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dimanche 18 février 2018

Quentin Tarantino, "inglourious basterd" ?





Quentin Tarantino, "inglourious basterd" ?

Par Marion Galy-Ramounot | Le 09 février 2018


Montré du doigt dans l'affaire Weinstein, malmené sur le cas Polanski, accusé puis pardonné par Uma Thurman, le réalisateur de Kill Bill pourrait passer une année en enfer. Il joue et rejoue la carte de l'excuse.
Bientôt, Quentin Tarantino sera marié - en juillet 2017, il annonçait ses fiançailles avec Daniella Pick, une «fille de» israélienne de vingt ans de moins de lui. Et surprise, Hollywood s'occupe de son enterrement de vie de garçon. Le garçon de 54 ans a, semble-t-il, quelques mauvais souvenirs à inhumer. À commencer par ceux qu'il avait lui-même longtemps essayé d'oublier.

Weinstein & cie


La fête commence le 19 octobre dans les colonnes de New York Times. Au lendemain de l'éclatement de l'affaire WeinsteinQuentin Tarantino livre qu'il savait, pour les agissements de son ami producteur, depuis des décennies. «J'en savais assez pour faire plus que je n'ai fait», dit-il alors, donnant quelques exemples d'actrices impliquées. «Il y avait plus que des rumeurs, que des gossips. Ce n'était pas de la seconde main. Je savais qu'il avait fait certaines de ces choses. J'aurais aimé prendre mes responsabilités vis-à-vis de ce que j'ai entendu. Si j'avais fait ce que j'aurais dû faire, j'aurais arrêté de travailler avec lui.» À l'inverse, depuis que l'actrice Mira Sorvino lui a parlé la première du comportement inapproprié de Harvey Weinstein, en 1995, il a réalisé quatre films (Kill Bill : Volume 1 et 2, Inglourious Basterds, Django Unchained) produit par la Weinstein Company.

Thurman au tournant



Comme Ben Affleck - qui aurait su pour l'agression sexuelle de Rose McGowan -, Quentin Tarantino est rattrapé par la tempête médiatique. Dans sa tribune parue sur le site du New York Times le 3 février, l'éditorialiste Maureen Dowd raconte l'expérience «déshumanisante» d'Uma Thurman sur le tournage de Kill Bill : Volume 2. Pour tourner la scène de la décapotable bleue, le cinéaste l'aurait contrainte à conduire la voiture sans doublure, promettant que l'engin était en parfait état de marche. «Mais j'étais dans un cercueil (deathbox dans le texte). Le siège n'était pas correctement vissé. C'était une route de sable et ce n'était pas une route droite». L'actrice à la combinaison jaune perd le contrôle du véhicule et percute un arbre de plein fouet, le choc laissant son cou et ses genoux «irrémédiablement endommagés».
Les images vidéo, Quentin Tarantino lui a finalement données, après les avoir gardées quinze ans sous clé. Elle vient de les poster sur son compte Instagram, ce 5 février. «Les circonstances de cet événement relèvent de la négligence voire de la criminalité, commente-t-elle en légende. Pour cela je tiens Lawrence Bender, E. Bennett Walsh, et le très connu Harvey Weinstein pour seuls responsables.» Là, étrangement, le nom de Quentin Tarantino n'apparaît plus sur le banc des accusés. Sans doute parce que le 5 février, il prenait lui aussi la parole - sur le site Deadline - pour qualifier cet accident comme «l'un des plus gros regrets de sa vie».

Excuses tardives

Il y a d'autres choses qu'il regrette, M. Tarantino. Il regrette par exemple d'avoir défendu Roman Polanski contre les accusations de viol de Samantha Geimer, lors d'une interview en 2003. Ce jour-là, l'animateur de radio Howard Stern l'interroge autour de l'affection de Hollywood pour Roman Polanski, «cet homme fou, ce réalisateur qui a violé une jeune fille de 13 ans». Ce à quoi le réalisateur de Pulp Fictionrépond qu'«il n'a pas violé une fille de 13 ans (...). Il a eu une relation sexuelle avec une mineure. Ce n'est pas un viol. Selon moi, quand vous utilisez le mot "viol", vous impliquez de la violence, c'est l'un des crimes les plus violents du monde. Vous ne pouvez pas utiliser le mot "viol" à tout-va.»
Quinze ans plus tard, ce 6 février, Samantha Geimer est revenue sur les propos du réalisateur sur le site du New York Daily News. «Il avait tort. Je parie qu'il le sait, a lancé la victime de Polanski, aujourd'hui 54 ans. Je ne suis pas fâchée, mais je me sentirais probablement mieux si il réalisait maintenant qu'il avait tort, après quinze ans, après avoir entendu les faits.»
Les excuses de Quentin Tarantino sont immédiates. «Je veux publiquement m'excuser auprès de Samantha Geimer pour mes remarques cavalières, déclare-t-il dans un communiqué publié sur le site IndieWire le 8 février. Je réalise aujourd'hui à quel point j'avais tort. Mme Geimer a ÉTÉ violée par Roman Polanski. Quand Howard Stern a évoqué le sujet, j'ai joué l'avocat du diable pour être provocateur». Conclusion : «Mme Geimer, j'étais ignorant, et insensible, et au delà de tout, incorrect.»

Terrain glissant

Le drapeau blanc, arme de défense massive. Un jour, Quentin Tarantino s'excusera peut-être aussi de ses excès de zèle, voires abus de pouvoir, sur les tournages de ses films. Dans le New York Times, Uma Thurman dit que dans Kill Bill, le réalisateur lui-même lui crachait au visage et l’étranglait avec une chaîne pour les besoins de certaines scènes. En 2009, Diane Kurger raconte aussi à Parade que c'est le cinéaste qui l'étrangle dans Inglourious Basterds : «Je ne suis jamais morte dans un film avant. Là je me fais étrangler, ce qui assez bizarre (...). Le plus drôle, c’est qu’on voit les mains de Quentin sur le plan serré. Quentin a dit : "il (Christoph Waltz, NDRL) ne va pas bien le faire, ce sera trop ou pas assez. Je sais exactement ce dont j’ai besoin, et je pense que je devrais le faire moi-même."» Bref, on attend les discours de mariage.


jeudi 1 juin 2017

Roman Polanski / "D’après une histoire vraie" de Roman Polanski / Invraisemblablement plat



"D’après une histoire vraie" de Roman Polanski : invraisemblablement plat

Par Lorenzo Ciavarini Azzi @Culturebox
Mis à jour le 30/05/2017 à 08H44, publié le 27/05/2017 à 20H39


Roman Polanski est à Cannes pour présenter "D’après une histoire vraie", adaptation du best-seller de Delphine de Vigan, en Sélection officielle. Mais hors compétition. Heureusement. Car le maître, auteur des troublants "Rosemary’s Baby" et "Le locataire", s’embourbe dans un thriller inanimé, où les pointures Emmanuelle Seigner et Eva Green jouent à côté de leur rôle.
Delphine, romancière à succès, auteure d’un dernier roman très personnel qui, une fois de plus, a conquis ses lecteurs, vit pourtant une phase de tourments et peine à reprendre l’écriture. C’est à ce moment qu’elle fait la connaissance de "Elle", ou plutôt que celle-ci rentre dans sa vie. "Elle" ? Identité imprécise - on sait seulement qu’elle est auteure elle aussi, nègre littéraire pour stars médiatisées - mais séduction à toute épreuve : en moins de deux, elle convainc Delphine qu’elle seule peut la comprendre et l’aider, bien plus que son compagnon, célèbre journaliste, qui s’en va par le monde recueillir les propos d’autres écrivains qu’elle. Elle sait que la solution réside dans l’écriture du réel, ce livre caché qui ne demande qu’à éclore. Delphine mord à l’hameçon, jusqu’au jour où elle se demande si quelqu’un n'a pas "pris possession d’elle".
Roman Polanski miné en son propre terrain…
L’histoire, adaptation du livre de Delphine de Vigan, prix Renaudot et vrai best-seller, devrait pouvoir happer le spectateur et l’embarquer une heure et demi durant, guidé par le maître du genre, Polanski ! En quelques films à peine, dès la fin des années 1960, le cinéaste franco-polonais s’est fait une spécialité des personnages troubles et inquiétants, et maîtrise comme peu, autant les codes du thriller que l’art de l’adaptation littéraire. Mieux : Delphine de Vigan a reconnu à la conférence de presse qui a suivi la projection, avoir eu en tête lors de la rédaction de son livre les films de Polanski comme "Le locataire" qui ont été donc une importante matière d’inspiration.
Roman Polanski entouré d'Emmanuelle Seigner, d'Eva Green et de Vincent Pérez lors de la conférence de presse.
Roman Polanski entouré d'Emmanuelle Seigner, d'Eva Green et de Vincent Pérez lors de la conférence de presse.
 © Lorenzo Ciavarini Azzi /Culturebox
Et pourtant ce qui devait advenir n’advient pas. Et cela se joue dans les toutes premières minutes du film, dès la rencontre au Salon du Livre, entre Delphine (Emmanuelle Seigner) et Elle (Eva Green). L’une, et surtout l’autre sont irrémédiablement à côté de leur rôle. Problème d’allumage, moteur embourbé. On ne croit pas une seconde à la scène, ni aux suivantes. Beauté trouble, regard parfois hypnotisant, capacité de jeu dangereux, Eva Green était faite pour être Elle. Mais elle joue trop vite de ces cordes les usant avant qu’elles ne puissent servir. Elle campe un être venu de nulle part, enveloppé de mystère au point de se demander si c’est une femme ou un fantôme, et pourtant son attitude la trahit comme une carte d’identité ouverte !

La dialectique fiction / réalité

La grande Emmanuelle Seigner aussi est très en de ça de ses capacités, même si son personnage d’écrivain honnête et perdu mais qui accepte (et semble aimer) être manipulée par cet être énigmatique, presque irréel finit par éclore. Et que dire de Vincent Perez, l’animateur d’une émission littéraire (alter ego de François Busnel, compagnon de Delphine de Vigan), qui récite un texte dont il se sent parfaitement étranger ? La liste des écrivains que le journaliste s’apprête à interviewer, de Don DeLillo à James Ellroy, est lue avec autant de passion qu’une liste de courses… Polanski sait pourtant diriger ses acteurs. Le spectateur en est à se demander (mais sans pouvoir y répondre) si ce jeu si décalé n’est pas intentionnel. Mais au-delà du jeu (et ce qui explique en partie son absence) l’écriture du scénario et, en un second temps, le montage, empêchent à la narration d’offrir le rythme, la tension, le suspense, dont le thriller a besoin.

Roman Polanski a rappelé en conférence de presse que l’une des idées majeures de son projet était la dialectique fiction / réalité en littérature, où cette dernière finit par l’emporter dans l’intérêt, dans l’appétit des gens."Le titre même, ‘‘D’après une histoire vraie’’ n’a plus aucun sens", explique le réalisateur. Parce qu’il n’existe plus d’histoire vraie (…) Tous les jours nous entendons des infos. On y croit et on s’aperçoit plus tard que c’est faux". Où y a–t-il davantage de vérité en littérature ; dans les faits réels ou dans la fiction ? Cette dialectique n’est abordée qu’en surface dans ce film. Que s’est-il passé ? Polanski a-t-il été piégé par le fait d’avoir été trop "sur son terrain" ? Rendez-vous est pris avec le maître avec un prochain film qui, on en est sûr, saura nous surprendre et le surprendre.

LA FICHE
Gente : Thriller, Drame
Réalisateur : Roman Polanski
Pays : France
Acteurs : Emmanuelle Seigner, Eva Green, Vincent Pérez
Durée : 1h50
Synopsys : Delphine est l’auteur d’un roman intime et consacré à sa mère devenu best-seller. Déjà éreintée par les sollicitations multiples et fragilisée par le souvenir, Delphine est bientôt tourmentée par des lettres anonymes l'accusant d'avoir livré sa famille en pâture au public.La romancière est en panne, tétanisée à l'idée de devoir se remettre à écrire.Son chemin croise alors celui de Elle. La jeune femme est séduisante, intelligente, intuitive. Elle comprend Delphine mieux que personne. Delphine s'attache à Elle, se confie, s'abandonne. Alors qu’Elle s’installe à demeure chez la romancière, leur amitié prend une tournure inquiétante. Est-elle venue combler un vide ou lui voler sa vie ?

Roman Polanski / "D’après une histoire vraie" de Roman Polanski / Invraisemblablement plat


mercredi 31 mai 2017

Roman Polanski & Emmanuelle Seigner Cannes 2013


Roman Polanski & Emmanuelle Seigner 
Cannes 2013
ROUGE






 
















Roman Polanski / "D’après une histoire vraie" de Roman Polanski / Invraisemblablement plat

vendredi 27 novembre 2015

L'extradition de Polanski définitivement refusée par la Pologne



L'extradition de Polanski définitivement refusée par la Pologne



Par Hugo-Pierre Gausserand
AFP agence
Mis à jour le 27/11/2015 à 13:01
Publié le 27/11/2015 à 11:15

Le parquet de Cracovie a définitivement refusé de livrer le cinéaste polono-français aux États-Unis, où il est accusé du viol d'une mineure en 1977.

L'extradition du cinéaste franco-polonais Roman Polanski, 82 ans, aux États-Unis, où il est accusé du viol d'une mineure en 1977, a été définitivement refusée par la justice polonaise, a annoncé vendredi 27 novembre le parquet de Cracovie qui a renoncé à son droit de faire appel de la décision.
Le 30 octobre, le tribunal régional de Cracovie (sud) a conclu à «l'irrecevabilité de la demande d'extradition aux États-Unis du citoyen polonais et français Roman Polanski». Dans les attendus de la décision de justice lus pendant plus de deux heures, le juge Dariusz Mazur s'est livré à un virulent réquisitoire contre la justice américaine. Selon lui, des juges et des procureurs américains ont «gravement violé les règles d'un «fair trial» (procès équitable)» dans l'affaire Polanski.
Avant d'ajouter: «Si la Pologne avait accepté la demande américaine d'extradition, elle aurait violé les droits de M. Polanski et du même coup, la Convention européenne des droits de l'Homme.»
«Ceci met un terme aux procédures judiciaires contre Roman Polanski et sa situation légale est similaire à celle dont il jouit en Suisse», le pays qui en 2010 a rejeté la demande d'extradition américaine, a indiqué à l'AFP Jerzy Stachowicz, un des avocats du réalisateur.

Au procureur général de décider

Il revient désormais au ministre de la Justice de communiquer la décision du tribunal aux autorités américaines. Or, le nouveau ministre conservateur Zbigniew Ziobro s'était prononcé dans le passé en faveur de l'extradition de Polanski. Selon l'avocat du cinéaste, «si le ministre respecte les procédures et les règlements il n'y a pas à s'inquiéter».
Néanmoins, le procureur général, légalement indépendant du ministre de la Justice, a encore pour six mois le droit de casser la décision du parquet de Cracovie.

«Rapports sexuels illégaux»

Les États-Unis avaient adressé en janvier à la Pologne une demande d'extradition de Roman Polanski, qui vit en France, après une apparition publique à Varsovie du réalisateur du Bal des Vampires et de Rosemary's Baby.
En 1977, en Californie, Roman Polanski, à l'époque âgé de 43 ans, avait été poursuivi pour avoir violé Samantha Geimer, alors âgée de 13 ans. Après 42 jours de prison, puis sa libération sous caution, le cinéaste qui avait plaidé coupable de «rapports sexuels illégaux» avec une mineure s'était enfui des États-Unis avant l'annonce du verdict, craignant d'être lourdement condamné.
La ligne de défense de ses avocats polonais consistait à démontrer que la demande d'extradition n'était pas fondée, compte tenu de l'accord passé à l'époque entre le cinéaste et la justice américaine. Aux termes de cet accord, accepté par le procureur et les avocats de la victime, selon eux, la peine prévue a été purgée par leur client, un point de vue partagé par le tribunal de Cracovie.
LE FIGARO




dimanche 23 février 2014

Roman Polanski / La Vénus à la fourrure



« La Vénus à la fourrure », de Roman Polanski, d’après Leopold von Sacher-Masoch

"La Vénus à la fourrure", de Roman PolanskiUn magnifique plan-séquence d’un jour d’orage sur les grands boulevards se clôt par un travelling vers un curieux théâtre dont la façade occupe toute la largeur d’un unique bâtiment entre deux rues. Théâtre idéal, idée du théâtre.
À l’intérieur, seul, Thomas, le metteur en scène, exprime son découragement au téléphone : aucune des comédiennes qu’il a passé la journée à auditionner  n’est capable de jouer le personnage de Vanda dans son adaptation théâtrale de La Vénus à la fourrure, nouvelle de l’écrivain autrichien Leopold von Sacher-Masoch, écrite en 1869 (la pièce est en réalité de l’Américain David Ives).
Soudain surgit une jeune femme, qui le convainc de l’entendre. Elle s’appelle Vanda Jourdain et incarne tout ce que Thomas déteste : vulgaire, écervelée, délurée, elle est prête à tout pour obtenir le rôle et émaille ses phrases de « genre » ou « génial ». À son corps défendant, Thomas la laisse tenter sa chance et voit avec stupéfaction l’intruse se métamorphoser en une parfaite incarnation de la Vanda originale. Elle tire de son sac à point nommé les accessoires et les costumes, comprend parfaitement le personnage et connaît la pièce par cœur. L’audition devient un face à face intense, un jeu de fascination réciproque, qui enchaîne Thomas, le cloue sur place.

 Duo et duel de deux immenses comédiens

Le jury du festival de Cannes a délibérément écarté de son palmarès ce film qui commet le péché mortel de filmer le théâtre. La critique y voit un thriller psychologique sado-maso. C’est un peu court. Car si le film respecte les trois unités, lieu : le théâtre ; temps et action : une audition ; et s’il ne met en scène que deux acteurs, c’est pour des raisons inhérentes à son sujet et au texte originel. Et le résultat est à couper le souffle : le duo et le duel de deux immenses comédiens, Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric dans un jeu vertigineux sur l’identité, une démultiplication troublante de rôles. Comme dans la nouvelle de Sacher-Masoch, ballet extravagant et déceptif de masques, de parades, de fausses apparences.
Emmanuelle Seigner joue à la fois la Vanda qui passe l’audition, celle de Thomas, la Vénus fantasmée par le metteur en scène et celle qui ouvre la nouvelle, et enfin le rôle du valet soumis.
Mathieu Amalric n’est pas seulement Thomas, l’auteur et le metteur en scène, il devient le personnage de Severin, et l’acteur de sa pièce, un homme de plus en plus troublé par cette femme multiple, capable de transcender le rôle et d’incarner littéralement le personnage, lui que sa véritable compagne essaie de ramener à la vraie vie tandis qu’il succombe avec délices à la tentation du travestissement.
Autant dire Sacher-Masoch en personne et ses jeux de rôles. Ou Roman Polanski et ses obsessions : huis clos, manipulation, soumission-domination, travestissement, érotisme. Et surtout autodérision, comme dans tous ses films, y compris Le Bal des vampires qui nous transporte dans le shtettl de son enfance polonaise ou Cul de sac, dans lequel on trouve le même jeu de rôles, les mêmes rapports homme-femme, la même pirouette finale.

 Le théâtre et l’«autre scène»

La forme théâtrale se révèle vite être indispensable pour la bonne raison qu’elle est la forme même du fantasme, cette « autre scène » où se joue la vraie vie de l’inconscient. Cet homme et cette femme que nous voyons et écoutons deviennent sous nos yeux le couple indissociable du sadique et du masochiste, du bourreau réclamé et de la victime consentante, du marteau et de l’enclume, liés par un contrat qui permet l’échange des rôles.
Le maître et l’esclave hégéliens, chacun constituant et reprenant à tour de rôle le statut de l’autre, réduit à néant d’une chiquenaude. D’où l’insistance dans le film sur le contrat réclamé par la comédienne, avatar comique du contrat par lequel « le masochiste conjure le danger du père », annulé symboliquement, battu, humilié et ridiculisé à travers son fils pour en exorciser la ressemblance. Tandis que le pouvoir est conféré à la mère d’appliquer la loi paternelle et de castrer son fils, réduit en esclavage (voir Gilles Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, avec le texte intégral de La Vénus à la fourrure, traduit de l’allemand par Aude Wilm, Éditions de Minuit, « Arguments », 1990).
Tout est à l’avenant, tout est ainsi à double sens. De petite actrice humble et demandeuse, Vanda devient une image sévère, cruelle, glaciale comme la Vénus de Milo, tandis que la fourrure figurée par sa vaste écharpe de laine tricotée s’avère le fétiche qui protège un corps de marbre.

Le spectateur et la victime

Chez Polanski, comme chez Masoch qui l’a sinon introduit du moins érigé en règle dans le roman, le suspense est inévitable, identifiant le spectateur à la victime, littéralement suspendue ou crucifiée et en attente figée des gestes du bourreau et du plaisir sexuel. Les Vénus du Titien qui occupent le générique de fin ont souvent un miroir dans lequel elles se contemplent, images réfléchies et arrêtées d’une beauté moins érotique que glacée.
Le suprasensualisme, qui subsiste sous le froid qui le masque, est transféré sur le masculin. Comme la Vanda de Masoch, celle de la pièce se dit païenne, s’identifie à Aphrodite, mais cultive son ambivalence, plus que son ambigüité. Elle apparaît en fait comme la Judith biblique, aux mains de qui Dieu a livré Holopherne pour le punir (« Dieu l’a puni et l’a livré aux mains d’une femme », Livre de Judith, XVI, 7, exergue de la nouvelle, de la pièce et du film).
Ou comme l’héroïne de la chanson du regretté Lou Reed, Venus in furs : « Strike, dear mistress, and cure his heart/ Downy sins of streetlight fancies/ Chase the costumes she shall wear/ Ermine furs adorn the imperious Severin, Severin awaits you there » (“Frappez, chère maîtresse, et guérissez son cœur./ Les péchés veloutés des rêves ténébreux/ Chassent les costumes qu’elle portera./ Des fourrures d’hermine ornent l’impérieux Severin. Severin vous attend là »).

Une leçon de mise en scène cinématographique

Ce huis clos audacieux et malicieux, qui nous fait assister à la naissance d’une obsession, est une véritable leçon de mise en scène cinématographique, Polanski s’interrogeant sur son métier à travers les doutes de Thomas.
Mais Vanda y est  probablement le vrai metteur en scène et finit par  prendre définitivement le pouvoir par une danse du scalp endiablée autour de Thomas extatique, attaché au poteau de son supplice. Avant de s’évanouir comme une apparition fantastique ou comme ce pur fantasme qu’elle n’a sans doute jamais cessé d’être.
Anne-Marie Baron


• Les adaptations de « La Vénus a la fourrure » :
1967 – Joe Marzano,  Venus in Furs, Italie.
1968 – Max Dillmann (pseudonyme Massimo Dallamano ), Le Malize di Venere, Italie, avec Laura Antonelli.
1969 – Jess Franco,  Paroxismus (Venus in Furs), Italie.
1980 – Franco Brogi Taviani, Masoch, avec Francesca de Sapio, Italie.
1985 – Monika Treut et Elfi Mikesch : Verführung: Die grausame Frau, avec Mechthild Grossmann et Udo Kier, Allemagne.
1994 (sortie en 1999) – Maartje Seyferth et Victor Nieuwenhuijs : Venus in Furs avec Anne van der Ven, Pays-Bas.
2013 – Roman Polanski : La Vénus à la fourrure, avec Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric, France.



La Vénus à la fourrure
Claude Jessua
1 décembre 2013

Ce film superbe de Polanski exerce sur le spectateur un pouvoir de fascination dont on trouve peu d’exemples dans le cinéma ou dans le théâtre. On peut certes songer à Pirandello, qui mettait en abyme des personnages tragiques en quête d’auteur, mais leur histoire personnelle était à peine esquissée; leur nature inconsistante se dissolvait avec l’extinction des feux de la rampe.
Nous avons affaire ici à tout autre chose. Le film met en présence deux personnages réels: un auteur metteur en scène et une actrice en quête d’une audition. Un rapport de forces s’engage immédiatement, dans lequel l’auteur a le beau rôle, non seulement parce qu’il est maître d’engager ou de refuser l’audition, mais parce qu’il écrase une comédienne, vulgaire et ignorante, sous le poids de la supériorité intellectuelle que lui donne sa culture.
Peu à peu, nous voyons, au cours de transitions diaboliques par leur habileté, le rapport de forces entre les deux personnages s’inverser, et l’imaginaire de la fiction se substituer à la vie réelle, au point de faire apparaître la vie réelle comme une apparence, permettant ainsi au spectateur d’accéder à une vérité plus profonde, qui est celle d’un mythe.
La beauté des images, et en même temps la drôlerie des dialogues, où deux prodigieux comédiens s’affrontent, explique que ces deux personnages tiennent le spectateur fasciné par cette irruption du fantastique dans la vie courante et par cette pénétration dans la vérité des êtres.
Polanski a écrit son plus beau film, et sans doute un des plus grands films de l’histoire du cinéma.- See more at: http://www.ecoledeslettres.fr/blog/arts/cinema/la-venus-a-la-fourrure-de-roman-polanski-dapres-leopold-von-sacher-masoch/#sthash.DKBV2WWi.dpuf
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