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samedi 31 août 2019

Chèvres et moutons… et nous / Entretien avec Kevin Horan et Elena Passarello

Chèvres et moutons… et nous

Entretien avec Kevin Horan et Elena Passarello

VALENTINA DE PASCA
Pour Kevin Horan, photographe, et Elena Passarello, auteure, ce livre dont les héros ne sont pas des humains mais des chèvres et des moutons a constitué une véritable aventure. L’ouvrage n’est ni un traité de zoologie, ni un conte pour enfants, ni même un livre sur la nature au sens large. Il s’agit à tous égards d’un livre d’art – et c’est bien là le défi. Tout a été mis en œuvre pour rendre le produit fini aussi attrayant que possible : de l’impression en bichromie, qui vise à attirer l’attention du lecteur sur le moindre détail de la toison et du regard de l’animal, à la reliure et à la beauté de la finition, en passant par le texte qui introduit la série de photos.

Le caractère inhabituel de cette publication donne naturellement envie d’en savoir plus sur ceux qui ont travaillé sur le projet et qui y ont cru. Au-delà de l’irrésistible attrait des portraits à la fois saisissants et amusants de ces animaux de ferme, voici l’occasion d’approfondir la question.
Le livre célèbre l’unité de la nature et abat les barrières qui séparent habituellement le monde humain du monde animal. Photographiés dans le studio de Kevin, ces chèvres et ces moutons acquièrent immédiatement, et peut-être inexplicablement, une dignité qui, d’une manière ou d’une autre, fait défaut aux animaux représentés dans les prés. Il en ressort une impression de paisible collaboration entre l’homme et la bête… Les chèvres et les moutons, chacun doté d’un prénom, sont immortalisés sans jugement, avec une objectivité absolue, le photographe veillant à toujours placer l’appareil à la hauteur de leurs yeux. Il évite toute supériorité implicite et tout sentiment d’intrusion malgré notre cohabitation forcée sur la même petite planète.

Kevin Horan

Kevin, comment, quand et d’où vous est venue l’idée de ce projet ?
Quand j’ai quitté la ville (Chicago) pour la campagne (Whidbey Island), je me suis soudain retrouvé entouré de nouveaux voisins : des moutons. Ils venaient me saluer près de la clôture, sans doute parce que c’est là qu’on leur donnait à manger. Chacun m’appelait de sa voix particulière – soprano, ténor ou baryton ; plaintive, douce ou bourrue. Leurs faces aussi étaient toutes différentes, et cela m’a donné l’idée de faire leurs portraits en tant qu’individus distincts. Et s’ils venaient au studio se faire prendre en photo, une photo qu’ils pourraient rapporter chez eux, encadrer et accrocher au mur ?
Arrive-t-il que certains considèrent votre travail comme moins intéressant que celui d’autres photographes parce que vos sujets sont des animaux ?
Oh, sûrement. Mais ils sont polis et ne me le disent pas. En revanche, beaucoup de gens adorent les animaux et sont attirés par les photos, d’abord à cause du sujet. Ensuite, je pense que la photo commence à faire effet sur eux.
Avez-vous été surpris par certains aspects imprévus du projet liés au fait de travailler avec des animaux et non des humains ? Ou est-ce qu’au fond c’est la même chose ?
Le plus intéressant, c’est la similarité entre les deux. Au cours de ma carrière, j’ai fait des milliers de portraits d’êtres humains, et l'intention reste la même. Je fais une brève rencontre et je m’efforce de créer une image en deux dimensions qui, d’une façon ou d’une autre, fasse apparaître une personne. Je fais la même chose avec les chèvres. J’utilise le langage photographique pour créer des individus non-humaines. Parce que ce sont vraiment des individus, vous savez. C’est juste que, d’habitude, on ne peut pas se mettre à leur place. J’aime à penser que c’est possible. C’est vrai aussi pour les portraits humains : nous croyons connaître la personne sur la photo.
En regardant vos photos, le spectateur ou la spectatrice se comprend mieux et remarque des affinités avec des espèces qu’on ne considère pas ainsi d’habitude. Aujourd’hui, les chats et les chiens sont des sujets anthropomorphes, presque par définition – même si cela n’a pas toujours été le cas, à en juger par les miniatures médiévales ! Alors pourquoi aller à contre-courant, surtout si on veut aussi tenir compte du marché ?
Oui, si ces animaux font leur effet sur les photos, c’est parce qu’ils sont communs, mais pas aussi familiers pour nous que les chats ou les chiens. J’ai voulu considérer les animaux de la ferme d’une manière qui incite à éprouver pour eux de la déférence et du respect. Chaque créature a sa façon de concevoir le monde, que nous osions ou non appeler cela conscience. Ce qui me fascine, c’est d’essayer d’accomplir l’impossible : imaginer à quoi ressemble le monde vu par les yeux du sujet, que ce soit un mouton, une chauve-souris, un ver… ou votre patron !

Elena Pasarello

Elena, voyons ce que vous en pensez. Vous êtes connue comme l’auteure d’Animals Strike Curious Poses. Essays (2007), entre autres livres. Quel est votre sentiment sur les motifs qui conduisent certaines personnes à s’identifier à telle ou telle espèce animale ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?
Je crois qu’on peut s’identifier aux animaux pour de nombreuses raisons, certaines liées à l’avenir, d’autres au passé. Nous pouvons par exemple reconnaître d’anciennes versions de nous-mêmes chez d’autres espèces, du temps où nous étions plus agiles, plus instinctifs et plus proches de la nature. Nous pouvons aussi repérer chez les animaux des façons d’avancer, ou un ensemble réduit de traits que toutes les créatures similaires s’efforcent de posséder. Et puis parfois, les animaux ressemblent à des humains, tout simplement. Je retrouve beaucoup de mes amis ou collègues dans les physionomies des sujets photogéniques et sympathiques de Kevin.
Quand on vous a demandé d’écrire un texte pour un livre d’art présentant des photos de chèvres et de moutons, quelle a été votre réaction ? Connaissiez-vous l’œuvre de Kevin Horan ?
J’ai d’abord pensé : « Si vous m’aviez dit il y a vingt ans qu’on me demanderait un jour de rédiger l’introduction d’une collection de portraits artistiques de chèvres, je vous aurais dit d’arrêter de me faire marcher. » Sérieusement, qui pourrait imaginer recevoir le coup de fil que j’ai reçu de Kevin ? J’ai sauté sur l’occasion parce que c’était une commande absolument unique en son genre. Je savais que je n’aurais plus jamais l’occasion de considérer les animaux – un sujet sur lequel j’adore réfléchir – d’une façon aussi particulière. Mais plus encore, je me suis sentie très honorée. C’est quelque chose que d’essayer d’écrire un livre sur les animaux qui offre ensuite d’autres possibilités de creuser le sujet. J’ai trouvé cela très encourageant, et j’y ai vu l’occasion d’approfondir certaines des idées du livre deux ans après sa publication.
Après avoir vu ces photos, regardez-vous le monde animal avec un intérêt renouvelé et sous un angle nouveau ? Ou est-ce que rien n’a changé ?
On est forcément changé par la vue de ces photos. Chaque fois que je croise une chèvre, que ce soit au volant de ma voiture ou lors d’une randonnée (et je vis dans l’Oregon semi-rural, donc cela m’arrive souvent), je pense aux images de Kevin. Quand je vois ces chèvres, la première chose que je fais à présent, c’est me mettre face à face, les regarder dans les yeux et voir si elles soutiennent mon regard.
Elena, écrire sur le monde animal vous a-t-il aidée à mieux comprendre les humains ? Cette expérience vous a-t-elle inspiré des idées particulières ou encouragée à approfondir certaines questions ? En avez-vous tiré des conclusions ?
Écrire un livre sur la façon dont l’homme a considéré l’animal pendant des millénaires comporte aussi des inconvénients. D’abord, beaucoup des histoires d’animaux que je connaissais enfant se sont avérées beaucoup plus sombres, car je comprends à présent que les animaux qu’on m’avait présentés comme heureux ou au moins magiques (au cirque, par exemple) se trouvaient en fait dans des situations bien plus difficiles. Le livre m’a poussée à reconsidérer les animaux à partir de leur propre point de vue et à me demander quelle importance je leur attribue. J’éprouve maintenant pour eux un respect et une fascination tellement plus profonds ! En particulier pour ceux sur lesquels j’ai écrit des textes et que beaucoup de gens considèrent comme banals : les étourneaux, les pigeons, les rats et les araignées du monde entier. Simples et enthousiastes, ils ont accompagné les humains à chaque instant, et leur biologie fascinante s’est entrelacée à tant d’égards avec nos histoires, des premières cavernes à la conquête de l’espace. Aussi, désormais, lorsque je croise une nuée d’étourneaux, je meurs d’envie de les saluer !
Quels sont vos projets ? Et surtout, quels en seront les sujets ?
Elena : Je vais essayer d’accomplir une tâche impossible et raconter l’échec qui en découlera. Je suis trop superstitieuse pour donner plus de détails ! Kevin : Je prévois de faire le contraire : au lieu de prendre des photos très détaillées, très planifiées, en noir et blanc, je vais faire des clichés impressionnistes, en couleurs, qui seront le fruit d’heureux hasards.
Pour finir, je ne peux pas m’empêcher de vous demander à quel animal vous pensez ressembler le plus ?
Elena : Au mieux de ma forme, je suis une loutre active et frétillante. Mais la plupart du temps, je suis un mandrill, ce singe à la face multicolore. Il a l’air à la fois flamboyant et inquiet – souvent, c’est tout à fait moi !
Kevin : Je crois que je ferais un assez bon rat.

Valentina De Pasca
Née à Milan, où elle vit et travaille actuellement. Titulaire d’un doctorat de recherche en Histoire de l’Art et Archéologie Médiévale à l’Université de Milan. Sujet de thèse : Les changements culturels entre Byzance et les Lombards. L’écriture et la photographie font partie intégrante de son quotidien. Elle aime lire, observer les formes et se laisser guider par les signes graphiques qui peuvent permettre de tisser des réseaux humains indispensables.




lundi 11 mars 2019

La magie de Fernando Costa / Des codes de la route qui racontent des histoires

Abbey Road, 2015
Fernando Costa

La magie de Fernando Costa

Des codes de la route qui racontent des histoires

10 MARS 2019, 
VALENTINA DE PASCA
Le récit peut naître des paroles, des images ou de symboles. Pensons à l’utilisation spasmodique que nous faisons aujourd’hui des émoticons dans nos envois et les réponses synthétiques de messages très brefs. Nous pensons que ces émoticons parviennent à exprimer le mieux possible nos états d’âmes, grâce au caractère ponctuel que nous donnons à chacun d’eux. En quelque sorte, nous nous y reconnaissons.
Au contraire, lorsque nous regardons des images stéréotypées de la réalité, nous ne penserions jamais pouvoir nous y identifier, pouvoir y retrouver nos humeurs. Qui pourrait se retrouver dans le petit bonhomme qui traverse la rue dans un triangle rouge ? Une image qui peuple inconsciemment notre imaginaire visuel depuis toujours. Il semble lui manquer une âme, quelque chose qui le ferait vibrer, qui rendrait à cette matière de la vie. Pour éviter qu’elle ne soit qu’un métal froid au toucher et aux yeux, la ‘chirurgie’ réalisée par Fernando Costa (Sarlat, 1970) offre un regard nouveau sur cette perception.
Nicole Girard-Mangin, 2016
Fernando Costa

Dès que nous pénétrons dans son univers, dans ses œuvres, que nous découvrons ses clefs de lecture, les balades dans les rues, la vue et l’observation des panneaux de signalisation routière ne seront plus jamais pareilles. Effectivement ! Fernando Costa, artiste d’origine portugaise naturalisé français, utilise des panneaux routiers, des symboles alphanumériques et des pictogrammes pour raconter, raviver des souvenirs, dénoncer et rendre hommage. Une poésie inédite dans laquelle l’apparente légèreté de la créativité fait face au monde au travers de matériaux d’un poids non négligeable. L’histoire, peu simple, qui poursuit depuis toujours l’artiste, n’a pas altéré son enthousiasme, ni sa persévérance et sa simplicité. Ici se cachent volontairement certains passages pour mettre justement en évidence la création en tant que telle, sans recourir à qui sait quelle fausse piété risquant de miner l’objectivité du regard face à ces panneaux.
Tom Simpson 50 ans, 2017
Fernando Costa

Fernando est encore un adolescent quand il voit pour la première fois l’œuvre de César (César Baldaccini). Il en reste profondément ému, sans pour autant en parler. La vie le mène ensuite vers d’autres rives : il travaille dans un restaurant puis comme matelot sur le Queen Elisabeth II. Un dimanche, comme tant d’autres, survient un événement. C’est son jour de repos et il peut descendre à terre. Le soleil est au rendez-vous (nous n’en avons pas la certitude mais nous pouvons l’imaginer) et plusieurs familles pique-niquent dans un pré. Nattes installées au sol, thermos, verres et sandwiches sont de sortie (nous sommes en Amérique). Une femme pourtant, pour des raisons de place ou simplement de commodité, dresse la table sur un panneau de signalisation routière. Nous pouvons sans trop de mal recréer l’image dans notre esprit, réussissant même à sentir les aspérités du métal, les reflets du soleil, le vernis décoloré, l’équilibre instable (probablement en raison d’un caillou ou de quelque chose du genre). Et là, la vision. César lui revient en mémoire, mais ses pensées, dans sa vivacité, s’en vont déjà ailleurs. Si Fernando doit en effet au sculpteur français l’idée du métal, de son assemblage, la matière, quant à elle, est nouvelle. Tout comme son mode de traitement. Costa revient en France et commence à chercher comment rassembler des panneaux de signalisation. La mission n’est pas impossible, et de là naît sa parabole artistique.
Exclamation, 2017
Fernando Costa

Une ‘réincarnation spirituelle’, ou simplement le hasard, voit ainsi le sculpteur Costa naître l’année où César meurt, il y a déjà un petit moment maintenant. Si Fernando continue de vénérer pour son inspiration, avec une gratitude infinie, le plus connu des artistes, il faut reconnaître que tout ce qu’il a ensuite réalisé est le fruit du travail de son regard, de sa volonté irrésistible de collectionner les panneaux routiers, d’en recycler les morceaux, tous les morceaux, vraiment, à l’exception de ceux inférieurs à un centimètre carré.
Il s’est désormais passé une vingtaine d’années depuis les premières soudures de l’artiste, œuvres d’art intenses, où vraiment tout a sa raison d’être et sa justification. Le résultat est clair et net : dans son esprit et dans son imagination puissante, depuis le début. Si au premier regard nous sommes désorientés, l’explication de Fernando nous ramène sur la voie magistrale du sens. Devant l’œuvre, ou son image, ses doigts bougent avec rapidité et détermination : chaque symbole acquiert sa propre vibration, son propre sens. Après quelques minutes, tout paraît ensuite plus clair. On ne peut être que surpris à l’entendre, parfois même émerveillé, de la lucidité des spécificités, du choix des histoires contées sur la tôle, des détails qui ne sont secondaires qu’en apparence. Tout nous parle, tout est ici narration. Comme dans l’œuvre dénommée Abbey Road. Nous avons tous à l’esprit l’image du fameux album des Beatles, mais peu d’entre nous détiennent véritablement les clefs pour déchiffrer les différents indices présents sur le panneau. Fernando y reporte avec force détails l’événement dans son ensemble, depuis la date de la photo (8 août 1969), prise par Ian McMillan, au choix de l’image pour l’album : la 5e prise sur 6. Ou encore la date de sortie du disque (26 septembre 1969), le nombre d’exemplaires vendus (30 millions), la référence à ce moment historique (les feuilles de marijuana qui rappelle le festival de Woodstock, l’été de cette même année). Les clefs de la lecture permettent au spectateur de ‘mettre en mouvement’ la narration, de ne pas s’attarder sur les divers éléments mais d’appréhender le tout, pour le rendre accessible au plus grand nombre.
Carte routière, 2017
Fernando Costa

Ce n’est pas seulement l’art au sens large qui s’invite dans les œuvres de Costa. La réflexion sur le bleu d’Yves Klein ou sur la structure que Pablo Picasso applique pour peindre Guernica n’effacent en rien les faits réels comme la mort du cycliste Tom Simpson, pendant l’étape Marseille-Carpentras du Tour de France en 1967. Un spectateur lui tend une gourde remplie de cognac et le sportif, pensant qu’il s’agit d’eau, la boit sans hésitation. Un décès survenant sans avertir. Le premier décès filmé par les caméras de l’ORTF. Fernando au travers des détails des panneaux qu’il utilise pour composer son œuvre parvient à nous retracer tout cela. L’hélicoptère, la caméra de télévision, le cycliste et ses sponsors, mais aussi l’indication du lieu et du pourcentage de pente du Mont Ventoux.
Fernando réécrit l’histoire, mais pas sa propre histoire comme souvent. Il écrit, décrit, illustre l’objectif, et les panneaux de signalisation l’y aident. L’humanité de son œuvre surgit dans le choix des épisodes narrés, dans les histoires qu’il veut faire reconnaître de manière universelle. Il en découle également un atout hautement démocratique : le langage des images dont il se sert unit tout le monde. Ses pictogrammes rappellent ceux d’Otto Neurath et de son système international d’éducation par les images typographiques (ISOTYPE). L’œil, quel qu’il soit, est en capacité de déchiffrer ce qu’il voit. Et de là découle la compréhension : peu importe qu’elle soit totale ou partielle, il s’agit toujours d’art contemporain !
Guide pour l'auto, 2017
Fernando Costa

L’une des dernières œuvres sur laquelle le regard a intérêt à se poser est celle du panneau dédié à Nicole Girard-Mangin. Il s’agit d’une autre création qui met en cause l’histoire, la petite comme la grande, universelle, qui parcourt le temps, et en même temps la mémoire. Nicole Girard-Mangin fut l’unique femme qui décida pendant la Première guerre mondiale de rester volontairement aux côtés des soldats, de prendre soin des blessés, de ‘habiter sur le front’ comme personne d’autre n’aurait pu avoir le courage de le faire. Malgré son engagement intense, nulle reconnaissance en retour, et cette femme, abandonnée par l’État finit par choisir le suicide. L’épisode est sans espoir. Comme l’est la guerre.
Fernando Costa

Sans espoir, certes, mais pas stérile du point de vue créatif. C’est que la guerre pour Fernando Costa est justement le reflet de cette Première guerre mondiale, et sur les fantassins français qui perdirent la vie au combat. C’est cette guerre, avec ses ‘poilus’ (surnommés ainsi en raison de leur barbe et de leurs moustaches qu’ils portaient bien évidemment non taillées) qui marque ses derniers travaux réunis sous l’appellation commune Ceux de 14, le titre du panneau principal (référence explicite au recueil de Maurice Genevoix). De nouveau, le symbolisme envahit les œuvres. Depuis les dimensions de l’œuvre principale – 2,35 mètres – qui font référence aux 235 habitants de Sarlat, village natale de l’artiste, morts pendant ce conflit, aux couleurs, aux matériaux (toutes les œuvres prennent vie à partir d’un casque), et jusqu’à la signature de l’artiste qui, par respect de l’Histoire, est apposée au verso, au second plan.
Ce récit, celui de Costa, se compose de chiffres, de mots, de pictogrammes, tous savamment choisis, recoupés et interprétés avec une précision chirurgicale.

Valentina De Pasca
Née à Milan, où elle vit et travaille actuellement. Titulaire d’un doctorat de recherche en Histoire de l’Art et Archéologie Médiévale à l’Université de Milan. Sujet de thèse : Les changements culturels entre Byzance et les Lombards. L’écriture et la photographie font partie intégrante de son quotidien. Elle aime lire, observer les formes et se laisser guider par les signes graphiques qui peuvent permettre de tisser des réseaux humains indispensables.