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mercredi 2 février 2022

Truman Capote / Mademoiselle Belle / Anticipations

 



Anticipations

par Liliane Kerjan
3 décembre 2016

Les premiers textes d’un grand styliste portent en germe à la fois sa manière, ses hantises et son monde originel. Les nouvelles de Truman Capote réunies dans Mademoiselle Belle n’y font pas exception : elles portent l’empreinte du Sud, témoignent déjà d’une maîtrise de l’atmosphère, d’un penchant pour la fragilité des êtres – des solitaires ou des rêveurs – et de cette détermination à écrire « des phrases aussi claires qu’un ruisseau de montagne ».


Truman Capote, Mademoiselle Belle. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard. Grasset, 177 p.,16 €


Lorsque Truman Capote prend un aller simple pour Los Angeles le 23 février 1984, il a choisi de s’arrêter, à bout de souffle, chez sa vieille amie Joanne Carson. Dans la maison sur la colline qui surplombe Sunset Boulevard, il a sa chambre personnelle, un lit à baldaquin, des boules de sulfures, un petit ours en peluche offert par Marilyn, des coupelles de coquillages ramassés sur les plages qu’il a tant aimées. Il meurt à cinquante-neuf ans et laisse derrière lui la maison de pêcheur de Sagaponack sur Long Island, bourrée de coupures de presse et de notes, son bel appartement new-yorkais du 870 United Nations Plaza, plein de livres et de tapuscrits. Aussitôt, l’éditeur et l’exécuteur testamentaire y recherchent fébrilement les chapitres manquants du roman inachevé Prières exaucées, en vain, puis ils rassemblent et classent papiers et carnets mouchetés : trente-neuf cartons partiront à la New York Public Library et, de la boite étiquetée « School Writings 1935-1943 », vont sortir en 2015 des nouvelles jusqu’ici inédites pour le grand public, aujourd’hui traduites et présentées sous le titre de Mademoiselle Belle.

Débutant certes, novice si l’on veut, car dans l’Alabama, dès l’âge de huit ans, Truman a décidé qu’il serait écrivain et, à raison de trois heures par jour, il a rédigé des pages comme d’autres enfants font des gammes au piano. Lorsqu’il quitte le Sud rural pour rejoindre sa mère à New York, c’est déjà un petit virtuose en patinage et en écriture, et il ne faut pas s’étonner que la revue The Green Witch, magazine littéraire du lycée de Greenwich dans le Connecticut, publie, entre 1940 et 1942, sept de ses nouvelles, soit la moitié du recueil, et lui décerne un prix littéraire. Le jury et ses condisciples y accèdent de plain-pied, reconnaissant Sally qui s’ennuie ferme en cours de maths et rêve de bals et de paillettes, Hilda lycéenne irréprochable mais kleptomane, ou Grace Lee qui vit son premier amour et craint d’être oubliée dès lors que son galant quitte leur petite ville pour entrer à l’université de La Nouvelle-Orléans. Reconnaissant aussi l’ambiance des académies de jeunes filles où Ethel Pendleton complote afin de faire renvoyer Louise pour sa goutte de sang noir, sur fond de jalousie, de détestation et de racisme. Une trame simple, une situation bien observée, un cadre circonscrit, un suspense qui se tend jusqu’à la chute, et le tour est joué en une douzaine de pages. Mais Truman sait déjà dépasser son environnement scolaire immédiat et puiser dans son enfance du Sud pour élargir le spectre des lieux et des personnages.

Truman Capote mademoiselle Belle

Truman Capote

Le recueil s’ouvre sur « La croisée des chemins » de deux vagabonds près de leur feu de camp, se poursuit avec des traques dans les bois, « La terreur des marais » – soit une chasse à l’homme à la poursuite d’un bagnard violent ou d’une échappée de l’asile, et à chaque fois la mort survient. La violence, la peur tout en degrés, l’insécurité et le cauchemar sont les ressorts des nouvelles rurales en lisière du gothique. Loin des Lolita, ce sont les vieilles qui tout particulièrement fascinent le jeune Truman, élevé au départ par ses tantes de l’Alabama, qu’il s’agisse de Mademoiselle Nannie, vestige de l’aristocratie du Sud, assistée par sa servante noire, ou de Belle Rankin, suivie de son vieux chien sur son domaine jadis majestueux de Rose Lawn. Fourbue au retour de la ville, elle cueille ses fleurs rouges un soir de février glacé avant de s’affaisser. « Elle était allongée dans le jardin parmi les cognassiers du Japon. Toutes ses rides étaient lissées sur son visage et les fleurs aux couleurs vives étaient disséminées partout. Elle semblait toute petite et vraiment jeune. De petits flocons de neige étaient éparpillés dans ses cheveux, une des fleurs était posée sur sa joue. Je n’avais encore rien vu d’aussi beau. » Dernière vision immobile et silencieuse dans un petit tableau naïf.

Le balancement entre le Sud et New York, qui anticipe la suite de l’histoire personnelle de Capote, est déjà présent grâce à Lucy, une cuisinière aux traits fins et à la peau olive qui arrive à Pennsylvania Station, heureuse d’être engagée dans le Nord par une famille blanche. Sa voix chante le blues, berçant la solitude, mais peu à peu elle a le mal du pays. « La Hudson River ne cessait de murmurer ‟Alabama River”. Oui, Alabama River, avec toute son eau rouge boueuse qui remontait haut sur les berges avec tous ces multiples petits affluents marécageux. Toutes les lumières de la grande ville – quelques lampions dans le noir, le chant solitaire d’un engoulevent bois-pourri, un train qui hante la nuit de son cri […] Bruit de ferraille, ferraille – herbe douce et verte – et oui soleil, chaud, si chaud, mais si apaisant […] La grande ville, pas un endroit pour quelqu’un de la terre » En vis-à-vis, il a aussi les « âmes sœurs » de l’Upper East Side de Manhattan qui organisent leurs petits assassinats de presque veuves joyeuses.

Truman Capote mademoiselle Belle

Truman Capote

L’excès ne fait jamais peur aux filles et aux vieilles de Capote, il leur donne sensibilité et vigueur, elles ne se soumettent pas, rappelons tout de même qu’il écrit ces textes dans les années 1940. Bref, ses vierges qui rêvent en grand sont prêtes à tout : « Elle était parfaitement heureuse ici avec le vent qui soufflait dans ses cheveux et la Mort qui l’attendait au tournant », dernière phrase du recueil qui fait passerelle avec la scène finale de La traversée de l’été, premier roman de Truman Capote dont le texte manuscrit a été retrouvé en 2005 sur quatre cahiers d’écolier et des pages de notes archivées à la New York Public Library. Le livre n’a jamais quitté les rayons des librairies mais ressort chez Grasset dans une nouvelle édition. La jeune Grady Mc Neill, pendant que ses parents sont partis en Europe, passe un été brûlant jusqu’au jour où elle ne desserre pas les mains du volant qu’elle saisit et que, dans la panique des passagers, la voiture s’envole sur ce constat laconique : « Tu vas nous tuer ! […] Je sais, dit-elle ».

Il y a chez le débutant Capote non seulement une affinité avec les adolescentes, une compassion pour les petites gens, mais aussi une fine observation des détails de la vie ordinaire, un œil pour les silhouettes, une oreille pour « le rire sombre et trainant des Noirs ».  Cette générosité se cristallise dans la nouvelle « Un cadeau pour Jamie », qui met en scène son double à huit ans, le jeune Teddy souvent délaissé par ses parents, au moment des préparatifs de son don, une démarche spontanée, pragmatique, gommant toute effusion superflue dans sa fraternité. À bien y regarder, quasiment tout Capote est déjà dans Mademoiselle Belle, sensible et pudique, prêt à éclore : il campe l’invalide et les bois inquiétants des Domaines hantés (1948), les nymphettes ambitieuses qui deviendront Holly Golightly dans Petit déjeuner chez Tiffany (1958), les désirs de meurtres développés dans De sang-froid (1966). Frissonnent aussi, à bas bruit, les mille tendresses de la correspondance en voix off, le bestiaire de Truman – du chien au serpent à sonnettes et au mocassin d’eau –, l’intuition très sûre dans les portraits de femmes et son égal respect pour Blancs, Noirs, créoles et quarteronnes dans une terre de forte ségrégation raciale. En somme, Mademoiselle Belle, ce préambule de l’œuvre, écrit avec la grâce inquiète de l’adolescence qui capte intensément les émotions, nous ouvre les battants de l’antichambre des nouvelles et des romans de la maturité à grand succès de Truman Capote.

EN ATTENDANT NADEAU

mardi 1 février 2022

Truman Capote / Portraits

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Henri Cartier Bresson, 1947
Truman Capote
PORTRAITS
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 Cecil Beaton, 1947
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Carl Van Vechten, 1948


Irving Penn, 1948

dimanche 11 juin 2017

L'amitié entre Truman Capote et Babe Paley / Un cruel délice





L'amitié entre Truman Capote et Babe Paley : un cruel délice

Paris Match|
"Model in Blue Hat", Babe Paley photographiée par Erwin Blumenfeld dans les années 1950.Getty Images
Dans un roman bouleversant, Melanie Benjamin raconte l’amitié vénéneuse entre Truman Capote et Babe Paley.
Elles étaient sept ou huit : Slim Hayward, Pamela Churchill, Gloria Guinness, Marella Agnelli, Gloria Vanderbilt… Belles comme l’or, pâles comme l’ivoire, minces comme une chaîne d’argent, souples comme la soie, raffinées comme le sucre glace, plus blanches encore que les rangs de perles autour de leur cou… On les appelait « les cygnes » de Manhattan. Equipées en Hermès, cuirassées en Tiffany, parfumées en Dior, leurs uniformes étaient signés Givenchy, Balenciaga ou Chanel. A l’heure de grignoter une feuille de salade et trois grains de béluga, elles se retrouvaient au Pavillon, à La Côte basque, au Colony ou au Waldorf. Elles n’avaient qu’un devoir et une mission : ne pas prendre un gramme et donner un ou deux héritiers.
Mais le clou du spectacle, la plus fascinante, la plus belle, la plus inaccessible, c’était Barbara Cushing Mortimer, devenue Babe Paley, la femme de Bill Paley, le fondateur de CBS. Imperturbablement calme, les nerfs tranchés, la voix posée, elle ne se pressait jamais, mettait des gants en plein été pour passer au Plaza. Sa beauté était spectaculaire, aussi glacée que son caractère était réservé. Jamais elle ne prononçait un mot méchant contre qui que ce soit. Snob comme lui seul, Truman Capote a fondu comme la glace face à cette poupée parfaite, si riche et si glamour. Pour les autres cygnes, tout écrivain génial qu’il fût, c’était un bouffon, un caprice, une bonne blague, au mieux une copine comme une autre. Avec sa voix traînante, il était trop chichiteux, trop vaniteux, trop cancanier. Mais pour Babe, il est un confident, une âme sœur. Ils ont joué à l’avance une partition ressemblant à celle de François-Marie Banier et Liliane Bettencourt.
Les vacheries de Truman Capote
Et là, horreur, Truman a découvert que Babe était une femme délaissée, une femme peureuse tremblant devant son mari. Pendant des années, il l’a consolée en échange de séjours de rêve dans les paradis des Paley. Avec lui, malheureusement, l’amitié avait une fragilité de biscotte. L’ironie, la calomnie et la perfidie étaient la sainte Trinité de son Evangile. C’était vif, léger et rapide, mais saignant car, sous une apparence de grosse poule faisandée, Truman avait les dents d’une hyène. Ses vacheries pouvaient bien faire mourir de rire, les larmes étaient du vitriol. Résultat : quand sa carrière est entrée sous assistance respiratoire, son stylo s’est fait bistouri, chaque ligne s’est transformée en coup de rasoir et Capote a pris pour modèles ces fameux cygnes. Les anges inaccessibles sont apparus venimeux, égoïstes, nymphomanes, futiles et mesquins. Où ça ? Dans « Esquire », le journal le plus branché de l’époque, où Truman a donné en exclusivité un chapitre atroce de méchanceté de son prochain livre.
Inutile de dire que Slim, Gloria, Pamela ont rugi. Pas Babe, incapable de faire le deuil d’une amitié si précieuse. Sa vie s’est effondrée. Dans son roman, Melanie Benjamin raconte alors la fin de cet ange déchu. C’est bouleversant. Aussi déchirant que le début de l’aventure en compagnie de cette peste de Truman était drôle.
« Les cygnes de la Cinquième Avenue », de Melanie Benjamin, éd. Albin Michel, 432 pages, 22 euros.


mercredi 2 septembre 2015

De Shakespeare à Sagan / Dix films où l'écrivain crève l'écran

J. D. Salinger

De Shakespeare à Sagan, dix films où l'écrivain crève l'écran


Caroline Besse
Publié le 02/09/2015. Mis à jour le 02/09/2015 à 15h37.

En attendant qu'Hollywood mette en images la jeunesse du mythique J.D. Salinger, petite sélection de biopics classiques ou d'évocations plus fantaisistes qui ont donné le premier rôle à de grands auteurs.


C'est donc l'acteur Nicolas Hoult (notamment vu dans la saga X-Men dans le rôle de Fauve) qui va incarner le célèbre écrivain américain J.D. Salinger au cinéma. Le film, Rebel in the Eye, est une référence à The Catcher in the Rye, son roman phare sur la fin de l'adolescence (L'Attrape-cœurs en français). A sa sortie en 1951, le livre bouleverse la littérature américaine, devenant instantanément un classique qui sera étudié aux Etats-Unis, au Canada, mais aussi dans certains lycées de France. Selon Variety, le film réalisé par Danny Strong se concentrera sur la jeunesse « rebelle » de J.D. Salinger, son expérience de soldat pendant la Seconde Guerre mondiale (l'auteur, né en 1919, avait 20 ans quand le conflit a éclaté), et l'histoire derrière L'Attrape-cœurs.
Bien sûr, ce n'est pas la première fois qu'un écrivain est au centre d'un film. Vies forcément romanesques, faites d'excès (Truman Capote, Françoise Sagan), de démêlés avec la justice (Shakespeare, Beaumarchais), d'engagements féministes (Jane Austen)... L'écrivain est en soi un sujet de cinéma. Voici une sélection de dix films, dans lesquels dix écrivains, poètes ou dramaturge crèvent l'écran.

A la rencontre de Forrester de Gus Van Sant (2001)


A la rencontre de Forrester, Gus Van Sant.

Rebel in the Eye n'est pas le premier film à mettre en scène la vie de J.D. Salinger. Dans A la rencontre de Forrester (2000), Gus van Sant s'en inspire (très) largement pour son personnage d'écrivain reclus, auteur d'un unique succès : copie conforme du destin de Salinger. La variante personnelle du réalisateur : son personnage rencontre un jeune Noir, basketteur talentueux originaire de Brooklyn qui cache aussi un QI hors normes... On reproche majoritairement à ce film (le huitième de Gus Van Sant, et peut-être le plus méconnu) une morale un peu lourde et un scénario ultra-basique (deux personnes que tout oppose vont vivre une « lune de miel »), mais on salue majoritairement la performance des deux acteurs : le mastodonte Sean Connery face au jeune débutant Rod Brown.

Le Festin nu de David Cronenberg (1992)


Le Festin Nu, David Cronenberg.

Le film de Cronenberg est l'adaptation du chef-d'œuvre de l'écrivain américain William S. BurroughsLe Festin nu, plongée dans les méandres de l'esprit d'un junkie qui va connaître une inévitable descente aux enfers. De nombreux critiques littéraires ont assimilé les personnages du livre au seul et même William Lee, héros du roman, lui-même analysé comme l'avatar de l'écrivain, qui souffrait aussi d'addictions diverses. Dans le film du réalisateur canadien, William Lee devient Bill Lee (dans le film Sur la route de Walter Salles, le personnage représentant William Burroughs est d'ailleurs aussi été rebaptisé Bill Lee...)

Truman Capote de Bennett Miller (2006)


Truman Capote, de Bennett Miller.

C'est une des œuvres majeures de Truman Capote qui est au centre du film : De sang-froid. Son livre, inspiré d'un fait divers découvert dans le New York Times, va profondément bouleverser sa vie. L'écrivain mène une magistrale enquête sur le massacre d’une famille du Kansas par deux délinquants, qu'il va rencontrer pour sonnon fiction novel. Surtout, Truman Capote est remarquablement interprété par le regretté Philip Seymour Hoffman dans, n'ayons pas peur des mots, le rôle de sa vie (il remporte l'Oscar en 2006).
L'année suivante, Truman Capote était au cœur d'un autre biopic : Scandaleusement célèbre de Douglas McGrath, toujours autour de l'écriture de De sang-froid. Rappelons que le livre avait lui-même été adapté au cinéma par Richard Brooks (De sang-froid, 1967).

Jane de Julian Jarrold (2007)


Jane, Julian Jarrold.

La très talentueuse et populaire Jane Austen, romancière anglaise as de la satire sociale, est le personnage principal de ce biopic. Malheureusement, le réalisateur choisit comme objet principal du film un soupirant que la romancière a réellement connu au cours de l'hiver 1795... au détriment de l'écriture et du féminisme, sujet majeur qui court dans son œuvre toute entière. Dommage : les biopics sur les écrivains femmes se comptent sur les doigts d'une main et cette version simplette de la vie de la romancière ne lui rend pas hommage.

Rimbaud Verlaine d'Agnieszka Holland (1997)


Rimbaud Verlaine d'Agnieszka Holland.

Comme le titre l'indique, le film évoque la vie de deux poètes français majeurs : Arthur Rimbaud et Paul Verlaine, à travers leur tumultueuse relation amoureuse, faite de rivalité, de passion, le tout largement arrosé d'absinthe... C'est Leonardo DiCaprio — juste avant le raz-de-marée Titanic — qui incarne le fougueux Rimbaud et David Thewlis, Paul Verlaine. Ici encore, ce que l'on retient avant tout est le jeu intense des acteurs.

The Hours de Stephen Daldry (2001)


The Hours de Stephen Daldry.

Ce grand film de Stephen Daldry entremêle le destin de trois femmes, à trois époques différentes, toutes liées par le roman Mrs. Dalloway et son célèbre incipit :« Mrs. Dalloway said she would buy the flowers herself », une phrase immensément célèbre, au cœur du film, puisqu'il était beaucoup question d'émancipation féminine. La première héroïne est Virginia Woolf elle-même, auteur de cet ouvrage majeur de la littérature britannique (Nicole Kidman reçut l'Oscar pour ce rôle). La seconde, Laura Brown (Julianne Moore), une lectrice pour qui la découverte du livre au milieu des années 50 est un choc. Et la troisième enfin, Clarissa Vaughn (Meryl Streep), une éditrice contemporaine surnommée « Mrs. Dalloway » par son entourage. Un casting en or au centre du film — lui-même adapté du roman éponyme de Michael Cunningham.

Sagan de Diane Kurys (2007)


Sagan de Diane Kurys.

A peine trois ans après sa mort, Françoise Sagan est l'objet d'un biopic. L'écrivain, incarnée par Sylvie Testud, menait en effet une vie hautement cinématographique. La petite fille aux origines bourgeoises écrivit à 18 ans le chef-d'œuvre de sa vie,Bonjour tristesse, au succès fulgurant. Grâce à l'argent du Prix des critiques et à son deuxième succès, Un certain sourire,  le « charmant petit monstre » aux mœurs hédonistes a mené une vie de bohème et d'excès, avant la déchéance (financière, surtout). Le film de Diane Kurys s'attarde d'ailleurs un peu trop sur la fin tragique de la romancière émancipée.

Beaumarchais, l'insolent d'Edouard Molinaro (1996)


Beaumarchais, l'insolent d'Édouard Molinaro.

Qui d'autre que Fabrice Luchini pour incarner le libre-penseur que fut Beaumarchais, illustre dramaturge, parmi tant d'autres métiers et activités — trafiquant d'armes, agent secret de Louis XV entre autres et libertin assumé ? C'est donc lui que le réalisateur Edouard Molinaro a choisi pour ce personnage historique, provocateur, cultivé, badin et... insolent. Le film (adapté de la pièce de Sacha Guitry) se concentre sur la vie de l'homme, nettement moins connue que ses célèbres œuvres : Le Mariage de Figaro et Le Barbier de Séville.

Les Sœurs Brontë d'André Téchiné (1979)


Les Sœurs Brontë, André Téchiné.

Par la voix de Charlotte Brontë, aînée de la fratrie composée d'Emily, d'Anne et de leur frère Branwell (ils avaient aussi deux grandes sœurs, Maria et Elizabeth, décédées précocement de la tuberculose), André Téchiné raconte le destin de cette famille littéraire hors normes dont les trois filles devinrent des poétesses et romancières reconnues dans l'Angleterre du XIXe siècle. Charlotte (Marie-France Pisier), auteur de Jane Eyre, se souvient ainsi de son enfance avec ses sœurs (Isabelle Adjani et Isabelle Huppert) et son frère, tous les quatre élevés par leur père pasteur. Son roman fut d'ailleurs adapté plusieurs fois au cinéma, tout comme Les Hauts de Hurlevent, de sa sœur Emily.

Shakespeare in Love de John Madden (1999)


Shakespeare in Love, de John Madden.

Le scénaristes de ce film qui eut son petit succès critique s'en sont donné à cœur joie pour imaginer une partie de la vie du jeune Shakespeare (Joseph Fiennes). Criblé de dettes, celui-ci tombe amoureux de Viola De Lesseps, personnage totalement fictif (Gwyneth Paltrow), une jeune femme qui vénère les poèmes de Shakespeare et se déguise en homme afin de pouvoir accéder au rôle de Roméo (être actrice était à l'époque interdit aux femmes). Une passion qui va nourrir l'écriture de la célèbre pièce. Le film reçut en 1999 une pluie d'Oscars : meilleur film, scénario, décors, actrice, costumes...