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mardi 1 février 2022

Truman Capote / Portraits

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Henri Cartier Bresson, 1947
Truman Capote
PORTRAITS
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 Cecil Beaton, 1947
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Carl Van Vechten, 1948


Irving Penn, 1948

mercredi 13 janvier 2021

Simona Brunel-Ferrarelli, la petite ombre en coulisses

 

Simona Brunel-Ferrarelli: «Ma mère était rigide, rebelle, étouffante, hypocondriaque et fantastique.» 
Eddy Mottaz

Simona Brunel-Ferrarelli

PORTRAIT

Simona Brunel-Ferrarelli, la petite ombre en coulisses

Dans «Les Battantes», l'auteure genevoise dépeint un village fruste de l'Italie d'autrefois et parle de sa mère rigide et étouffante

Christian Lecomte
Publié jeudi 10 décembre 2020 à 13:10
Modifié vendredi 11 décembre 2020 à 08:15

Un appartement cossu, route de Florissant. Des peintures aux murs (les siennes), une bibliothèque qui fait «place» belle à Albert Camus, cette grande affiche où on la voit elle, lunettes noires sur le nez, pose très intellectuelle. Durassienne, forcément durassienne. Elle balaie d’un geste, rappelle qu’à Marguerite et ses histoires de famille, elle préfère l’écrivain engagé qu’est l’auteur de L’Etranger.

Son écriture, pourtant, évoque celle de la native d’Indochine. «On me l’a déjà dit il y a longtemps, lorsque j’ai adressé aux Editions Gallimard un de mes manuscrits. On m’a répondu: oubliez Duras, soyez vous.» Etre elle, pas facile. C’est ce que Simona Brunel-Ferrarelli raconte dans Les Battantes (Ed. Encre fraîche, 2019), son premier roman, qui a reçu le Prix des écrivains genevois et celui de la Société privée de gérance 2020. Récit qui n’est pas autobiographique, insiste-t-elle, mais qui renvoie évidemment à son enfance italienne.

Sur la couverture, la petite fille assise sur le monument aux morts, c’est elle. Elle aussi cette Lala, personnage principal, qui a 13 ans, «séquestrée par une féminité invasive, qui jeûne pour prendre peu de place, pour freiner la croissance, empêcher les larmes d’avancer». Le village fictif de Rocca, à 30 km de Rome et 600 mètres d’altitude, «le sommet du monde», est celui où Simona Brunel-Ferrarelli passait ses vacances estivales quatre mois par année.

Méfiants et haineux

Les Romains y occupent les maisons de villégiature au vu et au su des ruraux. Elle écrit: «D’une année à l’autre, on t’accueille bras ouverts ou portes fermées. C’est selon. Les habitants de Rocca sont des gens méfiants et haineux. Même lorsqu’ils t’aiment, ils t’aiment occasionnellement, selon l’humeur. Rien n’est jamais acquis. D’une année à l’autre, ils t’auront oublié.»

Voilà plantés le décor et le ressenti, âpres, tendus. Le pas lent des anciens, les fugues des ados à travers sentes et pentes remuent la cendre des souvenirs. Des histoires de famille sont remises au (dé)goût du jour. On lève des tabous, extrait des choses insidieuses. Lala, qui se trouve plutôt laide, qui ne sait si elle est garçon plutôt que fille, est amoureuse du beau Pablo, convié par tous les cœurs. Le sien est en fête mais son âme est en désordre. L’amour entre le jeune mâle affirmé et la presque fille révélera ici et là les liaisons scandaleuses, d’hier et d’aujourd’hui.

Ne pas raconter davantage. Lire donc et écouter Lala: «Je sais que je ne serai plus jamais enfant, l’enfant de cette mère-là, qui m’a engendrée et dont j’ai entendu le cœur battre dans mes entrailles pendant l’attente longue. Je sais que je la quitte pour Pablo. Pablo sera ma mère d’adoption, ma mère de mise au monde nouvellement advenue, cent fois recommencée. Pablo sera la chair et le sang qui m’engendreront nouvelle, renaissante, d’une autre famille que la mienne, réfugiée.»

Simona Brunel-Ferrarelli dit que son roman est une purge. On pressent qu’elle n’a pas eu une vie toujours facile. Elle est née près du Vatican dans un milieu aristocratique catholique. Enfance romaine «magnifique» et les vacances dans le village là-haut. Elle parle peu de son père, celui-là même que le CERN veut et qui en 1974 emmène toute la famille (lui, son épouse, son fils, sa fille) à Genève.

Simona intègre l’école Steiner, dont le mode éducatif hybride la libère de sa mère. «Elle était rigide, rebelle, étouffante, hypocondriaque et fantastique. Chaque soir, nous avions droit à l’Iliade et l’Odyssée. Elle n’en faisait pas la lecture mais racontait pendant une heure.» Une enfance sous silence derrière son frère musicien très talentueux. Elle passe son temps au Victoria Hall, au Grand Théâtre, lorsqu’il est en répétition. Posée dans un coin, petite ombre en coulisses. La lumière va au frère.

Des hommes mères

Dans Les Battantes, Lala confie: «Ces existences de mon frère et moi, séparées à jamais par notre mère, par cette façon qu’elle a eue de nous faire nous détester. […] C’est une chose qui était au-dessus de ses forces, nous aimer de la même façon, elle n’a jamais su.» Elle fait Sciences Po, étudie les lettres, enseigne, écrit abondamment sans pour cela chercher vraiment à être publiée, se marie deux fois; une fille avec le premier époux, un fils avec le second. «Des hommes exceptionnels qui ont été mes mères. Je porte le nom de chacun d’eux.» Tous deux lui ont offert une plume Montblanc et ont dit: «Tu vas devenir quelqu’un.»

Puis s’enchaîne une succession de malheurs à compter de 2016: maladie, perte de son emploi, de son meilleur ami, de sa meilleure amie, d’une tante chérie puis enfin de sa mère. On lui dit de pleurer mais elle écrit Les Battantes pour demander pardon à sa mère, «pour le mal que je lui ai fait». Pardon pour le désamour. «Une phrase de Duras m’est revenue: «Je suis sortie de là où j’étais.» Elle retourne souvent là-haut, dans le village italien où elle a été conçue et où elle a rencontré son second mari, le Pablo des Battantes épris de Lala «aux cheveux courts, aux larmes à l’étroit dans la sangle de son corps, de ses démons».


Profil

1966 Naissance à Rome.

1974 Arrivée en Suisse.

2018 Prix des écrivains genevois.

2020 Prix SPG (première œuvre littéraire d’un auteur romand).


Retrouvez tous les portraits du «Temps».

LE TEMPS



vendredi 13 janvier 2017

John Berger (1926-2017) / L’humanisme fait art






John Berger (1926-2017) :l’humanisme fait art

Christine Marcandier 
 2 janvier 2017




John Berger
John Berger

J
ohn Berger, né à Londres en 1926, mort le 2 janvier 2017, vivait en France depuis des dizaines d’années, en Haute-Savoie. Peintre, écrivain, critique d’art, scénariste, il nous a offert une œuvre exigeante, engagée, un travail sur les mutations du monde, les exils, entre étude sociétale et imaginaire, mêlant les genres, travaillant la richesse de leur caractère hybride. Lauréat du Booker Prize en 1972, il fit scandale en reversant publiquement aux Black Panthers la moitié de la somme reçue. La littérature, et plus généralement l’art, il les concevait comme résistance au système et engagement, dans la permanence et l’exigence d’une recherche tant formelle que politique. 
Qui va-là ? John Berger
En 2009, trois œuvres importantes de John Berger étaient publiés conjointement en France, comme trois facettes d’un même artiste, retour sous forme d’un portrait en triptyque :
John Berger de A à X
De A à X est un roman par lettres, celles qu’Aïda envoie à son amant, Xavier, condamné à la prison à vie pour terrorisme et incarcéré dans la forteresse de Suse. Mais aussi un journal intime, à travers les notes que Xavier griffonne au dos des lettres d’Aïda. La cellule n° 73 de Xavier devient l’espace du roman et d’une paradoxale liberté, tout entière trouvée dans les mots. Malgré l’absence d’échange, de réponse possible. Comme une revanche toute symbolique – et donc essentielle ­– du langage sur le pouvoir. Où se trouve Suse ? Nul ne le sait et peu importe.

Suse symbolise l’oppression, le système se donnant comme valeur absolue, mais aussi le « partout où ça résiste ».
Et le pouvoir des mots, au-delà de l’enfermement, de l’absence, du réel ou de la fiction : De A à X est de ces « supercheries littéraires » fantastiques, puisque ces lettres sont sensées être réelles, « miraculeusement retrouvées » par John Berger et évidemment fictionnelles. Pourtant elles ont valeur de témoignage et peut-être même de testament, comme le montrent les dernières lignes de présentation par l’auteur : « Où que soient aujourd’hui Xavier et Aïda, morts ou vifs, que Dieu protège leurs ombres ».
Roman de l’amour et du politique, roman des opprimés, des combattants, De A à Xest tissé des petits riens qui font le quotidien d’Aïda, envoyés à l’amant comme une ouverture sur le monde, une manière de nier les barreaux, les corps qui ne peuvent plus s’accoupler, se toucher. Les mots sont prétextes, désir, vie, liberté, combat, engagement et ils apparient magistralement poésie et politique, absence et sensualité.
John Berger G
G. est le roman du scandale. Celui qui reçut le Booker Prize en 1972, celui qui fit de John Berger un auteur culte. Parce que le scandale (au sens de piège, cette fois, de pierre d’achoppement) de ce livre est aussi et surtout dans son style : G. est un roman choral, polyphonique, un patchwork de fragments narratifs, poétiques, philosophiques, historiques, de langues également, le français et l’italien venant se mêler à l’anglais. L’auteur intervient, s’adresse à ses personnages, à lui-même, à ses lecteurs, démultiplie les voix, les styles, les formes. Insère des partitions musicales, des croquis pornographiques, des blancs, le tissu du récit est volontairement décousu, des espaces séparent ses paragraphes, invitant le lecteur à méditer, rêver, poursuivre…
G. est à la croisée des chemins et des histoires et le roman suit son itinéraire sur la scène de l’Histoire, entre 1889 et 1915, un itinéraire à la fois psychique, sexuel, social, intellectuel, intime. G. est né quatre ans après la mort de Garibaldi, il est un enfant illégitime, rapidement séparé de ses parents, c’est en orphelin qu’il se construit. Personnage de la liberté, politique comme sexuelle, il explore le corps des femmes, mais aussi le corps collectif, celui des masses en lutte. G. est un libertin au sens le plus philosophique du terme, qui voit dans le désir une liberté, un acte politique. G. comme Don Giovanni et Garibaldi, l’érotique et le politique, indissociables. Roman résolument moderne, stylistiquement et formellement remarquable, G. est un hymne à la sexualité politique.
Un métier idéal
Dernier texte de cette trilogie de la colère : Un métier idéal, histoire d’un médecin de campagne, une enquête réalisée en 1967, accompagnée de superbes photographies de Jean Mohr, revue en 2005 et traduite pour la première fois en France en 2009. Ce récit est le portrait croisé – textes et photographies en noir & blanc – d’un médecin de campagne, John Sassal, être réel devenant un exceptionnel personnage. Berger et Mohr le suivent dans ses tournées, exposent son rapport aux corps, aux malades, à la médecine et à la science.

Il s’agit de nourrir un rapport autre au réel, de mêler vérité et narration, d’inventer « une autre façon de raconter ». Le récit se lit comme un hymne à la poésie déroutante de la campagne anglaise : « Les matins d’automne anglais ne ressemblent souvent à aucun autre matin dans le monde.
L’air est froid.
Le parquet est froid.
C’est peut-être ce froid qui aiguise la saveur de la tasse de thé brûlant ».
Un métier idéal
C’est aussi un recueil d’anecdotes, de tranches de vie, de douleurs physiques ou intimes, d’histoires de femmes en désamour, de vieillards, de travailleurs, de couples. John Sassal pratique la médecine comme un sacerdoce, un idéal, celui de « servir ». Il observe, ausculte, considère la maladie comme une « forme d’expression ». Réfléchit à la question de la responsabilité, de l’intimité, du médecin comme témoin et presque membre de la famille, soutien et autorité. Le médecin a le pouvoir de nommer la maladie, de l’observer. Sa pratique est en ce sens très proche de celle de l’écrivain John Berger ou du photographe Jean Mohr. Tous trois capturent le réel dans ce récit, mettent en lumière des instants de vérité absolue, des fragments de vie réelle nourrissant un imaginaire. Tous trois incarnent savoir, pouvoir et mémoire, à l’image du médecin qui « représente » ses patients : « Il devient leur mémoire objective (…) car il représente leur possibilité perdue de comprendre le monde extérieur et de s’y attacher, tout comme il représente aussi une partie de ce qu’ils savent mais ne peuvent pas penser ». Un art du roman engagé, en somme.
De A à X, G., Un métier idéal : trois textes extraordinaires qui pourraient être mis sous l’égide de ces mots, écrits sur le ruban qui entoure le premier paquet de lettres de A à X : « L’univers ressemble à un cerveau, pas à une machine. La vie est une histoire en train de se raconter. La toute première réalité, c’est cette histoire. »
John Berger, De A à X, traduit de l’anglais par Katya Berger Andreadakis, éditions de l’Olivier.
John Berger, Jean Mohr, Un métier idéal, traduit de l’anglais par Michel Lederer, éditions de l’Olivier.
John Berger, G., traduit de l’anglais par Elisabeth Motsch, introduction de George Steiner, Points, « Signatures ».
Et comment, pour finir, ne pas mentionner cet autre livre exceptionnel ?
Le carnet de Bento
Et lire ici (en anglais), l’hommage de Ben Lerner dans le New Yorker« Postscript : John Berger, 1926-2017 »


mardi 8 novembre 2016

David Bailey / Portraits


John Lennon

PORTRAITS

David Bailey




Grace Coddington


Johnny Depp


Jean Shrimpton


Michael Caine


Andy Warhol

mardi 12 juillet 2016

Yves Bonnefory (1923 - 2016) / Portrait par Christine Marcandier



Yves Bonnefoy

Yves Bonnefoy

(1923-2016): 

« Aux lointains du chant(…) Il semble que tu puises de l’éternel »


Christine Marcandier 
2 juillet 2016

« Toute douceur toute ironie se rassemblaient
Pour un adieu de cristal et de brume,
Les coups profonds du fer faisaient presque silence,
La lumière du glaive s’était voilée ».
Ainsi s’ouvrait, dans Hier régnant désert (1958), l’hommage à « la voix mêlée de couleur grise » d’une cantatrice, ainsi s’élevait le tombeau de Kathleen Ferrier. Yves Bonnefoy, l’un de nos plus grands poètes contemporains, traduit dans le monde entier, est mort hier. Il avait 93 ans. Il connaît l’autre rive, « Là-bas, parmi ces roseaux gris dans la lumière, / Il semble que tu puises de l’éternel ».
Dans son discours de réception du Premio Fil 2013 à Guadalajara (Mexique), en 2014, Yves Bonnefoy soulignait combien notre rapport à la poésie n’est plus quelque chose de « naturel » et « simple ». Elle est pourtant une « forme particulière de questionnement du monde et de l’existence ». Tout son discours disait sa « fondamentale nécessité », il était hymne au mot, à son « évidence » comme à sa puissance évocatoire, ouverture aux autres langues, à la traduction comme écriture :

« Aimons les autres langues. Aimons-les, aujourd’hui, en ce siècle où d’ailleurs elles sont pour chacun de nous plus facilement accessibles, cette affection pour des langues supposément étrangères est une des rares grandes ressources  qui nous restent. Pour ma part en tout cas j’ai toujours désiré faire de la traduction de la poésie une activité très étroitement complémentaire de l’écriture poétique proprement dite ».
Dans ce discours, une vie dédiée à la poésie, mais aussi une ouverture à l’Autre — son dernier livre publié ne s’intitule-t-il pas Ensemble encore (Mercure de France, mai 2016) ? —, ouverture à l’Autre par la traduction, le commentaire des textes, de la peinture, de l’Art et de son horizon.L’Arrière-pays est ainsi une autobiographie où se dire revient à dire un rapport à l’œuvre d’art. Ce seront, entre autres, Giacometti. Biographie d’une œuvre ; Goya, les peintures noires ; Breton à l’avant de soi ; Notre besoin de Rimbaud. Mais aussi les traductions de Shakespeare, Yeats, Keats, Leopardi, Séféris ou Pétrarque. Ou l’enseignement, être le passeur de ces œuvres et textes inlassablement aimés, interrogés, commentés, à Vincennes (1969-1970), (1973-1976) et Aix-en-Provence (1979-1981) ou dans des universités étrangères. De 1981 à 1993, ce fut le Collège de France, Yves Bonnefoy est titulaire de la chaire d’Études comparées de la fonction poétique — ses cours sont rassemblés, au Seuil, dans Lieux et destins de l’image : un cours de poétique au Collège de France (1981-1993). Pensons également à ses conférences à Fondation Hugot du Collège de France : La Conscience de soi de la poésie, un titre qui dit aussi une conscience de soi dans et par la poésie, à travers elle.
Dans sa leçon inaugurale, Yves Bonnefoy énonçait que « le lecteur de la poésie n’analyse pas, il fait le serment à l’auteur, son proche, de demeurer dans l’intense. Et d’ailleurs il ferme vite le livre, impatient d’aller vivre cette promesse ». Toujours, cette nécessité « d’être par les mots et pourtant contre eux, d’être par l’appel et malgré le rêve, d’être par la parole et malgré la langue ».
L’œuvre d’Yves Bonnefoy est présence absolue, immédiate et intense — cette présence qu’il disait « évidence mystérieuse » —, elle se « vit », est « expérience », elle est un « état », « la vérité de parole ».
Yves Bonnefoy, Collège de France, 2001. Photo Eric Feferberg. AFP
Yves Bonnefoy venait de publier L’Écharpe rouge (Mercure de France, mai 2016), archéologie de sa vie à travers un texte ancien retrouvé dans un secrétaire fabriqué par son grand-père maternel. « Ce dossier, c’est un classeur de toile jaune, avec un ruban de même couleur pour le fermer, où sont rassemblés des cahiers et des feuilles en divers formats et souvent, manuscrites avec alors plusieurs écritures, car à travers les années, j’ai eu recours à des plumes de toutes sortes, plus ou moins grosses, et à différentes encres, parfois aussi utilisant des crayons. Une longue suite de reprises et d’abandons, depuis, je vois, 1964. Du sans cesse interrompu, de l’inachevable, semble-t-il ».
 L’Écharpe rouge, soit une centaine de vers libres inédits qui auraient pu être une « idée de récit », voyage dans un passé double et indissociable, littérature et existence : « Je sentais qu’il y avait dans ce coffre à la clef perdue quelque chose d’important pour ma réflexion sur la poésie et ma propre vie ». Chercher la trace de cette œuvre mystérieuse, revenue du passé, est une manière de faire advenir les souvenirs, ses parents et leur rencontre, son « pays », dans une généalogie qui ne sépare jamais les mots et la vie, quête rimbaldienne, « du sans cesse interrompu, de l’inachevable, l’œuvre de quelqu’un d’autre », dans la double origine de soi et de l’œuvre.
« Vais-je te dire adieu ? Non, qu’à jamais,
A jamais bruisse l’eau, refleurisse l’herbe ! », écrivait Yves Bonnefoy dans L’Heure présente (2011), « Lègue-nous de ne pas mourir désespérés ». Nous, qui avons fait le serment à l’auteur, notre proche, de demeurer dans l’intense.

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