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dimanche 24 octobre 2021

Return to La Croisette / The best looks from this year's Cannes film festival


Marc Piasecki / FilmMagic via Getty Images
1/50
Carla Bruni
Wearing Celine at the opening ceremony


Return to La Croisette: 

the best looks from 

this year's Cannes 

film festival



The long-awaited return of the film festival circuit means that award-worthy glamour is finally back in full force. See how our favourite stars turned up the opulence for this year's glitzy event


By Chandler Tregaskes

14 July 2021

Daniele Venturelli / WireImage via Getty Images
2/50
Bella Hadid


Wearing vintage Jean Paul Gaultier at the opening ceremony



Mike Marsland / WireImage via Getty Images
3/50
Marion Cotillard
Wearing Chanel Haute Couture at the opening ceremony

mercredi 20 février 2019

Karl Lagerfeld par Carla Bruni / “J’ai tout aimé, tout goûté, tout été”


Karl Lagerfeld
Poster par T.A.

Karl Lagerfeld par Carla Bruni : “J’ai tout aimé, tout goûté, tout été”


Richard Gianorio
Le 19 février 2019

À l’occasion de la sortie de Lagerfeld confidentiel en 2007, nous avons confié à Carla Bruni la mission d’interviewer le couturier. Entre cocasserie et gravité, le maître de l’esquive nous laissait entrevoir quelques parcelles de son intimité. Karl, c'était phénoménal…


Cet article initialement publié le 6 octobre 2007 a fait l'objet d'une mise à jour.
Un hôtel particulier cossu du VIIe arrondissement, celui de Karl Lagerfeld, qu’il est en train de quitter. Les volumes immenses sont à moitié désertés, le grand escalier de l’entrée, orné d’un néon blanc, conduit vers des appartements mystérieux. On serait presque dans «l’Année dernière à Marienbad», si Esther, employée de maison, ne vous offrait aimablement du jus de pomme dans des verres en cristal.
Carla Bruni, longue et joyeuse, arrive la première. À l’occasion de la sortie d’un documentaire signé Rodolphe Marconi, Lagerfeld confidentielMadame Figaro lui a proposé d’interviewer Karl Lagerfeld. Karl et Carla, Carl et Karla, l’association s’imposait. Ils se connaissent depuis une quinzaine d’années, depuis l‘époque où la chanteuse italienne était encore top model. Chacun dans leur genre, «extra-ordinaires» dans la jungle de la mode, indestructibles, elle, la séductrice impénitente impertinente, lui, l’ultra-créatif génial.
Il finit par survenir, une apparition, littéralement, coulé dans sa panoplie-signature, une épure de noir et de blanc, mitaines zippées, flèche-bijou traversant la cravate étroite. Karl et Carla, l’irréel et la charnelle, improbables compagnons.

Les muses de Karl Lagerfeld

Ils s’installent dans une salle à manger lumineuse – avec vue sur le mini-parc. L’antre d’un collectionneur esthète. Superbe mobilier mi-Werkbund allemand, mi-Art déco américain. Des affiches publicitaires du début du XXe siècle tapissent le mur, de l’argenterie de Jensen orne la cheminée, une sculpture polonaise, une tête, surplombe la table de jeu où le maître s’assied avec Carla Bruni. Témoin marmoréen, elle est baptisée Sérénité.
Karl se raconte à haut débit, frivole et grave, délicieusement féroce, parsemant sa conversation de cocasses aphorismes de son cru (ses précieux garde-fous), et de références littéraires (Léautaud, Proust, Balzac) ou mondaines (Meg de Saint-Marceaux). Au passage, on apprend que son look postmoderne lui a été inspiré par deux dandys du Weimar des années 20 (Walther Rathenau et Harry Kessler, à vos dictionnaires).
Face au maître, Carla, visiblement intimidée, redevient la jeune fille de bonne famille qu’elle n’a jamais vraiment cessé d‘être, délicate, bien droite sur sa chaise, tirant avec élégance sur ses fines cigarettes. Que le spectacle commence !...

Les dix phrases marquantes de Karl Lagerfeld

Les dix phrases marquantes de Karl Lagerfeld
Karl Lagerfeld était connu pour ses propos parfois drôles, choquants ou farfelus sur le monde de la mode et sur lui-même. Petit florilège de phrases prononcées par ce personnage hors du commun.

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Carla Bruni. – Dans le documentaire qui vous est consacré, on voit des photos de vous, très beau gosse. Y a-t-il des choses que vous regrettez, cette première jeunesse par exemple…
Karl Lagerfeld. – Non, rien, si on regrette le passé, on est foutu : cela fait de votre présent un truc de second ordre. Il n’y a rien de pire que d‘évoquer le «bon vieux temps», à mes yeux, c’est un constat d‘échec sans appel. Par ailleurs, il y a un temps pour tout. La jeunesse est en location : ceux qui l’ont aujourd’hui vont la perdre demain. Je n’ai aucun regret parce que je l’ai eue et que je l’ai pleinement vécue.
La mère de tous les crimes, c’est la frustration, et je ne suis pas frustré du tout. C’est pour ça que je suis si relax avec les autres et que je ne me compare jamais à personne : premièrement par prétention, deuxièmement parce qu’il n’y a rien à comparer, puisque chaque parcours est atypique. Et puis aussi, je suis dans un meilleur état que beaucoup de gens de ma génération parce que je suis un puritain involontaire, ce qui fait que je ne bois pas, je ne fume pas, je ne me suis jamais drogué.
Pourtant, j’aime les gens qui sont tout le contraire de moi, je ressens même une certaine admiration pour ceux qui se foutent en l’air même si ce n’est pas drôle. Oui, j’ai plus d’estime pour les gens qui se perdent que pour ceux qui, comme moi, sont bardés de bouées et se sauvent…
Jamais de glissement..
Jamais, jamais, jamais. Je n’ai aucune pitié pour moi, je ne me cède rien. Il existe des principes et des barrières infranchissables même si ça ne se voit pas, car je ne suis pas exactement une leçon de morale ambulante. Je glisse, je ris de moi-même et, surtout, je ne me cramponne à rien. L’essentiel reste. Il ne faut pas s’encombrer de choses passagères, inutiles, secondaires. Je suis contre la possession matérielle.
Vous disiez ne pas aimer l‘évocation du «bon vieux temps». Mais moi, ce «bon vieux temps» me ramène à avant mes 30 ans, une période où personne dans ma vie n‘était mort. Ma mère a vu mourir son fils…
– Il faut vivre avec les morts comme avec les vivants. Vous sortez de cette pièce ou vous êtes morte, Carla, c’est pareil, vous n‘êtes plus là. Dès qu’un être s’absente physiquement, il ne reviendra peut-être pas, non ? Il faut garder une sorte de communication imaginaire avec les absents. Des morts, dans ma vie, il y en a…, c’est le prix de la vie. Voilà, le sens de la vie, c’est la vie, et rien d’autre.
Je suis pour la méthode des Esquimaux : quand le grand-père est gaga ou malade, on l’emmène mourir au loin dans les glaces. Je pense qu’on ne doit pas devenir un fardeau pour les autres, il vaut mieux s‘évanouir dans l’oubli. À ce titre, le suicide – et je n’ai aucune intention de me suicider – est un acte de liberté suprême. Si j’ai une maladie horrible ou un Alzheimer, j’espère qu’il me restera assez de lucidité pour me dire : «Mon vieux, tu es bon pour la poubelle.» Il y a un temps pour tout le monde…
Je vois chez vous un bel équilibre…
Je suis un trapéziste avec un filet très épais. La vulnérabilité me touche mais elle m’est étrangère. Mes principes s’opposent violemment à ça, j’ai un instinct de conservation tragique. C’est ma nature. Et puis, il y a autre chose. Vous savez quoi, Carla ? J’ai un grand problème dans la vie : c’est l’indifférence. Quelquefois, je donne des coups de pied dans le derrière contre ça… Mais elle ne m‘épargne pas non plus : je ne suis jamais complaisant avec moi-même. En même temps, il n’y a guère de raisons de se plaindre, non ? Nous possédons, vous et moi, quelques privilèges qui font que notre réalité est différente de la moyenne. Nous ne sommes pas des randonneurs du quotidien. Nos vies sont stylisées…
J’ai l’impression que votre équilibre vient de votre enfance. Vous avez été très aimé...
Oui, d’une façon presque pas nette : j’avais des sœurs et des demi-sœurs mais mes parents n’aimaient que moi. J‘étais le centre du monde, c‘était génial. Mes sœurs étaient dans des pensionnats, moi, je faisais ce que je voulais. Pourtant, je haïssais l’enfance et je n’avais qu’une idée en tête : la quitter et devenir adulte. À 6 ans, je parlais allemand, français et anglais. Mes parents me paraissaient idéaux, ce sont les parents des autres qui ne me rassuraient pas. Pourtant, les gens disaient que ma mère était cruelle ; mais elle était bien pire : elle était ironique.
Était-elle belle ?
Elle trouvait qu’elle était la plus belle femme du monde. Elle avait quelque chose que personne n’avait, elle était arrogante et rigolote à la fois, odieuse, mais ça plaisait beaucoup. Elle ne faisait jamais rien pour personne, je ne l’ai jamais entendue dire merci, mais elle possédait le charme de pouvoir transformer n’importe qui en esclave. On luttait pour lui plaire. C’est pour ça que je parle si vite. Elle me répétait : «Pour les conneries que tu as à dire, parle plus vite, on n’a pas de temps à perdre.» De la même façon, quand je racontais une histoire – j‘étais bavard -, il fallait que je termine avant qu’elle ne gagne la porte puisqu’elle ne voulait pas m‘écouter. C’est ainsi que mon débit s’est tellement accéléré.
J’imagine que ses méthodes auraient pu en traumatiser d’autres, pas moi. Ma sœur, ma mère la trouvait mignonne enfant ; un jour, elle a dû la trouver tarte et ne s’est plus intéressée à elle. Elle vit en Amérique avec plein d’enfants, je ne la vois presque jamais. Une autre est morte. Née sous une mauvaise étoile, tout ce qu’elle touchait ratait, cinq maris dont quatre de trop…
Aujourd’hui, je vois ma mère très proche de mon petit garçon. Mais lorsque nous étions enfants, mes parents étaient incroyablement occupés et ne se souciaient pas de nous… Ce qui n’est pas si mal puisqu’il a fallu puiser ailleurs…
Votre mère est d’une génération et d’un milieu où on ne s’occupait pas trop des enfants et c’est une bonne chose. Moi, c’est ma nature puritaine qui me tient, cela a peu à voir avec mon éducation mais beaucoup avec ma colonne vertébrale prussienne : on ne peut pas sauter par-dessus sa propre ombre…

Freud appelle ça le surmoi.
C’est un grand mot.

Sartre, dans Les Mots, découvre qu’il n’a pas de surmoi et qu’il est libre…
Ce livre est un chef-d‘œuvre, un des livres français que je préfère…

Autre chose, je pensais à nos prénoms, Karl et Carla, et à leurs cousins, Caroline ou Charlotte. Connaissez-vous leur étymologie ? Ils veulent dire «force virile»...
En ce qui concerne les femmes, je crois au matriarcat. Ma mère, encore elle, disait : «On peut faire un enfant avec n’importe quel homme. Il ne faut donc pas exagérer leur importance.» On ne disait pas des choses comme ça à l‘époque. Pareil lorsque je l’ai questionnée sur l’homosexualité, elle m’a dit : «Ce n’est pas grave. C’est comme une couleur de cheveux. Il y a des blonds et des bruns, comme il y a des homosexuels.» Elle avait vécu à Berlin dans les années 20, elle en avait vu d’autres…
Il y a une question que je souhaitais vous poser depuis longtemps : avez-vous déjà eu un chagrin d’amour ?
Le grand chagrin d’amour, c’est quand la mort s’en mêle, autrement non, pour le reste, rien ne s’est jamais trop mal passé. Je n’ai pas souffert de ça, toujours mon instinct de survie. Ça s’est passé, puis c‘était dépassé. Trente ans après, on se dit : «Comment ai-je pu ?»

Moi, j’ai du mal avec la passion ; c’est très douloureux pour moi. Je n’aime pas les relations passionnelles, ni dans l’amitié ni dans l’amour. Je n’aime pas perdre la tête…
Perdre le contrôle, c’est horrible, je déteste ça, c’est des conneries. Vous savez, ces gens-là, ce sont ceux qui ont le moins aimé en fait. Pour s’attacher, il faut qu’il y ait un peu de résistance. Sinon, on est dans la victimisation. Mais je ne vous vois pas du tout avec une tête de victime, ma pauvre Carla…

La garde rapprochée de Karl Lagerfeld

Non, mais cela peut rendre malheureuse…
Je vais encore citer ma fameuse mère : «Il faut d’abord penser à soi, ce qui permet aux autres de s’occuper des autres.» Parce qu‘à force de se sacrifier, il n’y a plus rien à demander, on devient juste bon à être jeté.
Je pense que les sentiments peuvent être tendres dans la modération. Est-ce une absence de grande sensualité ? Je pense a contrario à certaines filles qui disent : «Cet homme, je l’ai dans la peau…»
Qu’elles aillent consulter un dermatologue ! C’est Piaf, c’est Mon homme, ce sont des conneries. Je veux bien admettre que cela existe mais quand même, restons lucides ! Je déteste aussi cette expression : l’amour rend aveugle. Il y a des lunettes pour ça…

Le mot de la fin ?
Quand on est honnête, on connaît la question et la réponse, comme disait encore ma mère. Je pourrais aussi reprendre à mon compte une phrase de Paul Klee : «J’ai tout aimé, tout goûté, tout été, et maintenant je suis astre glacé...»
(1) Lagerfeld confidentiel, de Rodolphe Marconi, sortie le 10 octobre 2007.



samedi 10 juin 2017

Carla Bruni et Cynthia Fleury / "L'amour construit l’être et la société"

Carla Bruni et Cynthia Felury


Carla Bruni et Cynthia Fleury : "l'amour construit l’être et la société"

Par Isabelle Girard | Le 14 décembre 2014

Face à face, l’auteur-interprète-compositeur et la philosophe-professeur-psychanalyste. Le dialogue fuse, entre émotion et réflexion. La toute-puissance des images, l’amour, le courage, la fidélité ... rien n’échappe à leur analyse.

Elles ont le même regard déterminé, des profils de médaille sortis de tableaux du quattrocento, l’allure féline, la simplicité apparente, les cheveux longs et châtains. Cynthia Fleury les tire avec austérité comme la Dame à l’hermine, de Léonard de Vinci. Carla Bruni, plutôt botticellienne, les lâche pour mieux jouer avec, et s’amuse à souffler dans sa frange la fumée de sa Kool, allumée presque en cachette. « Les filles, je grille une cigarette. On ne va pas en faire une histoire, d’accord ? Car il y a une chose que je peux vous affirmer aujourd’hui avec certitude, c’est que nous allons tous mourir… » Cynthia sourit aux propos de Carla, comme une enseignante devant une élève turbulente. La mort est-elle un de ses sujets ? « Non, répond-elle, moi, c’est plutôt la vie qui m’intéresse. » Elle a écrit sur le courage *, l’imagination, la tolérance, l’école, la démocratie et ses pathologies. Elle aime décrypter le monde, l’analyser, le théoriser, le penser. Le passer à la moulinette. « Qu’est-ce qui cloche ? » se demande-t-elle à longueur d’ouvrages, de conférences, de cours magistraux à l’École polytechnique et à l’Institut d’études politiques de Paris. D’un côté, donc, Cynthia Fleury, la philosophe. De l’autre, Carla Bruni, l’artiste et nouvelle image de Bulgari, dont elle porte les parures aux couleurs berlingot et aux noms de rêve, Dolce Vita ou Roman Sunset. Le monde est pour elle « son théâtre », qu’elle hume et retranscrit avec ses mots et avec sa musique. Cynthia est dans l’explication et la critique. Carla dans l’émotion. Elles ont accepté de converser.

Madame Figaro. – Comment analysez-vous l’importance que l’image ne cesse d’occuper dans notre société ?
Carla Bruni. –Je constate qu’elle est omniprésente, puissante et trompeuse. Dans ma vie mais aussi partout ailleurs désormais. Elle domine le monde d’aujourd’hui. Elle nous tient par la barbichette. Personne ne peut la contrôler, il y a quelque chose de dangereux. Je travaille depuis longtemps avec mon image et j’ai vite compris qu’elle serait incontrôlable, qu’il fallait que je m’en détache au plus vite, pour être libre de son reflet et ne pas m’y perdre. L’image est une petite tragédie pour l’espèce humaine.
Cynthia Fleury. – L’image, c’est l’illusion de l’intimité pour la photographie d’une personne, et l’illusion de la réalité pour celle d’un événement. De plus, Elle est reproductible et son langage est universel. Pas besoin de traduction. C’est immédiatement marchand. Après, c’est devenu pour beaucoup le seul moyen de certification de l’expérience. On le voit bien sur Facebook. Pas un voyage, pas un verre entre amis qui n’y soit consigné. Ça frise la pathologie sociétale, comme si le mode d’existence passait obligatoirement par la visibilité.
C.B. – L’image est aussi une affaire de reflet de soi, de narcissisme. Chacun a un rapport secret et intime avec son reflet. Un rapport souvent compliqué. Le goût que notre époque a pour son image est comme une espèce de narcissisme collectif, c’est le fameux « quart d’heure de célébrité » d’Andy Warhol. En ce qui concerne le chemin que je fais avec mon image, par exemple dans le cadre de la campagne Bulgari, il s’agit pour moi de travailler dans la partie la plus créative, la plus subtile et la plus gaie que l’image peut offrir à une artiste. Je dois dire que c’est un plaisir de participer à la création de ces photos, dont l’esprit est très joyeux.
C.F. – Aujourd’hui, impossible d’accéder à une sphère d’influence sans en passer par l’image. Sa force, c’est la puissance de l’évidence, évidence qui, bien sûr, est tronquée, tant on sait qu’une photo peut être retouchée, modifiée. Et comble de la non-évidence, l’égérie. C’est la quintessence du pouvoir de l’image, l’outil primordial de la « marchandisation » de la société. Comme hier l’idole, l’égérie séduit les foules pour qu’elles consomment.
C.B. – L’égérie, il me semble, n’est que la cerise sur le gâteau, la muse d’un instant. Mon expérience avec Bulgari, cependant, s’inscrit dans une aventure, un travail d’équipe qui, à chaque étape, met en valeur des savoir-faire. Il y a ceux qui taillent les pierres, ceux qui dessinent les bijoux, qui les réalisent, tous ceux qui créent. Ma participation en tant que modèle, avec toute l’équipe – le photographe, le directeur artistique, la maison Bulgari, etc.– met en valeur ces longues heures de travail et de création, et révèle au public un univers de traditions. Je me souviens avoir rencontré deux personnes qui ont travaillé à la création et à la réalisation d’une sublime pièce Bulgari que je portais à l’occasion d’un événement. Je me rappelle de leur émotion de voir enfin leur bijou porté ce soir-là, leur petite œuvre, merveilleuse et parfaite, à mon cou. Fruit de longues heures de travail, de délicatesse, de minutie et de passion.
C.F. – Certes, fabriquer de la haute joaillerie ou des robes de haute couture, c’est faire vivre des milliers de métiers différents. L’égérie, comme autrefois la muse, fait partie de ce système économique qui produit des images, de la circulation d’argent et préserve un artisanat et des traditions. Mais tout le monde n’est pas égérie, voyez la parodie de l’égérie : la it girl, littéralement la « fille chose », qui incarne pourtant, pour pas mal de jeunes filles, une réussite. La chosification comme réussite. Regardez aussi la télé-réalité. Pourquoi les jeunes s’y ruent ? Parce que l’ascenseur social est en panne et que le seul moyen d’avoir le sentiment d’exister socialement passe, pour certains, par la télé. Ce sont les gladiateurs des temps modernes. Ils savent qu’ils peuvent s’y brûler les ailes. Mais ils préfèrent tenter l’expérience plutôt que de pointer à Pôle emploi.




Cynthia Fleury
"La force de l'image c'est la puissance de l'évidence".
Comment essayez-vous de protéger vos enfants de ces dangers ?
C.B. – Les enfants sont plus roués que nous. Ils vivent dans ce monde-là comme des poissons dans l’eau. Moi je ne les éduque pas tant que cela. Ce qu’on transmet vraiment nous échappe. Tout ce qui est important d’ailleurs nous échappe, l’amour, la santé, le désir, le destin, le sens. Entre notre naissance et notre mort, nous tricotons un petit chemin. Si je trouve que mon fils consomme trop d’images, je l’envoie vers un livre ou vers une autre activité. Je pense qu’on peut essayer de les protéger.
C.F. – Il m’arrive de recevoir des jeunes patients en analyse. En face à face, pas sur le divan. Comme disent joliment certains d’entre eux : « Dans le petit bain avant d’entrer dans le grand bain. » Très souvent, la relation à l’image, aux réseaux sociaux, à la popularité, le regard omniprésent des pairs, sont des sujets très présents. Pas facile de se construire sereinement quand on est sous l’œil de l’autre de façon permanente.
C.B. – Je me demande, d’ailleurs, comment on a pu croire à unmoment donné que la psychanalyse était une affaire pour adultes et pour intellectuels. Heureusement qu’il y a eu des Françoise Dolto ou des Donald Winnicott pour ouvrir la psychanalyse et la mettre à la disposition des enfants. Mais il ne faut pas oublier que ces nouvelles technologies liées à l’image peuvent être aussi créatives. Mon fils fabrique ses tutoriels pour apprendre les sciences. Ce sont les nouveaux « youtubers ». Ils picorent partout, mais ils créent, ils inventent, ils communiquent.

Vous, en tant que philosophe, et vous en tant qu’auteur, vous décryptez le monde. Comment le voyez-vous ?
C.B. – Je ne décrypte pas grand-chose à part un peu de moi-même. Je ne sais pas comment j’écris, mais je crois que j’écris la vie, la mort, le sens, les éternelles questions. J’essaie d’écrire l’amour aussi, la tendresse ou le désespoir quand cela me vient. Je n’ai jamais écrit de chansons que l’on pourrait qualifier de sociales ou politiques.

Dans vos chansons, vous avez parlé de la dureté du monde politique.
C.B. – Non, en fait je parlais de mon amoureux, de mon homme. Bon, c’est vrai qu’il a le job qu’il a ! Mais le sentiment de départ était d’écrire sur l’homme que j’aime, et non sur son boulot ou ses collègues de travail…
C.F. – Moi ce qui me frappe, c’est la non-linéarité de l’existence. Avant, la lisibilité de la carrière était relativement simple. Aujourd’hui, ce sont des sables mouvants et des montagnes russes. Toute idée de construction pyramidale de sa propre vie semble impossible. Quand j’étais enfant, j’avais une immense capacité de projection de ma vie. Je me voyais à 30, 40 ou 50 ans. Désormais, je ne me vois même pas l’année prochaine. Nous vivons une période déstabilisante et précaire. La parole de mes patients raconte cette instabilité et l’angoisse de ne pas appréhender l’avenir, ce qui rend de surcroît impossible de vivre l’instant présent. Pour le vivre sereinement, il faut avoir une vision du futur qui ne soit pas anxiogène. Et à l’heure de faire le bilan de sa vie, comment s’y prendre quand le chemin d’une existence est fait de ruptures et ressemble plus à des montagnes russes qu’à une ligne droite ? Et comment avoir le sentiment d’avoir progressé dans sa vie quand on s’aperçoit qu’au moment où on a acquis quelque chose, autre chose se dérobe. La vérité du manque est encore plus prégnante. Nos vies ont au moins ce mérite de déconstruire d’emblée l’idée saugrenue de « réussir sa vie ».

Comment travaillez-vous ?
C.F.– Ce qui me cadre, c’est la discipline. Travailler, pour moi, est athlétique et monacal. Rien ne surgit par enchantement. Je fonctionne à zéro inspiration. Le seul moment où il pourrait peut-être y avoir rumination, c’est quand je marche en ville. Je marche, j’ai une idée, elle chemine, je l’écris. J’ai toujours un carnet avec moi.
C.B. – Pour que j’avance il me faut éprouver une émotion. Une phrase, un texte, un mot, une note de musique. Alors, je note. Même la nuit, je me lève pour noter. Je prends l’exemple de cette chanson que j’ai écrite : « Quelqu’un m’a dit… » C’est une expression banale qui revient souvent dans une conversation. Un jour, cette expression m’est apparue, avec une portée poétique, ludique, enfantine. « Tu sais quelqu’un m’a dit… tralalère… » ou « Quelqu’un m’a dit, mais je ne te le dirai pas… » J’ai vu tout ce qu’on pouvait faire autour. Et je l’ai notée tout de suite. Je suis certaine que sinon je l’aurais perdue. Je stocke, j’écris, et c’est seulement après que la discipline vient, au moment d’achever les textes de mes chansons et de les peaufiner.
Cynthia, vous avez écrit sur le courage ?
C.F. – J’ai écrit sur le courage car sur le divan, l’expérience du découragement des patients est très forte. Ils racontent le désœuvrement dans lequel ils se trouvent, le sentiment d’érosion qu’ils ressentent. Une immense partie de l’analyse est consacrée au monde du travail. La névrose familiale est là, mais la névrose professionnelle domine : le patron, le collègue, le travail qui ne fait plus sens, le management qui harcèle, le manque d’argent. Je crois que je suis devenue analyste aussi pour cela : sonder la parole de la démocratie grâce à celle des individus.
C.B. – Le courage ? Nous, les femmes, nous n’avons pas le choix. Nous devons mener tout de front, c’est saisissant… Je crois qu’il y a des gens courageux et des gens très lâches, j’ai l’impression que c’est un peu par hasard, comme la couleur des yeux ou des cheveux. C’est beau le courage, car en réalité c’est l’affaire de grands peureux. Les autres, ce sont des inconscients.




Carla Bruni
"Peu de gens supportent la calomnie"
Pensez-vous que la fidélité soit une vertu ?
C.F. – La fidélité est une relation créatrice aux autres. Elle n’a pas qu’un chemin. Comme l’amour, la fidélité et la transmission ont une dimension immédiatement politique : elles construisent l’être et la société.
C.B. – Je suis d’accord avec Cynthia même si elle vole un peu haut. Moi, je vois la fidélité comme une sorte de bouillotte. Ça m’apaise. Ça me plaît. Et ça me charme aussi.
C.F. – C’est ça, bouillotte ou bougeotte… pour ceux qui voient la fidélité comme un poids…
C.B. – Il est vrai que lorsque le désir vient se mêler de nos affaires, on part tous en sucette. Si d’un coup la personne que vous aimez vient vous dire : « Je suis amoureux fou de quelqu’un d’autre. » Qu’est-ce qu’on peut lui reprocher ? On peut se faire des reproches à soi. Aujourd’hui, on vit jusqu’à 100 ans. Peut-on, durant un siècle, être loups, pigeons ou castors, les rares espèces monogames ?
Comment jugez-vous le livre de Valérie Trierweiler ?
C.B. – Je crois que Valérie Trierweiler a écrit ce livre pour donner sa version des faits, il est compréhensible qu’elle ait eu besoin de le faire au regard de tout ce qui a été dit, inventé ou écrit sur elle à l’occasion de sa présence à l’Élysée. Peu de gens supportent la calomnie, la distorsion que l’image publique fait de la personne privée, de la personne réelle. Peu de gens résistent au désir de rétablir la vérité de ce qu’ils sont. De plus, Valérie Trierweiler est journaliste, elle a l’habitude d’écrire, de noter, de raconter, c’est son métier. Ça aussi c’est une affaire d’époque, le journalisme, un esclavage à l’immédiat, un compte à rendre à toute image. À une autre époque, elle aurait peut-être fait comme Anaïs Nin, qui avait écrit deux journaux intimes, un vrai et un faux, en exigeant que le vrai ne soit publié qu’après la mort de son mari, pour ne pas le blesser.
C.F. – Si je comprends bien, on n’est pas à l’abri du « vrai » qui risque de sortir plus tard.

Trouvez-vous que les hommes sont en train de se dissoudre dans une forme de féminité laissant à la femme le pouvoir de davantage s’exprimer ?
C.B. – Il n’y a pas beaucoup de féminité chez l’homme que j’aime, je dois dire, mis à part peut-être dans la tendresse qu’il donne à sa famille et à ses amis, pour peu que la tendresse soit considérée comme une qualité féminine… Je crois qu’on a des natures assez déterminées, malgré tout. Je sais que ce sujet déplaît, et pourtant j’en ai fait l’expérience. À 30 ans, j’ai fait la connaissance de mon père génétique, et je n’en reviens toujours pas de nos si grandes ressemblances. Je ne croyais que dans l’apprentissage de la vie, dans l’éducation et dans l’expérience, en quelque sorte, et j’ai soudain réalisé combien on est fait de notre nature et de notre caractère, irrémédiablement.
C.F. – Ce n’est pas rien de découvrir son père biologique à 30 ans. Était-ce d’ailleurs une découverte ? Souvent, les choses sont perçues avant, le non-dit reste un dit.
C.B. – Vous avez raison. Ce fut une délivrance, et non un choc, au fond, de poser enfin un nom sur le visage d’un homme dont inconsciemment, je pense, j’imaginais l’existence. Cela relativise les choses. On se fait une autre idée de l’image des parents et du couple. On se libère. On peut entreprendre d’autres chantiers.

Auriez-vous envie de revenir à l’Élysée comme première dame ?
C.B. – Cela ne dépend pas de moi. Je sais que la vie de mon homme, c’est la politique … Je le soutiens, mais je n’y pense jamais en vérité.

La Fin du courage : la reconquête d’une vertu démocratique, éditions Fayard.


jeudi 10 juillet 2014

Herb Ritts / Carla Bruni et d'autres femmes nues

Carla Bruni, 1990
Herb Ritts
Carla Bruni et d'autres femmes nues

Neith with tumbleweed, 1986
Now and Zen 1, El Mirage, 1999
Helena Chritensen, 1996
Helena Chritensen
Malibu, 1996

Christy in White, Los Angeles, 1988

Cindy Craswford, 1988

Cindy Crawford
Malibu, 1993
Cindy Crawford
Malibu, 1994
Cindy Crawford
Cindy Crawford
Costa Careyes, México, 1998
Cindy Crawford, 1995

Cindy Crawford
Hawaii, 1988
Cindy Crawford
Woman in the sea
Hawaii, 1998
Cindy Crawford

herb ritts


Female torso with veil, 1984

Female torso detail, 1989
Rachel Holding Sphere
Hollywood, 1989
Waterfall woman with sphere, 1989


Chrity Turlington
Versace Dress, Back View
El Mirage, 1990


Stephanie, Cindy, Christy, Tatjana, Naomi
Hollywood, 1989

Nadja Auermann
Charlize Theron
Versace Veiled Dress
El Mirage, 1990

Noami Campbell
Hollywood, 1990
Noami Campbell, 1988
Naomi Campbell, 1990
Noami Campbell, 1990

Noami Campbell, 2012
Alek Wek