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lundi 2 mars 2026

Julia Margaret Cameron / Capturer la beauté

 

Exposition 2023 Julia Margaret Cameron Jeu de paume
« The Astronomer John Frederick William Herschel  » (L’astronome John Frederick William Herschel), Julia Margaret Cameron (1867) © Collection de la Royal Photographic Society au V&A, acquise avec l’aide généreuse du National Lottery Heritage Fund et de l’Art Fund.

Capturer la beauté

Entrer dans l’exposition consacrée à la photographe britannique Julia Margaret Cameron (1815-1879), c’est entrer dans un autre espace temporel. La scénographie minimaliste parvient à développer, sans prétention aucune et avec une grande précision, cette « captation de la beauté ».

lundi 20 octobre 2025

Steve McCurry / Le monde doit savoir ce qui se passe

 

Jaipur, Rajasthan, Inde 1996. (c) Steve McCurry. Exposition « Regards » à l’Hôtel Caumont - Centre d’Art, jusqu’au 23 mars à Aix-en-Provence


Steve McCurry : le monde doit savoir ce qui se passe

Instants saisis, juste avant qu’ils ne disparaissent. Puis dévoilés, pour que l’on n’oublie jamais

9 MARS 2025, 

Le monde doit savoir ce qui se passe. Sinon, qui va raconter l’Histoire ?

Retour sur les « Regards » du grand photographe de l’agence Magnum, superbement mis sous les projecteurs de l’Hôtel Caumont - Centre d’Art, du 8 novembre 2024 au 23 mars 2025, à Aix-en-Provence.

mardi 14 janvier 2025

Décès d’Oliviero Toscani, photographe des controversées campagnes de Benetton

 


Oliviero Toscani devant l’une de ses fameuses imageries, à Milan lors d’une vaste rétrospective, 23 juin 2022. — © IMAGO/Nicola Marfisi / Avalon / IMAGO/Photo News
Oliviero Toscani devant l’une de ses fameuses imageries, à Milan lors d’une vaste rétrospective, 23 juin 2022. — © IMAGO/Nicola Marfisi / Avalon / IMAGO/Photo News


Décès d’Oliviero Toscani, photographe des controversées campagnes de Benetton


Oliviero Toscani a disparu lundi à l’âge de 82 ans. Formé à Zurich, il a révolutionné la communication publicitaire


Le photographe de la lumière, de la couleur, de la créativité, toujours hors des sentiers battus, Oliviero Toscani est décédé lundi à l’âge de 82 ans à l’hôpital de Cecina, en Toscane. Il y avait été admis le 10 janvier après l’aggravation de son état de santé.

«C’est avec une immense tristesse que nous annonçons la nouvelle qu’aujourd’hui, 13 janvier 2025, notre Oliviero bien-aimé a entamé son prochain voyage», un communiqué signé par sa femme Kirsti et ses enfants à l’agence italienne Ansa. Il souffrait d’amylose depuis deux ans, comme il l’avait révélé dans une interview choc au Corriere della Sera le 28 août. Il avait perdu 40 kg en un an et suivait un traitement expérimental.

Oliviero Toscani lors d’une conférence de presse, devant l’une de ses images, à Milan le 23 juin 2022. — © IMAGO/Daniel Dal Zennaro / IMAGO/ZUMA Wire

Oliviero Toscani lors d’une conférence de presse, devant l’une de ses images, à Milan le 23 juin 2022. — © IMAGO/Daniel Dal Zennaro 
Formé à Zurich

Oliviero Toscani doit sa célébrité à ses campagnes pour la maison de mode italienne Benetton, aussi cultes que controversées. A Zurich, il était allé visiter fin septembre l’exposition Photographie et provocation au Musée du design (Museum für Gestaltung) pour l’une de ses dernières apparitions en public. Il avait été formé sur les bords de la Limmat à l’Ecole d’arts appliqués.

Des campagnes devenues cultes

Ses photographies font sensation, bouleversent et indignent: photographe, directeur créatif et rédacteur photo, Oliviero Toscani a écrit l’histoire et révolutionné la communication publicitaire. Il doit sa célébrité à ses campagnes pour la maison de mode italienne Benetton, qui sont tout aussi cultes que controversées.

Ces campagnes, qui ont fait le tour du monde, mettaient notamment en scène une femme noire donnant le sein à un enfant blanc (1989), un homme mourant du sida et une religieuse à cornette embrassant un jeune prêtre (1992), des condamnés à mort aux Etats-Unis (2000), une jeune femme anorexique (2007). Plusieurs de ses campagnes «United Colors of Benetton» ont été interdites en Italie, mais aussi en France.Renouant avec la provocation des origines, le groupe avait encore choqué fin 2011 avec des photomontages montrant les grands de ce monde s’embrassant sur la bouche, dont le pape et un imam. Un calendrier 2012 présenté par Oliviero Toscani à Florence représentait 12 pénis, après celui de 2011 qui était composé du même nombre de pubis féminins.

Oliviero Toscani photographiant des activistes dans le quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem, 8 juin 2010. — © AHMAD GHARABLI / AFP
Oliviero Toscani photographiant des activistes dans le quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem, 8 juin 2010. — © AHMAD GHARABLI / AFP

«Des photos sociopolitiques»

A ce propos, il déclarait au Temps en septembre 2024: «Mon métier n’est pas de faire de belles photos, mais des photos sociopolitiques. J’ai été agressé par ceux qui craignaient de regarder la vérité et de changer leur façon de voir. Mais face à des problèmes aussi évidents que les discriminations ou le sida, on ne peut pas faire de compromis: il faut avoir un point de vue et se battre.»

Après sa formation à Zurich, Toscani s’immerge dans la photographie de rue à New York et rejoint la légendaire Factory d’Andy Warhol. Mais c’est sur le Vieux-Continent qu’il se fait un nom et que la provocation visuelle devient sa marque de fabrique.


LE TEMPS




samedi 24 août 2024

Le mont Fuji de Ohyama Yukio

 

Le mont Fuji de Ohyama Yukio

Ohyama Yukio (photographe)

02/01/2012

Le rêve que l’on voit dans la nuit du 2 janvier après le Jour de l’An est appelé “premier rêve” au Japon et c’est un présage du destin pour cette nouvelle année. Rêver du mont Fuji cette nuit-là est considéré comme le meilleur des augures. Nous vous présentons 22 vues du mont Fuji prises par un photographe qui consacre le meilleur de son travail à la montagne sacrée de l’Archipel.

Le mont Fuji, le plus haut sommet du Japon avec 3776 m d’altitude, est une montagne superbe qui n’a cessé de fasciner les hommes depuis les temps anciens. Le photographe Ohyama Yukio vit face au mont Fuji et saisit depuis près de 40 ans les différents visages de cette montagne hors du commun.

vendredi 23 août 2024

Le mont Fuji, la montagne aux esprits


Le mont Fuji, la montagne aux esprits

Ohyama Yukio (photographe) 

 
Le mont Fuji est une montagne sacrée, origine de la culture spirituelle du Japon. Entrez dans le monde des esprits qui a envoûté le photographe Ohyama Yukio depuis 40 ans

Ohyama Yukio a consacré sa vie à photographier le mont Fuji.

Il se fraye son chemin dans la mer d’arbres, il descend dans le cratère, il s’amuse dans la Grotte du vent.

mardi 20 août 2024

Moriyama Daidô / Un photographe aux yeux de « chien errant »

Daido Moriyama


Moriyama Daidô : un photographe aux yeux de « chien errant »


 

Iizawa Kotaro 

Moriyama Daidô parcourt les rues comme un chien errant en prenant des instantanés qui laissent une forte impression à ceux qui les voient. De concert avec des gens comme Araki Nobuyoshi, il est cité comme l’un des maîtres photographes du Japon contemporain. Pourquoi son œuvre est-elle tenue en si haute estime ?

Depuis les années 1990, les expositions de photographes japonais contemporains sont monnaie courante dans les musées et les galeries d’art du monde entier. Au même titre qu’Araki Nobuyoshi, Moriyama Daidô figure parmi les artistes favoris de ces expositions. Depuis quelques années, Moriyama a fait l’objet d’un bon nombre d’expositions à grande échelle, dont une en duo, donnée en 2012 au Tate Modern de Londres, où il figurait aux côtés de William Klein, et une autre en solo, « Daidô Tokyo », à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, à Paris.

dimanche 18 août 2024

Araki Nobuyoshi / Le regard insatiable d’un photographe fasciné par la vie et la mort

 


Araki Nobuyoshi : le regard insatiable d’un photographe fasciné par la vie et la mort

lizawa Kotero
3 / 03 / 2018

Araki Nobuyoshi est un photographe célèbre non seulement au Japon mais aussi au niveau international, exposant ses œuvres dans les musées et galeries de l’Archipel et du monde entier. Il a de même publié plus de 500 ouvrages consacrés à son travail, ce qui donne la mesure du caractère extrêmement prolifique de son œuvre.

vendredi 19 juillet 2024

10 choses à savoir sur Cindy Sherman

Cindy Sherman, Untitled Film Still #21, 1978
Cindy Sherman, Untitled Film Still #21, 1978


10 choses à savoir sur Cindy Sherman


10 mar 2010

Vous ne la connaissez pas encore ou vous souhaitez la découvrir, voici 10 choses à savoir pour comprendre Cindy Sherman. Née en 1954, elle est aujourd’hui une photographe mondialement connue. Mise en scène et dénonciation des stéréotypes modèlent l’oeuvre de l’artiste. 

lundi 12 juin 2023

Nobuyoshi Araki / Gardien des pulsations de la vie

 © Exposition Araki, musée Guimet

Exposition: Nobuyoshi Araki, gardien des pulsations de la vie

Pour ceux et celles qui n’ont pas vu l’exposition Araki au Musée Guimet, il est possible de regarder et lire le magnifique catalogue de l’exposition que publient les éditions Gallimard en partenariat avec le Musée Guimet. Sous la direction de Jérôme Neutres, il offre une rétrospective des créations marquantes d’Araki de 1965 à 2016 ainsi que de nombreux inédits qu’accompagnent les textes de Tadao Ando, Philippe Forest, Jérôme Ghesquière, Michael Lucken et Sophie Makariou. Une création conçue spécialement pour l’événement au Musée Guimet, « Tokyo Tombeau », ferme le livre.

Araki

La relation d’Araki à son appareil photo s’inscrit sous l’horizon d’une continuation de son corps. Loin d’être un moyen extérieur, il occupe la place d’un troisième œil, voire d’un fragment anatomique partiellement expulsé au dehors. C’est de l’organicité de l’appareil photo, membre supplémentaire d’Araki que vient peut-être l’aspect organique, vivant de ses photographies. Depuis cinquante ans, l’artiste capte sans relâche le réel, traduit le monde dans le langage des images, comme si, sans l’acte d’appuyer sur l’obturateur, le monde risquait de se dissoudre, de perdre sa consistance. L’acte de photographier ne se contente pas d’enregistrer ce qui est, de laisser une trace du passage évanescent des instants. Il fait être ce qu’il découpe, donne une autre existence à ce qu’il capture. Compulsion à vivre et compulsion à photographier ne font qu’un. Il n’est pas de monde qui puisse tenir sans un regard sur le monde.

Dans ses milliers de photographies, ses centaines de livres, dans ses innombrables entretiens, Araki revient sur l’équation photographier, c’est tuer. Mais si la photo cannibalise, dévore, dans une étrange réversibilité des fonctions, elle donne également vie à ce qu’elle capte et à celui qui capte. Dans ses mises en scène du désir, de la chair, de l’érotisme, dans ses vulves ouverts, ses fleurs, ses corps encordés, ses cieux, ses nuages, les portraits de sa femme Yôko, de son chat Chiro, Araki part à la rencontre d’instants, de fragments d’existence au cours desquels le réel se condense, gagne un surcroît d’intensité. Le tout est de conjoindre la saisie du « kairos », de l’instant porteur d’aura et la grâce d’un punctum. S’il a traqué tous les états de la matière, le vaporeux des nuages, l’atmosphérique des visages, le liquide, les sécrétions du sexe, des fleurs, le gluant de la nourriture, le solide des quartiers de Tokyo, des cordes serpentines, c’est dans la foulée d’une passion pour la matière en toutes ses formes, en ses différentes stases d’énergie. Qui dit matière dit vie, épanchement de sève, principe génésique, jaillissement biologique. Se définissant comme un « vieux fou de la photographie », Araki photographie en continu, partout, tout le temps, recouvrant le tissu de l’espace-temps d’une pellicule d’images. Le monde qu’il met en scène est radicalement subjectif, passé dans l’athanor de sa sensibilité, de ses obsessions, de son œil intime. On parlera d’un journal photographique à la fois intime et extime, branché sur le monde.

S’inscrivant dans la tradition de l’art japonais, dans l’art des estampes, l’art érotique des shunga (gravures érotiques de l’époque Edo qui commence en 1603 et se termine en 1868), acteur de la scène underground, de l’avant-garde des années 1960 (années d’explosion créatrice, d’effervescence audacieuse, se libérant des carcans esthétiques, voyant la naissance du butô), Araki a, dès le début de son œuvre, placé son esthétique sous les signes du désir et de la mort. L’empire des sens jouxte le royaume de Thanatos, l’un et l’autre saisis sous l’angle du cérémoniel, du rituel. Son impulsion à photographier aurait été déclenchée à la mort de son père. En matrice, en principe ombilical, se tient Thanatos. Sa photographie vient de la mort, du portrait mortuaire et ne cessera d’apprivoiser les multiples formes d’épuisement, d’agonie, de disparition. Ses images reposent sur une philosophie de l’énergie, de l’intensité, laquelle peut prendre au minimum trois formes : tantôt elle est à son point d’acmé, tantôt elle perdure, persiste sous une guise homéostatique, tantôt elle s’achemine vers le déclin, vers sa fin, selon une courbe entropique qui annonce la reprise d’un autre cycle, d’une régénérescence. Inscrites dans l’art japonais de l’ikebana, outrepassant ce dernier en bousculant ses codes, ses nombreuses séries de fleurs alternent obscénité de pétales aux couleurs éclatantes, débauche de vitalité de fleurs hypersexuées et fleurs flétries, aux portes de la mort. Là où d’Araki, l’on ne retient souvent que ses femmes encordées, son érotisme sulfureux, l’immersion d’Araki au musée Guimet a le mérite de révéler l’ancrage de son travail dans l’art japonais.

La mort compose l’alpha et l’omega de son œuvre aussi proliférante que l’est la vie, exponentielle à l’image de la croissance vitale. Deux pierres fondatrices de ses créations sont liées à son épouse Yôko. La première, la série « Voyage sentimental » en 1970 compose un épithalame, un chant d’amour où la mort semble déjà rôder. La seconde, « Voyage d’hiver » en 1990 compose un thrène bouleversant, un requiem pour sa femme décédée. Depuis la disparition de Yôko, l’artiste photographie chaque jour le ciel en toutes ses variations et recourt souvent à la mise en abyme du portrait de sa femme, lequel portrait semble ventriloquer la composition, l’impulser depuis l’ailleurs. Il aura exploré tous les visages de la mort, la mort dans la vie, la mort comme sortie, la mort des humains, des fleurs, des lieux, des quartiers de Tokyo. Seuls les cieux semblent épargnés par la faucheuse. S’il fait comparaître ce qui n’est plus, ce qui glisse vers l’absence, c’est au sens où la mort ne clôture rien mais s’avère passage, métamorphose, avatar de la vie, traversée du fleuve vers l’ailleurs. Dans un monde flottant, en proie à l’impermanence, ses photographies scintillent comme des ukiyo-e modernes et délivrent des images d’une fugacité prise dans l’éternité. Les bars, les love hotels, les enfants, les quartiers de Tokyo : tout est prétexte, proto-texte à voir. Tout attire comme un aimant l’œil photographique d’Araki, tout fait l’objet d’une possible réaction sous la trace d’une « écriture de la lumière ». Une certaine violence des images, un choc visuel provient des sujets abordés et de la forme frontale dans laquelle ils sont coulés. Araki glisse son œil, son troisième, son millième œil dans les zones interdites, taboues, réprouvées ou réprimées par la société.

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© Exposition Araki, musée Guimet

« Tokyo story », « Erotos », « Sensual flowers », « Tokyo nude », « Tokyo love », « Kinbaku »… Le corps féminin et les fleurs passent l’un dans l’autre, dans la réversibilité de l’obscène et du pur, du souillé et du vénéré. Les noces du sexe et de la mort sont omniprésentes. Grand maître de la photographie érotique, du kinbaku, Araki magnifie des compositions où des femmes encordées, en suspension, s’abandonnent à l’extase ou lévitent en apesanteur. De l’origine judiciaire, punitive des cordes, de l’art martial du ligotage, le kinbaku conserve le soufre de la transgression, la jouissance à violer la loi, à obtenir le plaisir par la douleur, par l’offrande. La Loi est toujours perdante. Preuve en est la façon dont le hojojutsu, à savoir les pratiques ancestrales de punition, d’encordage, de tortures imposées aux délinquants devient érotogène à la fin de l’ère Edo. La discipline judiciaire des cordes devient un art érotique alliant déferlement de jouissances et cérémonial esthétique, quête du plaisir et stylisation. Dans le passage du châtiment à l’érotique, ce dernier garde comme piment majeur la dimension expiatoire, infamante du premier, les saveurs troubles et sulfureuses d’un sadomasochisme teinté de spiritualité. Les nœuds proscrits comme inesthétiques font peu à peu leur apparition, une sophistication dans l’architecture des cordages apparaît, une grammaire de base de figures, de motifs et de positions voit le jour.

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© Exposition Araki, musée Guimet

Quand Araki parle de ses photographies de kinbaku dont il est le pionnier et le seigneur incontesté, il le distingue d’une part radicalement du bondage occidental, des créations de John Willlie, d’Eric Stanton et le sépare d’autre part du shibari. Là où le kinbaku magnifie la femme ou l’homme encordé, fait du ligotage le prélude à l’amour, à l’acte sexuel, les maîtres du shibari se focalisent aux yeux d’Araki sur des questions techniques de noeuds, de motifs, évacuant par là la tension érotique, le territoire de la jouissance. La femme encordée est une proie consentante comme le tout du réel est la proie d’un objectif prédateur. Araki établit une équivalence, une dérivation stricte entre photographie et kinbaku : comme les cordes, la photo met en boîte, immobilise, attache, ligote, crucifie ce qu’elle rapte. Elle a dès lors pour origine le kinbaku. Les femmes suspendues à un arbre ou à l’intérieur de maisons, les femmes-lampions humains, les femmes-tables à manger, les femmes-fleurs volantes, les écolières aux membres liés, à la merci de l’objectif, les nymphettes camisolées, à tresses et socquettes blanches, les lolitas qui cherchent leur Humbert Humbert nippon, les envoûtées du kinbaku aux visages impassibles, les geishas antiques, les nouvelles courtisanes, les explosées de l’empire des sens aspirent aux cieux du sexe, lesquels cieux passent par la musique des cordes. « Dans la femme, il y a le ciel et le mer » confiait Araki à Jérôme Sans (dans l’album Araki paru chez Taschen). Dans la femme, il y a ces deux trigrammes pris dans le devenir, en perpétuel processus comme le sont le yin et le yang.

Dans les années 2000, Araki a croisé la photographie et la peinture, épandant de larges bandes de couleur, des aplats, des giclures spermatiques rouges, jaunes, vertes, bleues sur des photographies en noir et blanc, recouvrant parfois entièrement la photo sous un ouragan de teintes. Parfois, c’est la calligraphie à l’encre noire qui redouble les clichés, déstructurant le figé de la composition, apportant une touche de folie destroy à la cérémonie des corps contraints. Un jeu d’intertextualités se met en place par le détournement de textes littéraires, de préceptes bouddhistes. L’harmonie de la construction bascule dans l’excès, dans la violence de l’action painting. Le mariage de la peinture et de la photographie génère un dynamisme qui emporte l’image dans le cinétique.

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© Exposition Araki, musée Guimet

Le Japon ancien croise le Japon moderne, les anciennes divinités shintos réapparaissent sous la forme d’animaux en plastique, de divinités animalières préhistoriques. Les dinosaures sur le ventre d’Araki, à côté des femmes encordées, nues ou en kimono, aux côtés du chat Chiro sont autant de kamis, d’esprits qui peuplent l’image et figurent les doubles miniatures, les démons d’Araki. Les kamis rôdent partout, dans les bordels du monde flottant de la nuit, entre les jambes d’une femme savourant un cunnilingus ichtyen, dans les pistils de fleurs à l’érotisme radioactif, entre les tombes muettes. Fidèle à l’argentique, n’utilisant jamais le numérique, Araki construit depuis quelques années, depuis sa maladie, son propre tombeau, un tombeau qui, loin de n’être qu’individuel, est transpersonnel, collectif. Le tombeau d’Araki se diffuse dans un tombeau tokyoïte et se décline dans la série testamentaire « Tokyo tombeau » qui clôt le livre. Dans ce geste mortuaire, Araki décrit comment il photographie déjà depuis l’au-delà, depuis les cieux, juché dans un espace-temps qui n’appartient déjà plus à l’existence des grands vivants. C’est de sa propre mort qu’il ramène les photographies qui composent « Tokyo tombeau ». Samouraï de l’érotisme, gardien des pulsations de la vie, l’artiste tient depuis cinq décennies le journal de bord du Tokyo diurne, du Tokyo de la nuit, des folles dérives charnelles, de la percée de l’aube. Il offre l’équivalent visuel de La Mer aux arbres morts, des Mille ans de plaisir de Kenji Nakagami avec qui il a collaboré dans le cadre du projet à quatre mains, Contes de Séoul. Sans le regard d’Araki qui a réalisé l’odyssée des instants qui passent, le monde risque de retourner en poussière.

Exposition Araki, musée Guimet, 13 avril-5 septembre 2016

Catalogue de l’exposition : Araki Nobuyoshisous la direction de Jérôme Neutres, avec la collaboration de Tadao Ando, Philippe Forest, Jérôme Ghesquière, Michael Lucken et Sophie Makariouéd. Gallimard/Musée national des arts asiatiques – Guimet, 2016, 304 p., 39 € 90

DIACRITIK