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mardi 19 octobre 2021

Peut-on vraiment devenir riche sur OnlyFans ?


Peut-on vraiment devenir riche sur OnlyFans ?

Gwen Swinarton a publié sa première vidéo ASMR sur YouTube alors qu'elle était à l'université, comme cadeau à son partenaire de l'époque. Cinq ans plus tard, Swinarton se fait appeler Gwen ou Gwen Gwiz en ligne et compte plus de 500 000 abonné·e·s sur sa première chaîne ASMR200 000 autres sur une deuxième chaîne et près de 100 000 followers sur Instagram. Grâce à ces plateformes, Gwen a bâti un petit empire de réseaux sociaux, qui lui rapporte entre 3 000 et 10 000 dollars (2 527 et 8 424 euros) par mois. Bien que ce revenu soit suffisant pour subvenir aux besoins essentiels - loyer, nourriture, etc. -, elle a également accumulé beaucoup de dettes : 40 000 $ (33 697 €) de dettes notamment pour son prêt étudiant. Sachant qu'elle souhaitait réaliser des avancées financières significatives dans sa carrière, mais refusant également de renoncer à son autonomie professionnelle, Gwen s'est tournée vers les personnes qui l'avaient soutenue depuis le début : ses fans.



Si vous parcourez la section des commentaires sous les vidéos de Gwen sur YouTube, vous trouverez deux camps. Tout d'abord, il y a les "cheerleaders" ; principalement des femmes, qui lui disent comment Gwen les a aidées de diverses manières et l'encouragent dans sa vie. Le deuxième camp est celui des personnes qui regardent ses vidéos parce que, eh bien, Gwen est sexy. Avec ses longs cheveux blonds, son visage parfaitement symétrique et ses gros seins, Gwen est conventionnellement très séduisante et son public qui la trouve sexy n'en a jamais assez. Certaines personnes relèvent le temps dans les vidéos chaque fois que Gwen se penche ou sourit de manière sexy, et laissent des commentaires sous-entendant, de manière pas très subtile, qu'elles utilisent ses vidéos comme du porno. Ce sont également ces personnes qui ont envoyé des messages à Gwen pour lui dire qu'elles aimaient ses nudes, qui avaient été divulguées par une source inconnue en 2019 ; elles lui ont dit qu'elles paieraient pour du contenu plus sexuellement explicite. Cela a piqué l'intérêt de Gwen ; après avoir ignoré pendant des années les commentaires ouvertement sexuels, elle a finalement commencé à répondre et à chercher à savoir ce que ces personnes souhaitaient vraiment. La majorité des personnes qui la suivent s'accordent à dire que Gwen devrait créer un compte OnlyFans et publier ce qui la met à l'aise. Après avoir fait quelques semaines de recherche et tiré parti de sa brève expérience en tant qu'escorte, Gwen a sauté le pas. Elle gagne désormais plus de 70 000 dollars (58 970 euros) par mois.

Lorsque le fondateur et PDG d'OnlyFans, Tim Stokely, a créé la plateforme en 2016, il l'a fait, dit-il, afin de pousser la culture de l'influence à un niveau supérieur en mettant l'argent des consommat·eur·rice·s directement dans les poches des influenceu·r·se·s. "J'ai vu combien les marques gagnaient grâce aux influenceurs", explique Stokely. "Et je me suis dit : et si nous pouvions créer un moyen encore plus simple pour que ces créateurs soient payés ?".


La principale différence entre OnlyFans et les autres plateformes de ce type est qu'elle autorise les contenus sexuellement explicites et que son modèle de rémunération est similaire à celui des sites de camming, dans la mesure où il autorise les pourboires et les paiements à la séance en plus du prix de l'abonnement. L'intelligence du modèle réside dans sa simplicité, et il est révolutionnaire dans la façon dont il donne la priorité à la représentation des créat·eur·rice·s, en leur offrant la possibilité d'être autonomes sur leur corps, leur contenu et leurs prix. En effet, OnlyFans est l'un des rares espaces où les travailleu·r·se·s du sexe ont le pouvoir. Non seulement elles·ils peuvent gagner de l'argent en toute sécurité en postant des photos en lingerie ou en étant payés pour regarder la photo de la bite de quelqu'un, mais elles·ils peuvent aussi interagir plus intimement avec leurs fans, ce qui permet aux client·e·s qui payent d'avoir le sentiment d'en avoir vraiment pour leur argent. La société offre également des services juridiques gratuits à tous les créat·eur·rice·s, et travaille rapidement et promptement à la suppression de toute fuite de contenu (et oui, une grande partie du contenu sexuellement explicite fait l'objet de fuite sur PornHub). Bien sûr, il ne s'agit pas d'une entreprise caritative : OnlyFans prend une part de 20 % des bénéfices de ses créat·eur·rice·s et, avec 75 millions d'utilisat·eur·rice·s acti·f·ve·s, l'entreprise réalise des bénéfices depuis sa création. Mais il s'agit manifestement d'un système qui fonctionne également pour un grand nombre de ses créat·eur·rice·s : un porte-parole d'OnlyFans a indiqué que plus de 100 créat·eur·rice·s ont gagné au moins un million de dollars sur la plateforme.

Stokely n'avait pas nécessairement l'intention qu'OnlyFans soit principalement une plateforme pour du contenu sexuellement explicite, mais il ne prévoit pas de censurer le site un jour. "Depuis le début, OnlyFans a toujours été un endroit pour tous les créateurs, et c'est quelque chose dont je suis vraiment fier", dit-il. "Initialement, le domaine de croissance le plus rapide était le contenu pour adultes, simplement parce que cette industrie a tendance à être en avance sur la courbe en matière de technologie". Le site compte des créat·eur·rice·s de tous les genres, des athlètes aux musiciens - y compris le compte préféré de Stokely, Cardi B.

Lorsque Gwen a ouvert son compte OnlyFans en juillet 2020, elle espérait gagner un peu d'argent supplémentaire. Et c'est ce qu'elle a fait - bien que ce soit en fait beaucoup d'argent supplémentaire. Plusieurs mois plus tard, Gwen a des milliers d'abonné·e·s sur OnlyFans et gagne entre sept et dix fois ce qu'elle gagnait sur YouTube et Instagram. Dès le premier mois, Gwen a remboursé sa dette financière et acheté une voiture. Aujourd'hui, elle économise massivement pour pouvoir prendre sa retraite. Ce que Gwen poste varie, mais elle promet deux vidéos par semaine et publie des photos quotidiennement pour ses abonné·e·s. Son contenu va de la masturbation au yoga nu en passant par le sexe avec des hommes et les fans n'en ont jamais assez. Et, honnêtement, Gwen non plus, "C'est assez ridicule de voir combien d'argent on peut gagner", me dit-elle par e-mail. "Je ne m'y fais toujours pas". Lorsque Gwen a accepté de me parler pour cet article, sa seule réserve était qu'elle se sentait trop mal à l'aise pour parler au téléphone, nous avons donc correspondu par e-mail. Elle a mentionné son anxiété sociale sur YouTube à plusieurs reprises et elle se sent chanceuse qu'une plateforme comme OnlyFans existe. Elle écrit : "J'adore pouvoir travailler à la maison, être ma propre boss, être créative avec les scénarios/costumes/cinématographie/technologie, et avoir autant de sexe ! Je ne peux pas vraiment penser à un meilleur travail à ce stade de ma vie, je me sens si chanceuse".


Bien sûr, la situation de Gwen reste rare sur OnlyFans. De nombreu·ses·x créat·eur·rice·s gagnent une somme d'argent décente, mais il y a plus d'un million de créat·eur·rice·s de contenu acti·f·ve·s sur la plateforme et ils ne sont pas tou·tes·s soudainement capables de rembourser 40 000 dollars (33 697 euros) de dettes. 
Prenons l'exemple de Dr. P, une psychologue sociale de 29 ans, titulaire d'un doctorat, qui a lancé un compte OnlyFans au début de la pandémie après avoir été licenciée de son emploi de professeure auxiliaire. Ses recherches portent sur les politiques en matière de santé sexuelle et incluent le travail avec des travailleu·r·se·s du sexe. Aussi, lorsque son partenaire l'a encouragée à créer un compte OnlyFans pour compenser la perte de revenus, cela lui a semblé être la prochaine étape logique. Aujourd'hui, elle gagne entre 1 000 et 1 700 dollars (842 et 1 432 euros) par mois en vendant des photos, des vidéos et du contenu fétichiste. Dr. P ne fait pas beaucoup de publicité et est sélective vis-à-vis de ses fans, fixant le prix de son abonnement à 15 $/mois (13 €/mois) et exigeant un supplément pour toute nudité complète, toute vidéo sexuelle ou toute demande spéciale. Elle affirme qu'elle préfère avoir un petit nombre de fans dévoué·e·s qui reviennent mois après mois plutôt qu'un flot de fans qui viennent et repartent. De même, Dr. Nichole, qui se fait appeler The Polecologist sur les réseaux sociaux, possède un compte OnlyFans sur invitation seulement, avec une petite base de fans dévoué·e·s et un paiement à la séance plus coûteux.

D'autres créat·eur·rice·s, comme 305 Bruja, cosplayeu·r·se, mannequin et activiste fem non-binaire, sont encore en train de développer leur audience et n'ont pas encore atteint un revenu mensuel à quatre chiffres. "Je pense que souvent, si vous ne gagnez pas beaucoup d'argent, les gens se demandent pourquoi vous faites ça", dit-iel. "Non, je ne fais pas partie de ces gens qui gagnent 17 000 dollars par mois, mais je travaille pour y arriver. Beaucoup de mes amis, également dans ce business, travaillent dans cet objectif. Je pense qu'il est important de soutenir également les petits créateurs. Si j'ai de la chance, je gagne entre 100 et 300 dollars par mois, principalement grâce au contenu du paiement à la séance". Pour 305 Bruja, il ne s'agit pas seulement de gagner de l'argent. "Cela m'a fait réévaluer ce que je veux dans un job", dit-iel. "Je ne peux pas vous dire à quel point j'ai donné en cherchant à obtenir plus dans mes anciens jobs et en étant constamment négligé·e, sous-payé·e et sous-estimé·e. J'adore ce que je fais, et je suis heureu·se·x d'avoir fait le changement".

Puis il y a celles et ceux qui utilisent la plateforme de plus d'une façon. La créatrice Makayla Samountry a stratégiquement utilisé OnlyFans comme point de départ pour créer plusieurs sources de revenus, notamment par le biais d'autres plateformes de réseaux sociaux, et gagne aujourd'hui plus de 30 000 dollars (25 273 euros) par mois. Elle le fait en créant du contenu sur YouTube qui aide les gens à démarrer sur OnlyFans, et elle est devenue célèbre pour sa transparence financière. Son contenu OnlyFans sur YouTube est ce qui a attiré les gens sur sa chaîne, et désormais elle utilise sa chaîne pour faire de la publicité pour sa page et générer des revenus supplémentaires. Elle tire un tiers de ses revenus des frais d'abonnement à OnlyFans et du paiement à la séance (entre 10 000 et 14 000 dollars - 8 417 et 11 784 euros - par mois), et les deux autres tiers en aidant d'autres femmes à ouvrir leur compte OnlyFans - ce qui lui rapporte environ 22 000 dollars (18 517 euros) par mois grâce aux frais de contenu et aux parrainage. (OnlyFans dispose d'un programme de parrainage qui permet aux créat·eur·rice·s de faire venir de nouveaux créat·eur·rice·s et de percevoir ensuite 5 % de leur revenu mensuel pendant un an, prélevés sur les frais d'OnlyFans plutôt que de la poche du créat·eur·rice).
Ce qui ressort clairement de la diversité des moyens utilisés par des personnes comme Samountry pour capitaliser sur OnlyFans, c'est que si, à la base, la plateforme peut être considérée comme une extension des réseaux sociaux ou comme un type de travail sexuel où l'accent est mis sur le "sexe" plutôt que sur le "travail", pour ses créat·eur·rice·s, c'est le "travail" qui est la priorité. En fin de compte, OnlyFans est d'abord un business - et bien qu'il puisse avoir un point d'entrée accessible pour les créat·eur·rice·s, gagner beaucoup d'argent est bien plus difficile. Jade*, une femme racisée queer vivant à New York, publie du contenu BDSM sur OnlyFans en tant qu'activité secondaire et gagne entre 500 et 1 000 dollars par mois (421 et 842 euros). Graphiste de jour, Jade travaille dans l'industrie du sexe depuis cinq ans (en tant qu'escorte et cam girl) et affirme que gagner de l'argent sur OnlyFans n'est pas facile. "C'est du travail", me dit-elle. "Ce n'est pas un passe-temps. Je prends cela très au sérieux. Ce n'est pas de l'argent facile, surtout en tant que personne qui n'a pas déjà un nombre important de followers sur les réseaux sociaux".
Lorsque Stokely a créé OnlyFans, il voulait donner aux influenceu·r·se·s et aux créat·eur·rice·s un espace pour faire payer leur contenu. À cet égard, OnlyFans est un énorme succès, d'autant plus que c'est devenu une plateforme permettant aux gens non seulement de démarrer, mais aussi de construire et d'élargir leur carrière. Des coulisses des derniers clips de Cardi B aux collectes de fonds pour les incendies de forêt en Australie, en passant par des danseu·r·se·s professionnel·le·s de pole dance, OnlyFans a explosé en 2020, créant un tout nouveau paysage pour le potentiel de rémunération en ligne. Et particulièrement important en cette année où tant de personnes ont dû trouver de nouvelles sources de revenus après avoir été au chômage ou sous-employées. Mais OnlyFans a également réussi quelque chose que d'autres sociétés ont essayé de faire pendant des années : la plateforme a normalisé et réglementé la consommation de porno éthique payant. Elle a révolutionné l'industrie du porno en mettant enfin le pouvoir (et l'argent) entre les mains des créat·eur·rice·s et des artistes. Bien que ce ne soit pas nécessairement son intention, OnlyFans a transformé le travail du sexe facilement consommable en quelque chose qui est à la fois mieux réglementé sur le plan éthique et plus sûr pour les travailleu·r·se·s du sexe eux-mêmes. Et, cela a rendu certains travailleu·r·se·s du sexe très, très riches.
Bien que Gwen sache qu'elle est une exception, elle ne peut s'empêcher de se réjouir de son nouveau succès. "Il semble qu'OnlyFans soit la réponse que je cherchais pour que tous mes rêves deviennent réalité", dit-elle. "Grâce à ce nouveau revenu, je peux me concentrer sur le travail qui me passionne vraiment. Plus besoin de m'inquiéter et de stresser pour l'argent. Plus besoin de faire un contrat avec une marque dont je ne suis pas fan, juste pour payer les factures". Après être passée de cinq chiffres de dettes à six chiffres d'économies en quelques mois, OnlyFans a ouvert des portes que Gwen ne savait pas possibles : "J'ai juste supposé que je ne réussirais jamais comme ça, mais aujourd'hui je suis sur la bonne voie pour arriver à une situation financière où je suis tout simplement tranquille quoi qu'il arrive". Gwen prévoit de rester sur OnlyFans aussi longtemps qu'elle se sentira à l'aise en exerçant la quantité d'énergie émotionnelle nécessaire pour maintenir son activité. Quand elle en aura fini avec OnlyFans, elle prévoit de "passer sa vie à se concentrer sur des projets et des objectifs qui rendent le monde meilleur". Si tout se passe comme prévu, elle sera prête à prendre sa retraite pour améliorer le monde à l'âge avancé de 28 ans, soit dans trois ans.
*Certains noms ont été modifiés
Les interviews ont été éditées pour des raisons de longueur et de clarté.

REFINERY 29




lundi 10 novembre 2014

Sexe / Au Chili, forniquer, c’est péché


Au Chili, forniquer, c’est péché

Dimanche 1 décembre 2013

SEXE À LA CHILIENNE : 

« IL N’Y A PAS DE MOTELS EN FRANCE ? 

MAIS COMMENT VOUS FAITES ? »

MOTEL BAHIA. LE PREMIER MOTEL-BOEING DU PAYS. PHOTO ERWIN CUBILLOS  
Lunettes carrées, barbiche ciselée, ce père de famille s’affiche d’humeur badine. Fossettes coquines au creux des joues, il s’arrête à l’angle de la rue Las Perdices.

Brushing L’Oréal, jupe étroite et talons hauts, Francisca, chef de vente de 35 ans, l’y attend. Mariée, mère de deux enfants, elle grimpe sitôt la portière entrouverte. À hauteur du 356, la voiture stoppe devant l’entrée du motel Los Arbolitos. Sur l’enseigne, deux canetons batifolent.

Déjà émoustillés, Pablo et Francisca gloussent comme des mômes. Se garent dans un box dédié. Derrière eux, un employé tire le rideau. Au fond du garage, une porte conduit directement à une chambre. Cinq-à-sept clandestin, secret d’alcôve à la chilienne.

« La discrétion est indispensable, commente la jeune femme un peu ébouriffée au sortir du motel. C’est très excitant de coucher avec son amant entre deux réunions. »

A ses pratiques adultères, elle ne voit qu’un bémol, la douche : « C’est embêtant de revenir au bureau les cheveux mouillés en pleine après-midi ! »

Francisca et Pablo ont fricoté dès l’école de commerce, mais n’ont jamais eu le statut de « pololo» (couple officiel, pas encore marié). Chacun a choisi de « fonder un foyer de son côté », détaille Francisca. «Et, maintenant, avec les enfants, le crédit de la maison et la famille, on ne va pas faire la révolution.»

Au Chili, forniquer, c’est péché

Galipettes discrètes, amours à la sauvette… Sur le front des mœurs, le « fauxculisme » est ici élevé au rang des beaux arts. Un sport national, une manière d’être (ou de ne pas être) et, plus que tout, un biais pour sauver les sacro-saintes apparences dans un pays toujours corseté par l’Église.

Perdition en semaine au motel, contrition le dimanche à la messe : un grand écart dont les Chiliens s’accommodent. Dans ce pays ultra libéral où le capitalisme hérité des années de dictature (1973-1990) autorise tout – licenciement sans cause, privatisation de la santé, de l’éducation, des transports, confiscation des terres… –, le sexe est sale, tabou… et le lobby catholique, tout-puissant.

Ainsi, le Chili continue à proscrire toute forme d’avortement. « Il a fallu dix ans de discussions au Parlement pour que la loi sur le divorce soit votée, en 2004 », ajoute Ricardo Viteri, sociologue.

« Avant, on se débrouillait pour annuler le mariage, on allait au tribunal avec deux témoins et on déclarait qu’on n’habitait pas à cette adresse. »

Hypocrisie, quand tu nous tiens ! L’éducation sexuelle, elle, « est inexistante et c’est une catastrophe, le coût en termes de santé publique est énorme », s’insurge Andrea Huneuus, gynécologue, qui reçoit beaucoup d’adolescentes en détresse. « Les jeunes gens entrent dans la vie amoureuse sans rien en savoir. »

Les parents se taisent, les mères rougissent et les pères toussent. Forniquer, c’est péché ! Officiellement, s’entend.

Asphyxiée par des dogmes d’un autre âge, la société chilienne renvoie pourtant à la communauté internationale l’image d’une pseudo-modernité. N’a-t-elle pas en 2006 porté la socialiste – et divorcée ! – Michelle Bachelet à la tête du pays ? Ne s’apprête-t-elle pas à réitérer ?

Si, mais les traditions pèseront à n’en pas douter plus lourd que les élections. Et les motels resteront les théâtres de plaisirs estampillés « coupables ».

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 PLEIN PHARES « MOTEL COSTANERA ». PHOTO CLAUDIO PEREZ 

C’est un bâtiment comme un autre, en plein centre de Santiago, coincé entre une église et une banque. Pas d’enseigne, juste un numéro, une porte de garage, une sonnette. Nous sommes le 17 septembre, la veille de la fête nationale... qui dure trois jours. Pour que leurs employés puissent préparer la « chicha », boisson à base de maïs fermenté, et acheter la viande pour l’« asado », le traditionnel barbecue, les patrons les lâchent tôt. Il est 13 heures.

Chauds comme la braise

A la réception, Marlene, dont le nom est brodé sur sa blouse, assure la permanence. « Completo, si, si, completo. Non, dans deux heures. » Le téléphone sonne sans arrêt. « Dis-moi, “querida” [“ma chérie”, ndlr], combien de chambres vont se libérer ? » A l’autre bout du talkie-walkie, Stefania, la femme de chambre, fait le décompte. « Deux, plus la Jacuzzi, disponible dans trente minutes. »

Marlene tient la caisse depuis vingt-huit ans. Elle en a vu des choses !

« Aujourd’hui, on travaille très bien, et pour cause, les couples adultères vont se bousculer. Les amants ne pourront pas se voir pendant ces jours fériés. Pas de bureau, pas d’excuse : vie de famille obligatoire !»

Ça sent la javel et l’humidité. A l’entrée du couloir sombre qui mène aux chambres – des alcôves d’un mètre sur deux –, des couples calés dans des canapés séparés les uns des autres par un petit rideau attendent qu’une « habitación » se libère. Chauds comme la braise, ils se pelotent ostensiblement.

Longs cheveux bruns, foulard mauve, ongles vernis de noir, Manuela, 25 ans, raconte :

« C’est un peu comme une partouze, on s’excite en écoutant les amants qui, comme moi et mon mec, se chauffent avant qu’un lit se libère. La dernière fois, j’ai un peu levé le rideau pour mater et on m’a engueulée : je comprends, on ne sait jamais, tu peux éventuellement tomber sur un collègue ou même sur ton mari ! »

Cinéaste à peine sortie de l’université, Manuela ne peut faire l’amour ailleurs. Elle et son compagnon vivent chacun chez leurs parents.

« Si on baisait chez moi, ma mère en crèverait, mon père me tuerait. Et puis je dors avec mon petit frère dans un lit superposé. Dans mon pays, pour les classes moyennes, l’amour, c’est pas glorieux. »

Elle ajoute :

« Quand mon chéri et moi étions complètement fauchés, c’était n’importe où : un parc, une voiture prêtée par un pote. Maintenant, on choisit des motels qui font des promos pour les étudiants, c’est moins cher le matin. »

Le tarif : entre 7 000 pesos (9 euros) et 8 000 pesos (12 euros) de 9 heures à 12 heures.

Quitter ses parents ? Impossible pour Manuela quand le salaire minimum est de 210 000 pesos (310 euros), tandis qu’un deux-pièces se loue 160 000 pesos ! José, son copain brun et rondouillard, reconnaît avoir « eu un peu honte d’aller dans ces endroits. Mais, finalement, on fait avec, parce que la société ne veut pas ouvrir le débat. Le non-dit arrange les gens ».

« On cherche des trucs bizarres »

Le chauffeur de taxi qui file vers le Marin 14, l’un des 600 établissements de Santiago, a l’œil qui frise. « Elle est pressée, la demoiselle, c’est ça ? », titille- t-il. Dire qu’on va au Marin 14, c’est avouer qu’on a rendez-vous galant.

Polo Silva, le directeur de l’établissement, fait le tour du propriétaire : « On invite les décorateurs à la fantaisie, car les pasajeros [“les clients”, ndlr] sont friands de surprises. » Un tortueux escalier mène dans la chambre dite africaine, un espace façon savane du pauvre, kitsch en diable : végétation artificielle, piliers en faux bois, peaux de léopard et lit king size.

« Il n’y a pas de motel en France ? Mais vous faites comment pour vous amuser ? Vous allez où ? », hallucine Elizabeth, doyenne des femmes de chambre.


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ELIZABETH POSE DANS LA CHAMBRE « GREY » PHOTO CLAUDIO PEREZ 
Elle déverrouille la chambre 18, baptisée Grey en référence aux cinquante nuances du roman. « Si on veut, on la loue avec les joujoux SM en prime », sourit-elle. « Pour celles qui cherchent le loup, il y a l’habitación 30, nommée “Petit chaperon rouge”. Les murs sont tapissés d’arbres et au-dessus du lit est écrit “je vais te dévorer” ! »

Dans une autre aile du Marin 14 déambule Veronica, 39 ans. Chargée de communication au civil, elle privilégie le non-dit dans le privé :

« Mon mec a quatorze ans de moins que moi et, chez nous, la différence d’âge est taboue. Si je m’exhibais avec lui, je passerais pour une pute. »

Elle saisit son iPhone et zoome sur sa dernière trouvaille, « un motel de Santiago avec balançoires au bord des lits. J’ai testé, c’est l’éclate », pouffe cette grande brune aux yeux bleus. « A force d’être bridés, on cherche des trucs bizarres : à la maison, je devrais mordre l’oreiller et, de toute façon, je ne pourrais pas amener un homme, entre ma mère, ma fille de 7 ans et ma sœur... »

Coincés à l’extérieur et libérés à l’intérieur

Veronica est à l’image des Chiliens, réputés pour être « cartuchos » (« coincés ») à l’extérieur et « sueltos » (« libérés ») à l’intérieur. « C’est notre fameux “double standard”, analyse Alejandro Arellano, journaliste et auteur. On veut paraître sages et raisonnables, mais ça ne tient pas. Notre société repose sur la duplicité. »

Scénographe et propriétaire de motel, Ximena confirme :

« Nous sommes très préoccupés par le qu’en-dira- t-on. Mon père, alors qu’il est soi-disant progressiste, n’a jamais admis que je tienne un établissement comme celui-là. »

BACHELET, ESPOIR DES CHILIENNES 
En 2006, l’élection de la socialiste Michelle Bachelet fut une vraie surprise. Sur une terre macho et catholique, « j’accumule toutes les tares : femme, divorcée et agnostique », ironisait celle qui fut aux manettes du pays jusqu’en 2010. Cette fois, elle revient presque dans un fauteuil. Les sondages la donnent gagnante du second tour de l’élection présidentielle organisé le 15 décembre.
Dépénalisation de l’avortement, parité en politique, lutte contre les violences et les discriminations professionnelles, la liste des revendications est longue comme une journée sans empanada. Autant dire que les Chiliennes attendent Bachelet de pied ferme.
Mais, pour l’ancienne exilée politique, coincée dans sa coalition, la marge de manœuvre est étroite. Quel grand écart entre sa gauche (communiste) et son centre (démocrate-chrétien) ? Comme le prophétise l’agente littéraire Mariana Hales, la cause des femmes avancera, certes, mais « à marche lente ».

Dans le quartier populaire de Recoleta, l’Ocho Art Hotel, géré par Ximena et son compagnon photographe, ne paie pas de mine.

Situé à cinq minutes de Sanhattan, QG du business et des affaires à Santiago, l’établissement se veut conceptuel.

« Nous ne sommes pas des moteleros traditionnels, mais nous cherchions une affaire et on s’est dit “pourquoi pas ?” », explique la svelte et brune Ximena, tout en inventoriant le stock de lubrifiants, vibromasseurs, boules chinoises et autres menottes fourrées qu’elle propose aux visiteurs.

« Mon métier, c’est la mise en scène, je travaille sur les vies fantasmées des clients.

Dans les chambres, tout est étudié, je laisse délibérément traîner des sous-vêtements, des chaussures de stripteaseuse ou des blouses d’infirmières canailles. »

Les murs de la « habitación clinica » sont immaculés. Près du lit, un chariot avec du vrai sérum physiologique, un tensiomètre, des gants.

Dans un coin, une chaise gynécologique rouge, retapée et molletonnée.

La pièce voisine, elle, fait froid dans le dos. C’est une prison. Une vraie cellule, qu’on peut fermer à clé. Au mur, un poster jauni de Playboy, un lit sommaire.

« Rien ne me choque, moi, on peut tout faire, je ne juge pas », réagit Thomas, l’ami de Ximena. Tous les deux veulent changer l’image un peu glauque des motels, mais célèbrent « la clandestinité », et scandent : « Plus on se cache, plus on exhale le sexe.»

S’en donner à corps joie

Au crépuscule, l’autobus de la compagnie Condor Bus s’essouffle sur la route du littoral. Santiago, ses six millions d’habitants et son smog sont distants de 100 kilomètres. Le long de la nationale, des forêts d’eucalyptus, des petits bois embrumés et quelques huesos (« paysans ») à cheval. La zone des motels démarre là, à la frontière d’une raffinerie.

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ENSEIGNE DU MOTEL ENSUEÑO (RÊVERIE) PHOTO CLAUDIO PEREZ 
Ensueñorêverie »), Toi et Moi, Je t’aime... Des panneaux annoncent la couleur et affichent les tarifs. En ce moment, dans le coin, on casse les prix : 6 000 pesos (9 euros) les trois heures.

A l’approche du cimetière de Concon, dans la province de Valparaíso, on aperçoit le Bahia. Le premier motel-Boeing du pays, un authentique 737 acheté et reconverti en « avion de tous les fantasmes » par Javier Margas, l’un des plus célèbres footballeurs des années 90.

« Viens, passe quand tu veux, je vais tout te montrer, promet au bout du fil l’ex-vedette du club Colo-Colo. Dans mon complexe, j’ai aussi un camion, une locomotive, un wagon de train. »

Pourquoi tant de fantaisie ? « Les gens cherchent la petite folie. Chez moi, on s’envoie en l’air au sens propre, si j’ose dire », plaisante-t-il. Au pied de l’avion, la signalétique aéroportuaire est parfaite. Une fausse tour de contrôle surveille les allées et venues. La compagnie a été rebaptisée Aereolineas del Amor.

Dans ce décor de carton-pâte aux allures de parc d’attractions bon marché, les Chiliens s’en donnent à corps joie. Et ce, comme de coutume, en toute discrétion.

Une auto se gare à l’arrière du Bahia. Un homme seul à bord. Cinq minutes plus tard, une autre voiture s’arrête. Une femme seule en sort. Elle reprendra le volant les cheveux mouillés. Dans le jésuite Chili, on préfère les motels aux noces rebelles.

PUBLIÉ INITIALEMENT SUR Causette

dimanche 27 avril 2014

Palmarès des pires scènes de sexe de la littérature

Palmarès des pires scènes de sexe de la littérature



Éric Reinhardt est le seul Français à faire partie de la liste des auteurs nommés au Bad Sex Award. <i>© Rue des Archives/BCA</i>
La revue britannique The Literary Review a dévoilé une liste de huit livres - dont Le Système Victoria d'Éric Reinhardt -, parus cette année, qui se sont fait remarquer pour leurs descriptions sexuelles particulièrement crues ou risibles. Morceaux choisis.
Alors que les ébats sexuels lesbiens représentés dans La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche ont embarrassé bon nombre de spectateurs, The Literary Review a publié une sélection de dix romans pour lesquels le lecteur a pu également se sentir de trop. Pour ce vingt et unième Bad Sex Award, le magazine tentera de départager ces écrivains, non répertoriés dans la littérature pornographique ou érotique, qui se sont attelés à la description d'une scène torride de façon maladroite ou avec un manque de tact évident. Redondances, métaphores douteuses, narration de pratiques sexuelles déviantes, plusieurs choix faits par ces auteurs peuvent surprendre et rapidement virer au ridicule.

samedi 26 avril 2014

Trois astuces pour écrire une scène de sexe crédible



Trois astuces pour écrire 

une scène de sexe crédible

 Si vos personnages sont adultes et que vos livres sont destinés à un public adulte, il se pourrait bien que vous ayez un jour ou l’autre à écrire une scène de sexe. Et si vous voulez éviter de figurer dans le prochain palmarès de la pire escène de sexe en littérature, voici trois astuces à adopter:
Trouvez les bons mots
Quand vous écrivez une scène de sexe, il est malheureusement très facile de tomber dans le cliché, d’être trop vague ou ridicule sans le faire exprès. En tant qu’auteur, vous devez surmonter vos inhibitions et trouver la terminologie exacte pour contrôler l’ambiance et les personnages que vous créez. Pourquoi ne pas commencer par établir un lexique en listant tous les mots que vous connaissez et qui se réfèrent au sexe. Puis surlignez les mots avec lesquels vous vous sentez le plus à l’aise et qui correspondent le mieux au ton de votre histoire. Ensuite, lancez-vous un petit défi : écrivez un court texte en utilisant uniquement les mots que vous n’avez pas surlignés, ceux que vous trouvez trop vulgaires, trop cliniques ou trop obscènes. Vous serez sans aucun doute surpris par le résultat ! Apprivoiser un plus grand nombre de mots vous permettra d’éviter les clichés et la confusion. N’oubliez pas que votre lecteur attend de vous que votre texte soit clair et compréhensible.