Affichage des articles dont le libellé est Fiona Kidman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Fiona Kidman. Afficher tous les articles

lundi 21 mars 2022

Des femmes de Nouvelle-Zélande, entre amours et diableries

Fiona Kidman


Des femmes de Nouvelle-Zélande, entre amours et diableries

Nouvelliste reconnue dans son pays, romancière aussi, Fiona Kidman, née en 1940, fait paraître «Gare au feu», un recueil de onze textes sensibles et émouvants

Eléonore Sulser
Publié vendredi 25 mai 2012 à 21:19

Genre: Nouvelles
Qui ? Fiona Kidman
Titre: Gare au feu

Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Dominique Goy-Blanquet

Chez qui ? Sabine Wespieser, 396 p.


«Le lendemain matin j’ai vu au loin un vol de mouettes. Elles étaient venues à l’intérieur des terres pour picorer les morceaux de lézards et de sauterelles rôtis parmi les cendres et les dernières volutes de fumée.»Participer maintenant

Cendres, fumées, feux qui courent à la surface de la terre, la description des brûlis – ces feux destinés à la fois à défricher la terre et à la fertiliser – est un motif qui revient de proche en proche dans les nouvelles de Fiona Kidman, une écrivaine néozélandaise née en 1940 dont un roman, Rescapée , est paru en français en 2006, chez Sabine Wespieser déjà.

Leurs «diableries»

Son recueil ( The Trouble with Fireparu en 2011 en version originale anglaise) porte un titre de feu, celui de la dernière de ses nouvelles: «Gare au feu». Feu par lequel, dans cette histoire-là, deux femmes, Annie et Alice, l’une mariée, l’autre pas, sous couvert de brûlis, tentent d’exorciser l’angoisse qu’elles éprouvent face à cette terre neuve de Nouvelle-Zélande, essayent de juguler leurs inquiétudes nées de l’atmosphère étouffante de la colonie, et peut-être aussi de la présence invisibles des Maoris, maîtres secrets des lieux. «Je n’ai pas la permission d’allumer des feux chez nous», avait confié Alice, et donc elles avaient pris l’habitude d’appeler cela leurs «diableries», partant toutes seules dans les collines, rentrant tard dans la nuit avec l’allure de ramoneurs excentriques, robes noircies en lambeaux, sourcils roussis. Frederick trouvait à leur apparence quelque chose de barbare, presque maléfique.»

Le feu et les femmes. Ce sont elles les héroïnes de presque toutes les nouvelles de Fiona Kidman. Si un homme se raconte parfois, c’est encore à propos d’elles. Et le feu, lui, lorsqu’il ne roussit pas les sourcils, brûle, c’est couru d’avance, les cœurs ou les entrailles. Voilà pour le fil rouge, car Gare au feu se divise, par ailleurs, en trois parties, en trois séries de nouvelles à l’ambiance, chaque fois, singulière.

Malaises rétrospectifs

La première partie, qui compte six textes, fait dialoguer le passé et le présent de femmes d’aujourd’hui. Mémoire de l’adolescence, de ses errances, de ses erreurs, de ses chocs, pour l’Hilary du «Petit Italien», qu’une vieille amie vient cuisiner pour en savoir plus sur ce qui s’est passé jadis. La nouvelle est longue et prend des airs de petit roman. «L’historique des faits» confronte, lui, rétrospectivement les rêves d’une liaison adultère au réel; «Extrême» évoque l’avortement et les enfants, qui, nés tout de même, viendront plus tard demander des comptes; «Soiries» explore la maladie, la perte, la solitude. Il y a aussi un hommage à Marguerite Duras, Joan Didion et Graham Green, écrivains qui hantent cette nouvelle vietnamienne, la seule à ne pas se dérouler en terre néo-zélandaise.

La seconde partie est la plus compacte. Trois textes: «L’homme de Tooley Street», «Un autre homme» et «Sous l’eau» forment une sorte de roman à plusieurs voix. Des générations de femmes se succèdent, se méprennent et se font écho à travers les temps et les terres, de la campagne à la ville, traversant des amours difficiles, enterrant et déterrant leurs héritages perdus. Tout tourne, dans ces trois textes, autour d’une femme, Joy, aïeule de plusieurs autres, trop tôt disparue.

La dernière partie, deux nouvelles, campe dans le temps passé. «Montée d’arôme» convoque un personnage réel: Gordon Coates, qui fut premier ministre de la Nouvelle-Zélande entre 1925 et 1928. La rumeur veut que l’homme ait eu, avant d’épouser en bonne et due forme une jeune femme d’origine anglaise, plusieurs enfants de femmes ­maories. Fiona Kidman reprend l’histoire à son compte et s’en sert pour évoquer un thème qui lui est cher. Elle décrit ici subtilement, à la manière d’une Nadine Gordimer ou d’une Doris Lessing, les gouffres entre communautés blanches et de couleur.

Adepte de l’ellipse, préférant suggérer plutôt qu’affirmer, laisser deviner plutôt qu’expliquer longuement, Fiona Kidman n’en est pas moins extrêmement sensible aux différences de classe, aux humiliations que subissent les uns aux dépens des autres. Elle examine soigneusement les frictions qu’elle provoque. Dessinant tout à coup des espaces de liberté, douchant brutalement les espoirs de ses personnages.

«Gare au feu», le dernier texte du recueil, donne à voir, notamment, le paradoxe d’une société très hiérarchisée sur une terre pourtant si neuve: «Mais nous sommes en Nouvelle-Zélande», murmura Nancy. «Est-ce que nous ne sommes pas venus ici pour être tous égaux?»

Ce qui touche, dans ces textes composés aux antipodes, c’est un mélange de sentiments familiers et d’une sorte d’exotisme diffus qui ne tient pas tant à la géographie ou aux mœurs qu’à la sensation permanente de précarité qui semble habiter les héros de ces histoires. Comme si, sur cette terre-là, si loin des origines, rien n’était jamais tout à fait fixe, tout à fait sûr. Que rien ne soit jamais acquis pour personne est de l’ordre de l’universel, mais on l’oublie tout le temps. Gare au feu constitue un précieux rappel.

,

Fiona Kidman

«Le petit Italien»

«Hilary avait enviede dire à cette intruse avec son misérable sac de paperasseset de croquis,ses excuses pour s’inviter, qu’il fallaitlire des livres pour savoir ce qui se passait ensuite. Comme les films, c’est làque se déroulaitla vraie vie»


LE TEMPS


dimanche 20 mars 2022

Fiona Kidman / Comme au cinéma / Les premières lignes


Fiona Kidman
COMME AU CINÉMA

Les premières lignes

« Moisson de fumée 1952 »

C’était comme emménager dans un pays nouveau. Laisser derrière soi la ville des tramways et des maisons surpeuplées pour un paysage grand ouvert. Le car chaloupa dans un virage, heurtant les tôles ondulées qui bordaient la route. Irene Sandle était perchée au bord du siège en lattes de bois, un bras autour des épaules de sa fille. L’enfant avait six ans, bientôt sept, et avec ce visage couvert de taches de rousseur, sa mère pensait qu’elle avait peu de chance de devenir jolie, mais c’’était sans importance car elle était intelligente. Comme son père, l’aviateur, qui était mort juste avant la fin de la guerre. Irene s’efforçait de ne pas trop s’attarder là-dessus, ce sentiment d’injustice, qu’il soit rentré à la maison pour une brève permission très douce, puis reparti tenir son rôle dans un conflit qui devait bientôt se terminer. Il s’était perdu au-dessus du Pacifique, mais au moins lui avait-il laissé Jessie.

Parties de Wellington très tôt ce matin en ferry, elles avaient été ballottées par la tempête au moment de doubler le cap. Des rideaux de pluie inondaient la ville et le vent cognait sur les corniches de la maison parentale tandis qu’elles faisaient leurs adieux. Et les voilà maintenant de l’autre côté du détroit, le ciel aussi lisse qu’une nappe de lin bien repassée quand elles débarquèrent à Picton.

samedi 19 mars 2022

Fiona Kidman / «Albert Black», ou les derniers sursauts de la peine de mort en Nouvelle-Zélande

 

Fiona Kidman


«Albert Black», ou les derniers sursauts de la peine de mort en Nouvelle-Zélande

Fiona Kidman raconte le procès, en 1955, d’un jeune immigré irlandais qui sera l’avant-dernier condamné à mort du pays

Christine Matthey
Publié samedi 21 août 2021 à 17:52
Modifié samedi 21 août 2021 à 17:52

L’écrivaine néo-zélandaise Fiona Kidman a choisi de raconter un procès qui commence en octobre 1955, celui d’un jeune immigré irlandais qui sera – presque – le dernier condamné à mort de son pays. Le travail accompli par son avocat en faveur de l’abolition de la peine de mort finira par porter ses fruits, mais trop tard pour Albert. Après lui, il n’y aura plus qu’une seule pendaison avant l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement travailliste en 1957-1960. Fiona Kidman reconstruit minutieusement le parcours du jeune homme, parti trop jeune de Belfast, à contrecœur, mais elle tente aussi de retracer l’enquête expéditive qui suit son geste malheureux.

Bien sûr, il s’agit d’un roman. Mais Fiona Kidman (autrice néo-zélandaise née en 1940) développe intelligemment ses personnages à l’aide de nombreux témoignages, mais aussi des archives cinématographiques de Nouvelle-Zélande, ou encore de retranscriptions de Radio New Zealand. Elle parvient à transformer une histoire pourtant connue – le livre débute d’ailleurs dans la cellule d’Albert Black – en récit haletant. Comme dans les films de procès, même si l’issue laisse peu de doutes, la qualité de l’écriture et des dialogues entretient le suspense jusqu’au bout.

La cause pas si perdue d’Albert Black

Mais le plus intéressant, dans toute l’affaire, c’est le climat social dépeint par Fiona Kidman, et l’épouvantable racisme qui étouffe la Nouvelle-Zélande au milieu du siècle dernier: les «douze hommes droits et sincères» qui constituent le jury de la Cour suprême d’Auckland ne sauront pas y échapper, malgré les tentatives d’une très petite minorité d’entre eux. L’atmosphère est menaçante, étouffante, il faut voir que les immigrés ont très mauvaise presse, rien de bon ne peut découler de leur arrivée dans le pays. Et puis, la peine de mort vient d’être rétablie, en 1950, grâce au procureur général en poste qui en fait sa fierté.


A la douleur de l’exil qui étreint le cœur d’Albert Black, lui qui donnerait tout pour revoir son pays et sa famille, répond un puritanisme dépourvu de tout sentiment, si ce n’est la haine de l’étranger. Les manquements et les contradictions de l’enquête se lisent sous cette loupe déformante d’un a priori sur les nouveaux arrivants étrangers, il ne peut y avoir de deuxième chance.

Jugement avec préméditation

Le procès ressemble d’ailleurs, sous la plume de Fiona Kidman, à la lecture d’un scénario déjà écrit, comme si on avait fait la leçon aux témoins: «Les événements de la soirée sont répétés une nouvelle fois, comment Paddy (Albert Black) est tombé sur Rita et Johnny qui s’embrassaient sur la véranda, la bagarre qui a suivi. C’est devenu presque une litanie, comme dans une chanson de western, où chaque strophe raconte un chapitre de l’histoire, mais le refrain se répète encore et encore, retournant toujours au même point.» C’est comme s’il était impossible pour le jeune Irlandais d’échapper à la sentence, son meurtre ne peut qu’être prémédité. La vérité importe peu, comme le dit un des jurés «un bon Néo-Zélandais ne ferait jamais une chose pareille». Le préjugé n’aura jamais si bien démontré sa malfaisance que sous la plume de Fiona Kidman. Et le roman toute sa force: une équipe de juristes serait en passe d’obtenir la révision de la condamnation d’Albert Black.


Roman
Fiona Kidman
«Albert Black»
Ed. Sabine Wespieser
Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Dominique Goy-Blanquet
354 pages




LE TEMPS


vendredi 18 mars 2022

Fiona Kidman / Fille de l'air

 

Fioma Kidman

Par Fiona Kidman
Éditeur POINTS
Collection : Points. Les grands romans
Paru le 3 mai 2018

Fille de l'air

Enfant, juchée sur sa balançoire, elle voulait déjà s'envoler plus haut. Promise à un destin de pianiste, Jean Batten ne rêve que d'avions. Avec l'aide de sa mère, elle prend des leçons de pilotage en cachette et devient une aviatrice célèbre dans les années 1930. Surnommée la « Garbo des airs », téméraire et infatigable, elle enchaîne les records. D'Angleterre en Australie, de la gloire à l'oubli...



« Elle n'avait peur de rien ou presque sur la terre ferme, c'est dans l'immensité de l'air seulement qu'il lui arrivait de comprendre le danger. »

« Ce portrait est vif, vibrant, éminemment romanesque. Un récit qui donne des ailes ! » Lire


LES LIBRAIRES

jeudi 17 mars 2022

Fiona Kidman / Comme au cinéma / Rémanence des mères

Rémanence des mères

par Liliane Kerjan
4 juin 2019

Le roman Comme au cinéma présente une chronique de la Nouvelle-Zélande au fil de tranches de vie familiale, de 1952 à 2015. Avec son écriture fluide et chaleureuse, la grande romancière Fiona Kidman y traite de la cascade des conséquences, de l’empreinte laissée par chaque génération sur le statut et la survie d’une descendance.


Fiona Kidman, Comme au cinéma. Trad. de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Dominique Goy-Blanquet. Sabine Wespieser, 357 p., 23 €


Ce sont les femmes qui charpentent ce beau roman de la vie comme elle va, à commencer par Irene Sandle, veuve d’un aviateur disparu au combat, qui, en 1952, quitte Wellington avec Jessie, sa fillette de six ans, pour la côte Ouest et le travail harassant de la cueillette du coton. Comme Fiona Kidman l’a été à ses débuts, Irene est bibliothécaire mais elle a perdu son emploi faute de congés de maternité, illustrant ainsi la situation difficile de l’après-guerre pour les femmes. D’emblée, ce premier mouvement se termine par une mésalliance et un drame : l’union d’Irène la lettrée avec Jock le barbare hypothèque la lignée à venir, tandis que l’espoir d’indépendance et de dignité est parti en fumée. Il y aura trois enfants du second lit, dont Belinda, la cinéaste qui rejoue en souvenir son enfance orpheline, les funérailles de sa mère et la dureté des proches ; puis viendront Grant et Janice. Sur un demi-siècle, se forgent des vies, pavées de cruautés et de secrets, rythmées par des déplacements et des fugues qui vont faire circuler à travers le pays et les moments d’histoire, car Fiona Kidman entend faire revivre la Nouvelle-Zélande de son enfance dans les années 1940 jusqu’au temps d’aujourd’hui. Le livre des secrets traitait des commencements, des tout premiers arrivants au village côtier de Waipu, à l’aube du XIXe siècle, et Comme un roman lui offre un prolongement contemporain. Des origines du peuplement d’une terre à celle d’une vie sur terre marquée par la rémanence de la mère.

Fiona Kidman, Comme au cinéma

Plage de Maipu (Nouvelle-Zélande) © Bernard Spragg

Chacune des quatorze séquences du déroulement chronologique, soigneusement datée, a l’attrait d’un court métrage avec des extérieurs typés – la plantation de Picton, l’île Campbell, un quartier de Wellington, le Wairarapa, les rives du Tongariro, le Hokianga –, la présence de la société de chaque décennie et des personnages de premier plan en clair-obscur, lumineux en dedans et sombres au dehors. La facture du roman doit beaucoup à l’expérience de scénariste de Fiona Kidman qui découpe en scènes et tableaux, centre sur une confidence, un désir d’enfant, une amitié. À chaque fois, des rencontres s’ajoutent, la vie circule dans le jaillissement des dialogues, le crescendo est bien construit jusqu’à la chute : un incendie, une disparition dans la glaise, un bébé retiré du foyer d’adoption, un avion perdu en plein ciel qui s’écrase, soit des accidents de parcours qui relancent le récit et à chaque fois déplacent les perspectives. Autour d’un pivot narratif, se regroupent des rappels sociologiques tels les drames des grossesses aléatoires des années 1970 avec leur cortège de honte et de répudiation, les réponses rebelles au conformisme et à la discrimination, l’action de l’Union des Femmes, les émeutes et violences policières de 1981 lors du passage des Springboks d’Afrique du Sud, ou encore les manifestations contre le nucléaire en 2012. Défile ainsi la vie de la Nouvelle-Zélande incarnée par une fratrie de la classe moyenne, en prise avec le désordre familial et l’ordre sociétal. L’intérêt de Fiona Kidman pour les théories darwiniennes, déjà présentes dans sa biographie, ne se dément pas, un déterminisme social traverse ce résumé qui s’attache aux soubresauts d’un petit monde morcelé, mettant en vis-à-vis l’intelligence des filles, aux études souvent brillantes, et leur place très longtemps subalterne. Dans ce même cadre apparait toute une société conservatrice qui fait la vie dure aux Maoris, aux Italiens renvoyés de leurs camps, aux étrangers, toujours suspects.Il s’agit là du dixième roman de Fiona Kidman, dont  le même éditeur a déjà publié Rescapée (2006),  Le livre des secrets (2014) et Fille de l’air (2017), rendant un juste tribut à une femme de lettres qui a gagné les honneurs et le titre de Dame dans son pays, pour lequel elle a décidé, dit-elle, à travers Comme au cinéma, non seulement de faire défiler quelques actualités anciennes qui lui tiennent à cœur mais surtout d’écrire un « hymne » et une « lettre d’amour », une  forme de bilan, pleine de vigueur et de rebondissements. Également honorée par la France en 2009, Fiona Kidman aime le cinéma, où il lui arrive de passer une journée entière à Wellington, et, dans le paysage des lettres, elle admire tout particulièrement Alice Munro, Toni Morrison et Marguerite Duras, dont elle partage les thèmes majeurs tels la force et l’honneur des femmes : toutes ces affinités résonnent au long cours de son œuvre diverse.

Fiona Kidman, Comme au cinéma

Parc Tongariro (Nouvelle-Zélande) © Daniel Chen

Dans cet avant-dernier roman, famille et filiation, curiosités sexuelles et liaisons, offrent sur plus de trois générations un panorama extrêmement riche qui, d’inceste en incartades, de pulsions en ménages, donne des scènes de prétoire, des tragédies, des « vérités cuisantes », mais aussi reflète une sensibilité attentive à l’évolution d’une société. En explorant une fratrie remuante toujours partagée entre ruptures et amours anciennes, Fiona Kidman dépasse la carte de la Nouvelle-Zélande et s’empare de l’humain sans frontières. « Elle se souvint qu’ils s’installèrent à la Rotonde, quelques heures avant le vol de Nick. Il lui tenait la main par-dessus la table, en geste d’excuse silencieux. Il a changé, pensa-t-elle, il vieillit mais n’était-ce pas leur cas à tous. On était en novembre, des chrysanthèmes jaunes s’épanouissaient dans des jardinières, luisant comme des lanternes d’or dans la brume de l’après-midi finissant. »

Le livre se referme dans une quasi-sérénité embellie par l’émotion qui sourd des deux derniers fragments consacrés à 2015, comme si l’histoire de la Nouvelle-Zélande se resserrait dans un jardin, prenant un tour plus personnel et intimiste face à la fragilité de la vieillesse, à l’éclosion d’une belle fleur passée de mode et au constat des demi-sœurs que « nous ne sommes que des restes, les résidus de la vie amoureuse de notre mère ». Comme au cinéma, par sa composition sérielle qui permet croisements et retours, ne manque ni d’envergure ni d’ambition, dessinant un arbre généalogique noueux à souhait, planté dans un sol pauvre, avec des greffes successives, des rejets, des branches folles, mais aussi les fruits magnifiques des saisons en enfer.

EN ATTENDANT NADEAU