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mercredi 14 juin 2023

L'écrivain américain Cormac McCarthy est mort à l'âge de 89 ans

Cormac McCarthy


L'écrivain américain Cormac McCarthy est mort à l'âge de 89 ans

Par Le Figaro avec AFP

Auteur de douze romans, «le meilleur écrivain américain à ne pas être célèbre» avait remporté le prix Pulitzer en 2006 pour La Route.

Le grand écrivain américain Cormac McCarthy, qui connut le succès sur le tard grâce à ses romans emblématiques tels que De si jolis chevaux ou La Route, est mort mardi à l'âge de 89 ans de causes naturelles, a annoncé son éditeur.

Chroniqueur de l'Amérique des Appalaches et du «Far West» sombre et cruel, McCarthy, dont des romans ont été adaptés par Hollywood (No Country for Old Men) et qui remporta un prestigieux prix Pulitzer, est décédé chez lui à Santa Fe, dans l'État du Nouveau Mexique, selon un communiqué du géant de l'édition Penguin Ramdom House. «Sa mort a été confirmée par son fils, John McCarthy», est-il précisé.


«Le meilleur écrivain américain à ne pas être célèbre»

Cormac McCarthy, un temps décrit comme «le meilleur écrivain américain à ne pas être célèbre», a écrit douze romans qui lui ont valu un cercle d'admirateurs fidèles. Né en 1933 à Providence, il grandit dans le Tennessee, où son père est juriste. Le succès critique de son premier livre Le gardien du verger permet à Cormac McCarthy de vivre de sa plume grâce à des dons d'institutions, comme la fondation Rockefeller. En 1968, il publie L'obscurité du dehors, œuvre qui narre les conséquences d'une relation incestueuse. Son deuxième roman Un enfant de Dieu paraît cinq ans plus tard. L'œuvre va encore plus loin dans l'exploration des ténèbres de l'âme avec son personnage principal meurtrier et nécrophile. En 1979, il sort son troisième romain : Suttree. C'est à cette époque que Cormac McCarthy part vivre à El Paso (Texas, sud), à la frontière mexicaine. Une région qui va profondément marquer son œuvre.

Début du succès et de la période «Far West»

Méridien de sang (1985), premier opus de la «période Far West» de Cormac McCarthy, narre les aventures d'un jeune garçon dans la tourmente des années 1840, au moment où le Texas rejoint les États-Unis. Ce «western apocalyptique», où coulent des rivières de sang, est considéré par certains critiques comme son chef-d’œuvre.

Les années 1990 sont celles de La trilogie des confins, toujours sur fond de Far West: De si jolis chevauxLe grand passage et Des villes dans la plaine. Cormac McCarthy, à propos duquel son premier éditeur disait «nous n'avons jamais vendu un seul de ses livres» (aucun de ses cinq premiers ouvrages n'a dépassé 3.000 exemplaires), voit enfin ses tirages grimper à plus de 200.000 copies. Ce succès tardif est conforté par Hollywood. Ce sera d'abord De si jolis chevaux, porté à l'écran en 2000 avec Matt Damon, puis Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme (No Country for Old Men), des frères Coen, qui décroche quatre Oscars en 2008.

L'année précédente, Cormac McCarthy obtient son bâton de maréchal avec le prestigieux prix Pulitzer accordé à La route (2006), récit d'une errance d'un père et d'un fils dans un pays ravagé par un cataclysme d'origine inconnue. La «papesse» américaine du petit écran Oprah Winfrey sélectionne ce livre parmi les plus importants de l'année et l'œuvre est rapidement adaptée au grand écran. Seize ans après La Route, il fait son retour avec Le Passager (2022) et son préquel Stella Maris publié dans la foulée. Dans ce récit qui se déroule dix ans avant Le Passager, McCarthy prend pour la première fois une femme, schizophrène, pour personnage principal.

Premier à réagir, le géant de la littérature Stephen King s'est incliné sur Twitter devant «peut-être le plus grand romancier américain de (son) temps». Le musicien de rock Jason Isbell s'est demandé également sur Twitter «combien d'entre nous ont été influencés par McCarthy ?Un nombre incommensurable». «Des millions de lecteurs à travers le monde ont embrassé ses personnages, ses thèmes mythiques et les émotions intimes et authentiques qu'il a couchées sur chaque page dans des romans brillants qui resteront à la fois actuels et intemporels pour les générations à venir», a écrit son éditeur pour lui rendre hommage.

Reclus et détaché des contraintes matérielles - il a longtemps vécu dans des motels miteux -, Cormac McCarthy n'a accordé qu'une poignée d'entretiens dans sa vie. Dans sa seule interview télévisée, il expliquait à Oprah Winfrey que s'exposer dans les médias «n'était pas très bon pour l'esprit. Si l'on passe beaucoup de temps à réfléchir comment écrire un livre, il ne faut sans doute pas en parler. Il faut le faire».


LE FIGARO



jeudi 21 mai 2020

Cormac McCarthy / Encore plus noir

The road" ("La carretera") de Cormac McCarthy | JB Rodriguez Aguilar
Cormac McCarthy

Cormac McCarthy, encore plus noir

Dans «La Route», l'écrivain américain retrace l'épopée d'un père et d'un fils dans un monde dévasté.


Cormac McCarthy. La Route. Trad. de François Hirsch. L'Olivier. 245 p.
André Clavel
Samedi 12 Janvier 2008


La Route = The Road: 1 (Points): Amazon.es: McCarthy, Cormac ...Cormac McCarthy est un homme des lointains. Pied à l'étrier, ce taiseux traverse la littérature américaine en solitaire, pour mieux orchestrer l'étourdissant staccato d'une œuvre qui ressemble à un gigantesque sabordage. Et qui met en scène des vagabonds, des baroudeurs aux semelles brûlées par les flammes de l'enfer, des desperados qui ne cessent de cavaler vers l'abîme, le mors aux dents et la rage au cœur. Violentes, sauvages, dépecées par les griffes du néant, les histoires que raconte McCarthy sont celles d'une humanité qui a sombré dans la folie, pour toujours. Dans son pays, l'auteur de la Trilogie des confins fut longtemps boudé par les lecteurs mais lorsqu'il décrocha le National Book Award en 1992 - il avait la soixantaine -, l'Amérique réalisa enfin qu'elle possédait un nouveau Faulkner. Puis l'Europe découvrit à son tour cet ange noir dont la voix pascalienne lance ses imprécations en direction d'un au-delà indifférent, tragiquement silencieux, car il n'y a pas la moindre trace d'espérance - ni de rédemption - dans les romans de McCarthy. Même si, comme le vieux Job, il ne cesse d'apostropher le Ciel pour qu'il répande un peu de lumière sur nos ténèbres.
Il y a un an, sortait en librairie Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, un roman où, pour la première fois, l'ermite d'El Paso se laissait submerger par le tsunami d'un scénario répétitif et caricatural. Avec, dans le rôle principal, un tueur psychopathe qui nous aspergeait d'hémoglobine jusqu'à saturation, façon Terminator. En attendant la version cinématographique de ce livre (voir ci-dessous), voici La Route, le nouveau McCarthy. Magistral. Envoûtant. Et démoniaque. Nous sommes dans une Amérique - mais est-ce bien encore l'Amérique? - où les prédictions bibliques se sont réalisées: l'apocalypse a balayé les hommes et les paysages, brûlant de son napalm les villes, les terres, les routes, les montagnes. Punition divine? Châtiment métaphysique? Cataclysme nucléaire? Pas de réponse. McCarthy n'explique rien - pour éviter de sombrer dans le roman d'anticipation, encore trop rassurant à ses yeux - et se contente de laisser errer sa plume sur des espaces désolés, recouverts de la même cendre grise, des mêmes décombres sinistres - asphalte éventré, maisons saccagées, cités dévastées, cadavres pétrifiés.
Le Mal a gagné. Rien, il n'y a plus rien. Juste cette neige qui tombe en déluge, silencieusement, inlassablement, tandis que deux rescapés sans nom - un homme et son fils - poussent un caddie de supermarché où ils ont entassé quelques vivres et une poignée d'outils. Ils crapahutent vers la mer, franchissent des cols effrayants, dorment sous une bâche «dans des nuits obscures au-delà de l'obscur». Ils ont peur, ils ont froid, ils ont faim. Parfois, gourdins au poing, visages grotesques, des hordes de cannibales se profilent au loin, comme dans Mad Max: ce qui reste d'humanité, dans ce pandémonium, est retourné à la barbarie, à la bestialité la plus sordide.
«Dieu n'a jamais parlé», lance le père à son fils, qui ne comprend rien à cette malédiction. La Route, c'est Pompéi sculpté par Beckett, avec une référence discrète au Robinson Crusoé de Daniel Defoe. Mais les deux rescapés, cette fois, ne pourront pas réinventer la civilisation dans ce monde calciné, et leur odyssée se terminera au bord d'un rivage sans horizon, fouetté par les vents sauvages. Reste la folle tendresse d'un père qui s'escrime à préserver une braise d'innocence dans le cœur de son enfant. En le serrant contre lui, pour que la vie ne s'éteigne pas. Laconique, minimaliste, dénuée de tout pathos, cravachée par une rage incendiaire, La Route est une fable sur notre précarité, le récit parfois biblique de la fin de l'humanité. Punie par elle-même, sans doute. Et bientôt recouverte d'un linceul de neige. «Un seul flocon gris qui descendait, lentement tamisé. Il le saisit dans sa main et le regarda expirer là, comme la dernière hostie de la chrétienté.»


dimanche 17 mai 2020

Grands films de fin du monde (5/5): Jusqu’au bout de «La Route»


La Route = The Road: 1 (Points): Amazon.es: McCarthy, Cormac ...


Grands films de fin du monde (5/5): Jusqu’au bout de «La Route»


Le coronavirus propage un parfum de fin des temps. Un thème que le cinéma vénère. John Hillcoat adapte avec honnêteté et une pincée d’édulcorant «La Route», ce roman de Cormac McCarthy qui suit la fuite en avant d’un père et de son fils dans un monde agonisant. Le plus implacable des films apocalyptiques

En 1963, terrifié par la crise des missiles, le jeune Bob Dylan écrit A Hard Rain’s A-Gonna Fall. Au gré de cette longue apostrophe à un enfant égaré dans un monde ravagé, il évoque des forêts profondes où «noir est la couleur et rien le nombre». Cormac McCarty semble élever ce vers nihiliste à la grandeur du roman avec La Route (2006), qui décline l'avènement du néant sur 250 pages implacables.
Quelques années après un cataclysme dont l’origine n’est pas spécifiée, un homme et son fils traversent ces étendues cendreuses qu’était l’Amérique. Poussant un caddie, ils cheminent vers la mer - morte, comme tout le reste. La Terre est calcinée. Dans l’hiver nucléaire, il n’y a que deux façons de se nourrir: les boîtes de conserve, qu’on peut encore trouver dans les gravats des supermarchés, et le cannibalisme. Toute rencontre entre survivants s’avère mortellement dangereuse.





John Hillcoat porte à l’écran ce roman anxiogène et désespérant. Une adaptation honnête, avec l’irréprochable Viggo Mortensen dans le rôle du père. Mais le pouvoir de l’image s’avère une nouvelle fois inférieur à celui du verbe. En donnant un visage aux protagonistes, le cinéaste affadit la démonstration. La chronique de l’effondrement s’humanise inévitablement avec les voix et les regards là où les mots de l’écrivain, atteignant une forme d’abstraction, suggèrent «l’accablant contre-spectacle des choses en train ce cesser d’être» ou le littoral couvert d’ossements de poissons et d’oiseaux comme «un seul vaste sépulcre de sel. Insensé. Insensé»...
Il faut aussi regretter un flash-back sur le bon temps, le recours à la musique (fût-elle composée par Nick Cave et Warren Ellis), quelques branches d’arbres reverdissant (le tournage a eu lieu à la fin de l’hiver) et une fin un peu trop happy. Le livre établit que l’homme est un loup pour l’homme, que l'avenir est vain; plus timoré, le film laisse entendre qu’une seconde chance est possible, qu'il subsiste une lueur d'espoir au bout de la route.

La Route (The Road) de John Hillcoat (2009), avec Viggo Mortensen, 1h51

mercredi 6 mai 2015

Cormac McCarthy / La Route / Résumé


La Route 

de Cormac McCarthy 

Résumé


Un événement apocalyptique a frappé le monde. Le roman de Cormac MacCarthy s’ouvre sur un paysage de désolation et la route comme seul horizon. Il y aura la route, le chemin vers cette mer lointaine comme espoir de retrouver une vie non polluée, et les excursions pour trouver équipements et nourriture afin de poursuivre la route. Il y a un homme et un jeune garçon. Bien qu’ils souffrent de l'exposition au froid et du manque de nourriture, ils ne rencontrent pas trop de danger. Ils poursuivent leur route et le lecteur découvre leur monde. Mais ils vont être confronté à un groupe de survivants qui se sont constitué en horde barbare pour survivre : ils tuent, pillent, violent, mangent tous ceux qu’ils rencontre… L'homme et l’enfant, pris en chasse par la horde, essaient de se cacher.  Mais un « barbare » les poursuit et l’homme est obligé de l’abattre. C’est un signe, ils ne doivent plus s’aventurer loin de la route. Plus tard, affamés, ils fouillent de vieilles maisons abandonnées et découvrent, horrifiés, un sous-sol complet de captifs humains détenus comme du bétail. Celui qui vit dans cette maison s’est constitué un garde-manger ! L'homme et l'enfant s’enfuient juste avant de se faire attraper par le gang qui vit dans cette maison.



Puis nos héros ont une période de chance, certes ponctuée de quasi-famine et de maladie, mais au moins ils n'ont plus à craindre les barbares. Au moment où ils sont tous les deux sur le bord de la famine, l'homme trouve un verger et un puits, ils ont de quoi boire, se nourrir et reconstituer leurs réserves, lesquelles s’épuisent malheureusement vite. Ils vont alors  découvrir un abri plein de marchandises et de conserves. Ils passent quelques jours ici manger et à se reposer. Puis ils quittent le refuge. La nourriture dure pendant un certain temps jusqu'à ce que, une fois de plus, ils soient affamés. L'homme devient vraiment malade et fiévreux. Le garçon aperçoit une maison au loin - une autre grande découverte. Ils y restent un peu et puis s'en vont. Tout au long de leur périple, l’homme et l’enfant ont voyagé au sud et à l'est. L'homme pense qu’ils seront sauvés s’ils peuvent atteindre la côté, trouver un lieu plus sûr et plus chaud. Ce n'est pas un mince exploit, car ils doivent traverser les montagnes. Quand ils arrivent sur la côte, c'est une immense déception : tout semble aussi pollué et détruit qu’ailleurs… Mais l'homme aperçoit un navire naufragé à quelques centaines de mètres. C'est une promesse de nourriture et de choses utiles, comme un pistolet lance-fusées et des batteries. Ils mangent bien pendant un certain temps.

Puis le garçon tombe malade. L'homme reste à son chevet en essayant de le garder en vie. Dès qu’il va mieux, ils reprennent la route, et doivent affronter un voleur qui a tenté de s’emparer de leurs affaires.  La manière dont l’homme a récupéré leurs affaires et dont il traite le voleur, manquant le tuer, effraie l’enfant, qui comprend que la situation peut engendrer le mal. Ils se dirigent vers le sud à travers une ville côtière, et font une mauvaise rencontre : un réfugié qui craint pour sa survie tire une flèche et touche l'homme à la jambe, le blessant sérieusement.



Ils reprennent la route et parcourent des terres désolées. Enfin, dans une forêt de pins, l'homme ne peut pas aller plus loin. Nous ne savons pas s'il meurt de la blessure de flèche ou la maladie respiratoire, il s’alite, et meurt avec le garçon à côté de lui. Il aura passé tout le chemin à tenter de le préparer à vivre dans le monde tel qu’il est devenu. Presque immédiatement, cependant, une autre famille apparaît sur la route, et ils prennent le garçon avec eux. C'est un peu surprenant, parce que nulle part ailleurs dans le roman nos héros ne rencontrent d’autres voyageurs non agressifs. Le roman se termine sur une note d'espoir : peut-être ces petits groupes de personnes humaines peuvent survivre et éventuellement reconstruire un monde vivable.



Prix Pulizer en 2007, La Route de Cormac McCarthy a été publié initialement chez Alfred A. Knopf (NY) en 2006, puis en 2008 en France aux éditions de l'Olivier, dans la traduction de François Hirsch, et enfin en poches dans la collection "Point seuil".

Le roman de  Cormac McCarthy a été adapté au cinéma par John Hillcoat en 2009 avec Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee et, dans des rôles secondaires, Robert Duvall, Charlize Theron et Guy Pearce.

Loïc Di Stefano