Georgia May Jagger ambassadrice de British Airways.REUTERS/Daniel Munoz
La fille de Jerry Hall et Mick Jagger a inauguré le premier vol British Airways en A380 Londres-Hongkong.
A 16 ans, elle signait son premier contrat, aujourd’hui les marques se l’arrachent. A Londres, une soirée mondaine sans cette jeune rock star de la mode est une « party » ratée. Et même à 9 000 kilomètres de chez elle, la it girl de 21 ans ne passe pas inaperçue. A bord de l’Airbus A380, l’ambassadrice de British Airways a rejoint la plus anglaise des villes chinoises pour l’ouverture de la ligne Londres- Hongkong.
Miss Jagger a pris la pose dans « cette ville qu’elle adore et où elle a déjà hâte de passer davantage de temps ». Son « home sweet home » reste cependant Londres, où elle habite avec sa mère et vit une idylle plutôt sage avec Josh McLellan. Un Britannique de son âge, mannequin et batteur dans le groupe punk-rock de James Jagger, le frère de Georgia.
Elle a les dents du bonheur, le sex-appeal de son père, Mick, et la grâce de sa mère, Jerry. Georgia May Jagger est la nouvelle étoile de la mode, et comme le fut sa mère avant elle, l’égérie du parfum Angel de Thierry Mugler.
Paris Match. Quelles sont les senteurs qui vous rappellent votre enfance ? Georgia May Jagger. Le parfum Angel, bien sûr, que ma mère portait. L’odeur boisée du santal et l’émanation de la pluie : en Angleterre, il pleut beaucoup et je me souviens d’être allée à l’école trempée. L’odeur de la typique “shepherd’s pie”, mon plat préféré. Si je devais créer un parfum, il sentirait probablement comme cette tourte que j’adorais !
Vous êtes anglaise par votre père, américaine par votre mère. Trouvez-vous une différence entre les parfums britanniques et ceux des Etats-Unis ? Non, mais ma mère a toujours été obsédée par les parfums français, comme beaucoup d’Américaines qui veulent être un peu parisiennes. Je ne crois pas que mon père en portait, je ne m’en souviens pas en tout cas…
Comment avez-vous réagi quand on vous a proposé de devenir le visage du parfum Angel ? Je l’ai tout de suite annoncé à ma mère, Jerry Hall, qui en avait été la première égérie. Cette fragrance a fait partie de mon enfance, ma mère avait sur sa coiffeuse tous les flacons Angel et je regardais les défilés de Mugler. Quand j’ai commencé à être modèle, je trouvais les défilés ennuyeux, je me souvenais avec nostalgie des shows exubérants des années 1990.
Pourquoi avoir arrêté vos études ? J’ai étudié à l’université tout en commençant le métier. J’ai pris des cours du soir à New York en peinture, dessin et photographie. J’en aimais l’ambiance car les autres élèves, comme moi, étaient déjà dans la vie professionnelle. De retour à Londres, j’ai suivi un cursus de photographie. Je travaillais comme mannequin le week-end. Etudier la photo en étant photographiée par des professionnels m’a donné envie d’apprendre sur le tas, au fil des séances de mode. D’autant que le mannequinat, ça ne dure jamais longtemps, alors j’ai pensé qu’il fallait en profiter.
Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ? Au départ, je ne souhaitais pas y mettre le pied parce que tout le monde dans ma famille y a goûté. Je voulais me rebeller contre ce chemin tracé. Mais à force d’entendre des propositions de contrats et de belles campagnes, je me suis laissé convaincre. Ça me rendait nerveuse au début d’être au centre de l’attention. J’aime voyager, comprendre l’aspect créatif de la mode. Ce sont les points positifs.
Quels sont les côtés négatifs ? On ne dort pas assez, on est souvent seule. Le fait que je sois plus petite que la moyenne des tops est un problème : je ne peux pas défiler dans la plupart des shows.
Vous avez déclaré ne pas vous soucier que les gens vous prennent en photo dans la rue. Maintenant que vous êtes davantage connue, est-ce toujours votre avis ? Peu de gens me reconnaissent. Sauf parfois de très jeunes filles et je suis heureuse de poser pour elles. Quand j’ai fait mes premières couvertures de magazines, je n’osais plus rentrer chez les marchands de journaux de peur que l’on me reconnaisse, j’envoyais mes amis acheter “Vogue” pour moi !
Vous êtes pourtant très présente sur Instagram, avec plus de 500 000 abonnés. Est-ce une obligation professionnelle ? J’ai été obligée de m’y inscrire car quelqu’un se faisait passer pour moi. Je me suis prise au jeu. J’aime la photo, Instagram m’amuse. C’est aussi une partie de mon travail, je ne poste pas de clichés privés.
Pensez-vous que le nombre d’abonnés est un signe aujourd’hui de réussite ? Cela indique une certaine popularité, mais beaucoup de mannequins très célèbres ne sont pas sur ces réseaux, comme ma mère. Elle, elle oublie comment on envoie un mail et lui apprendre à utiliser iTunes a été une de nos plus longues conversations ! Elle continue à envoyer des fax ! Mon père est bien meilleur avec les nouvelles technologies.
Est-ce que cela vous gêne que l’on fasse constamment référence à vos parents ? Non. Je leur dois au moins la moitié de mon succès. Mais si j’étais mauvaise, je ne ferais pas ce métier depuis si longtemps. Je parle beaucoup de l’industrie de la mode avec ma mère, elle en a une vision très intéressante.
Après votre carrière de mannequin, qu’aimeriez-vous faire ? J’aimerais continuer la photographie et la mode, de manière éthique et écologique. Petite, je voulais devenir chercheuse naturaliste et documentariste animalier, comme David Attenborough. Ce serait un rêve.
Jagger Jr, 25 ans et des airs de BB, près de Paris, jeudi 1er juin. Veste en fausse fourrure Volcom et collier prêté par maman.Sébastien Micke / Paris Match
A peine débarque-t-elle de l’Eurostar qu’on est frappé par son extraordinaire ressemblance avec ses deux parents. La moue et la bouche de son père, la silhouette, la blondeur et l’élégance de sa mère.
Paris Match. Est-ce l’exemple de votre mère qui, dès l’enfance, vous a donné l’envie de devenir mannequin ?
Georgia May Jagger. Oh non, pas du tout. Ma sœur aînée, Elizabeth, exerçait elle aussi ce métier. Je me disais que cela en faisait bien assez dans la famille ! J’avais 15 ans lorsque leur agent m’a proposé d’essayer. J’ai accepté, persuadée que l’aventure ne durerait qu’une saison, deux au maximum, d’autant que je mesurais pratiquement 15 centimètres de moins que les autres filles ! Eh bien, depuis dix ans je n’ai jamais arrêté de travailler ! [Rires.] Je faisais sans cesse l’aller-retour entre Londres et New York. Et comme je tenais à poursuivre mes études, je n’avais pas d’autre solution que de faire mes devoirs dans les avions.
Comment des enfants réussissent-ils à grandir normalement, entre deux parents aussi iconiques que les vôtres ?
Ils ont divorcé lorsque j’avais 7 ans. Ma mère nous a emmenés vivre à la campagne, à 40 kilomètres de Londres. Comme nos parents n’avaient fait ni l’un ni l’autre de longues études, ils nous ont toujours poussés à l’école et nous ont élevés d’une façon plutôt stricte. Si nous avons eu la chance d’effectuer très jeunes de magnifiques voyages, comme à Bali ou au Maroc, ils évitaient de nous faire séjourner dans des hôtels trop luxueux. Ils souhaitaient toujours se mêler à la population locale. Pour rien au monde ils n’auraient passé leurs journées au bord de la piscine. Ce qui leur plaisait, c’était de se confronter aux différentes cultures et, surtout, à la vraie vie. Ils voulaient que rien ne nous tombe tout cuit dans la bouche. Comme j’étais dyslexique, j’ai dû travailler deux fois plus que les autres pour réussir mes examens.
En classe, n’avez-vous jamais eu à subir la jalousie ou les railleries des autres enfants ?
Ce qui nous blessait le plus, c’étaient les rumeurs concernant mes parents que les enfants de l’école ou leur famille avaient lues dans les journaux et venaient nous rapporter. Ma mère et mon père nous aidaient à faire la part des choses et nous tenaient le plus éloignés possible des médias. C’est sans doute cette période difficile qui a fait que, durant toute mon enfance et une partie de mon adolescence, j’ai refusé la lumière, d’être exposée. Etre suivie par des paparazzis me perturbe profondément.
J’étais une enfant précoce, très éveillée, qui avait une passion pour les films anciens, en noir et blanc. A l’adolescence, j’étais très attirée par les choses du passé. D’un naturel rêveur, je me passionnais aussi, déjà, pour la nature et les animaux. Et je passais l’essentiel de mon temps libre au sein d’ateliers créatifs.
Ce qui vous vaut d’être très impliquée dans la défense de l’environnement…
Mon frère James est le cofondateur de Project Zero, une association née il y a quatre ans qui se bat pour la protection des océans, et dans laquelle je m’investis beaucoup. En ce moment, seuls 5 % des océans sont protégés et notre but est d’atteindre les 30 %. Project Zero est le vaisseau amiral qui soutient beaucoup de petits projets de développement, comme celui d’introduire des huîtres dans la baie de New York ou d’arrêter la surpêche à Mexico. En quinze ans, grâce à l’arrêt de la surpêche, la biodiversité s’y est fortement améliorée. Je suis d’ailleurs allée nager dans le golfe du Mexique, au milieu des raies mantas, pour prouver la véracité de nos propos !
Je n’ai jamais considéré le mannequinat comme une fin en soi et j’ai tout à fait conscience de l’aspect éphémère de ce métier. Parallèlement à ma carrière de top model, j’ai fait une école de photo et de dessin. Je suis attirée exclusivement par la simplicité, le portrait et le naturel. Le corps et son vécu m’intéressent plus que les vêtements ! C’est pourquoi je suis à l’aise lorsque je photographie des personnes que je connais. La démarche est plus difficile avec des inconnus.
En vous regardant évoluer autour de la piscine, notre équipe n’a pu s’empêcher de vous comparer à Brigitte Bardot dans “Et Dieu… créa la femme”. Aimeriez-vous poursuivre votre carrière au cinéma ?
Ce n’est pas parce qu’on est un mannequin qui réussit qu’on sera forcément une bonne actrice ! Franchement, je ne sais pas si j’en aurais le talent, ni même si j’en aurais envie. Je crois que je préférerais me tourner vers la réalisation. Au moins, derrière la caméra, je n’aurais plus à me soucier de mes vêtements, de ma coiffure ou de mon maquillage ! En même temps, j’ai bien conscience qu’avant de diriger mon premier film musical — mon rêve —, je devrais passer des années à porter des cafés sur les plateaux ! [Rires.]
Etes-vous un cœur à prendre ?
Non, depuis cinq ans je suis amoureuse de la même personne, un musicien. A la maison, à Londres, je vis avec deux garçons : mon fiancé et mon meilleur ami depuis dix ans, qui est skateur. Lorsque je suis chez moi, ce qui m’arrive rarement, j’adore cuisiner pour nos copains.
Au bout de cinq ans d’amour, envisagez-vous de faire bientôt un bébé ?
Ah non, je ne suis pas du tout prête à devenir maman !
Pourquoi ?
D’abord parce que je suis une fille hyperbordélique, pas du tout organisée, qu’il y a toujours plein de monde chez moi et que quatre valises non défaites traînaient encore ce matin dans ma chambre !
Comment vous imaginez-vous dans dix ans ?
Je me refuse à penser à l’avenir car j’adore vivre le moment présent. Le seul projet concret que je peux vous annoncer est l’arrivée de deux chiots à la maison en septembre ! Plus sérieusement, j’aimerais lancer une ligne de produits bio. Je prends mon temps. J’observe. Je réfléchis.
Dix-neuf ans après votre maman, Jerry Hall, qui en a été l’ambassadrice, vous êtes devenue à votre tour l’égérie du parfum Angel, de Thierry Mugler. Un symbole ?
Angel fait partie intégrante de mon enfance. Sa fragrance est sans aucun doute mon premier souvenir olfactif. Dans ma chambre trônait un immense poster de maman, alanguie sur une dune de sable bleu avec ses cheveux longs et un legging pailleté. Pendant longtemps, j’ai été persuadée que ma mère était une sirène…