Affichage des articles dont le libellé est Vargas Llosa. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Vargas Llosa. Afficher tous les articles

jeudi 19 mai 2016

Vargas Llosa / La civilisation du spectacle



La civilisation du spectacle

[La civilización del espectáculo]

Trad. de l'espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan
Hors série Littérature, Gallimard
Parution : 21-05-2015

mercredi 18 mai 2016

Vargas Llosa, Latin lover




Mario Vargas Llosa

LA CHRONIQUE DE DANIEL RONDEAU

Vargas Llosa, Latin lover

L'EXPRESS
Par Daniel Rondeau, publié le 

C'est un dictionnaire écrit sur le papier libre du temps qui passe et qui commence par un paradoxe: "C'est à Paris, dans les années 1960, que j'ai découvert l'Amérique latine." Mario Vargas Llosa avait débarqué en France comme un jeune homme qui vient pour sa veillée d'armes littéraire. Depuis, il n'a jamais arrêté d'écrire, de lire, de voyager, de construire une ?uvre dont la souveraineté s'est affirmée. Et le continent qui l'a vu naître n'a cessé de grandir en lui. 
On trouve tout dans son Dictionnaire amoureux de l'Amérique latine: une série d'instantanés sur une terre longtemps partagée entre misère et opulence, une histoire de la littérature au XXe siècle, des curiosités et des vignettes (le condor), quelques rencontres magiques (Julio Cortazar, son mentor à Paris, Cabrera Infante, son voisin à Londres, Luis Buñuel, rencontré une première fois avec Rafael Alberti, Jorge Luis Borges, qu'il lisait en secret avec le sentiment de trahir Sartre), mais aussi une succession d'autoportraits de l'auteur, à diverses périodes de sa vie, dont la mise en perspective dessine un itinéraire. 
L'ensemble se lit comme une sorte de Chant général à la gloire de la littérature, et du roman en particulier. Un mélange de sérénité et de fermeté dans le jugement, la marque claire de l'auteur tiennent ce gros livre à l'écart des querelles et des enfantillages de salon qui réjouissent tant nos scribes moqueurs. Cette hauteur ne l'empêche ni de porter quelques coups de griffe (Sollers mentionné pour ses "romans mondains et érotiques") ni de dénoncer la tendance lourde qui a longtemps transformé le roman de création en France en "une branche mineure de la sémiotique ou de la linguistique"). Mais le fond de ce dictionnaire, souvent écrit à l'encre des journaux, est ailleurs, dans le catalogue des passions, toujours enchaînées à la réalité, d'une terre propice aux vertiges et à toutes les fusions. 
Gabriel Garcia Marquez est le premier nom que j'y ai cherché. J'étais curieux de savoir comment Vargas Llosa avait traité ce formidable écrivain, que l'on a souvent présenté comme son seul rival sérieux, et avec qui il est fâché depuis longtemps. L'auteur a eu la sagesse de choisir à son sujet un texte écrit pour saluer la parution de Cent Ans de solitude, en 1967. Marquez est traité pour ce qu'il est: un écrivain capable de "rivaliser avec la réalité d'égal à égal" et de faire exister dans la mémoire, l'imagination ou la conduite des hommes un monde "multiple et océanique". 
J'ai couru ensuite à Pablo Neruda. Mario Vargas Llosa avoue que c'est le seul écrivain "avec lequel il ne s'est jamais senti sur un pied d'égalité". Certains livres du poète chilien (Résidence sur la terre) lui donnent encore la chair de poule. Il nous fait entrer dans sa maison de l'Ile-Noire, peuplée de ses collections, et où Neruda chaque matin levait son drapeau, où figurait un poisson. Revenu sur mes pas, j'ai retrouvé Jorge Amado, mon ami brésilien, l'ami de tous ses lecteurs, et qui fut plus célèbre à Bahia que le roi Pelé. 
La promenade est longue, toujours stimulante. On croise chemin faisant Fidel Castro, Che Guevara, Fernando Botero et beaucoup d'autres, mais celui qui nous attend à chaque page, c'est l'auteur lui-même, généreux dans ses admirations et optimiste, comme Camus autrefois, face à l'Histoire, où les hommes ont toujours un rôle. 


L'EXPRESS




mardi 17 mai 2016

Vargas Llosa / Ecrire des romans




Mario Vargas Llosa
ECRIRE DES ROMANS

Ecrire des romans est un acte de rébellion contre la réalité, contre Dieu, contre la création de Dieu qui est la réalité. 


Extrait de Le romancier et ses démons



lundi 16 mai 2016

Vargas Llosa / «La littérature est feu»




Mario Vargas Llosa
Mario Vargas Llosa

«La littérature est feu» : Mario Vargas Llosa dans la bibliothèque de la Pléiade


Mes sept années parisiennes furent les plus décisives de ma vie. C’est ici, en effet, que je suis devenu écrivain, ici que j’ai découvert l’amour-passion dont parlaient tant les surréalistes et c’est ici que je fus plus heureux, ou moins malheureux, que nulle part ailleurs.
A
ffirmée avec une telle intensité en 2005 à la Sorbonne, à l’occasion de la réception de son doctorat Honoris Causa, la relation de l’écrivain Mario Vargas Llosa avec la France, sa langue et sa littérature, est en effet passionnée et fidèle : depuis sa jeunesse, à Lima, dans son Pérou natal, jusqu’à aujourd’hui, cette langue a laissé une empreinte profonde dans son œuvre. Car c’est paradoxalement à Paris qu’il a découvert l’Amérique latine et qu’il s’est découvert lui-même en tant que latino-américain.

La parution de ses romans dans la Pléiade témoigne de cette relation. C’est à partir d’une proposition d’Antoine Gallimard que Mario Vargas Llosa rejoint la prestigieuse collection et devient le premier écrivain étranger à être publié de son vivant. Seuls deux autres écrivains latino-américains y figurent également, l’argentin Jorge Luis Borges et le mexicain Octavio Paz.
Coffret de la bibliothèque de La Pléiade, Œuvres romanesques I & IILes deux volumes qui lui sont consacrés réunissent huit romans et comprennent plus de quarante ans d’écriture : de 1963, avec son premier roman, La Ville et les Chiens, à 2006, année de Tours et détours de la vilaine fille, qu’il considère comme « son premier roman d’amour ». Un choix difficile, souligne Stéphane Michaud, directeur de la publication, qui a obligé l’auteur à renoncer à toute une partie de son travail : plus de la moitié de ses romans, ses mémoires, le théâtre, les essais, ainsi que les écrits journalistiques qui ont une place importante au sein de sa production. Toutefois, comme le précise toujours Stéphane Michaud, il ne faudrait pas voir dans cette sélection un jugement de valeur, mais la volonté d’offrir aux lecteurs français un panorama de l’œuvre, et de leur permettre d’accéder à son évolution, dans toute sa complexité. Les textes retenus nous montrent en effet tour à tour son attachement au Pérou (La Ville et les Chiens, La Maison verte, Conversation à La Cathédrale), sa manière de se confronter à l’histoire, de la lire autrement grâce à une fiction mêlant ses enquêtes dans les archives, les bibliothèques et ses voyages sur le terrain (La Guerre de la fin du monde, La fête au Bouc, Le paradis un peu plus loin) ou bien des œuvres d’une écriture plus personnelle, avec des échos autobiographiques (La tante Julia et le scribouillard).
Un remarquable appareil critique accompagne en outre cette sélection, qui propose des informations d’accès difficile, grâce au travail que l’éditeur a effectué dans les archives de l’auteur déposées à l’université de Princeton, et qui pourra enrichir la lecture aussi bien du lecteur francophone que du lecteur hispanisant. Une autre particularité de cette édition résulte du travail autour de la traduction des romans, effectué notamment par Anne Picard, qui a réussi, par une relecture intégrale approfondie, à donner à la langue de l’auteur en français une continuité, une véritable unité.

La liberté, passionnément

L’œuvre de Mario Vargas Llosa porte la trace de ses nombreux combats, de ses passions littéraires et politiques, qui se révèlent être indissociables. La littérature y apparaît alors telle une critique par et dans la fiction – cette vérité par le mensonge, comme il la désigne dans un de ses livres d’essais – des relations du pouvoir, des idéologies qui mettent en danger ce qui est, selon lui, le bien humain le plus précieux : la liberté. Et c’est cette « tradition d’insoumission, libertaire et rebelle, et sa vocation universelle » qu’il retrouve, à ses débuts, dans la culture française, comme il le rappelle dans son propre avant-propos de cette édition : « La France m’a enseigné que l’universalisme, trait distinctif de la culture française depuis le Moyen Âge, loin d’être exclusif de l’enracinement d’un écrivain dans la problématique sociale et historique de son propre monde, dans sa langue et sa tradition, s’en fortifiait au contraire, et s’y chargeait de réalité. » La littérature se doit donc d’être, en toute circonstance, une façon de résister au conformisme, de semer le trouble et de subvertir les esprits.



Mario Vargas Llosa
Mario Vargas Llosa

Il s’agit là d’un défi que l’écrivain péruvien a toujours voulu relever. Ce dont témoignent ses implacables remises en question qui l’ont conduit à s’éloigner de la gauche latino-américaine – en particulier lors de sa rupture avec le régime castriste qu’il avait soutenu auparavant, car il croyait « naïvement, se remémore-t-il encore dans son avant-propos, qu’elle inaugurerait un socialisme démocratique, voire libertaire ». Il dénonce et s’oppose avec force à la répression du régime cubain et, par la suite, s’élève contre les autres dictatures du continent latino-américain.
Par des prises de position ouvertement en désaccord avec toute forme de collectivisme, forme politique portant en soi, selon lui, le germe de la barbarie, la trace de cet « esprit de tribu » qui met en danger la liberté individuelle, Mario Vargas Llosa occupe par là même une place singulière dans le paysage littéraire du monde hispanophone. C’est d’ailleurs en ce sens qu’il assume pleinement sa conviction du rôle fondamental de l’individu dans l’histoire, dans la conquête de la liberté, en un mot, sa position de libéral : « je crois, affirme-t-il à l’historien mexicain Enrique Krauze, que la civilisation est le lent cheminement tout au long de l’histoire pour que l’individu s’émancipe de ce placenta maternel qui représente la communauté, la société, le collectif ».

La littérature comme déicide

L’œuvre de Mario Vargas Llosa se fixe alors un projet que l’on est tenté de qualifier de démesuré par son ampleur : « rivaliser avec la réalité d’égal à égal » et « incorporer au roman tout ce qui existe dans la conduite, la mémoire, l’imagination ou les cauchemars des hommes » (Vargas Llosa, Pierre de touche, 1967). Il faut en effet saccager le monde, le décortiquer et le détruire afin de lui « opposer par la parole et l’imagination une image littéraire » (Vargas Llosa, cité par Stéphane Michaud, Introduction). Car ce n’est qu’en débridant l’imaginaire, en ouvrant de nouvelles voies au récit, que l’écrivain peut être présent dans la cité.



Mario Vargas Llosa
Mario Vargas Llosa

12042781_1069311963130521_5049402276246479609_n« Comment tenir le parti de la littérature dans un monde qui s’en éloigne ? » est la question à laquelle l’œuvre de Mario Vargas Llosa n’aura cessé de réfléchir, comme le souligne bien Stéphane Michaud. Et c’est peut-être dans sa foi en la littérature, en son pouvoir de transformation devant la barbarie et la mort qu’une réponse s’esquisse, dans cette dynamique de destruction et création qui anime son œuvre, ce déicide qui ouvre la possibilité, à chaque fois, de refaire le monde.
Mario Vargas Llosa, Œuvres romanesques I & II,traduction de l’espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan, Anne-Marie Casès et Bernard Lesfargues. Édition publiée sous la direction de Stéphane Michaud avec la collaboration d’Albert Bensoussan, Anne-Marie Casès, Anne Picard et Ina SalazarGallimard, La Pléiade, parution le 24 mars 2016 : 65 € chaque tome.

vendredi 24 juillet 2015

Vargas Llosa / Lé Héros discret


ROMAN

Le Héros discret

En grand conteur, le Prix Nobel de littérature 2010 dresse un portrait sans fard de la société péruvienne, dans un roman palpitant.



Les romans les plus haletants commencent toujours le plus simplement du monde. Ici, les deux personnages ­principaux n'ont, au départ, rien d'héroïque : ils vaquent à leurs occupations quotidiennes, l'un à Piura, au nord du Pérou, l'autre à Lima, la capitale. Le premier, Felícito Yanaké, est le patron de l'entreprise de transports Narihualà. Chaque matin, il fait de la gymnastique chinoise, et les seuls moments de détente qu'il s'octroie dans ses journées harassantes il les passe non pas avec son épouse, Gertrudis, asséchée et bigote, mal fagotée et boudeuse, mais avec sa maîtresse, Mabel, qu'il entretient et dont il répugne prudemment à vérifier la fidélité. Les choses se gâtent quand Felícito reçoit une lettre, supposément envoyée par une mafia locale et avec comme signature le dessin d'une araignée, lui enjoignant de verser chaque mois une « rémunération »de 500 dollars pour sa sécurité. Felícito, « petit homme très mince, sobre et travailleur », refuse de se soumettre à ce racket, fidèle à la devise de son père : « Te laisse jamais marcher dessus par personne, mon fils. » Son premier réflexe est donc d'en informer la Garde civile, incarnée par le capitaine Silva, bon vivant et amateur de croupes sautillantes, et le sergent Lituma — tous deux déjà présents dans Qui a tué Palomino Molero ? (1987), un précédent roman.

Le deuxième personnage est don Rigoberto — une vieille connaissance, lui aussi, depuis les Cahiers de don Rigoberto (1998) —, gérant d'une compagnie d'assurances et dont le patron et ami, l'octogénaire Ismael Carrera, lui demande d'être témoin lors de son mariage avec sa gouvernante Armida. Rigo­berto craint le pire. Lui qui ne demande qu'à prendre sa retraite pour voyager en Europe avec Lucrecia et jouir de sa bibliothèque pleine de livres d'art pressent que cette union vaudra des ennuis à tout le monde : autant à cause de la différence sociale entre les deux futurs époux, qui ne manquera pas de faire jaser, qu'en raison de la perversité des deux fils d'Ismael, les « hyènes », des jumeaux bons à rien — le portrait qu'en dresse Vargas Llosa est acide : « Ils avaient appris l'anglais mais parlaient un espagnol d'analphabètes mâtiné de tout cet horrible charabia de la jeunesse liménienne, n'avaient jamais lu un livre ni même un journal de toute leur vie, ne connaissaient probablement pas le nom de la moitié des capitales des pays latino-américains et aucun des deux n'avait pu être reçu même en première année d'université»
Quelles conséquences l'obstination de Felícito à refuser de payer les maîtres chanteurs aura-t-elle ? Et quelles seront les retombées des tentatives des deux jumeaux malfaisants pour faire échec au mariage de leur père afin de récupérer, quand l'heure viendra, le colossal héritage ? Tout au long de ces quelque 500 pages palpitantes, Vargas Llosa ­entretient le suspense et, au détour des rebondissements, s'attarde sur le portrait d'une société péruvienne gan­grenée par la pauvreté et les inégalités, et anesthésiée par une presse — télévision, presse écrite, blogs... — plus avide de faits divers et de ragots que rivée au désir d'informer. Les parcours de Felícito et de don Rigoberto vont évidemment finir par se croiser, d'une manière que même la mystérieuse voyante Adelaida n'aurait pu prévoir... Gamins dépenaillés et chiens faméliques de Piura, effervescence de Lima, dialogues réjouissants, portraits enlevés : Mario Vargas Llosa, Prix Nobel de littérature en 2010 (1), a la veine du grand conteur, amoureux de la littérature et de la France — « le continent de Rimbaud » que Rigoberto espère bientôt fouler. — Gilles Heuré

(1) Les éditions Gallimard rééditent Conversation à la Catedral, dans une nouvelle traduction d'Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès, et publient le recueil d'essai La Civilisation du spectacle.

El Héroe discreto, traduit de l'espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès, éd. Gallimard, coll. Du monde entier, 480 p., 23,90 €.
Le 04/07/2015 - Mise à jour le 29/06/2015 à 15h15
Gilles Heuré - Telerama n° 3416


TÉLÉRAMA




DE OTROS MUNDOS