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mercredi 15 décembre 2021

« The Power of the Dog » avec Benedict Cumberbatch est l’un des meilleurs films de l’année

« The Power of the Dog » avec Benedict Cumberbatch est l’un des meilleurs films de l’année

Disponible sur Netflix, le nouveau film de Jane Campion est un anti-western de toute beauté. 

Douze ans séparent Bright Star, la dernière incursion sur grand écran de Jane Campion, et la sortie sur Netflix de son nouveau film, The Power of The Dog. Entre temps, la réalisatrice néo-zélandaise s’était concentrée sur la série Top of The Lake, mais son retour était l’événement des festivals de cinéma de l’automne. Et pour cause, avec son adaptation du roman de Thomas Savage (1967), elle livre un long-métrage d’une puissance sans nom, tout en paysages grandioses et en violence sourde.

Montana, années 20. George (Jesse Plemons) et Phil (Benedict Cumberbatch) ont fait fortune en héritant d’un des plus grands ranchs de la région. Occupation mise à part, tout les sépare. Le premier est élégant et plein d’empathie, le second est un animal sauvage, revendiquant son machisme. Les deux frères mènent une vie intrinsèquement liée, au point de dormir côte à côte. Jusqu’à ce que George épouse Rose (Kirsten Dunst), une jeune veuve qui s’installe, avec son fils Peter (Kodi Smit-McPhee), sur le domaine familial. Les plus aguerris détecteront un petit clin d’oeil (volontaire ou inconscient) à La Leçon de piano, qui a permis à la réalisatrice d’être la première femme à remporter une Palme d’or en 1993.

Après avoir bâti tant de films autour de figures féminines, Jane Campion s’attaque au western, genre cinématographique masculin par excellence. Sale, rustre, adepte de la castration à mains nues, Phil est la figure principale du récit. Sa présence menaçante plane sur le film, qu’il harcèle Rose, vue comme une croqueuse de diamants, ou se moque de l’attitude efféminée de son fils. Ses quelques excursions solitaires au fin fond de la forêt sont les seuls moment où il se départit de ce masque de virilité exacerbée. Sous couvert de le soumettre au rite de passage des vrais cow-boys, donc à des codes de masculinité hétéronormés, Phil se rapproche aussi de Peter. Se tisse une relation de professeur à élève pleine d'ambiguïté, qui fait surgir une dimension inattendue de la personnalité de l’éleveur sans pour autant l’absoudre. Le face-à-face entre Benedict Cumberbatch et Kodi Smit-McPhee, qui livrent deux grandes prestations, en est d’autant plus passionnant.

Face à cet afflux de masculinité toxique, Rose s’est construit un monde à elle pour survivre à l'oppression, à l’image de tant d’héroïnes campioniennes. Elle se réfugie de plus bel dans l’alcool et la dépendance, faisant de sa chambre un cocon protecteur. Les personnages de The Power of the dog traversent le film avec le poids de leur passé et de leurs secrets. Le découpage par chapitre favorise aussi les ellipses, faisant du long-métrage une énigme de tous les instants, où les dynamiques ne cessent d’évoluer et d’emplir chaque moment d’une horreur lancinante. Amoureuse des grands espaces, Jane Campion sublime cette nature de l’ouest et condamne en filigrane ceux qui cherchent à la comprendre ou à la dompter. Si le paysage est un baromètre de l’âme, comme le confiait la cinéaste, il présage ici d’une tragédie qui ramène chaque homme à la condition (dérisoire) de son existence.


VANITY FAIR




dimanche 31 octobre 2021

« L’Attentat » de Yasmina Khadra adapté en série par Netflix




 

« L’Attentat » de Yasmina Khadra adapté en série par Netflix


« L’Attentat » de Yasmina Khadra adapté en série par Netflix : Le roman « L’Attentat » de l’écrivain algérien Yasmina Khadra est en cours d'adaptation en série par la boîte de production américaine Netflix. L’ambassade des États-Unis à Alger a profité de cette occasion pour féliciter l'écrivain, lundi 7 juin, dans une publication sur la page Facebook de la représentation diplomatique.

8 juin 2021

Ainsi, l’écrivain Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohamed Moulessehoul, rentre de plus en plus dans l'universalité. En plus d'être reconnu par ses pairs dans le domaine de la littérature, il rentre de plain-pied dans le 7e art. « Félicitations à l’écrivain algérien Mohammed Moulessehoul, plus connu sous le nom de Yasmina Khadra, dont le livre "L’Attentat" est en cours d’adaptation en série Netflix par le producteur américain Michael Kupisk », a écrit la représentation diplomatique américaine. L’ambassade US a également rappelé que le livre en question a reçu des avis favorables de la critique et a remporté de nombreux prix littéraires depuis sa publication, en 2005.

L'ambassade souligne, aussi, que l'écrivain algérien n'est pas inconnu aux Etats-Unis, faisant observer que « Les hirondelles de Kaboul », édité 2002, a été publié par l’éditeur américain Doubleday et a été désigné meilleur livre du San Francisco Chronicle et du Christian Science Monitor.




« L'Attentat » sur fond du conflit israélo-palestinien

"On peut tout te prendre ; tes biens, tes plus belles années, l’ensemble de tes joies, et l’ensemble de tes mérites, jusqu’à ta dernière chemise — il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l’on t’a confisqué".

Le roman « L'Attentat », dont a été tirée la phrase précédente, est constitué de 17 chapitres, le premier n’étant pas numéroté, mais est repris en partie dans le dernier. Il raconte l'histoire d’Amine Jaafari, chirurgien israélien d’origine palestinienne. Le récit débute violemment avec un attentat dirigé contre le cheikh Marwan. Le narrateur, dont on ne connaît pas l’identité, fait partie des victimes et décrit son agonie.

Dans ce roman, Yasmina Khadra dépeint les souffrances humaines à travers le conflit israélo-palestinien. Il se livre à un exercice de style mêlant les contradictions individuelles et le difficile vivre-ensemble de deux communautés, dont une possède le pouvoir et l'autre le bien-fondé de la cause.

OBSERVARGELIE

mercredi 20 octobre 2021

I Care A Lot / Un casting brillant de méchants

 


I Care A Lot : un casting brillant de méchants


Comme le dit Marla Grayson dans les premiers moments du nouveau film de Netflix I Care A Lot, "Il n'existe pas de bonnes personnes". Heureusement, il y a de bon·ne·s act·eur·rice·s et le casting de I Care A Lot en est rempli.

Sans surprise, dans ce sombre thriller, la plupart d'entre elles·eux - enfin, pratiquement tou·s·tes - jouent des méchant·e·s. Sérieusement, choisissez qui est le pire : la tutrice légale nommée par le tribunal qui escroque ses pupilles âgés, le mafieux russe friand de sucreries ou le médecin qui est prête à vendre ses patient·e·s pour une grosse somme d'argent. Tout simplement condamnable, ce qui rend le casting de ce film si important. Comment ne pas avoir envie de voir votre Lannister préféré ou l'un des meilleurs Chris d'Hollywood être aussi mauvais ? Cependant, peut-être que le fait d'engager la star de Gone Girl est un signe de l'ambiance que le film veut donner.




I Care A Lot est un aperçu mordant du rêve américain, distillé dans son interprétation la plus cynique. Pourtant, le film, grâce à ses performances, semble être le juste milieu du mal. Mais attention, vous risquez de vous sentir un peu coupable. Avant d'appuyer sur play, rencontrez les personnages que vous allez absolument aimer détester - et, très probablement, détester aimer.



lundi 18 octobre 2021

Non, regarder Squid Game ne fait pas de vous un·e anticapitaliste

 


Non, regarder Squid Game ne fait pas de vous un·e anticapitaliste



Contestant on Squid Game standing tall while others crouch in fear around them
PHOTO COURTESY OF NETFLIX.


Si vous n'avez pas encore regardé Squid Game, il est fort probable qu'on vous ait déjà (chaudement) recommandé la série. Ce drame coréen est en passe de devenir l'une des productions en langue étrangère les plus regardées de tous les temps et est actuellement la série numéro un sur Netflix dans 90 pays. Ted Sarandos, PDG de Netflix, a émis l'hypothèse qu'il pourrait s'agir de la plus grande émission de tous les temps, et une société sud-coréenne de télécommunications a même intenté un procès à Netflix après l'augmentation considérable du trafic dû à ce programme.
Alors, qu'est-ce qui fait que cette série gore - dans laquelle des candidats fauchés s'affrontent jusqu'à la mort dans des jeux d'enfants pour de la thune sous le regard de riches VIP - a captivé un si grand public dans le monde entier ? Peut-être est-ce le fait que ce ne relève pas vraiment de la fiction. Squid Game reflète parfaitement nos réalités sociales, en explorant des thèmes comme la lutte des classes et les préoccupations économiques à travers une compétition dramatique.
Squid Game succède à une série de films et de séries télévisées qui ont connu un grand succès ces derniers temps pour leurs critiques de la société capitaliste, notamment le film coréen à succès Parasite en 2019, coécrit et réalisé par Bong Joon Ho. La satire américaine Sorry to Bother You a également été un succès critique en 2018, preuve d'une grande soif de divertissement anticapitaliste.

Nous devons aussi être conscient·es que 

l'anticapitalisme nous est présenté par les 

milliardaires de Netflix. En regardant la série, 

valons-nous mieux que les VIP qui se délectent 

de ce "divertissement" ?

Ce constat n'est pas vraiment surprenant si l'on considère la tendance croissante à vouloir s'éloigner du capitalisme ces dernières années, exacerbée par les crises financières survenues pendant la pandémie mondiale. C'est pourquoi des personnes comme la démocrate Alexandria Ocasio-Cortez aux Etats-Unis sont devenues des stars de la politique et le socialisme fait désormais partie intégrante du paysage.
À une époque où il est devenu tendance de haïr le capitalisme, le divertissement qui s'en fait la critique est plus cool que jamais. Mais cela représente-t-il un progrès politique ? Rhamier Balagoon, organisateur anti-impérialiste chez Black Alliance for Peace, répond par la négative. "Sous le capitalisme, tout peut être converti en marchandise et donc déradicalisé", a-t-iel déclaré à Refinery29. "Hollywood, à travers la culture corpo américaine, ouvre la voie à ces gestes performatifs qui permettent aux gens de romancer l'idée de résistance contre un système violent". 
Balagoon n'a pas encore regardé Squid Game, mais voit la montée en puissance du divertissement anticapitaliste comme un moyen pour les libéraux de tremper un orteil dans un discours apparemment radical sans prendre part à une action d'organisation. Le milliardaire Jeff Bezos l'a récemment prouvé en déclarant dans un tweet qu'il était "impatient" de voir la série. L'ironie du sort veut que les employés de Bezos travaillent dans des conditions souvent dangereuses et précaires.
Un autre indicateur que le message radicalement anticapitaliste de Squid Game a échappé à l'attention des gens est le fait que de nombreux téléspectateurs finissent la série avec l'idée que les personnages du jeu ont "choisi d'être là", bien qu'ils sont tous issus d'un milieu pauvre et endetté. Cela montre à quel point nous sommes loin de briser l'illusion actuelle du libre arbitre dans une société capitaliste. L'un des personnages les plus appréciés de la série, Ji-yeong, révèle qu'elle vient de sortir de prison pour avoir tué son père violent avant d'entrer dans le jeu.

Hollywood ouvre la voie à ces gestes 

performatifs qui permettent aux gens 

de romancer l'idée de résistance contre 

un système violent. 

RHAMIER BALAGOON
"L'idée du libre arbitre a été très efficacement instrumentalisée par le capitalisme suprématiste blanc pour faire croire aux gens qu'ils sont responsables des circonstances minables dans lesquelles le capitalisme les place", explique Bobo Matjila, philosophe en ligne et co-animateur du podcast Bobo and Flex podcast. "Une société qui croit au libre arbitre croit aussi implicitement que chacun est responsable de ses circonstances et de sa situation matérielle, même s'il a été marginalisé et opprimé par ladite société."
Balagoon partage cet avis, affirmant que tout le monde reste actuellement forcé de participer au capitalisme. "Il n'y a pas vraiment de moyen d'y échapper à part une révolution qui nous permettrait de renverser le système", dit-iel. "Vous pouvez être aussi anticapitaliste que vous le voulez, mais au bout du compte, vous devez quand même vous lever et aller travailler." 
Pour donner tout le crédit au scénariste et réalisateur de Squid Game, Hwang Dong-hyuk (qui a écrit la série en 2009 mais a été rejeté par les studios pendant 10 ans et a dû vendre son ordinateur portable à un moment donné en raison de difficultés financières), une grande partie du message anticapitaliste semble avoir été édulcoré dans la traduction anglaise. Dans un Tiktok viral, Youngmi Mayer, co-animateur du podcast Feeling Asian, explique que les téléspectateurs anglophones ont perdu de nombreuses nuances dans des scènes cruciales comme celle du marbre dans le sixième épisode, intitulé "Gganbu". Dans la traduction anglaise actuelle, Oh Il-nam dit : "Nous partageons tout." En coréen, il dit : "Il n'y a pas de propriété entre toi et moi." Il faut également noter que de nombreux traducteurs sont sous-payés et surchargés de travail, c'est pourquoi Mayer estime que "c'est la faute des producteurs."
Outre les problèmes de traduction, la popularité de Squid Game, deux ans après Parasite, montre que le divertissement anticapitaliste est là pour durer, et c'est très bien comme ça. Les nouvelles sorties ne doivent cependant pas être interprétées comme un progrès que nous n'avons pas encore fait.
"Aussi bons que soient ces programmes, je ne pense pas qu'aucun d'entre eux soit efficace pour faire évoluer les points de vue, car ceux-ci sont descriptifs et non prescriptifs", déclare Matjila. "Ils décrivent très bien les horreurs de la vie dans un capitalisme en fin de vie, mais ils ne font pas grand-chose pour prescrire une solution à ces horreurs." En conséquence, selon Matjila, nous risquons de retirer de ces programmes un sentiment d'engagement politique bien plus important que ce que qu'il est en réalité. 
En d'autres termes, nous devrions tous continuer à apprécier Squid Game et les autres séries du type qui lui succéderont. Nous les apprécions en grande partie parce qu'ils sont si proches de nous. Cependant, nous devons aussi être conscient·es que l'anticapitalisme nous est présenté par les milliardaires de Netflix. Et en réalité, en regardant la série, valons-nous mieux que les VIP qui se délectent de ce divertissement ? C'est peut-être la tournure la plus inquiétante de l'histoire.





lundi 30 novembre 2020

Beth Harmon, l'héroïne du "Jeu de la dame" qui met Emily in Paris échec et mat

 

Incarnée par Anya Taylor-Joy, Beth Harmon est l'héroïne qui fascine dans Le Jeu de la Dame,
sorti le 23 octobre 2020 sur Netflix.

Beth Harmon, l'héroïne du "Jeu de la dame" qui met Emily in Paris échec et mat

Par Sabrina Pons 
Le 17 novembre 2020

La mini-série Netflix retrace le parcours d’une championne fictive d’échecs dans les années 1960. Un succès qui ne va pas sans la garde-robe soignée et revendicative de l'héroïne, en toute indépendance. A la différence d'une autre Américaine, plus contemporaine.


Le monde des échecs et la mode : un couple que l’on n’avait pas vu venir. Dans ce jour sans fin qu’est le confinement, on s’est laissé attraper par Le Jeu de la dame, l’une des dernières productions Netflix. La série est sortie fin octobre sans publicité ni trompette, contrairement à Emily in Paris, lancée tout feu, tout flamme à peu près au même moment. Si on a beaucoup parlé des bérets, des croissants et du Paris en carton-pâte, le bouche-à-oreille a aussi très bien fonctionné pour la mini-série de sept épisodes adaptée du roman de Walter Tavis, se déroulant dans les années 1950-60. Aujourd'hui, elle fait fureur. Il faut dire que l’héroïne Beth Harmon incarnée par Anya Taylor-Joy y contribue grandement. Ses grands yeux ronds et la qualité de son jeu suffisent sans doute à rafler les critiques.


Mais la passion qui entoure cette série tient aussi au sens photographique et esthétique de Steven Meizler. Travaillé de manière chirurgicale, il s’affirme avec précision, par à coup, un peu partout. On le retrouve dans le carré roux de la jeune prodige d’échecs qu’on imagine coupé à la serpette, les imprimés d’un papier peint chargé dans un intérieur pavillonnaire des années 1960, l'architecture badass des hôtels de Las Vegas ou de Mexico, ou encore la garde-robe soignée (et chasuble) de l’orpheline surdouée. En bref, si cette série était une dégaine, on évoquerait un style vintage hypnotique.

Beth Harmon, un terrain miné pour les marques

Comme souvent dans une production portée par une héroïne, l’engouement du public pour ses habits est la chronique d'un engouement annoncé. Si Emily in Paris foisonne de contrats juteux avec les marques, la championne d’échecs, elle, en est dispensée. Beth est un personnage brillant, mais aussi en proie à l’alcool et aux drogues. Un terrain miné pour la pub. Pour se faire un look à la Beth Harmon, il faut donc écumer les friperies (et ouvrir l’œil). Ses habits sur mesure ont été conçus par la costumière Gabriele Binder. Ils sont une compilation de références à une mode passée, celle portée par des stars telles que Jean Seberg, Edie Sedgwick ou Audrey Hepburn. Et écrite par des Pierre Cardin et André Courrèges. On est bien loin de l’affaire marketée et proprette de la série Emily in Paris où tout a été étudié pour que sa panoplie labellisée Kangol-Chanel-Marc Jacobs finisse en un clic sur nos épaules.


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Le style vestimentaire de Beth Harmon s'émancipe à mesure que les épisodes avancent.
Netflix

On n'enlève donc pas à Emily Cooper et Beth Harmon le point commun d'aimer le vêtement. Ni de revendiquer d'être une femme libre. Mais l'incarnation féministe dont les deux personnages se réclament penche en faveur de la championne d'échecs. Dans Le Jeu de la dame, le style embrasse la progression d'un génie. D'abord coulée dans l'uniforme de la pensionnaire d'internat - après la mort de sa mère - Beth Harmon développe une fascination pour le vêtement à mesure qu'elle grandit et se révèle sur l'échiquier.

Tout débute avec une robe à motif tartan qu'elle se paye seule après avoir gagné son premier tournoi. L’imprimé géométrique n’a rien d’anecdotique. Ce détail fait référence au damier du jeu et devient omniprésent dans sa garde-robe. Dès lors, plus aucun de ses habits ne coupent aux carreaux, ni au noir et blanc. Mais les robe trapèzes, les chemisiers, les petits pulls moulants en laine, les pantalons taille haute, les manteaux ou encore les foulards noués dans les cheveux disent aussi quelque chose de la jeune femme qui fait carrière dans un univers exclusivement masculin. Plus elle triomphe, plus son allure s'émancipe. Un journaliste lui demandera si elle n'est pas trop glamour pour jouer aux échecs. Beth Harmon répond au sexisme en s'habillant comme elle le veut. Un acte militant. Sans jamais perdre de vue le coup juste, voire fatal.

MADAME


jeudi 26 novembre 2020

"Le Jeu de la dame" est la série Netflix la plus regardée au monde



"Le Jeu de la dame" est la série Netflix la plus regardée au monde


La série Netflix "Le jeu de la dame" rencontre un immense succès qui se répercute sur l'attractivité des échecs
Marilyne Letertre
  •  Le 25 novembre 2020

Depuis quelques semaines, les ventes d’échiquiers explosent dans le monde. La magie de Noël ? Non. Celle du Jeu de la dame, production Netflix consacrée à une prodige des échecs. La plateforme a annoncé lundi que c'était sa mini-série la plus populaire depuis sa création


Joueur de haut vol ou novice du monde échiquéen, vous faites peut-être partie des 62 millions de foyers abonnés à Netflix à travers le monde à avoir regardé Le Jeu de la dame. Lancée le 23 octobre sans tambour ni trompette, la mini-série a conquis la critique et le public en moins de temps qu'il n'en faut pour contrer une défense sicilienne. Beth Harmon et ses acolytes sont arrivés en tête du top 10 de la plateforme en France ainsi que dans 62 autres pays, et parmi les titres les plus populaires dans 92 pays. Ce qui en fait sa série la plus regardée depuis le lancement du service de vidéo à la demande par abonnement de l'entreprise, en 2007. Avec Garry Kasparov en consultant, un scénario au cordeau de Scott Frank et Allan Scott, la photographie cinématographique de Steven Meizler, la série ne semble avoir que des atouts. Mais s'il fallait n'en retenir qu'un : ce serait sans doute son héroïne, portée avec grâce par Anya Taylor-Joy.

Une héroïne inspirante

En France, les femmes ne représentent que 22 % des joueurs. Mais la série phénomène, qui suit l’ascension d’une orpheline américaine sur l’échiquier mondial et sexiste des années 1950 et 1960, a déjà fait grimper les adhésions en club et en ligne. Incarnée par l’hypnotisante Anya Taylor-Joy (vue dans Split), Beth Harmon est devenue un modèle d’affirmation de soi et d’émancipation dans une société dominée par les hommes.

Un jeu d'esprit

Orchestrées en coulisses avec l’aide du champion du monde Garry Kasparov, les parties sont si brillamment mises en scène qu’elles passionnent les cadors du damier comme les non-initiés. La bonne idée ? Avoir mis l’accent sur la façon dont les joueurs tentent de se connecter à leur adversaire pour avoir un coup d’avance.

Parties catalyses

Préliminaire sexuel, révélateur de tensions politiques ou psychothérapie express (sur les addictions de l’héroïne ou sa peur de l’abandon), le jeu des rois est ici le catalyseur d’enjeux qui dépassent de loin le match. De quoi tous nous mettre mat !


MADAME



mercredi 25 novembre 2020

Le jeu de la dame / Anya Taylor-Joy, portrait d’un phénomène aux multiples visages

 


Le jeu de la dame: Anya Taylor-Joy, portrait d’un phénomène aux multiples visages

PORTRAIT - La carrière de la charismatique comédienne de 24 ans, qui tient le rôle phare d’une des séries les plus regardées actuellement sur Netflix, prend une nouvelle dimension.


Par Damien Mercereau 
Mis à jour le 16/11/2020 à 15:35 
Publié le 16/11/2020 à 15:35


Depuis le 23 octobre 2020, les abonnés de Netflix ont succombé au Jeu de la dame (The Queen's Gambit), minisérie adaptée du livre de Walter Tevis sorti en 1983. Un an avant de mourir d'un cancer du poumon, cet écrivain américain à qui l'on doit La couleur de l'argent et L'arnaqueur explore un jeu qui le passionne, celui des échecs. Il retrace le parcours chaotique d'un jeune prodige névrosé, de son apprentissage dans un orphelinat auprès d’un vieux concierge solitaire jusqu'à la reconnaissance planétaire. Au travers de son personnage de Beth Harmon, il explore le thème de la dépendance aux médicaments et à l'alcool comme celui de la place de la femme dans la société dans les années 1960.


Walter Tevis avait-il imaginé son personnage sous les traits angéliques et le grand regard énigmatique du visage d'Anya Taylor-Joy? Sur la couverture de la première édition de The Queen's Gambit, Beth Harmon était représentée vêtue de rouge avec une longue chevelure brune. Pour la comédienne de 24 ans comme pour le créateur de la série, Scott Frank, après la lecture du roman, il ne faisait aucun doute qu'elle devait être rousse. «Je me suis sentie possédée par ce personnage. J'ai dévoré le livre en une heure avant même de découvrir le script et j'ai tout de suite compris comment elle devait être», explique-t-elle.


Blonde dans The Witch, chauve dans Atlantis, brune dans Split puis dans Le secret des Marrowbone, châtain clair dans Peaky Blinders et de nouveau blonde dans Emma puis dans Les nouveaux mutants, Anya Taylor-Joy est un caméléon ultra-charismatique qui enchaîne les rôles depuis cinq ans. «J'avais même teint mes cheveux en rose et je les avais fait couper très court lorsque j'avais 18 ans», se souvient-elle auprès de Vanity Fair . Cette carrière de comédienne au succès exponentiel, elle la doit à une rencontre inopinée dans une rue new-yorkaise. Alors qu’elle promenait son chien chaussée de talons hauts pour s’entraîner à marcher en vue d’une soirée, elle se fait remarquer par la femme d'affaires Sarah Doukas qui la recrute, à 17 ans, dans son agence de mannequin. Cette nouvelle expérience professionnelle lui ouvre indirectement les portes de la comédie grâce à une autre rencontre, avec l'acteur irlandais Allen Leech, sur le tournage de Downton Abbey. Elle passe sa première audition pour le rôle de Maléfique jeune dans le film Maléfique avec Angélina Jolie mais se voit préférer la Britannique Ella Purnell. «J'ai beaucoup pleuré lorsqu'on m'a refusé le rôle», se souvient-elle.

« La seule chose qui me rende vraiment dingue est la maltraitance d'un animal. Je vois du rouge complet. »

Anya Taylor-Joy


Née à Miami, en Floride, en avril 1996 d'une mère photographe et décoratrice d'intérieur d'origine africaine, espagnole et anglaise, et d'un père banquier international d'origine écossaise et argentine, elle grandit «dans la nature et la poussière» en Argentine jusqu'à ses 6 ans. Ses parents quittent le pays sud-américain pour vivre dans un environnement plus stable et décident de s'installer à Londres. Là-bas, la cadette de cette famille nombreuse de six enfants met du temps à faire le deuil de son ancienne vie. «J'étais têtue, je voulais rentrer chez moi, je ne comprenais rien de Londres», déclarait en 2017 à Marie-Claire celle qui n'a consenti à apprendre l'anglais qu'à partir de ses 8 ans. «J'étais persuadée qu'en ne parlant qu'espagnol en Angleterre, j'allais pouvoir rentrer chez moi. Cela n'a pas fonctionné...» Victime de harcèlement scolaire, Anya Taylor-Joy tourne rapidement le dos aux écoles londoniennes à l'âge de 14 ans et part s'installer à New York pour suivre des cours de comédie jusqu'à ses 16 ans.

Anya Taylor-Joy dans Les Nouveaux Mutants

À défaut d'avoir intégré le casting de Maléfique, celle qui croit aux signes du destin décroche son premier rôle - et même LE premier rôle - en 2015 dans le film d'horreur The Witch de Robert Eggers puis poursuit en 2016 dans Morgane de Luke Scott, Barry de Vikram GandhiSplit de Night Shyamalan (et la suite, Glass, en 2018), Pur-sang de Cory Finley avec Olivia Cooke et plus récemment Emma d'Autumn de Wilde et Les nouveaux mutants de Josh Boone. À 21 ans, elle est récompensée du Trophée Chopard de la révélation féminine au Festival de Cannes 2017 et succède au palmarès à des comédiennes comme Audrey Tautou, Ludivine Sagnier, Diane Kruger, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Shailene Woodley ou encore Adèle Exarchopoulos. À la télévision, elle joue dans les séries Miniaturiste en 2017, Peaky Blinders en 2019 et Le jeu de la dame en 2020. Avant de tenir le rôle de Beth Herman la création de Netflix, Anya Taylor-Joy ne connaissait quasiment rien de la pratique des échecs et a pu compter sur l'apprentissage de grands spécialistes de la discipline. «Ce n'est pas un jeu que l'on peut maîtriser du jour au lendemain», confit-elle à Entertainment Weekly«C'est impossible de mémoriser toutes les séquences sans devenir fou! J'apprenais mes matchs quelques minutes avant comme une chorégraphie que j'exécutais avec mes doigts», ajoute celle qui a pratiqué intensivement la danse de ballet durant ses années à Londres. La suite? La jeune femme tourne actuellement le film The Northman avec Nicole Kidman et Alexander Skarsgard et tiendra le rôle de Furiosa dans le préquel du film Mad Max Fury Road aux côtés de Chris Hemsworth.

Passionnée de musique et d’écriture, Anya Taylor-Joy compose, guitare à la main, et s’adonne à la création de quelques poèmes. Des occupations supplémentaires pour cette insomniaque chronique à la vue défectueuse toujours curieuse de nouvelles expériences. «J'adorerais faire quelque chose de grand pour les animaux», assurait-elle il y a quatre ans à Interview Magazine «J'aime vraiment les animaux. La seule chose qui me rende vraiment dingue est la maltraitance d'un animal. Je vois du rouge complet.» Quant à sa vie sentimentale, celle qui, plus jeune, fantasmait sur le comédien Jeremy Sumpter (notamment dans l’adaptation de Peter Pan réalisée en 2003 par P. J. Hogan qu’elle a vu et revu) aurait été proche de l'acteur irlandais Eoin Macken puis du photographe Ben Seed. Des histoires qu’elle protège secrètement.