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mardi 1 août 2017

Nouvelle cuisine / Philip Roth in French translation

 




Nouvelle cuisine: Philip Roth in French translation

par Steven Sampson
1 août 2017

Does the creator of Portnoy retain his pungency when rendered in Racine’s tongue? Has the nouvelle cuisine aesthetic – removing all the cream – colored Roth’s treatment by Parisian editors?  When he comes out in French, is Roth still becoming?     

mercredi 23 décembre 2015

Nouvelles de Katherine Mansfield

Katherine Mansfield

Nouvelles de Katherine Mansfield


Le mercredi 24 novembre 2004 
par Mc BERNICK

Quoi de plus difficile qu’évoquer l’œuvre de Katherine MANSFIELD pour qui n’a jamais lu une seule de ses nouvelles ? ... Car la Néo-Zélandaise qui se disait « si peu anglaise », auteur par ailleurs d’un étonnant « Journal » où elle dissèque son besoin d’écrire, d’une correspondance passionnante et de fort beaux poèmes est avant tout LA Grande Dame de la Nouvelle.

Elle vit le jour à Wellington, en 1888. Sa famille paternelle, les BEAUCHAMP, avait probablement des origines françaises mais c’est à sa grand-mère, la référence principale de son enfance, que Katherine empruntera son nom de plume. Enfant atypique, adolescente boulotte, elle rentre très vite en guerre contre les idées toutes faites et bien-pensantes. L’idole qu’elle se choisit à l’époque n’est-elle pas le symbole par excellence de l’Anti-Conformisme ? C’est en effet à Oscar WILDE, ciseleur de pièces théâtrales cyniques et auteur d’aphorismes éblouissants, qu’elle dresse son premier autel littéraire. Elle lui empruntera son ironie et la cruauté de façade derrière lesquelles l’Irlandais scandaleux dissimulait cette sensibilité d’écorché vif dont ses « Contes et Nouvelles » et sa « Ballade de la Geôle de Reading » demeurent les plus beaux joyaux.

Seconde idole de Katherine : Anton TCHEKHOV, l’un des pères de la littérature russe moderne, maître jusque là inégalé du « rien » que le génie de l’écriture transforme en le plus vaste des mondes l’espace d’une nouvelle ou d’une pièce. Le « rien » ... Quiconque a lu TCHEKHOV, quiconque a vu évoluer ses personnages sur la scène, sait ce que tout ce mot qui est un néant peut contenir de vie, de tristesse et de joie. Avant PROUST et en oeuvrant dans un domaine auquel l’auteur français ne s’attaquera jamais, l’écrivain et dramaturge russe affronte le problème majeur auquel se heurte l’artiste, quel que soit l’art dont il se réclame : la capture et la préservation du Temps mais aussi sa transmission à la mémoire de l’Autre.

Le coup d’œil implacable, la férocité souriante de WILDE, Katherine MANSFIELD les exerce pleinement dans « Pension Allemande », recueil qui rassemble un maximum de ses toutes premières œuvres. On y voit souvent des Allemands qui frisent la caricature s’ébaubir des étranges façons de l’héroïne, double de Katherine MANSFIELD, déjà en cure à l’époque. Si « La Sœur de la Baronne » se gausse cruellement de leur sens de la hiérarchie et des mauvais tours que peut leur jouer celui-ci, des nouvelles comme « Frau BRECHENMACHER assiste a un mariage » et « Chez LEHMANN » sont singulièrement révélatrices de la condition féminine de l’époque. Avec « Un Jour de Naissance » - qui conte en fait la venue au monde de l’auteur et, exception du recueil, ne se déroule donc pas en Bavière mais à Wellington - ces deux nouvelles instruisent également le lecteur sur les problèmes qu’inspirait à MANSFIELD sa condition de femme. « L’Enfant-Qui-Etait-Fatiguée », adaptation très libre de TCHEKHOV, a quant à elle l’étrange et glaçante résonance d’un fait-divers qui pourrait encore survenir à notre époque sans que les voisins se préoccupent du drame avant qu’il ne se soit produit.

Par la suite, toujours dans la lignée de WILDE, MANSFIELD perfectionnera ses coups de griffes. C’est que l’âge et l’expérience sont impitoyables. Comme est impitoyable le portrait de ses parents qu’elle dresse en 1910 dans « Les Robes Neuves. » Plus nuancé certes, le portrait du Père dans « La Petite Fille », deux ans plus tard. Mais la rancœur est toujours présente. Il faudra attendre le décès du frère de Katherine, Lawrence, en 1915, pour qu’elle se réconcilie plus ou moins avec son enfance et sa famille et décide d’offrir à la mémoire de ce frère avec qui elle a tant partagé un mausolée qui fera date : « Prélude. » Rédigée en 1916, la nouvelle ne sera éditée que deux ans plus tard par la Hogarth Press de Leonard et Virginia WOOLF.

« Prélude » - qui fut unanimement salué par la critique - « Prélude » ne se raconte pas, « Prélude » ne s’analyse pas. « Prélude » est un texte, certes, mais c’est aussi un tableau qui s’anime en vous et dont, par un miracle inexpliqué, vous devenez le plus intime des rouages, un court-métrage où, à l’image de l’héroïne de « La Rose Rouge du Caire », vous entrez de plein pied mais tout en douceur, un ciel depuis longtemps obscurci qui s’éclaire à nouveau et rien que pour vous ... « Prélude » est le Souvenir qui s’est fait Livre et la madeleine de PROUST assaisonnée selon la recette anglo-saxonne de l’Efficacité et de la Concision.

« Sur la Baie » et « La Maison de Poupées » où l’on retrouve les mêmes personnages et la même grâce, intacts, intemporels, ne se racontent pas, eux non plus.

Bien sûr, il y a d’autres nouvelles aussi puissantes, parfois plus comme « Félicité » ou « La Femme de la Cantine » ou encore « Quelque chose d’Enfantin ... » et la très célèbre « Garden-Party » que WILDE aurait encensée tant pour sa justesse du détail que pour son côté impitoyable et presque insoutenable.

Mais c’est dans « Prélude » que MANSFIELD s’affirme comme la digne héritière de TCHEKHOV tout en se démarquant de la « patte » du Maître. « Prélude » signe sa majorité littéraire et c’est par cette nouvelle qu’elle prend rang dans le cercle très fermé des Grands Ecrivains spécialistes du « court », auprès de MAUPASSANT, une autre de ses idoles mais aussi de Somerset MAUGHAM.

La Postérité immédiate a privilégié l’œuvre de Virginia WOOLF - qui, consciemment ou non, s’inspira pourtant de MANSFIELD en maintes occasions, notamment pour « Mrs DALLOWAY » - au détriment de celle de la jeune Néo-Zélandaise. Sans doute la vie agitée de WOOLF, ses amours incestueuses avec son frère, son mariage plus ou moins « blanc » avec Leonard et son amour pour Victoria SACKVILLE-WEST sans oublier ses troubles mentaux et son suicide, les poches pleines de pierres, constituent-ils un bien meilleur terreau pour la légende que le comportement anorexique, les amours plus conventionnelles, et la tuberculose de Katherine MANSFIELD. Mais cette préférence imposée par la mode plus que par l’originalité de l’œuvre de WOOLF constitue un véritable handicap pour le lecteur moyen autant qu’une terrible injustice pour MANSFIELD, écrivain-née, qui douta jusqu’au bout de son talent et ne songea certainement pas un seul instant de sa courte vie qu’elle avait du génie.

Dans son « Journal », elle écrivait en novembre 1921 : « ... [...] Mon plus profond désir, c’est d’être un écrivain, c’est d’avoir fait « une œuvre. » Et le travail est là, les histoires m’attendent, se fatiguent, se flétrissent, se fanent parce que je ne veux pas venir. Moi, j’entends, je reconnais leur présence, et je continue pourtant à rester assise à la fenêtre, jouant avec la pelote de laine. Que faut-il faire ? ... Mon Dieu, rends-moi limpide comme le cristal pour que ta lumière brille à travers moi ! [...] ... »

Divine ou pas, c’est bien une lumière absolument unique qui illumine en tous cas ses nouvelles.


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lundi 9 février 2015

Albert Camus / Jonas ou l'artiste au travail


Albert Camus
JONAS


ou L'ARTISTE AU TRAVAIL



Jetez-moi dans la mer.... car je sais que c'est moi qui attire sur vous cette grande tempête.
JONAS, I, 12.

Gilbert Jonas, artiste peintre, croyait en son étoile. Il ne croyait d'ailleurs qu'en elle, bien qu'il se sentît du respect, et même une sorte d'admiration, devant la religion des autres. Sa propre foi, pourtant, n'était pas sans vertus, puisqu'elle consistait à admettre, de façon obscure, qu'il obtiendrait beaucoup sans jamais rien mériter. Aussi, lorsque, aux environs de sa trente-cinquième année, une dizaine de critiques se disputèrent soudain la gloire d'avoir découvert son talent, il n'en montra point de surprise. Mais sa sérénité, attribuée par certains à la suffisance, s'expliquait très bien, au contraire, par une confiante modestie. Jonas rendait justice à son étoile plutôt qu'à ses mérites.

vendredi 6 février 2015

Albert Camus / La pierre qui pousse



Albert Camus
LA PIERRE

QUI POUSSE
  
La voiture vira lourdement sur la piste de latérite, maintenant boueuse. Les phares découpèrent soudain dans la nuit, d'un côté de la route, puis de l'autre, deux baraques de bois couvertes de tôle. Près de la deuxième, sur la droite, on distinguait dans le léger brouillard, une tour bâtie de poutres grossières. Du sommet de la tour partait un câble métallique, invisible à son point d'attache, mais qui scintillait à mesure qu'il descendait dans la lumière des phares pour disparaître derrière le talus qui coupait la route. La voiture ralentit et s'arrêta à quelques mètres des baraques.
L'homme qui en sortit, à la droite du chauffeur, peina pour s'extirper de la portière. Une fois debout, il vacilla un peu sur son large corps de colosse. Dans la zone d'ombre, près de la voiture, affaissé par la fatigue, planté lourdement sur la terre, il semblait écouter le ralenti du moteur. Puis il marcha dans la direction du [180] talus et entra dans le cône de lumière des phares. Il s'arrêta au sommet de la pente, son dos énorme dessiné sur la nuit. Au bout d'un instant, il se retourna. La face noire du chauffeur luisait au-dessus du tableau de bord et souriait. L'homme fit un signe ; le chauffeur coupa le contact. Aussitôt, un grand silence frais tomba sur la piste et sur la forêt. On entendit alors le bruit des eaux.

lundi 2 février 2015

Albert Camus / L'hôte


Albert Camus
L'HÔTE


 L'instituteur regardait les deux hommes monter vers lui. L'un était à cheval, l'autre à pied. Ils n'avaient pas encore entamé le raidillon abrupt qui menait à l'école, bâtie au flanc d'une colline. Ils peinaient, progressant lentement dans la neige, entre les pierres, sur l'immense étendue du haut plateau désert. De temps en temps, le cheval bronchait visiblement. On ne l'entendait pas encore, mais on voyait le jet de vapeur qui sortait alors de ses naseaux. L'un des hommes, au moins, connaissait le pays. Ils suivaient la piste qui avait pourtant disparu depuis plusieurs jours sous une couche blanche et sale. L'instituteur calcula qu'ils ne seraient pas sur la colline avant une demi-heure. Il faisait froid ; il rentra dans l'école pour chercher un chandail.

samedi 31 janvier 2015

Albert Camus / Le renégat ou un esprit confus


Albert Camus
LE RENÉGAT
OU UN ESPRIT CONFUS

  
« Quelle bouillie, quelle bouillie ! Il faut mettre de l'ordre dans ma tête. Depuis qu'ils m'ont coupé la langue, une autre langue, je ne sais pas, marche sans arrêt dans mon crâne, quelque chose parle, ou quelqu'un, qui se tait soudain et puis tout recommence ô j'entends trop de choses que je ne dis pourtant pas, quelle bouillie, et si j'ouvre la bouche, c'est comme un bruit de cailloux remués. De l'ordre, un ordre, dit la langue, et elle parle d'autre chose en même temps, oui j'ai toujours désiré l'ordre. Du moins, une chose est sûre, j'attends le missionnaire qui doit venir me remplacer. Je suis là sur la piste, à une heure de Taghâsa, caché dans un éboulis de rochers, assis sur le vieux fusil. Le jour se lève sur le désert, il fait encore très froid, tout à l'heure il fera trop chaud, cette terre rend fou et moi, depuis tant d'années que je n'en sais plus le compte... Non, [46] encore un effort ! Le missionnaire doit arriver ce matin, ou ce soir. J'ai entendu dire qu'il viendrait avec un guide, il se peut qu'ils n'aient qu'un seul chameau pour eux deux. J'attendrai, j'attends, le froid, le froid seul me fait trembler. Patiente encore, sale esclave !

mardi 27 janvier 2015

Albert Camus / Les muets


Albert Camus

 On était au plein de l'hiver et cependant une journée radieuse se levait sur la ville déjà active. Au bout de la jetée, la mer et le ciel se confondaient dans un même éclat. Yvars, pourtant, ne les voyait pas. Il roulait lourdement le long des boulevards qui dominent le port. Sur la pédale fixe de la bicyclette, sa jambe infirme reposait, immobile, tandis que l'autre peinait pour vaincre les pavés encore mouillés de l'humidité nocturne. Sans relever la tête, tout menu sur sa selle, il évitait les rails de l'ancien tramway, il se rangeait d'un coup de guidon brusque pour laisser passer les automobiles qui le doublaient et, de temps en temps, il renvoyait du coude, sur ses reins, la musette où Fernande avait placé son déjeuner. Il pensait alors avec amertume au contenu de la musette. Entre les deux tranches de gros pain, au lieu de l'omelette à l'espagnole qu'il aimait, ou du bifteck frit dans l'huile, il avait seulement du fromage.

lundi 26 janvier 2015

Albert Camus / La femme adultère


Albert Camus

Une mouche maigre tournait, depuis un moment, dans l'autocar aux glaces pourtant relevées. Insolite, elle allait et venait sans bruit, d'un vol exténué. Janine la perdit de vue, puis la vit atterrir sur la main immobile de son mari. Il faisait froid. La mouche frissonnait à chaque rafale du vent sableux qui crissait contre les vitres. Dans la lumière rare du matin d'hiver, à grand bruit de tôles et d'essieux, le véhicule roulait, tanguait, avançait à peine. Janine regarda son mari. Des épis de cheveux grisonnants plantés bas sur un front serré, le nez large, la bouche irrégulière, Marcel avait l'air d'un faune boudeur. À chaque défoncement de la chaussée, elle le sentait sursauter contre elle. Puis il laissait retomber son torse pesant sur ses jambes écartées, le regard fixe, inerte de nouveau, et absent. Seules, ses grosses mains imberbes, rendues plus courtes encore par la flanelle grise qui dépassait les manches [14] de chemise et couvrait les poignets, semblaient en action. Elles serraient si fortement une petite valise de toile, placée entre ses genoux, qu’elles ne paraissaient pas sentir la course hésitante de la mouche.
Soudain, on entendit distinctement le vent hurler et la brume minérale qui entourait l’autocar s’épaissit encore. Sur les vitres, le sable s’abattait maintenant par poignées comme s’il était lancé par des mains invisibles. La mouche remua une aile frileuse, fléchit sur ses pattes, et s’envola. L’autocar ralentit et sembla sur le point de stopper. Puis le vent parut se calmer, la brume s’éclaircit un peu et le véhicule reprit de la vitesse. Des trous de lumière s’ouvraient dans le paysage noyé de poussière. Deux ou trois palmiers grêles et blanchis, qui semblaient découpés dans du métal, surgirent dans la vitre pour disparaître l’instant d’après.
-Quel pays ! dit Marcel.