, la rencontre sur Internet, rapide, ne demande presque aucun effort.  
Mais à trop vouloir que le contact soit fécond et rapidement, le comportement peut jouer des tours. « L’impatience voire l’angoisse provoquent de nombreuses déceptions car on s’engage trop vite dans une relation qui ne nous correspond pas. On fait passer à l’autre une sorte d’entretien d’embauche, comme si l’amour correspondait à des cases », ajoute la psychosociologue Patricia Delahaie.

Le contrôle peut tout faire basculer

Un « entretien d’embauche » révélateur d’un besoin de contrôler, de diriger le navire. La variété des sites de rencontre le démontre. L’élitiste Attractive World propose des partenaires CSP + et Mektoube surfe sur la religion. Si l'on veut finir sa vie avec un roux, un vegan ou un amoureux de la viande, c'est possible. « Ça véhicule l’idée qu’on peut trouver chaussure à son pied parce qu’on a accès à une machine, mais c’est une idiotie totale », commente la psychothérapeute Juliette Allais. N’y a-t-il pas toujours une part qui nous échappe dans la réunion de deux personnes ? Ici, l’échange est déjà faussé avec ces cases cochées, comme si elles étaient garantes du futur succès. La psychothérapeute avertit : « Le risque c’est que l’on se trompe dans l’idée même de la rencontre. Au final on n’est plus disponible pour la surprise que l’autre crée en arrivant. »
Les couples se plaisent d’ailleurs à raconter la somme de hasards qui a contribué à leur union, comme si la main invisible du destin signait le véritable amour. D'ailleurs, si les sites se démocratisent de plus en plus, on ne crie tout de même pas sur tous les toits que l'on a un rendez-vous Meetic samedi prochain. Parce que ces sites sont négativement connotés. Comme s'ils étaient l'ultime recours après avoir tout essayé. « Il y a une sorte de déni. On n’en a pas honte mais on est un peu désolée quand même », précise Patricia Delahaie. Pourquoi ? Les usages couvrent la rencontre de mythologie. On ne peut effectivement pas dire que le fonctionnel et le mécanique de l’informatique glamourise… « On a besoin de donner à la relation une prédestination, un heureux hasard. Sur Internet il y a un côté absolument pas naturel, la rencontre est artificielle », explique l’auteure.
Mais, qu'il soit d'origine virtuelle ou réelle, si les deux postulants se correspondent et se font écho, le couple n'a finalement aucune raison d'être moins solide qu'un autre...
(1) Auteure de Comment faire la bonne rencontre, du premier regard à l'amour heureux (Éd. Le livre de Poche)



dimanche 17 avril 2016