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lundi 8 janvier 2018

Vico et Malebranche / L'ancien art de la mémoire et la science nouvelle de l'imagination / 2ème partie


Vico et Malebranche

L'ancien art de la mémoire et la science nouvelle de l'imagination. 2ème partie

28 FÉVRIER 2017, 
PAOLO FABIANI

Dans l'article précédent L'ancien art de la mémoire et la science nouvelle de l'imagination 1ère partie on est venu à la thèse selon laquelle la rhétorique avec Malebranche et Vico n'est pas perdue mais au contraire elle constitue une clé interprétative de l'esprit humaine (de l'homme devenue esclave du corps): c'est l'esprit humaine même à avoir une propre structure rhétorique et l' aristotélisme dès explication de la réalité devient l'exemple de comme le sens commune sa marche, il devient objet d'études par le psychologique chrétien qui a épuré avec la philosophie cartésienne tous les résidus de paganisme qui restait dans son bagage culturel et dans ses grilles interprétatives. [1]

La force de l'imagination détermine la structure de l'esprit païen et précède la raison dans la détermination des dynamiques de la pensée

Dans le techniques classiques de la mémoire tout ça est évident. Les mnémotechnique efficaces ne brouillent jamais le plan des images avec celui des significations abstraits. La signification ne doit pas se poser au dessus du symbole et le symbole de la chose à se souvenir ne doit jamais être logiquement abstrait et extrait de l'image qui le représente. La signification du souvenir doit être dans la symbole et ce-ci doit naitre naturellement de la chose imaginée. L'imagination vient avant la raison et elle en est complètement indépendante: on ne peut pas comprendre l'imagination si on en étude les produits en les brouillant et en les imprégnant d'abstraction; si comme on ne donne pas des mnémotechnique efficaces en interpolant règles abstraites qui forcent les pensée en s'opposant aux souvenir au couler de l'imagination.
Vico reprendra sous une différente forme la distinction de Malebranche entre esprit païen et esprit chrétien, en affranchissant complètement la deuxième de l'analyse philosophique de la première: dans La Scienza Nuova Vico décrit les sauvages qui pour premiers sortirent de leur condition bestiale et ils se donnèrent une pensée, un langage, ils s'organisèrent dans une société à travers la contemplation de la nature qui, dans ses éléments de splendeur et exceptionnels, comme l'orage, le vent, les tempêtes etc. réveilla en eux sentiments de peur et merveille qui ne débouchèrent pas directement dans une réponse instinctive (comme celle de aller se cacher ou trouver un abri) typique de l'animal, mais, au contraire, ils les retinrent (et arrêtant leur errer sauvage ils se bloquèrent dans la pensée leur idée de la divinité) à assister au spectacle comme s'ils faisaient face à un immense corps animé qui, avec les foudres et les tonnerres, voulait leur dire quelque chose. Les premiers sauvages à penser, ils pensèrent pas à eux même mais à la divinité (Jupiter) qu'ils imaginèrent être l'orage, le vent et en général chaque manifestation de la nature qui révèle la majesté le splendeur, la force et la puissance.

Giambattista Vico

C'est pour ça que Vico les appelait “les poètes théologiens”, c'est-à-dire créateurs des mots (donc de langage et de pensée) à travers la religiosité. Le poète théologien a une conception solipsiste ignorante, la naissance de la pensée dans son esprit se produit à travers un jugé sur la nature qu'il se représente pour la première fois, avec la pensée de Jupiter. Il ne la reconnaît pas comme sa propre représentation, mais il la confond pour une identité vive, donc divine; la pensée autrement dite, nait en pensant à la nature comme quelque chose d'animée et donc tout ce qui bouge, qui avec son propre être démontre un caractère exceptionnel, devient animée, il devient une divinité. Mais au début, selon Vico, toutes les choses ne révèlent pas une divinité, mais LA divinité, étant donné que tout est la manifestation d'une seule entité parce que le primitif a une seule idée dans son esprit pour comprendre tout l'univers mené: Jupiter. Tout l'univers mené est une manifestation de Jupiter, et chaque manifestation de l'homme devient un tribut, une réponse au vouloir de Jupiter.
Donc la nature n'est pas poussée par une volonté, un entité qui est derrière et qui la fait bouger, mais c'est elle-même divine parce que la foudre et le tonnerre sont des phénomènes beaucoup plus puissantes de l'homme, la force de la nature a donc une valeur de puissance extrême, et c'est comme ça que une force naturelle à laquelle on ne peut pas s'opposer, extrêmement puissante, est retenue divine. Donc Jupiter ne bouge pas les choses, il n'est pas la cause de l'orage, il n'est pas distingué de la foudre qu'il lance, c'est Jupiter même à être foudre, vent, orage. La nuage est son corps, la foudre et le tonnerre son langage, le vent est son vouloir, et si un arbre bouge agité par le vent, le poète theologicien ne reconnaitra pas le vent et l'arbre, mais seulement une chose qui bouge et c'est elle-même Jupiter, pas seulement une ramification de la divinité, mais la divinité elle même dans sa révélation universelle. Il y a une identification totale de la fantaisie avec sa signification: le contenu (la pensée de la divinité) est tout dans la forme (l'image de la manifestation naturelle).
Vico s'oppose à la conception allégorique des mythes, il soutien que les mythes naissent comme une fantastique, et donc fausse, interprétation de la nature mené (esperita). Vico, autrement dit, coupe tout sorte de lien “réel” entre la manifestation physique (comme le cas de l'orage qui “réveille” la grosse bête de son errer sauvage) et le mythe que l'homme invente pour l'interpréter ; il coupe tous les liens “matériels” entre le corps et l'esprit (mythologique), pas seulement des liens comme les “simulacres” et les “fantômes” de la scolastique, mais aussi les associations abstraites établie pas l'allegorisme et par l'evemerisme.
Avant le mythe il n'existe pas la pensée, mais seulement l'instinct, on ne peut pas attribuer au mythe, aux images mythologiques, significations abstraites, différents et autres par rapport à ceux qu'elles sont à l'égard de la pure fantaisie, de la fantaisie sensible. La vérité du mythe n'est pas allégorique, elle ne peut pas être interprétée par analogie, à travers similitudes ou métaphores abstraites. Jupiter est sans doute la métaphore de l'orage, mais seulement parce que Jupiter est l'orage, même, le concept d'orage n'existe même pas dans l'esprit du poète theologicien, il existe seulement la pensée de Jupiter, une pensée composée par une image qui a signification seulement dans les émotions de celui qui la pense. Rien d'abstrait. Il en résulte que – si comme les images des mnémotechniques doivent avoir les caractères de la fantaisie, du caractère exceptionnel, de la majesté et elles ne doivent pas contenir des éléments abstraits- alors l'esprit primitif a crée sa pensée avec les éléments de la fantaisie sensible, sans la médiation de l'abstraction, mais avec les caractéristiques du caractère exceptionnel , de la majesté, et surtout de la peur.

L'esprit se structure selon l'ordre de l'imagination et cette-ci procède par “lieux” et “choses” à travers leur visualisation et association

L'imagination est l'espace mentale de la conscience. Dans l'art de la mémoire classique il y a trois éléments fondamentaux : le théâtre, le lieu et la chose. Le théâtre ne devait pas forcement être un “théâtre ”, mais tout simplement un ensemble structuré des lieux, donc une chambre, un parcours, un palais, une rue etc. le concept important à comprendre c'est que le théâtre est l'ordre de la pensée. En effet les souvenirs sont misérables et vagues quand il ne sont pas organisés.
Le théâtre est l'espace à l'intérieur duquel se trouvent les lieux, les endroits où placer les choses qui sont les gardiens des souvenirs. L'ordre et la structure des lieux détermine l'ordre et la structure des choses, c'est-à-dire les souvenirs. Les modalités avec lesquelles le mnemoniste fixe dans son esprit les souvenirs sont semblables, ou, au moins partiellement assimilables, aux dynamiques avec lesquelles les anciens se donnèrent une pensée à travers le mythe, dynamique exposées par Vico dans La Scienza Nuova et les associations d'idées comme les a étudiées Malebranche dans La Recherche : images avec un fort impact émouvant, fantaisies exagérées perçues comme réelles (qui dans l'homme primitif se identifient dans le sens où de réel il y a seulement sa fantaisie mythologique), le devenir même de l'imagination comme “lieu” où se disposent les pensées, forte implication émouvante etc. Mais encore plus intéressant c'est noter comme la hiérarchie des idées dans l'esprit païen reflète l'ordre mental qui le mnemoniste se donne.
Dans La Scienza Nuova on peut noter que le premier lieu de la pensée, la première topique, a été la nature même, mais pas comme concrète expérience de la nature physique, mais comme théâtre de ses propres passions et fantaisies pas du tout intellectualisées. Dans l'art de la mémoire classique nous aurions pu appeler un mythe si défini comme une ou un ensemble de “imagines agentes” c'est-à-dire des images qui agissent et qui se gravent dans la mémoire à cause de leur force fantastique et pour l'action qu'ils accomplissent.
C'est avec sa naissance que l'humanité primitive répond au mot de la divinité, premièrement en s'arrentant dans un lieu, et après en commençant à agir socialement, en se regroupant en familles, tribus, en structurant des cérémonies et des rites, en levant la terre à la foret et en commençant à la cultiver sous les auspices du Ciel. C'est en comprenant l'acte de divinité dans chaque démonstration de la nature ( et seulement ça, pas la nature et elle-même, qui c'est un concept abstrait des hommes modernes qui peuvent distinguer le concept de nature et ceux de divinité) que la pensée aussi commencera à se différer et toutes les choses qui étaient manifestation d'une seule divinité, deviendront une substance à part, une divinité qui agit en manière autonome. On passera donc d'un monothéisme originel («Iovis omnia plena») à un polythéisme dérivé : Junon sera donc le mariage, Hercule représentera le travail du héros (le poète theologicien qui agit selon le vouloir divin) dans la conquête de la forêt, les travaux dans les champs etc.
C'est avec le mythe donc que l'esprit humaine se crée et se structure et il diversifie ses propres procédures de fonctionnement et ses propres contenus de pensée. L'esprit païen crée son propre espace de pensée à travers le mythe, une géographie poétique et, finalement une topique poétique, une logique des lieux mentales. Ce qu'au début était un théâtre de l'imagination composé par un seul lieux et par une seule “imago agens”, il va de plus en plus se diversifier et se structurer en manière complexe et c'est à ce point, et seulement ici, que en se multipliant les images et les liens entre elles commencera l'œuvre qui abstraie l'esprit humaine. Les mythes, autrement dit, sont “imagines agentes” et ils remplissent à l'intérieur de l'esprit païen la même fonction des choses et des lieux dans les théâtres de la mémoire dans la rhétorique classique.
À propos de ces arguments il y a encore beaucoup des choses à dire et ici, je le répète, j'ai fait seulement une très brève allusion; la thèse qui est à la base de tout ça c'est que la pensée païenne comme les stratégies du mnemoniste réfléchissent la même forme de pensée, une pensée fantastique mais, comme les rhéteurs, Vico et Malebranche savent bien ( chacun avec ses propres intérêts, avec de différents objectifs, et souvent en opposition entre eux) une pensée naturelle: un solipsisme du sens commun, ignorant dans l'âme du primitif et de l'homme qui s'abandonne au sens commun et duquel aristotélicien a fait science en restant prisonnier, solipsisme enfin, au moins en partie consciente dans le mnemoniste.
Notes:

[1] Cet article et le précédent sont un résumé du rapport présenté au colloque international The power of imagination in the 16th-18th Centuries, 6-8 December 2010, Paris/Versailles.

Paolo Fabiani

Paolo Fabiani (Florence, 1968), est titulaire d'une maitrise en pédagogie, un 2ème degré de niveau master en psychologie et un doctorat en philosophie de l'Université de Florence, où il a enseigné la langue et la culture italienne. Ses principaux domaines d'intérêt sont Vico, Descartes, Malebranche, l’imagination, l'art de la mémoire de la Renaissance, la pédagogie et la didactique, la psychologie cognitive et les contemporains mnémotechnique. Son œuvre La Philosophie de l'imagination chez Vico et Malebranche a été publiée à la fois en italien et en anglais par Firenze University Press (FUP), en 2002 et 2009. Il a également publié 3 livres en italien à propos de la mnémotechnique et la partie concluante de l'édition anglaise de La Histoire de la philosophie italienne (écrit par Eugenio Garin, Rodopi, Amsterdam / New York, NY, 2008) intitulé: Avec Garin, de la pensée italienne 1943-2004 (par Paolo Fabiani et Giorgio Pinton); et plusieurs articles et essais (un peu de ces traduit en anglais, français et espagnol) dans la philosophie moderne.


Nicolas Malebranche en Italie / Un penseur original et un écrivain prolifique 
Zénon d'Élée / Considérations de Pierre Bayle dans le Dictionnaire historique et Critique / 1ére partie
Zénon d'Élée / Considérations de Pierre Bayle dans le Dictionnaire historique et Critique / 2ème partie
Zénon d'Élée / Considérations de Pierre Bayle dans le Dictionnaire historique et Critique /3ème partie
Zénon d'Élée / Considérations de Pierre Bayle dans le Dictionnaire historique et Critique / 4ème partie
Vico et Malebranche / L'ancien art de la mémoire et la science nouvelle de l'imagination / 1ère partie
 Vico et Malebranche / L'ancien art de la mémoire et la science nouvelle de l'imagination / 2ème partie






dimanche 7 janvier 2018

Vico et Malebranche / L'ancien art de la mémoire et la science nouvelle de l'imagination / 1ère partie

La science nouvelle de l'imagination


Vico et Malebranche

L'ancien art de la mémoire et la science nouvelle de l'imagination. 1ère partie

29 JANVIER 2017, 

According to Malebranche and Vico, it is with the imagination that the human being attributes value to things and all material objects. For these authors the individual person produces its own logic of values and ideas modeled by fantasy and by some other fundamental sentiments, according to the external nature of things. Malebranche defines it “pagan mentality” and Vico describes it as “poetic logic”. Since ancient times, the mnemonic arts have always considered the power of the imagination as the driving engine of memory. Modern thinkers like Vico and Malebranche have made this “acting truth” a metaphysical and scientific axiom of their system of thought. In the “mnemonists”, this strategic engine appears to fix and correlate ideas, concepts, and their representations in the mind, and thus build memories; in Malebranche and Vico, it becomes also the explanation of how thoughts and their representations, setting themselves up in the mind, ultimately organized continuity and permanence within consciousness. The mnemonic artist proceeds in the ways of the pagan using the same mental dynamics; but with the difference that the mnemonist is conscious of this dynamism.
With a comparative analysis of the cognitive processes in the rites of superstitions, pagan myths, and in the fantastic forms described in the works of Vico and Malebranche, by comparing them with the criteria of association between images and concepts, we will identify those “productive images” (imagines agentes) that have been so much in use in the memorization techniques of the Classic and Renaissance rhetoricians and philosophers. [1]

Giambattista Vico

Vico, Malebranche et l’imagination

Surement Vico et Malebranche n'ont pas été les seuls philosophes à soutenir que notre société et notre même vie psychique tournent autour de l'imagination, mais ils sont été peut-être ceux qui nous l'ont expliqué le mieux et d'une façon plus approfondie. J'ai dédié plusieurs études au thème de l'imagination, thème qui il y a dans la philosophie cartésienne et dans Vico desquels, pour des raisons de concision je fais seulement signe et auxquels je renvoie pour toute éventuel éclaircissement relatif aux sources.
Tout après avoir lu pour la première fois le Institutiones Oratoriae de Vico je me suis demandé pourquoi il avait dédié seulement un petit entrefilet au fond de l'œuvre à la quatrième et avant-dernière partie de la Rhétorique, c'est-à-dire celle que régulièrement il fait réserver à la mémoire. Pourtant qu'est-ce qu'il serait toute l'œuvre de Vico si le “sujet” de la mémoire serait enlevé? En vérité la position de Vico à propos de ce sujet représente un point d'arrivé et un paradoxe au même temps ou, au moins, un faux paradoxe. Avec Vico il manque complètement l'art de la mémoire: il l'ignore exprès et sciemment, mais pourquoi? Pourquoi un art qui seulement un siècle avant et dans penseurs comme le Napolitain qui venaient de cours d'études proches et avançaient vers buts intellectuels assimilables les un les autres en arrivant au sommet de la notoriété, cet art terminait pour disparaître presque complètement? Pourquoi un savoir structuré pendant le siècles et spécifique du savoir rhétorique a été complètement ignoré par ceux qui avait crée sa carrière professionnelle et qui a laissé en héritage au monde sa figure de philosophe? Autrement dit: où sont allées les mnémotechniques dans l'œuvre du professeur de rhétorique Vico?
Nicolas Malebranche

En développant la question on peut même ajouter: pourquoi dans la pensée d'un philosophe qui a fait du savoir poétique et des théories de l'imagination le sel de sa pensée, on ne trouve pas la moindre trace des théories de la Renaissance de l'imagination et de la mémoire? Même, on ne trouve aucune théorie de l'imagination et de la mémoire complètement structurée et formulée de façon explicite, il n'y a aucune allusion à l'art de la mémoire sous forme connaissance structurée.
Ma thèse initiale, partagée par une bonne partie de la critique de Vico, c'est que la question de la mémoire transmigre avec armes et bagages dès la rhétorique à la psychologie de la mentalité primitive et par son intermédiaire à la métaphysique de l'esprit tout court. La rhétorique classique et de la Renaissance ne sera plus nécessairement le point de repère de cette nouvelle analyse anthropologique et philosophique, mais il le sera la psychologie de Malebranche, surtout les analyses sur l'imagination de La Recherche. Mais la rhétorique ne survive pas tel que théorie de l'argumentation mais tel que forme logique de la psychologie, comme tableau de référence interprétative de l'esprit humaine: l'homme pense de façon rhétorique ou, mieux, c'est la rhétorique à se constituer comme une forme de savoir valable pendant les siècles parque qu'elle se posait et s'adaptait davantage à la “forma mentis” des peuples. La rhétorique pour Vico (mais pour Malebranche aussi) avant d'être un art du barreau, est une branche de la psychologie pourquoi en suivant la nature de la pensée humaine, démontre d'en avoir une vraie connaissance, elle fournie des connaissances efficaces: si ses principes étaient faux, s'ils se posaient su fausses conceptions de l'esprit humaine, la rhétorique ne pourrait pas exister parce qu'elle n'aideront à convaincre personne.
Ici de suive, brièvement je fais signe à trois questions qui, sans doute, demanderaient une plus large argumentation et qui sont seulement l'exemple de la façon d'aborder une nouvelle analyse des théories de Vico et de Malebranche à propos de ces arguments.



Galilée

Prendre le présent pour réel

Le mnemoniste doit imaginer les choses comme réelles, elles même étant simples produits de l'imagination doivent être crues objectes réels, comme s'ils étaient réellement perçu. L'oratoire doit s'exercer a percevoir ses propres fantaisies mnémoniques: s'il doit se souvenir de “prendre les clés” quand il sort de chez soi, il doit s'imaginer le trousseau de clés dans sa main, il doit s'efforcer de le voir et de percevoir le poids, il doit donner à son esprit la force de voir réellement ceux que en vérité existe seulement dans son imagination et pas seulement le voir, mais percevoir aussi le poids et toutes les autres qualités tactiles. De façon que celle que à l'origine était une figure de style (la synesthésie) devient un instrument psychique de mémorisation.
L'artiste de la mémoire est un visionnaire conscient de l'être, mais pour Vico le premiers hommes qui dans l'antiquité se donnaient une pensée à travers le mythe étaient des visionnaires et la pensée de toute l'humanité – et pas seulement à l'aube, mais à jamais – est le fruit d'une énorme illusion originelle; selon Malebranche tous les hommes et les philosophes aussi avant Descartes étaient et en grand partie ils sont restés des visionnaires. Des visionnaires des sens et, de façon variable selon le cas, visionnaires de l'imagination. Ceux qui étude la philosophie cartésienne sait bien comme ca soit possible, mais quelle importance peut avoir pour une analyse comparée avec la rhétorique et surtout avec l'art de la mémoire?
La philosophie cartésienne comme on sait, veux s'opposer au sens commun et tracer une nette ligne de démarcation avec la mentalité du Moyen-âge (qui se posait sur le sens commun) pour laquelle il y avait une sorte de conscience directe avec les êtres ou, au moins, des correspondances entre le images de l'esprit et les qualités des corps. Avec Descartes et Galilée on a compris que nous nous représentons le monde seulement pour telle qu'est notre structure mentale interne, et qu'il n'y aucun lien, objectif et/ou direct, entre la représentation et l'objet représenté: rien que vient dès sens emmène les qualités propres des corps, encore moins de son propre corps. Avec le mot “fantasma” on entendait, en domaine scolastique, l'image “forgée” par la faculté représentative (la “phantasia”) qui en commençant avec les éléments perceptifs ré-construit dans l'esprit humaine le “simulacre” de l'objet extérieur. Cette icône conceptuelle est justement le “phantasma” qui même en n'étant pas matériel conserve encore toutes les qualités sensibles propres de l'objet physique. Selon Saint Thomas la raison abstraie du “phantasma” un concept plus “pure”, la “species intellegibilis” à travers lequel est possible connaître effectivement l'objet. Ce procès (qui pour les aristotéliciens est “réel” dans le sens que selon eux avec ces procédures l'esprit arrive à une quelque forme de vérité) selon les platoniques a toujours été la vie principale pour tomber en erreur. Pour ceux penseurs aussi l'esprit humaine abstraie les concepts dès les représentations si comme c'est décrit par les aristotéliciens, seulement qu'ils estiment cette opération mental dénué de tout valable fondement.
Dans la tradition néoplatonicienne la fantaisie est strictement liée à tromperie des sens, à l'erreur cognitif et au péché au champ moral. Les cartésiens et Vico, comme on sait, s'inspirent à cette courante de pensée. Selon Descartes l'être pensante a à faire seulement avec les idées de son esprit; il a seulement une représentation des corps ( de tous les corps, y compris le sien), les sensations mêmes sont seulement des représentations mentales d'une réalité ( le corps) qui la transcende; en effet, il affirme Descartes, il n'y a aucune transvasement de la réalité dans notre sensibilité, la sensibilité est une affection de l'âme et pas du corps. La philosophie de l'école cartésienne est bien consciente de le problème de la philosophie moderne qui en résulte: le solipsisme.
Le fait que tout le monde mené soit une interprétation à nous ne signifie pas que nous vivons dans une totale illusion, comme Descartes cherche à démontrer dans “Les Méditations”. Mais il s'agit de quelque chose à démontrer et démontré avec les instruments de la Raison et en suivant les étapes que le système Cartésien propose: qui n'accepte pas les principes et les préceptes (et personne, faites exclusion de Saint Augustin – soutien Malebranche – l’a fait avant) vive dans une bulle d'illusions, convaincue que ceux qu'il perçoit soit vraiment là et qu'il soit comme il le perçoit. Donc l'homme dominé par le sens commune est un solipsiste ignorant, c'est-à-dire ignorant que le monde qu'il perçoit dans chaque des ses aspects et dans toute sa complexité n'est autre que le fruit de sa propre imagination, c'est la fable que la sensibilité et l'imagination racontent à la conscience. C'est dans ce contexte qui, selon moi, doit être insérée la nette distinction faite même par Malebranche entre subjectivisme rationnel et solipsisme à travers l'opposition «esprit chrétien - esprit païen».


Portrait de René Descartes
Frans Hals 

L'esprit chrétien, analysée à la lumière de la purification philosophique menée par Saint Augustin et Descartes, endosse une prospective subjectiviste, c'est-à-dire il sait que sa vision du monde est la vision d'un seul être sous un particulier point de vue et que ceux qu'il y a de objectif en soi même lui vient de la participation à la Raison universelle. Au contraire l'esprit païen endosse une perspective de solipsisme ignorant, c'est-à-dire il croit que sa vision de la réalité ne soit pas sous un particulier point de vue, mais qui lui soit présenté dans sa forme authentique et directement. L'esprit se crée toutes les images qu'il se représente mais il ne le reconnaît pas comme ses productions, il les interprète au contraire comme “émanations” de la réalité qu'il perçoit dans sa authenticité.
Le rhéteur et l'artiste de la mémoire sont donc des solipsistes conscients, ils parcourent à rebut les procès mentales de l'esprit païen, en exploitant les points de forces parce que, notamment si l'esprit humaine n'aurait dans l'imagination sa force persuasive et mnémonique, il ne se serait pas imposé comme “sens commune”. Dans une formule: là où le païen prend le présent pour réel, le mnemoniste rend le fantastique présent pour le pouvoir pensé comme réel, en le souvenant comme ça avec plus de facilité.
La rhétorique n'est pas perdue mais au contraire elle constitue une clé interprétative de l'esprit humaine (de l'homme devenue esclave du corps): c'est l'esprit humaine même à avoir une propre structure rhétorique et l' aristotélisme dès explication de la réalité devient l'exemple de comme le sens commune sa marche, il devient objet d'études par le psychologique chrétien qui a épuré avec la philosophie cartésienne tous les résidus de paganisme qui restait dans son bagage culturel et dans ses grilles interprétatives.
Vous pouvez également lire la 2ème partie le 28 de Février.
Notes:

[1] Cet article et le suivant sont un résumé du rapport présenté au colloque international The power of imagination in the16th-18th Centuries, 6-8 December 2010, Paris/Versailles.



samedi 6 janvier 2018

Zénon d'Élée / Considérations de Pierre Bayle dans le Dictionnaire historique et Critique / 4ème partie

Un corps ne peut pas être en deux lieux en même temps


Zénon d'Élée

Considérations de Pierre Bayle dans le Dictionnaire historique et Critique. 4ème partie

29 MARS 2016, 
PAOLO FABIANI


En corollaire de la série d'articles sur l'analyse de la pensée de Zénon dans le Dictionnaire historique et Critique de Pierre Bayle que nous allons maintenant à conclure, il y a ici trois schémas explicatifs pour mieux encadrer la question.

Schéma explicatif 1

1) Parménide «l' être est et ne peut pas non être»

Acceptation implicite du principe de non-contradiction.

Comme pour Aristote la substance est l'être nécessaire.
Caractère de la nécessité de l'être en rapport avec:
Le temps et l'éternité (contemporanéité)
Multiplicité et unité
Le devenir et immutabilité (augmenter - diminuer)

2) Renversement dialectique (principe de non-contradiction comme principe méthodologique implicite) de Zénon à la conception de l'être de Parménide comme être nécessaire (c'est-à-dire substance dans le sens aristotélicien).

Négation de la substance comme être nécessaire.

Si l'être est l'être nécessaire, c'est a dire substance, alors celui-ci est éternel, un et immuable, mais comme ça il est nul car ce qui a jouté n'apporte rien et ce qui ôté ne diminue rien n'est rien.
Ce principe sert de fondement au principe suivant.
Négation de la substance comme unité abstraite (Parménide et platoniciens)
…s'il y a un être, il est indivisible, car l'unité ne saurait divisée: or ce qui est indivisible n'est rien puisqu'il ne faut point compter entre les êtres ce qui est de telle nature qu'étant ajouté à un autre il ne produit point d'augmentation: et qu'étant retranché d'autre il ne cause point de diminution; il n'y a donc point un être.

3) Il reste à analyser si la substance n'est pas la matière ou mieux l'étendue. Il y a 3 façons d'aborder l'étendue, elle est composée:

ou d'atomes (substances simples indivisibles). Réfutation de l'atomisme à travers un sujet cartésien «si les atomes existaient ils devraient nécessairement être étendues, dans ce cas nous pourrions toujours le diviser en pensée en deux ou plusieurs parties plus petites et les reconnaitre comme divisibles»;

ou par des points mathématiques (objets priées d'étendues) Réfutation à travers le sens commun: si la matière était composée de points non étendus on ne comprendrait pas comment tant de riens arrivent à faire quelque chose;
ou des parties divisibles à l'infini Réfutation à travers les paradoxes de mouvement de Zénon.

Pour comprendre les paradoxes on doit accepter 2 principes dont l'évidence est donnée par le fait que ce sont tous les deux applications du principe de non-contradiction à la physique.

Schéma explicatif 2

Principe nécessaires (selon Bayle) pour comprendre les paradoxes de Zenon:

1° principe: un corps ne peut pas être en deux lieux en même temps;

2° principe: deux parties du temps ne peuvent pas exister ensemble, une doit commencer quand l'autre finit.
Ce principe postule que la division à l'infini du temps non seulement n'est pas réelle mais même envisageable.

Si chaque moment était divisible à l'infini il serait composé de moments infinis intermédiaires. Il y a une idiosyncrasie interne à la théorie de la division à l'infini de la matière: tandis que la division à l'infini de l'espace est possible comme hypothèse, la division à l'infini du temps n'est même pas envisageable.

Schéma explicatif 3

Des objections ultérieures au concept de substance que Zenon n'a pas fait mais qu'il, selon Bayle, aurait pu faire:
Il n'y a point d'étendue, donc il n'y a point de mouvement

(la conséquence est bonne, la difficulté n'est donc qu'à prouver qu'il n'y a point d'entendue).

Syllogisme disjonctif

Le continu est composé ou de points mathématiques, ou de points physiques, ou de parties divisibles a l'infini: or il n'est composé ni de…, ni de…, donc il est composé de…
Il faudrait abandonner le syllogisme djoncitif et employer ce

Syllogisme hipothetique

Si l'étendue existait elle serait composée ou des points mathématiques, ou des points physiques, ou des parties divisibles a l'infini, donc elle n'existe point.
Forme du dilemme comme

Syllogisme hipotehetique-disjontif

Chaque chose est ou P, ou M, ou N, S n'est pas ni P, ni M, donc S est N.


Zénon d'Élée / Considérations de Pierre Bayle dans le Dictionnaire historique et Critique /3ème partie




Zénon d'Élée

Considérations de Pierre Bayle dans le Dictionnaire historique et Critique. 3ème partie

29 FÉVRIER 2016, 
PAOLO FABIANI

Bayle affirme que jusqu'à maintenant si on a adopté une théorie, ce n'est pas qu'on la comprenne ou qu'on puisse répondre aux objections mais parce qu'on juge que les autres hypothèses sont impossibles. Pour Bayle habituellement ceux qui étudient sur l'étendue, sur l'espace, etc. ne se déterminent à choisir une hypothèse que grâce à ce raisonnement s'il n'y a que trois manières d'expliquer un fait, la vérité de la troisième résulte nécessairement de la fausseté des deux autres.
L'erreur de ces philosophes est qu’ils utilisent un syllogisme disjonctif: «le continu est composé ou des points mathématiques, ou des points physiques, ou des parties divisibles à l'infini; or il n'est composé ni de…, ni de…, donc il est composé de…». Pour Bayle le défaut de ce raisonnement n'est pas dans la forme mais dans la matière. Qu'est-ce qu'il veut dire par défaut dans la matière du raisonnement? Il dit qu'il est suffisant de regarder les arguments dont les parties de l'atomisme, des points mathématiques, des parties divisibles à l'infini se combattent les uns les autres. Chacun de ces trois partis quand il ne fait qu'attaquer vain; mais à son tour il est ruiné quand il se tient sur la défensive. Pour Bayle il faudrait changer de perspective; il faudrait utiliser un syllogisme hypothétique: si l'étendue existait, elle serait composée ou des points mathématiques, ou des points physiques, ou des parties divisibles à l'infini. Or elle n'est composée ni des points mathématiques, ni des points physiques, ni des parties divisibles à l'infini. Donc elle n'existe point.
Or quelles sont les conclusions que nous pouvons tirer? Selon Bayle il faut faire comme les mathématiciens pour lesquels une longueur et une largeur sans profondeur sont des choses qui ne peuvent exister en dehors de notre âme. Nous pouvons en dire autant des trois dimensions. Elles ne sauraient trouver de place que dans notre esprit; elles ne peuvent exister qu'idéalement. Notre esprit, dit-il, est un certain fond où cent, mille objets de différentes couleurs, et de différentes figures et de différentes situations se réunissent. En outre si l'étendue est seulement idéale aussi le contact des parties de la matière n'est qu'idéal; c'est dans notre esprit que peuvent se réunir les extrémités de plusieurs corps.
Voici la conclusion de Bayle: les nouveaux philosophes, quoiqu'ils ne soient pas sceptiques ont si bien compris les fondements de l'"Épochè" par rapport aux sons, aux odeurs, au froid et à la chaleur, à la dureté et à la mollesse, à la pesanteur et à la légèreté, aux saveurs et aux couleurs etc. qu'ils enseignent que toutes ces qualités sont des perceptions de notre âme et qu'elles n'existent point dans les objets de nos sens. Pourquoi ne pas dire la même chose de l'étendue?
Or, sur le problème de la substance certains philosophes (contemporains de Bayle) ont assumé cette même conclusion bien qu'ayant des positions théoriques très différentes; y est suffisant de rappeler Locke d'un côté et Malebranche de l'autre ou encore Berkeley, etc. Tous ensemble ils représentent un point de passage très important dans les transformations que les concepts de substance et d'espace ont eues dans la philosophie moderne. Pour Kant, c'est clair, la substance et l'espace ont encore leur nécessité, mais celle-ci est seulement la possibilité de constituer les objets dans l'expérience. La substance est donc un concept pur de l'intellect, une catégorie; l'espace, au contraire, est une forme pure de la sensibilité, la forme du sens externe.
Ce qui rend particulièrement intéressant cet article c'est le fait que Bayle arrive à une négation de la substance non pas en affirmant directement que la substance n'existe pas, mais en montrant la non-validité de toutes les théories qui veulent démontrer l'existence et la nature de la substance. Il arrive à ce résultat en utilisant comme principe méthodologique un principe universellement reconnu comme valable, c'est-a-dire le principe de non-contradiction. Bayle démontre que la raison entre en conflit avec elle-même en vertu de ses propres procédés, elle produit paradoxes, dilemmes, antinomies. Ce n'est pas par hasard que dans cet article nous pouvons retrouver tous les éléments constitutifs de ce que sera la critique de l'idée du monde chez Kant, c'est-à-dire la théorie des antinomies, comme ce n'est pas non plus par hasard que dans la logique de Kant on retrouve la même formulation et critique de Bayle du syllogisme disjonctif comme forme du dilemme.
C'est Kant qui le premier introduisit dans le langage philosophique le mot antinomie qu'il appliqua au système de deux propositions contradictoires affirmées à égal titre par la raison. Les antinomies sont en rapport avec l'idée cosmologique, mais qu'est-ce que veut dire idée cosmologique? C'est la conception de la totalité des phénomènes. Cet ensemble, cette totalité de phénomènes peut être envisagées sous quatre faces différentes, parce qu'il y a quatre séries de conditions dans les phénomènes correspondant aux quatre classes de catégories. Maintenant nous envisageons deux premières antinomies kantiennes, celles que mieux que les autres nous pouvons mettre en relation avec l'article sur Zénon d'Élée de P. Bayle c'est-à-dire la question du temps et de l'espace que nous donne la première, la division de la matière nous donne la seconde. Par conséquent les deux problèmes cosmologiques que se posent à l'esprit sont: 1) Le monde a-t-il un commencement dans le temps et des bornes dans l'espace? 2) Toute substance composée l'est-elle de parties simples? Donc, autant de problèmes cosmologiques, autant de couples de solutions contradictoires; c'est-à-dire d'antinomies dans le langage kantien ou paradoxe dans le langage philosophique précédent et de Bayle aussi.
Les deux solutions contradictoires de chaque problème cosmologique (les deux membres d'une antinomie) s'appellent l'une la thèse, l'autre antithèse. Kant s'efforce de montrer que la raison s'accommode aussi bien de l'une que de l'autre, qu'elles s'appuient sur des arguments de même force, qu’elles peuvent également se soutenir. On peut soutenir, par exemple, que le monde a un commencement dans le temps et des limites dans l'espace, mais on peut soutenir aussi qu'il n'a pas commencé, et qu'il n'a pas de bornes. «Ainsi» dit Kant «ces affirmations sophistiquées ouvrent une arène dialectique où chaque partie a le dessus lorsqu’il est permis de prendre l'offensive, et le dessous quand elle est obligée de se défendre.»
On voit très clairement que c'est la même opinion de Bayle dans l'article Zénon d'Élée. Kant continue comme ça: «Des champions vigoureux, qu'ils soutiennent la bonne ou mauvaise cause sont sûrs de recevoir la couronne triomphale, pourvu qu'ils se donnent l'avantage de la dernière attaque et qu’ils se soient pas forcés de recevoir un nouvel assaut de leurs adversaires. Cette arène a été souvent foulée jusqu'ici; bien des victoires ont été remportées d’une part et de l'autre; mais aussi lorsqu’il s'agissait de la dernière lutte, de celle qui devait décider l'affaire, on avait toujours soin de statuer, que pour laisser le champion de la bonne cause seul maitre du champ de bataille, désormais son rival ne reprendrait plus les armes.»
Voici donc la première antinomie:

Thèse: le monde a un commencement dans le temps et des bornes dans l'espace (la prouve s'obtiens à partir de la contradiction de l'idée d'une série infinie, et cependant donnée, c'est-à-dire quant au temps écoulé; et quant a l'espace nombrable).

Antithèse: le monde n'a ni commencement ni bornes; il est infini quant au temps et à l'espace (la prouve se tire de l'impossibilité d'un temps vide et d'un espace vide enveloppant le temps et l'espace finis du monde).

Seconde antinomie:

Thèse: toute substance composée l'est de parties simples; il n'y a rien dans l'univers qui ne soit simple ou composé du simple (car l'idée du composé implique l'idée du simple et disparaît avec l'idée du simple si l'on dit qu'il n'y a pas de substance simple, il faut dire qu'il n'y a pas de substance).

Antithèse: aucune chose composée ne l'est de parties simples, et nulle part il n'existe rien de simple. Car il y a un rapport constant entre la composition des substances et celle de l'espace qui renferme les substances.

Or l'espace se divise indéfiniment c'est-à-dire sans jamais conduire à des parties simples; donc tout ce qui occupe un espace est divisible et composé comme cet espace. En outre le simple ne saurait être l'objet d'une intuition; donc la substance simple n'est qu'une idée à laquelle rien ne correspond dans le monde sensible. Telles sont donc les deux premières antinomies de Kant. Après s'être plu à nous montrer la division de la raison contre elle-même, division qui réduit à l'impuissance les efforts de l'esprit humain, en faisant évanouir ses espérances, Kant, mais avec Kant nous pouvons maintenant ajouter Bayle, se demande quelle est l'origine de cette lutte d'assertions contradictoires.
Il croit voir une illusion dans la position même des problèmes cosmologiques, en réalité, dit-il, les uns attaquent et les autres défendent des fantômes. La dispute n'a pas d'objet: une certaine apparence transcendantale figure une réalité où il n'y en a aucune. Comme le monde n'existe point du tout en soi, il ne saurait exister ni comme un tout infini en soi, ni comme un tout fini en soi. L'idée cosmologique de la totalité absolue ne vaut que comme une condition des choses en elles-mêmes, et ne saurait s'appliquer à des phénomènes qui n'existent "absolument" que dans la représentation.
Ce qui manque à Bayle, évidemment, c'est la prospective transcendantale, malgré cela il faut dire que l'article Zénon d' Élée présente des affinités substantielles avec la théorie kantienne des antinomies, comme entre autres Cassirer l'a affirmé dans son histoire de la philosophie.
WSI



vendredi 5 janvier 2018

Zénon d'Élée / Considérations de Pierre Bayle dans le Dictionnaire historique et Critique / 2ème partie

Pierre Bayle

Zénon d'Élée

Considérations de Pierre Bayle dans le Dictionnaire historique et Critique. 2ème partie

29 JANVIER 2016, 

Dans l'article précédent Zénon d'Élée - Considérations de Pierre Bayle dans le Dictionnaire historique et Critique. 1ère partie on est venu à la thèse selon laquelle si la matière est divisible à l'infini le mouvement n'est pas possible. Bayle poursuit son exposé de la pensée de Zénon à travers l'explication de trois paradoxes, qui nous allons à montrer.
1ère Paradoxe: si une flèche qui tend vers un certain lieu se bougeait elle serait ensemble en repos et en mouvement. Or cela est contradictoire, donc elle ne se bouge pas. Pour comprendre ce raisonnement on doit réfléchir sur le fait qu'à chaque moment la flèche est dans un espace qui lui est égal. Elle y est donc en repos; car on n'est point dans un espace d'où on sort: il n'y a donc point de moment où elle se meuve; et si elle se mouvait dans quelques moments, elle serait tout ensemble en repos et en mouvement. Or une fois établi que le temps présent est indivisible, il sera impossible de trouver l'instant où la flèche sort de sa place, s'il y avait un instant dans lequel elle se meuve elle serait en même temps dans cette place et elle n'y serait pas. Mais ceci est contradictoire.
2ème Paradoxe. S'il y avait du mouvement, il faudrait que le mobile pût passer d'un lieu à un autre, le lieu d'où on part, et le lieu où l'on arrive. Or ces deux extrémités sont séparées par des espaces qui contiennent une infinité de parties, vu que la matière est divisible à l'infini. Il est donc impossible que le mobile parvienne d'une extrémité à l'autre. Le milieu est composé d'une infinité de parties qu'il faut parcourir successivement les unes après les autres, sans que jamais on puisse toucher celle de devant en même temps qu'on touche celle qui est en deçà: de sorte que pour parcourir un pied de matière il faudrait un temps infini, car les espaces qu'il faut parcourir successivement entre ces deux bornes étant infinis en nombre, il est clair qu'on ne peut les parcourir que dans une infinité de moments.
3ème Paradoxe. C'est l'argument qu'on nommait "Achille", il a le même fondement du second. Il tendait à démontrer que le mobile le plus rapide poursuivant le mobile le plus lent, ne pourrait jamais l'atteindre. Tous les deux, de toute façon, veulent démontrer qu'il n'est pas possible de passer d'un lieu à l'autre. Supposons une tortue à vingt pas devant Achille et limitons la vitesse de ce héros à la proportion d'un à vingt. Pendant qu'il fera vingt pas la tortue en fera un: elle sera donc plus avancée que lui. Pendant qu'il fera le vingt-et-unième pas elle gagnera la vingtième partie de vingt-deux, et pendant qu'il gagnera cette vingtième partie elle parcourra la vingtième partie de vingt-et-unième partie et ainsi de suite. En vérité, toute distance divise deux corps, quelque petite qu'elle puisse être elle aura toujours une infinité d'espaces intermédiaires.
Dans le prochain article, le 29 Février, nous montrons que Bayle tire des conclusions à partir de laquelle il est possible de préfigurer la théorie kantienne des antinomies dans l’analyse de paradoxes de Zénon.

WSI