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mercredi 7 septembre 2022

Salinger / A Perfect Day for Bananafish

 

Illustration by Johnny Ruzzo


J.D. Salinger
A PERFECT DAY FOR BANANAFISH
Illustrations


Illustration by Johnny Ruzzo

dimanche 4 septembre 2022

Oona O’Neill, la femme qui quitta Salinger et épousa Chaplin

 

oona chaplin
Oona O'Neill et Charles Chaplin


Oona O’Neill, la femme qui quitta Salinger et épousa Chaplin

    Le grand amour de deux génies

    Quand ils se fiancent en 1943, le célèbre acteur Charlie Chaplin a 54 ans et Oona O’Neill … 36 de moins !
    Des débuts répréhensibles pour une histoire sur laquelle personne n’aurait parié … Et surtout pas J.D. Salinger, futur célèbre écrivain qu’elle quitta pour se marier.

    Retour sur l’histoire d’amour entre un vieux râleur et une jeune désabusée, qui contribua à la naissance d’un auteur torturé.

    Oona, la première it girl

    Avant de rencontrer Chaplin, Oona est déjà une célébrité.
    Son nom de famille lui a ouvert les portes de la haute société new-yorkaise.

    Une enfance malheureuse

    Son père est Eugene O’Neill (1888-1953), un dramaturge américain d’origine irlandaise, ayant gagné le Prix Pulitzer 1920 et le Prix Nobel de littérature 1936.
    Malgré ces récompenses prestigieuses, sa vie est à l’image de son théâtre : une succession de drames et de désillusions. Autour de lui, que des drogués, des dépressifs et des alcooliques.

    En 1918, Eugene O’Neill a épousé en deuxièmes noces l’écrivaine Agnes Boulton, avec qui il a un garçon Shane en 1919, puis une fille Oona, en 1925.
    À peine trois ans plus tard, il abandonne femme et enfants pour sa maîtresse.

    Agnes Boulton sombre dans l’alcool.
    Eugene, qui déclare que ses vrais enfants sont ses personnages, reste fidèle à lui-même et se contente d’envoyer des instructions et des chèques.
    La jeune Oona ne revoit pratiquement plus son père et passe d’école en internat, avant d’intégrer la Brearley School dans l‘Upper East Side.

    Bienvenue dans l’élite

    Oona découvre alors le New York branché de l’entre-deux guerres, qui la remarque rapidement.
    L’adolescente, en plus d’être une « fille de », possède une vraie beauté.

    Oona O’Neill se met à fréquenter les clubs nocturnes avec ses meilleurs amis : les futurs auteurs à succès Truman Capote (1924-1984) et Carol Grace (1924-2003), ainsi que Gloria Vanderbilt (1924-2019), une riche mais bohème héritière.

    Cette bande d’adolescents vit d’insouciance et de plaisir.
    Argent, mondanités, privilèges et presse à scandale … Voilà ce que désire cette génération née après la Première Guerre mondiale.
    Malgré un tempérament inquiet, Oona s’en contente. Elle veut devenir actrice et ses multiples photos dans les médias à la mode sont un tremplin pour y parvenir.

    C’est aussi une occasion d’attirer l’attention d’Eugène O’Neill, toujours aussi distant malgré de déchirants « Papa je t’aime, ne m’oublie pas ».
    Lorsqu’elle est élue « The Number One Debutante » au Storks Club, l’un des plus exclusifs de New York, il lui répond :

    « Toute cette publicité que tu as eue est de mauvaise qualité, sauf si ton ambition est d’être une actrice de seconde zone, le genre qui a sa photo dans les journaux pendant deux ans et puis retourne dans l’obscurité de sa stupide vie sans talent. »

    Faute de recevoir l’amour de son père, Oona se nourrit de séduction et de l’attention que lui accordent les hommes.

    L’obsession de J.D. Salinger

    Parmi les nombreux prétendants d’Oona, se trouve Jerome David Salinger, dit Jerry, pas encore J.D, un étudiant en écriture à peine plus âgé qu’elle.

    Ils se rencontrent, en 1942, au Storks Club.
    Car avant d’être un ermite mondialement célèbre, Salinger fréquente le gratin, sans toutefois le supporter.

    L’ambitieux taciturne, fils d’un artisan fromager, tombe fou amoureux de la frivole et célèbre it-girl.

    Oona et Jerry sortent ensemble, à la mode des années 40 : chastement !
    Mais s’il est frustré, c’est surtout parce qu’elle ne l’aime pas vraiment.
    Il veut l’épouser, elle refuse se disant trop jeune.
    Certes, elle admire son talent d’auteur, qui a déjà publié une nouvelle dans le New Yorker, et apprécie sa compagnie. Mais dans le fond, rien de plus.

    La Seconde Guerre mondiale vient mettre un point final à cette histoire déjà sans lendemain.
    Salinger est appelé sous les drapeaux et s’en-va-t-en-guerre qui empire son irritabilité naturelle.
    Il participera notamment au carnage qu’est le débarquement en Normandie.

    Depuis une Europe ensanglantée, il écrit sans cesse à Oona, de longues lettres désespérées d’amour qu’elle ne partage plus du tout.
    C’est aussi à distance et par la presse qu’il apprend le mariage de sa belle … avec un vieux !

    Une déception pour Salinger, qui marque son oeuvre littéraire.
    Notamment L’Attrape-Cœurs, publié en 1951, qui décrit un jeune homme nihiliste qui déteste les clubs et le cinéma !

    Charlie Chaplin, le tombeur

    Le « vieux » qu’Oona épouse à 18 ans, c’est lui !

    Pendant que Jerry est à la guerre, Oona O’Neill est partie tenter sa chance à Hollywood.
    Elle a rapidement trouvé un agent, court les castings et tombe sur Orson Welles qui la propulse, sans doute pour la séduire, dans son cercle.
    C’est pour obtenir un rôle dans Shadow and Substance (une pièce de théâtre qui ne sera finalement pas adaptée au cinéma) qu’elle contacte Charlie Chaplin.

    En 1943, le réalisateur est déjà une légende vivante : il incarne son personnage culte, le tendre vagabond Charlot, depuis deux décennies.


    Cependant, on le connaît aussi pour sa tapageuse vie privée.
    Ses trois divorces ont fait la une. Procès, accords aux sommes faramineuses, accusations de « désirs sexuels pervers » allègrement repris par le FBI …
    Des scandales à répétition qui font suite à des unions problématiques.
    Ses ex-femmes sont toutes beaucoup plus jeunes que lui, les deux premières étant carrément mineures lors des noces.

    C’est aussi la jeunesse d’Oona O’Neill qui plaît d’abord à Charlie Chaplin.
    Elle passe outre sa mauvaise réputation, son caractère despotique, les esclandres et les procès, même celui en cours pour reconnaissance de paternité.
    Elle tombe éperdument amoureuse de cet homme qui pourrait être son père …
    Et tant pis si Eugene la renie publiquement, Oona épouse Chaplin le 16 juin 1943.

    Oona et Chaplin, un mariage qui dure

    Personne n’aurait alors imaginé que leur union tiendrait 34 ans.

    À peine mariée, Oona abandonne son projet d’être actrice et se dévoue corps et âme à son homme, qui multiplie dans la presse les louanges au sujet de son « épouse idéale ».
    L’artiste peut se montrer tyrannique, elle supporte sans broncher et surtout, sans que son amour pour lui ne diminue.

    Oona le met même en valeur. Pour lui, elle reprend ses habitudes new-yorkaises et reçoit le Tout-Hollywood : Greta Garbo, Olivia de Havilland, Joan Fontaine, Fred Astaire …

    La famille s’agrandit avec huit enfants : Geraldine (1944), Michael (1946), Josephine (1949), Victoria (1951), Eugène (1953), Jane (1957), Annette (1959), Christopher (1962).
    Oona et Charlie goûtent au bonheur familial, qu’aucun des deux n’avait vécu auparavant.

    Cependant, la relation de Chaplin avec le FBI s’envenime.
    Son directeur J.Edgar Hoover le soupçonne d’être communiste et le sénateur Joseph McCarthy veut le faire expulser des États-Unis.

    Leur opportunité se présente en 1952, alors que les Chaplin sont à Londres pour la présentation des Feux de la Rampe.
    C’est là que Charlie apprend qu’il est interdit de retour.
    Critiqué, descendu par l’opinion publique, le réalisateur ne bronche pas, mais renonce à sa nationalité américaine.
    Tout comme Oona, qui avant ça, s’occupe d’aller chercher leur argent, qu’elle emporte, caché sur elle, vers Corsier-sur-Vevey en Suisse, où la famille s’intalle.

    Le couple ne revient ensemble aux États-Unis qu’en 1972, pour recevoir un Oscar d’honneur enfin attribué à Charlot.

    Oona après Chaplin

    C’est le jour de Noël 1977 que Charlie Chaplin succombe à un AVC dans son sommeil.
    Oona se retrouve veuve après 34 ans de mariage.

    À 52 ans, Oona aurait pu se remarier avec un des ses amants occasionnels.
    Mais comment remplacer Charlie ?

    Elle retourne un temps vivre à New York dans un vain effort de revivre son passé.
    Elle y retrouve la 42e Rue, Park Avenue, ses amis de toujours Truman Capote et Carol Grace, et son goût immodéré pour l’alcool.
    Mais pas le bonheur.

    Une anecdote significative.
    Pour son soixantième anniversaire, elle organise une grande fête dans son duplex, mais passe la plupart de la soirée, à descendre les magnums de champagne, enfermée dans sa chambre.
    Quand elle en sort enfin, Oona déclare à ses nombreux invités :

    « Voici ce que je veux dire, et que je peux enfin dire, en ce soixantième anniversaire :
    je hais mon père, Eugene O’Neill ! »

    Lorsqu’elle sature de New York, Oona traîne son désespoir en Suisse où rien ne la comble.
    Même pas sa famille.

    « On avait la sensation qu’elle n’était pas très heureuse de nous voir.
    Mais c’était faux. (…)
    Quand nous étions là, elle souhaitait que nous partions, mais quand nous nous étions évaporés, elle voulait que nous revenions. »

    – Annie Chapin

    Oona meurt à 66 ans, au matin du 27 septembre 1991, des suites d’un cancer du pancréas.
    Quatorze ans après Chaplin.
    Dix-neuf ans avant Salinger.

    oona chaplin


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    vendredi 4 septembre 2015

    La dernière disparition de Salinger

    J.D. Salinger

    La dernière disparition de J.D. Salinger


    Nathalie Crom
    Publié le 29/01/2010. Mis à jour le 29/01/2010 à 15h02.


    Même si son “Attrape-cœurs” datait de 1951, son héros caustique, Holden Caulfield, mi-Werther, mi Huckleberry Finn, continuait à murmurer droit au cœur des lecteurs, notamment adolescents, du monde entier. J.D. Salinger, après quarante-cinq ans de réclusion volontaire dans un bled du New Hampshire, nous a quittés. Pour de bon, cette fois.
    L’absence, l’effacement volontaire ont paradoxalement assuré à J.D. Salinger, durant plus de quatre décennies, une forme d’omniprésence. Définitivement disparu de la scène publique depuis 1965, l’écrivain américain n’a jamais cessé d’alimenter les interrogations, les passions, les fantasmes. Entêtant évanouissement. Naissance d’un mythe. En dépit de quelques rares clichés volés, montrant un vieil homme grand et émacié vaquant à de très ordinaires occupations dans la petite ville de Cornish, New Hampshire, dont il avait fait son refuge, pouvait-on vraiment imaginer que le « père » de Holden Caulfield, le lycéen fugueur de L’Attrape-cœurs (1), était désormais un vieillard ? Puisque Holden Caulfield, depuis sa naissance, en 1951, n’avait pas grandi, figé tel Peter Pan dans une éternelle adolescence, pourquoi le temps aurait-il eu prise sur Salinger lui-même ? 


    C’est ainsi pourtant : J.D. Salinger avait 91 ans lorsqu’il est décédé,mercredi. Ayant livré à la postérité un roman mythique, cet Attrape-cœurs (en anglais : The Catcher in the rye) qui sut toucher au plus profond les adolescents des années 50 et après eux plusieurs générations de jeunes lecteurs qui continuèrent, décennie après décennie, à se reconnaître dans le désarroi de l’élève Caulfield, dans sa détresse mais aussi dans son humour à vif. Outre L’Attrape-cœurs, il y eut aussi des nouvelles, de la même eau – mélange de tragique et d’ironie, de cocasserie même. Et il y aurait encore, dit-on, dans les tiroirs de la maison de Cornish, des manuscrits écrits par Salinger après son retrait du monde. Car, s’il avait renoncé à publier, il n’avait pas renoncé à écrire, bien au contraire : c’est aussi pour se consacrer pleinement à l’écriture que l’écrivain, par ailleurs réputé mystique, disait avoir fui la foule et les sollicitations – simplement n’éprouvait-il plus le besoin ni l’envie d’être lu par d’autres.

    Il était né Jerome David Salinger, le 1er janvier 1919, dans une famille de la bourgeoisie new-yorkaise. Destiné par son père à hériter de l’entreprise familiale de produits alimentaires de luxe, il avait fréquenté, à partir de l’âge de 15 ans, un collège militaire en Pennsylvanie. C’est à ce moment qu’il se mit à écrire, nourri de la lecture de ses aînés, Fitzgerald et Hemingway, faisant paraître sa première nouvelle en 1940 dans une revue. Il y eut ensuite l’armée, la guerre, le débarquement en juin 1944, la découverte de l’Europe. Plus tard, il y eut deux mariages, des enfants… Mais surtout, toujours, il y eut l’écriture : des nouvelles données au New Yorker puis parues en volume, et surtout cet Attrape-cœurs, best-seller mondial défiant le temps. 



    Pourquoi ? Parce qu’il est, aux adolescents, mais aussi aux adultes, un miroir tendu. Parce qu’il s’agit aussi d’une œuvre littéraire parfaitement construite et maîtrisée, par le biais de laquelle Salinger s’inscrit dans une lignée d’écrivains américains qui, à la suite de Mark Twain et de son Huck Finn , au XIXe siècle, ont su inventer une langue littéraire savante, faussement négligée ou désinvolte, capable de chuchoter à l’oreille du lecteur, de le toucher droit au cœur. Comme le note l’universitaire et essayiste Pierre-Yves Pétillon, dans son indispensable Histoire de la littérature américaine (2), avec Holden Caulfield, la jeunesse américaine – et, après elle, la jeunesse du monde entier – a trouvé « à la fois un Werther pour exprimer son vague à l’âme et un Huck Finn pour l’exprimer dans le plus autochtone des idiomes ».


    jeudi 3 septembre 2015

    Salinger et le cinéma



    J.D. Salinger et le cinéma


    Aurélien Ferenczi
    Publié le 29/01/2010. Mis à jour le 29/01/2010 à 15h29.


    « Franny portait un manteau en rat d'Amérique à poils ras, et Lane, en se dirigeant vers elle à pas rapides, le visage toujours impassible, se dit avec une joie contenue qu'il était le seul sur le quai à connaître ce manteau. Il se souvint qu'un jour, dans une voiture qu'on leur avait prêtée, après avoir embrassé Franny pendant une bonne demi-heure, il avait embrassé le revers de son manteau comme s'il avait été un prolongement organique de Franny aussi parfaitement désirable que son corps» Si l'on tape J.D. Salinger sur Imdb, on n'obtient pas grand-chose : pas d'adaptation hollywoodienne – et c'est tant mieux – de L'Attrape-cœurs, pas d'engagement pour tel ou tel studio où le grand écrivain, au service d'un producteur inculte, aurait souffert le martyre (y a-t-il eu, dans les années qui suivirent la parution, des tentatives d'adaptation ? ce serait intéressant de le savoir). Mais J.D. Salinger, disparu hier à 91 ans, a (au moins) un épigone cinématographique, et c'est Wes Anderson. Je suppose qu'on pourrait ainsi illustrer l'extrait de Franny et Zooey ci-dessus avec cette vision (délicieuse) de Gwyneth Paltrow dans La Famille Tenenbaum, mais ce n'est pas tout.
    Wes Anderson ne s'en est jamais tout à fait caché – bien qu'il ne soit pas le meilleur commentateur de son œuvre, mais unexcellent article de Matt Zoller Seitz, sur le site du Museum of the Moving Image (l'auteur a examiné par ailleurs d'autres influences stylistiques des films du grand Wes) fait le job à sa/notre place (on lui emprunte ci-dessous l'équivalent en vidéo, non sous-titré hélas). Il y a du Holden Caulfield chez la plupart des héros andersoniens, en particulier chez Max Fischer, le héros de Rushmore. Et les névroses familiales qui agitent ses personnages évoquent celles de la famille Glass – que l'on retrouve dans Franny et Zooey ainsi que dans les nouvelles du grand écrivain. La Famille Tenenbaum est sans doute son film le plus « salingérien » (Beatrice Boo-Boo Glass prend d'ailleurs le nom Tannenbaum dans un récit du romancier). Pour faire court, il y aurait chez Wes Anderson le même souci absolu du détail (ses adversaires trouvent ses films « sur-décorés ») et, surtout, le même désarroi existentiel – et quand je dis désarroi, prenez-le au sens fort. Au corpus des films inspirés par Salinger, il faudrait ajouter le joli Metropolitan, de Whit Stillman (1990), création tellement isolée d'un cinéaste perdu de vue depuis qu'on a envie d'en faire le prologue de toute l'œuvre de Wes Anderson... !



    mercredi 2 septembre 2015

    De Shakespeare à Sagan / Dix films où l'écrivain crève l'écran

    J. D. Salinger

    De Shakespeare à Sagan, dix films où l'écrivain crève l'écran


    Caroline Besse
    Publié le 02/09/2015. Mis à jour le 02/09/2015 à 15h37.

    En attendant qu'Hollywood mette en images la jeunesse du mythique J.D. Salinger, petite sélection de biopics classiques ou d'évocations plus fantaisistes qui ont donné le premier rôle à de grands auteurs.


    C'est donc l'acteur Nicolas Hoult (notamment vu dans la saga X-Men dans le rôle de Fauve) qui va incarner le célèbre écrivain américain J.D. Salinger au cinéma. Le film, Rebel in the Eye, est une référence à The Catcher in the Rye, son roman phare sur la fin de l'adolescence (L'Attrape-cœurs en français). A sa sortie en 1951, le livre bouleverse la littérature américaine, devenant instantanément un classique qui sera étudié aux Etats-Unis, au Canada, mais aussi dans certains lycées de France. Selon Variety, le film réalisé par Danny Strong se concentrera sur la jeunesse « rebelle » de J.D. Salinger, son expérience de soldat pendant la Seconde Guerre mondiale (l'auteur, né en 1919, avait 20 ans quand le conflit a éclaté), et l'histoire derrière L'Attrape-cœurs.
    Bien sûr, ce n'est pas la première fois qu'un écrivain est au centre d'un film. Vies forcément romanesques, faites d'excès (Truman Capote, Françoise Sagan), de démêlés avec la justice (Shakespeare, Beaumarchais), d'engagements féministes (Jane Austen)... L'écrivain est en soi un sujet de cinéma. Voici une sélection de dix films, dans lesquels dix écrivains, poètes ou dramaturge crèvent l'écran.

    A la rencontre de Forrester de Gus Van Sant (2001)


    A la rencontre de Forrester, Gus Van Sant.

    Rebel in the Eye n'est pas le premier film à mettre en scène la vie de J.D. Salinger. Dans A la rencontre de Forrester (2000), Gus van Sant s'en inspire (très) largement pour son personnage d'écrivain reclus, auteur d'un unique succès : copie conforme du destin de Salinger. La variante personnelle du réalisateur : son personnage rencontre un jeune Noir, basketteur talentueux originaire de Brooklyn qui cache aussi un QI hors normes... On reproche majoritairement à ce film (le huitième de Gus Van Sant, et peut-être le plus méconnu) une morale un peu lourde et un scénario ultra-basique (deux personnes que tout oppose vont vivre une « lune de miel »), mais on salue majoritairement la performance des deux acteurs : le mastodonte Sean Connery face au jeune débutant Rod Brown.

    Le Festin nu de David Cronenberg (1992)


    Le Festin Nu, David Cronenberg.

    Le film de Cronenberg est l'adaptation du chef-d'œuvre de l'écrivain américain William S. BurroughsLe Festin nu, plongée dans les méandres de l'esprit d'un junkie qui va connaître une inévitable descente aux enfers. De nombreux critiques littéraires ont assimilé les personnages du livre au seul et même William Lee, héros du roman, lui-même analysé comme l'avatar de l'écrivain, qui souffrait aussi d'addictions diverses. Dans le film du réalisateur canadien, William Lee devient Bill Lee (dans le film Sur la route de Walter Salles, le personnage représentant William Burroughs est d'ailleurs aussi été rebaptisé Bill Lee...)

    Truman Capote de Bennett Miller (2006)


    Truman Capote, de Bennett Miller.

    C'est une des œuvres majeures de Truman Capote qui est au centre du film : De sang-froid. Son livre, inspiré d'un fait divers découvert dans le New York Times, va profondément bouleverser sa vie. L'écrivain mène une magistrale enquête sur le massacre d’une famille du Kansas par deux délinquants, qu'il va rencontrer pour sonnon fiction novel. Surtout, Truman Capote est remarquablement interprété par le regretté Philip Seymour Hoffman dans, n'ayons pas peur des mots, le rôle de sa vie (il remporte l'Oscar en 2006).
    L'année suivante, Truman Capote était au cœur d'un autre biopic : Scandaleusement célèbre de Douglas McGrath, toujours autour de l'écriture de De sang-froid. Rappelons que le livre avait lui-même été adapté au cinéma par Richard Brooks (De sang-froid, 1967).

    Jane de Julian Jarrold (2007)


    Jane, Julian Jarrold.

    La très talentueuse et populaire Jane Austen, romancière anglaise as de la satire sociale, est le personnage principal de ce biopic. Malheureusement, le réalisateur choisit comme objet principal du film un soupirant que la romancière a réellement connu au cours de l'hiver 1795... au détriment de l'écriture et du féminisme, sujet majeur qui court dans son œuvre toute entière. Dommage : les biopics sur les écrivains femmes se comptent sur les doigts d'une main et cette version simplette de la vie de la romancière ne lui rend pas hommage.

    Rimbaud Verlaine d'Agnieszka Holland (1997)


    Rimbaud Verlaine d'Agnieszka Holland.

    Comme le titre l'indique, le film évoque la vie de deux poètes français majeurs : Arthur Rimbaud et Paul Verlaine, à travers leur tumultueuse relation amoureuse, faite de rivalité, de passion, le tout largement arrosé d'absinthe... C'est Leonardo DiCaprio — juste avant le raz-de-marée Titanic — qui incarne le fougueux Rimbaud et David Thewlis, Paul Verlaine. Ici encore, ce que l'on retient avant tout est le jeu intense des acteurs.

    The Hours de Stephen Daldry (2001)


    The Hours de Stephen Daldry.

    Ce grand film de Stephen Daldry entremêle le destin de trois femmes, à trois époques différentes, toutes liées par le roman Mrs. Dalloway et son célèbre incipit :« Mrs. Dalloway said she would buy the flowers herself », une phrase immensément célèbre, au cœur du film, puisqu'il était beaucoup question d'émancipation féminine. La première héroïne est Virginia Woolf elle-même, auteur de cet ouvrage majeur de la littérature britannique (Nicole Kidman reçut l'Oscar pour ce rôle). La seconde, Laura Brown (Julianne Moore), une lectrice pour qui la découverte du livre au milieu des années 50 est un choc. Et la troisième enfin, Clarissa Vaughn (Meryl Streep), une éditrice contemporaine surnommée « Mrs. Dalloway » par son entourage. Un casting en or au centre du film — lui-même adapté du roman éponyme de Michael Cunningham.

    Sagan de Diane Kurys (2007)


    Sagan de Diane Kurys.

    A peine trois ans après sa mort, Françoise Sagan est l'objet d'un biopic. L'écrivain, incarnée par Sylvie Testud, menait en effet une vie hautement cinématographique. La petite fille aux origines bourgeoises écrivit à 18 ans le chef-d'œuvre de sa vie,Bonjour tristesse, au succès fulgurant. Grâce à l'argent du Prix des critiques et à son deuxième succès, Un certain sourire,  le « charmant petit monstre » aux mœurs hédonistes a mené une vie de bohème et d'excès, avant la déchéance (financière, surtout). Le film de Diane Kurys s'attarde d'ailleurs un peu trop sur la fin tragique de la romancière émancipée.

    Beaumarchais, l'insolent d'Edouard Molinaro (1996)


    Beaumarchais, l'insolent d'Édouard Molinaro.

    Qui d'autre que Fabrice Luchini pour incarner le libre-penseur que fut Beaumarchais, illustre dramaturge, parmi tant d'autres métiers et activités — trafiquant d'armes, agent secret de Louis XV entre autres et libertin assumé ? C'est donc lui que le réalisateur Edouard Molinaro a choisi pour ce personnage historique, provocateur, cultivé, badin et... insolent. Le film (adapté de la pièce de Sacha Guitry) se concentre sur la vie de l'homme, nettement moins connue que ses célèbres œuvres : Le Mariage de Figaro et Le Barbier de Séville.

    Les Sœurs Brontë d'André Téchiné (1979)


    Les Sœurs Brontë, André Téchiné.

    Par la voix de Charlotte Brontë, aînée de la fratrie composée d'Emily, d'Anne et de leur frère Branwell (ils avaient aussi deux grandes sœurs, Maria et Elizabeth, décédées précocement de la tuberculose), André Téchiné raconte le destin de cette famille littéraire hors normes dont les trois filles devinrent des poétesses et romancières reconnues dans l'Angleterre du XIXe siècle. Charlotte (Marie-France Pisier), auteur de Jane Eyre, se souvient ainsi de son enfance avec ses sœurs (Isabelle Adjani et Isabelle Huppert) et son frère, tous les quatre élevés par leur père pasteur. Son roman fut d'ailleurs adapté plusieurs fois au cinéma, tout comme Les Hauts de Hurlevent, de sa sœur Emily.

    Shakespeare in Love de John Madden (1999)


    Shakespeare in Love, de John Madden.

    Le scénaristes de ce film qui eut son petit succès critique s'en sont donné à cœur joie pour imaginer une partie de la vie du jeune Shakespeare (Joseph Fiennes). Criblé de dettes, celui-ci tombe amoureux de Viola De Lesseps, personnage totalement fictif (Gwyneth Paltrow), une jeune femme qui vénère les poèmes de Shakespeare et se déguise en homme afin de pouvoir accéder au rôle de Roméo (être actrice était à l'époque interdit aux femmes). Une passion qui va nourrir l'écriture de la célèbre pièce. Le film reçut en 1999 une pluie d'Oscars : meilleur film, scénario, décors, actrice, costumes...