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vendredi 16 juin 2017

Roger Waters déclare la guerre à Trump








Roger Waters 

déclare la guerre à Trump

Paris Match|
Roger Waters entourés d'une chorale d'enfants.Pierre Hennequin
Sur la scène du festival Desert Trip, fin octobre, Roger Waters a produit un show à la gloire des albums mythiques de Pink Floyd. Les prises de position anti-Trump du musicien ne furent pas du goût de tous.
Promis, c'était la seule et dernière fois qu'il donnerait ce show. Depuis son départ de Pink Floyd en 1984, Roger Waters bataille avec son passé. Pour Desert Trip donc, Roger a travaillé sur un spectacle total, à la gloire des albums mythiques de Pink Floyd. Lorsque les lumières s'éteignent, le public est d'abord bercé par une pulsation sonore. Le son en quadriphonie emballe la foule: les effets sonores tournoient dans l'air, avant que l'immense écran ne s'allume. «Speak to Me» et «Breathe» ouvrent ce show spectaculaire. Car, pendant les quarante premières minutes, on ne verra pas le groupe, encore moins Waters. C'est avant tout une plongée envoûtante dans une époque magique, les seventies sur lesquelles Pink Floyd a régné en maître.
Les fans deviennent fébriles aux premières notes de «Fearless», qui se transforme en plaidoyer pour les manifestations de Ferguson. «Si vous n'êtes pas en colère, c'est que vous ne faites pas attention», annonce l'écran géant. Et Waters se décide enfin à prendre la parole. «Ce show est pour tous les camarades, nos frères et nos soeurs, pour ceux aussi tombés à la guerre.» Galvanisé, il balance une bonne partie de l'album «Wish You Were Here», accompagné des visuels de l'époque, avant de lancer son arme secrète: des cheminées fumantes s'élèvent derrière la scène, qui se transforme, par le biais des écrans en Battersea Power Station, l'usine désaffectée qui servit pour la pochette de «Animals» en 1977.

"Pigs" est transformée en chanson anti-Trump

L'album est joué dans son intégralité, déroutant une bonne partie du public qui en profite pour fuir. «Pigs» est transformée en chanson anti-Trump, la plupart des déclarations polémiques du candidat républicain étant affichées sur l'écran, ainsi que sur un cochon volant à son effigie. Les spectateurs républicains ont déserté depuis longtemps, outrés par les prises de position de Waters. Ce dernier se réjouit d'une telle plateforme. «Je n'ai pas souvent l'occasion de dire ce que je pense. Je demande une fois encore que cesse l'occupation de la Cisjordanie», déclame-t-il sur fond de drapeaux palestiniens. La foule rugit aux premières notes de «Another Brick in the Wall, Part 2», sans se soucier des discours ronflants du musicien. «Comfortably Numb» vient éteindre les derniers feux nostalgiques de Desert Trip. Les rockers septuagénaires ont tous prouvé qu'ils avaient encore pas mal de choses à dire, ainsi qu'une légitimité à assouvir. Tous ont cherché à ne pas se laisser emprisonner dans leurs tours d'ivoire. Le festival pourrait sonner comme une conclusion parfaite à l'aventure du rock contemporain, qui irait de Woodstock à Desert Trip. Mais pour l'heure une seule chose est sûre: let's keep rocking...

jeudi 15 juin 2017

ROGER WATERS / Hors les murs

Roger Waters


ROGER WATERS


Hors les murs

Paris Match|
Roger WatersSean Evans
L’ancien leader de Pink Floyd présente une version filmée de sa tournée « The Wall ». L’occasion pour lui de rétablir certaines vérités.
Il pensait avoir pris sa revanche. De 2010 à 2013, Roger Waters a porté à travers la planète son incroyable show autour de « The Wall ». Salles pleines, stades conquis, il mit un terme définitif à ce triomphe en septembre 2013 à Paris, devant plus de 70 000 spectateurs. Waters croyait pouvoir enfin tourner la page Pink Floyd et se consacrer à ses albums solos. Seul hic, les deux autres membres restés à bord
du vaisseau amiral, David Gilmour et Nick Mason, annonçaient en octobre 2014 la fin officielle de Pink Floyd, juste après avoir publié l’ultime et très réussi « The Endless River ». Waters, qui a quitté le navire depuis 1985, n’entend pas laisser à ses deux comparses le droit d’enterrer le groupe mythique. A lui d’entretenir la flamme. Ainsi, le 29 septembre, un film sur la tournée « The Wall » sera diffusé pour une séance unique dans toutes les plus grandes salles du monde. Et l’homme s’apprête à repartir pour une nouvelle tournée. Histoire de rappeler qui est le patron.
Paris Match. Quand vous écriviez “The  Wall”, à la fin des années 1970, imaginiez-vous que le propos antiguerrier du disque serait toujours d’actualité ? 
Roger Waters. Pas vraiment. Cependant, dès la fin de l’enregistrement, j’avais réalisé qu’il possédait un certain poids, une certaine profondeur. A l’époque, le disque racontait surtout l’histoire d’une pop star schizophrénique. Avec la tournée, j’ai pu transmettre les idées qui m’intéressaient, donner aux concerts une dimension politique, établir une critique de la guerre plus virulente et, finalement, atteindre plus d’universalité.
Cette tournée 2010-2013 a été le plus grand succès de votre carrière. N’était-ce pas frustrant que cela vous arrive en solo et non avec Pink Floyd ? 
Absolument pas. Nous avons monté ce projet dans une petite pièce, avec juste des croquis, en partant du spectacle que nous avions créé en 1980. Quand nous nous sommes retrouvés en septembre 2010 aux Etats-Unis au Izod Center [New Jersey] pour les premières répétitions, j’ai tout de suite compris que nous proposions quelque chose de vraiment spectaculaire. Nous n’avions pas prévu de passer trois ans sur les routes. Mais le bouche-à-oreille a été fulgurant, et c’est devenu le spectacle à voir. Nous avons joué neuf fois au River Plate Stadium de Buenos Aires, 70 000 “grenouilles” [en français] sont venues nous voir au Stade de France, nous nous sommes produits à Split en Croatie comme au Stade olympique de Berlin…

"Pendant trois saisons j'ai eu mon pic d'adrénaline chaque soir"

Ces concerts géants vous manquent ?
Non, je suis allé au bout de l’aventure. Pendant trois saisons j’ai eu mon pic d’adrénaline chaque soir. Le lendemain du concert au Stade de France je suis rentré chez moi et je me suis rendu compte que j’étais totalement vidé. Il fallait que je reprenne des forces !
Plus de 14 millions de vues pour la vidéo de “Comfortably Numb”, sur YouTube, où votre ancien complice David Gilmour vous rejoint sur scène à Londres… Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Ce n’est pas énorme. Sur Internet, on est habitué à des chiffres bien plus élevés. Il y a dix ans, un ami m’a montré la vidéo d’un rappeur nommé Superman. Elle était assez sexuelle mais ne présentait pas grand intérêt. Eh bien elle avait été vue plus de 35 millions de fois. Trente-cinq millions ! Pour un truc dont personne n’avait entendu parler. Donc ces 14 millions me semblent bien peu de chose ! [Rires.]
Comment avez-vous réagi à l’annonce du dernier album de Pink Floyd l’an passé ?
Pink Floyd a sorti un disque ?
Oui, “The Endless River”… 
Et qu’est-ce donc que cette rivière sans fin ? [Rires.] Pour être honnête, j’ai été surpris. Mais ce n’est plus mon problème. L’œuvre de Pink Floyd est là, elle se suffit à elle-même. Et je ne vais interdire à personne d’écouter “The Endless River”. Une fois encore, ce ne sont pas mes affaires.
David Gilmour aurait pu vous demander votre avis, non ?
Pourquoi ?

"J'ai passé plus de temps en dehors de Pink Floyd qu'en son sein"

Par élégance, politesse…
Mais je ne fais plus partie de l’aventure depuis 1985. J’ai passé plus de temps en dehors de Pink Floyd qu’en son sein.
David Gilmour en a profité pour annoncer la fin du groupe. Alors que vous continuez à faire vivre la flamme… Que dites-vous aux gens qui rêvent que Pink Floyd se reforme ?
Ce que veulent les gens n’a hélas plus vraiment d’intérêt. J’ai d’autres projets, d’autres idées.
Avez-vous encore des choses à dire en musique ?
J’ai écrit un nouvel album que j’essaie de mettre en chantier. Mais j’ai d’abord en tête une grande tournée qui devrait démarrer l’an prochain. Je finirai ce disque ensuite. Là, j’ai une idée assez précise de ce que je veux faire sur scène, car j’ai un catalogue de chansons qui méritent d’être interprétées. Dans le fond, j’ai l’impression de peindre la même image depuis quarante ans, avec des couleurs et des tons différents. Mais quand tout cela est assemblé, ça peut avoir une sacrée gueule.

"Quiconque critique Israël est de facto accusé d'antisémitisme, ce qui est ridicule"

Pendant la tournée “The Wall”, vous avez dû subir de nombreuses attaques de la part de groupes religieux qui dénonçaient un show antisémite…
Les accusations d’antisémitisme n’avaient pas grand-chose à voir avec les concerts en eux-mêmes. Il y a bien eu une association juive qui s’est sentie offensée par la présence de l’étoile de David sur un cochon volant. Mais tous les symboles religieux figuraient sur cet animal. Le problème vient du fait que, depuis 2006, je me suis engagé dans le mouvement BDS [Boycott, désinvestissement et sanctions]. Quiconque critique Israël pour sa politique d’immigration, ou pour sa politique envers les Palestiniens, est de facto accusé d’antisémitisme, ce qui est ridicule. Car les critiques que je formule n’ont rien à voir avec le judaïsme.
Quand Robbie Williams ou Dionne Warwick ont annoncé des concerts en Israël, vous avez pris la plume pour leur demander de ne pas s’y rendre. Pourquoi ?
Parce que c’est mon point de vue. Et je ne suis pas le seul à m’exprimer ainsi. Elvis Costello, Brian Eno le font aussi. Mais beaucoup de gens n’osent pas prendre la parole par crainte des répercussions. Pour être en accord avec moi-même, j’ai besoin de dire ce que je pense.

"Personne n'a besoin d'être riche pour dire qu'il n'est pas d'accord"

Mais vous pouvez vous le permettre. Vous n’avez plus besoin d’argent, peu de critiques peuvent vous atteindre…
J’ai toujours agi selon mes convictions, peu importe ma situation financière et personnelle. En 1968, on ne demandait pas aux étudiants de Saint-Germain combien ils avaient sur leur compte en banque. Personne n’a besoin d’être riche pour dire qu’il n’est pas d’accord, encore moins pour se révolter. Il faut juste être convaincu qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans le monde qui nous entoure.
Etes-vous toujours fier d’être anglais ou vous sentez-vous désormais américain ?
Je ne suis pas du tout américain. Je suis toujours fier d’être anglais mais je me sens plus européen désormais.
Depuis que la ville d’Anzio en Italie vous a fait citoyen d’honneur ?
Peut-être. J’ai entrepris un voyage en Europe avec mes enfants. Je tenais à leur montrer la tombe de mon grand-père et celle de mon père. Ils sont tous deux tombés au champ d’honneur, mon grand-père près d’Arras le 14 septembre 1916 et mon père à Anzio le 18 février 1944. Nous nous sommes rendus au cimetière de Marœuil en France puis à celui de Cassino en Italie. Là-bas, je suis devenu ami avec un vieil Anglais, Harry Shindler, qui connaissait l’endroit exact où mon père était tombé. C’est lui qui a convaincu la ville d’Aprilia d’ériger un monument à la mémoire d’Eric Fletcher Waters. Que je suis allé inaugurer ensuite. Donc, oui, tout cela m’a ému, bouleversé. Il était temps…
« The Wall », le 29 septembre en séance unique dans les cinémas Gaumont-Pathé. 
A noter la réédition de son album « Amused to death » (Sony Music).

mercredi 14 juin 2017

L’histoire des Pink Floyd, un groupe iconique


L’histoire des Pink Floyd, un groupe iconique

Paris Match||Mis à jour le 


Le groupe Pink Floyd, formé dans les années 1960, est devenu une véritable institution du rock. Avec leur son d’abord psychédélique, puis leur musique conceptuelle, ils se sont imposés dans l’industrie musicale. Pourtant, après la folie progressive de leur leader Syd Barrett dès 1968 puis le départ de Roger Waters - nouvelle tête pensante à l’origine de «The Dark Side of the Moon», «Wish You Were Here» ou «The Wall» - Pink Floyd a été mis à rude épreuve. C’est donc sans Roger Waters que Nick Mason, Rick Wright et David Gilmour continuent l’aventure. Si tout le groupe se retrouve pour un dernier concert caritatif en 2005, le live 8 à Londres, pas question de reformer l’ancienne équipe pour autant. 
Roger Waters s’est confié à Benjamin Locoge sur ses années Pink Floyd et ses nouveaux projets en solo. Pour retrouver cette interview, rendez-vous en kiosque pour le prochain Paris-Match du 27 août mais aussi dans votre salle de cinéma pour une séance unique du film «The Wall». 

mardi 13 juin 2017

Pour les Pink Floyd, les souvenirs ne sont pas roses







Pour les Pink Floyd, les souvenirs ne sont pas roses.

Paris Match|
Parismatch.com
Après vingt ans de brouille, Roger Waters et David Gilmour se sont retrouvés en 2005 pour un concert unique. Aujourd'hui, ils viennent séparément présenter un disque. Mieux vaut ne pas les ramener en arrière. «Ça ira » (Sony Classics). Roger Waters jouera « The Dark Side of The Moon » le 14juillet à Magny-Cours, avec Nick Mason à la batterie. Concert unique.
Roger Waters“ "Je n'ai jamais été ami avec David, ni avec Rick. Je voulais prouver qui était le meilleur"
”Comment avez-vous vécu la réunion de Pink Floyd ? Vous étiez au bord des larmes.
Peut-être pas à ce point, mais c'était un moment très émouvant. Rejouer ces chansons a été un vrai plaisir. Il y avait une telle attente du public pour nous revoir tous les quatre. Nous avons livré une bonne performance. Pour moi, c'était une occasion que je ne pouvais pas laisser passer. Je devais retrouver ma légitimité par rapport à ce groupe. Comme vous le savez certainement, l'histoire n'a pas toujours été facile…
Pourquoi avez-vous claqué la porte en 1983 ?
Nous avions trop de différends. Nous sortions d'un disque, “The Final Cut”, qui contenait de bonnes chansons, certains fans l'adorent encore. Mais il n'y avait plus grand-chose entre nous. Je tenais à avoir un propos très violent envers le gouvernement Thatcher d'alors. Les autres n'adhéraient pas forcément… Alors que l'album n'était que le prolongement de “The Wall”…
Pendant que David Gilmour, Nick Mason et Rick Wright jouaient ensemble sous le nom Pink Floyd, vous vous êtes retrouvé un peu seul.
J'ai quand même fait pas mal de tournées en solo, qui ont eu un certain succès.
Parce que vous interprétiez votre ancien répertoire.
J'aurais pu donner des concerts sans interpréter du Pink Floyd. Mais toutes ces chansons, je les ai composées, écrites, interprétées pour la plupart. Alors pourquoi les ignorer ? D'autant que mes fans aiment les classiques…
Avez-vous douté durant ces années difficiles ?
Dire la vérité ne plaît jamais. J'ai eu des doutes sur l'accueil, les gens me demandaient : “Pourquoi des textes si étranges ou si politiques ?” Mais je n'ai pas à me justifier. Si vous n'aimez pas, écoutez autre chose ! Qui aurait osé aller voir Van Gogh et lui dire : “Pourquoi peins-tu ainsi ?”
Etes-vous intéressé par la création actuelle ?
Pas vraiment. Mon rapport à la pop music est étrange. J'entends beaucoup de choses à la radio qui me plaisent, mais je franchis rarement la porte d'un magasin de disques pour me procurer l'album. Lorsque je le fais, je suis généralement déçu. Une bonne chanson pour combien de médiocres ? Je me souviens très bien d'avoir acheté le dernier Coldplay, dont les singles me plaisaient. J'ai trouvé l'album ennuyeux. Ils ont quelques chansons efficaces, mais ça ne va pas plus loin.
Aujourd'hui, les icônes du rock vivent sur leur passé. Mick Jagger ou Paul McCartney ont même été anoblis… Qu'en pensez-vous ?
C'est leur choix. Pour être tout à fait honnête, ayant été élevé en Angleterre, et même si je déteste l'admettre, j'aurais la tentation d'accepter. Même si, aujourd'hui, on peut acheter des titres de noblesse, une décoration relève de l'acte social, qui prolonge l'organisation en classes de la société anglaise, ou plutôt qui la maintient. C'est quelque chose de très vif dans ce pays.
Vous êtes devenu très virulent à propos de Tony Blair…
Blair est un personnage absolument dégoûtant. Les artistes l'apprécient, généralement.Il aurait tellement aimé être une pop star ! N'importe qui de toute façon ferait un meilleur Premier ministre que Blair. J'aime beaucoup Robin Cook, mais il a quitté le gouvernement. Charles Kennedy avait quelques atouts, mais il a dû démissionner. Regardez le programme social de Blair, c'est un désastre… Il est passé au centre uniquement par calcul partisan. C'est le genre de politicien actuel qui se soucie de son image avant tout. Le paroxysme ayant été son attitude sur l'Irak, il a été le dirigeant le plus aveugle au monde, le plus fuyant…
Pourquoi ne pas reformer Pink Floyd pour un concert anti-Blair ?
Je serais très content de me retrouver sur scène avec David dans des circonstances semblables à celles du Live 8. Nous verrons. Mais ne vous méprenez pas, je n'ai jamais été ami avec David, ni avec Rick. Nous arrivions à créer quelque chose de plus fort que nous, ensemble, parce qu'il y avait de l'orgueil, et l'envie de se surpasser, de prouver aux autres qui était le meilleur. Seul Nick a toujours été en dehors de ces querelles…
Avez-vous lu son livre de souvenirs ?
Il me l'a envoyé avant parution pour que nous vérifiions certaines choses. Mais c'est bourré d'erreurs ! Aucun d'entre nous ne peut se rappeler exactement ce qui s'est passé. Nous avons chacun notre vision de l'histoire. C'est sa vérité, et je n'en suis pas sûr. Mais lui non plus.
Avez-vous des nouvelles de Syd Barrett ?
Pas directement. Ma mère vit à Cambridge, donc j'ai des nouvelles par elle. Je crois qu'il va bien. Peut-être mieux que nous quatre, qui sait…
«Ça ira » (Sony Classics). Roger Waters jouera « The Dark Side of The Moon » le 14juillet à Magny-Cours, avec Nick Mason à la batterie. Concert unique.


lundi 12 juin 2017

Roger Waters / "Mon disque et ma tournée sont un combat"


Roger Waters






Roger Waters

"Mon disque et ma tournée sont un combat"

Paris Match|
Sean Evans / Paris Match
L’ex-Pink Floyd n’avait pas sorti d’album depuis vingt-cinq ans. Pour « Is This the Life We Really Want ? », il a fait appel à Nigel Godrich, producteur de Radiohead et de Paul McCartney. L’occasion pour le musicien de signer un disque politique fort et émouvant. Rencontre.
Roger Waters est un gentleman, une légende du rock qui fait attention à ses interlocuteurs, prend le temps de répondre aux questions. En ce jeudi d’avril à New York, il a pourtant enchaîné trois jours de promo intense. Depuis le succès de la tournée « The Wall Live », l’ancien Pink Floyd a retrouvé une aura auprès du grand public comme des rock critics. Dire que son nouvel album était attendu serait mentir, aucun de ses disques solo n’ayant marqué l’histoire du rock. Waters sans un alter ego comme David Gilmour avait du mal à passionner les foules. Mais c’est finalement en acceptant son passé, avec des références musicales à son ancien groupe, qu’il signe son meilleur album. Et prouve qu’il est plus que jamais militant.
Paris Match. Nigel Godrich, votre producteur, est venu à Paris présenter votre album, et il a expliqué vos vingt-cinq ans ­d’absence en studio par le fait que vous aviez peur. Etes-vous d’accord ? 
Roger Waters. Peur ? De quoi ? Je ne vois pas. Vous savez, je n’écoute pas de disques chez moi, je ne connaissais pas son travail jusqu’à ce qu’il s’occupe du son de mon film autour de la tournée “The Wall Live”. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à lui faire écouter des musiques sur lesquelles je travaillais depuis un certain temps. Mais, au départ, je n’avais pas l’idée de faire un album avec lui. Donc je ne crois pas que la peur soit une motivation. 
Que vous a-t-il apporté ?
Il a une très bonne oreille, une manière intéressante de ­présenter les choses et, surtout, il connaît l’histoire de la musique ; il a une vraie vision de la structure qu’un disque peut avoir. Nigel m’a très vite alerté sur la durée de l’album, soulignant qu’à l’époque du vinyle chaque face ne pouvait contenir que dix-neuf minutes de musique. C’est pour cela que “The Dark Side of the Moon” ne dure que trente-huit minutes. Les CD peuvent contenir soixante-quinze minutes de musique, mais Nigel tenait à ce que “Is This the Life We Really Want ?” ne soit pas trop long.

Il vous a tout de même servi d’alter ego. Aviez-vous besoin de quelqu’un qui puisse vous dire “non” ?
Je suis plutôt du genre à ouvrir ma gueule quand ça ne me plaît pas. Mais puisque j’avais accepté l’idée de travailler avec lui, j’ai pris sur moi. Nigel a, par exemple, estimé que la chanson “Déjà vu” était trop longue. Il a donc viré toute la seconde moitié. Auparavant, je n’aurais pas laissé faire. Là, j’avais pris le parti de lui faire confiance… On ne pouvait débattre tous les jours, cela n’aurait mené à rien, même si parfois je ne sentais pas ce qu’il faisait. Du coup, j’ai appris à me taire, ce qui n’est pas du tout dans mes habitudes. Et, au final, je suis très content du résultat, je n’y serais jamais arrivé tout seul. 
Dans la première partie du disque, vous êtes très en colère contre l’ordre du monde. Dans la seconde, vous composez pour la première fois des chansons d’amour.
Je ne sais pas si je suis en colère. Je crois plutôt être en mouvement. Car, oui, j’ai rencontré l’amour et cela a eu un véritable effet sur ma vie. J’avais déjà connu cela dans mes relations ­passées, mais il semblait important de montrer ce que je peux ressentir. Pourtant, je ne suis jamais direct : quand je dis “ce serait mieux de mourir dans ses bras”, cela peut être dans les bras d’une femme, d’un enfant ou de la liberté.

Vous faites malgré tout souvent référence à “elle”…
Vous faites allusion à la chanson “Wait for Her”… Effectivement, je n’ai pas l’habitude d’être aussi intime. Mais la chanson est inspirée d’un poème de Mahmoud Darwich qui parle de l’attente d’une femme avant l’orgasme. Moi, je voulais ­plutôt souligner l’ouverture que l’on doit avoir envers le plaisir féminin, le potentiel que nous avons de faire l’amour naturellement. C’est aussi une manière de parler de l’engagement au-delà de la romance. Dans ma vie, j’ai connu quelques histoires passionnelles. Et il y a des choses bien plus fortes à apprendre dans ces moments que dans la souffrance éventuelle d’une séparation. Shakespeare l’a ­formulé depuis des siècles : “Il vaut mieux perdre un amour ­plutôt que de n’avoir jamais été aimé.” Je ne dis rien de nouveau… 
Vous militez donc pour la liberté des femmes ?  
Je milite pour la liberté en tant qu’idéal. Au milieu du XVIIIe siècle, grâce aux Lumières, nous avons compris que les êtres humains avaient des droits. En 1948, à Paris, les jeunes Nations unies ont prononcé la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui était vraiment révolutionnaire. C’est une idée qui n’a toujours pas été acceptée parce qu’elle dérange les riches et les puissants. Les réminiscences du système féodal font que personne ne veut que les dominés aient des droits. Les puissants désirent le retour au bon vieux système d’avant, celui où ils pouvaient paver les routes avec nos vies, car cela les arrangeait. Et il y a encore beaucoup de gens qui pensent ainsi.





Donc, il est plus que jamais temps de se battre, de se rebeller contre l’ordre établi ?
Evidemment ! Mais soyons réalistes, nous ne vivrons pas au-delà de 90 ans, si tout va bien. Nous ne verrons jamais les changements amorcés par notre société. Les révolutions ne se font pas en quelques mois. Notre brève durée de vie ne signifie pas que le monde ne changera pas. Nous sommes une poussière dans la vaste ­histoire du temps.
Vous n’êtes pas très optimiste…
Je ne sais pas si les idées finiront par vaincre. Pour l’heure, l’être humain a encore du mal à admettre sa condition. Notre futur ressemble peut-être à ce que Cormac McCarthy évoque à la fin de “La route” : un enfer apocalyptique, parce que ces connards de dirigeants refusent de voir que nous vivons dans un état de guerre permanent. Et cela est contre-­productif en termes de bonheur pour les êtres humains qui vivent sur cette putain de planète !
« Mon disque et ma tournée sont un combat contre la présidence de cet idiot de Donald Trump » Roger Waters
En tant que Britannique vivant aux Etats-Unis depuis quinze ans, pourquoi n’êtes-vous pas rentré chez vous après l’élection de Trump ?
[Il rit.] Rentrer pour retrouver Boris “fuckin’” Johnson, Nigel Farage ou Mme Theresa May, non merci ! Je reviendrai éventuellement pour retrouver des amis, pour la littérature, pour la chasse au renard également. Ou pour le ­cricket, la campagne anglaise, les bonnes manières, la décence dans les relations humaines. Tout cela a été écrasé par Mme Thatcher et M. Reagan, ces deux “inglourious bastards”. Nous payons la facture de cette époque qui a vu le massacre de la classe ouvrière, de la middle class et a eu des conséquences désastreuses sur toutes les économies de la planète. 
Vous ne vous sentez pas seul parfois à porter ces combats ?
Je ne suis jamais seul. J’ai eu assez d’amis dans ma vie pour partager mes idéaux. Vous êtes français, n’est-ce pas ? Vous devez savoir que j’étais très ami avec Etienne et Nadine Roda-Gil, des gens qui ont toujours compris ce que je défendais. Ce n’est pas rien d’avoir écrit ensemble un opéra sur la Révolution française. Etienne m’a laissé un mot que je porte toujours sur moi : “J’étais là, j’ai senti quelque chose et, peut-être, n’étais-je pas seul.” [Il rit.] Tout est dit. Il y a beaucoup de tristesse dans ce “peut-être”, mais il y a aussi beaucoup d’espoir. Et c’est ce en quoi j’ai envie de croire aujourd’hui.





Pourquoi le jour de l’investiture de Donald Trump avez-vous tweeté : “La résistance commence aujourd’hui” ?
C’était l’officialisation de ma bataille contre cet homme, avec ma tournée, avec mon disque. C’est dommage de devoir consacrer tant d’énergie à le combattre, mais c’est un idiot dangereux et incompétent. Il est si bête qu’il se croit important. Et regardez les premiers mois de sa présidence, il est déjà au bord de la destitution.
Donald Trump Junior est un grand fan de Pink Floyd et s’est rendu à beaucoup de vos concerts. Que ferez-vous s’il demande à vous rencontrer ?
Je ne sais pas ce qu’il aurait à me dire. Moi, je sais ce que je lui demanderai : “Qu’est-ce que cela fait d’avoir cet homme horrible comme père ?” J’imagine qu’il pense que c’est un type formidable et cool. Il y a trente ans, Trump traînait au Studio 54, parce que c’était l’endroit le plus branché de New York. Il pensait qu’il impressionnait la foule parce que tout le monde le regardait. Mais il n’a jamais compris que tous ces gens se foutaient ouvertement de lui : “Oh non, pas ce trou du cul…” [Il rit.] Il était déjà détesté, mais il était trop simplet pour le comprendre. 
La tournée qui vient de commencer sera-t-elle votre dernière ?
Probablement. Nous allons faire le tour du monde, j’espère arriver au bout…
Vous allez interpréter les chansons les plus connues de Pink Floyd. Etes-vous parfois triste de la manière dont le groupe s’est séparé ? 
Non. Absolument pas. J’essaie de vivre dans le présent, le plus possible. C’est une réponse un peu facile, mais c’est la triste vérité.
« Is This the Life We Really Want ? » (Sony Music), sortie le 2 juin.