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jeudi 10 septembre 2020

«Mulan» ou la Chine selon Disney

Liu Yifei dans le rôle de Mulan.

«Mulan» ou la Chine selon Disney

L’héroïne chinoise s’échappe du dessin animé pour revenir en chair et en os et plus féministe que jamais dans un film pompant sans grâce les films de sabre asiatiques. Ce coûteux blockbuster est à voir… sur petit écran!

Antoine Duplant
Publié dimanche 6 septembre 2020 à 17:55
Modifié lundi 7 septembre 2020 à 08:39

Ayant exploité le fonds des contes et légendes de la vieille Europe, Disney s’inspira d’un poème chinois pour créer Mulan en 1998. Ce dessin animé devait lui ouvrir les portes de l’Empire du Milieu où il avait implanté 300 Mickey Centers. Hélas! Le film a eu du mal à décrocher son visa d’exploitation, Pékin n’ayant guère apprécié Kundun, le biopic du dalaï-lama que Disney avait eu l’impudence de produire.


Depuis quelques années, Disney traduit en prises de vues réelles ses classiques de l’animation. Voici le tour de Mulan. L’enjeu est énorme, car c’est la Chine entière que Mickey a pour cible commerciale. Pour parer aux accusations de whitewashing qui n’ont pas manqué de fuser avant même le premier tour de manivelle, la compagnie souligne que le casting est 100% chinois. Bon, tout le monde parle anglais et la réalisatrice, Niki Caro (La Femme du gardien de zoo), vient de Nouvelle-Zélande, mais on ne va pas chipoter.
L’intrigue de ce Mulan photo-réaliste reste la même: pour contrer l’invasion des Huns, l’empereur de Chine décrète la mobilisation d’un homme par famille. Or Hua Zhou n’a que deux filles. En dépit de son âge, il s’apprête à rejoindre les rangs de l’armée impériale. La fougueuse Hua Mulan (Liu Yifei, peu charismatique à l’écran et soutenant la répression à Hongkong), son aînée, lui vole ses armes et, travestie en homme, rejoint la troupe. Si la supercherie est découverte, elle risque la mort. Ayant gagné la guerre à elle seule, bouté les Huns hors de Chine et sauvé la vie de l’empereur, elle finit pardonnée et ennoblie. Mais pas mariée…

Cheveux au vent

Mulan n’est pas une princesse, mais Disney reconduit avec ce produit le schéma de tous ses films de princesse – avec une plus-value féministe bien dans l’air du temps. La petite Mulan est un garçon manqué doublé d’un brise-fer. Devenue grande et rétive à l’idée du mariage, elle s’enrôle sous une identité masculine et se fond dans une ambiance de saine camaraderie relevée d’un rien de grivoiserie (comment échapper à la douche?). Suivant un rude entraînement façon GI Jane, elle dépasse en force, adresse et vaillance tous les bidasses.
En déclenchant une avalanche, la Wonder Woman de l’Empire céleste remporte une bataille décisive. Alors elle laisse flotter ses cheveux au vent (contrairement au dessin animé, elle ne les a pas coupés, juste comprimés sous le casque) et, galopant au ralenti, elle comprend que puissance et féminité peuvent aller de pair. Elle affronte son double d’ombre, la sorcière Xian Lang (Gong Li). Cette incarnation vengeresse de l’exclusion des femmes renonce au côté obscur et se sacrifie pour que le bien triomphe.
Le charme du premier Mulan résidait dans la rencontre de l’animation occidentale et de l’art chinois. Située dans une Chine pittoresque à la géographie incertaine, ne dédaignant pas le kitsch (grotesque phénix au plumage de pixels), la nouvelle version copie tous les plans des films de sabre asiatiques. Chaque scène proclame sa splendeur et sa virtuosité. Mais aucune n’arrive à rivaliser avec la magnificence et les folles chorégraphies de Tigre et DragonLe Secret des poignards volants ou The Assassin.

Mushu évincé

On déplore l’éviction de Mushu, le petit dragon volubile qui sert de confident à Mulan dans le dessin animé. Officiellement, l’amusante bestiole a été sacrifiée sur l’autel du «réalisme» – concept hautement flou en l’occurrence… Par ailleurs, très populaire en Occident, le dragonnet serait détesté par les Chinois, qui le perçoivent comme une «trivialisation» de leur culture. Enfin, les droits de Mushu seraient détenus par Jeffrey Katzenberg, l’ex-CEO de Disney.

Ce grand spectacle budgété à quelque 200 millions de dollars aurait dû sortir le printemps dernier. La pandémie a bousculé le planning. Longtemps annoncé comme le blockbuster estival susceptible, aux côtés du Tenet de Christopher Nolan, de ramener les spectateurs au cinéma, Mulan sort finalement sur Disney+. Et au cinéma en Chine le 11 septembre.

Mulan, de Niki Caro (Etats-Unis, 2020), avec Liu Yifei, Gong Li, Donnie Yen, Jet Li, 1h55.

En pratique: le film est accessible depuis vendredi sur Disney+ moyennant 29 francs en plus de l'abonnement.
Il sera mis en ligne en Belgique le 15 septembre, et en France le 4 décembre. Dans ces deux pays, sans surcoût.

vendredi 26 décembre 2014

Le remake de Jules Verne par Disney tombe à l'eau

La version 3D de <i>Vingt Mille Lieues sous les mers</i>, produite par les studios Disney, ne verra pas le jour.

Le remake de Jules Verne par Disney tombe à l'eau


Par Margaret Alwan
Mis à jour le 23/07/2013 à 23:28
Publié le 23/07/2013 à 16:57

L'adaptation du roman Vingt Mille Lieues sous les mers, sous la direction de David Fincher, n'aura finalement pas lieu. En cause, un budget trop coûteux pour la maison de Mickey, qui peine à se remettre de l'échec cuisant de Lone Ranger.


Le projet ambitieux faisait rêver. Il ne verra malheureusement pas le jour. L'adaptation du célèbre roman de Jules VerneVingt Mille Lieues sous les mers, produit par les studios Disney et réalisé par David Fincher, n'aura pas lieu. D'après le blog The Playlist du site américain Indiewire, le remake en 3D du film de Richard Fleischer (en salles en 1954), également produit par la maison de Mickey, ne pourra pas se faire en raison d'un budget trop conséquent, évalué à 200 millions de dollars. Un coût d'autant plus onéreux que les studios Disney se remettent tout juste de l'échec retentissant de Lone Ranger, le western du réalisateur à l'origine de la saga Pirates des Caraïbes, Gore Verbinski.
Le long-métrage, qui raconte les aventures du justicier légendaire John Reid (Armie Hammer) et de son acolyte, le guerrier indien Tonto (Johnny Depp), a non seulement été mal accueilli par la critique anglo-saxonne mais a surtout récoltédes résultats catastrophiques au box-office américain. Au premier jour de sa sortie outre-Atlantique, le film, dont la sortie française est prévue pour le 7 août prochain, a totalisé 10 millions de dollars de recettes pour un budget de 250 millions. Des problèmes rencontrés en production parmi lesquels un tournage interrompu en août 2011 et une coupe budgétaire importante (avec une baisse de 20% des salaires), laissaient déjà entrevoir au producteur Jerry Bruckheimer cette fâcheuse performance.
Dans la même lignée, les mauvais résultats de l'autre superproduction John Carter, réalisée par Andrew Stanton,avaient engendré des pertes d'environ 200 millions de dollars sur le deuxième trimestre fiscal, clos au 31 mars 2012. Face à ces deux gros flops aux lourdes conséquences, les studios Disney ne veulent pas prendre le risque de s'engager sur un projet d'une telle ampleur.

Adieu Channing Tatum, bonjour Ben Affleck

Les spectateurs avaient pourtant l'espoir de voir l'adaptation de Vingt Mille Lieues sous les mers se réaliser en apprenant au mois de février dernier qu'une aide financière de 12 millions de dollars venant du gouvernement australien serait apportée à David Fincher, et que l'acteur abordableChanning Tatum remplacerait le coûteux Brad Pitt dans la peau du capitaine Nemo.
Le cinéaste prisé, à l'emploi du temps chargé, a de nombreux projets pour se consoler. David Fincher tournera cet automne Gone Girl, l'adaptation du polar à succès de Gillian Flynn, paru en France en août 2012 sous le titre Les Apparences. Un roman certes moins spectaculaire que celui de Jules Verne mais tout aussi prometteur, en témoigne le casting faisant figurer Ben Affleck dans le rôle principal. Andrew Kevin Walker, initialement choisi comme scénariste de Vingt Mille Lieuessous les mers, travaille avec David Fincher sur la suite de Millenium, d'après le roman de Stieg Larsson La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, avec Daniel Craig toujours de la partie sous les traits du journaliste Blomkvist.
D'après The Playlist, les studios Sony Pictures, qui produisent la suite des aventures de Lisbeth Salander, ne sembleraient pas ravis face au risque que le tournage du polar empiète sur celui du nouveau volet de la saga, qui devrait débuter en janvier 2014. On fait confiance au brillant David Fincher pour que ça ne soit pas le cas.