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dimanche 20 novembre 2022

« La Vérité sur la lumière » / L’homme est un enfant qui joue avec l’interrupteur

 



« La Vérité sur la lumière » – L’homme est un enfant qui joue avec l’interrupteur

Camille Gho
31 OCTOBRE 2021


Dans La Vérité sur la lumièreAuður Ava Ólafsdóttir réussit à mêler avec brio les voix et les sujets pour poser une question centrale : que fait l’humain sur Terre ?

La Vérité sur la lumière, nouveau roman de l’Islandaise Auður Ava Ólafsdóttir ne fait pas exception : après Rosa Candida et Miss Islande (prix Médicis étranger 2019), c’est à nouveau une figure féminine forte qui est mise au premier plan. Et Dýja, l’héroïne transmet même plusieurs voix – celles de ses aïeules.

On ne sait pas grand chose à propos de la narratrice. Elle dévoile les informations au compte-goutte, petit à petit. Si elle manie le je de la narration, le roman n’est pas seulement à propos d’elle.

Une lignée de sages-femmes

Dýja est un diminutif – son vrai prénom est Dómhildur. Le même que sa grande-tante, surnommée tante Fífa. Dans cette famille, on donne aux nouvelles-nées le prénom d’une sage-femme célibataire de la famille. C’est la tradition. Dýja ne fait pas exception ; et lorsque, plus tard, elle devient à son tour sage-femme, la nouvelle s’impose comme une évidence auprès de la famille. Sa tante la prend alors sous son aile, l’héberge dans son appartement. Et jusqu’à la fin de sa vie, lui parle de l’importance du métier de sage-femme. Dýja accouche au long de sa carrière 1922 bébés. Sa grande-tante 5077.

« J’accueille l’enfant à sa naissance, je le soulève de terre et le présente au monde. Je suis la mère de la lumière. De tous les mots de notre langue, je suis le plus beau – ljósmoðir.  »

La Vérité sur la lumière, Auður Ava Ólafsdóttir.

Les voix et les histoires de sa grande-tante, mais aussi de son arrière-grand-mère se mêlent à son récit. Plus tard, par les écrits de cette arrière-grand-mère, les voix d’autres sages-femmes islandaises se font entendre. Elles peignent ainsi non seulement le portrait d’un métier où les hommes occupent une place minimale, mais aussi la beauté de leur pays.

À l’aide de sa toponymie, comme toujours, extrêmement précise, Auður Ava Ólafsdóttir fait de La Vérité sur la lumière une ode à l’Islande et à ses brusques changements d’humeur météorologiques. Et en liant intimement le récit de son héroïne face à ces déchaînements. Car comme le dit la tante Fífa, rien n’est laissé au hasard.

La vérité sur l’homme

Ou plutôt la vérité de tante Fífa. Car ce roman n’est pas seulement le récit de la naissance de bébés ; il est aussi celui de la genèse de l’écriture. La grande-tante lègue à sa petite-nièce un carton rempli de manuscrits. Trois « brouillons » de livres qui mettent en lumière une toute autre personne que celle que Dýja a connu de son vivant.

Fífa livre une réflexion souvent désenchantée et « à la fois en avance et en retard sur son temps » sur l’homme, sa place dans l’équilibre du monde et son impact désastreux sur ce dernier. Ces réflexions et le dur travail d’écriture se mêle aux petites révélations amenées par le présent de narration de Dýja, et qui permettent aux lecteur.ice.s de mieux les comprendre, elle et sa tante. Les propos que tient cette dernière paraissent parfois en rupture totale avec son métier – qu’elle pratiquait pourtant avec assiduité. Mais les rebondissements et inserts de plus en plus fréquents à partir du milieu du roman permettent de mieux saisir la teneur de ses propos.

« En réalité, l’animal le plus précaire de la Terre ne se remet jamais d’être né. »

La Vérité sur la lumière, Auður Ava Ólafsdóttir.

Les manuscrits de la grande-tante sont de plus en plus défaitistes. Et ses inquiétudes se retrouvent dans notre réalité : l’instabilité de l’homme est la cause principale du déclin de notre planète. « Quand l’humanité se sera éteinte restera la lumière. » La fin du roman célèbre cette lumière qui n’a pas besoin de l’homme.

AUÐUR AVA ÓLAFSDÓTTIRLa vérité sur la lumière

Roman traduit de l’islandais par Éric Boury

Issue d’une lignée de sages-femmes, Dýja est à son tour « mère de la lumière ». Ses parents dirigent des pompes funèbres, sa sœur est météorologue : naître, mourir, et au milieu quelques tempêtes.

Alors qu’un ouragan menace, Dýja aide à mettre au monde son 1922e bébé. Elle apprivoise l’appartement hérité de sa grand-tante, avec ses meubles vintage, ses ampoules qui clignotent et un carton à bananes rempli de manuscrits. Car tante Fífa a poursuivi l’œuvre de l’arrière-grand-mère, insérant les récits de ces femmes qui parcouraient la lande dans le blizzard à ses propres réflexions aussi fantasques que visionnaires sur la planète, la vie – et la lumière.

Sous les combles, un touriste australien semble venu des antipodes simplement pour faire le point. Décidément, l’être humain est l’animal le plus vulnérable de la Terre, le fil ténu qui relie à la vie aussi fragile qu’une aurore boréale.

AUÐUR AVA ÓLAFSDÓTTIR

Explorant avec grâce les troublantes drôleries de l’inconstance humaine, Auður Ava Ólafsdóttir poursuit, depuis Rosa candida, une œuvre d’une grande finesse, qui lui a valu notamment le Nordic Council Literature Prize, la plus haute distinction décernée à un écrivain des cinq pays nordiques. Encensée par la presse, elle est aussi la lauréate de l’Íslensku bókmenntaverðlaunin, le plus prestigieux prix littéraire islandais, pour Ör, et du Prix Médicis étranger pour Miss Islande.

« Révélée au public français grâce à Rosa candida, l’Islandaise Auður Ava Ólafsdóttir possède l’art de dire les choses compliquées avec des mots simples. Celui aussi de suggérer l’émerveillement devant le miracle quotidien de l’existence. » – Elena Balzamo, Le Monde des Livres.

Auteur·rice

vendredi 6 avril 2018

Auður Ava Ólafsdóttir / Rosa candida



Auður Ava Ólafsdóttir

Rosa candida

Roman traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson


« Goutte de rosée sur un perce-neige, stalactite fondant au soleil, pain d’épices sous marbré se craquelant, concert de notes cristallines, comment dire les sensations inouïes que procure cette lecture venue du Grand Nord ? “Mon petit Lobbi”, voilà comment son vieux père, veuf inconsolable mais pourtant vaillant, nomme son fils qu’il voit prendre la route un jour, loin de la maison familiale, de la présence, muette et tendre, de son frère jumeau handicapé. Arnljótur s’en va vers un pays des roses que sa mère trop tôt disparue lui a appris à aimer, c’est sa grande passion, avec celle qu’il porte au “corps”, comme il désigne l’amour physique. Le sentiment, lui, n’a pas germé encore, même lors de son étreinte fugace, de nuit, dans la roseraie, avec Anna, qui lui annonce bientôt qu’elle est enceinte. Le si jeune père montre la photo de Flora Sol, sa toute petite, à tous ceux qui croiseront son périple vers le monastère où il est attendu comme jardinier. Le long voyage est initiatique, semé d’inattendues rencontres, tendu par la difficulté de se faire comprendre quand on parle une langue que personne ne connaît.

Et puis, un jour, Anna demande au jeune homme d’accueillir leur enfant. Tout est bouleversé. Mais tout en douceur, avec ce qu’il faut de non-dits pour que l’essentiel affleure et touche au plus profond. Tant de délicatesse à chaque page confine au miracle de cette Rosa candida, qu’on effeuille en croyant rêver, mais non. Ce livre existe, Auður Ava Ólafsdóttir l’a écrit et il faut le lire. »


Valérie Marin La Meslée, Le Point