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vendredi 6 décembre 2019

Pierre Assouline / «C’est le moment de découvrir Maigret»



Pierre Assouline: «C’est le moment de découvrir Maigret»

L’auteur et journaliste Pierre Assouline, biographe de Georges Simenon, inaugure la réédition des romans du commissaire Maigret, pour les 30 ans de la mort de l’écrivain belge. Discussion autour du policier le moins bavard de l’histoire
Nicolas Dufour
Publié dimanche 17 mars 2019 à 17:56, modifié dimanche 17 mars 2019 à 18:57.

Il a arpenté le monde de Georges Simenon, ses 200 romans, dont 75 Maigret. Il a écrit la biographie de l’auteur belge, ainsi qu’un Autodictionnaire Simenon. L’écrivain et journaliste Pierre Assouline signe la première préface des dix volumes de la nouvelle intégrale de Maigret. Celle-ci est publiée ces temps par Omnibus, à l’occasion des 30 ans de la mort de Simenon, décédé à Lausanne en 1989.
Le Temps: J’ai une chance dingue: je découvre ces jours les «Maigret». Que dites-vous à ceux qui s’y lancent?

Pierre Assouline: Qu’ils ont en effet beaucoup de chance. On ne peut pas vous dire: «Il était temps!», ce serait un peu bête et présomptueux. Parce qu’il n’y a justement pas de moment: les Maigret, comme tout Simenon, font partie des classiques modernes. En tant que tels, ces romans sont intemporels et universels. Ils attirent de nouveaux lecteurs à tout instant. Vous qui commencez maintenant, vous avez l’avantage de venir après des éventuels concurrents. Columbo, par exemple, qui a un peu écorné la puissance et le prestige de Maigret à la TV, et conséquemment, sur le livre – il y a toujours un lien entre cinéma, télévision et livre.
Aujourd’hui, il n’existe pas de concurrence à Maigret. Les binômes homme-femme des séries de Netflix représentent un autre monde, basé sur une police scientifique d’une expertise inouïe. Maigret demeure seul, il s’en remet entièrement au facteur humain. Il tranche tellement avec l’offre actuelle, face au camp d’en face, qu’il n’a pas de rival.
Vous mentionnez Columbo. Celui-ci avait quelque chose de Maigret, qui se disait «parfois imbécile» face aux suspects…
Oui, c’est en faisant l’idiot que l’enquête peut être résolue. Mais puisque Columbo est derrière nous, dans notre contexte éditorial ou télévisuel, le moment n’a jamais été aussi propice pour découvrir Maigret. Il retrouve tout son attrait.
On pourrait être pessimiste: Maigret, c’est vieux… Qui achètera ces gros volumes de romans agglomérés?
Je crois beaucoup à cette nouvelle édition. Les couvertures de Loustal donnent un coup de jeune et, surtout, de la couleur à un univers qui en manque singulièrement. L’univers de Simenon est gris, sombre; on en a fait un cliché, la pluie, le brouillard… Mais ils représentent quelque chose. L’œuvre est enveloppée d’un halo qui n’est pas toujours engageant. Or les couleurs de Loustal sont formidables. Je pense que cette édition va compter dans la redécouverte de Simenon.

La cause n’est donc pas perdue?
Il n’y a pas de cause! Simenon est lu depuis 1929, partout dans le monde. Pour chaque livre, les chiffres ne sont pas si élevés qu’on imagine, on ne peut pas comparer aux best-sellers d’aujourd’hui. Mais Simenon a publié jusqu’à quatre livres par an. C’est l’accumulation qui fait les chiffres.
D’ailleurs, l’édition Omnibus indique les dates de rédaction et de publication des romans. Parfois, il n’y a qu’un mois de délai. Alors qu’à présent il faut parfois des années pour qu’un éditeur publie un roman, cela paraît fou…
C’est particulier à l’économie de l’édition à cette époque, qui ne correspond pas à celle d’aujourd’hui. On publiait d’abord dans des journaux. Quand ils éditaient ce genre de littérature populaire, Tallandier, Fayard et les autres le faisaient de manière industrielle. Ce n’était pas corrigé, il y avait des coquilles, le papier était médiocre… Cela allait très vite.
J’essaie de comprendre en quoi Maigret fascine toujours. Ce monde-là, avec ses écluses et ses guinguettes épaissies de fumée, a pourtant disparu?
Pas vraiment. Ces petites villes de province, les chemins de halage que décrit Simenon, sont toujours là. Promenez-vous dans la France profonde, rien n’a changé. Allez à Moulins, où se déroule L’affaire Saint-Fiacre: le mobilier a changé, mais pas la géographie. On s’est rendu compte que la topographie des romans de Simenon est la même dans tous ses romans, et c’est, de manière subliminale, celle de la ville de Liège, la ville de son enfance. La mairie, le bistrot, l’école, vous retrouvez cette disposition partout.
On est aussi frappé par la variété des personnages, toujours surprenants…
C’est la pâte humaine propre à Simenon. Il a beaucoup vécu avant d’écrire. Certains écrivains américains se targuent d’avoir exercé de nombreux métiers. Mais dans le cas de Simenon, c’est réel, depuis ses reportages à l’âge de 16 ans; il a vécu les métiers qu’il décrit. Il possède un stock d’émotions, de choses vues, dans tous les milieux. Il a même été mondain. Quand il est entré chez Gallimard, il habitait Neuilly, il est devenu un peu parvenu. Mais ce n’est pas lui, il aime la campagne, être retiré. Toute la palette de personnages existe dans ses romans.
Dans les «Maigret» comme dans les autres livres, ceux qu’il appelait les «romans durs»?
Je fais de moins en moins la différence entre les Maigret et les romans durs. C’est Simenon qui a établi cette distinction, en disant qu’il écrivait des Maigret pour se délasser. Il voulait absolument entrer dans la vie littéraire parisienne, il a été adoubé par Gide et la NRF… Ses propres propos ont porté préjudice à une partie de son œuvre, alors même que le personnage de Maigret est devenu bien plus célèbre que son créateur. Le fait est que les Maigret se vendaient mieux que les romans durs. Il en a souffert, en rigolant. Il faut reconsidérer l’ensemble, tout Simenon, sous le même bandeau: la condition humaine, avec ce que cela comporte de tragique. Jusqu’à l’absence de rédemption.
Et il y a les personnages féminins. Dans certains cas, un auteur n’oserait plus dépeindre des femmes ainsi; et parfois, Simenon façonne des figures d’une force incroyable.
Quand je pense personnage de femme, je vous réponds Betty, mais ce n’est pas dans un Maigret. On peut évoquer Madame Maigret, effacée mais bien là. Cela dit, admettez que ce qui est parfois écrit dans Maigret est loin d’un Lolita de Nabokov, qui, lui, aurait vraiment du mal à paraître aujourd’hui.
Face à certains personnages, comme ces petites vieilles qui trottent pour servir les verres dans les bistrots, je songe à Jacques Brel…
La majorité des enquêtes de Maigret sont localisées à Paris. Mais ce n’est pas un hasard si vous pensez à Brel: Simenon entretient des souvenirs du même Plat Pays, avec son empathie. C’est le paysage humain de son enfance, dans son quartier populaire de Liège. Ce souvenir est sans doute un peu le même que celui de Brel.
Avez-vous une préférence dans les adaptations?
J’aime beaucoup La tête d’un homme, de Julien Duvivier. J’apprécie Jean Gabin, qui est aussi français que Maigret. Mais le meilleur reste Bruno Cremer. Il a la stature, il est grand, épais, il fait plus de 100 kilos. Et ce qui est le plus important, il sait se taire.
Le taiseux, c’est ce qui définit le personnage?
Maigret est l’homme qui fait parler les autres. Il a sa manière d’avoir davantage de compassion pour les coupables que pour les victimes, car le suspect risque sa tête. Les coupables l’attirent parce qu’il a la conviction d’être l’un d’entre eux. Ces romans illustrent l’idée que les gens derrière les barreaux ne sont pas des criminels-nés, mais des gens que la vie, les circonstances ont amené au point de rupture. Toute sa vie, Simenon a eu peur de basculer. Il a collé cela à Maigret.
Qui prolonge Maigret aujourd’hui?
Personne. Il est mort avec son créateur, comme Tintin avec Hergé. Si l’on parle de Simenon, Patrick Modiano a quelque chose de lui. Des amis m’ont dit que mon premier roman, La cliente, était totalement dans la veine Simenon; je pensais à plein de clins d’œil, mais je ne m’étais pas rendu compte que des situations aussi étaient proches de Simenon. J’étais pleinement imprégné.









Tout Maigret. Dix volumes paraissant jusqu’au 4 avril. Omnibus. Aussi en livres électroniques.


mercredi 4 décembre 2019

Pierre Assouline / «Le Suisse» du Goncourt



Pierre Assouline

Pierre Assouline, «le Suisse» du Goncourt

L'écrivain et journaliste littéraire est membre du jury du plus prestigieux prix littéraire français depuis 2012. A quelques heures du verdict, il raconte son amour de la Suisse
Lisbeth Koutchoumoff
Publié lundi 2 novembre 2015 à 19:58, modifié lundi 2 novembre 2015 à 20:08.

«Vous pouvez m'appeler à tout moment. Le soir aussi, même tard. Il y a le quart de finale France All-blacks demain, c'est la seule chose. Appelez-moi avant si possible » Pierre Assouline lance cette phrase dans un grand sourire. Et la phrase, et le sourire, disent beaucoup de cet homme-livre, faiseur de succès par son blog-littéraire La République des livres et par son couvert à l'Académie Goncourt où il siège depuis 2012. Ces deux fonctions auraient pu faire de l'homme un personnage balzacien, parisien en diable. Il n'en est rien.
Son affabilité et son calme presque de campagnard brisent instantanément les clichés. Sa disponibilité téléphonique indique qu'il a fondu vie personnelle et vie professionnelle en un même mouvement ininterrompu, seule façon sans doute d'écrire aussi romans et biographies, d'être dans l'équipe dirigeante du Magazine littéraire après avoir longtemps dirigé Lire, de signer des documentaires pour la télévision (dont le prochain sur l'émission Apostrophe le 6 novembre sur France 2), de donner des cours d'écriture à Sciences-Po Paris et à la Société de lecture de Genève depuis l'an dernier et des conférences dans le monde entier et beaucoup en Suisse.
Cela fait donc plusieurs années que je viens très régulièrement en Suisse... J'aime le pays et les gens. J'aime la montagne, surtout en été pour marcher, et les lacs. Cela fait beaucoup déjà !
Car Pierre Assouline aime la Suisse. A quelques heures du verdict du prix Goncourt 2015, il se décrit même comme « le Suisse du jury». Nous y reviendrons. « Depuis 7 ou 8 ans, des amis suisses très chers me prêtent une maison sur un petit lac entre Crans et Montana. Je m'y rends à toutes les saisons. J'ai dû écrire quatre ou cinq livres là-bas. J'écris toujours mes livres loin de Paris. Cela fait donc plusieurs années que je viens très régulièrement en Suisse. Un lycée en Valais a mis mon roman La Cliente à leur programme et m'ont demandé de rester avec eux pendant une semaine. Les Alliances françaises de Zurich et Berne m'invitent régulièrement pour des conférences. J'aime le pays et les gens. J'aime la montagne, surtout en été pour marcher, et les lacs. Cela fait beaucoup déjà ! »
Pierre Assouline devient une figure du journalisme littéraire dans les années 1980. Après des débuts au service étranger du Quotidien de Paris puis à France-Soir, il devient directeur du magazine Lire en 1985 et le restera jusqu'en 2003 où une brouille avec le groupe Express-Expansion signera le divorce. Il débute aussi ces années-là, sa carrière de biographe avec des livres de référence sur Marcel Dassault, Gaston Gallimard, Jean Jardin, Albert Londres. Suivront ensuite Georges Simenon, Hergé, Cartier Bresson. Suivront ensuite les romans avec, parmi les plus connus, Lutetia, Le Portrait, Sigmarinen, avec, souvent, la Deuxième guerre mondiale en toile de fond.
Connu des auditeurs d'Europe 1, de France Inter et de France Culture où il tient la tranche horaire des matinales pendant plusieurs années, c'est bien le lancement de son blog La République des livres qui fait du journaliste Assouline un phénomène médiatique. En à peine un an, il est suivi chaque jour par des milliers d'internautes qui laissent des commentaires drôles, érudits ou violents. Pierre Assouline a sélectionné les meilleurs pour une anthologie en 2008, « Brèves de blog, le nouvel art de la conversation ».

Un ton singulier pour parler des livres

C'est que Pierre Assouline a trouvé un ton bien à lui pour parler des livres qu'il aime ou qu'il n'aime pas, chaleureux, affable là-encore, passionné, jamais pédant ou trop spécialiste. Quand Le Monde.fr a fait appel à lui en 2004, ni lui ni l'équipe du Monde n'avaient d'expérience dans les blogs. «J'ai eu la chance d'être approché par le Monde quand j'ai quitté Lire. J'ai dû apprendre ce média qu'est le blog. La sensualité compte pour moi. Je ne suis pas universitaire, je n'ai pas été déformé par ce moule-là. Cela aurait pu m'apporter des qualités que je n'ai pas mais je pense ne pas avoir ce défaut de parler en spécialiste. Au début je n'osais pas trop, j''étais chaleureux mais tenu. Et puis, j'ai pris de l'assurance et j'ai fait ce que je voulais, que cela plaise ou pas. Très vite, C'est devenu une conversation avec les internautes et cela fait dix ans que cela dure » Depuis 2012, La République des livres a quitté le Monde et vole de ses propres ailes sur http://larepubliquedeslivres.com/. Chaque billet de Pierre Assouline, Passou pour les internautes, continue de susciter plusieurs centaines voire un bon millier de commentaires…
Je me comporte toujours comme un étudiant qui veut rattraper ses lacunes. Le véritable moteur étant la curiosité
Comment est née cette passion de la lecture ? « J'étais un élève moyen. J'étais bon en français. Je lisais comme tout garçon de mon âge, sans plus. La boulimie de lecture est venue plus tard, après le bac. Quand je me suis inscris en fac d'histoire à Nanterre, que j'ai lâché assez vite, j'ai eu besoin de rattraper mes lacunes. Et je n'ai jamais cessé en fait. Je me comporte toujours comme un étudiant qui veut rattraper ses lacunes. Le véritable moteur étant la curiosité ».
Pierre Assouline est né en 1953 à Casablanca. Ce sourire qui s'épanouit dans la voix et sur le visage viendrait-il de là ? « Mon enfance marocaine, c'est ma matrice. Les goûts, les couleurs, les saveurs… J'ai eu la chance d'avoir des parents aimants. Je suis un cas désespéré pour la psychanalyse, j'ai beau cherché, je ne vois que des souvenirs idéaux dans un pays idéal »
Le prix Goncourt a des attaches anciennes avec la Suisse.
Aujourd'hui en début d'après-midi, Pierre Assouline et ses neuf autres comparses vont annoncer le nom du prix Goncourt 2015. Qu'a-t-il à dire quand on s'étonne de l'absence d'écrivains suisses dans les premières sélections du Goncourt depuis deux générations, le coup d'éclat de Joël Dicker en 2012 étant l'exception qui confirme la règle ?: « Le prix Goncourt a des attaches anciennes avec la Suisse. François Nourrissier était proche de la Suisse. Hervé Bazin était très attentif à l'ouverture du prix à la francophonie. Je suis la scène littéraire suisse, je rencontre des éditeurs, des écrivains. Mais vous savez, les jurés ne choisissent pas en fonction de l'origine d'un écrivain. Quand un Suisse sera dans la sélection, il le sera parce qu'il est bon, c'est tout. Cela va venir, c'est sûr »


mardi 3 décembre 2019

Pierre Assouline / «Un écrivain ne peut pas écrire n'importe quoi»

Pierre Assouline

Pierre Assouline: «Un écrivain ne peut pas écrire n'importe quoi»

Pierre Assouline, auteur d'une biographie de Georges Simenon parue en 1992. Il donnera une conférence sur le père de Maigret au Cercle littéraire de Lausanne samedi

Lisbeth Koutchoumoff
Publié mardi 13 octobre 2015 à 14:55, modifié mardi 13 octobre 2015 à 21:44.

Le Temps: Que reprochez-vous au roman de Patrick Roegiers?
Pierre Assouline: Je reproche le parti pris de l'auteur dans son livre et dans les interviews qu'il donne. Son parti pris est de tirer à vue sur Georges Simenon. Tout écrivain peut s'emparer de la vie de personnalités réelles et il a le droit bien entendu de faire de Georges Simenon un personnage de fiction et lui reprocher beaucoup de choses, il n'est pas un saint. Mais on ne peut pas pour autant écrire n'importe quoi. On ne peut pas attribuer à quelqu'un qui a existé des actions, des idées, des propos contraires à ce qu'il a dit et fait. Ce que fait Roegiers est quasiment diffamatoire.A quoi pensez-vous?
La thèse prinicipale du livre est de dire que Georges Simenon a envoyé son frère exprès à la mort pour le préserver d'une image qui pouvait lui porter préjudice. C'est atroce! Cela signifie qu'il l'a tué. Alors qu'en fait il l'a sauvé. Patrick Roegiers le fait mourir sous l'uniforme nazi de la Légion Wallonie alors qu'il est mort, en pleine rédemption, sous l'uniforme français de la Légion étrangère, en Indochine. Ce n'est pas la même chose, cela n'a pas le même sens.
C'est Georges qui lui avait conseillé la Légion étrangère?
Après avoir participé au massacre de Courcelles, Christian risquait le peloton d'exécution ou le lynchage en Belgique. Il rejoint Georges à Paris, un soir, sur un banc de la place des Vosges. Georges lui dit de partir à la Légion étrangère où l'on change de nom et où le passé est effacé. C'est ce qui s'est passé. Christian Simenon a disparu et est devenu Christian Renaud. Il est mort au bout de deux ans, au combat.
Dans le livre, le portrait de Georges Simenon pendant l'occupation est accablant. Qu'en est-il?
Il y a des choses qui sont vraies mais Patrick Roegiers ne retient que des choses à charge et de façon tellement outrancière que cela en devient ridicule.
Qu'est-ce qui est vrai?
Que Goerges Simenon a été l'écrivain français le plus adapté au cinéma pendant l'Occupation. Il l'était déjà avant la guerre. Il n'a pas refusé de l'être mais il n'a pas pour autant signé des oeuvres de collaboration ou des oeuvres nazies. La moitié de ces films ont été produit par la Continental, maison allemande. Cette maison a produit les plus grands films français de cette période, les films de Carné, de Clousot, d'Autant-Lara et d'autres. Georges Simenon s'est contenté de vendre ses droits. Certains acteurs ont été jusqu'à tourner des films de propagande en Allemagne.
Il a été inquiété pour collaboration après la guerre?
J'ai eu son dossier d'épuration entre les mains. Il ne contient rien. Sur son travail littéraire, il était édité par Gallimard, comme beaucoup d'autres. Et pour les adaptations cinématographiques, certains, jaloux de son succès, on brandit des articles signés de lui dans des journaux cllaborateurs. Mais il s'agissait uniquement de bonnes feuilles de ses romans.
Est-ce que le roman révèle des choses nouvelles?
Patrick Roegiers se sert de ma biographie, c'est son droit, les biographies servent à cela. Mais Patrick Roegiers instrumentalise ce que j'ai écris pour étayer sa thèse de la collaboration de Georges Simenon. Georges Simenon n'a pas collaboré. Il a bien gagné sa vie. Ce n'est pas un crime.
Et les articles anti-sémites qu'il a écrit à 17 ans, c'est connu aussi?
Cela fait un chapitre dans ma biographie. On ne peut pas utiliser des lettres des années 1920 pour tirer des conclusions sur les années de l'Occupation.
Quelle place occupe Georges Simenon, l'écrivain, pour vous?
Il reste l'un des grands écrivains de langue française. Il est probablement celui qui a été le plus adapté au cinéma et à la télévision. Son influence sur notre imaginaire est considérable. Son rayonnement à l'étranger aussi. Il est un styliste exceptionnel. Cette façon de toucher à l'os avec une telle économie de moyens est exceptionnelle.