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mardi 25 mars 2014

30 ans après sa mort, Romain Gary garde ses mystères

Romain Gary


30 ans après sa mort, Romain Gary garde ses mystères


Le Monde
02.12.2010


Portrait non daté du romancier Romain Gary.
Romain Gary


L'après-midi du 2 décembre 1980, l'écrivain Romain Gary se glisse un revolver de calibre 38 dans la bouche et se donne la mort. Au pied de son lit, il laisse une note mystérieuse datée "Jour J" : "Aucun rapport avec Jean Seberg, y lit-on. Les fervents du cœur brisé sont priés de s'adresser ailleurs." Son ancienne épouse, la célèbre Patricia d'A bout de souffle (1959), de Jean-Luc Godard, s'est suicidée un an plus tôt, le 30 août 1979.

Dans La Promesse de l'aube, Romain Gary raconte qu'il a eu, par trois fois, la tentation de se tuer. A d'autres occasions, il expliquera qu'il n'a jamais voulu vieillir."J'ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut, vous connaissez ? J'ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais", disait-il.


Romain Gary (à gauche), et son fils Diego, se recueillent dans le cimetière Montparnasse à Paris, lors des obsèques de l'actrice américaine Jean Seberg, le 14 septembre 1979.
Romain Gary avec Diego Gary



Aviateur, compagnon de la Libération, diplomate, l'écrivain avait de multiples facettes. Originaire d'une famille juive de Lituanie, il est l'auteur d'une mystification littéraire : en écrivant plusieurs romans sous le pseudonyme Emile Ajar, il est le seul écrivain à avoir reçu deux fois le prix Goncourt, en 1956 pour Les Racines du ciel, puis en 1975 pour La Vie devant soi.

Pendant sept ans, c'est son petit cousin, Paul Pavlowith, qui prête ses traits à Emile Ajar, notamment auprès des éditeurs. La "supercherie" ne sera mise au jour qu'à la mort tragique de l'écrivain. Mais Romain Gary, né Roman Kacew à Vilnius en Lituanie en 1914, a également écrit sous les noms de Lucien Brûlard, Fosco Sinibaldi ou encore Shatan Bogt. Dans sa dernière lettre découverte à sa mort, cet homme "incendié de songes" conclut : "Je me suis enfin exprimé entièrement." Et signe : "Romain Gary".

Quelques vidéos d'archives permettent de se replonger dans l'œuvre de ce grand écrivain et dans le fabuleux subterfuge littéraire qu'il avait mis en place.

"Un livre peut soulever des polémiques profondes, c'est merveilleux."

Interview de Romain Gary par Pierre Dumavet diffusée le 19 décembre 1956, dans l'émission "Lectures pour tous".




Romain Gary 
à propos de son roman "Des racines du ciel"









lundi 24 mars 2014

Diego Gary / Sa vie à lui, enfin

Jean Seberg


Diego Gary

Sa vie à lui, enfin


Alain Abellard
Le Temps, Samedi 13 juin 2009


Diego Gary (à droite), 16 ans, se recueille avec son père Romain Gary lors des obsèques de sa mère. (AFP)
Diego Gary (à droite), 16 ans, se recueille avec son père Romain Gary lors des obsèques de sa mère.  (AFP)
Fils de l’écrivain Romain Gary et de l’actrice Jean Seberg, disparus dans des conditions tragiques, Diego Gary s’exprime dans un livre, à 46 ans, après un silence de trente ans

Il parle avec précision, ses mots sont choisis, mais il offre un air las. Diego Gary confirme les formules terribles de son roman, S. ou l’Espérance de vie (Gallimard), ou, plus exactement, de son récit autobiographique. Fils de l’écrivain Romain Gary et de l’actrice Jean Seberg, disparus dans des conditions tragiques, il raconte son existence qui «ressemble à une succession de mots rayés jusqu’au sang». Il évoque, sans fin, son rang de «progéniture, de rien du tout», et ces années où il a passé de longues heures prostré dans l’appartement et le bureau de son père.
Adolescent, Diego Gary a connu trois deuils dévastateurs. Il a 14 ans quand survient la mort, des suites d’un cancer, d’Eugénie, sa gouvernante, la femme qui s’occupait de lui au quotidien. Il lui dédie le livre. Il a 16 ans lorsque le submerge, en septembre 1979, le décès de sa mère, Jean Seberg, devenue une figure de la Nouvelle Vague après son interprétation dans A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960). Elle est retrouvée plusieurs jours après sa disparition, à l’arrière de sa voiture. L’autopsie conclura à une surdose d’alcool et de barbituriques.
Diego vit l’horreur, mais il y était préparé. Depuis de nombreuses années, sa mère souffrait de troubles qui l’avaient conduite dans des établissements psychiatriques. Diego vivait dans la terreur de cet instant. Peu de temps avant le drame, alors que Jean Seberg avait survécu à une tentative de suicide, son père lui avait dit: «Tu sais, Diego, un jour ta mère ne se ratera pas.»
Après les décès d’Eugénie et de Jean Seberg, Romain Gary s’est rapproché de son fils. Il le couvait à sa manière. Myriam Anissimov, qui a publié en 2004 une biographie de l’écrivain (Romain Gary, le caméléon), raconte qu’il tremblait d’inquiétude pour lui. «Un jour, alors que Diego, âgé de 13 ans, avait un simple bleu à un genou, il a tout laissé tomber pour le conduire aux urgences.»
Mais Romain Gary restait dans son univers, celui d’un écrivain reconnu, ombrageux et embarqué dans une mystification littéraire sans égale: la création d’une autre œuvre sous le nom d’Emile Ajar. Cela lui vaudra de recevoir deux fois – ce qui est unique – le Prix Goncourt. Il l’a obtenu en 1956 sous son nom avec Les Racines du ciel, et en 1975, avec La Vie devant soi, sous le nom d’Emile Ajar.

Diego Gary

«Même quand il était présent, mon père n’était pas là. Obsédé par son travail, il me saluait, mais il était ailleurs», se souvient Diego Gary. Diego était en retrait, il n’était plus l’enfant joyeux qu’il avait été. Mais s’il est une chose à laquelle il ne s’attendait pas, c’est le suicide de son père, d’une balle dans la tête, chez lui, en décembre 1980. «A cet instant, la vie m’est tombée sur la gueule.» Il évoque comment, après coup, il a retrouvé des éléments qui auraient dû l’alerter, comment son père le préparait à être un homme sans pour autant comprendre ce qu’il voulait.
Il se souvient de lui, par exemple, annotant un livre de Julia Kristeva sur la mélancolie: «Oui, moi, c’est exactement cela, comme pour moi», écrivait-il. Il y avait d’autres éléments témoignant de la grande fragilité de son père, longuement décrite entre autres par Myriam Anissimov dans sa biographie.
«Je crois qu’il est indulgent avec sa mère, pas avec son père», estime Antoine Benech, un ami d’enfance. Pour lui, Diego Gary «n’a jamais compris et ne comprendra jamais» que son père ait pensé qu’il pourrait «se débrouiller». Diego quitte alors sa classe d’hypokhâgne. Il reste anéanti par cette ultime disparition. Il lui faudra cinq années pour ne plus habiter dans l’immense appartement de son père, reprendre des études de lettres et une vie normale.
Ensuite, il se perd, comme il le raconte. Entre la recherche compulsive de femmes, les amours malheureuses, l’alcool, les antidépresseurs, il essaie de tenir le coup et combat les troubles obsessionnels qui ruinent sa vie au quotidien. Après avoir travaillé dans une société de production de sitcoms, il joue aux courses, se spécialise au point de parvenir, assure-t-il, à en vivre. Mais, perdu dans ses chagrins, il part s’installer à Barcelone.
Là, il se met plus encore en danger. Aube, l’une des héroïnes du livre, lui dit qu’il s’est détruit, qu’il rejoue la vie de sa mère. «Je n’ai pas l’impression d’être allé aussi loin», dit-il. Il reconnaît que sa dérive a été une manière de se rapprocher de sa mère. Ses errances dans les bouges de Barcelone et le bar à cocktails qu’il y a ouvert, c’est clairement elle. Le café-librairie-galerie qu’il a lancé, en revanche, renvoie plus à son père.





dimanche 23 mars 2014

Romain Gary / La promesse de l'aube


Romain Gary
LA PROMESSE DE L'AUBE

La promesse de l'aube est une autobiographie retraçant la vie de Romain Gary, notamment sa relation avec sa mère. Le père est absent mais la mère possessive rêve d'un avenir grandiose pour son fils.

Romain Gary

La promesse de l'aube est surtout un roman sur l'amour maternel. Le récit se veut autobiographique, bien que certains passages tiennent plus de la fiction que du vécu, mais le véritable objet du livre n'est pas tant de retracer la vie de l'écrivain que de rendre hommage à sa mère. La mère de l'auteur est à ce titre le personnage principal du roman, c'est son amour et son ambition pour son fils qui vont le porter au-delà de tout ce qu'il aurait pu espérer pour lui-même (Gary mènera une carrière militaire et diplomatique sous les honneurs et est le seul écrivain à avoir reçu deux fois le prix Goncourt (un sous le pseudonyme d'Émile Ajar).

Romain Gary avec sa mère

La troisième partie est consacrée aux années de guerre, il reçoit des lettres d’elle qui l’encouragent. Ayant rejoint l’aviation de la France libre, il combat en Grande-Bretagne, en Afrique (dont l'Éthiopie et lors de la campagne de Syrie) et termine la guerre avec le grade de capitaine. Il est fait Compagnon de la Libération et se voit proposer d’entrer dans la diplomatie pour «services exceptionnels». Il publie alors en 1945 Éducation européenne en Angleterre. Revenant à Nice à la fin de la guerre, il découvre que sa mère est morte trois ans et demi avant son retour à l'hôtel-pension Mermonts (Nice) : elle avait chargé une amie de lui transmettre au fur et à mesure des centaines de lettres écrites avant de mourir.



Romain Gary et Jean Seberg
Romain Gary, né Roman Kacew à Vilnius en 1914, est élevé par sa mère qui place en lui de grandes espérances, comme il le racontera dans La promesse de l’aube. Pauvre, «cosaque un peu tartare mâtiné de juif», il arrive en France à l’âge de quatorze ans et s’installe avec sa mère à Nice. Après des études de droit, il s’engage dans l’aviation et rejoint le général de Gaulle en 1940. Son premier roman,Éducation européenne, paraît avec succès en 1945 et révèle un grand conteur au style rude et poétique. La même année, il entre au Quai d’Orsay. Grâce à son métier de diplomate, il séjourne à Sofia, New York, Los Angeles, La Paz. En 1948, il publie Le grand vestiaire, et reçoit le prix Goncourt en 1956 pour Les racines du ciel. Consul à Los Angeles, il quitte la diplomatie en 1960, écrit Les oiseaux vont mourir au Pérou (Gloire à nos illustres pionniers) et épouse l’actrice Jean Seberg en 1963. Il fait paraître un roman humoristique, Lady L., se lance dans de vastes sagas : La comédie américaine et Frère Océan, rédige des scénarios et réalise deux films. Peu à peu les romans de Gary laissent percer son angoisse du déclin et de la vieillesse : Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, Clair de femme. Jean Seberg se donne la mort en 1979. En 1980, Romain Gary fait paraître son dernier roman, Les cerfs-volants, avant de se suicider à Paris en décembre. Il laisse un document posthume où il révèle qu’il se dissimulait sous le nom d’Émile Ajar, auteur d’ouvrages majeurs :Gros-Câlin, La vie devant soi, qui a reçu le prix Goncourt en 1975,Pseudo et L’angoisse du roi Salomon.