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vendredi 4 mai 2018

De l’exil intérieur dans le style tardif




De l’exil intérieur dans le style tardif


Les mordus de l’incipit nous ont tellement bien entraîné dans leur passion qu’on en a oublié de se demander où et quand commençait vraiment la fin. Non pas l’excipit, qui serait la ou les dernières phrases, mais la fin de l’ensemble de l’œuvre d’un artiste. Ce que Theodor Adorno appelait « Spästil Beethovens », autre dit le style tardif de Beethoven, titre d’un essai pionnier de 1937 plus tard recueilli dans Moments musicaux (1964) puis dans Essais sur la musique (1993). C’est peu dire que le philosophe a inspiré nombre de réflexions sur la musique, malgré son éclectisme, son élitisme, son absence de compromis, sa détestation du Zeitgeist et de sa propre époque.
Edward W. Said en a fait le titre et le thème de son tout dernier livre puisque Du style tardif (On Late Style, traduit de l’américain par Michelle-Viviane Tran Van Khai (310 pages, 25 euros, Actes Sud) est paru à titre posthume. C’est un essai composé après coup de manière assez disparate, donc nécessairement subjective par rapport au choix qui aurait été le sien, avec les retranscriptions de ses séminaires à Columbia University (NY). On peut y chercher, et y trouver, l’écho et la trace des recherches de l’intellectuel américain d’origine palestinienne (Jérusalem 1935- NY 2003) sur l’Islam, la question de Palestine ou l’Orient fantasmé de l’Occident. Mais pour l’essentiel, l’autre Said s’exprime là, qui était non seulement un critique littéraire et musical d’une acuité et d’une culture remarquables (un peu comme Eric Hobsbawm l’était pour le jazz), mais également un pianiste croyant et pratiquant. La musique, il en parle de l’intérieur ; cela n’a jamais immunisé personne contre les erreurs de jugement ou les fautes de goût, mais on écoute toujours autrement, quoi qu’on s’en défende, une voix venue de l’intérieur du bâtiment – même si, je dois l’avouer, les explications techniques sur l’accord de quarte et sixte ou sur l’expressivité ironique du canon en mi bémol du final du second acte de Cosi laissent l’amateur à la porte.
Son livre est brillant, dans la meilleure acception du terme, sans le vernis et la superficialité qu’il suppose parfois, pétillant d’intelligence et d’intuitions, virtuose même dans sa manière de rapprocher les inconciliables, de réduire les grands écarts, ou simplement de mettre en relation des éléments qui nous paraissaient aux antipodes les uns des autres, déformation professionnelle et réflexe naturel de celui qui fut longtemps professeur de littérature comparée. Mais il est d’une telle richesse et d’une telle complexité qu’un tel billet critique n’a d’autre ambition que de stimuler la curiosité et d’inviter à y aller voir.
C’est une idée reçue, sinon ancrée dans nos esprits, d’imaginer qu’à la fin de sa vie, l’âge venant, un créateur est nécessairement marqué du sceau de la maturité, de la réconciliation, de la sérénité, de l’apaisement, toutes qualités résumées en une seule : la sagesse. Et si cette propriété n’avait rien à voir avec l’inscription de l’œuvre dans sa chronologie ? On dira le sujet marginal, sinon secondaire ; il fut d’ailleurs largement ignoré ; mais Edward W. Said se passionnait justement pour ce que l’esprit critique et analytique des autres avait laissé sur le bas côté.
En s’emparant du concept forgé par Adorno, Said est allé voir ailleurs. Du côté de Cosi fan tutte, comme une reconnaissance de dettes, puisque c’est le premier opéra auquel il assista, tout jeune, en débarquant aux Etats-Unis en 1950. Du côté du pianiste Glenn Gould dont le nom est devenu synonyme de Bach grâce à sa touche inimitable, au point que l’on parle de « Variations Gouldberg », ce qui l’a poussé à tenter de comprendre « par quel biais son association de toute vie avec l’immense génie du contrepoint parvient à créer un espace esthétique sans équivalent, et d’une stimulante plasticité, essentiellement fondé par Gould lui-même en tant qu’intellectuel et en tant que virtuose ».  Du côté des Paravents de son ami Jean Genet, « qui aimait les Arabes d’amour », qu’il crédite de « l’intuition de la portée et du caractère dramatique de la situation que nous vivions au Liban, en Palestine, et dans d’autres pays ». Du côté de chez Richard Strauss, les œuvres ultimes bien sûr : Capriccio, Concerto pour hautbois, Deuxième concerto pour cor, Métamorphoses, sans oublier, l’une de ses œuvres le plus poignantes, l’une des rares à avoir su exprimer l’infinie lassitude de ce bas monde, les Vier Letze Lieder. Puis il a confronté leur puissance et leur inventivité à l’opinion la plus répandue sur Strauss, selon laquelle après Elektra (1909) et singulièrement après Le Chevalier à la rose (1911), son univers était devenu plus tonal et sucré, moins caustique.
Said déconstruit ce discours pour montrer, après un examen minutieux qui ne méprise pas l’arrière-fond ni le contexte historiques, que, bien  loin d’être sages malgré leur apparence, ces oeuvres sont provoquantes, dérangeantes, déconcertantes, inclassables. Et l’on connaît des anglicistes qui trouveraient certainement à redire à la traduction de « late » par « tardif », étant entendu que, même si le mot est le plus souvent rendu en français pour exprimer le « tard », et lateness le tardif, on le trouve couramment en anglais pour suggérer le mort, notamment dans l’expression the late Mr … / « feu monsieur… ». Quoi qu’il en soit, Said désignait par là les dernières œuvres d’un artiste.
Au fond, à suivre Said dans le sillage d’Adorno, et en repensant aux œuvres tardives de Beethoven plus inquiètes et plus instables que la Symphonie héroïque ou les Cinq concertos pour piano qui les ont précédés, on finit par lui arracher un semblant de définition : est tardif ce qui se situe au-delà de son époque, en avance sur elle par la nouveauté et l’audace, mais aussi en retard sur elle en ce qu’elle s’autorise des retours dans d’autres temps au mépris de la marche de l’Histoire. Ce qui est une belle définition de la liberté du créateur, affranchi des contraintes de l’air du temps, état que l’on atteint plus facilement, en effet, lorsqu’on n’a plus rien à prouver et que l’on n’attend rien de quiconque.
Un mot manque à cette définition, que Said utilise dans un autre chapitre : testamentaire. Il en use à propos de l’opéra Mort à Venise de Benjamin Britten adapté de la nouvelle éponyme – une œuvre de jeunesse, celle-ci, puisque Thomas Mann avait 37 ans quand il l’a écrite, ce qui suffirait d’ailleurs à invalider la thèse du caractère élégiaque, allégorique, pathétique et poignant attaché à la création d’une œuvre en fonction de « l’âge du capitaine ». En fait, c’est ailleurs que le bât blesse dans cet essai vertigineux. On a parfois l’impression que l’auteur tente à tout prix de plier les choses au concept qui le guide, ce qui est peut-être dû au rassemblement arbitraire de conférences et de notes préparatoires au séminaire lui-même ; pas sûr que le regroupement fasse toujours sens. En ce sens, un chapitre est particulièrement discutable : celui qu’il consacre au Guépard. Plus encore que dans celui sur la Mort à Venise,  il n’a de cesse de comparer le roman de Lampedusa et sa traduction à l’écran par Visconti. Il discrédite le film pour sa dimension hollywoodienne, sa surabondance, sa monumentalité, ses moyens financiers, ses prouesses techniques dans le but de prouver que de là vient sa puissance, et donc son échec, à rendre l’énergie abstraite et le repli sur soi par lesquels l’écrivain caractérisait le prince Salina. Or il ne s’agit pas de « réalisme mimétique », comme il le croit, car il est vain de chercher une intention de transposition dans une adaptation de cette envergure : l’écrivain a créé ce que le cinéaste a recréé, l’un n’est pas l’interprète de l’autre, l’un et l’autre s’employant davantage à ressusciter qu’à restituer chacun avec les moyens propres à son art, mais il n’y a pas à les opposer ou à les vérifier, comme le fait Said, dont la virtuosité intellectuelle est rarement exempte de paradoxes provocateurs, donc stimulants.
D’ailleurs, in fine, après tout cela et après avoir même convoqué le Debord de la Société du spectacle (était-ce bien nécessaire ?), Said en convient, ce qui n’est pas le moindre de ses paradoxes. Le plus discutable reste encore qu’il tienne absolument à faire entrer Le Guépard(1962) dans le style tardif de Luchino Visconti, comme appartenant à « l’ultime phase de sa carrière » alors que Les Damnés, Mort à Venise et Ludwig viendront après, pour ne rien dire de Violence et passion au caractère autrement plus testamentaire.
Les derniers mots de ce dernier livre ? « Dans l’histoire de l’art, les œuvres tardives sont les catastrophes », étant entendu que celles-ci sont la prise de conscience par un créateur de l’impossibilité de combler les silences, les absences et les failles. On croyait que le Said musicologue seul s’exprimait dans cet essai et l’on s’aperçoit qu’il doit autant à l’autre Said, puisque la question de l’exil est là encore au cœur de sa réflexion ; car si le style tardif se situe dans le présent, il s’exerce à l’écart :
 « une sorte d’exil que l’on s’impose à soi-même, en s’éloignant de ce qui est en règle général tenu pour acceptable ; il consiste à succéder à cet état de choses, et à lui survivre ».
Preuve s’il en est que l’on ne se dissocie pas dès lors que l’on ne se compromet pas avec une autre voie, autre que celle que l’on s’est fixée et que l’extérieur voudrait nous imposer : on creuse son sillon. La leucémie a pris son temps, une dizaine d’années, avant d’emporter Edward W. Said. Difficile de ne pas penser à sa lucidité en l’écrivant, sa conscience d’atteindre lui-même le stade ultime de son œuvre. Il savait que le temps lui était compté. Faut-il préciser qu’il est mort en écrivant l’un des chapitres de ce livre ?
(« Glenn Gould » photo D.R. ; « Giuseppe Tomasi di Lampedusa » photo D.R.; « John Calder, éditeur de Samuel Beckett » photo John Minihan)






vendredi 12 janvier 2018

La Musique du Metal en Tunisie / La compréhension des comportements des acteurs


La Musique du Metal en Tunisie

La compréhension des comportements des acteurs

18 AOÛT 2015
HOUSSEM EDDINE BOUCHIBA

L’étude est centrée sur la compréhension des comportements des acteurs du groupe social metal, aussi appelés « métalleux ». Ce groupe, qui se constitue en un réseau de sociabilité aux multiples facettes, est composé de musiciens, d’auditeurs, de disquaires « métalliques » Le terme « métallique », qui est relatif à la musique... , d’une presse spécialisée, de boutiques de vêtements, de bars, de sites internet.
Tout d’abord, voici quelques bars où se retrouvent; le travail a pour objectif de présenter un état des lieux du groupe metal considéré dans sa globalité. Or il s’avère que le metal est un terme générique qui rassemble un nombre important de styles et de sous-styles musicaux (heavy metal, hard rock, speed metal, thrash metal, death metal, black metal, black metal symphonique, black metal brutal, grind, etc. Un arbre généalogique, proposé par Éric Lestrade, fan), porteurs en eux-mêmes de singularités musicales, comportementales et sociales. D’autres se chargeront de présenter tel ou tel style musical affilié au metal en pointant du doigt ses particularités, tel n’est pas le propos de ce travail. Ici, il convient de dresser une « généralité objective » du fait social metal, c’est-à-dire qui sous-entend un processus d’objectivation des comportements du groupe social considéré dans sa totalité. En effet, malgré une pluralité et une complexité des comportements sociaux, il est des constantes, des caractères essentiels qui se dégagent.

Myrath

Le metal est généralement agressif c'est vrai, mais pas tous les genres de metal le sont! Si on prend certaines musiques de Angra (Bleeding heart) ou de HIM (The funeral of hearts, Join me in death, Heaven tonight et d'autres) ce n'est pas du tout agressif au contraire c'est parfois calme et mélodieux! La plupart des Tunisiens et surtout a Gafsa rejettent le metal sans rien en savoir et mettent tous les genres du metal dans le même sac! Quand certaines personnes apprennent par exemple que j'écoute du metal elles me balancent des trucs du genre "t'es devenu satanique ou quoi?!" "Fais gaffe! Fréquente pas les gens qui écoutent ce genre de musique ce sont des sataniques, tu risques te faire entraîner par eux toi aussi!" Mais je leur pardonne ils ne savent pas de quoi ils parlent.
Ici les gens confondent encore les adeptes du satanisme et les gens aimant simplement le metal, chose qui est décevante... Ce que tu dis est vrai, mais faut pas oublier qu 'il y a vraiment certains groupe du hard rock ou du hevy metal qui sont des sataniques (Slayer, Iron Maiden aussi, de leurs debut), mais faut pas generaliser, les marocains n'ont pas assez de connaissance en se qui concerne ce genre de music, pour eux le metal se resume en une longue chevelure, des tatouages, drogue et violence. Personnelemnt j'ecoute du thrash metal depuis plus de 7 ans, et j'apprecie beaucoups, mais actuellement y a peu de groupes qui font du vrai metal, la plus part c 'est que du bruit, heureusement qu' il y a toujours les grands maitre tel que megadeth, matallica( je parle de leurs debut, maintenantt ils font n' importe quoi) ... Moi ca fait plus de 8 ans que j'ecoute du metal! Je trouve sincerement que les gens ont des opinions bordeliques sur ce genre de musique, pour tout vous dire je trouve que c'est ce qu'il ya de plus pur et de plus beau. Tous les metalleux sont des artistes engagés vous ne pouvez pas critiquer ces gens parce qu'ils sont dans un etat d'ame different, dans ce cas pourquoi dit on que Charles Baudelaire est un artiste? Hen? Pourtant il netait vraiment pas terre a terre!

Metallica

Les gens se contredisent, ils qualifient de celebres personne d'artistes sans savoir vmt cmt ils etaient... je n'ai qu'une chose a dire allez voir ces artistes cmt ils etaient et la vous saurez quelques metalleux ont vraiment une ame d'artiste. Croyez vous qu'ils "hurlent" juste comme ca? Non; toute une demarche philosophique, ils crient de rage de passion de revolte contre la société, contre les valeurs de la vie qui disparaissent petit a petit, contre toute la magie de la vie qui disparait. C'est leur facon de dire que la société tue les reveurs et comme dirait Tuomas Holopainen "slaying the dreamer... I really hate you, all".
Dailleurs ne pensez pas que ce sont de vieux degeneres qui crient seulement allez lire les paroles regardez la pureté des choses dites et comparez cela a ce que vous entendez comparez cela a ttes ces choses commerciales qui passent a la TV! Puis ne resumez surtout pas le metal a un seul genre: ecoutez du sympho metal vous verrez je nai qu'une chsoe a dire: laissez nous! J'éxplique: l'un des facteurs méme de cette détérioration est une grande majorité du public. Comment me diriez-vous? Eh, ben malheureusement c'est trés simple: tout d'abord y'a ceux qui prennent le metal pour cette " équation " trés bizarre a mes yeux: tout de noir vétu+air triste (où en colére) + jurons entre chaque mot assister hyper bourré a un concert! Non mais où on vas là?

Metallica

J'etends ici et là des "metalheads" qui disent qu'ils sont "harcelés" par les force de l'ordre... Ce sont-ils demandé pourquoi ne serais-ce que pour une seconde? S'ils se mettent dans la peau de ces agents de police pourtant, tout seras plus clair: mon petit si tu te balade au M6 hyper bourré d'alcool, si tu injure tout ce qui bouge en le traitant de toutes les injures possibles, et si tout ça se déroule sous le regard d'un agent de police, que veux-tu qu'il fasse? Te remercier? T'encourager? Biensur il va te coffrer, il va t'insulter et il va te tabasser (méme si c'est trés rare ça, quoique souvent bien mérité dans certains cas)! Le manque de culture de plusieurs metalheads, bien qu'ils soient plus gatés que la "vieille garde": internet, satellite et j'en passe.
On entends ici et là de nouveaux "types" de metal jamais connus auparavent: ça va du "Emo Satanique" au "Pink Metal", en passant pour un nouveau terme "téchnique" désignant une partie des metalheads. C'est ainsi aussi que l'on a pu écouter des sottises du style "le metal a été inventé par un dragon","le signe des cornes du diable viennent de Dracula qui avait 3 doigts coupés dans ses mains et que les autres doigts prennent la forme des cornes du diable".

Mais le plus beau et qui reste dans la mémoire de ceux qui étaient présents lors du concert d'Epica, c'est une partie du public scandant a haute voix "Nightwish! Nightwish!" Mais ces deux facteurs sont dus aussi au manque d'interet que portent certains des organisateurs de concerts en Tunisie envers leur public, le considérant seulement comme une pompe a fric.



dimanche 1 janvier 2017

So long Leonard Cohen (1934-2016)




So long Leonard Cohen (1934-2016)

Christine Marcandier 
11 novembre 2016
leonardcohen
Comme David Bowie, Leonard Cohen aura livré un dernier album testamentaire, avant de mourir, à 82 ans : You want it darker. Sombre, toujours plus sombre, alors qu’il avait dû interrompre en 2013 une tournée mondiale entamée en 2008 pour raisons de santé, qu’il venait de perdre sa muse Marianne Ihlen, que tout faisait signe, jusqu’à ses déclarations en interviews vers une fin presque désirée (lire ici celle, crépusculaire, qu’il accorda au New Yorkercet été). Comme Bob Dylan, il aurait pu prétendre au prix Nobel de littérature, tant il contribua, lui aussi, à un fondamental brouillage des frontières entre la chanson et la poésie, lui qui publia par ailleurs plusieurs recueils de poésie et deux romans (Jeux de dames et Les perdants magnifiques). Là s’arrêtent les comparaisons, l’univers de Leonard Cohen est singulier, unique.
C’est en décembre 1967 que l’artiste sort son premier album, Songs of Leonard Cohen, avec trois titres que nous fredonnons tous encore, So long Marianne, Sisters of Mercyet Suzanne.
Suzanne takes you down to her place near the river
You can hear the boats go by, you can spend the night forever
And you know that she’s half-crazy but that’s why you want to be there
And she feeds you tea and oranges that come all the way from China
And just when you mean to tell her that you have no love to give her
Then he gets you on her wavelength
And she lets the river answer that you’ve always been her lover
And you want to travel with her, and you want to travel blind
And you know that she will trust you
For you’ve touched her perfect body with your mind
And Jesus was a sailor when he walked upon the water
And he spent a long time watching from his lonely wooden tower
And when he knew for certain only drowning men could see him
He said…
Leonard Cohen, en 1967, c’est déjà la chanson comme une confession sobre, ne sombrant jamais dans l’impudeur ou le pathos. Comme dans Seems so long, Nancy, sur son second album (Songs for a room, 1969), titre écrit à la mémoire de la jeune femme retrouvée dans sa salle de bains de Montréal, en 1965, une balle dans la tête.
Jeux de dames Leonard CohenVenu à la chanson parce qu’il ne parvenait pas à gagner sa vie en tant qu’écrivain comme l’écrit David Remnick dans un long portrait publié par le New Yorker en octobre dernier, Leonard Cohen quitte Montréal pour New York 4120vvmk1zlen 1966 et tenter sa chance dans la musique. Il n’en demeurera pas moins un poète et un écrivain.
Comme Bob Dylan, auquel on ne cessa de le comparer et de le mesurer tout au long de sa carrière — mais il est de ceux qui eurent une œuvre, pas une carrière —, Leonard Cohen est un troubadour, influencé par Allen Ginsberg, Irving Layton mais aussi toute la tradition anglaise (Blake, Yeats), la Torah et le Zohar.
Chacune de ses chansons est un poème porté par une voix sombre, mêlée de couleur grise, aux lointains du chant qui s’est perdu, un timbre unique, des mélodies d’une immense simplicité apparente. Il est l’auteur d’Hallelujahdont Jeff Buckley fera l’une des plus belles reprises de l’histoire de la musique.
Le livre du désir Leonard CohenLes années 90 furent le seul moment d’éclipse de Leonard Cohen, il disparaît de la scène, se réfugie dans le bouddhisme, avant de revenir pour livrer plusieurs albums, Ten New Songs (2001), Dear Heather (2004), Old Ideas (2012), Popular Problems (2014) et You Want it Darker (2016).
On pourrait citer comme une litanie triste ces titres qui ont accompagné nos existences, Bird on the WireFirst we take ManhattanTake this waltzDance me to the end of loveLeonard Cohen est de ceux, rares, qui ont écrit la bande son de nos vies, un « visionnaire prolifique » comme l’écrit le communiqué annonçant sa mort. Un géant.
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samedi 1 août 2015

Les dernières heures d'Amy Winehouse

Son dernier concert à Belgrade, le 18 juin 2011, s’était mal terminé. A cause de l’alcool.

LES DERNIÈRES HEURES 

D’AMY WINEHOUSE

BIOGRAPHIE


La chanteuse très soul et très seule ne s’est pas suicidée. Les analyses ont parlé : elle a noyé son mal-être dans l’ alcool. Découvrez en avant-première sur ParisMatch.com un long extrait du récit poignant de notre reporter. La suite et la fin dès demain dans le magazine Paris Match.


Amy peine à saisir son téléphone. Dans un moment de lucidité, elle écrit à son ami Kristian Marr ce SMS étrange : « Je serai là pour toujours. Et toi ? » Il est 3 heures du matin, la nuit du 22 au 23 juillet 2011. Elle est dans son lit, au troisième étage de sa maison, en face de Camden Square. Elle a bu. Elle s’endort, hagarde. Elle a déjà vécu cette situation, se sentir lourde, écrasée, abrutie par la boisson. Son garde du corps, monté la voir quelques minutes auparavant, n’a rien décelé d’anormal. C’est le même qui va jeter un coup d’œil dans sa chambre, vers 10 heures du matin. Elle ne bouge pas. Il ne s’inquiète pas. Il y retourne en début d’après-midi, perturbé par ce silence soudain gênant. « Amy ? » Pas de réponse. Il ouvre la porte, marche vers elle. « Amy ? » Il découvre la chanteuse inanimée dans ses draps.



Après trois mois de mystère, les premiers tests toxicologiques pratiqués sur le cadavre excluront une overdose de drogues, sans préciser la cause exacte du décès. Les résultats définitifs indiquent un taux de 4,16 grammes d’alcool par litre de sang au moment de la mort. Un taux de 0,5 interdit de conduire ; 3,5 est le point limite, la partie du cerveau qui commande la respiration est atteinte. Winehouse a bu comme un trou, une fois de plus, une fois de trop. Il n’y avait même pas de verre au pied de son lit, simplement trois bouteilles de vodka vides. Elle a sombré dans un coma éthylique qui a pu entraîner un vomissement dans les bronches, un refroidissement de la température corporelle ou une crise d’épilepsie. Selon les conclusions de l’enquête, sa mort est « accidentelle ».


« Elle n’était pas suicidaire, elle avait des projets »

Depuis quelques années, c’était son truc à Amy, le yoyo alcoolisé. Dès qu’elle allait trop loin, qu’elle se sentait pitoyable, elle s’arrêtait net de boire. Ces périodes de sobriété forcée se prolongeaient deux, trois semaines. Mais elle y revenait toujours, plus fortement. Après le désastre du concert de Belgrade, le 18 juin, où elle était apparue pathétique, titubante, ruminant des paroles inaudibles sur scène, elle avait tout stoppé. Elle voulait s’en tirer, chanter à nouveau, aimer, vivre. Elle a tenu trois semaines. Jusqu’au 20 juillet où elle est aperçue, après le concert de sa filleule, Dionne Bromfield, avalant des rasades de gin et de Red Bull. Winehouse, ­capable d’osciller entre l’euphorie et la noirceur en une fraction de seconde, était si imprévisible que son entourage n’a pas senti un danger particulier. La petite les avait trop habitués à se relever.

Sa mère, Janis, lui a rendu une ­visite surprise la veille de sa mort. Elle n’a rien pu empêcher, seulement constater l’étendue des dégâts. « Elle avait l’air ailleurs, perdue. Ce n’était qu’une question de temps. » Elle adoucira cette vision macabre plus tard : « Elle pouvait dormir des heures et avoir toujours l’air de se réveiller. Nous avons bu un thé, regardé des photos de famille… Quand je suis partie, elle m’a serrée dans ses bras et dit : “Maman, je t’aime.”» La santé d’Amy était surveillée depuis quatre ans par le Dr Cristina Romete. Elle est venue à son domicile ce jour-là, vers 19 heures. Elle lui avait prescrit depuis peu du Librium, un médicament qui aide à combattre les crises d’anxiété liées au sevrage. Elle constate qu’Amy boit à nouveau. Mais ne s’affole pas. « Amy était pompette mais pouvait soutenir une conversation. » Lorsque Romete lui demande si elle a l’intention d’arrêter de boire, Amy hésite : « Je ne sais pas. » Et le médecin de conclure : « Elle n’était pas suicidaire, elle avait des projets. Elle m’a dit : “J’ai encore des choses à faire dans la vie.”» Ce qui suffit pour rassurer un médecin…

Elle quitte sa patiente vers 20 heures, sans imaginer la suite funeste. Ce qui peut se comprendre ; 2011 n’est pas 2008, annus horribilis de la chanteuse. Amy ne cache plus des fioles de cocaïne dans sa perruque. Amy ne partage plus de pipes à crack avec Pete Doherty en rigolant devant des souriceaux. Amy ne se scarifie plus les bras pour atténuer la douleur du manque d’héroïne. Son ex-mari, l’affreux Blake Fielder-Civil, l’homme qui lui fit découvrir ces belles substances, dort en prison pour cause de cambriolage raté. Alors, quelques verres en début de soirée, ce n’est rien…

Au cours de ce dernier été londonien, elle va raisonnablement mal. « Amy ne faisait pas grand-chose, je crois qu’elle était très isolée », dit un photographe qui l’a suivie des années durant. Ses chères copines des débuts, Juliette Ashby, Remi Nicole, ne sonnent plus chez elle à l’improviste. Elle ne joue plus au billard des nuits entières, comme avant, dans son garage ou à l’étage de son pub préféré, The Hawley Arms. Elle s’ennuie. Ce n’est plus la passion avec son petit ami par intermittence depuis deux ans, le réalisateur gominé Reg Traviss. Elle l’aime bien, mais il n’a jamais remplacé Blake le terrible. Reg l’avait quittée en février, puis en mai, effrayé par ses abus et ses coups de fil réguliers à Blake en prison. Aujourd’hui, il révèle un projet de mariage imminent, guère crédible. Il joue le rôle du gendre idéal, et éternel. Et comment ne pas rire jaune lorsque Reg Traviss explique, avec la bénédiction de la famille Winehouse, combien Amy était une « femme normale, saine, en bonne santé » ! Sur une autre planète, peut-être.

Mais dans le nord de Londres, le soir du vendredi 22 juillet, Winehouse a enquillé les shots jusqu’à l’encéphalogramme plat. D’après un proche de Reg, lui et Amy se seraient vus, auraient bu quelques coups. Ce qu’il nie avec une candeur désarmante : « J’ai terminé le travail tard vendredi et, comme je n’ai pas réussi à la joindre, j’ai pensé qu’elle s’était assoupie. Je lui ai envoyé un SMS pour lui signifier que j’allais regarder un DVD, qu’elle me fasse signe dès son réveil. Je trouvais étrange de ne pas avoir de ses nouvelles. En sortant de chez le coiffeur, j’ai vu sur mon téléphone un appel manqué provenant du numéro de son garde du corps. Je ne me suis pas inquiété, elle perdait toujours son portable, elle avait dû utiliser le sien. Je n’ai pas rappelé, je suis passé à mon bureau chercher mes chaussures. » Il sait pourtant qu’il parle d’Amy Winehouse, une fille sauvée par miracle d’overdose à plusieurs reprises, une fille qui remplaçait une addiction par une autre, une fille qui recommençait à boire depuis peu, une fille qui venait d’envoyer un SMS à un autre au milieu de la nuit, Kristian Marr qui ne l’avait pas vue ­depuis six semaines.

«Elle était sur la bonne voie»

Pourquoi un signe maintenant ? Il ne comprend pas, mais se souvient de leur ultime moment ensemble : « On regardait “Scarface” sur son canapé. Amy voulait acheter de l’alcool. Je l’ai convaincue de se contenter de thé. On s’est endormi. Et j’étais heureux, sachant qu’elle était sur la bonne voie. » Elle a déraillé. Un certain Tony Azzopardi a déclaré avoir été « attrapé » dans la rue et emmené en taxi par Amy, ce soir-là, afin qu’il la mette en contact avec un dealer de West Hampstead. Celui-ci lui aurait fourni pour 1 200 livres de crack et d’héroïne. Tony a rajouté devant les policiers qu’elle avait fumé du crack sous ses yeux, dans le taxi, en se plaignant du harcèlement de Blake. Mais quel crédit accorder à un vieux junkie sans le sou, alcoolique, prêt à tout pour quelques billets ? D’autant que les tests toxicologiques sont vierges de traces de stupéfiants.

Est-ce ainsi que meurt une star de 27 ans ? Si seule ? Négligence coupable de l’entourage ? Andrew Morris, son costaud bodyguard, revenait de vacances. Son médecin traitant a remarqué un état d’ébriété léger. Il n’a alerté personne. Ces gens ont oublié sa nature versatile, bipolaire, dépressive. Sa mère l’a trouvée comme d’habitude, endormie puis éveillée, joyeuse puis mélancolique. Elle se préparait au pire depuis si longtemps qu’elle avait fini par se convaincre que cela n’arriverait plus. Son père avait habité quelques mois avec elle pour la protéger. C’était invivable. Il réside dans le Kent, à une heure de la capitale. Reg l’avait abandonnée à ses démons, sans penser à mal.

Seule sa grand-mère chérie, Cynthia, aurait pu la raisonner. Toutes deux écoutaient les divas tristes Dinah Washington et Sarah Vaughan. Cynthia, surnommée « Nan », lui racontait son aventure avec le saxophoniste de jazz Ronnie Scott ; Amy, ses turpitudes d’adolescente, son expulsion de la prestigieuse école de théâtre ­Sylvia Young pour un piercing trop évident, son amour des uniformes des serveuses américaines des années 50… Amy faisait alors l’effort de respecter ces ­rendez-vous hebdomadaires. Nan est décédée d’un cancer du poumon en 2006. Amy ne s’est plus jamais soumise à une quelconque discipline. Sa chanson « Rehab » témoigne de cette obstination à n’en faire qu’à sa tête. Elle avait trompé la mort si souvent ! Le temps des soirées à errer, défaite, avec Blake, les ongles noircis par le crack, les bras couverts d’égratignures, les jambes pleines de bleus, était révolu. Son malaise, moins visible, demeurait.



La carrière d'une comète



En trois ans, laps de temps qui sépare le premier album, « Frank », du ­second si intense, « Back to Black », la douleur, le désespoir, le regret, la drogue, la dépendance lui avaient taillé une voix puissante, sombre, celle d’une femme mûre et triste. Elle n’a plus jamais été capable de réitérer l’exploit, mettre ses maux en musique. Sa carrière s’est donc achevée en 2006, à 23 ans. Une comète. Ses capacités pulmonaires étaient diminuées par un début d’emphysème diagnostiqué en 2008. C’est jeune pour une maladie de vieux. On entend son timbre abîmé, fêlé par les excès sur « Body and Soul », duo avec son idole, Tony Bennett. Son dernier enregistrement. L’absence de jus, d’énergie, y est flagrante. Elle n’avait plus de coffre. Etait-ce irrémédiable ? Amy paraissait paniquée à l’idée de rechanter en public ou de remettre les pieds en studio. Elle adorait la musique, ses virées à Camden, mais la fraîcheur et l’enthousiasme s’étaient émoussés. Elle était riche, elle s’en fichait. 4,16 grammes. Elle s’est assommée. Sa mort le 23 juillet est un accident. Elle aurait pu survenir des mois, des années auparavant. Sa vie fut aussi brève que ses tourments furent ­interminables. Un long suicide, entrecoupé de moments furtifs de joie, de ­sursauts passagers. Le destin bouclé d’une fille vidée avant la trentaine.